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Zulu
...
Elle frappe. -Service.
...
Hurlement.
...
-C'est un vrai champ de bataille ici !
-Garde ton calme, j'ai pas pu faire de café.
-Quel rapport ?
-Ta machine à café a été remplacée par un Baby Mix.
Elle a été rangée je sais pas où.
-Ca, c'est quoi ? -Du lyophilisé sorti du placard.
Il est peut-être périmé. -Merci, mais non.
-C'est quoi, ça ?
"La parentologie de A à Z".
-Parlez moins fort, bébé dort.
-C'est quoi la parentologie ?
-C'est super, lisez-le.
Tout se joue les 6 premiers mois. -Ah ! Après, c'est foutu ?
-Vous savez qu'il faut éviter les injonctions ?
-Comme...
"Range ta chambre" ?
-Si à 3 mois, elle savait ranger sa chambre,
y en a à 26, elles ont toujours pas compris.
-Non, "range ta chambre", c'est pas possible.
On sonne. C'est pour moi !
-On dit quoi alors ?
-"Est-ce que tu peux ranger ta chambre,
"s'il te plaît ?" -Oui, évidemment.
-Des couches en chanvre bio !
-Et alors ?
-Le chanvre respecte le pH
de la peau de bébé. Faut pas
hydrater. On sonne.
-Ca doit être pour toi.
Vas-y. -Non, on dit :
"Peux-tu y aller, s'il te plaît ?"
-Ah, papa ! Tu dois m'aider avec les pancartes.
-Oui, compte sur moi.
-Et on n'en est qu'à la page 25.
-On n'est pas sortis
de l'auberge. -S'T !
-Bonjour, M. le juge.
M. le juge ?
-Oh, Perdon. Bonjour, Constance. -Ca va pas ?
-Si, je regarde mes résultats. -On note les juges, maintenant ?
-Je me suis remis au jogging. -Ah ?
-Oui, les spécialistes sont formels.
-Ah ? -Il faut évacuer le stress.
-Ah !
-Non, non ! Venez, Constance, c'est par ici.
-Comme ça, vous êtes stressé ? -Non.
Enfin...
Enfin, si.
Avec Solène, on essaie d'avoir un enfant.
-C'est formidable !
Tout se joue dans les six premiers mois.
-Comment ça ? -Non, rien.
Pourquoi tout ce stress ? -Ca marche pas.
On n'a aucun problème physiologique.
Ca doit venir d'ailleurs. -D'où le jogging.
-Voilà.
Capitaine. -Bonjour, M. le juge.
Constance. -Bonjour.
-Suivez-moi. -Je rêvais d'aller
au Riviera, mais pas en passant
par l'entrée de service. -Bonjour.
-Juliette Delmart, 28 ans.
Célibataire.
Elle vivait seule avec son frère.
On l'a trouvée dans la lingerie. -Une employée ou une cliente ?
-Ni l'un ni l'autre.
Elle était concierge de luxe, free-lance.
Sorte d'assistante personnelle pour VIP.
A priori, elle a été poussée
contre le bac à linge et sa nuque a frappé contre le bord.
Vu la force qu'il faut pour ça et les traces de lutte
sur ses poignets, elle est pas tombée seule.
-Qui a trouvé le corps ? -Une barmaid.
Le personnel apporte son linge sale de la veille
en début de service.
Il était 8 h 15. Pour le légiste, sa mort
remontait à quelques minutes. -Y a des caméras ?
-Ce serait trop beau.
Y a rien dans les espaces réservés
au personnel. Celle à l'accueil n'a rien donné.
Elle avait ça sur elle.
Un badge à son nom.
Et avec ça, elle pouvait aller partout dans l'hôtel.
-Elle était employée ou pas de l'hôtel ?
-Alors, y a déjà un concierge.
Mais la direction tient à : "offrir un large panel
"de services à ses hôtes".
-Un autre monde.
-D'après des employés, c'était tendu
entre les deux concierges. Y a deux jours, elle l'a insulté.
...
-Juliette Delmart.
-Madame, monsieur.
Je peux vous aider ? -Vous êtes le chef
concierge ? -M. Berton, à votre service.
-Boris Delcourt, juge d'instruction. Constance Meyer.
On peut vous parler ? -Bien sûr.
Si vous voulez bien me suivre.
-Vous pourriez nous éclairer sur les activités
de Juliette Delmart ? -Oui.
Par exemple...
Trouver le dernier article d'un créateur de mode pas encore
sur le marché. Redécorer une suite en 24 h.
Organiser un concert privé.
Ce genre de choses.
-Votre job, donc.
-Vous savez, son concours était plus que le bienvenu.
Les demandes des clients sont toujours plus farfelues.
Nos compétences étaient complémentaires.
Juliette offrait un excellent service
de "personal shopping", de bien-être.
Elle aidait ses clients à gérer leur image
sur les réseaux sociaux.
Moi, je suis classique. Yacht de luxe,
voyage, gastronomie bien sûr.
-Plusieurs témoins ont fait état
de rivalités entre vous. La victime
vous a insulté.
-Je me suis permis de lui faire une remarque, elle l'a mal pris.
-Hé ! Je peux savoir pourquoi
vous l'avez laissé monter !?
-J'ai prévenu que vous aviez un visiteur.
Si votre concierge personnel ne fait pas son travail...
-Joue pas au plus malin avec moi. -C'est de ma faute.
Calme-toi. Idrissa, je t'en prie. -Monsieur, s'il vous plaît.
-Je suis désolée, M. Berton. Ca se reproduira pas.
-Bien sûr, Juliette.
Je peux juste constater que rien ne vaut la vieille école.
Une erreur pareille de mon temps ne serait jamais arrivée.
Comme je fais bien mon travail, je devrai en parler
à la direction.
-Vous êtes un sale type, Berton.
Un sale type, amer
et frustré !
Je parlerai aussi à la direction.
Vous êtes un voyou, Berton ! -Juliette !
Elle avait raté une exfiltration.
-Une exfiltration ?
-C'est le b.a.-ba du travail de concierge.
Quelqu'un débarque à l'improviste
et votre client
est en galante compagnie. En général,
on exfiltre la demoiselle ou le jeune homme.
Là, Juliette a très mal géré.
Ella a dû congédier
le visiteur, vous imaginez ? -Qui était
ce visiteur ?
-Yannick Barthélémy.
L'ancien coéquipier
de M. Idrissa Soko.
Il s'est présenté à l'improviste, mais M. Soko n'était pas seul.
-Idrissa Soko, le footballeur ? -Oui.
-Il vit plus à Marseille ?
-Non, mais dès qu'il peut, il revient au pays.
Il descend toujours au Riviera. En attendant, Juliette
a beau être une ancienne habituée du palace,
pour servir les clients, c'était pas toujours ça.
-Comment ça,
une ancienne habituée ? -Juliette est la fille Rappaz.
-Maurice Rappaz,
le Madoff marseillais ? -L'homme d'affaires
qui s'est tué en prison
il y a 5 ans, oui.
-Qu'est-ce que Juliette Delmart allait dire à la direction
sur vous ?
-Elle était furieuse, elle avait été prise en faute.
C'étaient des menaces
en l'air. -Que faisiez-vous
ce matin entre 7 h 30 et 8 h 30 ? -J'étais ici,
dans les étages. -On vérifiera.
Vous n'avez pas l'intention
de quitter Marseille ? -Non.
-Tant mieux.
On pourrait vouloir
vous entendre à nouveau.
-Bien sûr.
Madame. Monsieur.
-Le concierge ne semblait pas très fan de sa concurrente.
-Elle le menace dans son fief et après, elle lui pique
une partie de son job. -Il en avait marre
de l'avoir dans les pattes ? -Nadia vérifiera
son emploi du temps. Il est peut-être pas si grand seigneur
qu'il le dit. On va chez la victime.
C'est ici qu'habitait la fille Rappaz !?
Passer de cliente
de palace à bonne à tout faire, dur à accepter.
-Moi, j'appelle ça rebondir. Elle connaissait ce monde
d'ultra-riches. Ella a su mettre à profit son réseau.
-Un changement de vie complet. Interphone.
-Après le scandale et le suicide de papa,
maman a refusé de soigner son cancer.
Et maintenant Juliette.
-Vous viviez donc ici avec votre soeur ?
-C'est tout ce qu'il nous reste de notre vie d'avant.
Tout a été saisi, y compris
la maison. J'avais 16 ans quand papa est mort.
Et Juliette, 23.
C'est elle qui a commencé à bosser pour payer le loyer.
-Vous faites des études ?
-J'ai pas un profil scolaire. Je préfère le concret.
Je vais monter ma boîte.
-Quel genre de boîte ?
-Regardez. J'ai déjà des investisseurs intéressés.
-Une application de poker en ligne ?
-Vous êtes joueur ?
-J'aime faire des affaires.
-D'après vous, qui aurait pu
en vouloir à votre soeur ?
-Je sais pas.
Elle m'a rien dit de spécial.
Je comprends pas.
-Elle vous a parlé de tensions dans son travail, une dispute
avec un client ? -Non.
Et on n'avait pas les mêmes horaires
de travail. Elle bossait comme une dingue.
Elle dormait au Riviera parfois.
-Vous jouez au golf ?
-Ouais. Enfin, c'est mon père
qui m'emmenait sur les parcours quand j'étais petit.
Il soupire.
Aujourd'hui, c'est le seul luxe que je peux me permettre.
-Bien. N'hésitez pas si quelque chose vous revient.
-Maurice Rappaz.
Evidemment que je m'en souviens.
Ca avait agité tout le palais.
C'était quoi déjà, son arnaque ?
-On l'appelait le "pharaon des finances". Il avait construit
une pyramide de Ponzi. -Ah oui.
-Il promettait des rendements incroyables aux gens.
-Les placements sont fictifs et les intérêts payés
par les nouveaux investisseurs et ainsi de suite.
-Une vraie fuite en avant.
C'était affreux.
Tous ces gens ruinés
par cet escroc.
-Ca pourrait être une piste ?
-Une vengeance contre sa fille ?
-Ca, ça m'étonnerait, par contre. Juliette
avait témoigné contre son père au procès.
-Ah bon ? -Oui. Elle avait confirmé
des rendez-vous, des documents.
Elle est allée dans le sens
du procureur général.
Ca avait été le tournant du procès.
Après ça, elle avait changé de nom
pour celui de sa mère.
-Delmart. -Oui, c'est ça.
Nadia frappe.
-Oui ?
-Le concierge...
Gros menteur.
Regardez.
Ca, c'est un ticket de parking à Malmousque.
Retrouvé sous le pare-brise de Berton.
Il était pas à l'hôtel quand Juliette Delmart a été tuée.
-S'il a un alibi, pourquoi ne pas le donner ?
-Ca dépend de l'alibi. J'y suis allée
avec une photo de Berton. En face du parking, y a un bar.
C'est un point de deal.
-C'est là qu'il fournit ses clients.
C'est pour ça que Juliette l'a traité
de "voyou".
-Au moins, ça vous permettra de démanteler un réseau.
-Idrissa Soko s'en est pris
au concierge, mais c'est Juliette qui a raté l'exfiltration.
-Et ? -Eh ben, si elle avait fait
une autre bourde !?
-Je le convoque ?
-Non, je préfère en parler d'abord avec Quiring.
Merci, capitaine.
-Très bien.
-La fille d'un ancien voyou
en col blanc. Un palace
appartenant à un ami du préfet. Maintenant, une star du foot.
Cette affaire a tout pour nous péter au visage.
-Oui, mais je dois entendre Soko. -Sur quelle base ?
Une prétendue dispute rapportée par un concierge véreux ?
Non et épargnez-moi la presse aussi.
Ne faites pas ça au palais. Pourquoi pas dans sa suite ?
Prenez un cocktail, vous ferez une note de frais.
Hum ?
-Danse contemporaine ? -Je savais pas que
vous étiez amateur. -Si.
Exposition Caravage, demain soir.
"Le Roi Lear", après-demain.
J'ai une vie culturelle intense.
Pourquoi, ça vous dérange ? -Non. Je croyais que
vous étiez en plein emménagement.
-Un homme sans culture, c'est comme un zèbre sans rayures.
Les cartons attendront.
Autre chose ?
-NON.
-Je ne vous retiens pas.
-Bonjour, Milena. -Bonjour.
-Bonjour, Constance.
Ton père est prêt ? On va voir un ballet à Aix.
-Il bout d'impatience. -Tant mieux.
C'est pas facile de lui trouver des sorties tous les jours.
Il a une telle soif de connaissances.
Je vais le chercher. Il déteste rater le début de spectacle.
-Bonne soirée, Milena !
-Et bon courage.
-On dirait deux ados qui cherchent à s'impressionner.
-A leur âge ?
-Y a pas d'âge pour avoir peur de perdre l'autre.
-Sur les réseaux, Soko est réputé pour être sanguin.
Il prend un carton rouge
quasiment tous les deux matchs. -Donc, il joue jamais ?
Rires.
-Espérons qu'il soit détendu avec nous.
-Qu'est-ce que ça peut lui faire que son pote de vestiaire
soit au courant de ses liaisons ? -On va lui demander.
-Je l'aimais trop,
Juliette. C'était une fille super.
Toujours discrète.
Chaque fois que je venais à Marseille, je l'engageais.
On faisait tout le programme de mon séjour ensemble.
-L'exfiltration d'une visiteuse a manqué d'organisation.
Non ?
-C'est vrai que sur ce coup, elle a merdé.
Mais Yannick a débarqué sans prévenir, je savais pas
qu'il était à Marseille.
-La jeune femme avec qui vous étiez, pourquoi il fallait pas
que votre collègue la croise ?
-Je veux pas qu'on sache qui elle est.
-C'est dommage, ça pourrait vous éviter des ennuis.
-Elle est connue.
-Tellement connue que si Juliette
avait refait une bourde, ça aurait pu être
la fois de trop ?
-Vous voyez rouge
quand ça se passe pas comme vous voulez, non ?
-Croyez pas ce que les gens disent sur moi.
Sur le terrain, je peux m'énerver.
Dans la vraie vie, je suis le mec le plus calme au monde.
-Bien. Vous pouvez nous dire
où vous étiez ce matin entre 7 h 30 et 8 h 30 ?
-J'étais ici dans ma suite. Ensuite, les flics ont débarqué.
-On va vous demander de ne pas quitter Marseille pour l'instant.
-Le club m'attend pour la reprise.
-Le club attendra. -Les dirigeants communiqueront,
les gens vont savoir !
-Savoir quoi ?
-Vous en pensez quoi de ce footballeur ?
-Effectivement, il est moins nerveux que sur le terrain
et il est plus beau en vrai. -Sinon, sur l'instruction,
vous avez un avis ? -C'est vrai, vous êtes stressé.
Je suis pas convaincue par les explications de Soko.
J'aimerais des infos sur cette visiteuse.
-Vos clés. -Merci.
Vibreur. -Je dirai à Nadia de remonter
dans les vidéosurveillances. -Je dois partir.
Mon champion à moi m'a invitée au resto.
-Vous me ramenez quand même ? -Bien sûr.
-C'est trop dur, la médiation. Je vais pas y arriver.
Je devais aider un fournisseur et un client à trouver un accord.
Le fournisseur a crevé les pneus des camions du client.
Il se sont écharpés
dans mon bureau.
Boris ?
OK !
C'est sympa de parler à son mari
en rentrant du boulot. Hein, Zéphir ?
Boris souffle.
-1 mn 30 !
Les exercices de respiration profonde
sont assimilés à de la méditation.
-Et tu médites sur quoi ?
-Euh...
Rien de particulier, je déstresse.
-Parce que t'es stressé ?
-Oui.
Enfin, le stress cause
des dégâts pour la fertilité.
Et si on est plus détendu, on a plus de chances de...
-De faire un enfant.
-Ben, oui.
On va pas vieillir avec Zéphir. -Non, mais on peut parler
d'autre chose de temps en temps.
-Ca a l'air de t'ennuyer.
Bips. C'est le mixeur.
J'ai fait une recette détox,
j'arrive !
Tu bouges pas. ...
-Toi, par contre,
t'as l'air particulièrement détendu.
-Merveilleux, ce resto.
-Calme, face à la mer ! -Le rêve !
Et surtout, seuls !
-Oui ! Rires.
On devrait faire ça plus souvent.
-Demain ? -Chiche !
Rires.
Oh là !
-Je suis chargé de trouver les slogans et Alice les écrit.
-C'est les mêmes mots que tes discours pour le maire.
-Sauf que là, ils ne servent plus à noyer le poisson.
Changement total d'orientation. -Ah !
Le maire en dit quoi de ça ?
-Ben, c'est pas encore remonté jusqu'à ses oreilles.
Rires.
Gazouillis.
...
-Elle est quand même
courageuse.
Hein, ma poupée ? Oui !
Que tu es jolie, ma chérie.
C'est quoi, ce truc ?
-Je sais pas.
-C'est un bracelet électronique ! Pleurs. Alarme.
... -Qu'est-ce qui se passe !?
...
Où est le bracelet ?
-Il est là. -Mais maman,
t'es inconsciente ?
C'est le seul truc qui m'alerte
en cas de problème. Il aurait pu se passer n'importe quoi.
-Ecoute, je comprends rien à ta logique.
Les engins connectés qui envoient
des ondes, ça va pas avec les couches bio.
-A ton époque, c'était différent.
On ignorait plein de risques. Le monde actuel est hostile.
-On mettait pas un bracelet de prisonnier aux bébés, avant.
-Le "c'était mieux avant", pitié,
pas toi. -Je dis pas que c'était mieux.
Je dis que c'était plus spontané. La maternité n'était pas
une prison, ni pour soi
ni pour son entourage. -Vous avez l'impression
de vivre en prison.
Je ferais mieux de partir, alors.
Allez.
Viens, ma chérie, on y va.
Alice claque la porte.
-Tu y as été un peu fort, quand même.
-Mais elle exagère, non ?
-Mais me regarde pas comme ça.
Je mène un combat avec elle. Qui dit combat dit solidarité.
-Entre camarades de lutte,
vous vous comprenez, non ? -OK, je vois.
Moi et ma diplomatie légendaire, on va lui parler.
Tout de suite ?
-S'il te plaît.
-C'est parti.
-Là, sur les images
du Riviera, on voit la visiteuse de Soko qui passe
dans le hall et qui va là,
vers la sortie. Berton a confirmé que c'était elle.
-Si elle est connue, moi, je la connais pas.
-Là, on la récupère
sur les images de la ville. On la voit aller vers sa voiture
garée près de l'hôtel et on a sa plaque d'immatriculation.
-Perdon pour le retard,
mais j'ai amélioré mon chrono, 10 km en 54 mn.
Avec des montées. -Bravo.
-Alors, Nadia a identifié
la personne qui était dans la suite
de Soko le jour de l'exfiltration ratée.
-Dana Reyes.
Elle habite sur le Prado.
Elle est assez connue,
mais pas du grand public.
Elle est neurologue.
-Neurologue ? -Hum.
-Idrissa Soko a un problème ?
-Elle a pas voulu me dire.
J'ai invoqué le procureur pour faire tomber
le secret médical. -Impossible de faire ça,
pas dans ce cas-là. -Ecoutez, j'ai tenté.
-Vous avez tenté ?
Et si elle avait refusé ?
-Oui, mais là... -Ca a payé.
-Voilà.
-Bon, allez-y. -Idrissa Soko
est atteint de dystrophie musculaire dégénérative.
Pour l'instant, il en ressent que
les premiers symptômes, mais à moyen terme,
il perdra l'usage de ses muscles.
Reyes était dans sa suite pour faire
un encéphalogramme. -Ca explique la valise.
On est loin de la visite coquine.
-Ils ont décidé d'essayer
un traitement expérimental. D'où la mise en scène
d'une liaison secrète. S'il avait été vu avec des électrodes
sur la tête... -Eh ben, si ça fuite,
sa carrière est foutue. -Ah, dernière chose,
j'ai épluché ses comptes, il a fait un retrait de 50 000 E
y a deux jours. -Ca fait cher
la consultation, non ?
-Une star internationale, un secret inavouable,
un retrait de 50 000 E,
c'est moi ou... ?
-Ca sent le chantage.
Juliette Delmart est la seule à connaître
le secret du footballeur. -Elle le fait chanter, il la tue.
-Elle aurait mal supporté son déclassement social ?
-C'est pas avec son job
qu'elle allait retrouver son train de vie d'héritière.
Elle a vu une opportunité. -Elle s'est donné du mal
pour se reconvertir, elle a dénoncé les arnaques
de son père à son procès ! -Vu le caractère de Soko,
peut-être qu'il la traitait mal et elle en a eu marre.
Cette fois, discrétion ou pas, on le convoque au palais.
-L'info de ma convocation
a déjà fuité. Et les secrets de l'instruction alors ?
Vous voulez foutre ma carrière en l'air !?
Vous aimez pas les footeux ?
-Calmez-vous.
Les fuites viennent souvent de l'entourage du suspect.
-Génial !
Je suis passé de témoin à suspect ?
-Le Dr Dana Reyes, vous connaissez ?
Elle nous a confirmé être
la personne qui vous a rendu visite au Riviera
y a trois jours.
-Nous savons de quel mal
vous souffrez.
-Si ça se sait, aucun club ne voudra de moi.
Ils auront peur de perdre leur investissement.
Avec cette neurologue, y a un espoir.
Ca doit rester secret.
-Le Dr Reyes nous a confirmé que les 50 000 E que vous avez
retirés ne correspondent pas à ses honoraires.
-Bon, maintenant que vous êtes au courant...
J'ai reçu ce message en numéro masqué,
le lendemain de sa visite.
-"Mettez 50 000 E dans la poche d'un peignoir et faites appeler
"une femme de chambre à 8 h demain matin ou votre maladie
"ne sera plus un secret pour personne."
-Si Juliette était censée couvrir les visites de votre neurologue,
c'est qu'elle savait
pour votre maladie. -Bien sûr.
-Vous en avez parlé à quelqu'un d'autre ?
-A personne.
Quand j'ai reçu le message, j'ai prévenu Juliette.
Elle est tout de suite venue me voir
à l'hôtel.
-Je te jure que c'est pas moi.
-Mais qui alors ?
T'es la seule au courant !
-Et ta neurologue ? -Non,
je lui ai fait signer un contrat de confidentialité,
comme à toi. -Hum.
-Y a le secret médical !
-Ca va vite, une anecdote dans un dîner, une remarque.
Il faut que tu préviennes la police.
-Non, je peux pas. Je devrai m'expliquer,
tout le monde saura, non.
Soko soupire.
Je vais payer, Juliette.
-Vous l'avez crue ?
-Juliette ?
Bien sûr. J'avais une totale confiance en elle.
-Les gens peuvent décevoir. -Pas elle.
Dans mon milieu, des vautours veulent vous dépouiller.
Je les repère. Juliette n'en faisait pas partie.
-Un témoignage de sympathie, c'est léger, comme défense.
-Pourquoi
me faire chanter maintenant ? Elle savait tout de moi.
Elle aurait mille occasions d'en profiter
et pour plus d'argent que ça ! -Reprenons.
-Donc vous suivez le peignoir.
-Et vous tombez sur Juliette.
-Comment il faut vous le dire ? Je n'ai pas quitté ma chambre.
Bonjour. Vous pouvez faire monter une femme de chambre ?
J'ai un peignoir à laver. Merci.
...
Quelqu'un frappe. -Service.
...
-Je suis resté là comme un con à attendre
qui prendrait l'enveloppe. -Et ?
-Personne n'est venu !
-Vous avez fait quoi ? -Je l'ai dit,
j'ai attendu et j'ai entendu les sirènes
de police.
-M. Soko, je vais vous laisser ressortir.
-Mais je reste
à Marseille ?
-Je fouille pas dans les poches
du linge sale. Je le récupère
et je le jette dans la chute à linge.
Ca l'envoie directement...
à la lingerie, au sous-sol.
-Merci, mademoiselle.
-Le témoignage d'Idrissa Soko tient la route.
Il aurait fallu qu'il soit au courant du circuit
du linge sale, qu'il vienne ici sans se faire remarquer,
sans badge,
pour découvrir que sa concierge le faisait chanter, la tuer
et ensuite retourner dans sa chambre toujours sans être vu.
-C'est assez hasardeux en effet.
Pour un homme qui n'aime pas le scandale, tuer, c'est pas top.
Il avait intérêt à laisser filer.
Il est pas à quelques milliers d'euros près.
-Hum.
Admettons qu'il ait dit la vérité.
Il révèle à Juliette qu'il est victime d'un chantage.
-Elle se fait un devoir d'intercepter le maître-chanteur,
sans le dire à son client. -Elle veut récupérer l'argent,
mais le maître-chanteur la tue. -Sauf qu'à part la victime
et la neurologue, personne ne sait pour la maladie de Soko.
-C'est ce que le footballeur pense, rien ne le prouve.
Nadia va retracer son emploi du temps depuis son arrivée
à Marseille et il faut enquêter aussi du côté de la neurologue.
Brouhaha.
-M. le juge,
une déclaration, s'il vous plaît ?
-Un mot sur la convocation
de Soko ? -Est-il impliqué dans la mort
de la fille Rappaz ? -Ecoutez,
je ne ferai aucun commentaire.
Le procureur Quiring vous informera en temps utile. Merci.
-M. LE JUGE !
-Une dernière question, M. le juge !
-Les circonstances du meurtre ? -Mettez-vous à droite.
Nadia frappe.
-Oui ?
-Quiring m'a demandé de vous transmettre un message.
Il est ravi de devoir organiser une conférence de presse
à cause de votre, je cite : "discrétion digne d'un éléphant
"dans un magasin de porcelaine". -Il s'en remettra.
-Pas sûr.
Convoquer Soko alors qu'on a peu de choses contre lui...
Il menace de poursuites. -Qu'il menace.
Vous avez trouvé quelque chose ? -Oui, les SMS
entre Juliette et Idrissa
où il dit qu'on le fait chanter
et des échanges croustillants sur et avec d'autres joueurs.
Vous verrez, c'est assez...
-Ca, on s'en passera, merci.
-Son agenda ? -Alors, des dîners
dans des restos branchés.
Des soins spa. Des réceptions avec des potes d'enfance.
On cherche qui aurait pu être au courant,
mais il a une vie sociale très remplie.
Ca prendra du temps.
-La perquise chez le neurologue ? -Conformément
aux demandes de Soko, y a aucune trace écrite.
Aucun compte rendu d'aucune consultation.
-Normal, elle faisait les examens à l'hôtel.
-Il est trop prudent pour avoir dit à quelqu'un
qu'il était malade. La fuite vient de Juliette.
On a cherché à côté.
C'est pas dans l'agenda ni dans l'environnement de Soko
qu'il faut creuser, c'est dans celui de Juliette. Non ?
-Hum.
-Fanny, tu aurais les fadettes de Juliette Delmart ?
-Ouais.
-S'il te plaît.
Merci.
Oui, bonjour. C'est Constance Meyer.
Oui.
...
Par mail, merci. Merci beaucoup, au revoir.
-Alors ? -Alors Juliette
consacrait toute sa vie à son boulot.
Quand Soko était là,
c'était quasiment H24.
Le quasiment étant ce qui lui restait pour dormir.
J'ai vérifié ses relevés d'appels.
Ils sont presque tous liés aux sorties du footballeur,
sauf un qui sort du lot.
-Mais encore ?
-Un appel de la Oyster Bank, à Genève.
-Juliette avait un compte en Suisse ?
-Pas que Juliette, le père Rappaz
avait bien fait les choses dans sa malhonnêteté.
-Un livret d'épargne au nom de ses deux enfants.
-Une poire pour la soif. -Juliette devait le garder
en cas de coup dur, j'imagine. -Sauf que le livret
a été liquidé ces derniers mois.
-Des retraits de 10 000 E ? -Hum.
Un total de 100 000 E. -En liquide.
La banque a forcément été alertée.
Ca a déclenché Tracfin ?
-La banque a appelé Juliette
pour vérifier. -Et ?
-Moi, j'ai appelé la banque.
C'est le frère qui a effectué ces retraits en falsifiant
la signature de sa soeur. -Tel père, tel fils.
-Je me suis renseignée, c'est pas un ange,
le jeune Rappaz. -En plus d'être un escroc ?
-Alors, viré
du casino de Juan-les-Pins après une bagarre.
Outrage aux forces de police.
Conduite en état d'ivresse avec refus d'obtempérer.
Il a déjà un joli casier
et un vrai sentiment d'impunité.
Quentin a 16 ans au moment du procès.
Il est en pleine construction de sa personnalité.
Il doit pas tout comprendre des manoeuvres financières
de son père. Il n'y voit peut-être même pas de mal.
-Contrairement à sa soeur
plus âgée qui s'en rend compte.
-Leur mère décède quelque temps
plus tard, Juliette s'occupe de son frère en essayant
de transmettre d'autres valeurs que celles de son père.
Quentin se cherche. -Il choisit d'imiter
son père. -Il aime le luxe, le golf.
Il faut de l'argent pour se payer ce train de vie.
-Ses économies suisses
n'ont pas suffi à faire décoller son business. Faire chanter Soko,
c'était un bon raccourci.
Soupirs.
-Mais Juliette a toujours détesté
les magouilles de son père.
Elle voulait pas y être associée, elle a même
changé de nom.
Si elle a découvert que Quentin avait fait chanter Soko,
elle a pas dû le supporter.
Et ça s'est mal passé.
-Sauf qu'on n'a aucune preuve.
Constance soupire.
-Vous cherchez quoi ?
Vous avez déjà perquisitionné ! Que voulez-vous de plus ?
-Ca va, les affaires ? -Vous voulez investir ?
-Avec 50 000 E,
y a de quoi faire, non ?
-Vous êtes venus pour parler de mon business plan ?
-Le concierge du Riviera a dit que votre soeur avait 2 badges,
au cas où l'un des deux se désactiverait.
Vous connaissez l'hôtel, vous y veniez enfant.
-Je vois pas de quoi vous parlez.
-Ah !
Belle acquisition.
-OK.
J'ai fait des boulots au black et je me suis fait plaisir.
Il est où,
le souci ? -Le souci, ce sont les banques.
-Celles qui ont causé la chute de votre père
et aujourd'hui, la vôtre.
-Même quand un joueur aussi connu que Soko
fait un retrait de cash important, la banque
archive les numéros des billets.
Pour se protéger
en cas de blanchiment.
-La bijouterie confirmera que vous avez payé en liquide,
n'est-ce pas ? -Si on regarde de près
les numéros des billets, on verra que ce sont ceux
retirés par Soko pour payer son maître-chanteur.
-Franchement, M. Rappaz,
acheter cette montre 3 heures après le décès de votre soeur...
Et vous jouez les frères éplorés ?
-Comment avez-vous su
pour la maladie d'Idrissa Soko ?
-J'ai entendu Juliette en parler avec lui au téléphone,
dans l'appartement.
Il avait l'air flippé.
Juliette lui a dit que personne ne pouvait se douter
qu'il avait vu une neurologue. -Vous avez pensé aux bénéfices
que vous pourriez en tirer.
-Je me suis dit que j'allais tenter le coup, oui.
Mais je vois ça un peu comme un jeu, vous savez.
Au pire, Soko aurait pas bougé et ça se serait arrêté là.
-Vous avez vu juste, l'argent était là où vous l'attendiez.
-Quoi, c'est toi ?
-Je vais t'expliquer. -M'expliquer que tu fais chanter
mes clients dans mon dos ?
-Tu fais quoi ?
C'est rien, 50 000 E pour lui. Il les gagne en un jour !
-Tu allais en faire quoi ? -Rien.
Ca pouvait m'aider à commencer dans la vie et à investir.
-Vider nos comptes te suffisait pas ? Tu voulais investir
dans tes applis bidon ?
-T'en as pas marre de trimer ? Tu veux vivre dans la misère ?
-On gagne notre vie honnêtement.
Enfin, je la gagne !
T'es comme papa, t'as rien compris.
T'es un gosse pourri gâté qui se remet pas
d'avoir perdu la grande vie !
-Juliette, arrête. Ecoute.
T'as pas envie de faire autre chose ?
De t'en sortir autrement ?
-Je m'en sors bien, lâche-moi.
-Si tu dis rien, il se passera rien.
OK ?
Quoi ?
Tu vas me balancer aux flics, c'est ça ?
Vas-y. T'as vu comment ça a fini pour papa ?
-C'est ce que je veux t'éviter. -T'es sérieuse ?
-Oui !
Je veux pas que tu finisses comme lui.
J'ai pas fait tout ça pour ça !
-Juliette, arrête ! -Lâche-moi !
Je vais pas te laisser
détruire encore notre vie ! Maman est morte à cause
de cette mentalité-là !
Papa l'a tuée, tu comprends ça !? -Tu peux pas !
-Elle a toujours été là pour moi, vous savez.
Je sais pas comment j'ai pu faire ça, je sais pas.
-Vous avez entendu l'interview
d'Idrissa Soko à la radio ? -Désolé. J'aurais voulu
plus de discrétion, pas le choix. -Qui parle de discrétion ?
Il félicite
l'institution judiciaire
pour son travail. Le ministre m'a appelé.
-Ca va, chéri ? T'es prêt ? -Caravage n'attend pas.
-On est déjà en retard. -Allons-y.
-J'ai connu mon père qui adorait les soirées cocooning à lire,
je le retrouve noceur culturel. -L'amour !
Notification.
-Pff ! -Un problème ?
-Mon jogging est dans 30 mn.
-Cachez votre joie.
-J'ai pas envie d'y aller.
-Plus on cherche à ne pas stresser
et plus... -Plus ?
-On stresse.
-C'est quoi, le message ?
-Vous vous mettez trop la pression, comme votre père.
L'amour, la légèreté. Caravage !
-Bonsoir !
-Ca, c'est ta mère qui rentre.
-Bonsoir.
-Mmm ! Ca sent bon !
-C'est pas très détox.
-Non, mais c'est bon.
-Et ta médiation ? -Je me suis lâchée.
Je leur ai dit ce que je pensais de leur attitude puérile.
Ca m'a calmée. Et toi,
t'as laissé tomber ton jogging ?
-J'ai réfléchi.
Moi aussi, je vais me calmer.
Quand on focalise trop sur un objectif,
c'est le meilleur moyen
de pas l'atteindre.
-Un peu de naturel ne devrait nuire à personne.
-Vous avez changé le slogan ?
-Ouais.
Papa trouve que ça sonne mieux.
-Ca fait beaucoup d'injonctions, non ?
-Bon, écoute, maman, je suis désolée.
Je sais pas ce qui m'a pris. Comme je sais pas
comment faire avec Céleste, j'ai besoin de plein
de trucs pour me rassurer.
J'y arrive pas.
-Tu sais, personne ne sait comment faire quand ça arrive.
Personne n'est jamais vraiment prêt.
On apprend en faisant.
-"Suis ton instinct, il sait mieux que toi."
Papa a dit ça.
-Ton père a le sens des mots !
Rires. -Bougez un peu, là.
Vous cachez la banderole ! -Ah ! Demandé comme ça.
-Pourriez-vous, s'il vous plaît, reculer un peu
afin que les passants puissent découvrir notre message ?
-Voilà !
Comme ça, c'est mieux ?
Rires.
-Beaucoup mieux !
Rires.
-Voilà ! Ca, c'est du message !
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