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...
-Et si on restait ici aujourd'hui ?
On ne fait rien, mais alors vraiment rien. La bulle totale.
-Et je dis quoi à mon juge ?
-Intoxication alimentaire, décès d'un proche, on va trouver.
-Et tu dis quoi à la mairie ?
-Intoxication alimentaire, décès d'un proche, on reste raccord.
-Oh !
-Ca va, ma chérie ? -Mmm.
Il n'y a plus de café ? -Si, dans le placard.
Les filtres sont à côté.
Il faut juste appuyer sur le bouton.
-Ah !
-On doit te l'apporter ? -Elle n'aime pas
qu'on lui parle le matin.
-Ce n'est pas la journée pour buller. Je vais bosser.
Après ta 1re année d'inertie, j'espère que tu échoueras
à tes examens.
A ce soir, mon coeur. -A ce soir.
-Il est trop bizarre. Il est speed.
-Tu fais quoi aujourd'hui ? -Je ne sais pas.
-Tu vas sortir un peu ?
-Mmm.
-Bon. Je vais travailler.
-Attends, maman.
Tu peux me faire du café ?
-Parce que tu es ma fille chérie.
-Merci, maman.
...
-Bonjour, M. le juge. Je n'aurais pas dû passer par la corniche.
-Ce n'est pas grave, Constance. L'important est que vous soyez là.
La victime est Lionel Kaplan, fondateur de Fibrotech,
qui fabrique des coques en carbone pour des voiliers de course.
Ses bureaux sont là.
Il avait reçu l'an dernier le Prix de l'entrepreneur de la région.
-Bonjour ! -Vous m'avez fait peur.
-Si la police prévient, il n'y a plus de surprise.
-Oui, c'est vrai. Hein ? Ca va ?
-Oui, ça va. C'est par là.
Il faudra vérifier
à l'autopsie, mais, d'après le légiste,
la victime est morte d'un coup à la tête.
On n'a pas encore retrouvé l'arme du crime.
Les employés de la maintenance ont découvert le corps.
-Des vidéosurveillances ? -Non.
-Il avait de la famille ? -Il était marié
à Emma Kaplan, médecin généraliste, et ils ont un fils, Lucas, 20 ans.
-Quoi d'autre ?
-Mélanie Roussel, son bras droit, est partie la dernière, à 19h30.
-Bon. Allons-y.
-Il est de bonne humeur
aujourd'hui, non ? -Vous avez remarqué ?
-Oui.
-Vous travaillez ici depuis longtemps ?
-Je suis là depuis la création. On était juste lui et moi au départ.
Que va-t-on devenir sans lui ? -Sa mort ne signifie pas
que l'entreprise va disparaître.
-Il vous avait confié des soucis avec un employé ?
-Non. On est une petite équipe, c'est un peu comme une famille.
-Comment se porte l'entreprise ?
-On vient d'avoir un gros contrat. -Lequel ?
-Un créateur de bateaux de tourisme a commandé des coques.
-Vous faites des voiliers de course.
-Oui.
Mais notre savoir-faire les a intéressés.
-C'est un gros volume ?
-On va passer de 15 employés à plus d'une cinquantaine.
On avait commencé à faire des gros investissements, avec Lionel.
-Ca a pu susciter des jalousies. -Le milieu est concurrentiel,
mais de là à tuer...
-Dans sa vie privée,
il avait des problèmes ? -Il était séparé d'Emma
depuis un an. -Ils n'avaient pas divorcé ?
-Non. -On va devoir lancer
une perquisition
dans vos locaux. -Allez-y, on n'a rien à cacher.
-Elle avait l'air désemparée. -Parce qu'elle a perdu son patron.
-Lionel Kaplan meurt au moment où il va faire fortune.
-On doit trouver à qui profite le crime.
-Ce n'est peut-être pas l'argent, le mobile.
-M. le juge, Emma Kaplan est là. -Très bien.
-C'est impossible, Lionel n'avait de problèmes avec personne.
-Vous étiez séparés. Pourquoi vous n'avez pas divorcé ?
-On était restés proches.
On voulait le faire, mais il n'était pas pressé.
Et il y a la maison.
On n'a jamais eu de problèmes de couple, en fait.
On ne s'est jamais... jamais engueulés.
Ca se passait bien, en fait.
-C'est vous qui avez rompu ?
-Il passait toute sa vie au bureau.
Quand il était avec nous, il avait l'esprit là-bas.
-Et votre fils, vous l'avez prévenu ?
-Je l'ai appelé ce matin.
Il fait ses études à Nice. Il devrait arriver.
J'ai peur qu'il réagisse mal.
-Ce ne serait pas anormal, non ?
-C'est différent. -Comment ça ?
-Ca a toujours été
très compliqué avec son père.
Il ne s'en est jamais vraiment occupé, toujours au travail,
très absent.
Au début de la séparation,
Lucas lui en voulait beaucoup, il le tenait pour responsable.
Depuis quelque temps, ça allait beaucoup mieux.
Il passait tous ses week-ends
chez lui.
Ils comptaient rattraper le temps.
-Savez-vous si votre mari avait rencontré quelqu'un ?
-Je ne crois pas.
Il me l'aurait dit, sinon.
-Ca n'a pas l'air d'aller. -Je suis triste de partir.
-Je n'avais jamais vu quelqu'un triste de quitter
Quiring. -Attention, il arrive.
-Il débarque dès qu'on dit
du mal de lui. -C'est typique des paranoïaques.
Vous l'êtes un peu aussi.
-Je vous remercie, Meyer.
Bonjour, M. le procureur. -Alors ?
On se fait une réunion de famille ?
-Je ne sais pas, mais j'aimerais
organiser un pot de départ
pour la fin de mon stage.
-Hum. Et, en attendant, tu traînes dans les couloirs.
-Oui. J'y vais.
-On a du mal à avoir un budget pour 3 stylos,
on ne va pas faire un pot de départ dès qu'un stagiaire s'en va.
On est d'accord ? -Bien sûr.
-Et le dossier Kaplan ? -On vérifie
certains éléments. -Plus tôt la famille pourra
organiser des obsèques... -Mieux ce sera. Je sais.
Il reçoit un message.
-Qu'est-ce qu'il a ? -Il allait bien, ce matin.
-J'ai dit quelque chose de mal ? -Non.
Je peux aller travailler ?
-Oui, allez-y, Meyer.
-Qui a mis ces cartons ici ? On ne peut plus accéder au courrier.
-Vous étiez plus aimable ce matin.
-Oui. Excusez-moi. C'est Quiring. Des fois, il m'agace.
-Vous oscillez : une fois, vous êtes sympa, une autre, cassant.
Vous vous ressemblez.
-Constance, tout est là.
-C'est vous, en fait ? -Je me suis fait livrer la compta
de Fibrotech pour l'éplucher.
Ca vous pose un problème ? -Non.
-M. le juge,
le capitaine Saïdi
vous attend. -Merci beaucoup, Fanny.
-Mais c'est normal.
-C'était mieux ?
-Parfait.
-Les traces de sang au sol sont les siennes.
Mais on n'a pas retrouvé l'objet avec lequel il a été frappé.
Il était à 2g d'alcool.
La perquisition chez lui n'a pas donné grand-chose.
On a retrouvé un aller simple en avion pour le Costa Rica, San José.
-Un aller simple ? -J'aimerais pouvoir faire ça.
-Et il n'en a parlé à personne.
-C'est peut-être une piste. -Kaplan a appelé son fils
4 heures avant sa mort. Lucas.
Son téléphone a borné à 19h30 à côté du lieu du crime.
-Sa mère nous a dit qu'il était à Nice hier soir.
-Elle nous a menti
ou elle l'ignorait.
La voiture était sur l'autoroute entre Nice et Marseille.
Il a fait
l'aller-retour dans la soirée.
-Qu'est-ce qui se passe ?
-On peut entrer ?
-Oui. J'ai de la visite, mais je vais lui demander de partir.
-Je vais te laisser.
Tu gardes tous les dossiers et on s'appelle
si tu as besoin. -Promis. Merci.
-Au revoir.
-Heureusement que Mélanie est là.
Je ne sais pas ce que je ferais sans elle.
Je lui ai fait une délégation de signature
pour qu'elle gère l'entreprise.
C'est moi qui ai l'usufruit des biens de Lionel.
-On voudrait parler
à votre fils.
-Pourquoi ? Il y a un problème ?
-Vous avez rendu visite à votre père, hier soir.
-Il devait partir.
-Un aller-retour Nice/Marseille dans la soirée, c'est particulier.
-Vous vous êtes disputés ?
-Vous croyez que j'ai tué mon père ?
-On ne dit pas ça. On cherche à comprendre.
Pourquoi il voulait partir au Costa Rica ?
-Il m'a appelé. Il m'a demandé de venir à son bureau en urgence.
Demain ? -Oui, demain.
Je ne peux pas faire autrement. Tu viendras y passer tes vacances.
-Pourquoi tu pars ? -Je suis obligé.
Je pars 6 mois, un an ou plus.
-Pour le boulot ? -Oui.
-Fais-toi remplacer. -C'est impossible.
-Tu m'as toujours dit ça.
Et là, tu te barres. -C'est différent.
-Prouve-le-moi.
-Fais-moi confiance, mon grand. Je ne t'abandonne pas.
-Tu as bu ?
-Je te jure qu'on va vite se revoir.
-Je ne te crois pas.
Je ne vais pas t'attendre
toute ma vie. Pars.
De toute façon, je pense que c'est mieux pour moi.
Je suis rentré à Nice après.
-Et votre mère ?
-Pourquoi lui dire ? Pas besoin qu'elle vive une déception en plus.
-Vous n'avez pas d'alibi ?
-Non. Mais qu'est-ce que vous allez faire ?
M'arrêter ?
-Vous avez bien fait de ne pas le mettre en examen.
-Qui nous dit qu'il est innocent ou que j'ai fait le bon choix ?
-Il ne va pas s'échapper.
Il aurait tué son père et il serait reparti à Nice juste après ?
-Il est intelligent.
Il peut nous manipuler.
-S'il était si intelligent, il ne se serait pas fait repérer.
Il aurait éteint son portable, il n'aurait pas pris l'autoroute.
-Il faut tout reprendre.
Kaplan a voulu disparaître
alors qu'il avait signé le contrat de sa vie.
-Il ne partait pas pour le travail.
-Pourquoi on fuit ?
-Une double vie, un acte irréparable,
une volonté de changer radicale, effacer son passé.
-Oui. Mais concrètement ?
-Vérifions les comptes de l'entreprise.
La plupart des disparitions sont dues au surendettement.
-Bonne idée.
J'arrive tout de suite.
-Bonjour, M. le juge. -Bonjour.
-Que faites-vous ?
-C'est pour le pot de départ d'Antoine. J'en ai récupéré 2
au parquet financier
et une caisse auprès du procureur général.
-On ne fera rien. -Ah bon ?
-Oui. -Mais pourquoi ?
-Parce qu'il... Je n'ai pas à vous justifier mes décisions.
-Non, bien sûr. C'est dommage. Il a fait du très bon travail.
Il a été très apprécié par tout le monde.
-Pas comme moi ?
-Si vous acceptez ce pot,
au pire, vous risquez de passer pour quelqu'un de sympa.
-C'est très très drôle, Solène.
C'est la caisse du procureur général ?
-Oui. -Millésimées. Il ne s'embête pas.
Qui les lui a offertes ? Il a accepté de m'en donner ?
Vous ne lui avez pas dit
que c'était pour moi ?
-Ce n'est pas vraiment pour vous.
-On ne vous a jamais dit qu'il vous manquait un filtre ?
-Non.
-D'accord.
On frappe.
-J'ai l'état des finances de Fibrotech.
Kaplan a emprunté 500 000 euros
pour éviter la faillite.
Pour honorer son contrat, il a acheté des hangars, des machines,
des matériaux et il a recruté.
-Le client n'a rien versé ?
-Non. Ils ont dénoncé le contrat il y a 2 semaines.
-Pourquoi ?
-Une des clauses stipulait que, s'ils trouvaient
un fabricant de coques avec la même technologie et moins cher,
Kaplan s'alignait.
-Il n'a pas pu ?
-Non. Il perd tout et il ne dit rien
à sa femme, à son fils ni à ses employés.
-Il ment, maintient ses réunions et continue ses investissements.
La fuite en avant. -Jusqu'à vouloir disparaître.
-Mais il n'a pas pu.
-Je l'ignorais. Pourquoi il ne m'a rien dit ?
-Comment est-ce possible ?
-Je gère le personnel. La technique, c'était lui.
-Et pour les finances ? -Malik Reigner s'en occupe.
-Il ne vous a rien dit ? -Non. Il devait l'ignorer.
-Vous n'avez rien fait pour vous protéger de ce constructeur ?
-Le composite qu'on a vendu est un alliage très précis.
Ce sont des années de recherche. On avait déjà
des coûts très serrés. Quelqu'un a développé le même savoir-faire.
C'est le risque
de ce genre de clause.
Je vais appeler notre avocat, voir ce qu'on peut faire.
-Elle est bizarre.
Elle va chez l'ex de Kaplan alors qu'elle ne lui a rien demandé.
-Elles se connaissent depuis 15 ans.
-Elle est à peine affectée par les mensonges de Kaplan.
-Elle veut sauver l'entreprise. -Elle n'a aucune part.
Elle s'investit beaucoup. -Elle veut sauver les emplois.
-Vraiment ?
Je vous dépose, M. le juge ? -Non, je rentre à pied.
-Bonsoir, tout le monde ! Bonsoir, ma chérie !
Bonsoir, mon coeur. -Bonsoir.
Ta fille n'a pas bougé de la journée, comme tous les jours.
-C'est ma fille quand ça t'arrange.
Tu voulais qu'on reste ici à ne rien faire.
-Mais elle, c'est le retour en arrière depuis 3 semaines.
-Laisse-lui le temps de digérer sa rupture avec Paul
et de trouver sa voie. -Tu lui trouves encore des excuses.
-Bon, je vais lui parler.
C'est l'album
de la Coupe du monde 1998 ? -Oui.
Antoine l'a laissé dans ma chambre. -C'est collector.
-Si tu trouves Chilavert, j'ai terminé le Paraguay.
-Chilavert ? -Mmm.
-Tu vas bien ?
-Vas-y, crache le morceau.
-On s'inquiète un peu. Tu ne fais pas grand-chose.
-Et même rien.
-Vous voulez que je m'en aille ? -Non. On veut juste...
-Que tu fasses quelque chose
de ta vie. -Vous avez un fils qui réussit.
-Antoine ? -Il a un boulot,
un appart, une femme, un gosse.
-Vous êtes juste différents. Chacun avance à sa vitesse.
Tu as quitté Paul après 3 ans.
C'est normal que tu aies perdu
confiance.
Demande-toi ce que tu veux faire
dans ta vie.
-Il ne faut pas trop réfléchir non plus.
-Maman,
t'inquiète.
Mais il est là, Chilavert ! J'ai fini
le Paraguay.
Brésil.
-Je me fais du souci pour Alice. Chaque enfant a sa personnalité.
Antoine aime les défis, Alice a besoin d'être
en confiance. -Elle a 23 ans.
-Et alors ? -Il faut lui enlever les brassards
pour qu'elle grandisse.
Antoine se bouge. Ca ne lui tombe pas tout cuit du ciel.
-C'est un message ?
-Désolé, mais c'est trop facile pour Alice.
Tu te fais embobiner. Elle ne fait rien.
Elle passe ses journées à ne rien faire, tu l'accompagnes là-dedans.
Tu ne l'aides pas en faisant ça. -Je ne peux pas m'en empêcher.
-Il est stressé en ce moment. Vivement qu'il prenne des vacances.
-Toi, les vacances, ça va.
-Bah... -Ton père paie tout,
il faut qu'il nourrisse sa fille qui est revenue vivre ici.
Pourquoi il se stresse ?
-Mais... -Tout ne va pas te tomber du ciel.
Si tu veux du café, tu te le fais. Bonne journée.
...
Bonjour, Solène. -Bonjour, Constance.
-Vous tapez vite, comme ma fille.
-Je peux vous dire un truc ? -Bien sûr.
-J'ai rencontré quelqu'un sur un site de rencontres.
-Ah oui ? -C'est incroyable.
On a les mêmes goûts et envies. -Formidable.
-Dites.
-Oui ? -Je lui ai demandé 3 fois
qu'on échange des photos et il dit qu'il faut d'abord se connaître.
C'est mauvais ?
-Ca ne veut rien dire. Vous avez mis des photos sur le site ?
-Non. Non mais...
Il y a tellement de gens qui ne regardent que le physique.
Là, ça va, on a appris à se connaître.
-Il doit être timide et avoir peur de casser l'ambiance.
-Encore un cas.
Mais là, je veux savoir.
Pour le pot de votre fils, il vous reste de quoi manger ?
-Il faut voir ça avec Fanny.
-On dirait que ce pot est devenu crucial pour Quiring.
Limite il faudrait que j'aille chez le traiteur. C'est louche.
-Oui, très louche.
C'est fou, cette génération. Toujours le nez dans le portable.
-Oui, c'est insupportable.
Comment ça va ? -Bien.
Vous avez l'air en forme. -J'ai suivi vos conseils.
Je me suis inscrit sur un site de rencontres.
-Justement...
-Je pense que j'ai rencontré quelqu'un de très bien.
-Elle est comment ? -Je ne sais pas. On y va pas à pas.
On veut être dans le vrai, prendre notre temps.
Qu'y a-t-il ?
-Rien. C'est bien.
-Oui. Je l'ai dit.
Sinon on en est où ?
-Je me suis renseignée sur Malik Reigner, le directeur financier.
Kaplan a dû lui parler.
-Et ?
-Reigner a reçu 50 000 euros sur son compte cette semaine.
-De qui ?
-De Kaplan.
-Il le faisait chanter ? -Peut-être.
On frappe.
-Oui !
-Je ne vous dérange pas ?
-Mmm.
-Je vous remercie d'avoir accepté pour le pot.
Je voulais réunir
l'équipe et vous...
C'est trop long ? -Oui. Arrête ton cinéma.
J'ai cédé à ton fan-club.
-Je ne vous ferai pas perdre trop de temps.
-C'est 18h ? -Oui.
-Je reçois le bâtonnier à 17h30. Ce serait bien de l'inviter, non ?
-Je croyais que les relations entre les avocats et les magistrats,
c'était pas...
-C'est pas... quoi ?
-Pas vraiment ça.
-Il va falloir sortir des jupes de ta maman, Antoine.
-Quel rapport ?
-La politique,
tu sais ce que c'est ?
-Oui, les relations publiques. Vous pensez que c'est bien pour moi
de rencontrer le président de l'ordre des avocats.
-Oui. Mais vas-y mollo. La discrétion est appréciée.
Avec lui, n'en fais pas des tonnes comme avec moi. Je dois y aller.
-C'était un super patron. Il m'a embauché à la sortie de l'école.
Il n'hésitait pas à donner sa chance aux jeunes.
-Asseyez-vous.
Vous étiez bien payé ?
-Oui. Enfin, dans la grille de salaires
du marché. -Et c'était suffisant ?
-Où vous voulez en venir ?
-50 000 euros, ça vous dit quelque chose ?
-J'ai fait un travail de consultant.
J'ai du mal à joindre les deux bouts.
-Consultant auprès de l'entreprise qui vous emploie ?
-Vous avez découvert que Kaplan avait tout perdu,
qu'il voulait disparaître, alors vous l'avez fait chanter.
Et il vous en fallait plus.
Il a refusé.
-Quoi ? -Que préférez-vous, M. Reigner ?
Reconnaître le chantage ou être mis en examen pour meurtre ?
-Lionel m'avait prévenu que les constructeurs
auraient du retard dans les paiements.
On avait fait un crédit
à la banque et, il y a 3 semaines, j'ai voulu les relancer.
-Mais ils avaient rompu le contrat.
-Oui. Mais je n'ai pas fait chanter Lionel.
-Je te demande d'en parler à personne pour l'instant.
-On va réétudier nos coûts de fabrication.
-On est déjà à la limite.
-Que veux-tu qu'on fasse ? On va devoir liquider la société.
-Non, pas ça.
-A moins que... -Que ?
-Que je la revende en faisant croire qu'on a toujours le contrat.
-Tu es fou. -Ils n'ont rien mis par écrit.
-Personne ne t'achètera la boîte sans vérifier.
-Ca dépend à qui on la vend. Je vais avoir besoin de ton aide.
On va transformer l'écriture comptable du crédit de la banque
par un virement du constructeur. -Tu ne peux pas me demander ça.
-Bien sûr, tu y trouverais ton compte.
-Fibrotech appartenait à 80% à Lionel.
Mais il avait un associé, Philippe Santi, un ami, je crois.
On ne l'a jamais vu, il n'était pas du métier.
Il avait investi
une petite somme dans l'entreprise à sa création, il y a 15 ans.
-Comment il pouvait se douter que son ami allait le trahir ?
Il aurait pu prendre le temps de vérifier les documents.
-Qu'est-ce que je risque ?
-Faux et usage de faux, entre autres.
-Si Santi a découvert le pot aux roses et qu'il est surendetté...
-Il pouvait lui en vouloir. Que sait-on ?
-C'est un homme d'affaires qui a investi dans les start-up.
-Maman.
-Je vous laisse. On se retrouve pour l'auditionner.
-Ca va ?
-Non. Mon pot de départ, c'est devenu le pot de Quiring.
Il a invité le bâtonnier. Je voulais faire un discours.
-Prends-le comme un défi.
-Je dois rendre hommage au procureur
sans passer pour un faux-cul. -Fais comme au tribunal.
Tu as étudié les parties en présence, tu connais les jurés,
tu as préparé ta plaidoirie et tu places ta voix.
-C'est dur.
-Quand ça t'arrivera en vrai, tu feras comment ?
-Oui, tu as raison. Merci.
-Le salaud me l'a faite à l'envers.
-Les trahisons viennent souvent des proches.
-On n'était pas intimes.
-Quel genre de relations aviez-vous avec lui ?
-On s'est connus à la fac. J'ai mis un peu d'argent dans sa boîte.
Depuis, on se voyait de temps en temps, mais sans plus.
-En lui rachetant l'entreprise, vous ne vous êtes pas renseigné
sur les éléments comptables ? -Pourquoi je l'aurais fait ?
J'ai investi 5 000 euros dans Fibrotech quand j'avais 25 ans.
Je les ai largement récupérés. Je lui faisais confiance.
Je ne me doutais pas
qu'il me faisait un sale coup.
-Pourquoi il vous revendait ses parts après ce gros contrat ?
-Un créateur d'entreprise
revend souvent quand il s'agrandit.
Il veut vite récupérer le maximum.
Il m'a chanté le refrain de celui qui voulait profiter de la vie,
qu'il allait s'installer au Costa Rica.
J'ai même transféré l'argent à San José.
-Que faisiez-vous avant-hier soir entre 20h et 22h ?
-Vous me soupçonnez ?
-Répondez-moi. Que faisiez-vous le soir du meurtre entre 20h et 22h ?
-J'ai perdu 2 millions d'euros, j'ai une boîte surendettée.
-Répondez à la question, s'il vous plaît.
-J'étais avec des amis. Vous pouvez vérifier.
...
-Si Santi dit vrai, quelqu'un avait intérêt à ce que Kaplan reste.
-Nadia a vérifié les alibis de tous les employés.
-On devrait insister. -Sur Mélanie Roussel ?
-Elle joue l'oie blanche. Elle savait peut-être tout.
-Pourquoi elle nous mentirait ?
-Pour rester irréprochable aux yeux d'Emma, de Lucas et à nos yeux.
-C'est votre interprétation. -Oui, toujours les faits.
-La réalité ne correspond jamais à nos projections.
-Se mettre dans la peau du tueur, c'est dévoiler son mobile, non ?
-Mettez-vous dans la peau de Roussel
et trouvez son mobile.
-Vous cherchez quelque chose ? -Oui. Quiring me met la pression
pour avoir l'ordonnance
de l'affaire Raban.
-C'est fait. -Merci.
-De rien. -Ce ne va pas ?
-Non. Je ne trouve pas mes mots pour le discours de ce soir.
-Pourquoi ?
-Le bâtonnier sera là.
Je veux remercier les gens,
mais je veux bien le faire. Je tourne les phrases.
Mais ça n'a aucun sens. Et faire un discours sur Quiring...
-Ce n'est pas évident. Mais tu vas y arriver.
-Attendez.
Vous pouvez jeter un coup d'oeil pour me donner votre avis ?
-Oui, d'accord.
-Merci. C'est une ébauche.
Mais je voulais parler des gens, puis de Quiring.
-Oui.
-Après la visite du palais, on m'a présenté mon tuteur de stage.
Ah ! Merde !
Voilà. Et M. le procureur...
M. le procureur, votre bienveillance, votre gentillesse...
-Mélanie Roussel, fille unique des fondateurs des produits ménagers
Roussel. Vous connaissez ? -Pas vraiment.
-Il y a 3 ans, elle a hérité de l'empire familial.
Elle n'a aucun souci d'argent. Mais elle tient à Fibrotech.
-D'accord. Et ?
-Pas de mari, pas d'enfant.
Elle a une résidence secondaire à Cassis.
-Et alors ?
-J'ai épluché les comptes de Kaplan ces 6 derniers mois.
Il a fait des paiements
à Cassis lors de week-ends. -La même chose pour Roussel.
-Ils n'y allaient pas pour travailler.
-S'ils étaient amants et qu'elle a découvert qu'il allait partir...
-Tous les mardis à 21h30, elle va au fitness, sauf avant-hier.
Le portable était coupé.
-Elle a pu partir à 19h30 et revenir chez Fibrotech.
-Et on n'a aucune preuve.
...
Vous saviez que Kaplan avait vendu l'entreprise ?
-Non. Bien sûr que non. Je ne sais plus où donner de la tête.
Santi a appelé, son avocat veut des pièces justificatives sur tout.
-On est au courant
pour Lionel et vous. -Qu'est-ce que vous racontez ?
-Pourquoi vous n'avez jamais officialisé
cette liaison ?
-C'était compliqué pour lui vis-à-vis d'Emma et de son fils.
Il ne s'est rien passé entre nous avant la séparation.
-Travailler toutes ces années à côté d'un homme qu'on aime
et qui est marié, c'est dur.
Quand il décide de quitter sa femme, tout devient possible.
Vous n'avez jamais été aussi heureuse.
Et, avant-hier, vous découvrez qu'il ne vivra jamais avec vous,
qu'il va partir sans vous, sans même vous prévenir.
Comment c'est possible
qu'un homme à qui on a tant donné vous traite sans aucun égard ?
-Il me promettait régulièrement qu'on allait enfin vivre ensemble,
qu'on allait arrêter de se cacher.
Comment j'ai pu le croire ?
-Que s'est-il passé ?
-Je l'ai entendu appeler son fils, lui demander de venir le voir,
qu'il avait quelque chose de très important à lui dire.
J'étais tellement heureuse qu'il lui dise pour nous.
J'étais impatiente de savoir comment ça s'était passé.
Alors, plus tard, je suis revenue au bureau.
-C'est pour le boulot ? -Oui.
-Fais-toi remplacer. -C'est impossible.
-On se retrouve et tu pars au bout du monde ?
-C'est différent. -Qu'est-ce qui me le prouve ?
-Fais-moi confiance, mon grand, je ne t'abandonne pas.
-Tu as bu ?
Pars. De toute façon, je pense
que c'est mieux pour moi.
-J'étais sous le choc.
Alors je suis repartie à ma voiture
et j'ai attendu que Lionel sorte.
...
Tu as vu ton fils ?
-Mélanie ?
Oui, je l'ai vu. Je lui ai dit pour nous deux, il est très content.
-Ah bon ? -Il s'en doutait.
-Tu lui as dit que tu partais. -Ce n'est pas ce que tu crois.
-C'est quoi ?
-Je vais revenir. -Pourquoi tu ne m'as rien dit ?
-Je ne pouvais pas. -On ne se disait pas tout ?
Que se passe-t-il ? -Il ne se passe rien.
-Arrête !
Tu me mens. -Rentre chez toi. Il est tard.
-Il se passe quelque chose.
Je vais appeler ton fils. -Non.
Je ne t'aime pas.
Tu comprends, ça ? Je ne t'ai jamais aimée.
Tu n'es qu'un lot de consolation.
Maintenant, tu me fous la paix et tu dégages.
Tu dégages.
...
-J'ai jeté la barre dans la mer en rentrant chez moi.
Le lendemain, vous m'avez appris pour le contrat et tout le reste,
je n'étais pas au courant.
...
-"J'ai vraiment envie de vous voir."
Non.
"J'ai envie de vous voir."
-Vous venez, Solène ? -J'arrive.
-"J'ai envie de vous voir."
-Vous venez, Boris ? -J'arrive.
"Je suis d'accord. Moi aussi, j'ai envie de vous voir."
-Doucement avec l'alcool. -Maman, je n'ai plus 3 ans.
-Affirme-toi. Voilà.
-S'il vous plaît ! -Plus fort.
-S'il vous plaît !
Je vous dérange un bref instant. Je remercie les personnes fabuleuses
que j'ai rencontrées pendant ce stage.
Après la visite du palais, on m'a présenté mon tuteur,
le procureur Quiring.
Dès ses premiers mots,
j'ai compris où j'étais.
Je me suis demandé ce que j'avais fait pour mériter ça.
Je vois que M. le bâtonnier sait de quoi je parle.
J'ai découvert, derrière cette carapace d'ours mal léché,
un homme passionné,
curieux des autres, un homme bienveillant
et qui aimait transmettre.
-Vous avez aidé mon fils ? -Pour son discours ?
-Mmm. On reconnaît bien votre style.
Mais je ne dirai rien.
-M. le procureur, je vous remercie
pour votre accueil et votre bienveillance envers moi.
Gandhi disait :
"La règle d'or de la conduite est la tolérance mutuelle.
"Nous ne penserons jamais tous de la même façon.
"Nous..." Pardonnez-moi.
"On ne verra qu'une partie de la vérité sous des angles différents."
Merci à tous.
Musique électronique très forte.
...
-Alice ! Alice !
C'est bien, mais c'est fort.
-Désolée.
J'ai fait une mind map. -Une quoi ?
-Une association d'idées autour du métier que je veux faire.
-Et ? -J'aime les voyages, la mer,
aider les gens.
-Secouriste ? -Non.
J'ai appelé un tour-opérateur
pour travailler au service clientèle.
-Bien ! -Il faut parler anglais.
-L'anglais, c'est mon domaine. -Je préférerais que maman m'aide.
Asseyez-vous. J'ai fait
des pâtes à l'amatriciana.
-Bon.
-Tu lui as jeté un sort ? -Même pas.
Je crois juste que nous sommes des parents exemplaires.
-Si ses pâtes ne sont pas bonnes, elle va souffrir.
-Chut ! Arrête.
-Il n'y a pas d'entrée ?
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