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...
-Bonjour, capitaine. -M. le juge, Constance.
-Faites-nous le débrief. -Jérémy Nogent, 32 ans.
Il était marié à Myriam Nogent. Il avait un fils de 6 mois.
Il était professeur de sport au collège Jean Moulin.
Il est mort
d'un oedème cérébral.
Il a pris un coup sur la tête
entre 20h et 22h. Sa femme a identifié le corps.
Elle est prise en charge.
Elle a signalé sa disparition
à minuit.
Il lui a dit qu'il allait faire
du kitesurf et qu'il rentrerait dîner.
La police a pas jugé ça
inquiétant.
-On ne va pas
enquêter dès qu'un mari ne rentre pas.
-Son fourgon est intact.
Il avait ses papiers sur lui.
-Et la caméra de surveillance ? -Elle est à l'entrée.
Il est arrivé à 19h50.
Le parking ferme 10mn après. Personne
n'est entré ou sorti après lui.
-C'est une sortie piéton ? -Il y en a partout.
-L'agresseur a pu venir à pied.
Merci, capitaine.
Qu'y a-t-il, Meyer ?
-Il y avait du mistral, hier soir. La mer était agitée.
La baignade était interdite. Il a pas pu sortir.
-Ca, il l'a pas dit à sa femme.
-Vous a-t-il parlé de quelque chose qui l'inquiétait ?
-Non.
Mon fils m'occupe tellement.
Il a 6 mois.
-Il nous faut les noms des gens que vous voyez fréquemment.
-C'est la procédure habituelle.
-On ne connaît pas grand monde.
Jérémy a été muté ici il y a 2 ans.
-Avait-il des différends avec quelqu'un ?
-Il s'est disputé
avec un collègue au collège, mais rien de grave.
-Tout est important.
Qui est ce collègue ?
-Philippe Chopart, un professeur d'histoire.
-Ici, il y a les bureaux.
Là, il y a les salles d'audience. La cour d'assises.
-Heureuse de te voir
ici. -Arrête, maman.
-Je lui fais visiter le palais. -Vous faites bien.
-Vous n'allez plus au jogging ?
-Bonjour. -On a besoin de vous,
M. le juge. Sans vous, ça se relâche.
Vous, au moins, vous savez titiller le groupe.
-A tout de suite.
Solène ?
La cour d'assises. -Ah, oui.
-Sympathique,
cette Solène. -Elle m'agace.
-J'ai appelé le secrétariat du collège.
-Alors ? -Philippe Chopart
y enseigne depuis 17 ans. -Et la dispute ?
-J'ai appelé l'association de parents d'élèves.
C'était la guerre.
-C'est-à-dire ? -Chopart
humiliait Jérémy Nogent lors des réunions.
-Une inimitié,
c'est mince, comme indice.
-Il est connu comme le loup blanc dans le quartier.
-Pourquoi ? -Il a créé
une association qui offre des solutions
de sécurité à la police.
Il est en opération séduction.
-Il est intéressant, comme prof.
-Vous avez pas vu Solène ?
-Comment ne pas la voir ? -Elle est en bas avec Antoine.
-Antoine ? -Mon fils.
-Votre fils est avec Solène ?
-Non. Il fait son stage.
-Comment ?
-Son stage avec vous.
-Oui, bien sûr. Où ai-je la tête ?
J'étais persuadé que c'était la semaine prochaine.
Mais bon, j'y vais.
J'y vais. Je m'en occupe.
Bonne journée, Meyer.
-C'est pas gagné.
-Il était de dos à son agresseur quand il a été frappé.
On a trouvé des matériaux abrasifs.
On cherche l'arme du crime.
-Et son ordinateur ? -Il a vidé
l'historique.
-Ca mérite de fouiller plus loin.
C'est long de retrouver les données
effacées ?
-Oui. -En attendant,
on n'a rien.
-A part le professeur
d'histoire.
Vous ne courez plus ? -C'est un prétexte
pour boire des coups entre collègues.
-Vous fuyez les groupes. -Oui.
-C'est bien, le groupe. Ca permet de tisser des liens
plus profonds. -Pas le temps.
-Inscrivez-vous sur un club de rencontre.
-Ca va pas ? -Vous pourriez cibler.
Rencontrer quelqu'un qui a les mêmes affinités
que vous, comme...
Ou...
-C'est bon. -Vous n'avez rien à perdre.
-Vous m'ouvrez ?
Déclic.
Les collèges, l'enfer sur terre. -De si mauvais souvenirs ?
Vous, mauvais élève ? -C'était les autres, le souci.
J'avais pas les codes. -On cherche
son identité.
-En essayant d'être dans le même moule,
d'avoir les mêmes fringues ? Cette tyrannie de la popularité...
-Après, on se démarque.
-J'ai directement choisi la ligne de démarcation.
M. Philippe Chopart ? -Oui.
-Boris Delcourt, juge d'instruction.
Voici Constance Meyer, stagiaire.
-La directrice m'a prévenu de votre visite.
Vous en avez pour longtemps ?
J'ai un cours dans 10mn. -Vous serez
libéré à temps.
-"Libéré". Parce que...
je suis en prison ? -On peut s'installer ici ?
-Vous étiez
en froid avec M. Nogent. Pourquoi ?
-Ca arrive. -Mais encore ?
-Les goûts et les couleurs, vous savez...
-J'ai consulté le site de votre association.
Sécurité citoyenne. Vous y dénoncez
une société qui ne contrôle plus
ses délinquants, le besoin de créer
sa propre sécurité.
-Je suis confronté chaque jour à la dérive des collégiens
qui entrent dans un âge sensible.
Ils peuvent basculer.
-De là à appliquer
vos préconisations ici ? -Parfois, je flique.
-C'est-à-dire ? -Parfois,
je les recadre.
-Qu'en pensent vos collègues ? -Beaucoup valident,
mais n'osent pas le dire. Et il y a des laxistes.
-Comme Jérémy Nogent ?
-Vous me menottez, ou je peux sortir dignement d'ici ?
-Nous parlons de la mort d'un de vos collègues.
Nous essayons de comprendre ce qui s'est passé.
Vous saisissez ?
-Il y a eu des vols de portables, il y a 3 semaines.
Je voulais enquêter, encourager les élèves
à signaler les voleurs. Lui était sur son nuage.
-Philippe ?
Philippe, t'as 5 minutes ? -Tu veux quoi ?
-T'encourages la délation ?
-T'exagères. -Tu vas demander aux élèves
de collaborer ? -Et alors ?
-Laisse la police faire. Pense aux représailles.
-Mère Teresa s'en mêle.
-Arrête, avec ton petit jeu. -Fais courir tes élèves.
Pour le reste, laisse faire les grands.
T'as pas d'humour ?
-C'est du ressort de la police.
Il avait raison. -La police
n'a jamais rien fait.
Si j'avais eu des informations,
je les aurais partagées.
N'allez pas croire que j'aurais tué Jérémy pour ça.
-Pour certains, ça suffit,
comme mobile.
-Où étiez-vous, hier,
entre 18h et 22h ?
-J'ai terminé mes cours à 15h30.
Je suis allé chercher ma fille, et on est rentrés.
Ma femme est revenue de son travail à 19h.
Vous pouvez vérifier. -Nous n'y manquerons pas.
Vous voyez que c'est l'enfer. L'environnement crée
des vocations de justicier. -Il est particulier.
-On va vérifier son alibi. -D'accord.
Vibreur de téléphone.
...
-Oui, maman ?
-Ca va ?
bourrage de papier.
-T'es pas avec Quiring ?
que j'étais en stage d'observation. J'observe la photocopieuse.
On déjeune ensemble ?
-Je t'invite.
Qu'est-ce qu'il y a ? -Cette machine me rend fou.
-Appuie fort avec ta main en haut
à droite.
Pousse le tiroir
avec ton genou.
Oui, tu dois rester à côté. Je te laisse. A tout à l'heure.
-Oui.
-La famille, je suppose. -Oui.
-Tout va bien ? -Oui, très bien.
-Ca va, Antoine ?
-Je prends cette position ridicule, sinon ça fonctionne pas.
-Le réparateur a beau venir, ça recommence à chaque fois.
J'ai vu le procureur. -Fallait pas le déranger pour ça.
-Pour votre stage. -Ah, merci.
-Je vous voyais tellement désoeuvré.
Il vous reçoit maintenant.
-Tout de suite ?
Tic-tac de l'horloge.
...
Tic-tac.
...
-Comment ça va, Antoine ?
-Ca va.
-Assieds-toi.
Assieds-toi.
-Oui, pardon.
Vous, ça va ?
-Ecoute...
Former un stagiaire, c'est pas du tout mon truc.
Mais Constance risque
de me le faire payer un jour ou l'autre.
-Alors, on fait quoi ? -J'en sais rien.
Tu veux faire quoi dans le métier ?
-Avocat.
-Avocat ? -Oui.
-T'es sûr ?
-Oui.
-Remarque, il en faut.
On va te mettre dans le bain tout de suite.
C'est quoi, déjà, ça ?
C'est une demande de liberté sous contrôle judiciaire.
Condamné à 19 ans pour des vols à la roulotte.
A l'époque, il prend 10 mois. Mais la justice
lui fait exécuter sa condamnation 6 ans plus tard.
Il a 25 ans. Depuis, il s'est marié et a un bébé.
Il n'a pas d'avocat, et le juge d'application des peines
le reçoit demain en audience pour statuer.
J'aimerais avoir ton avis avant de faire mon réquisitoire.
-Vraiment ?
-Tu préfères retourner
à la photocopieuse ? -Non. Je le prends.
Merci.
-Chopart était bien avec sa femme, hier soir.
On vérifie les bornages
de son téléphone.
Jérémy Nogent avait 2 profils Facebook. Un à son nom.
Un au nom d'un élève,
Martin Dufour, créé il y a 15 jours.
-Un homonyme. Pensant que Martin
avait
un problème avec son compte, ses contacts l'ont réaccepté
sans vérifier.
Pour un prof qui refusait de fliquer ses élèves, il avait accès
à leurs conversations.
-Le profil Facebook
a été créé au moment du vol des portables.
-Oui. C'est tout ce qu'on a.
-Merci, capitaine. -De rien.
-Il faut demander à Facebook l'accès
au compte. -Ils refuseront.
-Le décret de 2011
nous y autorise.
-Seulement s'il en va de la sécurité nationale.
Téléphone.
-Oui. Ne quittez pas. Je vous le passe.
-Oui.
D'accord. J'arrive.
Une séance de comparution immédiate.
...
-Vous aviez disparu. -Ca dure plus d'une heure.
Les politiques veulent une justice express,
mais c'est impossible. -La robe vous va bien.
-Votre fils est content ? -Quiring s'occupe de lui.
-Les miracles existent. -J'ai avancé.
J'ai accédé aux comptes Facebook des élèves de Nogent.
-Vous faites la même chose que lui ?
-Non.
-Meyer...
-J'ai regardé l'historique des commentaires depuis 15 jours.
Je suis tombée sur une conversation
d'une élève de 3e :
Elise Rivière. -Au sujet des vols ?
-Pas vraiment. J'ai fait une capture d'écran.
-C'est fleuri, comme langage. -J'ai eu un ado. Ca m'étonne pas.
-Faites un résumé.
-Via le compte Martin Dufour, Jérémy n'a jamais rien posté.
Il devait juste
surveiller ses élèves.
Mais son nom apparaît sur la page d'Elise.
Je cite.
"T'as ken le prof de sport, Elise la chaudasse,
t'es qu'une grosse..."
-Merci.
Il avait une relation avec Elise ?
-Selon les commentaires. S'il les a lus, ça l'a rendu fou.
-Voilà pourquoi il les surveillait. -Et pourquoi il a tout effacé.
-Ca donne un mobile à sa femme. -Pas qu'à elle.
A Elise, à ses élèves. Pourquoi pas
à un rival ?
Voici le juge Delcourt.
-Bonjour.
-Tu connaissais M. Nogent depuis longtemps ?
-C'est mon prof depuis 2 ans.
-Tu t'entendais bien avec lui ?
-Oui. Il est cool.
-S'est-il passé
quelque chose entre vous ?
-Tu peux parler. T'inquiète pas.
T'es sortie avec lui ?
-Oui.
-Depuis quand ?
-Je ne sais plus. Je dirais 2 mois.
Au début, il me faisait des compliments pour mon travail.
-Et puis ?
-Un soir, j'étais à la bourre. Il m'a ramenée.
On s'est embrassés.
-Vous vous êtes revus, après ?
-Des fois, après les cours, on prenait sa voiture
et on allait se cacher plus loin.
-Il vous a forcée ? -Non, jamais.
Mais...
-Mais quoi ?
-J'ai vite voulu arrêter, mais il était devenu accro.
J'essayais de lui parler de sa femme,
de son bébé.
Je trouvais
des prétextes.
Un jour, quelqu'un nous a vus et a posté un message.
-Vous savez de qui il s'agit ? -Non.
Le message a vite été effacé.
Mais pas mal de gens l'ont vu.
Ils ont commenté après. -Ca a peut-être contrarié
quelqu'un. Un parent, un amoureux ?
-Non.
Je suis fille unique, j'ai pas d'amoureux
et mes parents
sont pas au courant.
Il y a juste...
-Quoi ?
-Le soir où ça s'est passé,
j'ai reçu un mail de sa femme.
-Elle te menace ?
-Oui.
-Tu lui as répondu ? -Non.
Je voulais pas ça.
-Vous étiez où, hier ?
-Je suis restée enfermée dans ma chambre.
Vous direz rien à mes parents ?
-Ce n'est pas la meilleure solution.
Ils attendent pour savoir pourquoi on vous a convoquée.
-C'est un détournement de mineure. -Elle était consentante.
-Ses parents l'ont pris comment ? -Mal. Ils deviennent suspects.
On va vérifier leur alibi. -D'autres pistes ?
-La femme de Nogent a menacé Elise. -Je vais voir avec le rectorat
pour savoir comment on communique sur l'affaire.
-Je savais, pour Jérémy et cette fille.
-Vous n'avez rien dit, ce matin. -J'avais peur.
-Peur de quoi ?
-Que ça détruise notre famille.
-Comment l'avez-vous appris ? -Il y a une dizaine de jours,
Jérémy a laissé son ordinateur ouvert.
Il était sur un profil Facebook pas à son nom.
J'ai vu cette discussion entre les élèves au sujet de...
-Vous avez envoyé un mail de menace à Elise Rivière ?
-Il y avait son adresse sur sa page.
-Vous en avez parlé à votre mari ?
-Non. J'ai pas dormi de la nuit.
Je savais pas quoi faire. Si je devais lui dire.
J'ai pensé qu'Elise allait lui parler
de mon mail et qu'il allait
s'expliquer lui-même. -Ca a été le cas ?
-Non.
Mais les jours qui ont suivi, il était plus attentif,
plus présent avec son fils.
L'arrivée de Zack
a été difficile pour nous.
Jérémy avait du mal à s'en occuper. C'était tendu.
En fait, je me suis dit
que cette histoire était un mal pour un bien.
Je lui en ai pas parlé.
-Qui peut prouver que vous étiez chez vous,
hier soir ? -Mon fils.
-Vous avez voulu régler des comptes ?
-Que sous-entendez-vous ?
Que je l'ai tué ? -Comme il tardait
à rentrer, vous avez peut-être pensé qu'il la revoyait.
-Nous devons vous mettre en examen.
Votre logement va être perquisitionné.
-Faites votre boulot.
-Pourquoi a-t-elle signalé
sa disparition si elle l'avait tué ?
-Pour se construire un alibi. -En laissant le bébé seul ?
-Il est petit. Il aurait rien vu. -Elle aurait gardé
ses esprits, malgré la colère. -La nature humaine est étonnante.
Si votre mari fréquentait une ado, vous réagiriez comment ?
-Mal. Mais le choc l'a pas forcément fait
passer à l'acte. -On verra bien si elle craque.
Bonne soirée, Constance.
-Bonne soirée, M. le juge.
-Coucou, t'es où ? -Dans la cuisine.
-Il faut que je te raconte un truc.
Tu fais quoi ? -Je cuisine.
-3 plaques en même temps, c'est ambitieux.
-Je fais une blanquette. -Coucou.
-Alice !
T'as pas sonné. -J'ai mes clés.
-Paul est pas là ? -C'est fini depuis 2 semaines.
-Ah bon ? -Oui.
-Il fallait le dire. -C'est pas si grave.
-Tu sais où sont
les olives ? -Dieu merci, oui.
Pourquoi vous vous êtes séparés ? -J'ai rencontré
quelqu'un d'autre.
-Ah bon ? -Oui.
Franck, un fusilier commando.
-Fusilier commando ?
-Je l'aime trop. -Tu vas
revenir t'installer ici ? -Non.
Je vais à l'hôpital militaire, demain. C'est à côté.
-Pourquoi ?
-Je m'engage dans l'armée.
Je suis sûre de moi à 300%.
-Ca fait beaucoup. -Oui.
-Je vais monter mes affaires.
-Il est hors de question... -Maman.
J'ai pas dîné.
-Il est hors de question qu'elle s'engage.
-Oui, oui.
On va lui présenter un autre mec. Un employé de mairie.
C'est moins dangereux. -C'est bien.
-Oui. -C'est bien, ça.
-Je mets la table.
-C'est pas des olives. Merde.
-Elle est forte, la sauce.
-Tu trouves ?
-C'est sérieux, cette histoire d'armée ?
-S'il te plaît. -Il y a 15 jours, tu travaillais
chez un assureur.
Et là, tu veux partir avec un casque bleu ?
-Fusilier
commando. -C'est pas lui.
J'en ai marre du bonus-malus.
Je veux être utile. -Entre le sans risque
et la guerre, tu peux trouver.
-Je m'engage dans une noble cause, et vous me coupez les ailes.
Super.
-Arrête.
-Depuis quand
tu t'intéresses
à l'armée ? -Je vais me coucher.
Bonne nuit.
-On a été bons, hein ?
-Elle va aller jusqu'au bout.
-Je vais lui raconter mon service militaire.
-T'as été réformé. -Elle le sait pas.
C'est un peu fort.
-Rencontres 13.
Inscription.
Boris.
Delcourt.
Pseudo.
Del13.
Faire une photo, soyez vous-même.
Soyez vous-même.
Vous frappez jamais avant d'entrer ?
-Je savais pas que vous étiez là. Je dérange ?
-Pas du tout.
Je vous écoute.
-On n'a pas exploré toutes les pistes.
-Comment ça ? -En retournant sur Facebook,
j'ai découvert de nouveaux messages.
Des menaces, des insultes. Du genre "arrête de chialer, crevarde."
-Merci. Ca vient de qui ? -Nadia va interroger
les 6 élèves
qui ont proféré ces insultes.
-Très bien.
Ils ont insulté Elise parce qu'elle est sortie avec son prof ?
-Ca a toujours été une élève brillante. Et depuis la rentrée,
ses notes ont chuté. Et ça, bien avant l'histoire de Nogent.
-Elle était harcelée bien avant ça ?
-Peut-être
qu'elle ne nous a pas tout dit.
-Quel rapport avec le crime ? -Aucune idée.
Il a peut-être voulu faire taire les harceleurs.
Et ça a mal tourné.
M. le juge.
-Il a été irréprochable durant les 6 dernières années.
Vibreur. Donc...
Excusez-moi. -Vas-y, réponds.
-C'est la mère de mon fils.
-T'as un enfant ?
-Oui.
-T'es très jeune.
-Ca arrive.
-C'est vrai.
Vas-y. Enchaîne,
continue.
-A l'époque, il vivait dans des squats.
Il volait pour survivre.
Il aurait pu continuer.
-C'est trop long. Il faut couper.
-Le délai entre la peine et son exécution est exagéré.
L'éloigner de sa famille serait cruel.
-Cruel ?
-Oui, cruel.
-T'es bien le fils
de ta mère.
T'es où, ici ?
-A Marseille.
-Dans un tribunal.
Je suis le garant de la justice pour tous les citoyens.
Ce dossier ne comporte aucun élément
lié à un projet de réinsertion justifiant la liberté
de ses allées et venues.
Comment assurer les familles des victimes
et l'ensemble des citoyens de sa bonne foi,
qu'il ne recommencera pas ?
-Je sais pas. -Hm, hm.
Tu vas venir avec moi à l'audience.
On se retrouve en bas
dans 2 heures.
-Bien, M. le procureur.
-C'est juste des vannes. -Ca ressemble à des menaces,
des insultes, non ?
-Ca a peut-être un lien
avec la mort de Jérémy Nogent.
Tu peux peut-être nous aider.
-"Don Quichotte",
le chef-d'oeuvre que personne n'a lu.
-Il me reste 20 pages.
-Et tu aimes ?
-J'adore.
-J'étais pareil. Toujours le nez
dans mes bouquins.
Ce qui faisait beaucoup sourire mes camarades.
-Pourquoi ? -Ils me traitaient
d'intello. Ils me méprisaient.
-Je connais ça.
-Moi aussi, je les méprisais. Je te rassure.
-Ca vous a renforcé ?
-C'était ma façon de m'en sortir, mon style.
Mais il y en a d'autres.
Parfois, je regrette d'être resté dans mon coin.
Aujourd'hui, je serais moins solitaire.
-J'essaie que ça m'atteigne pas...
mais j'y arrive pas.
-Parle-nous de ces camarades.
-Elise, nous les avons convoqués.
-Qui habite à côté ?
-C'est Roman.
On va ensemble au collège, mais on se parle pas.
-Ces gamins sont humiliés. Ils ont peur des représailles.
Même les professeurs ont peur.
-Le meurtre n'a peut-être rien à voir avec ça.
-Meyer, vous allez pas...
Sonnette.
-Bonjour.
-Constance Meyer. Boris Delcourt, juge d'instruction.
-Que se passe-t-il ? -Votre fils est là ?
C'est une passion, le skate ? -Ouais.
-Tu peux t'entraîner malgré les cours ?
-Ouais.
-Tu fais de la compétition ?
-C'est pas un truc de compète, le skate. On est libres.
-Si je monte sur un skate, je suis pas sûre de me sentir libre.
-Tu savais, pour Elise et M. Nogent ?
-J'en ai entendu parler. -Par qui ?
-Je sais plus.
Ca va vite, les infos.
-Tu connais bien Elise ?
-On a emménagé en même temps ici.
On se croise juste. On n'est pas potes.
-Tu fais quoi avec ça ? -Non !
Vous faites quoi ? -Qu'est-ce que tu filmes ?
-Rien d'intéressant.
-On va y jeter un oeil.
-2 jours avec Quiring, c'est un record.
Bonjour, Antoine. -Bonjour.
-Qu'est-ce que tu fais là ? -J'attends le procureur.
-Ca a pas l'air d'aller. -Si, ça va.
Il a rejeté ma plaidoirie. -Tu l'as pas convaincu ?
-J'ai pas trouvé les bons arguments.
-Il est jamais trop tard. La solution est en toi,
Antoine Meyer.
-Alors, votre fils ?
-Il va s'en sortir. Il doit trouver son style.
-Il a des armes, avec son hérédité.
Vibreur.
On vous écoute, capitaine.
Ils ont le même discours.
Les messages sur Elise, c'était une façon de parler.
Une des gamines avait un des portables volés
dont parlait le prof d'histoire. -Quel est le rapport ?
-Elle dit qu'Elise le lui a vendu.
-Merci, capitaine.
-De rien.
-Vous allez faire appel si le condamné gagne ?
-Son dossier n'est pas abouti. -Il y a peut-être une 3e voie.
-Tu penses à quoi ? -Son entourage témoigne
de sa bonne conduite et de son rôle de père.
-C'est le minimum. -Un bracelet électronique
prolongerait son effort de responsabilisation. Trop long,
je sais.
Mais ça permet de maintenir les liens familiaux, la réinsertion
et ça désengorge les prisons. -Ca va.
Moi aussi, je lis les revues juridiques.
Ceci dit, c'est pas une mauvaise idée.
C'est pas
une mauvaise idée. -Yes.
-C'est Elise qui t'a vendu ce téléphone ?
-Oui, c'est ça.
-Il te plaisait pas, alors tu l'as insultée.
-Je vois pas
le rapport. -Nous non plus.
Je vais pas relire ta prose.
-On peut se traiter entre nous. J'ai rien fait de mal.
-Elise a volé les portables seule ?
-Oui. -Recel
d'objets volés, ça te parle ? -C'est un défi.
-Un défi ?
-Comme dans un jeu vidéo où on passe les niveaux.
-Quel genre de défi ?
-Embrasser quelqu'un à l'arrache ou voler les copies d'un prof.
Ce genre de truc. -Vous avez forcé Elise à faire ça ?
-C'est un jeu. Elle était prête
à tout pour être copine avec nous.
C'est une pauvre fille. On s'est un peu amusés.
-C'est drôle.
Quel était le 2e niveau ?
-Je pensais pas qu'elle le ferait. -Quoi ?
-Rien. -Ca a à voir
avec Jérémy Nogent ? Que vouliez-vous ?
-Une photo d'eux en train de s'embrasser.
-Vous l'avez eue,
visiblement.
-On n'a rien fait d'autre.
-A part la harceler.
-Et la mort de M. Nogent ? -J'y suis pour rien.
Demandez à mes parents.
J'étais avec eux. -On le fera.
Ils seront informés des chefs d'accusation
qui pèsent sur toi et ta bande.
...
-M. le juge, j'ai quelque chose.
Depuis sa fenêtre, Roman filmait Elise
de long en large chaque jour.
Là, elle rentre de l'école, un peu en retard.
Elle se fait
engueuler par son père.
Un autre jour.
Elle rentre de l'école avec sa mère en voiture.
Elle rentre chez elle.
Roman filme la fenêtre de la chambre pendant une heure.
-Oui...
-Un autre jour. Et là, c'est important.
On voit ses parents sortir de la maison
et monter en voiture.
2 minutes plus tard,
elle sort par la porte de la cuisine et s'enfuit.
-Rien d'étonnant pour une ado. -Oui, mais Roman pose la caméra.
Et on l'entend dévaler les escaliers
et claquer la porte d'entrée.
-Et c'est tout ?
-J'ai vérifié la carte mémoire.
Ca s'est passé une heure avant la mort de Jérémy Nogent.
-Interpellons-les. -J'ai prévenu Nadia.
Vibreur de téléphone.
-Oui ?
Très bien. Merci, capitaine.
Roman s'est enfui en voiture avec Elise.
-Ils n'ont que 15 ans.
-Merde.
Les flics.
Bouge, bouge, bouge !
-T'as rejoint M. Nogent, ce soir-là ?
-Non. -T'es allée où ?
-Je suis sortie prendre l'air.
-T'as attendu que tes parents partent.
-Je voulais pas qu'ils me soûlent.
-Toi aussi, t'es allé prendre l'air ?
-Oui, voilà.
-Et après ?
-Je suis retournée chez moi.
-Vous vous êtes pas croisés ?
-Non. Je l'ai pas vu.
-Roman,
on a retrouvé des traces de cheveux de la victime sur ta planche.
Alors, dis-nous.
T'as suivi Elise, ou pas ?
-Oui.
-Pourquoi ?
-Comme ça.
J'ai pas réfléchi. -Comme quand tu prends
la voiture
de ton père. C'est pas réfléchi.
-Ca a dû être dur de découvrir que celle qu'on aime
sort avec le prof de sport.
-Désolée.
-Tu venais de l'apprendre.
Tu l'as suivie au parking.
-Tu vas supprimer
ces photos. Compris ?
-Il s'en prenait à elle. Il était violent.
-T'as fait quoi ? -Tais-toi.
-Je l'ai tué. -Tais-toi.
-Je voulais qu'il s'arrête.
-On sait que tu n'es jamais sortie avec M. Nogent.
C'était un défi lancé par les élèves.
-Je voulais faire partie de leur bande.
J'ai d'abord volé des copies dans la salle des profs.
Après, c'était des téléphones.
Je me sentais mal d'avoir fait ça.
Un jour, après les cours, M. Nogent
est venu me parler.
-Qu'est-ce qui se passe ?
-Rien. -Tu veux pas me dire ?
C'est tes résultats en baisse ? -Je m'en fous, des notes.
-Qu'est-ce qui se passe ?
-C'est... -Oui ?
-Non. C'est rien. -Si tu veux parler, je suis là.
-D'accord. Merci, monsieur.
Mélina voulait savoir si je lui avais dit.
J'avais beau lui dire que non,
elle voulait une preuve de loyauté.
Un nouveau défi.
-Séduire le prof de sport et faire une photo.
-Il y a 8 jours, je l'ai suivi à la plage où il fait du kite.
J'ai dit que j'avais des problèmes familiaux. Il m'a écoutée.
Je l'ai embrassé.
Il m'a repoussée.
Mais j'ai pu faire ma photo. Il s'est rendu compte de rien.
-T'as posté la photo ?
-Oui, juste le temps de leur montrer.
Mélina a eu le temps de faire une copie.
-Ils l'ont harcelée.
Si elle leur obéissait pas,
ils menaçaient de tout dire à ses parents.
-Et M. Nogent a eu vent de cette photo.
-Il t'a donné rendez-vous
dans un parking, et ça a dégénéré.
-Je suis désolée. -Désolée ?
J'ai une femme et un gosse. Si le collège l'apprend,
t'y as pensé ?
-Je dirai que c'est ma faute. -Bien sûr.
Supprime-moi cette photo.
-Ils en ont une copie. -Quoi ? Qui, ils ?
-Des élèves. -C'est pas vrai.
Supprime-la. T'as compris ?
-Il est devenu dingue.
-Lâche-la. -Quoi ?
Qu'est-ce que tu veux ?
-J'ai ramassé le skate de Roman.
-T'es pas censé être là.
-Il allait lui faire du mal.
-On pensait qu'il était juste assommé.
...
-Alors, cette audience ? -J'ai convaincu le procureur.
J'ai examiné la situation sous tous les angles.
-N'en fais pas trop. -C'est son style.
-Vous partez avec nous ? -Merci, mais j'ai pas fini.
-Bonne soirée. -Bonsoir.
-Je crois que j'ai trouvé ma voie.
Bip.
-Ca, alors...
"Moi non plus je ne mets pas de photo.
"Je ne juge pas sur les apparences.
J'ai aimé votre description tout en simplicité."
Incroyable.
Non.
Bip, vibreur.
-C'est cool, ce barbec à quatre. -Ouais.
Ce serait sympa d'aider ta mère.
Tu sais, pour ta soeur ?
-Non. -Si tu la vois
en treillis, tu pigeras.
-Non ? L'armée ? -Malheureusement.
-Salut, tout le monde. -Coucou.
-Ca va, boudin ? -Ca a été,
l'entretien ?
-J'y suis pas allée. C'est pas pour moi.
J'ai rencontré
un mec qui travaille pour la Croix-Rouge.
Je vais m'inscrire.
-J'adore la Croix-Rouge. Demain, je leur donne 150E.
-Et Franck ?
-C'est qui ? -Personne.
-Un mec... -1re tournée
de saucisses. -Ouais.
-Attention. Chaud devant.
-C'est quoi ? -Une ratatouille.
Je sers ?
-Honneur aux enfants.
-Tiens, ma chérie.
Antoine ? -Pas beaucoup.
-Tu veux une saucisse ? -Oui. Tiens, mon amour.
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