All language subtitles for La Stagiaire.S04E01

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Original subtitles

...

Klaxon.

...

-Constance !

Constance !

Tu peux me déposer à la gare ?

Je veux attraper le train de 29. -Oui, je dois passer prendre Barth.

-Ca va, ton travail ?

-Super. Sans les enfants, c'est moins contraignant.

-C'est quoi, ce remue-ménage ? -C'est une session d'assises.

On connaît même l'avocat général.

-Pas mal, en robe.

-Evite le harcèlement.

-Mme Meyer, Boris, enfin le juge Delcourt... Il est déjà parti ?

-Je ne crois pas.

Bonne soirée. -Oui, à demain.

-Ca sent le dîner père-fils, non ? -Ils ont du temps à rattraper.

-De la concertation, oui,

mais ça ne doit pas devenir de la codécision.

Il faut une synergie entre les services

de la Petite Enfance, de la Jeunesse, de la Scolarité.

-Tu as trouvé ta place.

-Oui, et je m'éclate.

Téléphone. -Excuse-moi.

Oui, M. le juge. A côté du palais ?

Je peux y être dans 10mn.

OK, à tout à l'heure. Excuse-moi, on a un meurtre sur les bras.

-Et notre dîner ?

-Ramène les pizzas à la maison. Moi, je veux une "quatre fromages".

-Juste à côté du bureau. -J'avais un dîner en amoureux.

-Y a pas d'heure pour les juges. -Accident de la circulation ?

-La victime était jurée à la session d'assises en cours.

-On a retrouvé sa convocation dans son sac, sous le camion.

-Que s'est-il passé ? -Le chauffeur n'a pas pu l'éviter.

Sophie Mornan,

26 ans, habitant

à Saint-Victor.

-Ses yeux... -Gaz lacrymo.

On a trouvé cette bombe

dans la rue, sûrement la sienne.

Le chauffeur pense qu'on l'a poussée. Il était 19h05.

-Des témoins ? -Non. On est en train

de faire du porte-à-porte.

-Le chauffeur semble crédible ?

-Alcootest négatif, il a tous ses points.

-OK. Vous me tenez

au courant.

-Le procès va devoir être suspendu. C'est Quiring, l'avocat général ?

-Oui, je dois le prévenir. -Vous en parlerez au dîner.

-Vous êtes au courant ?

-Le mardi soir, il vient toujours vérifier si vous êtes là.

-Bonne soirée.

-Ben tu vois,

ça a pas été trop long.

Tu m'as pas attendue ?

-Le maire m'a appelé, j'ai un mémo à rédiger.

J'ai mis ta pizza au four, elle doit être encore chaude.

Ah oui !

Un collègue organise une opération pour des lycéens, sur les métiers.

Un policier devait venir, il s'est décommandé.

Alors j'ai proposé... ma femme.

-Je suis pas flic.

-Flic, juge... Ca reste la loi.

Ils sont tous emballés.

-Trouvez un vrai juge. -C'est quoi ?

-Oui, qui a une stagiaire.

Je vais en parler à Boris.

Dis, pour demain soir,

on n'aura que des restes de pizza ? -T'as invité des gens ?

-Les enfants viennent, c'est l'anniversaire

de Tony.

-On va synchroniser nos agendas et s'envoyer

des notifications pour ne rien oublier. Je m'occupe du salé.

-La synergie Meyer est en route.

Il s'agirait d'expliquer le fonctionnement de la justice.

Vous accepteriez ? -Avec plaisir.

Ils sont trop influencés par les séries américaines,

ce serait pédagogique.

-Un juge séduisant, ça suscitera des vocations chez les lycéennes.

-La magistrature se féminise sans ça, vous en êtes la preuve.

-Combien de femmes présidentes de cour ?

-Euh... Pas assez ?

-Le combat continue, M. le juge. Hashtag "parité".

Téléphone.

-Oui, capitaine ?

au poignet gauche.

Mais on n'a pas trouvé d'ADN.

-Et la bombe ?

-On n'y trouve que ses empreintes à elle. On continue le voisinage.

-Et la famille ?

doit me retrouver à l'IML. Elle est hôtesse de l'air.

Merci.

-Elle habite ici.

En quittant le palais, elle a pris la direction opposée.

-Elle avait peut-être rendez-vous avec quelqu'un.

-Sophie a fait des études d'archi.

-Tenez. -Merci.

Elle était venue ici il y a un an pour un stage.

Le cabinet l'a embauchée, alors elle est restée chez moi.

Avec mon boulot,

j'y suis peu.

-Elle fréquentait quelqu'un ?

-En ce moment, non.

C'était un vrai coeur d'artichaut. Ca durait jamais très longtemps.

-Des soucis au travail ? -Mais non.

Elle avait du caractère, mais était appréciée.

-Vous lui avez parlé quand

pour la dernière fois ? -Mardi soir.

Elle sortait du premier procès. Au début, ça l'embêtait, d'être jurée.

-Pourquoi ?

-Ca l'obligeait à prendre un congé.

Et puis c'est pas évident de juger les gens.

Elle avait peur de pas être à la hauteur.

Mais ces débats, ça la passionnait.

Hier matin, elle m'a écrit

du tribunal.

Le prochain procès allait commencer.

-Et enfin, juré numéro 6...

Mlle Sophie Mornan.

Pas de récusation ?

Vous serez donc

encore parmi nous pour ce procès. Vous connaissez le chemin.

Je vous donne lecture du serment des jurés, comme c'est la règle.

Vous jurez et promettez d'examiner avec une attention scrupuleuse

les charges qui seront portées contre Fabien Beynac.

-Un juré tué pendant un procès, c'est une première.

J'en ai vu malades, absents, y en a même une qui a perdu les eaux

pendant mon réquisitoire, l'accusé a été acquitté.

Boris Delcourt, juge d'instruction, Philippe Corcieux, cour d'appel.

-Constance Meyer,

auxiliaire de justice.

-Les jurés sont avec mes assesseurs.

Tous sont très choqués.

J'ai préféré suspendre les débats jusqu'à lundi.

Des pistes ? -Je n'exclus

aucune hypothèse, en lien ou pas avec le procès.

-Rien, donc.

-Vous avez côtoyé la victime. Avez-vous noté quelque chose ?

Un changement ?

-Non, elle était sérieuse, argumentait avec clarté...

C'est pas toujours

le cas, hein.

On y va ? -Allons-y.

-C'est le juge Delcourt qui dirige l'instruction,

donc c'est lui qui va vous interroger.

Là, vous n'êtes plus jurés.

Ne donnez pas votre opinion, mais relatez des faits avérés.

Rappelez-vous, hier, le témoin à la barre.

-Il est revenu sur ses déclarations.

-Réfléchissez bien

avant de répondre,

distinguez l'essentiel de l'accessoire,

et soyez pertinents.

C'est clair ? Pour tout le monde ?

Oui ?

-On en a parlé entre nous, on n'a pas grand-chose à dire.

Ca faisait

une journée... -Merci.

Nous allons vous interroger, mais individuellement.

-Ils sont à vous.

-Merci.

-Que vaut ce Delcourt ?

J'ai jamais eu de dossier instruit par lui entre les mains.

-Il est arrivé l'année dernière. Il est brillant, perspicace.

C'est un élément très prometteur. -Je t'ai connu plus sévère.

Tu vieillis, Vladimir ?

-Tu jugeras toi-même.

-Merci pour votre collaboration.

-Au revoir. -Au revoir.

-Je vais déjeuner avec Quiring et Corcieux. Vous terminez avec elle ?

-C'est bon pour vous.

-Ca va, on va juste manger des tapas. A tout à l'heure.

-Bien... Téléphone.

Excusez-moi. Oui, Barth ?

-Pour ce soir, je pensais faire un petit rôti de veau aux cèpes.

-Ben oui.

Génoise ? Tarte ? Millefeuille ?

-Euh... Au chocolat.

Avec des...

Avec des pépites de chocolat.

T'as oublié, c'est ça ?

Je m'en occupe. A plus tard.

Excusez-moi, un problème d'intendance.

Vous étiez déjà jurées ensemble dans le procès précédent ?

-Oui, on a été tirées au sort deux fois de suite.

-L'audience a pris

du retard à cause de l'interrogatoire d'un témoin,

jusqu'à 18h45, c'est ça ?

-Oui, le débrief a été remis au lendemain.

-Sophie est partie tout de suite. Vous savez où ?

-Elle est rentrée chez elle.

-C'est pas la direction qu'elle a prise.

-J'ignore si j'ai le droit...

-En tant que jurée,

vous n'êtes tenue au secret qu'en ce qui concerne les délibérations.

Que s'est-il passé ?

-Au premier procès,

Sophie a eu des accrochages avec le président Corcieux.

-C'est-à-dire ? -Elle trouvait qu'il intervenait

beaucoup trop, qu'il nous influençait.

Elle a écrit pour se plaindre.

Elle voulait avoir mon avis.

-Il a dit "vous êtes une emmerdeuse qui nous pourrit la vie" ?

-Je n'y étais pas, c'était pendant une pause.

-D'après la jurée, Mme Lefranc,

c'était tendu entre Corcieux et Sophie Mornan.

Elle est partie juste après lui.

-Vous insinuez qu'il est lié à sa mort ?

-Non, mais il y a eu des accrochages.

-C'est fréquent.

Il n'a pas jugé utile de le mentionner.

-Il l'a quand même insultée. Il devrait s'expliquer, non ?

-C'est délicat, de convoquer un président de cour d'assises.

-Parlez-lui de manière informelle.

-A la Meyer ? -Vous avez déjeuné avec lui.

Proposez-lui un pousse-café. -Ca ne l'aidera pas à digérer.

-On lui pose juste quelques questions.

-Laissez-moi faire. -Je sais, je ne suis qu'une femme.

-Arrêtez. -Il m'a à peine remarquée ce matin.

-C'est la fonction qui veut ça.

-Non, il est juste condescendant.

-A table, il était... -Chaleureux ? Cordial ?

-Non, mais on a passé un bon moment.

-Vous étiez entre vous. -Je vous savais pas si...

-Franche ? Sincère ? -Susceptible et butée !

-Oui ! Entrez ! -Sympathique.

-Le respect du secret des délibérations

était le cadet des soucis de... la numéro 6.

-Sophie Mornan.

-C'est aussi le vôtre, visiblement.

-Au contraire. Mais je n'exclus aucune hypothèse.

-Ca fait 15 ans

que je préside les assises, on n'a jamais remis en cause mon travail.

-Je veux juste avoir votre version des faits.

-Très bien, allons-y.

Il se trouve que Mlle Mornan ne supportait pas

que les autres jurés ne partagent pas son point de vue,

je l'ai recadrée

à plusieurs reprises.

Mon rôle est de permettre à chacun de s'exprimer.

Avec une hystérique, c'est compliqué.

-Ce matin, elle était "sérieuse". Vous oubliez "emmerdeuse".

-Venez voir.

C'est vous qui instruisez ou c'est votre stagiaire ?

Elle veut mon alibi ?

-Nous essayons de reconstituer l'emploi du temps de la victime.

Elle est partie juste après vous.

-Elle m'a rattrapé.

Tout s'est passé si vite.

Elle m'a dit

mes quatre vérités... et je l'ai poussée sous le camion.

Ca vous va, comme ça ? Vous voulez plus de drame ?

-M. le président... -Je vais vous dire.

Hier, entre 18h45 et 19h15,

j'étais à la brasserie du Palais avec un ami,

le président de région.

Voulez-vous ses coordonnées ? -Ca ira.

-Je vous raccompagne pas ? -Non.

Maintenant, on passe à autre chose.

-Et la lettre ? Il faut s'assurer qu'il n'influence pas les jurés.

-Vous m'écoutez ou pas ? On a une enquête à mener !

-On fait rien ? -Vous en avez assez fait !

Une stagiaire, soupçonner un magistrat !

-Je lui ai pas manqué de respect ! -Dans votre bureau.

C'est incroyable ! -On devait vérifier.

Tout est réglé. -Non, tout n'est pas réglé.

Si j'avais dû être jugée, j'aurais aimé l'être avec impartialité,

pas par un magistrat qui impose son point de vue.

-Corcieux ?

-Oui. -Les jurés disent ça ?

-Sophie Mornan l'a écrit

dans sa lettre.

Elle dit qu'il critiquait les avocats...

-C'est un avis.

Vous connaissez bien Corcieux ? -Oui, ça ne lui ressemble pas.

Apportez la lettre.

-M. le juge, la capitaine Saïdi vient d'envoyer ça par mail.

Un commerçant

a vu cet homme se disputer avec la victime hier soir.

-Les jurés sont partis. Commençons par le montrer

à l'avocat général.

-C'est Da Costa, ça.

-Qui est-ce ?

-Le témoin qui s'est rétracté

hier au procès.

Le dossier Beynac est à vous.

-Pour l'instant, une synthèse suffira.

-Fabien Beynac est accusé du meurtre de son associé.

Il a inventé une fibre textile écolo, bio,

il a créé une start-up,

qui a décollé grâce à son associé, son partenaire, un as du marketing.

Les deux hommes ont eu des dissensions, bras de fer,

crise ouverte...

Et on a retrouvé le corps de l'associé dans une calanque,

non loin de l'endroit où il allait courir.

Cet associé avait des fréquentations douteuses,

mais la piste la plus sérieuse est restée celle de Beynac.

-J'ai été accusé à tort ! J'étais chez moi à cette heure-ci !

-Il nie les faits, soutenu par ses employés

et par ses parents.

-J'ai pris des somnifères...

-Il n'a pas d'alibi ?

-Il dit qu'à l'heure du meurtre,

il était chez lui, où son portable a borné,

mais les enquêteurs ont trouvé un témoin à charge,

un propriétaire de restaurant,

près de la calanque. -Le fameux Da Costa.

-Voilà. Sauf qu'hier, à la barre, Da Costa a changé de refrain.

-M. Da Costa,

le 18 mai, après la fermeture de votre établissement,

vous avez vu, de la terrasse,

Fabien Beynac, ici présent, monter

dans sa voiture... -Non, M. le président.

-Comment ça, non ?

-Non. Ce n'était pas

cet homme.

-Ce témoignage remet en question l'accusation de mon client.

-Attendez, maître.

M. Da Costa, vous réalisez l'importance de vos déclarations ?

Je vous rappelle que vous avez juré de dire la vérité.

-C'est la vérité.

-Permettez. Monsieur Da Costa,

vous avez reconnu l'accusé deux semaines après les faits,

et un an après, votre mémoire serait plus fiable ?

-Au commissariat, y avait cet homme menotté.

Quand je l'ai vu

derrière la glace, j'ai pensé qu'il fallait le désigner.

-Bien sûr.

Vous avez voulu aider la police.

-Je reconnaissais personne, ils insistaient.

Depuis, ça n'arrête pas de tourner dans ma tête.

-Des témoins qui changent d'avis à la barre,

ça arrive trop souvent.

-C'est quel profil, ce Da Costa ? -C'est un homme d'affaires.

Il a plusieurs restaurants. Son casier est vierge.

-Ca remet en cause la culpabilité de Beynac.

-Sa condamnation devient très hypothétique.

-Un juré n'a pas le droit de parler à un témoin.

-Absolument.

Ca leur est rappelé. Ca ne semble pas avoir arrêté Sophie Mornan.

-Ou alors elle connaissait Da Costa.

...

-Ca sent les vacances ici.

-Plage et mer sous le cagnard ? -Vous, c'est plutôt les musées ?

-Et les monastères, il y fait frais.

Alors ? -C'est le restaurant de Da Costa.

Le plus coté.

-Vous avez trouvé un lien entre lui et Sophie Mornan ?

-Ils sont sortis ensemble l'année dernière,

paraît-il.

-Allons-y.

-Merci.

-Oui, j'ai croisé Sophie en ville. Pourquoi ?

-Vous l'avez croisée par hasard ?

-A un procès où j'ai témoigné.

C'est quoi, le problème ? -Elle est morte.

Percutée par un camion après une agression.

-On vous a vus vous disputer.

-Pas du tout. On s'est croisés 5mn, j'étais pressé.

-Vous avez fait quoi après ?

-Je suis venu ici, il y avait une soirée.

-A quelle heure ?

-Vers 19h30.

-Et votre histoire avec Sophie ?

-On n'est pas restés ensemble longtemps.

-Vous êtes un homme marié.

Les maîtresses sont parfois rancunières.

-Vous insinuez quoi ?

-Jurée, elle aurait parlé à un témoin

juste pour évoquer le bon vieux temps ?

-Ouais.

-Placez-le en garde à vue, le temps de vérifier ses déclarations.

-J'ai un business à faire tourner ! -Je vous en prie.

-C'est d'ici

que Da Costa a vu Fabien Beynac monter dans sa voiture.

-Il a vu un homme monter dans une voiture, plus exactement.

Le flou, c'est sa spécialité.

-Il doit faire passer des tartes surgelées pour des desserts maison.

Merde, le gâteau ! Excusez-moi.

Fanny, tu peux me rendre un service ?

J'ai oublié le gâteau pour l'anniversaire de Tony.

-Pourquoi ce soir ?

-C'était le seul jour possible.

Vous êtes overbookés, vous. -On est des jeunes actifs.

-On ne se voit plus. -T'exagères pas ?

-Te plains pas.

Et puis son anniversaire, c'est aujourd'hui.

-Il s'en câlisse pas mal. Il veut juste son lit. Au moins sa tétine.

-T'es sûre qu'elle est là ?

-Tu devais la prendre.

-Tu m'as pas dit de la prendre.

-T'aurais pu y penser tout seul. Je vais le changer.

-Oui, j'aurais pu. -Oublie la tétine. Je le berçais

en chantant, moi.

-T'es parfait.

-Qu'est-ce qu'il a, ton fils ? Je voulais juste l'aider.

-C'est "notre" fils.

Il a 22 ans, une femme et un bébé qui sont tombés du ciel,

il a pas fini ses études...

Ce qui compte, c'est d'être en famille pour bien en profiter.

-Alors rien de tel que des bulles ! Et un bon gâteau.

-Boris est d'accord, pour tes lycéens.

-Ca va pas le faire.

-Il a accepté, je peux pas lui dire non.

-"Bon anniversaire mamie".

-En fait, c'est Fanny qui est allée le chercher.

Elle a pas dû vérifier.

-"Tony", "mamie", ça se ressemble.

-Tony ne sait pas lire. -Mais ses parents, si.

Occupe-toi d'eux, j'arrange ça. -Merci, mon amour.

-Un T.

-Mon chéri, tu ouvrirais pas la bouteille, s'il te plaît ?

J'en reviens pas. Notre Tony... Un an déjà !

-Ouais...

-C'est raté.

Complètement raté.

-Formidable.

-Hey ! Le gâteau. -C'est quoi, ces grosses lettres ?

-C'est pour que

tu puisses lire.

-Des pâtes ?

-Pas touche !

-Les voilà. Vas-y.

-Il s'est endormi, je l'ai calé sur votre lit.

C'est bien cute !

-On dirait que Tony

l'a fait. A Tony !

-Vous êtes matinale, Meyer ! -Comme d'habitude. Bonne journée !

-Pas si vite ! J'ai à vous parler.

-A moi ? -Oui, à vous.

C'est au sujet

du président Corcieux : j'ai lu

la lettre de la jurée, et j'ai eu avec lui une conversation amicale.

-Sur son comportement.

-C'est un excellent magistrat,

seulement en ce moment, il traverse une période délicate.

Un divorce compliqué. Il est à fleur de peau.

Il m'a confié avoir eu quelque difficulté

à garder la réserve indispensable à sa fonction.

Quand la jurée s'est opposée à lui...

-Il a été odieux.

-Disons que ses mots ont dépassé sa pensée.

Il en est le premier navré. -Tant mieux pour les autres jurés.

-L'incident est clos.

Mais vous avez bien fait de nous signaler ce dérapage.

Pourquoi vous riez ?

-C'est la 1re fois que vous êtes d'accord avec moi.

Comme quoi tout arrive.

-A tout à l'heure,

Meyer.

-Da Costa était tendu,

il s'était pris la tête avec son maître d'hôtel.

-Ca se comprend, s'il a poussé Sophie Mornan sous le camion.

-Elle a mal vécu leur rupture, il ne répondait plus à ses messages.

On a récupéré ces photos dans son portable.

Il les avait effacées. -Il l'amenait à son restaurant

pendant la fermeture.

-Sophie n'était pas la seule.

-Y a une chambre à l'étage.

-Une garçonnière. -Il a intérêt à être discret.

Tout appartient à madame, qui est la fille d'un gros promoteur.

-Il ne la quittera jamais. -Sophie le voit au tribunal.

Ca ravive sa colère, ils s'expliquent,

et ça tourne mal.

-Je pense pas. Regardez les dates.

Le 7 mai. Le 13 mai.

Le meurtre de l'associé de Beynac

a eu lieu le 18.

-Elle aurait été là ce soir-là ? -Vous avez les textos de Sophie ?

-Oui.

-Vous avez rompu avec Sophie Mornan dans la nuit du 18 mai.

Elle vous envoie un texto à 2h14 : "Tu me fais l'amour

"et tu me largues après. Tu es un salaud."

-Le 18 mai, c'est aussi le jour du meurtre de l'associé de Beynac.

-Vous n'étiez pas seul sur la terrasse.

Elle était avec vous.

-L'homme que vous avez vu,

elle l'a vu aussi. C'était Fabien Beynac.

Elle a voulu vous en parler à la sortie de l'audience,

elle savait que vous mentiez.

-M. Da Costa veut retourner aux assises.

-Ou dans le box des accusés, pour meurtre.

-J'ai rien fait à Sophie.

Au tribunal, je l'ai pas vue tout de suite.

-M. Da Costa, le 18 mai, vers 1 heure du matin,

vous avez vu de la terrasse Fabien Beynac monter dans sa voiture...

-Non, M. le président.

-Comment ça, non ? -Ce n'était pas cet homme.

C'est là que j'ai croisé le regard de Sophie.

J'en revenais pas qu'elle soit là. Elle m'a rattrapé à la sortie.

-Stéphane !

Pourquoi t'as menti ? C'est Beynac qu'on a vu.

-Non, tu te trompes.

-Non, je l'ai reconnu. Et puis y a la calanque, la bagnole...

Tu dois retourner à la barre. -Non, je maintiens ma version.

-Vraiment ?

Je vais témoigner.

-Sophie, me fais pas ça.

Si ma femme apprend que t'étais avec moi, je perds tout.

-Ah, c'est ta femme... Ta femme et son fric.

J'avais oublié à quel point t'étais minable.

Va-t'en. Moi, je vais dire la vérité.

-Et c'est tout ?

-C'est ce qui s'est passé.

Quand je suis reparti, elle retournait vers le tribunal.

-M. Da Costa, pourquoi avoir changé votre témoignage ?

Vous ne connaissez pas Beynac.

Pourquoi mentir ? On aurait fait pression sur vous ?

-Toutes ces infidélités, c'est du pain béni pour un maître-chanteur.

-Y a trois semaines, un homme m'a appelé.

Il avait des photos de moi avec une amie.

Il m'a menacé, j'avais pas le choix.

-Donc vous avez accepté de disculper un meurtrier.

-C'est toujours moins grave que d'envoyer un innocent en prison.

-Une subornation de témoin pour faire acquitter F. Beynac ?

Quel procès, décidément !

Comment ça marche, ça ?

-Il faut mettre une...

-Vous allez chercher

le maître-chanteur dans l'entourage de l'accusé ?

-Oui, quelqu'un qui avait beaucoup à perdre si la vérité éclatait.

-Elle aurait dû parler. -Elle voulait qu'il s'explique.

-Elle a trahi son serment ! -Elle a menti par omission.

-N'épiloguons pas.

-Non, ce n'est pas le moment de disserter

sur les méandres de l'âme humaine.

Je vais rappeler le témoin à la barre pour entendre

la vraie version, sauf si ça devait perturber l'instruction.

-Laissez-moi encore 24 heures, je vous tiendrai informé.

-Bien sûr.

Nous avons tous la même mission : servir au mieux la justice.

-Et le café.

-Bien. Bonne journée.

-Merci. On a appelé Da Costa

depuis un portable prépayé.

-Pas de nom ?

-L'accusé a pu le faire chanter de la prison,

mais n'a pas pu tuer Sophie Mornan.

-Son avocat ?

-Aucun n'aurait pris ce risque. -Fanny...

Dans la salle des pas perdus, y avait

les parents de Beynac.

-C'est quoi, ce remue-ménage ?

-Nous espérons que le juge comprendra que Fabien est innocent.

-Il était...

-19h15. J'avais mon train.

-Sophie Mornan était déjà morte. -L'audience s'est terminée à 18h45.

Elle est morte à 5mn à pied du palais.

Jean-Luc Beynac a très bien pu faire l'aller-retour et revenir.

-Comment aurait-il su que Sophie mettait en danger son plan ?

-Il était au 1er rang, il a pu surprendre l'échange de regard

avec Da Costa.

Un père ferait tout

pour son fils.

-Excusez-moi.

Juge Delcourt. Nous avons rendez-vous avec M. et Mme Beynac.

-C'est par là.

-Je croyais que c'était un petit atelier.

-Beynac a 40 employés. Ses parents ont repris la direction de l'usine.

Eux sont dans le prêt-à-porter, pour la grande distribution.

On n'est pas là pour faire les soldes.

On se la joue enquête de routine pour voir leur réaction.

-Je pensais attaquer direct. -C'est bien votre genre.

Merci.

-Non, je l'ai pas vue après l'audience.

-Non, moi non plus.

On avait la tête ailleurs, la journée a été épuisante.

Elle est partie juste après. Vous aussi ?

-Non, on est restés pour la conférence de presse.

-On a pris l'air

sur la place.

Quel drame.

-Elle était devant vous au palais.

Vous avez noté quelque chose ? -Non.

On parle à l'avocat de notre fils, on écoute le président, le reste...

Vous savez quand reprend le procès ?

-La semaine prochaine. -On veut seulement

sortir de ce cauchemar, Fabien est en prison depuis un an pour rien !

-La rétractation du témoin joue en sa faveur.

-Dès le début,

les policiers ont décidé que Fabien était coupable !

-Ils font croire qu'il ne s'entendait plus

avec son associé ! -Vous travaillez encore ?

-On peut pas abandonner

son entreprise et ses employés.

Ils sont comme notre famille.

-Fabien avait 20 ans quand il l'a créée.

C'est une réussite.

-Tout ça ne peut pas disparaître à cause d'une erreur

judiciaire.

-Ah, dites-moi... C'est à l'Ecole de la magistrature

que vous avez appris la compassion ? Ou bien c'est inné ?

Un conseil : avant

de se mettre à la place des autres, il faut savoir rester à la sienne.

Une stagiaire...

-Doit savoir écouter et servir le café, je sais.

Malheureusement, moi, je parle beaucoup, et puis je pense, aussi.

Je pense que vous traitez toutes les femmes comme des stagiaires.

Le monde change, il est urgent que vous l'acceptiez.

Hashtag "parité", M. le président. Essayez.

-Un problème, Philippe ?

-Aucun, Vladimir. Aucun.

-A quelle heure ?

C'est parfait. Au revoir, M. Meyer. Je vous repasse votre femme.

-Merci. Oui, chéri...

Le colis à la poste ?

Non, j'ai pas vu la notification sur l'agenda.

Oui, je vais y aller.

Bisous. A ce soir.

-Jean-Luc Beynac en maître-chanteur vous en pensez quoi ?

-Je les ai trouvés sincères. Mais ils protègent beaucoup leur fils.

-Bon appétit. Ca a l'air bon. -Spécial cafète.

-Vous en voulez ? -Non.

On a pu remonter

au magasin qui a vendu le portable prépayé.

-Et à l'acheteur ?

-Oui.

-Le retournement de M. Da Costa, c'était pas une surprise pour vous.

-Je comprends pas.

-Vous aviez découvert son goût pour les aventures extraconjugales.

Oui, il nous a parlé du chantage, dont vous êtes à l'origine.

C'est vous qui avez acheté le portable prépayé

qui a servi à l'appeler.

-Permettez.

-Vous pensiez qu'on pourrait pas

remonter jusqu'à vous.

-C'était la seule solution pour faire disculper votre fils.

-Fabien est innocent !

J'étais prêt à tout pour sauver mon fils !

-La jurée savait que Da Costa avait menti et allait parler.

Vous deviez réagir.

-Nous n'avons pas bougé

du palais !

-De la fin de l'audience, à 18h45, jusqu'à 19h15,

vous étiez avec votre femme ?

-Oui.

-Alors pourquoi vous a-t-elle envoyé un texto à 19h10

vous demandant

où vous étiez, et auquel vous n'avez pas répondu ?

-Pourquoi écrire

à quelqu'un qui est juste à côté de vous ?

-Je me souviens :

je suis allé aux toilettes.

-Sinon vous étiez ensemble.

-Oui. Ecoutez, je n'ai jamais parlé à cette jurée !

-Quand on a mentionné le texto de sa femme,

il a paru troublé.

-Il a menti.

-Il serait coupable, il aurait une réponse toute prête.

On est partis de l'hypothèse

que Géraldine Beynac a envoyé un texto

depuis le palais pour prévenir son mari qui était à l'extérieur.

Ca peut aussi bien être l'inverse.

-Elle dehors avec la jurée ?

-Ils vivent et bossent ensemble. Ils passent leur vie ensemble.

Je suis sûre qu'elle est au courant du chantage.

Elle était au 1er rang aussi. Elle a pu suivre Da Costa et Sophie.

-Il faudrait reconstituer leurs déplacements.

-On n'a pas de vidéosurveillance. -La presse !

Les photographes ! Les cameramen ! On peut faire le film nous-mêmes !

Les images du reportage.

confirme ce que j'ai toujours dit.

-Ils étaient déjà ensemble.

Nadia avait interrogé le service de sécurité du palais,

on ne les a pas vus sortir.

-Regardez ça.

C'est les photos

de "La Provence".

-Donc Géraldine Beynac est arrivée en retard.

-On ignore d'où elle vient.

-Elle cherchait peut-être son mari. Merci.

-Les rushes

du cameraman.

Les images d'ambiance.

-C'est plus de l'info, c'est de l'art.

va enfin nous entendre.

-C'est l'avant, qui nous intéresse.

-Peut-être qu'après aussi.

Elle a l'oeil

qui pleure.

-Elle se frotte carrément. Et ça a l'air douloureux.

-C'est pas l'émotion.

-Ca va mieux, votre oeil, on dirait.

Les irritations dues au gaz lacrymogène s'estompent vite,

mais si on se frotte l'oeil, ça peut durer quelques jours.

-Vous la reconnaissez ?

La bombe lacrymogène que Sophie Mornan a utilisée.

Vous l'avez retournée contre elle, mais en avez reçu au passage.

C'est vous qui l'avez suivie après l'audience.

-Quand Da Costa était à la barre, j'ai senti que ça clochait.

-Le 18 mai,

après la fermeture de votre établissement, vous avez vu,

de la terrasse,

Fabien Beynac, ici présent, monter dans sa voiture.

-Non.

-Comment ça, non ?

-Ce n'était pas

cet homme.

-M. Da Costa,

je vous demanderai de rester dans la salle

jusqu'à la fin des débats.

-En sortant du palais,

j'ai vu la jurée partir derrière lui.

J'ai entendu leur conversation.

Elle allait le dénoncer.

J'avais pas le choix.

Je l'ai abordée.

Excusez-moi.

-J'ai pas le droit de vous parler.

-Vous avez parlé

au témoin. -Vous nous avez écoutés ?

-Renoncez, ne dites rien.

-Il s'est rétracté à cause de vous ?

-Fabien vivait un enfer à cause de son associé, il était humilié...

-Vous justifiez son acte ?

-Sa vie était menacée. -Et celle de la victime ?

Il l'a tué !

-Vous aurez des ennuis. -J'assumerai, madame !

J'ai juré d'être impartiale !

-C'est des mots, tout ça ! -Votre fils ira en prison !

-Il n'ira pas en prison.

-Lâchez-moi !

Lâchez-moi !

Putain !

-Attendez !

Klaxon.

-Putain...

...

-Ah !

...

J'ai retrouvé mon mari, il pensait que j'étais allée me rafraîchir.

Il ne sait rien.

C'est allé trop vite. Je voulais pas qu'elle meure.

-Mais là, votre fils gardait toutes ses chances d'être acquitté.

-Fabien Beynac a avoué le meurtre

de son associé.

-Il s'est retrouvé coincé.

-Il a surtout

compris ce que ses parents avaient fait.

-Ils devront rendre des comptes. -Le père, surtout.

-La mère aussi,

elle est responsable de la mort de Sophie.

-Pour l'instant, c'est le chauffeur

du camion, qui sera poursuivi pour homicide involontaire.

-Mais elle a aveuglé Sophie ! -Peut-être, mais la bombe

appartenait à Sophie, elle ne s'en est pas servie intentionnellement.

-Et elle n'a porté

aucun coup fatal, il n'y a pas d'enchaînement direct.

-Elle n'a rien empêché.

-Elle n'avait pas l'intention de la tuer.

-Donc elle va s'en sortir.

-Oui, sans doute.

Mais dans l'affaire Beynac, la justice sera rendue.

Ce que voulait la jurée. -Au péril de sa vie.

Ca vous ennuie pas si je fais la présentation auprès des lycéens ?

-Non, pas du tout.

Votre mari ne vous a pas proposé ? -Si, mais je suis juste stagiaire.

-On a fait la même école ! J'ai juste un peu plus d'ancienneté.

-Professionnelle.

-Vous le ferez aussi bien que moi. -Merci, M. le juge.

-Pourquoi ce revirement ?

-Corcieux m'a encouragée à m'affirmer.

-J'avais noté quelques idées.

Mettez l'accent sur l'indépendance

des juges, c'est très important,

et insistez sur notre position entre le parquet et la défense,

l'objectif étant la manifestation...

-De la vérité. -C'est ça !

C'est le pilier

de notre métier ! Et puis savoir...

Propos inintelligibles.

Bip.

-Une notification de Barth Meyer. Dis, on pourrait pas se parler ?

-C'est pour dimanche, on remet ça pour l'anniversaire de Tony.

-Et ta brocante ? -Je me suis arrangé.

La famille d'abord. Merci d'avoir accepté. Je suis fier de toi.

Mme Mathieu, la prof principale.

-Mme Meyer !

Véronique Mathieu.

Merci, vous nous sauvez !

Ils sont impatients de vous rencontrer.

Vous n'êtes pas venue en robe ?

De juge.

-Il fallait ? -C'est tellement

plus facile quand c'est concret.

A la caserne, ils ont même pu monter

dans le camion des pompiers. -Ils ont quel âge ?

-9 ans. Ils sont en CM1.

Y a un souci ?

-Non, on vous rejoint.

-Je vous attends. A tout de suite.

-Des lycéens ?!

-Ils sont juste un peu plus jeunes.

-J'ai fait ma préparation pour des lycéens, pas pour des enfants !

-Tu vas t'adapter, évite juste les mots "jurisprudence"

ou "cour de cassation". -Je vais rien dire, quoi.

-Tu trouveras. -T'exagères.

-Y a pas d'âge, pour une vocation. Regarde-nous !

Allez-y, Mme la juge.

-Tu m'énerves. -Je sais.

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