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Zulu
...
Musique classique.
...
Applaudissements.
...
-Les futures vedettes de la Compagnie des ballets phocéens !
...
Voilà tout ce que cette ville attendait : de la jeunesse,
de la couleur, du talent et de l'envie.
Et pour cela, nous tous ici avons besoin de vous,
de votre soutien moral, artistique
et surtout financier.
Rires.
D'ailleurs,
si on atteint les 10 000 euros de donations ce soir,
Marc Belmont, le président de notre conseil d'administration,
a promis d'exécuter
quelques pas en tutu. Marc, montre-toi !
Applaudissements.
... S'il vous plaît.
Sa femme, Lorraine, pourra peut-être lui prêter un des siens.
J'en profite pour la remercier pour tout le travail
qu'elle a accompli ici avant mon arrivée.
Voilà.
Nous comptons sur vous. Comptez sur nous.
Applaudissements.
...
-Capitaine. -Monsieur le juge.
-Bonjour. -Justine Vilar, 38 ans,
directrice de la Compagnie des ballets phocéens.
-Morte cette nuit ?
-Oui, entre minuit et 2h du matin.
Elle a reçu un coup au niveau de la tempe,
sûrement une rame.
-Des témoins ? -Non.
On a retrouvé son sac avec son portefeuille
et son portable.
Aucun appel ou message
passé ou reçu depuis 18h hier. -Qu'a-t-on de concret ?
-Concrètement, on a ça.
C'était dans son manteau.
La soirée a eu lieu hier. -Une invitation
pour une collecte de fonds.
-Elle a dû s'arrêter là en rentrant,
ou alors elle avait rendez-vous. -Ou elle a été suivie.
-Ou surprise.
Il n'y a aucune trace de lutte. Elle a reçu le coup de face.
-Terminez vos constat'.
On va récupérer
la liste des invités d'hier soir.
-Non, Aminata, ça ne va pas, le porté.
Célia, montre-lui.
Très bien, Célia.
5 minutes de pause pour tout le monde,
sauf pour toi, Aminata. Tu répètes le pas.
-Encore ? -Oui, encore.
Répéter les gestes, c'est l'histoire de la danse.
Si tu n'es pas contente, tu te plaindras à Justine
quand elle sera là.
Pierrot, tu rallumes ?
Marc, tu as des nouvelles de Justine ?
-Non, elle est sur messagerie. -Bonjour.
-Bonjour.
-Vous cherchez quelqu'un ?
-Je suis le juge Delcourt,
et voici ma collègue, Constance Meyer.
Nous sommes ici,
car votre chorégraphe, Justine Vilar, est décédée.
-Non ! -Je suis désolé.
-Que s'est-il passé ?
-Elle a été assassinée.
Elle pleure. -Lorraine est la soeur de Justine.
-C'est vous avec Justine, sur la photo ?
-Oui.
-C'était leur dernier spectacle
avant que Justine parte aux Etats-Unis
pour intégrer le New York City Ballet.
-Le New York City Ballet ? La compagnie de Barychnikov...
Une chance.
-Elle est rentrée quand ?
-Il y a 3 mois, pour prendre la direction du ballet.
On était très fiers de son retour.
C'était une enfant d'ici.
Elle a fait ses premiers pas de danse sur cette scène.
-Elle avait quelqu'un dans sa vie ?
-Elle a divorcé il y a 6 mois, aux Etats-Unis, d'où son retour.
-Et ici, à Marseille ? -Elle travaillait jour et nuit.
Elle n'avait même pas le temps de trouver un appartement.
Elle dormait à droite, à gauche, parfois même dans son bureau.
-Vous étiez tous les deux à la soirée d'hier.
Avez-vous remarqué quelque chose
de particulier ?
Vous êtes partis longtemps après elle ?
-Oui, bien après.
On a fait la fermeture du centre. On est rentrés vers 3h.
-Que pouvait-elle faire hier soir à l'anse de la Fausse Monnaie ?
-C'est là qu'on l'a retrouvée ?
Nos parents avaient un cabanon là-bas. On y allait, petites.
J'ignorais qu'elle y retournait.
On a perdu nos parents très jeunes. On a souffert ensemble.
On a grandi ensemble.
En dansant.
C'était notre façon d'oublier.
-Je ne sais pas si c'est le moment, mais je dois vous dire
que l'arrivée de Justine ici n'était pas bien perçue.
-C'est-à-dire ?
-Une pétition circulait à son sujet.
Elle avait un peu trop bousculé les choses, les privilèges.
-Comme en retirant à Célia Decker son statut d'étoile numéro 1 ?
Quand on regarde le programme
de la saison prochaine, elle n'apparaît nulle part.
-Il y avait autre chose.
Elle avait ouvert
les cours aux jeunes des quartiers. -La pétition, c'était contre ça ?
-Le Ballet phocéen, c'est une vieille institution.
Le moindre changement est vécu comme une révolution.
-Qui a signé cette pétition ?
-La vieille garde,
ceux pour qui la danse est encore une discipline militaire
avec une hiérarchie à l'ancienneté.
-Ceux qui voient mal qu'une danseuse étoile
ne soit pas du sérail.
-Je ne vois pas qui aurait pu faire ça.
-Elle a bien été assassinée.
-Si la moitié de la compagnie voulait son renvoi,
ça fait un paquet de suspects.
Elle était du genre bulldozer et elle s'est fait plein d'ennemis.
-Mettre la danseuse vedette sur la touche,
ça lui permettait d'asseoir son autorité.
-C'est injuste, comme procédé.
Elle ne méritait sans doute pas ça. -Elle a peut-être pensé ça aussi.
Avec un bulldozer, sans le vouloir, on déterre des cadavres.
Un bulldozer, gonflé à bloc, avec plein de nouvelles idées,
ça dérange toujours.
-Si une pétition circule contre vous, je vous préviendrai.
-Avant de la signer, j'espère.
-Ce non-lieu dans l'affaire Santucci,
c'est une victoire pour vous ?
-C'est surtout une victoire de la justice de ce pays.
Son innocence est avérée. Le non-lieu est purement technique.
Il n'y a jamais eu d'agression sexuelle.
-C'est la victoire
de la vérité sur la diffamation ?
-C'est une victoire contre la malveillance,
l'incompétence,
la volonté d'exister, qui a trouvé un malheureux écho
auprès du juge Delcourt.
-Ce serait de l'inexpérience ?
-Un jeune juge trop inexpérimenté pour une affaire aussi sensible ?
-Les avocats et les journalistes sont pareils. Ils parlent.
-Que personne ne vienne me dire que le crime ne paie pas.
Mathilde Murat a poussé son client à acheter le silence
des deux serveuses.
10 000 euros en liquide pour retirer leur plainte.
-Comment le savez-vous ?
-30 ans de maison, mais peu importe.
-Comment ça, peu importe ? -Méfiez-vous.
Avec elle, vous prendrez plus de coups que vous n'en donnerez.
-On ne pourrait pas réentendre en appel les deux serveuses ?
-Un conseil : passez à autre chose. Vous en verrez d'autres.
Elle va se présenter aux élections du barreau.
Mieux vaut l'avoir dans votre camp.
Quand on est juge, parfois, on gagne, parfois, on apprend.
-Citer Mandela pour une parodie de justice...
Il doit se retourner dans sa tombe. -Il faut savoir renoncer.
-Et laisser les pourris s'en tirer ?
-Non, on continue à faire notre boulot du mieux qu'on peut.
Et dans l'affaire Vilar, je convoque Célia Decker ?
-6 mois sur la touche, comme ça, du jour au lendemain.
Vous faire piquer le rôle-titre par Aminata Diakaté,
une gamine de 20 ans qui vient d'arriver.
C'est plus injuste qu'humiliant, ou le contraire ?
-Je ne pouvais rien faire contre sa décision.
-Avant d'être chorégraphe, Justine Vilar
était danseuse étoile. Elle savait ce que ça voulait dire pour vous.
-On n'était pas assez proches
pour en parler.
Je ne sais pas quoi vous dire. Elle ne m'aurait pas écoutée.
-Justine Vilar vous a envoyée à la retraite.
Vous saviez que votre carrière, votre vie allaient s'écrouler.
Alors, évidemment,
maintenant qu'elle n'est plus là, tout est différent.
-Vous pensez que je l'ai tuée
à cause de ça ? -Je pourrais le comprendre.
-C'est vrai que je lui en ai voulu.
Enormément. Je danse depuis que j'ai 4 ans.
Je ne peux pas imaginer ma vie ailleurs que sur scène.
-Ca ne plaide pas en votre faveur.
-Elle vous a expliqué
les raisons de sa décision ?
-Ces 6 mois de suspension, ce n'était pas une sanction.
Je souffre d'une rupture de l'aponévrose plantaire.
Ca fait des mois que j'aurais dû me faire opérer,
mais je ne voulais pas manquer
le début de la nouvelle saison.
-Alors, Justine Vilar a voulu vous forcer à vous faire soigner ?
Elle vous a suspendue pour votre bien.
-J'ai eu du mal à accepter.
Mais au fond,
j'ai compris qu'elle avait raison. Je lui ai dit, hier soir.
Elle m'a dit qu'après ma convalescence,
j'aurais à nouveau ma chance.
-Comment avez-vous pu danser pendant des semaines
avec une pathologie pareille ?
-J'ai pris des corticoïdes.
-Vous avez trouvé
un médecin assez irresponsable pour vous prescrire ça ?
-C'est Lorraine qui me faisait les injections.
Elle s'est toujours battue pour moi.
On est très proches.
-Justine Vilar était au courant ?
-Je ne sais pas.
-Justine rentre des Etats-Unis,
prend la place de sa soeur à la tête de la compagnie.
Elle impose des changements à l'équipe,
bouscule les habitudes de Lorraine, découvre sa manière de faire.
Lorraine mentait à Justine et à nous aussi.
Vous m'écoutez ?
-Bien sûr. Qu'est-ce que vous croyez ?
-On doit rester concentrés sur nos dossiers,
et inattaquables, pour éviter d'autres désillusions.
-Bon, vous concluez quoi ?
-C'est compliqué, une relation entre soeurs.
-Surtout quand la petite prend la place
de la grande.
Ce que Lorraine a fait avec les corticoïdes,
c'est une faute grave.
-Ca doit être lourd à porter, pour une seule personne.
C'est moi qui conduis.
-J'ai dû arrêter la scène après un accident.
Je sais que le corps d'un danseur est fragile
et que les douleurs physiques peuvent briser une carrière.
-Donc vous avez aidé Célia Decker.
-Oui. Je l'ai fait pour qu'elle conserve sa place.
Je l'ai fait aussi
pour la compagnie. Sans première ballerine,
on est fichus. J'ai pris mes responsabilités.
-Votre soeur pensait comme vous ?
-Sa mort n'a rien à voir avec ça.
Ce sont des événements
liés à la compagnie, c'est tout.
-Elle pensait quoi, votre soeur ?
-Elle a commencé
par écarter votre danseuse et imposer la sienne.
Elle pouvait vous dénoncer. Vous risquiez de tout perdre.
-Pas du tout. Elle a désapprouvé, évidemment.
On s'est disputées, comme des soeurs.
Ca n'a pas duré.
-Après tant d'années de loyaux services,
ça a dû vous énerver.
-Justine était une grande danseuse,
mais diriger une troupe, ça réclame des qualités qu'elle n'avait pas.
-De l'expérience. Alors que vous, vous en avez.
-Je fais ça depuis 10 ans.
Et jamais, par exemple,
je n'aurais laissé reposer toute une saison sur les épaules
d'une gamine comme Aminata. Elle est douée,
mais ça ne suffit pas.
Regardez son entourage. Elle va droit dans le mur.
-Vous parlez de ses parents ? -Non.
De ses amis et de son copain.
Il est venu faire des esclandres.
Tout le monde le connaît ici.
Il s'est disputé avec Justine.
-A quel sujet ?
-Je n'y étais pas.
Tout le monde en a parlé.
-Vous n'essayez pas de nous envoyer
sur une fausse piste ? -Justine était ma petite soeur.
Ca comptait plus que tout.
-Le nom du petit ami ?
-Cyril Duchemin.
Vous devez le connaître.
C'est le fils de l'avocate
qui fait la une des journaux. -Mathilde Murat ?
-Oui.
-C'est le destin qui s'acharne. -Je ne la sens pas, cette affaire.
-Vous ne venez pas ? -Ben, on est garés là-bas.
-Ah oui.
-Ben oui. -Oui, bon...
-En même temps, on n'a rien,
à part un vague témoignage sur une dispute.
-Le simple fait que le fils Murat soit cité dans l'affaire
peut suffire à me faire débarquer de l'enquête.
-Vous voulez expliquer ça à Quiring ?
-Non, on va d'abord vérifier son implication là-dedans.
-Vous faites comme vous voulez. C'est votre carrière.
A votre place, j'irais voir Quiring.
-Quand vous serez juge, vous déciderez pour vous.
-Si je dérange, je repasserai. -Non, allez-y.
-C'est l'enfer.
J'ai la liste des invités, mais pas de caméra de surveillance.
Il va falloir interroger tout le monde.
-On porte tous une croix.
On doit tous en passer par là.
-Donc je convoque tout le monde un par un ?
-Oui, parce que tous ensemble, ça va faire du monde, non ?
Mademoiselle Diakaté ?
Juges Delcourt et Meyer.
-On s'est croisées ce matin. -On a des questions sur Cyril.
On peut monter ?
-Je ne préfère pas. Vous avez parlé à Lorraine.
-Elle ne vous aime pas trop. -Evidemment.
Je viens du hip-hop, de la danse africaine.
C'était la vision de Justine Vilar.
L'ouverture, le mélange. Ca lui venait des Etats-Unis.
Ca énervait sa soeur.
Comme tout ce qu'elle faisait. -Revenons sur votre petit ami.
Pourquoi a-t-il agressé Justine Vilar ?
-Ex-petit ami.
Cyril pensait que j'étais
sous l'influence de Justine. J'essayais de saisir ma chance.
-Il n'était plus votre priorité. -Je n'avais pas le choix.
Mme Vilar m'a demandé une implication totale.
J'ai travaillé dur pour devenir danseuse
et je n'ai jamais rien lâché.
Aujourd'hui, avec la mort de Mme Vilar, tout s'écroule.
-Je comprends, mais j'aimerais que vous me parliez
de son altercation avec Cyril Duchemin.
-Il y a 3 jours, Cyril est venu après une répétition.
Il voulait qu'on parle.
Il m'a attrapée par les bras. Mme Vilar s'est interposée.
Elle l'a repoussé.
Cyril est devenu complètement dingue.
-Comment a-t-elle réagi ?
-Elle n'avait pas peur de lui. Elle l'a traité de petit connard,
jaloux et violent.
-Il avait déjà été violent avec vous ?
-Non.
Parfois, c'était compliqué entre nous, mais non, pas vraiment.
-Vous n'avez pas porté plainte ?
-Sa mère est avocate.
Vous pensez que Cyril a tué Justine ?
-Qu'est-ce qu'on fait
du fils de Mathilde Murat ? -Il mérite qu'on l'entende.
-Il faut en parler à Quiring.
-Les intérêts personnels passent avant la justice ?
-Non, mais on doit être sûrs de notre coup.
Vous avez entendu Aminata
sur les rapports
entre les deux soeurs ? -Demain, j'en parlerai à Quiring.
Ca vous va ?
Bonne soirée, Meyer. -Bonne soirée.
-Tu vas mettre des jours à le récupérer.
Il est mastoc. Je choisirais autre chose.
-Vous allez me lâcher ? J'aime bien ce comptoir.
Il me rappelle moi. On est pareils. Rénovés, on peut encore servir.
-Ne t'inquiète pas, ma chérie. Bientôt, ton père dira
que ce meuble est nul.
-Je peux décider moi-même de l'aménagement de mon espace ?
-C'est moi qui fais à manger ? -Voilà !
-Toi, tu dois savoir.
Je n'arrive pas à enlever la tache de vin sur la chemise de Paul.
-Vinaigre blanc, bicarbonate. C'est une recette de grand-mère.
Tu laves tout le linge de Paul ? -Ben oui.
Il bosse comme un taré. -Comme tout le monde, 8h par jour.
Elle grogne.
Chéri !
Il faut qu'on parle à ta fille de la libération de la femme.
-Tu exagères.
-Il faut trouver quelque chose qui la motive.
Elle pourrait t'aider à décorer ta boutique.
-Non, c'est mon espace.
Elle va s'immiscer dans tout ce que je fais.
Déjà qu'il y a l'autre qui vérifie tout ce que je chine.
Ca y est. Poncer...
-Moi, je suis bien comme ça.
Je veux m'occuper de mon foyer. -Je ne t'ai pas élevée comme ça.
Le féminisme, tu connais ? Il faut que tu puisses te réaliser.
-Une femme peut se réaliser en ayant un enfant.
-Un enfant ? N'importe quoi.
N'importe quoi !
-Un enfant ?
-Alice rêve de devenir femme au foyer.
Après 40 ans de combat féministe !
-C'est génial, femme au foyer. J'aurais adoré en avoir une.
Mais c'est bien de s'épanouir au travail.
-Ah, tu es d'accord !
Alors, va lui dire. -Quoi ?
-Qu'elle trouve quelque chose où elle puisse s'épanouir
et ne pas dépendre d'un homme.
-Mais quand ? -Ben maintenant.
Je suis fatiguée, je vais me coucher.
-Alice...
Elle n'entend pas.
-Bonjour. -Bonjour.
...
-Tu fais la course avec le juge
pour savoir qui arrive le plus tôt ?
-Non, je prends des renseignements sur Justine Vilar.
On n'a pas pris le temps de prendre du recul sur l'affaire.
A part la danse, on ne connaît pas grand-chose d'elle.
En même temps, c'était toute sa vie.
-Elle a eu une belle carrière.
Pourquoi elle a arrêté de danser, sa soeur ?
-Elle a eu un accident de voiture. Elle a épousé Marc peu après.
Il paraît que c'était une excellente danseuse,
mais moins bonne que sa soeur.
-Fanny... Meyer... -Monsieur le juge...
-Ca vous dit, un tour en ville, tout à l'heure ?
-C'est-à-dire ?
-Il fait beau, j'ai bien dormi.
J'ai envie de rendre une visite de courtoisie à Cyril Duchemin.
Vous êtes avec moi ? -On prévient le procureur Quiring ?
-C'est une obsession ou quoi ?
-Je m'attends au pire. Allez-y.
-J'ai un suspect dans l'affaire Vilar, que j'aimerais convoquer.
-Très bien.
Comme c'est la 1re fois que vous me prévenez en amont,
je n'ose imaginer de qui il s'agit. Le maire de Marseille ?
Le garde des Sceaux ? Zinedine Zidane ?
-Cyril Duchemin. -Cyril Duchemin...
Jusque-là, tout va bien.
Je suis même étonné, pour ne pas dire un peu déçu.
Il rit. -C'est le fils de Mathilde Murat.
-Vous êtes sérieux ?
-Très sérieux. On a recueilli
un témoignage dont on a vérifié la véracité.
Outre les menaces verbales et les coercitions physiques
à l'égard de la victime, on a un mobile.
-Aucun rapport avec les déclarations
de sa mère à la presse ?
-Vérifiez vous-même.
Il ne s'agit aucunement d'un règlement de compte.
J'aimerais que vous m'accordiez un minimum de confiance.
Les droits seront respectés de part et d'autre.
-De part et d'autre ?
-Je vous demanderai de ne pas prévenir Me Murat.
Je ne voudrais pas qu'elle prépare le suspect avant que je ne le voie.
Ca pourrait nuire à l'établissement de la vérité.
-Vous savez qu'elle va prendre ça pour une attaque personnelle
et qu'elle fera tout pour défendre son fils
et sa réputation en vue des élections ?
-Oui, bien sûr.
-Et qu'elle n'hésitera pas à vous marcher dessus ?
-J'en ai conscience, oui.
-Vous savez que vous risquez votre carrière, et que moi-même,
je risque d'être éclaboussé ?
-Vous pouvez vous désolidariser, monsieur le procureur.
-Se désolidariser...
Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait...
D'accord. Euh...
Je vous autorise à le convoquer pour l'interroger.
-Merci. -Non.
Ne me dites pas merci. Ne vous plantez pas, surtout.
-Comment ça s'est passé ? -On a sa bénédiction.
-Il vous fait confiance ?
-Depuis qu'il revoit ma mère, ça se passe mieux.
-Je rédige la convocation ? -On va sur son lieu de travail.
-Vous êtes autorisé à l'interroger au Palais.
-Je ne sais pas comment Duchemin va réagir.
Quand il va avoir sa convocation, il va appeler sa mère.
-Ca s'appelle le droit de la défense.
-Pour éviter toute tension, on va aller le voir directement.
-Eviter toute tension ? -Oui. Je vous assure.
Sirène de bateau.
-L'ambition de ce projet,
c'est d'allier le luxe et les nouvelles technologies,
en utilisant les énergies renouvelables.
Panneaux solaires pour le chauffage
et bornes de recharge pour les véhicules électriques.
-Ton père ne nous emmerdait pas avec ces trucs écolos.
-Ce n'est plus lui qui gère les projets.
Regardez la cavité là-bas. Vous la voyez ?
-Excusez-nous de vous déranger.
Juges Delcourt et Meyer. Nous aimerions vous parler.
-Vous êtes obligés d'arriver comme ça ?
-C'est dans le cadre d'une enquête sur le meurtre de Justine Vilar.
-On va aller dans mon bureau.
C'est un malentendu, j'en ai pour quelques minutes.
-Vous l'avez agressée verbalement et physiquement
sur le lieu de travail de votre ex. -Mlle Diakaté a témoigné.
-Vous étiez où, lundi entre minuit et 2h du matin ?
-Avec des amis au Black Flamingo. -Vous nous donnerez leurs noms.
-C'est tout ce que vous voulez savoir ?
-Vous êtes pressé ?
J'ai des questions à vous poser.
-Aminata, c'était une erreur.
J'ai cru qu'on pouvait aimer hors de sa condition.
-Ne pas mélanger riches et pauvres. -Voilà.
Mais je n'ai plus de contact avec elle.
-Je suis admiratif.
Ce recul incroyable que vous avez en si peu de temps
sur cette relation passionnelle.
Rupture sentimentale qui vous a amené
à molester Justine Vilar.
C'est à cause d'elle
que vous avez perdu Aminata.
Elle vous avait humilié,
alors vous avez décidé de vous venger d'elle.
-Ce n'est pas ça du tout.
-On a vérifié auprès de vos amis.
On a un problème avec votre alibi.
-Ah, tiens... -Vous étiez bien au Flamingo...
Vous avez beaucoup parlé de Mlle Diakaté et beaucoup bu.
Vous avez été agressif, et on vous a mis dehors,
peu avant minuit.
-Vous n'avez que la moitié d'un alibi.
-La discothèque est
à 10 minutes du théâtre,
5 minutes du lieu du crime. -Qu'avez-vous fait en sortant ?
-J'avais beaucoup bu, comme madame vient de le dire.
Je voulais rentrer chez moi, mais je n'en étais pas capable.
Je me suis arrêté et je me suis endormi dans ma voiture.
-A quel endroit précisément ? -Vous croyez que j'ai regardé ?
Allez, ça suffit. Ca a assez duré.
J'ai répondu gentiment à vos questions.
J'ai du travail, et comme vous n'avez rien contre moi...
-Nous aussi, on a du travail.
On va essayer de vérifier ce qui vous sert d'alibi.
Vous êtes placé en garde à vue.
Vous pouvez être assisté d'un avocat.
Vous pouvez appeler
le capitaine Sentier ? -Je n'ai rien fait.
Je n'ai pas besoin d'avocat.
-Etre le fils de Mathilde Murat et refuser la présence d'un avocat,
c'est bizarre, non ?
Qu'est-ce qu'il y a ?
Qu'est-ce que vous faites ?
-C'était nécessaire, cette garde à vue ?
Que va penser sa mère ?
-Ce n'est pas mon problème.
-J'espère que ce n'est pas votre but.
-Ce n'est pas une vendetta.
Je fais comme pour les autres affaires.
Je fais mon travail.
Cyril Duchemin est une piste comme les autres.
Ne pas l'exploiter serait une faute liée à des enjeux personnels.
Mathilde Murat m'a torpillé publiquement.
C'est comme ça, c'est le jeu. Je suis passé à autre chose.
-J'aimerais qu'on se concentre sur la victime.
Ca fait 48h qu'on enquête. On n'a pas examiné sa vie.
-Vous voulez décortiquer sa vie plutôt qu'interroger un suspect ?
Eh ben, allez-y. Menez votre instruction parallèle.
Moi, je vais faire un tour, j'ai besoin de réfléchir.
...
-Bonjour. -Bonjour.
-J'adore les théâtres.
Je suis Constance Meyer.
Je travaille avec le juge chargé de l'affaire Vilar.
Vous parliez avec M. Belmont.
-Le pauvre. Il est encore sous le choc de sa mort.
Moi aussi, d'ailleurs. -Vous la connaissiez bien ?
-Justine ?
Je l'ai connue toute gamine.
Lorraine aussi, d'ailleurs.
Je me souviens de leur arrivée.
-On m'a dit qu'elle avait toujours été une danseuse exceptionnelle.
-Non, c'est Lorraine surtout. Tout le monde savait
qu'elle serait une danseuse étoile. Une vraie princesse.
Elle s'occupait de sa petite soeur, elle dansait.
Elle était merveilleuse.
Et puis, il y a eu l'accident. -L'accident de voiture ?
-Lorraine devait partir à New York juste après.
Mais son genou a explosé dans le choc,
et elle n'a jamais pu re-danser.
Je veux dire re-danser vraiment, comme elle seule savait le faire.
Elle s'est battue pendant un an.
Elle pleurait sur la scène tellement elle avait mal.
C'est Justine qui est partie finalement.
-Elle est partie à sa place. -Justine avait l'âge.
Elle a passé l'audition et a été prise.
Mais c'est du passé.
-Elle est partie à New York, et vous ne l'avez plus revue ?
-Elle serait venue me voir ou Lorraine me l'aurait dit.
-Pourtant, elles étaient proches.
-Ca, pour être proches...
-Elles ne se sont pas revues pendant 10 ans ?
-A ma connaissance, non.
-Merci.
Où est l'administration ? -1er étage.
-Au revoir. -Au revoir.
-Constance n'est pas là ?
-Non, mais moi, oui. Pourquoi ?
-On a un petit souci avec la garde à vue de Duchemin.
-Quiring ou sa mère ? -Aucun des deux.
Une caméra de surveillance de la ville
l'a filmé entre 23h45 et 3h du matin dans sa voiture.
Il dormait.
On le voit bien sur les images. -On ne pouvait pas vérifier avant ?
-Ben, quand ? C'est vous qui l'avez mis en garde à vue.
-OK. Merci, Sentier.
-Donc je lève la garde à vue, hein ?
-A votre avis ? -Oui.
-Fanny !
-Monsieur le juge ? -Ce n'est pas le moment.
Je dois annoncer à Quiring que je me suis planté.
Duchemin a un alibi.
Inutile de me dire que vous aviez raison.
Je sais ce que vous allez me dire, et je suis d'accord.
J'ai été aveuglé.
-Quiring et Murat sont dans votre dos.
-Maître...
-J'expliquais à maître Murat que c'était un malentendu.
-Vous n'aviez que ça pour vous venger ?
-Votre fils a refusé
de répondre clairement aux questions.
-Vous n'allez pas vous en tirer comme ça.
-Calmons-nous. On fait partie de la même maison.
-Il n'a pas souhaité être assisté d'un avocat.
"C'est son élection au barreau que ma mère va défendre, pas moi."
-Les enfants sont parfois ingrats.
-C. Meyer, auxiliaire de justice,
stagiaire du juge Delcourt. -Elle est à bonne école.
-Le juge s'est comporté
exactement comme le procureur lui a demandé : avec impartialité.
Je m'en suis même inquiétée.
Il a traité le cas de votre fils comme tous les autres protagonistes
de l'affaire : avec sérieux et honnêteté.
-Ce qui n'est pas le cas de tout le monde.
-Vous vous croyez malin ?
Vous êtes allé arrêter mon fils sur son lieu de travail.
Vous appelez ça rigueur, sérieux, honnêteté ?
-Je me suis un peu précipité,
mais j'avais de sérieux motifs. -Et qu'allez-vous faire ?
-Le relâcher. Il a un alibi pour la nuit du meurtre.
-Bien. Tout est rentré dans l'ordre.
Maître, je vous raccompagne ?
-Déjà que vos collègues ne vous aiment pas trop...
Cette erreur va vous discréditer définitivement.
-Je ne suis pas là pour être aimé, mais pour faire mon travail.
-Le juge Delcourt veut juste... -Vous me le paierez.
Faites-moi confiance.
-Eh ben...
Même quand je le défends, il m'en veut.
C'est fou. On dirait moi à son âge.
Un petit con qui rue dans les brancards,
prend les anciens pour des tocards.
Mais un matin, on se lève et on découvre qu'on est passé
dans le camp des anciens.
Faites attention à ce qu'il fait.
Vous et moi, on est dans le même camp.
-J'ai terminé la synthèse de l'affaire Leandri.
-Monsieur le juge...
Il y a un truc bizarre dans l'affaire des soeurs Vilar.
-Quoi ? -Elles étaient très proches
et elles ont coupé les ponts pendant 10 ans.
Moi, si j'avais eu une soeur,
je ne me comporterais pas comme ça.
-C'est bien ici que Justine a décidé de revenir :
près de sa soeur.
-Je suis retournée là-bas et j'ai demandé le compte rendu
de l'assemblée qui a voté pour son retour.
-Vous n'avez pas chômé ! Qu'avez-vous trouvé ?
-La majorité a voté contre.
-Marc Belmont nous l'avait dit. -Oui, mais il a été insistant,
à tel point qu'il a mis sa démission en balance,
et c'est ce qui a fait basculer le vote en faveur de Justine.
-Lorraine a voté quoi ?
-Elle s'est abstenue. -Intéressant.
Comment l'a-t-elle justifié ?
-Elle a dit vouloir rester neutre
à cause de leurs liens familiaux. Ce n'est pas le tapis rouge
pour la soeur, ça.
-Vous vous demandez pourquoi le mari
a tenu à faire revenir Justine, alors que sa femme
et le conseil d'administration étaient contre.
-J'ignore ce qu'il y a entre Marc Belmont et Justine Vilar,
mais ça mériterait d'être creusé.
-Merci d'être venu aussi vite, M. Belmont.
-Décrivez-nous vos rapports avec Justine Vilar.
-Ils étaient très bons, professionnels, respectueux.
-Vous la connaissiez depuis toujours ?
-J'ai connu Justine et Lorraine en même temps, ici,
quand elles étaient plus jeunes.
-Avant l'accident ? -Oui.
-Cet accident a brisé la carrière de Lorraine
et a permis à Justine de partir pour New York.
Comment Lorraine a-t-elle vécu le départ de sa soeur à sa place ?
-Pourquoi ces questions ?
C'est du passé.
-C'est comme si Justine avait volé la vie de Lorraine.
Elle part à sa place, et quand elle revient,
elle prend sa place de nouveau. C'est dur, non ?
-Aviez-vous une liaison avec Justine Vilar ?
-Ca doit être dur de garder toute cette tristesse.
Vivre la mort de la femme qu'on aime sans pouvoir en parler,
ni le montrer.
-Votre femme était au courant ?
-Non.
Bien sûr que non.
Justine et moi, on était tombés amoureux,
mais l'accident a tout remis en cause.
Je ne pouvais plus quitter Lorraine après ce qu'elle venait de subir.
Et Justine a préféré partir.
-Et depuis qu'elle était rentrée ?
-Tout ça, c'est de l'histoire ancienne.
De toute façon, pourquoi je l'aurais tuée ?
Parce que je l'aimais ?
Ca ne tient pas debout.
-Sauf si elle ne vous aimait plus.
-Elle est revenue pour des raisons professionnelles
et parce que sa vie d'avant lui manquait.
-M. Belmont, c'est important.
S'est-il passé quelque chose entre vous
le soir de la collecte ?
-Vous l'avez suivie jusqu'à l'anse de la Fausse Monnaie.
Vous avez tenté de l'embrasser, elle s'est débattue,
et vous l'avez frappée. -Non.
-Vous lui avez avoué
que vous l'aimiez encore ? -On s'est embrassés à la soirée.
C'était la 1re fois depuis son retour,
mais on s'est dit que c'était une erreur.
-Est-ce que Lorraine vous a vus ?
-Non, je ne crois pas.
-Aurait-elle pu vous voir ?
...
Elle respire lentement.
Sonnerie du théâtre dans ses pensées.
...
Applaudissements dans ses pensées.
Musique classique dans ses pensées.
...
Quelqu'un entre.
-Je sais pourquoi vous êtes là.
-Vous avez surpris leur baiser, n'est-ce pas, Mme Belmont ?
Quand vous l'avez vue partir, vous vous doutiez qu'elle allait
là où vous alliez quand vous étiez petites et que ça n'allait pas.
-Je ne voulais pas la tuer. Je voulais juste lui parler,
lui dire de me rendre ma vie.
Elle m'a toujours tout pris.
Mon adolescence, quand mes parents sont morts,
ma carrière ensuite,
New York...
La danse...
Mon poste ici,
la compagnie que j'ai portée pendant 10 ans,
et même Marc.
Je l'ai toujours protégée, et elle s'est servie de moi.
-Que s'est-il passé, Mme Belmont ?
-Je les ai vus s'embrasser,
alors je l'ai suivie.
Justine m'a dit qu'elle et Marc n'avaient jamais cessé de s'aimer.
Elle m'a dit ça comme une évidence,
comme si personne n'y pouvait rien.
Comme si j'avais toujours été un choix par défaut, pour Marc,
comme s'il ne m'avait jamais aimée.
Je voulais seulement qu'elle se taise, qu'elle arrête
de détruire ma vie pour construire la sienne.
J'ai pris une rame et je l'ai frappée. Elle s'est écroulée.
-Je voulais m'excuser pour aujourd'hui.
-Ce n'est pas la peine. -Si.
J'aurais dû vous écouter, vous faire confiance.
-Quiring vous fait confiance.
-Il a des vues sur ma mère. -Vous croyez ?
-Sa confiance n'a rien à voir avec mes qualités professionnelles.
-Le procureur est assez avisé pour faire la part des choses.
-Je vais boucler le dossier. Rentrez chez vous
retrouver votre famille. -Merci.
-J'ai réfléchi à ce que vous m'avez dit, maman et toi,
et... -Et ?
-Vous avez raison. Il faut que je me trouve un objectif.
-Si tu es heureuse, on est heureux.
-J'ai décidé de m'occuper de l'aménagement de ta boutique.
-Comment ça ? -Tu es nul en déco.
J'ai réfléchi à un truc plus fleuri,
rajouter des fleurs à chaque coin de ton comptoir,
et peut-être avec des papillons, si on les peint...
Tu m'écoutes ou pas ? -Evidemment.
-Alors, le comptoir, on peut rajouter des papillons.
Klaxon.
-Boris...
Félicitations pour l'affaire Vilar.
-C'est Meyer qu'il faut féliciter.
C'est elle qui a maintenu le navire à flot.
J'espère que je ne vous ai pas mis dans une situation trop délicate.
-Non, vous faites à votre manière, et Meyer à la sienne,
et ça marche.
Rassurez-vous, j'en ai vu d'autres.
Vous ne voulez pas qu'on aille à la brasserie ? J'ai faim.
-Vous êtes procureur, je suis juge d'instruction.
En plus, vous connaissez ma mère.
Je ne veux pas mélanger. -Je comprends, mais justement.
Raison de plus pour en parler.
Boris...
On a vécu une belle histoire, avec Anna.
Mais bon, c'était il y a 30 ans.
Cette belle histoire mérite peut-être
qu'on fasse l'impasse quelques instants
sur nos petits problèmes professionnels.
-C'était il y a combien de temps ?
-Une trentaine d'années, si ma mémoire est bonne.
J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ?
-Non, non.
Je ne savais pas que c'était une belle histoire,
enfin, une histoire. Bref, vous m'avez compris.
-On le partage, ce repas ?
-Oui.
-Allons-y. Je peux vous aider ?
-Non, ça va. -Vous êtes sûr ?
-Oui, oui.
Sous-titrage MFP.
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