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Zulu
...
-Allez, viens ! -Attends !
-Mais dépêche-toi !
Ah ! -Quoi ?
-Appelle les secours !
-Oh, putain !
...
-Je comprends bien, mais ce que je voulais te dire...
Allô ? Allô ?
-Bonjour. -Bonjour.
-Merde. -M. le juge ?
M. le juge !
-Oui ? -Mais arrêtez !
-Qu'est-ce qu'il y a ? -Vous courez ou vous téléphonez !
Fanny m'a donné tout ça à signer. -J'ai pas le temps, je dois partir.
-Mais c'est important !
-S'il fallait tout faire dans l'ordre, il faudrait une 2e vie.
-Tenez ! Commencez votre 2e vie.
-Bonjour, Constance. -Bonjour, capitaine.
-M. le juge.
Je vous présente Ariane Semiof, 35 ans, issue
d'une vieille famille marseillaise, ses parents tiennent un golf.
Elle a un cabinet
d'analyse financière. Mariée
à Jérémy Breton, administrateur
dans une banque privée.
Ils sont domiciliés dans le 8e.
-Qu'est-ce qu'elle faisait ici, la nuit ?
-On sait pas.
J'essaie de joindre le mari,
mais sans succès.
J'ai prévenu les parents d'Ariane.
-Ca peut pas être un accident ? -J'y ai pensé,
mais on a des projections de sang
sur le sol et le mur. Donc,
elle a été frappée avant de tomber.
La légiste est formelle. La violence du coup l'a fait tomber
et l'impact lui a été fatal.
-L'heure de sa mort ? -Entre minuit et 2h.
C'est un couple qui l'a trouvée.
En tout cas, il s'agit pas d'un vol.
Elle a son sac, ses papiers, ses clés de voiture,
sa Carte bleue, tout !
-Et sa voiture ?
-Garée plus haut. On a fait des prélèvements.
-Son téléphone est déverrouillé ? -Constance,
on y travaille.
-Bref, on n'a pas grand-chose. Téléphone.
...
Répondez, Meyer.
-Ah oui ! C'est le procureur Quiring.
Pourquoi il m'appelle, moi ? -Répondez pour savoir.
-Oui, M. le procureur ?
Oui, je vous le passe. Vous êtes tout le temps sur messagerie.
-J'ai plus de batterie.
Oui ?
Très bien. On arrive tout de suite.
Les parents de la victime sont au Palais avec Quiring.
-Le procureur nous a assuré mettre tout en oeuvre
pour retrouver son assassin. -Bien sûr.
Vous avez une idée des rapports entre votre fille et son mari ?
-Ecoutez. S'il y a une chose dont je suis sûr,
c'est que mon gendre
n'a rien à voir avec la mort de ma fille. D'ailleurs, il a dîné
chez nous tard, hier soir.
-Seul ? -Oui.
Nous avons discuté longuement
et il est reparti vers 2h30.
-Est-ce que par hasard, vous auriez
une idée de ce que faisait Ariane dans le quartier
où on l'a retrouvée ? -Elle y vivait.
-Son adresse officielle se trouve
à l'autre bout de la ville. -Ils étaient séparés.
-Ah... Ca peut arriver à tout le monde.
-Elle y vivait avec sa compagne.
Une femme.
-Que ce soit clair,
je ne tiens pas à ce que la mort de ma fille soit associée à ça.
-Vous voulez dire son homosexualité ?
-Ma fille vivait
comme elle le voulait. Que ça n'éclabousse pas ma famille.
Je connais les journaux de cette ville. Personne
n'a besoin de lire des détails scabreux.
-Je traite mes affaires avec discrétion par rapport à la presse.
-Ce que je veux dire, c'est que ma fille était mariée,
et pas divorcée,
même si elle était séparée.
Inutile d'ébruiter qu'elle vivait avec cette...
Cette... -Artiste peintre.
-Si tu veux. Artiste peintre.
J'aimerais qu'on ne la résume pas
à cette part de sa vie, même si c'est
sans doute ça qui l'a tuée.
-Pourquoi vous dites ça ?
-Quand on vit normalement, on meurt normalement.
Excusez-moi.
-Il ne faut pas lui en vouloir.
Mon mari était en froid avec notre fille depuis
son changement de vie.
Il a beaucoup de mal à se dire
qu'il ne pourra jamais...
se réconcilier avec elle.
-Quand est-ce que vous avez vu votre fille pour la dernière fois ?
-Quand, je sais pas exactement, mais...
je l'avais souvent au téléphone.
Elle semblait enfin heureuse. Très heureuse.
Comme quand on est très amoureux.
Excusez-moi.
-Je m'habituerai jamais à la douleur d'une mère.
-Et la douleur d'une compagne, vous êtes prête à l'affronter ?
-Sa mort a un rapport avec son homosexualité ?
-Elle est morte près de chez elle. Elle partait, elle revenait ?
On doit comprendre ça.
Après, l'homosexualité
ne devrait pas être une raison de mourir, je suis d'accord,
mais on pense pas
tous pareil.
Venez, j'ai pas envie de croiser Quiring qui
va nous expliquer qu'il faut prendre des pincettes
avec les notables du coin.
Il ferme à clé.
-Occupé !
-C'est qui ? -Ben Paul !
-Dépêche-toi, je suis pressé !
-Dites, vous avez trouvé l'article sur les créations de sociétés ?
-Oui, je le lis.
-Si vous comprenez pas, demandez-moi.
-Merci, mais c'est simple.
-C'est de la vulgarisation pour grand public.
-OK ! Dépêche-toi, j'ai rendez-vous en ville pour visiter un local.
Je voudrais me brosser les dents avant.
Oh ?
Paul ?
Il a 25 ans, il est sourdingue !
Paul ?
-Pardon.
Je peux venir avec vous, je suis en RTT, aujourd'hui.
Comme ça, on parlera de votre projet.
-OK, mais dépêche-toi.
-Super ! On se retrouve en bas dans 30 mn ?
-Paul ? -Oui.
-C'est pas mon peignoir ça ?
-Je sais pas, j'utilise toujours celui-là.
-Il se brosse avec ma brosse.
-Travaillant dans la finance mais vivant dans un quartier populaire,
mariée avec un homme mais vivant avec une femme.
-Pour prendre le contre-pied de sa vie.
-A 15 ans, OK, mais à 35, c'est plus rare.
-Il n'y a pas d'âge pour se réveiller d'une vie qui n'est pas
la sienne. Pas dans le même domaine mais je sais ce que c'est.
-Vous êtes prête ?
-Bonjour. Meyer, juge stagiaire. -Juge Delcourt.
-On vous attendait, je suis une amie de Charlie et d'Ariane.
On est là pour soutenir Charlie. Entrez.
Charlie ? Ils sont là.
-Bonjour.
Vous êtes Charlie ?
La compagne d'Ariane ?
-Oui, c'est moi.
C'est un cauchemar.
-Trouvez le malade qui a fait ça.
-On est là pour ça.
-On peut plus vivre en sécurité. C'est la 3e agression en un mois.
-On n'en sait rien. -Elle était homo, c'est pour ça.
-On peut rien dire encore.
-Dire que je l'ai pas revue.
-C'est-à-dire ?
-On s'est disputées hier, dans la journée.
Elle est pas rentrée hier soir.
J'ai pensé qu'elle travaillait tard et qu'elle m'en voulait.
J'ai essayé de l'appeler, elle a pas répondu.
J'ai fini par m'endormir au milieu de la nuit et...
ce matin, j'apprends sa mort.
-Et la dispute ?
-C'était à propos de mon expo. Pour rien,
des conneries de la vie de tous les jours.
-Charlie est artiste peintre
et Ariane lui organisait une expo avec les clients de son cabinet.
-Vous n'avez pas une idée de ce qu'elle pouvait faire hier soir ?
-J'en sais rien.
J'ai pas réussi à la joindre.
-Il vous arrivait souvent
de vous disputer ? -Comme tous les couples.
-Son orientation n'était pas un secret ?
-Ariane vivait la double peine. -C'est-à-dire ?
-Homo pour les hétéros et hétéro pour les homos.
-Avait-elle reçu des menaces ?
-On en reçoit tous les jours.
Vous vivez dans quel monde ?
-On était heureuses.
On vivait normalement.
Je suis désolée, je...
-L'ex-mari, vous savez s'il était en bons termes avec Ariane ?
-Comme un type qui perd sa femme pour une femme.
Il est resté proche des parents d'Ariane.
-Et les parents
ont mal pris le changement de vie. -Ca n'a jamais été simple avec eux.
-Du genre manif pour tous.
Donc, c'était encore pire depuis Charlie,
mais Ariane avait tourné le dos à son ancienne vie.
Elle s'est battue pour qu'on l'accepte.
-Vous savez s'il était revenu ici pour la voir ou la récupérer ?
-Il est venu au début.
Après, il s'est calmé. Il a continué à l'appeler.
-Merci.
-Que doit ressentir un homme qui se fait quitter pour une femme ?
-On va poser la question à son mari.
Il faudra demander à Sentier les relevés téléphoniques de Charlie.
-Ah bon ? -Oui, par acquis de conscience.
Ca vous dérange pas si je conduis ? -Ma voiture ?
-Ben oui ! Ca m'aide à réfléchir quand je conduis,
plus qu'en m'accrochant à la portière.
-Ah !
M. le juge !
Ils ont débloqué le portable d'Ariane.
En dehors de sa compagne, elle a reçu 17 appels du même numéro.
-C'est qui ?
-Son ex-mari.
-17 appels, ça ressemble à du harcèlement.
-Il avait du mal à s'en remettre ou il s'est passé quelque chose.
17 fois sans qu'elle réponde ?
-Oui, mais je voulais lui parler.
C'était pas du harcèlement. -On ne nous a pas dit ça.
-Ah oui ? Qui vous a dit ça ? Le machin qui vit avec elle ?
-C'est pas Charlie qui nous a parlé des 17 appels.
-Ah ouais ? Moi, c'est Charlie
qui a ruiné ma vie.
C'est de sa faute. Sans elle, rien ne serait arrivé.
Si elle avait pas été là, Ariane serait encore avec moi.
-Elle était amoureuse.
-D'une femme ? Je crois pas. Je crois qu'elle était perdue.
Ecoutez, j'ai vécu 8 ans avec Ariane.
8 ans. Je sais qu'elle était pas... Elle était pas comme ça.
-Que deviez-vous lui expliquer
au téléphone ? -C'est entre ma femme et moi.
C'est ridicule, j'ai pas tué ma femme.
Allez voir du côté de ses nouvelles fréquentations.
-Comment ça ? -Ca me paraît évident.
Le n'importe quoi, on sait
où ça mène alors qu'Ariane était heureuse. On était amoureux.
On nous enviait et cette déviance-là...
-Etre homosexuel n'est pas une déviance.
Homophobe, un peu plus.
-Que s'est-il passé
après ces 17 appels ? Vous vous êtes lassé ?
Moi, je crois surtout que
vous lui avez parlé, mais pas au téléphone.
-A quelle heure vous l'avez vue hier ?
A quelle heure ?
-J'ai vu Ariane, hier soir.
Je l'ai vue en bas de son bureau.
Le matin même, elle m'avait envoyé un mail où elle me disait que...
Elle voulait qu'on divorce.
-Vous étiez déjà séparés.
-Vous comprenez pas.
Divorcer, c'était au-dessus de mes forces.
Je peux pas avoir d'enfant.
Ariane, c'était ma seule famille. J'ai construit ma vie
autour d'elle.
Alors quand je l'ai perdue, j'ai tout perdu.
-Pourquoi voulait-elle divorcer ? -Elle a pas voulu me le dire.
-J'ai essayé de lui parler
pour la dissuader, et c'est à ce moment-là que l'autre nous a vus.
-Qui l'autre ? Sa compagne ?
-Non, leur copine Sonia. Elle était de l'autre côté de la rue.
-Vous avez fait quoi ensuite ?
-Ensuite...
j'ai raccompagné Ariane à sa voiture, elle est partie.
Il était 20h30. Après, je suis allé chez mes beaux-parents.
Mais ça, vous pouvez vérifier ça.
Vérifiez.
-J'ai des infos qui vont vous intéresser. On a fait
une enquête de voisinage, c'est un peu gay comme quartier.
-Vous pouvez m'expliquer ? -Ce que je veux dire,
c'est qu'il y a pas mal d'homosexuels, rien de plus.
-Ah... -Tout le monde
connaissait Ariane, surtout Charlie,
elle y vivait déjà avant avec sa copine Sonia.
-Sonia, c'est l'ex de Charlie ? -Oui, apparemment.
Comme vous m'aviez demandé le listing des appels
de Charlie, Charlie l'a appelée 2 fois hier soir
à 19h30, elles se sont parlé,
et à 23h54, mais Sonia n'a pas répondu.
-Pourquoi elle a rien dit ?
-Je peux les convoquer.
-Meyer ?
-J'organiserai plutôt une confrontation demain matin.
-Mieux !
Bonsoir.
-Bonsoir.
Rassurez-moi,
il le déplie son truc quand il... -Pour rouler ?
-Oui ? -Oh oui !
-Maman ?
-Qu'est-ce que tu fais là ? T'es pas à la fac ?
-Ca te fait pas plaisir de me voir ?
-Si mais t'as besoin de quelque chose ?
-Ouais. Je vais me mettre en coloc, je vais avoir besoin d'argent,
j'ai pensé que tu pouvais m'aider.
J'ai préféré venir te voir, toi. -Papa t'en donne tout le temps.
-Justement !
Comme c'est important, je viens te voir, toi,
car tu sais qu'il m'en donne.
Si je viens te voir toi, tu dois comprendre que
c'est important, sinon j'irais
le voir, lui. Du coup, t'es censée m'en donner,
car t'es ma maman et que je t'aime.
-C'est la plaidoirie la plus nulle que j'aie jamais entendue.
-Ah, Meyer ! -Voici mon fils, Antoine.
-Enchanté. -Bonjour.
-Bonne idée, la confrontation.
-Il faut y aller là ! -J'arrive.
-C'est ton juge ? -Ouais.
-Il a quel âge ?
Papa sait que tu passes des journées avec un petit jeune ?
-Ca va ! Combien ?
Il marmonne. -Pardon ?
-300. -Comment ?
-250. -250 ? 250 ?
Tous tes copains travaillent, trouve un boulot.
-Non. Non, pourquoi je... Enfin...
J'ai choisi de privilégier les études et de pas me disperser.
-Tu ferais un bon avocat, toi. -T'as vu ?
-Bon allez, tiens ! 20 euros.
C'est un début !
-20 euros ?
Ca reste entre nous, hein ?
20E, quoi !
-Le juge va vous recevoir.
Non, l'une après l'autre.
-Vous étiez en couple
avec Charlie auparavant. Avant Ariane.
-Charlie et moi, on s'est rencontrées à 20 ans.
On était des jeunes artistes, homo, dans la même ville,
alors oui, on a vécu ensemble.
-C'était il y a longtemps. C'est du passé, on est amies.
-Pourquoi avoir caché les appels ? -Ca m'est pas venu à l'esprit.
-J'y ai même pas pensé.
-Charlie avait besoin de vous hier soir ?
-Non, enfin si. Elle m'a dit la même chose qu'à vous,
elles s'étaient disputées. -Vous n'avez pas bougé ?
-Non.
-Vous n'aimiez pas beaucoup Ariane, elle avait pris votre place.
-Pourquoi vous dites ça ?
-C'est un mobile.
-C'est n'importe quoi, c'est moi qui ai appelé Sonia.
Je lui ai demandé
de convaincre Ariane de se réconcilier avec moi.
Elle a été à son bureau, mais Ariane était déjà partie.
C'est pas ce qui s'est passé ?
-En tout cas, c'est pas la version de M. Breton.
-Quand je suis arrivée en bas de l'immeuble, je l'ai vue.
Elle a rejoint son ex.
-Continuez. -Ils ont parlé un moment.
Elle essayait de partir, mais il se mettait toujours en travers.
Elle s'est mise à pleurer.
Il l'a prise dans ses bras et elle s'est laissé faire.
Ils se sont éloignés ensemble et je suis partie.
-Elle le revoyait ?
Pourquoi elle m'a rien dit ?
-Et votre second coup de fil de 23h54 ?
-Pour savoir si Sonia avait eu des nouvelles.
-J'ai pas répondu, j'avais pas le courage de lui mentir.
Je voulais pas lui faire de la peine.
J'aimais beaucoup Ariane.
Quand elle est arrivée
dans la vie de Charlie,
on a cru qu'il s'agissait d'une passade,
d'une hétéro, malheureuse en couple, qui cherchait le frisson,
et puis non.
On s'est rendu compte qu'il s'agissait d'une histoire d'amour.
Tout le monde adorait Ariane.
-Presque tout le monde.
Si je résume, tout son entourage proche a un alibi.
-Et Malika ?
-Elle travaille dans un bar de nuit, ça ferme à 4h du matin
et Sentier a vérifié. -On aura quand les bornages ?
-Dans quelques jours, comme d'habitude.
-Eliminons l'entourage.
-J'ai regardé dans les statistiques du Palais.
76 % des agressions homophobes concernent les hommes.
Pour les femmes,
ce sont des agressions verbales. -Elle aurait pas eu
de chance. -Je crois pas en cette théorie.
Elle n'avait rien d'un symbole de la communauté gay.
-On reprendra tout ça à zéro cet après-midi, là j'ai pas le temps.
-Constance ?
Oui, je comprends.
Je comprends tout à fait.
C'est la médico-légale, ils disent que c'est urgent.
T'as le temps de déjeuner ? -Non.
Allô ?
M. le juge ! -Quoi ? Je suis en retard.
-Ariane, elle était enceinte.
-Elle est morte à cause de ça ?
-Pour info, vous faites autre chose de vos journées que discuter ?
-On a eu de nouveaux éléments.
-Notre victime était enceinte.
-Je croyais qu'elle était... -Homosexuelle ?
L'un n'empêche pas l'autre.
-Non, par pitié. Me refaites pas les slogans du mariage pour tous.
Je suis pas homophobe. -Je dis pas le contraire.
-Bien ! Enceinte de qui ?
-C'est pas son ex-mari mais c'était le seul homme de son entourage.
-Dites que je vous fatigue !
-J'ai un déjeuner, je suis en retard.
J'arrive. Donc, on réexamine...
Je vous présente Mme Delcourt, ma mère.
-Ah oui ? Ah oui !
Eh ben oui !
C'est bien, c'est bien.
-Bonjour, Vladimir. -Vladimir ? Vous vous connaissez ?
-Oui. Oui, bien sûr !
On s'est croisés,
l'autre jour pendant la cérémonie. -Oui, on se connaît.
On a fait une partie de nos études ensemble.
-Quoi ?
-Oui. Hein ?
A l'époque.
C'était une époque bénie.
S'il en est !
-Certainement, oui.
On y va ?
-A bientôt, Anna !
Et merde...
-Pardon ?
-Non, rien.
On va pas passer la journée à commenter.
-J'ai rien dit.
-Vous faites comme si de rien n'était mais toujours là quand
il faut. C'est une qualité.
-Je vois pas de quoi vous voulez parler.
-Et vous ?
Vous en aviez parlé à Boris ?
-Parlé de quoi ?
-Vous m'avez vu au restaurant avec sa mère.
-J'ai rien dit du tout.
-En plus, on peut vous faire confiance.
-Eh oui !
-Mais je t'assure, j'avais pas fait le rapprochement.
On avait 20 ans ! -C'est pas n'importe qui !
C'est le procureur.
J'ai pas envie que des événements perturbent ma relation avec lui.
-Je suis ta mère, pas un événement. -Pourquoi il faut que ça m'arrive ?
-C'est ridicule.
Arrête un peu ta paranoïa ! Ca change quoi ?
-Tant qu'il t'invite pas à boire un verre, rien !
-Elle était enceinte.
-Vous êtes sûre ?
-On a eu le rapport d'autopsie.
Vous n'étiez pas au courant ? -Non.
Ca a marché ?
-Comment ça ? Vous vouliez avoir un enfant ensemble ?
-On avait fait une FIV.
C'était la 4e qu'on tentait.
-C'est interdit en France. Vous avez fait comment ?
-On est allées en Belgique.
Les trois 1res fois, j'étais là.
Ca a marché quand elle y était seule.
-Pourquoi vous n'en avez pas parlé ?
-Vous pensez que j'ai eu le temps de réaliser ?
-Qui était censé être le père ? -Un donneur anonyme.
On avait fait appel à une banque du sperme.
-Quelqu'un était au courant ? -Personne.
On avait décidé d'en parler à personne.
Ariane tenait absolument à avoir un enfant.
J'ai fini par dire oui, à la condition qu'il soit anonyme.
On voulait pas
d'une 3e personne dans la vie de notre enfant.
C'est égoïste mais bon.
-Elle supportait bien les FIV ?
-C'était une vraie torture. Elle souffrait beaucoup.
Mais elle voulait qu'on soit une famille.
J'ai tout perdu, aujourd'hui.
-Les enfants ?
Magnifique !
Vous avez eu maman pour savoir quand elle rentre ?
-Non, je l'ai pas eue ! -Moi non plus !
-Merci de votre aide.
Une voiture arrive.
Petite mine !
Dure journée ?
Vin blanc !
Tu te souviens ce qu'on s'était dit ?
Qu'en arrivant ici, tu laisses tes problèmes dans la boîte à gants.
-Elle est pleine, la boîte à gants. -2007.
Bon ! On mange, et exceptionnellement,
tu me racontes, ce que j'ai le droit d'entendre.
Elle est pas belle la vie, là ?
Regarde, t'as un mari merveilleux, une maison magnifique,
des tables dans toutes les pièces, une cheminée,
des enfants extraordinaires.
Tu fais le métier que tu rêvais de faire.
-Bonsoir, Mme Meyer.
-Et le petit dernier qui est tombé du ciel, il est pas bien ?
-Ca tombe pas toujours du ciel, les enfants.
-On peut le compter comme part supplémentaire pour les impôts ?
Je pense qu'on peut avoir un bon pourcif.
Avec son nez d'oiseau. Bois !
-T'es bête.
-Bon ! Qui ne mange pas mon risotto est décapité.
Rires.
...
-T'as jamais su skier. -Si !
-T'es nulle ! -Arrête !
-Tu la verrais avec sa combinaison, on dirait un boudin.
C'est pour ça que je l'appelle boudin.
-Par rapport à ce qu'on disait,
il est peut-être gay, ton juge. -Pourquoi ?
-Comme ça, pourquoi pas ? -Il est pas homo, pas du tout.
-Tu me dis qu'il prend l'affaire du meurtre homosexuel à coeur,
il est toujours avec sa mère. Excuse-moi du raccourci,
mais on peut se demander
s'il est homo ou pas. -Qui ça ?
-Personne. -Le juge de maman.
-Je l'ai vu, il est bien. Tu le regardes avec les yeux de l'amour.
-Mais n'importe quoi ! -Oh !
-Pourquoi tu dis ça à ton père ?
-Tu rougis ou je rêve ? -N'importe quoi !
-Quand tu répètes "n'importe quoi", il y a un problème.
-N'importe quoi ! -Tu vois ? Reste là.
Que faisais-tu ce matin au Palais ?
-J'avais du temps, j'ai fait un bisou à maman.
-Me prends pas pour un con ! Combien il t'a taxé ?
-Il veut prendre une coloc avec ses copains.
-Je voulais t'en parler mais j'ai pas le temps.
-OK, et avec quel argent ?
-Tu mets le doigt sur un sujet sensible.
Je te rappelle que ma soeur et Bill Gates
en slip vivent ici aux frais
de la princesse et moi, je suis à la Cité U.
-Ils sont à côté. -Je m'en fous !
Les parents de mes potes, eux au moins, ils les soutiennent.
-"Bill Gates en slip", j'adore.
-Oh, ça va ! -Qu'est-ce que t'en penses ?
-Déjà quand il est parti en Cité U, j'ai cru mourir,
alors imagine en coloc. -Je te parle du loyer.
-S'il revient ici, on n'aura plus de loyer à payer.
-Tu peux répéter ?
-A nous !
-Pour la peine, je débarrasse.
-Vous êtes tombée du lit ? -Je vous attendais.
-Que se passe-t-il ? -Je pensais à un truc.
Cette histoire de FIV, c'est bizarre qu'elle y soit allée seule,
c'est quand même lourd comme protocole, non ?
Téléphone.
-C'est votre mari qui s'inquiète de savoir si vous êtes bien arrivée.
-Non, c'est la Belgique. Oui ?
Vous avez eu mon message ?
Je voulais un renseignement sur une patiente.
Ariane Semiof.
Pour une FIV le 15 septembre.
C'est ça ! Elle était accompagnée, ce jour-là ?
Ah bon ?
Très bien, merci. Au revoir.
-Dites.
-Elle a pas fait la 4e FIV, elle a annulé son rendez-vous.
-Difficile de trouver le père s'il n'est pas inscrit au fichier ADN.
-Soit elle est retombée amoureuse d'un homme.
-Je les vois pas faire ça.
Elles se sont battues pour être ensemble.
-Je suis d'accord. -Admettons.
Elle demande ça comme une faveur. -Faut trouver le type qui accepte.
-Sauf si elle a choisi quelqu'un par hasard.
-J'y crois pas.
Comment garder un secret pareil ? Ou elle a demandé à un proche.
-Mais quelqu'un dont
elle aurait pas parlé à Charlie.
-Elle se confie à cet ami et lui dit
qu'elle en a marre des FIV. -Et il se propose.
-Ca fait pas de lui un meurtrier.
-Il manque quelque chose !
On doit identifier cet homme.
Cette grossesse est la clé.
-On décortique son ordinateur, les réseaux sociaux.
Même si elle a voulu cacher son existence, on va trouver un lien.
-A quoi vous pensez, Meyer ?
Qu'est-ce que vous faites ?
-On n'a pas rendez-vous avec sa mère dans l'église ?
-J'aurais préféré la voir au golf.
Les églises, ça m'angoisse.
-C'est apaisant.
-J'aime pas l'odeur d'encens.
-Vous venez pas alors ?
-Je préférerais vous attendre là. -Comme vous voulez.
-Merci.
Je peux pas.
-Pardon de m'imposer comme ça,
mais j'ai quelques questions à vous poser.
-Si je peux vous aider à trouver l'assassin de ma fille.
-Je suis désolée de vous annoncer ça comme ça mais...
votre fille était enceinte.
J'ai l'impression que ça vous surprend pas.
-Je sais qu'elle voulait un enfant plus que tout au monde.
Ils ont essayé pendant 8 ans
d'avoir un enfant avec Jérémy
et elle tombe enceinte en vivant avec une femme.
Sa grossesse a un rapport avec sa mort ?
-On pense que oui.
-Je voudrais juste l'annoncer moi-même à mon mari, d'accord ?
Ariane n'a jamais rien fait comme les autres.
Ses frères et soeurs ont tous une vie plus...
Disons plus rangée.
-Pardon de vous demander ça, mais elle vous a parlé du père ?
-Elle supportait plus les FIV.
Je sais qu'elle a repris contact avec un ami de lycée,
au moment de sa séparation d'avec Jérémy.
Il était comme elle.
-Homosexuel ?
-Non, justement, comme elle.
Bisexuel, c'est ce qu'elle m'avait expliqué.
Il la comprenait, lui.
-Elle vous a donné son nom ?
-Je sais juste qu'il s'appelle Baptiste.
Téléphone.
-Oui, Sentier. Vous l'avez ?
Baptiste Caplain. OK, d'accord.
Envoyez-moi l'adresse, on se rejoint.
Il est dans l'ordinateur d'Ariane,
ils étaient amis sur les réseaux sociaux.
...
-M. Baptiste Caplain ? -Oui !
-Capitaine Sentier, police judiciaire.
Vous connaissez cette femme ?
-Oui, je la connais très bien.
Qu'est-ce qu'il se passe ?
-On a quelques questions à vous poser.
-J'arrive pas à y croire.
-Vous êtes sans doute le dernier à l'avoir vue vivante.
-On a passé la soirée ensemble.
Elle est venue chez moi, on a discuté et elle est repartie.
-Repartie comment ?
-En voiture.
Et puis...
je suis rentré chez moi, j'avais besoin
de boire un verre.
-Continuez.
-Disons que c'est une histoire compliquée.
-Faites-nous confiance, on a l'habitude.
-Je venais d'apprendre que j'allais être père.
Ariane était enceinte
de moi.
Mais on n'était pas ensemble.
-C'était un arrangement ? -Ouais.
Elle m'avait parlé de son désir d'enfant, les difficultés
qu'elle rencontrait, ça m'avait touché.
Parce que...
Parce qu'on avait un peu le même parcours.
Moi, j'ai...
J'ai été marié aussi à une femme et puis,
j'ai divorcé aussi et puis moi non plus,
j'avais jamais eu d'enfant.
-Vous avez voulu l'aider.
-Vous n'avez rien remarqué d'étrange avant-hier soir ?
-Non, non.
Non, non.
Ariane était calme,
elle était heureuse.
Elle avait choisi sa vie et elle était enfin enceinte,
elle était pressée de l'annoncer.
-Il était quelle heure ?
-Il était 23h54, je le sais parce que j'ai sorti mon téléphone
pour éclairer les marches car l'ampoule est cassée,
devant chez moi. Je l'ai raccompagnée au portail.
On s'est serré dans les bras
et elle est partie vers sa voiture.
Elle a reçu un appel,
j'ai entendu son portable sonner,
avant qu'elle démarre.
-Vous avez le relevé du portable ? -Je suis dessus.
23h54, sûr ?
-Certain.
Pourquoi ? C'est important ?
-Ariane n'a reçu aucun appel à cette heure-là.
-23h54.
C'est pas l'heure du second appel que Charlie a donné à Sonia ?
-Absolument, je l'ai.
-Sonia la suivait ?
-Je vais demander le bornage de son téléphone.
-Je peux savoir quels détails vous avez encore besoin de vérifier ?
-Je vous en prie, asseyez-vous.
Vous savez qu'un téléphone portable
dispose d'un GPS
et qu'il émet même sans qu'on téléphone ?
Il déclenche des bornes relais, on peut retracer un itinéraire
ou localiser quelqu'un. -Et en quoi ça me concerne ?
-Quand on aura les relevés, on pourra certifier
que votre téléphone a sonné devant chez Baptiste Caplain,
le soir de la mort d'Ariane.
-Et qu'il a borné sur la scène de crime,
car vous avez suivi Ariane toute la soirée.
-Non, attendez.
J'avoue, j'ai suivi Ariane un peu plus longtemps ce soir-là.
Je l'ai vue embrasser
ce type mais c'est tout. Après, je suis rentrée.
-Je ne vous crois pas.
Je crois que vous détestiez Ariane,
car Charlie était amoureuse d'elle. Elle la rendait heureuse.
Elle a réussi là où vous avez échoué.
-Justement, pourquoi je l'aurais tuée ?
J'avais la preuve qu'elle la trompait avec un homme.
-Alors pourquoi ne pas rentrer le dire à Charlie ?
-C'était la nuit, je préférais attendre le lendemain.
-Vous ne pouviez pas attendre. Vous vouliez prendre votre revanche
sur Ariane, lui prouver que vous pouviez briser son couple
et récupérer Charlie.
-N'importe quoi !
-Quand vous l'avez menacée de tout dévoiler
à Charlie, elle vous a dit que c'était pas son amant,
mais le père de l'enfant qu'elles allaient avoir avec Charlie.
-Vous pensiez avoir gagné, mais vous avez tout perdu.
Vous n'avez pas l'air étonnée
d'apprendre qu'Ariane était enceinte.
-Comment vous l'avez su ?
-J'ai jamais voulu faire de mal à Charlie.
Même Ariane, j'ai pas voulu.
-Qu'est-ce que tu fais là, toi ?
-Charlie s'inquiétait pour toi,
pendant que t'étais avec un mec. -Tu me suivais ?
-J'ai bien fait.
-Tu me fais de la peine, Sonia.
Tu crois récupérer Charlie grâce à ça ?
-Je l'ai prévenue depuis le début que t'étais pas faite pour elle,
trop hétéro, sans doute. Tu peux pas t'empêcher de trahir.
-Tu sais qui c'est cet homme-là ?
-Laisse-moi deviner. Ton amant ? -Non, c'est pas mon amant.
C'est le père de l'enfant qu'on va avoir. Je l'ai fait pour nous.
Je suis enceinte.
-Charlie veut un enfant avec toi ?
-Oui, elle veut un enfant.
Tu m'as jamais aimée et t'aimes toujours Charlie.
Elle le sait aussi. -Tais-toi.
-Non, et tu vas enfin disparaître de sa vie ! T'es allée trop loin.
-Tais-toi !
...
J'aimerais qu'elle ait jamais existé.
...
-Ca vous dérange si je vous dépose en ville ?
-Si vous êtes pressée, j'y vais à pied.
-Je conduirai doucement.
Je dois aller visiter une boutique à racheter.
-Votre mari est commerçant ? -Non, il veut changer de vie.
-C'est une maladie
dans votre famille ? -On est optimistes !
Ca, c'est bien pour un appart, pas pour un magasin.
C'est pas confortable !
-Et puis, ça c'est horrible.
-Tout le monde a donné son avis ?
Moi, ma décision, le bureau, je le mets
ici, bureau de dégustation en bois.
Il faut à la fois
être moderne et ancré dans des valeurs de terroir
pour respecter la spécificité du produit.
-Ca te ressemble, en fait. -Vous apprenez vite.
-Oui ! J'apprends vite parce que c'est mon pognon.
-T'auras besoin de vendeurs. -Non.
-Ce serait super pour Antoine. -Non,
c'est pour des potes. -J'ai pas besoin
de vendeurs. Si tu veux nous aider sur le chantier, c'est OK.
Mais c'est pas payé.
-Je peux pas, payé ou pas. Je dois être dispo pour réviser.
-Je veux t'aider. C'est super que tu te lances dans ton projet.
-On est tous fiers de toi !
-A nos nouvelles vies !
-Envoyez les verres, ça va péter ! -Tiens !
-Ecoute ça !
-Ouais !
-Vladimir Quiring est exactement comme aujourd'hui :
doux, rêveur, patient. Je l'aimais beaucoup, à l'époque.
-Il y a un virus qui l'a muté ! -Non, arrête !
Vous vous entendez bien, c'est ce qu'il m'a dit,
et que tu avais beaucoup de talent aussi.
-Mon père l'a connu ?
-Non, j'ai connu ton père après.
-Ca te gêne qu'on parle de tout ça ?
-Non, pas du tout. Je suis juste un peu fatiguée.
-Je te ramène à ton hôtel ? -Non, je préfère rentrer à pied.
-Bonsoir. -Bonne nuit, mon chéri.
-Je t'appelle ! -Oui !
...
Sous-titrage MFP.
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