All language subtitles for Mao.le.dernier.empereur.S01E01.Au.nom.de.la.revolution.1949-1976

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Original subtitles

...

- Longtemps, il a été considéré comme un génie politique.

- Mensonges.

Tu nous as toujours trompés.

- On l'estime responsable

de la mort de plus de 60 millions de personnes.

- C'était vraiment de la barbarie.

- C'est l'un des plus grands criminels du 20e siècle.

- J'y ai participé. Ca s'est passé comme ça.

- Ce que les gens ont pu souffrir n'est pas racontable.

- Avec les victimes

et les acteurs du drame, voici comment Mao a profité

de l'utopie communiste pour imposer sa dictature.

Jusqu'à sa mort, il y a 50 ans.

...

L'année 1949.

A l'issue d'une épopée qui a duré plus de 20 ans,

Mao est le maître incontesté de 500 millions de Chinois.

Il dirige le Parti communiste, principal organe de décision

du nouveau régime. Il est aussi président de la République.

Muni de tous les pouvoirs,

l'empereur rouge va lancer sa révolution.

Il l'a promis : égalité pour tous.

Comme des dizaines de monarques au cours des siècles,

il n'a pas hésité à s'installer près de la Cité interdite,

dans une résidence impériale du centre de Pékin,

à Zhongnanhai, un parc résidentiel ultrasécurisé de 70 hectares,

où les palais ont les pieds dans l'eau.

Aucune image.

L'actuel président chinois continue d'y résider

avec l'élite communiste.

Jusqu'aux révélations de son médecin dans les années 2000,

la vie privée de Mao restera méconnue.

Quelques photos de famille nous sont restées,

avec sa fille Li Na, née à Yan'an en 1940,

ou son fils Mao Anying.

Bientôt, il mourra dans les combats de la guerre de Corée.

Le dictateur a conservé sa simplicité, dit-on.

Il aime nager,

comme ici, au bord de la mer, près de Pékin.

L'une de ses photos les plus célèbres.

Un personnage énigmatique,

au comportement imprévisible,

qui diffère de l'image sereine montrée par le régime.

Souvent neurasthénique,

il passe ses journées sur une chaise longue,

ne se brosse jamais les dents, ne prend pas de douche,

se lave en se faisant frotter avec des serviettes chaudes,

porte des peignoirs et refuse tous les médicaments.

Près de 50 résidences vont être aménagées pour lui

dans toute la Chine, à la demande des responsables locaux

du Parti qui veulent l'attirer dans leur région.

Comme celle de Lushan,

dans une station balnéaire de montagne.

Dans sa chambre, un immense lit,

qu'il interdit à sa quatrième épouse,

mais où il dépose des piles de livres pour ses insomnies.

Comme les anciens empereurs, il y convie des jeunes femmes,

des sortes de concubines recrutées dans les chorales de l'armée.

Nous avons retrouvé l'une d'elles, elle a raconté son histoire,

mais a refusé de témoigner devant la caméra. "Beaucoup trop risqué."

Sur sa vie privée, seuls les exilés osent encore s'exprimer.

- Mao se prenait tellement pour un empereur !

Tout le monde lui appartenait,

y compris ces femmes de la chorale de l'armée.

Il prenait qui il voulait.

J'ai vu Mao Zedong

danser cette danse de salon, la valse.

Mao dansait comme un bulldozer.

Il poussait sa partenaire.

Il faisait "paf, paf", en tapant dans son dos.

Il avançait comme ça.

C'était comme ça, Mao.

Quand il dansait, il avait l'air dans son monde.

Il n'interagissait pas avec sa partenaire,

il tournait dans la salle.

- Dans son monde, un peu ailleurs,

parcouru de hautes pensées, dit-on.

En réalité, toujours sur ses gardes.

Quand il prend l'avion,

les autres avions doivent rester au sol.

Et s'il utilise son train blindé, la Chine plonge dans le chaos

car aucun autre train ne doit se trouver

à proximité.

- Le Parti communiste prônait l'idéologie égalitaire,

on est tous égaux,

on est des frères, mais en fait,

il y avait une hiérarchie très nette et rigide.

A l'époque, Mao mangeait un poulet par jour.

Tout le monde ne pouvait pas se le permettre.

- Au même moment, l'horreur de la réforme agraire.

Une classe sociale est en train d'en remplacer une autre.

Alors que l'élite communiste prend possession des richesses,

la chasse aux propriétaires d'anciens régimes reprend.

Tous les notables qui n'ont pas été éliminés pendant la guerre civile

doivent maintenant disparaître officiellement.

Environ 2 millions de propriétaires vont être exécutés

en quelques années.

- J'ai vu 4 ou 5 personnes dehors. J'ignore ce qu'ils avaient fait.

Ils étaient debout dans la neige, avec une brique pendue au cou.

Je regardais cela.

J'avais peur, et ma mère m'a tiré vers elle en me disant :

"Ne regarde pas. Ne regarde pas."

Tout près de l'école, il y avait une rivière.

Et ils les butaient là.

- Pour rendre sa réforme irréversible,

Mao fait brûler en public

les anciens titres de propriété agricole.

Les champs sont maintenant redécoupés et redistribués.

Sous contrôle du Parti,

les paysans saisissent le matériel des propriétaires

ainsi que leurs maisons.

- Trois arpents de terre, une maison avec deux pièces,

une femme, des enfants, une cuisine.

En fait, c'est tout ce que voulaient les paysans.

- Au début de son règne,

Mao vit en état de grâce.

Selon le Parti,

300 millions de Chinois, qui ne possédaient rien ou presque,

ont reçu 47 millions d'hectares.

Comment imaginer que le Parti allait collectiviser ces terres ?

Mao modernise la société.

Il interdit les mariages forcés, comme celui auquel il avait échappé

dans sa jeunesse,

et instaure l'égalité entre les femmes et les hommes.

"Vous, les femmes, êtes la moitié du ciel", dit-il.

- Dans les années 50,

rares sont ceux qui réalisent qu'une dictature se met en place,

et qu'elle va bientôt se retourner contre eux.

- Lavage de cerveau,

propagande, culte de la personnalité.

Le régime de Mao est un cas d'école de l'apparition du totalitarisme

dans les sociétés modernes.

- Quand on était petits, on le vénérait comme un dieu.

On ne sentait pas encore la peur. C'est venu beaucoup plus tard.

Chant.

...

- La première chose qu'on faisait au lever,

ce n'était pas de se brosser les dents ni de se laver le visage,

mais de se mettre devant le portrait de Mao,

de s'incliner à 90 degrés en disant :

"Président Mao, notre grand leader. Longue vie au président Mao".

Il fallait dire tout ça trois fois. C'était le rite du matin.

Chant.

...

- On nous bourrait le crâne.

Nous étions les héritiers de la révolution.

A l'époque, j'y croyais à fond.

Je peux même dire que le slogan "Bien étudier tous les jours

"pour être un bon élève de Mao" était mon objectif personnel.

- A ces enfants fanatisés, Mao demandera bientôt

d'enflammer le pays sans se poser de questions.

Chant.

- Pour l'instant, chacun est appelé à soutenir le grand leader,

et à confesser publiquement ses fautes.

On l'appelle

"la réforme de la pensée". C'est un programme officiel

dont personne ne soupçonne encore la perversité idéologique.

Pour construire la Chine de demain,

chacun doit se défaire de ses opinions personnelles,

de ses pensées intimes, de ses croyances,

de ses goûts artistiques, pour coller à ceux du Parti,

c'est-à-dire ceux de Mao.

Ceux qui refusent sont écartés et envoyés en camp de travail.

C'est le laogai, l'équivalent du goulag en URSS.

Il a été créé

au milieu des années 40,

avant même l'arrivée de Mao au pouvoir.

8 millions de prisonniers politiques en permanence.

Dans les terres vierges, les mines insalubres,

sous les brimades et les insultes,

les ennemis de la révolution doivent y effectuer

des tâches épuisantes, s'y faire oublier

et souvent y mourir d'épuisement.

Paradoxalement, ces ennemis, comme tous les dictateurs,

Mao en a secrètement besoin.

- Les ennemis sont indispensables à la dictature.

S'il n'y a pas d'ennemis, si la société est apaisée,

le cours de la vie peut redevenir normal.

Or, la normalité, en tout cas dans mon esprit,

mène tôt ou tard à la démocratie,

car qui a envie de vivre dans une dictature totalitaire ?

- Nous sommes au milieu des années 50.

Avec la redistribution des terres,

Mao a accompli l'essentiel de sa révolution.

Les riches ont disparu de Chine.

Pour le dictateur, une question se pose :

"Comment, sans nouveaux ennemis, se maintenir

"à la tête de l'Etat ?"

Dans le jargon maoïste,

on appelle cela "une campagne idéologique".

- Au cours de ces campagnes, on désigne des quotas.

Dans chaque unité de travail,

il faut un certain nombre d'arrestations et de condamnations.

Cette campagne idéologique va durer 2-3 mois.

Il s'agit de mobiliser les masses, de les rendre hystériques,

violentes, de désigner des cibles.

Mais au bout d'un certain temps, la société s'essouffle.

A ce moment-là, on lâche un peu la vapeur,

le pays retrouve un peu de calme, se remet à travailler,

nourrit la population, etc. Mais, dès qu'on a bien mangé,

bien travaillé, on commence à penser.

Ca, c'est pas bien, donc on lance une campagne idéologique.

Et cette autre campagne idéologique hystérise la population, etc.

- En 1958, un nouvel ennemi est désigné à la foule :

le moineau.

Cela peut faire sourire, mais comme les rats

et les moustiques, il détruit les cultures.

Pour les occuper,

Mao demande aux Chinois de les empêcher de se poser

et de les faire mourir d'épuisement.

- Les adultes disaient qu'il fallait faire du bruit

avec des casseroles et des couvercles.

Certains n'allaient plus travailler pour tuer des moineaux.

On ne les laissait pas se poser.

Pour qu'ils quittent les arbres, on utilisait des bambous.

S'ils se posaient sur les toits, on les chassait avec du bruit.

- Un désastre,

car les moineaux disparaissant de Chine,

les chenilles prolifèrent et elles déciment

encore davantage les cultures.

En urgence, Mao doit faire importer 200 000 moineaux d'Indonésie,

sans que personne ne songe à lui en faire le reproche.

- A partir du moment où Mao avait donné la terre aux gens,

il suffisait qu'il lève le petit doigt

pour que tout le monde suive ses ordres.

- Et les campagnes continuent.

La même année,

Mao demande aux habitants de livrer leurs objets en fer

pour les fondre dans des fours de village.

Nouveau fiasco, car l'acier obtenu est de mauvaise qualité,

inutilisable

par l'industrie.

Aucune importance.

Malgré l'appauvrissement des Chinois et bientôt la mort

de millions d'entre eux, Mao ne s'arrête plus.

Pour industrialiser le pays

et rattraper les économies occidentales en 15 ans,

il lance, toujours la même année, le Grand Bond en avant,

et les Chinois, envoûtés, continuent de lui obéir.

Partout fleurissent de grands chantiers

dont le but n'est pas qu'industriel.

Ce que veut Mao, c'est la bombe atomique.

"Pour se protéger des pays capitalistes

"qui souhaitent la fin du communisme."

Il compte en acquérir la technologie chez Staline,

grâce aux récoltes

de céréales qu'il exporte en masse vers l'URSS.

Pour aller plus vite et augmenter ses exportations,

il a fixé aux villages des objectifs de production élevés.

Ils sont ensuite revus à la hausse par les dirigeants locaux

qui cherchent à faire mieux

que les communes voisines pour se faire bien voir.

Conséquence,

dans chaque village, les paysans doivent tricher sur leur rendement.

- Nous, les élèves,

on a enterré beaucoup de plants de patates douces dans un lopin.

Quand les dirigeants sont arrivés,

on a retiré la terre et on leur a dit :

"Regardez cette récolte, toutes ces patates douces !"

C'était un énorme mensonge.

Tout le monde le savait, mais on devait mentir.

- Le mensonge, un cercle vicieux

aux conséquences dévastatrices.

Quand arrivent les réquisitions fondées sur des chiffres faux

imposés par les milices du Parti, les paysans se retrouvent à devoir

livrer plus que ce qu'ils n'ont produit.

Il ne leur reste plus rien

pour se nourrir, ni pour semer l'année suivante,

et ils meurent en masse.

Aucune image de la plus grande famine du 20e siècle.

Celles-ci datent de la guerre civile,

dix ans plus tôt.

De 1959 à 1962, entre 30 et 40 millions de Chinois

meurent de faim.

Comme le grand-père de cette femme.

- Comment un petit vieux comme lui aurait-il pu tenir ?

Il a tout livré.

Deux ou trois jours après, il est mort de faim.

J'ai demandé à ma grand-mère : "Qu'est-ce qui lui est arrivé ?"

Elle m'a dit : "Ma puce, tu n'as pas compris ?

"Ca fait trois jours qu'il n'y a plus rien à manger."

On avait tout livré aux brigades

de production. Il fallait livrer le volume qu'on nous fixait,

qu'on l'ait ou pas. On nous a dit que c'était

pour rembourser en grains l'Union soviétique.

- Un scandale majeur, totalement censuré

par le régime.

En 1959, au début de la famine,

Mao retourne dans son village natal.

Les caméras de propagande filment la joie des habitants,

qui ne l'ont pas vu depuis 37 ans.

En réalité, Mao ne recueille que des reproches.

- Leurs paroles étaient simples mais justes.

Ils disaient : "Chaque être humain a une bouche.

"Elle doit d'abord être nourrie, et ensuite pouvoir parler.

"Mao et le Parti communiste ne nous laissent pas manger

"à notre faim et nous interdisent de dire ce qu'on pense."

- Pour Mao,

la fin d'un état de grâce qui aura duré 10 ans.

Depuis toujours, il compte sur les paysans pour le soutenir,

et voilà qu'il leur fait la guerre.

Jusqu'ici,

pour les Chinois, la fierté nationale l'a emporté

sur les reproches.

Dès sa prise de pouvoir, à Moscou, en 1949,

l'ancien petit chef de guerre a su parler d'égal à égal

avec Staline, l'un des vainqueurs

de la Seconde Guerre mondiale.

"Avec Mao, pense-t-il,

"la Chine est en train de redevenir une puissance mondiale."

En 1950, il l'a brillamment illustré en Corée,

quand les communistes du Nord ont envahi le sud du pays.

Une offensive vite repoussée par une coalition occidentale

dirigée par les Etats-Unis.

Pour aider les communistes coréens,

Mao n'a pas hésité à envoyer 3 millions de soldats au combat.

Une gigantesque armée,

constituée de soi-disant volontaires.

Sans même déclarer la guerre, le corps expéditionnaire chinois,

équipé par Staline, a réussi à contrer les Occidentaux

et à leur imposer un armistice.

Mao, le rempart du communisme contre les ennemis du peuple.

En 1959, alors que la famine commence

à ravager les campagnes, Mao reçoit triomphalement Khrouchtchev,

le successeur de Staline, en compagnie

du président du Viêt Nam, Hô Chi Minh, qu'il a aidé

dans sa guerre d'indépendance

contre la France.

Et bientôt,

Mao fera exploser la première bombe nucléaire chinoise.

Un sans-faute

diplomatique.

Pourtant, cette fois,

le Parti communiste est en plein doute.

Beaucoup savent que la famine décime les paysans.

Mais qui le lui dira ?

Pas Liu Shaoqi, son plus proche adjoint,

ni le Premier ministre Zhou Enlai,

qui ne le critiquera jamais.

Depuis 30 ans

qu'ils l'accompagnent, ils savent ce qu'il en coûte.

C'est un autre grand personnage, le maréchal Peng Dehuai,

ministre de la Défense et ancien chef des volontaires de Corée,

qui va tenter d'arrêter Mao.

Fils de paysans comme lui, mais humaniste,

il revient de la campagne,

et la détresse des habitants l'a bouleversé.

L'occasion pour lui se présente à Lushan,

où Mao a réuni une centaine de dirigeants.

Pour la première fois depuis 1949,

le régime va trembler sur ses bases.

Seul face à l'assemblée, Peng dénonce les excès

du Grand Bond en avant.

"Tout le monde est responsable des erreurs, dit-il,

"y compris le camarade Mao Zedong."

Jamais Mao n'avait subi un tel affront.

Dans une rage froide, il retourne l'accusation.

"Tu es un opportuniste de droite",

dit-il à Peng.

Puis, il menace le Parti.

"Si vous ne me soutenez pas, je repartirai dans les montagnes,

"je créerai une nouvelle armée et je reprendrai le pouvoir

"par la force."

Tétanisée, l'assemblée renonce à toute critique.

Peng Dehuai a perdu.

Malgré son immense prestige, le maréchal est destitué par Mao.

Il sera bientôt placé

en résidence surveillée à la campagne

et finira sa vie en prison.

Conséquence, la famine va se poursuivre pendant trois ans.

Au nom du communisme, les paysans vivent maintenant dans des communes

populaires où ils prennent leur repas

dans d'immenses réfectoires

et dorment dans des dortoirs, les hommes séparés des femmes.

Des paysans interdits d'aller chercher de la nourriture ailleurs,

bloqués dans leurs villages.

Leurs terres ont été confisquées par le Parti.

On leur a même retiré leurs lopins de terre privatifs

qui leur permettaient de survivre.

Il faut attendre 1962

pour que les attaques contre Mao reprennent.

Cette fois,

c'est Liu Shaoqi qui se rend à la campagne.

Il est devenu président de la Chine, Mao se réservant

la présidence du Parti.

Liu entend le désespoir.

Il demande pardon pour les millions de morts.

A son tour, il décide de contrer Mao.

L'affrontement a lieu au grand jour devant 7 000 délégués

venus de toute la Chine.

"Non seulement il n'y a pas de Grand Bond en avant,

"affirme Liu, mais on recule

"d'un pas en arrière."

Une attaque frontale, cette fois applaudie par la salle.

A la tribune,

pour la première fois de sa vie, Mao encaisse.

Devant la pression,

il n'a plus le choix et l'inimaginable se produit.

Il doit faire son autocritique et mettre un terme

au Grand Bond en avant.

"J'te raterai pas", lance-t-il à Liu à la fin de la conférence.

Et il se retire à la campagne.

A 69 ans, il pourrait définitivement passer la main,

mais chez Mao, la retraite est toujours une feinte.

La suite tient en un mot :

vengeance,

contre Liu, et contre le Parti.

Pour revenir au premier plan,

Mao lance une nouvelle campagne idéologique

bien plus radicale que les précédentes.

La Révolution culturelle,

un bouleversement majeur

qui va électriser la Chine comme jamais auparavant.

Officiellement, Mao veut revenir à la pureté du communisme,

comme à Yan'an dans les années 30.

Une vie simple,

égalitaire.

Ne pas s'embourgeoiser.

Lutter contre le capitalisme.

"Trop de cadres du Parti ont oublié

"l'idéal révolutionnaire de leur jeunesse

"et privilégié leur carrière."

Pour renouer avec le marxisme,

ils vont devoir se remettre au service du peuple.

Une révolution de la base jusqu'au sommet,

dans laquelle les masses se libéreront de la bureaucratie

et des comportements bourgeois.

Ca, c'est la théorie.

- C'est quoi la Révolution culturelle ?

Un spectacle mis en scène par un menteur,

interprété par des fous, et vu par des cons.

Le metteur en scène, c'était Mao, un menteur,

les comédiens, le groupe restreint de la Révolution culturelle.

Jiang Qing, les Gardes rouges, tous des cinglés.

Et nous, les spectateurs, ceux qui y ont assisté,

on était les cons.

- Jiang Qing, c'est la quatrième femme de Mao,

celle qu'il a épousée à Yan'an et qu'il néglige depuis des années.

Avec elle,

avec son Premier ministre, Zhou Enlai,

avec Lin Biao aussi, le général qui avait affamé Changchun,

Mao va former un gang politique à la tête de la Chine

pour épurer le Parti.

Il compte sur la jeunesse,

qu'il endoctrine depuis les années 50,

pour le suivre aveuglément.

Ces adolescents

et ces adultes fanatisés se font appeler Gardes rouges.

Ils brandissent les textes de Mao, réunis dans le "Petit Livre rouge".

C'est leur bible.

- "Longue vie au président Mao ! Vie éternelle !"

On agitait les bras comme ça, on était hypnotisés.

A force de faire ce geste, on entrait en hypnose.

- On les reconnaît à leur brassard.

Dans toute la Chine,

ils vont se lancer à la poursuite des responsables du Parti,

des notables, des intellectuels, de leurs professeurs,

de tous ceux qui,

leur dit-on, leur inculquent

des idées bourgeoises.

- Cette haine ne venait pas de nous,

mais des enseignements du Parti.

Nous devions haïr les ennemis de classe,

sinon ils viendraient nous tuer.

- Ultraviolents, manipulés par Mao pour pourchasser

tous ceux qui pourraient le critiquer,

des jeunes, jusqu'ici aimables, se ruent en groupe sur les cibles

que la police leur désigne.

A coups de bâtons et de boucles de ceinturons,

et bientôt d'armes à feu,

ils vont humilier et torturer

les ennemis présumés du régime.

- J'étais très actif.

J'ai emmené une bande d'enfants saccager les maisons.

Nous avons même cassé l'aquarium de poissons rouges

du comité de quartier. Elever des poissons rouges

était pour nous un comportement bourgeois.

Il fallait éliminer cela.

- Dans notre quartier,

il y avait cette dame qui aurait pu être ma grand-mère.

Sa famille était capitaliste, c'est-à-dire riche.

Les Gardes rouges ont accroché la vieille dame en hauteur.

Ils lui ont attaché les mains et ils l'ont suspendue.

J'ai demandé aux grandes soeurs : "Pourquoi elle est là ?"

J'ai reçu une baffe.

- Nous, les enfants, on regardait la scène

en applaudissant.

Quelqu'un a été tiré à l'extérieur d'un camion.

Sa tête a cogné le sol et quasiment explosé.

- Un massacre au grand jour, officiel, encouragé

par le comité de la Révolution culturelle.

Sur les murs des villes,

chacun doit dénoncer les traîtres au régime,

et ceux qui ne le font pas sont complices.

- Une des phrases de la Révolution culturelle,

la pire, c'est : "Critiquer de face et dénoncer dans le dos."

C'est le pire côté de l'humanité, le plus détestable.

Mao l'a théorisé et présenté comme quelque chose de normal.

- Si tu vois les autres le faire et que tu ne le fais pas,

tu te sens lâche.

C'est comme les enfants dans le nazisme sous Hitler.

- Pas un établissement scolaire n'échappe aux atrocités.

- Par exemple, cette prof que j'ai frappée.

C'est une religieuse bouddhiste.

Elle est contre-révolutionnaire, une réactionnaire, une féodale.

On l'a immobilisée en lui prenant les bras et on l'a critiquée.

J'ai pris une poignée de sable et je l'ai lancée sur son visage.

- Leur supplice favori,

la position de l'avion à réaction, comme ils l'appellent.

Mains derrière le dos, tête baissée devant la foule,

puis relevée devant les photographes.

Voici parmi eux le maire de Pékin.

L'humiliation doit être publique.

Dans les stades chauffés à blanc, le Premier ministre, Zhou Enlai,

et la femme de Mao, Jiang Qing, entraînent la jeunesse

dans un tourbillon de sang et de peur.

- Il y avait une professeure dans notre école,

on la critiquait pour mener un mode de vie bourgeois.

Par exemple, pour avoir de faux cils.

On savait même pas, en fait, que ça existait, les faux cils.

On a failli lui crever les yeux.

Elle s'est suicidée en avalant des somnifères.

- Dans mes souvenirs, les gens qui se suicidaient, c'était banal.

Untel s'est suicidé par culpabilité.

Le suicide aussi était un crime.

- Une Chine à la dérive,

c'est ce que veut Mao pour reprendre la main.

A ce moment-là, il se trouve à Wuhan,

dans l'une de ses villas.

A 72 ans, pour démontrer sa combativité,

il se fait filmer

en nageant dans le fleuve Yangzi Jiang.

Des images symboliques,

diffusées dans toute la Chine. Elles annoncent son prochain retour

au premier plan.

En attendant, de loin,

il continue de souffler sur les braises.

Son nouveau mot d'ordre : "Feu sur le quartier général du Parti."

- En 1966,

Mao réapparaît plusieurs fois place Tian'anmen,

avant de repartir.

Il porte maintenant le brassard des Gardes rouges,

pour les encourager,

comme ses complices Zhou Enlai, le Premier ministre, et Lin Biao,

qui a remplacé Peng Dehuai

et que Mao a désigné comme successeur.

- Son pari est en passe d'être gagné.

Dans la tribune, ce jour-là,

un grand absent,

le président de la République, Liu Shaoqi,

qui avait attaqué Mao devant le Parti.

Liu est assigné à résidence

dans sa propre maison, non loin de là, à Zhongnanhai,

où il est harcelé jour et nuit par haut-parleurs.

- Il vit un calvaire.

Au printemps 1967, on le fait sortir de sa maison,

et Mao fait filmer la scène pour la visionner chez lui.

Contraint de s'autocritiquer,

frappé, piétiné, Liu est enfermé.

Il mourra sans soins,

deux ans plus tard, abandonné de tous.

Quant à Peng Dehuai,

qui avait dénoncé à Lushan le Grand Bond en avant,

il subit à Pékin

le parcours réservé aux traîtres.

Des centaines d'interrogatoires,

des accusations d'espionnage au profit de l'URSS.

Humilié, frappé, l'ancien ministre de la Défense a les côtes cassées.

Il mourra en 1974, après sept ans de mauvais traitements.

La vengeance de Mao est maintenant accomplie.

Logiquement, la Révolution culturelle devrait s'arrêter,

mais elle va se poursuivre.

- Tous les matins, je sifflais. Rassemblement.

Les vieux, hommes comme femmes, les sans-emploi,

je les obligeais à rester debout en apprenant les citations de Mao.

- On disait : "Va tuer des contre-révolutionnaires

"des paysans riches, et après je te donnerai du grain."

Un jour, quelqu'un est allé tuer, encore tuer, encore et encore,

mais pas assez. Il avait droit à 5 kilos,

mais on lui a retenu 500 grammes.

Celui qui gérait la nourriture lui a dit : "Va en tuer un autre

"et je te donnerai la totalité."

Il a trouvé un enfant de 9 ans et l'a tué.

Alors, Mao a-t-il donné la mort à cet enfant ?

Non, pas tout à fait.

Mais est-ce que ça découlait de sa ligne politique,

de sa pensée, de ses méthodes ? Vous voyez, ça se passait comme ça.

- L'empereur rouge s'en prend maintenant aux vestiges du passé

et les trésors artistiques disparaissent.

5 000 monuments saccagés à Pékin.

"Pour construire, dit Mao,

"il faut détruire."

En 1967, il pointe

une nouvelle cible, l'étranger.

"A bas l'impérialisme",

hurlent ses agents devant les ambassades occidentales.

Symbole de l'oppression capitaliste,

elles sont encerclées,

couvertes d'affiches, parfois incendiées.

L'ambassade soviétique aussi,

car pour Mao, la Russie,

qui cherche à sortir de la guerre froide avec l'Amérique,

trahit l'idéal communiste des origines.

- Demandez "La Cause du peuple" !

- Paradoxe. A l'étranger, justement,

la Révolution culturelle séduit,

particulièrement en France, où des intellectuels

comme Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir,

Louis Althusser, y voient une occasion

de sauver l'idéologie communiste.

Pour beaucoup,

la Chine mène une vraie révolution, une utopie qu'il faut imiter

pour en finir avec le vieux communisme stalinien à la russe.

Parmi eux, Claire Brière-Blanchet,

27 ans en 1967, aujourd'hui honteuse de son engagement,

comme la plupart

de ses amis.

La voici, en robe jaune à Pékin,

avec son ami Pierre Rigoulot et son mari Pierre Blanchet,

portant le drapeau rouge.

Pour eux, la violence de Mao est légitime.

- On a été accueillis partout,

avec des gens très gentils.

Pékin est plein de défilés de gens à vélo, avec des drapeaux.

C'est joyeux, les gens sont heureux, on a l'impression

qu'ils se libèrent. Alors on se dit

que ce qui se passe est formidable.

Ils ne veulent plus du Parti communiste ossifié, russifié.

On a affaire à une vraie révolution,

des millions de Chinois en route

pour abattre l'ancien appareil communiste.

"Feu sur le quartier général !"

On trouvait ça formidable, "feu sur le quartier général".

Des jeunes qui disent "feu sur le Parti",

c'est la révolution pop.

- Mao c'est quand même la lumière, c'est celui qui éclaire.

Brandir le "Petit Livre rouge",

c'était dire : "Avec la pensée de Mao Zedong que nous suivons,

"que nous développons,

"que nous mettons en pratique, nous allons vaincre.

"Tremblez, impérialistes,

"tremblez, bourgeois traîtres à la révolution,

"vous allez voir ce que vous allez voir !"

- On pensait qu'il y aurait de la violence,

mais que cette violence-là, on pourrait peut-être la contrôler.

- Nous avions une dureté de coeur certaine,

puisqu'il fallait ce qu'il fallait.

Pour changer la situation sociale et économique,

il fallait du sang.

La révolution, ce n'est pas un dîner de gala,

ça voulait dire aussi

qu'il y avait un certain nombre de gens qu'il fallait éliminer.

Nous ne savions pas ce qu'était le laogai.

Nous le saurons

plus tard.

Le laogai, c'est le système concentrationnaire chinois.

- Je me suis fait avoir, oui,

mais je voulais bien me faire avoir.

Je m'en suis voulu. Je m'en suis voulu

d'avoir été aussi naïve et bête.

Qu'est-ce qu'on a été bêtes !

- Et la Révolution culturelle continue.

Cette fois,

ce sont les femmes qui sont visées.

Pas de robes, pas de bijoux, pas de maquillage.

Le puritanisme envahit la Chine,

alors que Mao, au même moment, a des dizaines de concubines.

- Si tu te remaries après ton divorce,

on t'accroche une chaussure usée autour du cou.

Tu comprends ? Une chaussure usée, et on te promène partout.

Elles étaient dans un camion qui tournait dans la ville

et on leur jetait des oeufs, de la terre, tout ça.

Chacun vivait sa vie,

sans humanité.

- De 1966 à 1976,

sous la Révolution culturelle qui va durer 10 ans,

entre un et trois millions de personnes

vont mourir de morts violentes, selon les différentes estimations.

- Pour calmer l'incendie qu'il a déclenché,

Mao finit par envoyer l'armée.

En 1968,

elle reprend le contrôle des institutions

et du Parti décimé par les purges.

Devenus inutiles, 16 millions de Gardes rouges

sont éloignés des lieux de pouvoir et envoyés à la campagne.

Ils travailleront dans les champs, et certains y resteront

plusieurs années avant de pouvoir rentrer chez eux.

C'est son talent.

Toujours par la division,

Mao finit par s'imposer.

C'est peut-être ce qui aura autant fasciné ses contemporains,

même ses pires ennemis.

En 1972,

l'ampleur des crimes de Mao commence à se répandre.

C'est le moment

où le président des Etats-Unis, Richard Nixon, un conservateur,

décide de se rendre à Pékin pour rencontrer Mao.

Ayant jusqu'ici privilégié Taïwan,

l'Amérique change brusquement de politique

pour tenter de faire de Mao un allié contre l'URSS.

Une consécration pour le dictateur.

Il reçoit Nixon dans sa bibliothèque,

devant sa concubine favorite.

"Vos écrits ont changé le monde", lui dit Nixon.

Dans la foulée,

les Etats-Unis feront entrer la Chine communiste à l'ONU,

au détriment de Taïwan.

Auprès du dictateur vont désormais se bousculer

un grand nombre de dirigeants

venus du monde entier.

Ses visiteurs, pourtant, le savent,

il continue de faire le vide autour de lui.

Dès 1971,

il a rompu avec Lin Biao, son successeur officiel,

mort dans un accident d'avion alors qu'il tentait de fuir.

Mais qui imaginerait qu'il empêche son Premier ministre,

le fidèle Zhou Enlai, de se faire soigner d'un cancer,

pour avoir pris trop de place ?

Presque aveugle, mais drogué au pouvoir,

Mao jouit encore de sa capacité de nuisance.

Mais cette fois,

quelques mois après la mort de Zhou Enlai dans la souffrance

et sans sépulture, c'est son tour.

Mao disparaît

à l'âge de 82 ans.

Un pays figé dans la douleur.

- Il y avait ces gens qui pleuraient, toutes ces scènes.

Je pense que la plupart d'entre eux faisaient semblant,

par peur, pour montrer leur loyauté.

Je crois vraiment qu'à la fin de la Révolution culturelle,

au moment où Mao est mort,

il y avait peu de gens tristes, sincèrement tristes.

- Comme pour Staline à Moscou, le corps de Mao est embaumé.

Il sera placé dans un mausolée sur la place Tian'anmen.

Ses méthodes, elles,

ne seront jamais vraiment remises en cause.

- Nous, les Chinois,

pensions que sa mort allait inaugurer une nouvelle ère.

En fait, ce n'est pas ce qui s'est passé.

- C'est sa dernière mystification.

Les crimes, ce n'était pas lui.

Pour Deng Xiaoping, qui dirigera la Chine jusqu'en 1990,

Mao a eu tort

à 30 %, et raison à 70 %.

Les coupables, les voici.

La Bande des Quatre,

le nom donné à ceux qui pilotaient la Révolution culturelle,

des boucs émissaires qui vont permettre au régime

de survivre.

Parmi eux, la veuve de Mao.

Condamnée à la prison à vie, elle se suicidera dans sa cellule.

Après avoir introduit le capitalisme en Chine,

Deng Xiaoping réprimera les aspirations démocratiques

de la jeunesse.

En 1989, lors du printemps de Pékin,

il ordonnera à l'armée de charger les manifestants

sur la place Tian'anmen.

Une répression dont la plupart de ceux qui témoignent

dans ce documentaire ont été victimes.

Un demi-siècle après sa mort,

Mao continue d'être honoré

par le président de la République populaire de Chine

et tout l'appareil d'Etat.

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