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J'arrive.
Pendant des années, tous les matins,
je passais prendre mon copain René en sifflant :
"Du poil aux fesses, ma grand-mère en avait."
Et il me répondait en sifflant :
"Et chaque matin, mon grand-père lui suçait."
- Salut. - Grouille-toi.
J'arrive.
Et tous les jours, nous nous demandions :
"Qu'est-ce qu'on fait ? On y va ? Mais où ?"
Trois solutions s'offraient à nous.
La première : un poker dans la chambre de bonne de Sammy.
La seconde :
jouer au billard.
Et la troisième : aller se faire chier
au collège Turgot.
Bien. Messieurs,
voici les résultats de la composition de musique.
Premier : Urtreger.
17 de moyenne. C'est bien.
Second : Langmann.
Maboul, vous voulez retourner
sous le bureau ?
J'étais second parce que j'étais à côté de René, le premier.
Mais pour le chant, j'avais dû me débrouiller.
Dans un ruisseau limpide
Filait, légère et gaie
La capricieuse truite Comme une flèche en l'air
Assis sur le rivage
Je suivais sans bouger
À chaque fois que je chantais, Maboul se retrouvait sous le bureau.
Mais si je m'été arrêté, je n'aurais pas été second.
Et c'était ma meilleure matière. Bien sûr,
grâce à René, sur qui j'avais copié toute l'Histoire de la musique.
René voulait être musicien.
Pour le reste aussi, il m'était utile. Surtout en français.
Ne copie pas exactement pareil.
Ne t'inquiète pas.
Asseyez-vous.
Bien.
J'ai corrigé vos dissertations. Dans l'ensemble, c'est pas mal.
Lambert ?
Lambert, bien sûr, se détache de loin. 16 pour Lambert.
Ensuite, trois ex aequo.
Vatrinet,
Loeb
et Langmann.
Eh oui, Langmann.
Gorion, qu'est-ce qui vous fait siffler ?
La vôtre est à pleurer.
Vous sifflez le 13 de Langmann ?
- Non, monsieur. - Alors ?
Allez voir dans le couloir si j'y suis.
Si le surveillant général est là, dites-lui pourquoi vous sifflez.
Ensuite, nous trouvons un 11.
Bester ?
- Comment écrivez-vous "trompette" ? - Trompette ? T-R-O-M-P-E-T-E.
Deux. Trois.
Le rêve secret de Bernard était d'être danseur.
Mais il était aussi bon en danse qu'en orthographe.
Il dansait aussi bien que je chantais.
Mais moi, je ne chantais pas tous les jours.
Deux "t" à "trompette", Bester.
Ensuite, nous avons un 10.
Urtreger ?
C'est moyen. J'ai mis 10, mais j'aurais dû mettre 9.
- Zermatti. 7,5. - C'est la meilleure, celle-là.
Tiens, voilà un bouquin.
Les bouquins, c'était ma spécialité.
Généralement, je les louais.
Mon auteur favori était Vernon Sullivan.
Plus tard appelé Boris Vian.
Ses ouvrages ont marqué ma génération et les suivantes.
Rassam.
Vous écrivez en vers, maintenant ? Et quels vers !
5, Rassam.
Germain, 4.
Si la masturbation a des effets désastreux sur l'intellect,
pour Maboul, Vernon Sullivan devait
être en cause.
Je glissais ma tête vers ses jambes et introduisis ma figure entre ses cuisses.
- Je léchais son sexe... - Maboul.
Maboul.
2. J'ai mis 2 pour ne pas mettre 1.
Qu'avez-vous dans la tête, Maboul ?
Moi, je savais. Il ne s'appelait pas Maboul pour rien.
J'étais le seul en classe à avoir des bouquins cochons,
grâce à mon cousin Léon.
C'était un cas lui aussi.
Aujourd'hui, il est gardien au musée Grévin.
J'irai cracher sur vos tombes et Clayton's College.
J'ai vos photos, M. Léon.
- Bonjour, Mme Germaine. - Bonjour, M. Léon.
Allez, Léon, allez !
Avec Léon, nous n'avions pas besoin de sex shop.
Où tu les as trouvées, celles-là ?
On dirait ma sœur.
- On dirait ta sœur. - Regarde celle-là.
- Regardez celle-là. - Mets-le comme ça.
Mais non, regarde.
Attends.
- On dirait qu'ils sont plats. - Elle s'en prend pas deux, mais trois.
- Monsieur ? - Une boîte de préservatifs.
Une boîte de 12 ou de 24 ?
Une boîte de 24.
Excusez-moi, deux de 24. Ça m'évitera de revenir dans deux jours.
Pour nous, c'était le père Noël.
Que de capotes, mes amis !
Presque aussi grosse que la tienne.
Balancez dans la cour.
Oh, la concierge ! Tu vas jouir !
Attends, j'arrive !
Une cigarette.
File-nous des clopes, magne-toi.
- Allez ! - Ouais !
Moi aussi.
Elle était lisse et mince comme une herbe
et odorante comme un magasin de parfumerie.
Je m'assis et me penchai au-dessus de ses jambes.
Je lui embrassai l'intérieur des cuisses,
là où la peau des femmes est douce comme les plumes d'un oiseau.
Elle resserra ses jambes et les écarta presque aussitôt.
Et je recommençai un peu plus haut.
Son duvet brillant et bouclé me caressait la joue et, doucement,
je me mis à la lécher à coups légers.
Son sexe était brûlant et humide, ferme sous la langue.
Mon cousin Léon n'avait qu'un défaut. Si c'en est un.
Il faut bien que jeunesse se passe.
Ce fut alors qu'elle sentit deux mains s'emparer de ses seins.
Elle poussa un léger cri, à la fois d'égarement, de soulagement
et de plaisir augmenté.
Joël se délivra en elle de son désir.
J'aurais préféré une cousine à la place de Léon.
La mienne n'ayant pas marché, je n'avais pas le choix.
Je ne pensais qu'aux filles, mais elles ne pensaient pas qu'à moi.
Malgré tous mes efforts.
- Vous dansez ? - Non, merci.
Mais ou j'étais trop direct ou trop timide.
Ou les deux.
Une fois, j'y suis arrivé et je me suis bien rattrapé.
Elle s'appelait Irène. Je l'ai embrassée des heures.
C'était presque mon premier baiser.
La première fois,
c'était dans un square à la République.
Et là, j'avais fait une découverte !
J'ignorais qu'on pouvait s'embrasser l'oreille.
J'ai voulu en faire profiter Irène, mais elle n'aimait pas.
Mais sur la bouche, elle aimait.
Sans son frère,
j'aurais continué toute la nuit.
Irène ! Hé ho, Irène.
Allez, ça suffit. Il faut rentrer, maintenant.
Encore un peu.
On va rater le dernier métro.
- J'irai à pied. - Tu rigoles ?
Tu travailles, demain. Grouille-toi.
- On se revoit quand ? - Je suis en pension.
Donne-moi ton téléphone.
Je n'en ai pas. Je te donne mon adresse, tu m'écriras ?
Oui, je t'écrirai. Écris-moi ton adresse.
J'ai noté mon adresse et effectivement, elle m'a écrit.
Mais mon père a ouvert la lettre.
À la vapeur.
"Chéri, tu m'as rendue folle. Je pense à toi depuis l'autre nuit.
"Je meurs d'envie d'être dans tes bras.
"Je serai seule jeudi après 2 heures.
"Sonne deux coups courts et un coup long pour que je n'ouvre qu'à toi.
"Je t'attends, mon chéri. Ne me fais pas attendre.
"Ton Irène, qui t'embrasse plein, plein, tout plein,
"comme l'autre nuit.
"Irène Vagère, 12 rue Keller, troisième gauche."
- Quel jour on est ? - Lundi.
Lundi...
Il nous reste trois jours pour faire quelque chose.
- Faire quoi ? - Si je savais, je te dirais !
Manquait plus que ça.
"Je serai seule jeudi après 2 heures.
"Sonne deux coups courts et un coup long pour que je n'ouvre qu'à toi."
Il est tombé sur une femme mariée. Voilà ce qu'il a trouvé !
Ça n'arrive qu'à nous !
- Pourquoi une femme mariée ? - T'es aveugle ?
"Je serai seule jeudi après 2 heures."
- Il te faut des lunettes ? - Ne t'énerve pas !
Je m'énerve pas ! Je m'énerve pas !
Je réfléchis !
- Bois ton café. - Pas soif !
"Tu m'as rendue folle." Il l'a rendue folle.
Au moment où il a besoin de toute sa tête pour ses études !
Voilà ce qu'il a trouvé ! Une femme mariée !
Tu veux faire quoi ?
Ce que je veux faire ? Ce que je veux faire ?
Malheur, un fils pareil...
- Je vais parler à cette femme. - Lui dire quoi ?
Si elle a du cœur, elle comprendra.
Si elle a des enfants, elle se mettra à ma place.
- Et si c'est son mari ? - Si je tombe sur le mari !
Je lui dirai de s'occuper de sa femme.
Tu sais ce que coûte un détournement de mineur ?
Donne ma veste, j'y vais.
- Tu vas y aller maintenant ? - Non, quand il lui aura fait un enfant !
Ça va, j'arrive.
- Mme Vagère ? - C'est ici, oui.
Je m'appelle M. Langmann.
- Je voudrais vous parler. - Entrez.
Pardon.
Pardon.
Asseyez-vous.
Merci.
Excusez-moi d'être aussi direct,
mais dans la vie, il faut être honnête.
Je suis quelqu'un de très clair.
Je n'ai jamais trahi un ami, j'ai toujours
respecté ma parole et je n'ai jamais marché sur les pieds d'autrui.
Mais je ne me laisse pas marcher sur les pieds.
Et je peux marcher la tête haute : personne ne me doit rien. Vous voyez ?
- Vous m'avez compris ? - Oui, parfaitement, monsieur.
C'est très clair. Mais de quoi s'agit-il ?
J'y viens, monsieur. J'y arrive. Voilà, monsieur...
Mon fils a une maîtresse. Une femme mariée.
- Ah oui ? - Ne riez pas, monsieur.
C'est très grave. Mon fils a 16 ans, monsieur.
Bientôt 17.
Et moi, je suis fatigué de porter la baraque tout seul.
Cher monsieur, je suis arrivé de Pologne à trois ans.
Depuis l'âge de onze ans, je travaille, monsieur.
Je suis fourreur. J'ai 45 ans, monsieur.
Ça fait plus de trente ans que je travaille et nourris ma famille
sans rien demander à personne. J'en ai marre.
Si mon fils prend la relève d'ici un an ou deux, c'est normal.
Normal, non ?
Bien sûr, oui. Mais où voulez-vous en venir ?
J'y viens. Mon fils doit garder toute sa tête pour ses études, monsieur.
Je me suis sacrifié pour ses études.
Qu'il n'ait pas besoin, comme moi, d'un comptable pour trois factures.
Dans un an ou deux, je lui apprendrai mon métier.
Et petit à petit, et il se démerdera. Vous comprenez ?
Oui. Et non. Je comprends, mais que puis-je pour vous ?
Bien, monsieur. Je vois que vous êtes quelqu'un de raisonnable.
Avec qui on peut parler.
Alors voilà : je ne connais pas votre épouse,
mais je voudrais...
Comment, monsieur ? Mon épouse ?
Oui, monsieur, votre épouse.
Mais je ne suis pas marié.
Où je suis, ici ?
Qui êtes-vous, monsieur ? Vous n'êtes pas M. Vagère ?
Si, mais je ne suis pas marié.
Qui est le mari d'Irène Vagère ?
Irène n'est pas mariée non plus, c'est ma sœur.
C'est votre sœur ? Et elle n'est pas mariée ?
Alors qu'est-ce que c'est que cette lettre ?
Vous trouvez ça drôle ?
Oui, plutôt. Je le connais, votre fils.
Il a rencontré ma sœur à une fête, samedi. Ils ont flirté.
J'étais là.
Vous étiez là ? Elle a quel âge, votre sœur ?
Je vous montre sa photo.
Ah...
Pas trop de colle. Que ça se voie pas.
S'il la met enceinte ?
- Une fille de 16 ans... - Maman...
Maman, j'ai faim.
Va jouer, Arlette. Maman arrive.
Mais j'ai faim !
Je lui donne une tartine, qu'elle nous laisse.
Elle mange plus, après.
- Vous faites quoi ? - Rien, rien. Tiens !
Tu vas aller
jouer dans l'atelier avec Léon.
- Qu'est-ce que vous faites ? - Rien, rien, va jouer.
Au revoir, à tout à l'heure.
Je jette le pot de colle. Qu'il ne se doute de rien.
C'est impeccable.
Tu ne m'as toujours pas répondu.
- À quoi ? - S'il la met enceinte ?
T'en fais pas. J'ai tout arrangé avec son frère.
Dans 15 jours, on part en vacances. Il en trouvera une autre.
- Roger ? - J'arrive !
- Aide-moi à retourner la planche. - Je t'ai dit que j'arrivais.
Ça va passer comme une lettre à la poste.
Fais-moi confiance, chérie.
- Papa, j'ai faim. - T'as déjà fini ton croûton ?
- Oui. - On passe à table dans 5 minutes.
Va voir maman, va jouer.
Maman, j'ai faim.
Tu pourrais me faire une avance sur ma paie ?
- Encore ? Que fais-tu de ton argent ? - Ben, je lis.
- Tu lis, toi ? Depuis quand tu lis ? - J'ai toujours lu.
Ah bon ? Ben, tu devrais lire un peu moins.
C'est ça qui t'abrutit.
Doucement, ma chérie. Personne ne va rien te prendre.
Maman va te couper la viande.
- Je sais faire toute seule. - Mais...
Fais attention.
- Il fout quoi ? Il est 12h20. - Il va arriver.
- Ne t'énerve pas. - Est-ce que je m'énerve ?
Pense à mettre deux paires d'épaulettes 44
pour Rochambert. Il veut des épaules bien rondes.
J'ai faim.
- D'où tu viens ? - Comment ça ? Du lycée, pardi.
Avec toi, on sait jamais.
La lettre est pour moi ?
Pour qui d'autre ? "Personnel."
- C'est qui ? - Vous l'avez pas ouverte ?
Depuis quand on ouvre tes lettres ?
- Tu l'ouvres pas ? - Je la lirai après manger.
Fais-le maintenant.
Si ça peut te faire plaisir.
C'est qui ?
Un copain.
Il veut quoi ?
M'inviter à un ping-pong.
Un ping-pong ?
Tu es sûr ?
Il a pas une jupe ?
Pourquoi ça ?
- Je demande. - Et quel mal il y aurait ?
Aucun mal. Tant que tu fais
du ping-pong, ça va.
Claude... Si, un jour, tu veux me parler, je suis là.
Si tu veux me parler comme à un copain.
Je sais.
Mais pour l'instant, ça va.
Je serai seule jeudi après 2 heures.
- Ça va ? - Ça va.
Sonne deux coups courts...
Tu lis quoi ?
...et un coup long pour que je n'ouvre qu'à toi.
Je t'attends, mon chéri.
- J'ai des photos. - Non, pas ce soir, sois gentil.
Comme tu veux.
Pourvu que le frère me trahisse pas. Ça m'a coûté 5 000 francs.
Tu es fou.
- Bonjour. - Bonjour.
- Irène n'est pas là ? - Si, si. Entre.
Irène, de la visite.
Vas-y, entre.
Alors, ça va ?
- Ça va, et toi ? - Ça va, oui.
- Assieds-toi. - Non, je suis bien debout.
- Bonjour. - Bonjour.
Viens, on va dans ma chambre.
- Tu n'as rien à faire, aujourd'hui ? - Non. Ça te dérange ?
Non.
- Je dérange ? - Frappe avant d'entrer.
Il me faut ton dictionnaire.
- Pourquoi ? - Les mots croisés.
Tu fais ça, toi ?
J'ai envie, là. Ça te dérange ?
"Deux valent mieux qu'une." C'est un mot en dix lettres.
Deux valent mieux qu'une...
Précaution ?
Précaution ?
P-R-É-C-A-U-T-I-O-N.
Dix lettres.
C'est ça !
- Va faire tes mots croisés ailleurs. - Précaution !
- Vous avez compris ? - Quoi ?
"Deux précautions valent mieux qu'une."
C'est malin.
Quand nous jouions à la marelle
Cerisiers roses et pommiers blancs
J'ai cru mourir d'amour pour elle
Viens t'asseoir.
En l'embrassant
Quel imbécile.
Avec ses airs de demoiselle
Cerisiers roses et pommiers blancs
J'ai pas envie.
- Tu devais être seule. - Il est jamais là, l'après-midi.
- Alors pourquoi ? - J'en sais rien.
Un mot de six lettres se terminant en "e".
- Tu nous emmerdes. - Reste polie.
Un mot de six lettres se terminant en "e". Vous voyez pas ?
Tu nous casses les pieds.
- Définition ? - Bonne question.
La définition, c'est : "Au départ, toutes les femmes le sont."
Ça se termine par un "e".
Je vois pas, moi.
- Très drôle. - Ça y est, t'as trouvé ?
"Vierge". C'est ça ?
Vierge ! Eh ben voilà ! Vierge.
V-I-E-R-G-E. Six lettres.
C'est ça, il a trouvé. Vierge. Formidable !
Au départ, toutes les femmes le sont. C'est ça.
Formidable. T'es drôlement fort.
Il nous a fait chier toute l'après-midi.
Après vierge, encore un mot de dix lettres se terminant par un "e."
Un mauvais moment à passer.
Un mauvais moment à passer. En dix lettres.
"Dépucelage."
Il était déchaîné, le Robert. On n'a pas pu l'arrêter.
- Salut. - Je viens avec toi.
J'ai deux mots à te dire.
Voilà... Je crois que tu ne devrais plus voir ma sœur.
Hein ?
Je te parle comme un père. T'as quel âge ?
- 17 ans, pourquoi ? - Moi, j'en ai 25.
Je suis pas ton père, mais je peux te parler quand même.
Ce qui compte surtout pour toi, c'est tes études.
Vous avez le temps.
J'ai mis des années à comprendre ce cours de morale.
Ça avait coûté cher à mon père, mais il en avait eu pour son argent.
Des filles comme ma sœur, t'en trouves partout.
Je m'en fous, de mes examens.
Tu manges pas ?
J'ai pas faim.
- T'as perdu au ping-pong ? - C'est ça, j'ai perdu.
C'est pas important, ça.
Un jour, tu perds. Un autre, tu gagnes.
Ce qui compte, c'est ton examen.
Au brevet, j'ai rendu copie blanche. Je pensais à Irène.
Pour ne pas peiner mon père, j'ai dit que j'avais été reçu.
Pour lui, c'était comme une légion d'honneur.
J'en avais fini avec les études.
On a fêté ma réussite en vacances.
En vacances, mon père était un autre homme.
Il oubliait ses soucis,
la fourrure, les fins de mois difficiles.
Il n'était plus qu'un gentil papa.
Oh, attention !
Pas si vite. Attention, Gilles.
Viens, petit canard.
Attention !
Je vais faire du vélo en montagne.
- Fais attention. - Oui, maman.
Salut.
- Cani, cani ! - Cani, cani !
- On va les semer. - Sûr !
Je m'étais fait des copains, et des copines. On faisait du vélo.
- Allez, Michèle ! - Après l'effort, le réconfort !
Pierre, Mad, à genoux.
- À gauche ? - Tu nous as tous ?
Oui. Attention, le petit oiseau va sortir.
Il est sorti.
C'est bien, ma chérie. Il faut dormir, maintenant.
- Demain, tu recommenceras. - J'ai pas sommeil.
Tu vas voir si tu n'as pas sommeil. Au lit !
Claude se couche pas ?
À son âge, tu te coucheras tard aussi.
- Papa, j'ai pas sommeil. - Ferme les yeux, tu vas voir.
Bonne nuit, chérie. Tu fais un bisou à papa ?
Allez, bonne nuit.
Si tu dors bien, demain, on fera encore du pédalo.
- J'ai mal aux mollets. - Tu veux plus en faire ?
- Si. - Allez, tu dors bien, et demain,
t'auras plus mal. Tiens.
Ta poupée a mal aussi.
Voilà. Et demain, elle aura plus mal.
Bonne nuit.
Dans 5 minutes, elle dort.
Ils se cassent moins la tête que nous. Combien on est dans cette pension ?
Au moins 40.
À 1600 francs par jour et par personne,
- fais le compte. - Ils ne travaillent que trois mois.
Trois mois par an ?
J'ai parlé avec le garçon. L'été, ça travaille,
mais l'hiver, ça travaille aussi.
Et leurs frais ?
Trois fois rien. Trois casseroles, trois morceaux de viande.
Moi, s'il me reste trois manteaux
et que la mode change, je suis marron.
T'as déjà vu un restaurant faire des soldes ? Hein ?
Je n'ai jamais imaginé mes parents faisant l'amour.
Surtout pas ma mère.
Aujourd'hui encore, je la crois vierge. Pourtant, je suis là et ma sœur aussi.
Une chose est certaine : elle n'a connu que mon père.
Mon père était ouvrier chez le frère de ma mère, l'oncle Salomon.
Un jour, ma mère arriva de sa Roumanie natale,
de Botosani, plus précisément, ses valises à la main.
Et ça a été le coup de foudre.
Ses valises lui en sont tombées. Et mon père
a commencé à se taper sur les doigts.
Mon oncle a donné sa bénédiction.
Leur premier rendez-vous était au canal Saint-Martin.
Ils se sont mariés, et neuf mois après, je suis né passage du Désir.
Il a faim, le petit Claude ? On va voir maman.
Au début, mon père voyait encore ses copains.
Et comme il était le seul marié,
certains ont demandé à ma mère de repasser leurs pantalons.
Un jour, mon grand-père est passé et a cru que ma mère avait un amant.
Le pauvre est reparti en courant à la synagogue rue des Rosiers
implorer Jéhovah de veiller sur son fils
et de sauver sa belle-fille du péché.
Il est mort pendant la guerre malgré ses prières.
- Pourquoi tu veux pas ? - Je veux pas, c'est tout.
- Juste une fois. - Pas même une demie.
- Je te plais pas ? - J'ai pas dit ça.
- Ben alors ? - Alors quoi ?
Nathalie... t'as pas envie ?
- Tu fais quoi dans la vie ? - Prof de gym dans un lycée à Nancy.
Et toi ?
Je viens de passer mon second bac. Je rentre en médecine.
- Nathalie ? - Claude ?
J'ai envie de toi.
- C'est quoi, ton parfum ? - Je n'en mets pas.
- Tu sens bon. - La transpiration.
Avec tout ce qu'on a fait aujourd'hui.
J'aime cette odeur. C'est excitant. Comme quand on a bien fait l'amour.
- Nathalie... - Claude ?
Je me suis jeté.
J'ai envie de te faire l'amour.
De te caresser toute la nuit. De te caresser la pointe des seins avec ma langue.
De te rendre folle.
De t'embrasser l'intérieur des cuisses. Là où la peau des femmes est douce
comme les plumes d'un oiseau.
De te lécher à coups légers.
J'ai envie de sentir ton sexe brûlant et humide,
ferme sous ma langue.
De te mordre.
Vernon Sullivan, J'irai cracher sur vos tombes,
pages 150 et 151.
Je connaissais par cœur.
J'ai continué.
Je voudrais que tu cries d'égarement, de soulagement et de plaisir.
Me délivrer en toi de mon désir.
Voir ta bouche ouverte et tes yeux révulsés.
T'entendre gémir des mots sans suite
et haleter comme quelqu'un qui arrive au bout de sa course.
- Sois gentil, laisse-moi. - Laisse-moi t'embrasser.
- Pas ce soir. - Alors quand ?
Demain, on verra. Je suis fatiguée.
- Laisse-moi t'embrasser dans l'oreille. - Pas ce soir.
Elle est rentrée se coucher, moi aussi.
Elle devait penser que j'étais l'affaire du siècle.
Je le lui ai prouvé.
Les premiers seins que je voyais de ma vie.
- Nathalie ? - Claude ?
Je dois te dire la vérité.
J'ai jamais fait l'amour.
Jamais ?
Non.
- Tu es puceau ? - Oui.
- Il y a des fourmis. - Quoi ?
C'est plein de fourmis.
Tu dis que sur la Terre
C'est moi que tu préfères
Que nul ne peut te plaire
Quisas, quisas, quisas
Un soir dans une danse Un autre s'avance
Déjà ton cœur frivole Dans ta robe tourne et vole
Et ce baiser qu'il ose
Voler sur ta joue rose
Tu dis : "C'est peu de choses"
Quisas, quisas, quisas
Bravo !
- Danse avec moi. - Je danse avec Jim.
- Tu danses avec moi. - Fiche-moi la paix !
Elle danse avec moi, petit con !
Mêle-toi de tes fesses.
Où vas-tu, Basile, sur ton blanc cheval perché ?
Je vais à la ville le vendre au marché
Ton cheval claudique mais vois-tu, pour t'obliger
Contre une vache magnifique je peux l'échanger
Sitôt dit, sitôt fait
- Merci. - De rien.
Bonne fin de vacances. Amuse-toi bien.
D'accord. Au revoir.
Salut.
Donne-moi mon petit cadeau.
Pour 500 de plus, je me mets toute nue.
Déshabille-toi.
Viens ici, que je te lave.
- T'as pas de maladies, toi ? - Non, madame.
- T'es juif, toi. - Oui, madame.
Allez, viens.
Viens.
Pourquoi tu trembles ? T'es puceau ?
Oui, madame.
Tu me porteras bonheur.
Tu verras comme c'est bon.
Déjà fini ? T'en avais drôlement envie, hein ?
Petit cochon.
Quelle déception. C'était donc ça, l'amour.
Bonjour madame, au revoir madame.
Tout ce fromage pour ça.
Il était 18h, je suis rentré me coucher. Je n'en revenais pas.
Des gens se tuaient pour ça. Et moi, j'avais fait tant d'efforts.
Pour quelques secondes de chaleur.
Dans ce cas, je préférais encore les pipes de Léon.
Comment faisaient-ils dans J'irai cracher sur vos tombes ?
Tu manges pas ?
Qu'est-ce que tu as ? Tu es malade ?
J'ai pas faim.
Claude ? T'es amoureux ?
- J'ai pas faim, je te dis. - Comme on fait son lit, on se couche.
À quelle heure il est rentré ?
Vers six heures. Il est rentré, il n'a rien dit.
Il s'est couché.
Il a de la fièvre ? Prends-lui sa température.
S'il est malade, appelle le docteur.
Je n'ai pas de fièvre.
- Prends ta température. - Si ça peut te faire plaisir.
Alors ?
De la fièvre ?
37. C'est de la fièvre, ça ?
Il n'a que 37.
Alors viens manger.
J'ai pas faim. Je peux pas être tranquille ?
Allez, viens. Quand il aura faim, il mangera.
C'est ça.
Les pauvres. J'étais malade, en effet.
Malade d'avoir tant imaginé. Malade d'être tant déçu.
Un seul médicament pouvait me guérir : une fille, une vraie.
Dont je tomberais amoureux.
- Il doit être encore amoureux. - On n'a pas fini de s'emmerder avec lui.
Et après, ce sera elle.
Pour bien des parents, l'éducation sexuelle
était une source d'emmerdements.
Le lendemain, j'ai quand même épaté mes copains.
Ça y est, les mecs. Ça y est.
Ça y est. Je le suis plus.
Non ?
- Depuis quand ? - Hier.
- Je suis monté avec une pute et voilà. - Comment c'était ?
C'était formidable.
- Où ? - Rue Blondel. Avec une rousse terrible.
T'aurais vu ça...
- Ça t'a coûté combien ? - 2 000 balles.
Mais elle s'est foutue à poil.
Quelle heure ?
Dans l'après-midi, vers 6 heures.
On s'en fout. Laisse-le parler. Elle a fait quoi ?
Je l'ai baisée, c'est tout. Je suis resté une heure.
- J'ai tiré deux coups. - Deux coups ?
- Même prix ? - J'avais le ticket. Je l'ai fait jouir.
Toi, t'as fait jouir une pute ? Te fous pas de notre gueule.
Si vous me croyez pas, je raconte pas.
Vas-y, raconte. Alors tu l'as fait jouir ?
La deuxième fois.
Elle était folle. Je l'ai retournée comme une crêpe.
Elle a pris son pied. Terrible.
- Et toi ? - Je bandais comme un Turc.
Je l'ai baisée comme un fou. Les mecs, c'est formidable.
C'est mieux que ce qu'on raconte et imagine.
Je préfère rester puceau qu'aller aux putes.
Oui, très bien. On va voir comment tu vas faire.
J'ai vu
comment il a fait. J'étais là.
Ce cher Sammy qui m'impressionnait par son anatomie.
Après le 15 août,
je suis parti en vacances avec lui, son frère et un copain.
Dans un petit hôtel à la campagne où on avait loué deux chambres.
Bon, ce soir on drague.
- Tu dis ça chaque soir. - Au moins, j'essaie.
Sur 100 filles, t'en baiseras bien une.
100 gonzesses ? On en a pour trois ans.
Tu vois tout de suite si ça va marcher. Sinon, tu passes à la suivante.
Si on en attaque chacun 5 par soir,
en 10 jours, on en trouvera bien une qui marchera.
Enfin levés, les puceaux ?
- Puceau toi-même. - Venez manger, on a faim.
Allez, grouillez-vous, on vous attend pour bouffer.
Puceau... Viens, on va bouffer.
J'arrive.
On va leur montrer si on est puceaux.
- Ça va mieux. - Ouais.
- Vous faites quoi, ce soir ? - Ce soir, on drague.
Alors un bon conseil :
évitez les boudins. Draguer une bien n'est pas plus difficile.
- Ah oui ? - On prendra ce qu'on trouvera, je crois.
Oh, la vache... Hé !
Il a vu quoi ?
- C'est un vrai chien de chasse. - Oui.
Mademoiselle, attendez !
- Je crois que je vous ai déjà vue. - Possible.
- C'est sûr. Vous faites quoi ? - Je me balade.
On mange avec des copains. Vous voulez venir prendre un pot ?
- Venez. - Ils sont sympas ?
Oui. On vous a vue passer, alors on s'est dit...
Vous draguez ?
Non. Venez prendre un pot.
Et voilà le travail !
- Voici mes copains. Ça, c'est Sammy. - Bonjour.
Ça, c'est Serge et ça, c'est Willy, le frère de Sammy.
Et votre nom ?
- Nadia. - Voici donc Nadia.
Votre sac à dos doit être lourd.
- Vous avez dîné ? - Non.
Sammy, va chercher à manger. Dépêche-toi.
- Asseyez-vous. - Asseyez-vous à côté de lui.
- Vous devez avoir faim. - Oui.
- Vous aimez les sardines ? - Oui. Il y a quoi d'autre ?
- Du thon. - Du maquereau, aussi.
On adore le poisson, ici.
Voilà les sardines.
- Merci. - Va lui chercher une assiette propre.
- Oui. - Dépêche-toi.
Attention, la sardine est fraîche. Pas comme nous.
- Vous aviez pas rendez-vous, les cocos ? - Façon de parler, oui.
Viens, Willy. Après la sardine, le lapin.
Je vous chasse pas ?
Du tout. On va se faire beaux pour nos fiancées.
- Ça va pas être facile. - Merci.
- Je plaisantais. - J'espère.
- Vous aimez le muscadet ? - J'aime tout ce qui est bon.
Sammy, amène un verre !
Je boirai dans le vôtre. C'est lequel ?
Celui-là. Attendez...
- Comme ça, vous connaîtrez mes pensées. - J'ai peut-être les mêmes.
- Elle a un verre ? - Et alors ?
Assieds-toi, ouvre les sardines. Je monte le sac à dos dans la chambre.
- Merci. - Il y sera mieux.
- Asseyez-vous. - J'arrive pas.
- Vous avez peur d'être seul avec moi ? - Non.
Je vous mangerai pas.
L'affaire semblait dans le sac.
Mais qui choisirait-elle ?
"Je crois que je vous ai déjà vue." Bravo ! On me l'avait jamais fait.
Je croyais t'avoir reconnue. Tu ressembles à une copine de Paris.
Oui, j'ai cru aussi.
Qui c'est ?
La sœur d'un copain à Maurice, du lycée.
- Tu lui ressembles. - En plus petit avec des bretelles.
Vous vous foutez de moi !
Des bretelles et un sac à dos.
Tu vas voir si tu vas rigoler quand je vais te griffer.
T'as pas peur ? J'adore ça, je griffe comme une chatte.
J'aime ça aussi.
On va voir. Je vais te griffer tout le dos.
Cette menace ne me déplaisait pas. À priori, son choix se portait sur moi.
Pauvre Sammy.
La pauvre n'a pas eu le temps de me griffer.
J'avais trop envie de toi.
Tu m'en veux ?
Tu vas dormir ?
Alors ?
Qui c'est ?
- Sammy. - Il veut quoi ?
Je n'étais pas jaloux, mais j'avais espéré qu'elle me resterait fidèle.
Hé. Hé !
Hé, les mecs ! Ça y est, il l'est plus !
- Non ? - C'est pas vrai !
Je me la suis tapée, puis lui.
- Raconte. - Il est entré, s'est foutu à poil
et crac, il l'a baisée ! J'en revenais pas.
Elle a une belle santé.
Je le suis plus !
Ça y est, les mecs, je le suis plus !
Hé, raconte !
Allons dans la chambre.
- Reste avec nous. - Vous êtes mignons, mais je peux pas.
Allez, qu'est-ce qui t'en empêche ?
Jamais deux nuits de suite au même endroit.
Pourquoi ?
Sans ça, je ferai pas le tour de France en un mois.
Chère Nadia.
Le tour de France ?
Quelques jours plus tard, on a eu une carte de Vaison-la-Romaine.
Elle nous avait pas oubliés. Nous non plus.
Rappelez-vous quand nous frottions
nos fonds de culotte sur les bancs de l'école.
Baiser, Nadia.
Si l'école, ç'avait été ça, j'aurais pas raté mes études.
Quel con a dit que 17 ans, c'est le plus bel âge ?
C'est l'âge où l'on s'emmerde.
Claude, il est 7h30.
Tiens. Je t'ai mis deux sucres.
Mon père était content. J'allais être fourreur, comme lui.
Comme son père et le père de son père.
Belle dynastie.
Regarde : tire.
Stop. Tire.
Tire bien. Attends.
Tire.
Tire... Stop.
- Merde. - C'est le métier qui rentre.
Pas pour longtemps.
En dehors de la fourrure, je prenais
des cours de comédie avec une ex-sociétaire du théâtre de l'Odéon
très à cheval sur la diction.
Il faut vous muscler.
Il faut vous muscler.
- Vous vous lavez bien les dents ? - Quoi ?
Chaque matin, en vous lavant les dents, vous prenez un crayon,
vous le mettez dans la bouche et vous articulez !
La Grèce en ma faveur est trop inquiétée.
De soins plus importants je l'ai crue agitée, Seigneur.
Et sur le nom de son ambassadeur, j'avais conçu plus de grandeur.
Qui croirait en effet qu'une telle entreprise...
Hé. Tu cloues ou tu joues la comédie ?
Je fais les deux.
Ben, loupe pas les deux.
J'essayais. Mais tout ça ne m'empêchait pas, le soir,
de penser aux filles.
C'est pas brillant, ce soir. On trempera pas notre biscuit.
Oh, il est pas tard. Tiens, regarde !
Ça va ?
- Ça va, Loulou ? - Salut.
Vous faites quoi, samedi ?
- Rien. - Rien de spécial.
Mes parents sont à la campagne et l'appart est libre.
- Non ? - Ouais !
- Il a l'air bon, ce lit. - Il est bon, le lit des parents.
Plus qu'à le remplir.
Claude, Bernard, venez ! Claude !
Partez pas ! Regarde !
Par chance,
l'amour passait sous nos fenêtres, tout droit arrivé du Québec.
Attendez, on descend !
Bougez pas, j'arrive ! Bougez pas !
Elles arrivent !
Avec deux pour quatre, deux d'entre nous allaient faire tintin.
Mais lesquels ?
- Comment on fait ? - Tant qu'on est quatre,
on n'a aucune chance.
Deux doivent se sacrifier.
- Pourquoi ce serait nous ? - J'ai pas dit ça.
Il y en a deux qui commencent. Après, on échange.
Elles vont marcher ?
Faut essayer. On va pas rester à regarder.
Celle de Bernard est terrible.
- Il a le ticket. - C'est pas encore joué.
Écoute, dès que le disque est fini, tu l'invites à danser.
- Je m'occupe de Bernard. - J'aimerais me la faire.
- Tu t'entends bien avec ta copine ? - Bien sûr. C'est ma meilleure amie.
- Tu me la laisses ? - Je te la prête.
Mets un truc plus rapide.
On n'a que des slows.
Sammy ne me semblait pas dangereux.
L'homme à abattre, c'était Bernard.
Tiens, de l'eau de Cologne.
Mais connaissant Bernard, une idée m'était venue.
La tienne a des yeux terribles.
Les yeux, je m'en fous.
Et la copine ? Bien foutue, mais faut lui mettre la tronche sous l'oreiller.
Sammy l'a embrassée, il s'est tapé un bide. Il a dû aller trop vite.
C'est pas une question de vitesse, elle me regardait.
J'ai pas un ticket, mais tout le carnet.
Je parie que t'arrives pas à l'embrasser.
Celle qui dansait avec Sammy ? Tu paries quoi ?
- Une sucette. - Une sucette ?
Une Pierrot Gourmand.
16h20. Dans 10 minutes, c'est réglé.
- OK. Une sucette Pierrot Gourmand. - Ça marche.
Ça y est, il avait mordu à l'hameçon.
4 minutes 35.
Tu me dois une sucette.
Bravo, t'as gagné. T'es le plus fort.
Les gars, vous voulez pas aller chercher des sucettes ?
Si tu veux. À quoi tu la veux ?
Au citron.
- Et toi ? - Au caramel ou au lait.
Tu viens, René ?
- C'est mal barré. - Quand y en a pour 2, y en a pour 4.
Ce qui est pris est pris.
Le coup de la sucette, il le digèrerait pas de sitôt.
Depuis le temps que je voulais tomber amoureux... J'allais l'être.
Je me suis jeté à l'eau.
Et là, ça a été l'extase. La vraie. La première.
Digne de Vernon Sullivan.
Au moins une minute et demie.
- Vous dansez, mademoiselle ? - Non, merci.
Je t'aime, Carole. T'entends ?
Je t'aime.
C'est vrai que je t'aime. Je veux aller avec toi.
Que veux-tu faire chez nous ?
Si tu ne restes pas, c'est moi qui pars. Tu auras bien quelques heures pour moi.
Mais tu connais personne, au Québec.
Toi, je te connais.
Mais c'est pas assez. Comment tu vas faire pour vivre ?
Réfléchis un peu, et puis là, si tu veux vraiment, tu viendras.
On part pas comme ça.
Non, je pars ce soir.
Je ne veux plus te quitter. Laisse-moi venir avec toi.
Je me débrouillerai.
Je pourrai faire la vaisselle, les carreaux...
T'es fou.
Tant que je te vois quelques heures par semaine.
Tu veux bien ?
Tu veux, hein ?
Tu fais quoi ?
Où tu vas ?
- Au Canada, papa. - Où ?
Au Canada, je te dis.
Viens, je vais t'expliquer.
C'est quoi, cette histoire ?
Attends, papa. Assieds-toi et reste calme.
Je suis calme.
Mais explique-moi.
Je vais t'expliquer. J'ai pris une grande décision. Je pars au Canada.
Quoi ? Où ça ?
Au Canada.
Au Canada ? Et tu pars quand ?
Cette nuit.
Cette nuit ?
Je rêve ou quoi ?
T'es devenu fou ?
Non, papa. J'ai bien réfléchi.
Que j'apprenne un métier ici ou là-bas, c'est pareil.
Alors je vais partir.
Tu as décidé ça comme ça ?
Ça fait un moment que j'y réfléchis.
Si je m'étais pas réveillé, tu partais sans dire au revoir ?
J'ai écrit une lettre.
Une lettre ? Tu nous as écrit une lettre ?
Je peux savoir avec qui tu pars ?
Tu me réponds ?
Avec une Canadienne.
Je suis amoureux.
Ah oui, je vois. Bon, écoute...
Tu vas ranger cette valise et te coucher.
Non, papa.
Tu vas ranger cette valise et te coucher !
Avant que je t'assomme !
Ça m'empêchera pas de partir !
Lâche ça !
J'en ai marre de la fourrure et de cette vie !
Marre !
Arrête de hurler ! Tu vas réveiller ta mère !
Si tu passes cette porte, c'est fini, tu m'entends ?
Tu pourras toujours faire les pieds au mur. C'est fini !
Je suis pas sourd.
Si moi, j'avais fait ça...
- Et si maman avait été en Australie ? - J'aurais fait le kangourou ?
Tu vois ?
Va faire le kangourou au Canada ! C'est comme ça que tu vas manger ?
- Papa, embrasse-moi. - Que je t'embrasse ?
Embrasse maman et Arlette.
Elle t'a bien élevé. Elle a bien fait mon malheur !
- À mon retour, j'aurai une situation. - De chômeur ! Voilà ce que tu seras.
On verra.
- Papa, embrasse-moi. - Si tu passes cette porte...
C'est dans la tombe que je t'embrasserai.
Hé ! J'ai une lettre pour vous.
Mon cher Claude, ne m'en veux pas d'être partie.
C'est mieux comme ça.
On a passé des jours merveilleux que je n'oublierai jamais.
Mais je préfère rentrer seule. Je te laisse mon adresse.
Écris-moi.
Réfléchis. Et si dans quelques mois, tu penses encore à moi,
viens au Canada. Mais je crois que le mieux, c'est de m'oublier.
Je t'embrasse très fort. Carole.
Qu'allais-tu faire au Canada ? À 17 ans, tu veux te marier ?
Tu veux gâcher ta vie ?
J'ai pas parlé de mariage. Je l'aime, c'est tout.
Tu l'aimes, alors tu veux te marier.
Pas forcément.
Tu en aimeras 40 avant de trouver la bonne.
Je sais, papa. Mais pour moi, c'est elle.
Pour le moment, "la bonne", c'est ta mère.
C'est ton père, c'est ta sœur.
Il n'y a pas d'autre "bonne". Qui est bon ?
Aujourd'hui, tu es amoureux d'une Canadienne.
Demain, d'une Écossaise et après-demain, d'une Hongroise.
Tombe amoureux, mais ne t'attache pas. Vis !
Tu verras comme les années passent. Un de ces jours, tu seras père.
T'auras pas le temps de te retourner, tu auras une barbe blanche.
Et après, tu seras mort.
Pour être père, il me faut bien une femme.
Les femmes, tu en trouveras 13 à la douzaine.
Y en a plein les rues. Jaunes, vertes, blanches... De toutes les couleurs.
Mais une femme comme ta mère, tu pourras toujours chercher.
Quand tu en trouveras une comme ça,
là, tu pourras te marier et gâcher ta vie.
- Comment tu l'as trouvée ? - Elle est rentrée dans l'atelier.
Je l'ai trouvée comme ça. J'ai pas cherché.
Quand t'auras un bon métier, là, tu trouveras.
Là, ce sera la bonne. Avec un peu de chance.
- Comment je saurai ? - Tu sauras après
si t'as trouvé la bonne.
Toute la vie est une loterie.
En tout, la chance.
Et toi, t'en as eu ?
Avec ta mère ? Oui.
Papa ! Oh, papa !
Papa !
- Viens jouer avec nous ! - J'arrive.
- Arlette ! - J'arrive tout de suite.
Viens, ma chérie !
J'arrive.
Crois-moi, un jour, tu te rappelleras mes paroles.
Tu te rappelleras ce que ton père t'a dit.
Et j'espère que ce jour-là, je serai là pour le voir.
- Papa ? - J'arrive !
Viens, Arlette.
Tape !
Voilà papa !
- Hé ho ! - Papa, viens jouer avec nous !
Je viens.
Viens, Arlette !
À moi ! Allez ! À moi !
Allez ! Arlette, à moi !
- À moi ! - Non, à maman !
À moi !
Oh, la tête !
Sous-titrage : HIVENTY
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