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-Quelque chose en toi ne tourne pas rond,
un je-ne-sais-quoi qui me laisse con.
Quelque chose en toi ne tourne pas rond,
mais tout autour de moi, tout tourne si rond.
Ca, c'est vraiment toi. Oui, ça !
C'est vraiment toi.
Ca se sent ! Ca se sent !
Ca se sent que c'est toi !
Car ça, c'est vraiment toi !
Ca se sent ! Ca se sent !
Ca se sent que c'est toi ! Le réveil sonne.
Ca se sent... Eh, dis donc !
Je vais te faire une offre que tu pourras pas refuser.
Appelle ton boulot,
dis que t'es malade,
et en échange, je te laisse abuser de mon corps une journée de plus.
Alors ?
Candice ?
Candice ?
Candice ?
-Allô ?
Allô ?
Antoine ?
Antoine, je suis perdue, là.
Merde !
C'est pas vrai ! J'ai pas de réseau.
Cri de peur.
-Je fais souvent cet effet
aux femmes.
-Y a pas une trêve à Noël ? -Non. Et c'est bien glauque.
Une joggeuse l'a trouvée. Le poste de garde de l'ONF était fermé.
-L'ONF ? -Office national des forêts.
Toi et ton bitume !
Bref, c'était fermé. Donc elle est partie trouver de l'aide.
-Le sport, c'est mauvais pour la santé.
Qui c'est ?
-On ne sait pas.
-Elle est morte entre 22h et minuit, par strangulation.
Mais les marques sont étranges. Regarde, elles sont crantées.
On dirait une chaîne de vélo.
-Y a pas de vélo.
-Ni aucune arme. Sami a trouvé un bout de cigarette près du corps.
Une menthol light. Peut-être qu'on aura un ADN.
-Elle a été violée ?
-L'autopsie le dira.
Mais bizarrement, la victime ne s'est pas défendue.
D'habitude,
le bout des doigts
est abîmé, surtout les ongles.
Là, rien.
-C'est quoi,
ces traces sur la poitrine ? -Des brûlures
de cigarette.
Sûrement du meurtrier.
-C'est ignoble. Et elle s'est pas défendue ?
-Non.
-T'as vu ses genoux ?
-Oui. Anormalement calleux.
Et encore, t'as pas vu son dos.
Tiens, regarde.
-Ca date pas d'hier.
-Non. Elles sont échelonnées dans le temps.
-Son supplice n'a pas commencé cette nuit.
-Ou bien elle aimait ça.
Coups de fouet, brûlures,
genoux abîmés.
Quand est-ce que vous vous mettez à genoux, vous ?
-Une séance SM
qui tourne mal ? La strangulation donnerait des orgasmes plus forts.
-Une soumise... Merci, Chrystelle.
J'attends votre fax.
Au revoir.
Chrystelle, oui, certaines femmes aiment se mettre à genoux...
-On m'a livré cet énorme bouquet de fleurs.
Bon anniversaire, Renoir.
-C'est pas son anniversaire.
-Ah bon ?
-C'est ma voisine, Mme Maluret. Je lui ai fait de la plomberie.
C'est pour me remercier.
-Il... Elle a dû être satisfaite.
-Et elle est amoureuse. Des roses rouges...
-Vu le prix du bouquet, t'es plus chère qu'un plombier.
-Voici le fax. -Merci, Michel.
-Vous faites le tour des clubs SM du coin ?
-Un couvent peut-il être un club SM ?
Pourquoi pas ?
-Un quoi ? -Un couvent.
Il leur manque une soeur. -Fais voir.
C'est elle.
Soeur Madeleine.
-Qu'est-ce que je t'ai fait ? Tu m'en veux ?
-Tu es l'élue. -Arrête, tu me fous les jetons.
Pourquoi t'es pas venue avec J-B ? -C'est un homme.
Nous, on va se fondre dans la masse,
comme des grenouilles dans un bénitier.
-Bonjour. Mère Chantale, la supérieure de ce couvent.
-Candice Renoir, commandant de police.
Et le Lt Da Silva. -C'est bien soeur Madeleine ?
-Que lui est-il arrivé ?
-On l'ignore.
On compte sur votre aide.
Elle était ici depuis quand ?
-Une dizaine d'années.
Depuis votre appel, nous sommes sous le choc.
-Quand a-t-elle disparu ?
-Elle était hier soir avec nous,
pour l'office,
et ce matin, introuvable.
-Comment elle a pu sortir ?
-Par la porte. Ce n'est pas une prison.
-Quelqu'un aurait pu l'enlever ici ?
-Un enlèvement dans un couvent ? Quelle imagination, commandant !
-Comment expliquer que la religieuse était à moitié nue,
torturée, à 10 km de son couvent ?
-Les voies du Seigneur sont impénétrables.
-Quel silence !
-Silence et travail sont nos maîtres mots.
Nous produisons un vin assez réputé.
-Ah oui, le "Sang du Christ".
-Et nous ne parlons que lorsque c'est strictement nécessaire.
Le silence est notre règle d'or.
Sonnerie de portable "Les Quatre Saisons" de Vivaldi.
-Oui, Laurent ?
Ah, euh...
Oui, c'était bien.
C'était très bien, même. Là, je peux pas te parler.
Pas du tout.
Non, je ne suis pas en planque. Je te rappelle.
-Voici la cellule de soeur Madeleine.
-"Il n'y a aucune condamnation
"pour ceux qui sont
"en Jésus-Christ." Elle s'en voulait ?
-Ca m'étonnerait. C'était la douceur même.
-Une douceur rude.
-Douce envers les autres, sévère
envers elle-même.
-Vous savez ce qui m'étonne, ici ?
C'est les choses qu'il n'y a pas. -Nous avons fait voeu de pauvreté.
-Pas des vêtements ou des gâteaux. Mais y a rien.
Pas de livres,
pas de photos, rien.
-Soeur Madeleine les gardait dans son coeur.
-Oui... Ou elle cherchait à effacer complètement ses traces.
-Vous ne pouvez pas en dire autant.
-On est déjà passés là.
-Mais non. -Si !
-Non, on n'est pas passés là.
-T'es pas allé chez les scouts avec ta boussole.
-Si, je suis allé. Mais je me suis fait virer.
-T'as perdu tes louveteaux ? -Non. Indiscipline.
-C'est bientôt Noël, j'ai pas fait un cadeau !
-Pourquoi t'as pas convoqué le mec de l'ONF ?
-Je l'ai appelé, il répond pas. -Ca capte pas.
-Et il va faire nuit !
-J-B, il est 14h, détends-toi.
-T'es sûr que c'est par là ? -Non.
Un arbre ressemble à un autre arbre.
Putain, c'est quoi ?
-Bonjour. Fabrice Garel, ONF.
Vous êtes perdus ? -Non, on vous cherchait.
Antoine Dumas de la BSU de Sète. -Enfin, la police.
On vous avait pas vu. C'est votre tenue réglementaire ?
-J'aime me fondre dans la forêt,
m'y perdre.
-C'est ça, votre boulot, vous perdre dans la réserve ?
-Oui. Je la garde aussi. Je veille à ce que personne ne l'abîme.
J'inventorie ses trésors.
Et surtout, j'essaie de l'apprivoiser,
de vibrer avec elle.
C'est pas une fille facile, vous savez.
-Vous la connaissez ?
Vous êtes sûr ?
-Certain. C'est qui ?
-Elle a été tuée cette nuit, près d'ici. Vous n'avez rien entendu ?
-Rien vu, rien entendu. Mais vous savez,
je passe le plus clair de mon temps dehors. Je fais des rondes.
-Même la nuit ? -Oui. Je déteste être enfermé.
Je suis sauvage.
-Vous faisiez quoi
entre 22h et minuit ?
-Est-ce que vous avez déjà vu
un hibou petit-duc ?
En ce moment, je le cherche.
-Même la nuit ?
-Surtout la nuit.
Vous avez déjà vu un oiseau aussi délicat ?
-Quelle vie ! -Il est étrange, ce mec.
-Ca doit être génial, de vivre comme ça, au calme, à son rythme,
sans contraintes et au grand air.
-J-B, y a 20 mn, tu voulais aller faire tes courses de Noël.
-Ca fait réfléchir. -J'ai accroché une barre.
Ah non.
-C'est fou, de tout plaquer comme ça,
de faire une croix sur sa famille, sur son passé, sur son nom !
-Josy Bellouche, c'est pas le nom que t'as envie d'emporter.
-Mais tu renonces à ton identité !
-Tu t'appelais Renoir, à la naissance ?
-Non. Muller.
-Tu as dit que le mariage, c'est un renoncement à soi-même.
-Non, c'est pas ce que j'ai dit. Portable.
-Ah non, pas ici.
-Antoine ?
-Vous êtes où ?
-On repart au bureau.
-Je suis dans la forêt avec le petit poucet.
On a interrogé l'agent de l'ONF. -Et alors ?
-On va vérifier son casier.
Allô ?
Candice ?
-Waouh !
-Ce Fabrice Garel, je le sens pas.
-Jamais vu des jantes aussi propres.
-Allô ?
-C'est une de vos voitures ? -Oui. C'est notre voiture.
La seule.
-Vous l'avez lavée ?
-C'est un jour de deuil pour nous !
-Pardon. J'ai besoin de savoir.
-Eh bien...
Il me semble... Soeur Jeanne l'a lavée ce matin.
-Antoine, je te rappelle. Des nonnes à fouetter.
Merci.
Chaussures propres. C'est le hasard ou vous vous êtes promenée au bois
et les avez lavées ?
-C'est par propreté.
-Et avoir lavé les jantes, c'est de la maniaquerie ?
-J'aime les choses soignées.
-Pourquoi les jantes et pas le reste ?
-La voiture était couverte de boue. Je l'ai passée au tuyau d'arrosage.
-Alors qu'une compagne a disparu ? -Ca vide la tête.
-Qui a sali la voiture ?
-Aucune idée. Ici, contrairement au monde civil, on pense collectif.
Quant à mes chaussures,
j'ai dû les laver hier.
Autre chose ?
-Non, j'aime bien vous regarder travailler.
-Ca pue le club sexuel.
-Le légiste est formel, il n'y a pas eu viol.
-Il a peut-être
pas eu le temps. -Et on n'a pas d'ADN productif.
-Merci pour les nouvelles.
-De rien. Mon cadeau de Noël.
-Et toi ?
-Je me suis tapé tous les crimes sadiques de la région. J'ai juste
une fille violée près de la forêt.
Brûlures de cigarettes aussi.
-Fallait le dire avant !
-C'était y a 10 ans, crime non résolu.
Depuis, plus rien. -Merde.
Et Garel, le mec de l'ONF ?
-Pas de casier.
-Que faites-vous,
mon enfant ?
-Je fouille. Mais en silence, ma mère.
-Parfait. Mais je me sentirais plus à l'aise
si l'enquête se déroulait selon un cadre plus défini.
Vous pourriez commencer
par notifier à soeur Jeanne
sa garde à vue. -Que je la mette en garde à vue ?
-Oui. J'y verrais des avantages.
Cela fournirait un cadre légal
bien différent à cette fouille impromptue.
Jeanne pourrait être entourée de son avocat
lors de vos entretiens.
Ce serait réconfortant.
-Mettre soeur Jeanne en garde à vue pour des chaussures propres ?
-C'est complexe, avec un dossier vide.
-Dites-moi, ma mère, le code de procédure pénale,
c'est dans l'Ancien
ou le Nouveau Testament ? -J'étais juge d'instruction avant.
Je suis un peu pointilleuse sur la procédure.
-Tiens,
deux missels.
Vous êtes deux fois
plus croyante ?
Pas besoin de mettre soeur Jeanne en garde à vue si je touche
le missel.
Oh ! C'est pas à vous, c'est à soeur Madeleine.
Les prières à deux, c'est courant ?
En même temps, cette vie doit créer des liens forts entre les soeurs.
-Des liens spirituels, bien sûr.
-Naturellement.
Ah, j'oubliais !
J'aimerais savoir ce que toutes les soeurs
faisaient le soir du crime.
-Vous n'imaginez pas que l'auteur du crime soit une religieuse ?
-C'est juste une vérification d'alibis. Ca vous pose problème ?
-En aucune façon.
En ce qui me concerne, ce sera facile à vérifier.
Je mettais le vin en bouteille avec soeur Jeanne.
Si vous voulez nous excuser,
nous allons être en retard pour les vêpres.
Dieu aime la ponctualité.
-Depuis quand les mères sont d'anciens juges d'instruction ?
-On dirait toi en religieuse. -Elle n'a rien à voir avec moi !
On n'a aucun point commun, toutes les deux !
Si ?
Portable.
-Tu réponds pas ?
-Non. C'est Laurent, je le rappellerai.
-Ca n'a pas un rapport avec le bouquet de ce matin ?
-Dis donc, toi, je te pose des questions sur ta coupe de cheveux,
avec ta petite frange ? Et ton basketteur de 2 m 21 ?
-Y a rien à dire. -Sans blague ?
On va boire un coup ?
-Je peux pas. J'ai promis à Lucas,
à mon fils, qu'il pouvait dormir chez moi ce soir.
-De mieux en mieux.
-T'es pas au rugby ?
-Je vérifie le passé de Garel.
-Tu fais une fixette.
-Tu sais, ton affaire de viol,
devine qui était garde-chasse au moment des faits ? Garel.
-C'était y a 10 ans !
-Puis le mec est parti au Mexique, en Afrique et revient il y a un an.
-Hasard du calendrier ?
-J'ai cherché sur le Net "viol, brûlure de cigarette, Mexique",
et regarde ce que j'ai trouvé : un site de victimes.
-Tu parles espagnol ?
-Même mode opératoire. Ces femmes disent que c'est un Français
et les dates correspondent avec Garel.
-Il a pas de casier !
-Là-bas, la lutte contre le viol n'est pas une priorité.
D'où ces sites.
Demain, tu cherches
le nom de la 1re victime de la Gardiole.
Et je surveille l'homme des bois. Je suis sûr qu'il est pas net.
-Et soeur Madeleine ? Elle faisait pas son footing dans les bois !
-Ca, Dieu seul le sait. Et Candice, peut-être.
-Allez, bienvenue dans le groupe. -Tchin.
Hum ! Merci de m'avoir invitée.
C'est sympa chez toi. Enfin, à part le sapin.
On frappe.
-Excuse-moi. -Le père Noël est en avance ?
-Faut qu'on se parle. -Là, maintenant ? Tout de suite ?
-Bonsoir. -Bonsoir.
-Alors... Aline, Laurent. Laurent, Aline.
-Enchantée.
-Je ne vous dérange pas plus. Tu me rappelles ?
-Evidemment. -Au revoir.
Laurent ? -Mon ex-mari.
Enfin, mon futur ex-mari, qui me poursuit depuis ce matin.
-D'où ton invitation,
pour éviter ton ex-mari.
-Non. J'avais envie de faire ta connaissance.
-Prends-moi pour une rousse.
Moi aussi, j'en ai utilisé, des motifs bidon pour éviter des ex.
-Mais lui, j'ai tellement pas su l'éviter que...
-Quoi ? -J'ai recouché avec lui.
-Oh, merde ! L'erreur de débutante ! Bon, c'était bien ?
-Il se fait ses idées. Il pense déjà à s'installer ici.
-C'était bien ?
-A tous les coups, il organise les vacances. Putain !
Quelle connerie ! Je veux pas me remettre en couple.
-Bon, c'était bien ?
-Oui.
-Ah, quand même !
-C'était vachement bien. C'était...
C'était dément, même.
Mais pourquoi je refuse l'évidence ? Si ça se trouve,
l'évidence, c'est lui.
Il cherche du boulot, il est fragile.
-Ca part un peu dans tous les sens. Ca manque de méthode.
-OK.
60 % non. -Non.
-40 % oui. -Oui.
-20 % peut-être.
-Ca fait 120.
-En entrant au couvent, Josy a tiré un trait sur nous.
On n'a jamais compris. C'est terrible,
mais on l'avait déjà perdue.
-Elle savait qu'elle pouvait nous parler pourtant.
On est un peu croyants.
On va à la messe de Noël. -Vous n'avez rien vu venir ?
-Non, rien.
Elle était coiffeuse à Balaruc. -Ca marchait bien.
La banque lui avait prêté les sous
pour s'acheter un pavillon. Tout allait bien.
-Parlez-nous des loisirs
de votre fille. -La lecture.
Elle adorait les romans d'amour.
-Et la nature ? Elle se promenait en forêt ?
-Non. Elle était plutôt casanière.
-Elle avait un petit copain ? Ou une petite amie ?
-Non.
Enfin, si vous voulez dire... Non. Ni l'un ni l'autre.
C'était pas facile pour elle, vous savez. Elle était...
très timide. -Elle n'était pas très jolie.
Elle plaisait pas aux garçons.
-Moi, je l'ai toujours trouvée jolie.
-Soeur Jeanne aurait eu une aventure avec soeur Madeleine ?
-Et Jeanne a tué Madeleine.
-Pour lui faire atteindre le 7e ciel plus rapidement ?
-Crime passionnel.
Soeur Jeanne aime Madeleine, qui culpabilise.
Le soir, elle se fouette
pour se punir de céder à la tentation. Un jour, elle rompt.
Jeanne la tue.
-Tu devrais écrire des bouquins.
-Tu crois que dans un couvent, y a pas d'amour, pas de jalousie ?
-T'as vu le corps.
C'est pas un crime de femme.
-Jeanne l'aurait déshabillée et torturée ?
-Par dépit !
-Elle a croisé sa route,
il l'a tuée.
Je te parie un resto. -Je suis plus une gosse.
-Il y a 9 mois,
soeur Jeanne vivait en couple avec une femme,
Nadia Zoubir. -Tu paries toujours ?
-On a vécu ensemble 8 mois
avant qu'elle décide
de changer de vie.
-Arrêtez-moi
si je me trompe, mais...
Elle vénérait plus le pétard que les évangiles.
-Ou elle a bien caché son jeu. J'ai jamais vu d'évangile traîner.
Alors que des pétards... -Ca a dû vous scotcher,
sa vocation. -Ca, oui !
Jeanne est partie sans un mot.
Visiblement, Jésus a de sérieux arguments.
-Vous l'imaginez
capable d'un crime passionnel ? -L'ancienne Jeanne, non.
La nouvelle, aucune idée.
-Et ce changement ?
-Si je sais comment une goudou sexy et tatouée
devient bonne soeur ? Non. Et vous ?
-Il s'est passé quelque chose
quand elle est partie ?
Une dispute ?
-Non. On venait de faire l'amour.
Je me suis levée,
Jeanne a regardé la télé en fumant.
Elle s'est levée, a écrasé son joint.
Le lendemain, elle changeait de vie.
-Elle regardait quoi à la télé ?
-Je sais pas,
un truc chiant.
-Justement. Moi, les trucs chiants, j'aime ça.
Faites un effort et dites-moi
ce qu'elle regardait.
-Je sais pas exactement.
J'ai entendu un bout en passant, un documentaire sur le pinard.
Le genre de truc à se pendre. -Un documentaire sur le vin...
In vino veritas.
-La vérité,
c'est que Candice a tort. -Pourquoi ?
-Regarde une photo de soeur Madeleine avant.
-C'est Garel !
-Il la connaissait. Il nous a menti. Ca sert à rien
que Candice perde son temps.
Portable.
-On nous a dit
qu'il y a eu un reportage
sur le vin, tourné ici.
-Je ne vois pas.
-Vous pouvez regarder ? Maintenant ?
-J'ai du travail.
-Waouh ! Ca, c'est de l'écran.
Le dernier modèle ? -Il fallait ça, je suis myope.
-M'en parlez pas. Au bureau, je dois consulter mes fichiers
avec une loupe. -Ma pauvre.
-Et le réseau wi-fi est si mauvais
qu'on a le temps de boire un café en attendant
que la recherche s'affiche. -C'est contraire à la dignité !
-On est d'accord.
-Voilà votre émission.
Soeur Madeleine
avait demandé au caméraman de flouter son visage.
-Mais là,
on la reconnaît parfaitement.
-Quand elle s'est vue,
elle a pleuré.
Elle ne s'aimait pas.
-Jeanne est entrée au couvent pour aller retrouver Madeleine.
Alors quoi ? Coup de foudre ? -Y a pas que le physique.
Surtout que c'est pas très crédible.
Elle n'est pas très belle. -Ou elle la connaissait d'avant.
-Oui, cette émission a changé ma vie.
A l'époque, je travaillais dans une boîte de nuit.
J'ai trouvé apaisante
l'idée de travailler au grand air, en silence.
-Quel rôle soeur Madeleine a joué dans cette reconversion ?
-C'est étrange.
Quand je l'ai vue à la télé, un truc m'a attirée chez elle.
Sa simplicité, son calme.
-Depuis quand vous connaissiez Josy ?
-Josy ?
-L'ancien prénom de Madeleine. Vous l'ignoriez ?
-Oui. J'ai fait sa connaissance ici.
Elle m'a accueillie avec gentillesse.
-Quand est-elle devenue votre maîtresse ?
-Ma quoi ? Ca ne nous a jamais traversé l'esprit.
Soeur Madeleine m'a aidée
sur ma route vers Dieu. -Nadia m'a parlé de l'ancien vous.
Avant, il y avait peu de place pour Dieu.
-Les gens changent.
-Je sais pas... Peut-être.
Vous ne regrettez rien, vous ?
-Si, je regrette Nadia, parfois. Mais de moins en moins.
Le jour où j'ai reçu cet appel, ma vie a retrouvé son sens.
Ici, je me sens à ma place.
-Josy Bellouche a été victime de Garel à l'époque. Suite au viol,
elle devient soeur Madeleine. -Et retourne le voir ?
-Elle a appris son retour,
a fait pression sur lui pour qu'il se dénonce,
et il la tue. -Loriane Heriot
vous attend. -Loriane Heriot ?
-C'était il y a 10 ans.
10 ans, 5 mois et 2 semaines.
Tous les jeudis, j'allais courir
à la Gardiole.
Je faisais le même parcours.
Ce jour-là, j'ai croisé personne. Mais à la fin du parcours,
il y avait une jeune femme perdue. Elle avait garé sa camionnette.
On allait dans la même direction.
Je suis montée avec elle.
Dans la camionnette, il y avait cet homme.
Je me rappelle encore de son odeur de menthol.
-C'était cette femme ?
-Oui.
Tout le temps où il est resté sur moi, elle était assise à l'avant,
sur le siège passager.
J'ai attendu qu'elle se retourne, qu'elle fasse quelque chose.
Elle n'a rien fait.
Pardon.
Depuis ce jour-là, chaque fois que je me regarde dans une glace,
c'est eux que je vois.
-Les collègues de l'époque ont merdé.
-Ca devait être des mecs.
-C'est facile, ça.
-Et Garel à l'étranger ?
-Des viols similaires au Mexique et en Afrique.
Les enquêtes n'ont pas abouti.
-On va pas le laisser s'en tirer !
-Le viol de Loriane est prescrit depuis 5 mois.
-On attend qu'il recommence ? -Non.
On va prouver
que Garel a tué Madeleine.
Allez.
-Je ne comprends pas. -C'est pourtant simple.
Il y a 11 ans, vous avez une aventure avec Josy Bellouche.
Pour vous, elle est prête au pire.
-Je ne comprends toujours pas.
-Vous flairez vos proies.
Vous les pistez.
Et Josy vous aide
à les rabattre. Un jour, le chien de chasse s'enfuit.
-Elle entre au couvent
pour échapper à votre emprise et se repent de ses crimes.
-Elle apprend votre retour
à quelques kilomètres, vous contacte. Le secret est lourd.
Elle veut se dénoncer.
-Vous la tuez pour l'empêcher de parler.
-Oui, on a eu une liaison il y a des siècles !
Moi, j'en ai croisé depuis. Pour cause,
elle était au couvent.
-Venez voir !
-Une scie à main.
-C'est comme une chaîne de vélo. -L'arme du crime ?
-Aurélien, on rentre.
-Non, attendez ! Qu'est-ce que vous faites ?
-On a fini par l'avoir.
-Attendez ses aveux avant de vous réjouir.
Je reviens.
-D'abord, tu reçois des fleurs,
ensuite, t'es dans la merde.
-Je vais aller chercher les enfants.
-Ils m'ont appelée. Ta mère apprend à Jules la pâte feuilletée.
-Tu vas me fuir longtemps ?
-J'ai beaucoup d'endurance. -J'ai vu.
Faut qu'on parle.
-C'est ça que les adultes font. Moi, je suis pas assez mûre.
Loriane ?
-Vous l'avez arrêté ? C'est vrai ?
-Oui. On le soupçonne d'avoir tué son ancienne complice.
-Pour moi, ça changerait tout.
Depuis que je vous ai raconté... -Votre viol ?
-J'aurai toujours les cicatrices.
-Un chirurgien pourrait faire quelque chose.
-Quand il sera derrière les barreaux, je le ferai.
Ou alors, je ferai un tatouage.
Un beau soleil.
-J'ai isolé des cheveux
sur sa veste. Longs et châtains, comme la victime.
-Cette garde à vue ?
-Il est coriace. 15 ans qu'il s'en sort.
-Après une nuit blanche,
il crachera le morceau.
-Le labo vérifie les empreintes sur la scie.
-Une affaire rondement menée.
Bravo à tous.
Où est votre commandant ?
Partie faire ses courses de Noël ?
-Je voudrais me retirer quelques jours dans votre couvent.
-Non. C'est impossible, mon enfant. Nous n'accueillons personne
en période de deuil. -J'ai besoin de votre aide.
-Que se passe-t-il, commandant ? -Je suis aussi une femme
qui ne sait plus où elle en est.
-Une brusque crise mystique ?
-Pire, une crise conjugale. Vous savez ce que c'est. Vous-même,
il y a 20 ans... -Vous avez enquêté sur moi ?
-La curiosité est un péché, mais le divorce aussi.
Au nom de la charité chrétienne,
je vous demande d'accueillir une pauvre petite brebis égarée,
comme Dieu l'a fait pour vous après votre divorce.
-Très bien. Venez partager notre existence quelques jours,
pour le meilleur et pour le pire.
Les cloches sonnent.
-Bonjour.
Pardon.
Y a pas
de confiture ?
Quel silence.
Ca tombe mal,
parce que moi, j'adore parler. Et je suis douée pour faire parler
ceux qui n'aiment pas parler.
C'est pas joli, joli, de mentir.
Là-haut, il aime pas les menteuses, il paraît.
Parler, ça soulage.
-Et maintenant, les vignes.
-Votre vocation, c'est comme le caillou dans ma chaussure :
c'est minuscule, mais ça m'empêche de marcher.
-Maintenant, confions à Dieu notre soeur Madeleine,
comme son enfant bien-aimée.
Par notre prière commune... -Le soir du meurtre,
vous êtes sûre de ne pas avoir pris la Méhari pour aller au bois ?
-Chut !
Mais le dieu des vivants. Ensemble, prions.
Dieu, Notre père... -Parce que ce soir-là,
vous n'étiez pas avec la mère supérieure mais avec Madeleine.
N'est-ce pas ?
Portable.
Antoine, tu me déranges un peu, là.
-On a du nouveau. Les cheveux
sur la veste de Garel sont ceux de Madeleine.
-La parole de Jésus... -T'es sûr ?
-Oui. Et sur l'arme du crime, il y a l'ADN de Madeleine
et les empreintes de Garel. Il l'a étranglée avec.
-C'est quoi,
ce bordel ?
-Je ne l'ai pas tuée. Je ne l'ai pas tuée.
-Tout vous accuse.
L'ADN de la victime trouvé sur l'arme du crime,
chez vous, votre proximité avec les lieux de l'assassinat,
votre mobile, supprimer un témoin
de votre passé criminel.
-Oui... Mais je ne l'ai pas tuée.
-Ca n'a pas l'air d'aller. C'est votre crise conjugale ?
-Vous comprendriez pas.
-Vous êtes pourtant venue ici chercher de l'aide.
-Vous l'aurez voulu.
Je suis... Je suis troublée par mon mari.
On s'était perdus, on s'est retrouvés, et là...
Je ne sais plus bien où j'en suis.
-Vous l'aimez encore. -Oui. Beaucoup.
-J'en ai tellement connu qui restaient ensemble par convenance,
par confort.
-Là, c'est pas mon cas.
En général, quand je fais un choix, je l'assume. Mais là...
Je sais pas quoi choisir.
-Bref, vous êtes troublée. -Oui.
Y a pas que ça qui me trouble, d'ailleurs.
Est-ce votre pratique de la cour d'assises ou celle du confessionnal
qui vous fait avoir cette vision du mal et du bien
si personnelle ? -Je ne comprends pas.
-Vous avez été juge d'instruction. Vous ne trouvez pas tordu
de fournir un faux alibi
à un criminel ? -Je sais ce que c'est de relâcher
le coupable de trop. C'est la vie qui est tordue.
J'essaie de la redresser.
-Jeanne, attendez. Ecoutez-moi.
Je sais ce que vous avez traversé. -De quoi voulez-vous parler ?
-Vous avez d'autres tatouages, n'est-ce pas ?
Sur la poitrine, pour cacher
des cicatrices.
Vous avez 15 ans, vous êtes
une enfant. Pour rentrer de l'école, vous longez la forêt.
Là, une camionnette s'arrête, une femme en descend. Elle est perdue.
Vous ne voyez pas l'homme à côté. Il fume des menthol
et cette odeur, vous vous en souviendrez toute votre vie.
Le visage de cette femme
aussi.
A la télé, vous la reconnaissez.
On n'oublie pas ses bourreaux.
Alors vous rentrez au couvent
pour tuer Madeleine et faire porter le chapeau
à Garel.
Vous allez couvrir son crime ? -De qui parlez-vous ?
Mais nous pouvons avoir une conversation d'ordre général.
-Une société peut tolérer qu'on se fasse justice soi-même ?
-Non. Vous avez raison.
Sauf si cette justice personnelle rencontre l'intérêt général,
et si, par exemple,
le seul moyen de mettre un meurtrier hors d'état de nuire
est de lui faire endosser
un crime qu'il n'a pas commis. -Y a toujours d'autres moyens.
Cher Dieu,
depuis mes 7 ans, je t'ai pas parlé, mais là,
j'ai vraiment besoin d'aide.
La mère supérieure a raison. Si Jeanne est accusée du meurtre,
Garel est en liberté et là, qui l'empêchera de recommencer ?
A la tienne.
-Je ne l'ai pas tuée.
-Arrête de te foutre de notre gueule !
-Il craquera jamais.
-Ca me donne envie de le fracasser.
-Elle ferait quoi, la blonde ?
-J'en sais rien. Peut-être rien.
Ou peut-être qu'elle serait vénère
et fumerait clope sur clope. -Tu fumes quelles clopes ?
-Combien de fois il faudra que je vous le dise ?
-Jusqu'à
la vérité.
Moi aussi, j'en ai marre. J'ai envie d'un café et d'une clope.
Vous en voulez une ? -Oui.
Ah non, ça fait des années
que je fume plus de menthol. Vous n'avez pas autre chose ?
-Dites-moi, Jeanne,
que comptiez-vous faire après ?
-Je comprends pas. -Après tout ça.
Reprendre vos études,
retrouver Nadia ? -Non. J'ai vraiment trouvé la foi.
Ici, j'ai trouvé ma place,
une vie.
-D'accord.
Je sais pas pourquoi, mais je vous crois. Alors restez.
Mais si vous sortez, je serai dehors,
avec les menottes.
-Attendez !
Je voulais vous dire...
Je voulais pas me venger de Madeleine.
Je suis rentrée au couvent
pour la convaincre de témoigner contre ce salaud.
A l'époque, ma mère m'a pas crue. J'ai pas pu porter plainte.
Madeleine a accepté de m'aider.
Elle m'a promis, fait espérer,
attendre.
Je lui faisais confiance.
Et puis la semaine dernière, il a été trop tard.
Le crime a été prescrit.
Merci.
-Je le fais pas pour vous.
Mais j'ai pas d'autre moyen d'enfermer ce prédateur.
-Vous nous quittez déjà ? -J'ai bien pensé prendre le voile,
mais faut que j'arrête de fumer.
-Votre mari est venu vous chercher ?
-Non. Ca, c'est mon adjoint.
-Je comprends pourquoi vous étiez troublée.
Je prierai pour vous,
commandant. Ce ne sera pas du luxe.
Joyeux Noël.
-Joyeux Noël.
-Pourquoi elle me fixait ?
-Y a pas beaucoup d'hommes, là-dedans. Bravo, pour Garel.
Tu avais raison. J'ai fait fausse route.
-Bravo à toi. Jeanne a fait un sans-faute ou presque.
Très belle mise en scène à un détail près.
Garel ne fume plus de menthol. Elle ne pouvait pas le savoir.
-Que comptes-tu faire ?
-Comme toi.
Allez.
Bon, tu quittes la police, tu rentres dans les ordres ?
-Les voies du Seigneur sont impénétrables.
-Allez, les poireaux.
-MAMAN !
-Mes amours !
Vous m'avez manqué.
-Moi aussi ?
-T'es là ! -Oui.
-Le frigo est vide.
-On fait le réveillon ici ?
-Maman décide. -Chez papa.
Ce sera la dernière fois.
-C'était une surprise ! -Papa a retrouvé du travail !
-A Marseille.
-A Marseille ? Tu...
-C'est pas si loin.
J'aurai les enfants un week-end sur deux. J'ai tellement galéré,
j'ai pas pu dire non.
-Oui, bien sûr. Génial !
-Il a trouvé
un appart près de la plage.
-Ah !
On peut se parler du réveillon,
tous les deux ? -Oui.
-Droit dans les yeux.
Tu le sais depuis quand ?
-Une semaine.
-Quand on a couché ensemble, tu le savais ?
-T'étais fragile !
-Evidemment. Les fleurs, c'était trop beau.
-Candice !
-T'as jamais eu l'intention
de te remettre avec moi en fait. -Toi non plus, je te signale.
Dis donc, t'es vraiment sûre de savoir ce que tu veux ?
Sous-titrage MFP.
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