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Original subtitles

[générique du début]

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[percussions rythmées]

[introduction sur du violon]

[musique lancinante au violon]

[jazz des années 30]

[cri des danseuses]

[rythme au saxophone]

♪ Ah qu'est-ce qu'il y a ♪

♪ Comme filles sensass Et filles terribles ♪

♪ Dans mon quartier ♪

♪ Et moi je vous jure, jamais je me lasse De les prendre pour cible ♪

♪ Et de me placer ♪

♪ Elles sont si belles Quand elles sourient ♪

♪ Qu'elles m'ensorcellent Et je suis pris ♪

♪ Ah mes amis ♪

♪ C'est le paradis ♪

♪ Pour ces poupées qui ont de la classe Moi j'ai de la place ♪

♪ Pour les aimer ♪

♪ Ah qu’est-ce qu’il y a Comme filles sensass dans mon quartier ♪

♪ Ah qu’est-ce qu’il y a Comme filles sensass ♪

♪ Comme filles terribles Dans mon quartier ♪

♪ Quand on n’est pas un morceau de glace C’est très pénible de résister ♪

♪ Quand une me plaît moi je lui dis Que pour son compte je ferai des folies ♪

♪ Ah mes amis, je deviens son chéri ♪

♪ Tout plein d’audace, je me surpasse Et je l’embrasse sans me faire prier ♪

♪ Ah qu’est-ce qu’il y a Comme filles sensass dans mon quartier ♪

[cri des danseuses]

[rythme effréné à trompette et clarinette]

Oh pardon. Garçon !

Excusez-moi.

[rythme à la clarinette]

Bonsoir, Louis.

Toutes mes félicitations, chère docteure.

Comment, vous êtes déjà au courant ?

Tout Paris est au courant.

J’ai lu l’annonce des fiançailles dans le carnet du Figaro ce matin.

[musique effrénée]

Et vous n’approuvez pas ce mariage ?

Au contraire, je pensais simplement que votre mari serait quelqu’un…

disons un homme posé.

[cri de joie du chanteur]

Allons vite, vite, vite ! Dépêchez-vous, dépêchez-vous les filles !

Mais regardez-moi cette gourde ! Encore en retard !

Faut toujours que tu te distingues, toi !

C’est ça le talent, savoir se faire remarquer.

Allez, vite, sautez là-haut, les Charleston. Allez vite !

[musique plus lente]

Je suis tombée amoureuse de lui tout de suite

en le voyant entrer dans mon cabinet de consultation.

II venait se faire psychanalyser ?

Il avait des cauchemars.

Il rêvait toutes les nuits qu’un immense boa s’enroulait

autour de lui et l’étouffait.

Et vous avez trouvé ce que cela voulait dire ?

Immédiatement.

Le serpent, c’est la chaîne.

Quelle chaîne ?

La chaîne du mariage.

Jean désire le mariage de tout son être, mais il en a peur.

- Et vous l’avez guéri ? - Oui.

À sa seconde visite, le boa portait des lunettes.

Vous êtes très forte, docteur !

J’ai le temps, pour une femme, de savoir ce que je veux, et de l’obtenir.

- Pardon ? - Oui ?

Levy veut payer en dollars.

Excusez-moi. Bonne chance, docteur.

Merci, Louis.

[mélodie onirique]

Pardon, excusez-moi.

[la musique continue]

Bonsoir, chérie.

Regardez-moi.

Mon chéri, vous êtes trop nerveux.

C’est épuisant de gesticuler sur scène.

On ferme la boîte quelques jours en attendant le prochain spectacle.

Je vous aurai à moi tous les soirs ?

Oui, chérie.

Tous mes vœux de bonheur.

Merci, ils sont exaucés.

Ce n’est pas tous les jours qu’on tombe sur la femme idéale.

Décidément, je trouve ce Louis Dubrey très sympathique.

Oui.

Vous n’êtes pas emballé ?

Pour moi l’âme de cette maison, c’est le patron, Paul Latour.

- On ne le voit pas souvent. - Malheureusement.

- [en anglais] C’était sublime. - [bavardages animés en anglais]

[rire énergique de femme]

Qu’est-ce que c’est que ces deux types là au fond du bar ?

Je ne sais pas. Ils sont là très souvent depuis quelques temps.

- Bonjour, inspecteur. - Bonjour.

Condoléances, inspecteur.

J’ai appris la nouvelle ce matin par des camarades.

Merci, Lemoine. Vous êtes gentil.

Alors, ce billet de 100 dollars, qu’est-ce que c’est ?

- C’est un faux, inspecteur. - C’est un faux ?

Ah oui, toujours la même série.

Voyez-vous le nez de Lincoln est un peu trop de travers,

et surtout, le filigrane est très pâle.

Allô, ici l’inspecteur Leduc. Dites-moi.

Envoyez moi d’urgence Dupuis au labo. Vous serez gentil.

Ah bon. Merci, merci beaucoup.

Rémy, c’est pour vous,

c’est la téléphoniste qui vous adresse ses condoléances en s’excusant de…

Dites-lui que je suis très touché, répondez.

L’inspecteur est… Ah bon ? Très bien. Merci, merci beaucoup.

- Rémy ? - Oui, dites-moi.

C’est la seconde standardiste qui vous adresse ses condoléances…

Bon, dites-lui merci de ma part…

Entrez.

[Leduc] Merci ma petite, vous êtes gentille.

Je viens d’apprendre pour votre belle-mère, inspecteur.

Toutes mes condoléances.

Merci, Dupuis, vous êtes gentil.

Bon, vous savez que Leduc et moi, nous somme sur l’affaire du Mississipi.

Ah, les faux dollars !

Les faux dollars ! Alors comme je vais être obligé

de remonter près de ma belle-mère,

sûrement pour les formalités,

enfin tout ce qu’il y a à faire. Je vous demanderai de seconder Leduc.

Oui, d’accord patron. Où en est l’affaire ?

[Leduc] On a repéré un maître d’hôtel qui rendait la monnaie en faux dollars,

mais c’est surtout Paul Latour qui nous intéresse, le patron.

Lemoine, vous serez gentil de me chercher la fiche de Latour.

La fiche, d'accord.

De toute façon, Latour doit rentrer ce matin pour le nouveau spectacle.

Oui, pour les répétitions.

C’est quand même pas de chance pour vous patron, une si belle affaire !

Gâchée par ce décès.

Et oui, mais ça c’est la vie, on n’y peut rien.

Je vais vous dire : On finira tous comme ça.

Ah, c’est quand même terrible.

C’est terrible.

C’est terrible parce que quand on se penche sur la question,

on se dit vraiment : "Qu’est-ce qu’on est ?"

- Rien, on est rien. - Et rien…

On est là aujourd’hui. Demain, où sera-t-on ?

Alors…

Je vois l’exemple de ma pauvre belle-mère.

Je la revois à table avec moi devant son cassoulet hier à déjeuner.

- Le cassoulet - Ah oui, le cassoulet…

qu'elle faisait merveilleusement.

- Ah ben je ne savais pas. - Ah oui, ah oui !

- Mieux qu'au restaurant. - Tiens !

Alors là, croyez-moi, vous m'épatez, Rémy.

Moi, je connais un petit bistroquet, le petit Verdun, rue…

Rue Guénégaud ?

C’est une spécialité toulousaine, bien sûr !

- Vous n’êtes jamais allé rue Guénégaud ? - Non.

C'est merveilleux. On mange le cassoulet !

- Mais si, si, allez-y. - Oui, qu’est-ce que c’est ?

La fiche Latour, inspecteur.

Ah bon, faites voir ça.

[Rémy] Paul Latour, arrêté en 1942 pour trafic de devises.

Actuellement, patron du Mississippi.

[Dupuis] C’est sûrement lui le coupable.

[Rémy] On va faire une perquisition à la boîte et le cueillir.

Enfin, je l’espère.

C’est terrible parce qu’il disparaît périodiquement,

et personne ne sait où il va.

Fernand, vous n’avez pas vu mademoiselle ?

Si, monsieur, là.

- Où ça là ? - Là.

- [femme] Merde ! - [père] Oui, c'est elle. Merci, Fernand.

Qu’est-ce que tu fais, Brigitte ?

Nous devrions être partis depuis une heure.

J’essayais de déboucher cette vacherie de régulateur.

Quel vocabulaire !

Ce n’est pas la peine d’être élevée dans le meilleur collège de France.

Ce que tu es vieux-jeu, mon pauvre papa.

Essuie-toi, tu as du cambouis sur la joue.

Si tu nous entendais le soir au dortoir, t'en apprendrais bien d’autres.

Je te crois sur parole.

Maintenant va t’habiller, nous partons dans cinq minutes.

Je devais être au bureau à Paris dans la matinée.

Ta fille, c’est plus important que le bureau !

J'ai un cargo à quai au Havre.

Je vais m’occuper tout de suite des formalités de douane.

- Qu’est-ce que tu fais ? - [Brigitte] Je vais me tremper.

[père] Brigitte tu n’es pas sérieuse.

C’est très important, la douane.

Sois gentille, dépêche-toi. Allons !

Mais il arrose la piscine celui-là !

[père] Brigitte !

[père] Brigitte ! Brigitte ! Sors de l’eau.

Si tu ne sors pas, je ne passerai pas le prochain week-end avec toi.

Brigitte, tu es insupportable. Dépêche-toi. Brigitte !

[essoufflée, elle fait clapoter l'eau]

Tes cheveux sont trempés. À quelle heure arriverons-nous au collège ?

Ta directrice va être furieuse.

Je m’assieds dessus cette vieille toupie.

Brigitte, surveille ton langage, au moins en ma présence.

Je te le promets, papa chéri.

Ah crotte, je suis mouillée.

Ah zut, j’ai dit crotte. Je te demande pardon papa.

[musique douce]

C’est un grand bébé.

Un bébé comme ça… mon rêve.

[en anglais] Une deux, une deux, une deux.

[en français] Vous prenez trop d’eau.

[en anglais] Une deux, jambes, corps, bras.

One two, mais Monsieur ne flanque pas sa pelle dans l’eau.

[cri autoritaire en anglais] Plus vite !

Une deux, une deux, une deux.

[soupire de fatigue]

[en français] Si Monsieur sue, c’est que Monsieur s’y prend mal.

Ah ben, je voudrais t’y voir !

Quand j’étais à Londres, au service de la Duchesse de Kent,

j’entraînais l’héritier.

L’héritier était très doué, il ne suait pas.

Évidemment, à Londres il fait froid.

Mais ce n’est pas une question de climat, Monsieur,

mais de rationalisation de l’effort.

Si Monsieur décomposait ces trois mouvements de base :

jambes, corps, bras, au lieu de tout faire en même temps,

Monsieur ne suerait pas, ou du moins, moins.

- Pardon ? - Ou du moins, moins.

- Ah oui ! - [on sonne à la porte]

Pardon !

- [homme] Bonjour, Docteur ! - Bonjour, Jérôme.

Qu’est-ce que vous étiez en train de faire, Jean ?

Eh bien, je décomposais mon amour, pour ne pas suer.

Quelle horreur.

Choisissez un autre sport.

Le golf, le cricket, le tir au pigeon, quelque chose de plus décent,

et qui ne vous mette pas dans cet état.

Promis, c'est très gentil d'être venue me voir.

Vous avez surement oublié que nous faisons publier nos bons ce matin.

- Ah ce matin c'est pas possible. - Ça, c'est trop fort !

Ah non, non, non, j'ai une répétition au Mississippi.

Paul Latour sera là, je ne peux pas le faire attendre.

Et notre mariage, lui, peut attendre.

Hein ? Mais non, mais non, mon amour.

Non, vous ne comprenez pas ce que je veux vous dire.

[musique burlesque à la flûte]

Oh, vous êtes un enfant !

Nous allons passer à la mairie, il y en a pour un demi-heure

Et ensuite vous irez à votre répétition.

[chant des oiseaux]

[Brigitte] Oh papa ! Arrête !

Qu'est-ce qu’il y a ?

Tu me laisses conduire pour arriver au collège ?

Je voudrais épater les copines.

J’ai besoin de ma voiture pour rentrer à Paris.

Je ferai attention. Si je passe la philo, tu me la donnes ?

Promis.

Plus qu’un an dans cette sale boîte, après tu plaques tes affaires,

et on mène la vie d’amoureux tous les deux.

Entendu, ma chérie.

La marche avant, c’est comme ça ?

[musique burlesque]

Attention !

[père] Brigitte, il y a des gens dans la cour, ralentis.

Freine, Brigitte !

- [père] Brigitte ! - [crissement de pneus]

Brigitte, enfin ! Mes hommages, madame la directrice.

Vous nous rendez notre petite Brigitte ?

- Oui. - A-t-elle eu un bon week-end ?

Excellent.

Elle a vraiment pris très bonne mine.

[père] Brigitte, Brigitte, dis bonjour à madame la directrice.

[voiture qui démarre] [Brigitte qui crie de peur]

C’est un grand bébé.

[pas lourd de l'homme]

- Allez. - Ma veste.

- Bonjour, Emile, ça va ? - Ça pourrait aller mieux.

J’ai fait publier mes bons, ça y est, je me suis passé la chaîne au cou.

C’est le jour.

- Monsieur Clery ? - Oui.

Suivez-moi, l’inspecteur Leduc voudrait vous parler.

- Qu’est-ce que ça veut dire ? - Quelques questions à vous poser.

Paul Latour ne vous a pas prévenu qu’il ne viendrait pas ce matin ?

Non, je vous l'affirme. Il est peut-être en retard.

Espérons.

Jean, imaginez-vous qu’on écoule de la fausse monnaie au Mississippi.

Oui, oui, merci, je suis assez grand pour m’expliquer.

- Inspecteur Leduc. - Très heureux, inspecteur.

Vous connaissez Paul Latour ?

C’est mon meilleur ami, je lui dois pratiquement ma carrière.

- Ah, vous êtes intimes ? - Absolument.

- Où est-il ? - Je ne sais pas.

M. Latour ne se confie pas volontiers, même à ses amis.

Oui, je m’en aperçois.

J’ai bien mon idée là-dessus.

Donnez-la.

Je me trompe peut-être, mais je crois que Latour a une fille.

Je l’ai entendu téléphoner plusieurs fois en Province.

Où ça ?

Je ne peux pas répondre avec précision, c’était un collège.

Vous saviez que Paul Latour avait une fille ?

- Euh… non, non. - Non.

11 h 40. À quelle heure devait-il être ici ?

10 h.

Bon. Attendons.

Pardon, Madame, puis-je utiliser le téléphone ?

- Allez-y. - Merci.

On ne va pas se les rouler jusqu’à demain, non ?

Vous pouvez reprendre la répétition.

Alors, en place les filles !

[rire goguenard]

Vous faites un métier passionnant, mon vieux.

[téléphone qui sonne]

Allô ? Ah oui, oui, c’est moi. Ah ma chérie !

[Jean] Ah mon amour, c'est gentil de m’avoir appelé. Écoute-moi.

Je trouve la plaisanterie idiote, Jean.

[Jean] Voyons, mais ne t'affole pas.

Je t’aurais appelé avant, mais la police est au Mississippi.

Oui, je suis occupé avec un inspecteur.

Ah ma petite caille, ce n’est pas une histoire qui regarde les femmes.

Je peux te voir après la répétition.

Chez toi ?

[Jean] Ce serait trop imprudent, je suis fiancé, chérie.

Alors chez Paul, rue des Martyrs ?

[Jean] Ah ah, mais que dis-tu ?

Alors où ? Pas à la Tour Eiffel tout de même ?

[Jean] Si, c’est une très bonne idée. j'y serai dans deux heures.

Au revoir ma petite caille, je t’embrasse.

C’était la petite Lefèvre.

Ah ! Ah ! Les femmes !

[klaxon du bateau]

C’est la seule photo de Brigitte que j’ai sur moi.

Elle a un peu changé depuis.

Sa mère était danseuse, elle m’a quittée quand Brigitte avait trois ans.

Depuis je l’ai élevée en la tenant à l’écart du milieu du music-hall.

Elle me prend pour un riche armateur.

Quand elle va découvrir la vérité…

Oh, elle n’en saura rien, ça va s’arranger.

Oh je crains bien que non.

Le mec qui a fait ça joue sur le fait que j’ai été arrêté

pour trafic d’or pendant l’occupation.

[touriste japonaise parle à côté]

S’il y a un coup dur, c’est moi qu’on arrête.

Il a peut-être même fabriqué des preuves.

[musique burlesque]

[parle en japonais]

Ah, appareil japonais, très bon.

Très bonne mécanique et pas cher.

Ah non, vous êtes trop gentil. Je ne saurais accepter…

Il veut que tu les photographies.

- Ah oui. - [touriste japonais] Si, si.

[Jean] Attention, ne bougez pas. Souriez.

Voilà.

Merci.

- [musique burlesque] - [gong qui résonne]

Mais si tu es innocent, tu dois pouvoir l’établir.

Peut-être, mais c’est la préventive,

le scandale, la petite fichue à la porte de son collège.

La police va l'interroger, elle va me voir en prison,

Ah non ce n’est pas possible, je ne peux accepter ça !

Alors, qu’est-ce que tu vas faire ?

Passer la frontière Suisse en fraude.

À Lausanne, je pourrai contacter un type que je connais.

C’est un truand mais…

par lui je pourrai peut-être savoir qui est derrière ce trafic.

[homme parle en japonais]

Ils veulent nous photographier maintenant. On ne peut pas refuser.

- Ah oui. - Si, si.

[musique burlesque]

[gong qui résonne]

Et si la police retrouve ta fille ?

Je ne laisserai pas faire ça.

Elle apprendra un jour la vérité.

Plus tard. Et surtout pas de la bouche de la police !

C’est encore un bébé.

Jean, veux-tu me rendre un grand service ?

Bien sûr.

[voix de femme] Brigitte est au studio avec ses camarades.

Les chers enfant répètent leur danse champêtre grecque,

pour notre fête annuelle de charité.

Je pensais que ma nièce serait prête.

Brigitte a tenu à répéter une dernière fois.

Elle a une vraie passion pour la danse, la petite.

- C’est de famille. - Ah oui !

[il sursaute] Notre père a inventé le tango.

C’est adorable !

Puisque vous êtes connaisseur, vous assisterez bien à la répétition ?

Vous verrez, elles sont charmantes.

Je vous crois, mais je suis pressé.

Vous avez bien quelques minutes.

[musique classique doucereuse]

Prince Igor de Igonovisch Virinsky, Marquis de Saint-Fois.

- Terriblement honoré. - Très heureux, monsieur.

Ah, mais c’est devenu une grande jeune fille !

Mais qu’est-ce qu’il lui prend à ce vieux jeton ?

Mademoiselle Delue, surveillez vos expressions !

Mais iI me pelote !

[petit rire] Ah, elle est un peu vive, mais très gentille.

Eh bien, Brigitte.

Brigitte, vous n’embrassez pas votre oncle ?

Elle ne peut pas me reconnaître,

je la faisais sauter toute nue sur mes genoux. Il y a 15 ans.

C’est un vieux cochon.

Eh bien, voilà, venez Brigitte. Mes hommages, Madame.

Ah non, Marquis, non.

Vous devez me donner votre opinion sur les danses champêtres.

Igor, voulez-vous reprendre pour Monsieur le Marquis ?

Un, deux.

[musique classique doucereuse]

[l'interrupteur sonne]

[musique classique en fond]

Nous devons voir la directrice d’urgence.

Entrez, Messieurs.

[musique classique doucereuse]

Ravissant, ravissant ! Mes hommages, Madame.

Mais vous n’avez pas vu le plus intéressant.

Igor, montrez-nous ce mouvement en couronne si joli.

Vous savez, la prière de Thétis.

Oui Madame. En place s’il vous plaît. Un, deux.

[musique classique plus rapide]

Je vous demande pardon, mais restez, je reviens dans une minute.

L’arrangement musical est de moi.

Excellent !

Impossible juger. Piano infect.

Est-ce que vous avez parmi vos pensionnaires une nommée…

Latour, Brigitte Latour ?

- Oui. - Ah !

Quelqu'un va peut-être essayer d’entrer en contact avec elle.

Oui, son oncle est là.

Où est-il ?

Mais cet individu est recherché par la police.

Il est prêt à tout !

Et vraisemblablement armé.

Oui.

- [elle défaillit] - Madame, Madame ! Où est-il ?

- Là… - Là, chef.

[musique à suspense]

Dehors ! On frappe avant d’entrer !

Ne vous affolez pas mesdemoiselles !

Dehors, ou j’appelle la directrice.

Un, deux, trois.

Dehors, j’ai dit, par Saint Nicolas !

- [il grogne] - Attention.

- [le pianiste bafouille des inepties] - [Jean] Pas d'énervement, du calme !

Je suis le Prince Igor de Virinsky !

[la directrice] Arrêtez, c’est une erreur.

Le tueur c’est lui !

[cris affolés des demoiselles]

[Brigitte sursaute]

Allez, venez, n’ayez pas peur, venez !

Mais qu’est-ce que ça veut dire ?

Votre papa nous attend en Suisse.

Je sais, il me l’a dit par téléphone.

- Pourquoi ils veulent vous arrêter ? - Je n’en sais rien.

C’est bien ce que je pensais.

Vous pensiez quoi ?

Papa est un des chefs du deuxième bureau.

Il vous a chargé de me conduire près de lui,

mais les autres ont tout découvert.

Et il envoie de faux gendarmes pour m’empêcher de vous emmener.

C’est limpide. Venez, la porte va rendre l’âme.

Je ne suis pas habillée !

Mais où sont vos vêtements ?

Au vestiaire, suivez-moi.

On n’y arrivera pas, brigadier, c’est impossible.

Impossible n'est pas juste.

[musique de fond]

[tout le monde sursaute]

[grand brouhaha]

Qu'est-ce qu’on entend ?

Attention, les voilà !

- Là, pardon mademoiselle. - [elle sursaute]

[homme] Oh, où est-ce qu'il est passé ?

[ils glissent sur le tapis] [grand brouhaha]

[le brouhaha continue]

Pardon.

- Le voilà ! - [tout le monde s'affole en le voyant]

Tant pis pour les vêtements.

Conduisez-moi jusqu'au verger, j’ai laissé ma voiture derrière le mur.

- Par ici - [Jean] Bien.

- Ce coup là, j'y vais chef. - C'est ça, allez !

- [sa tête résonne contre la porte] - [les cloches sonnent]

[Igor] Laissez faire !

[le policier se réjouit]

[tout le monde crie]

[brouhaha]

[chant des oiseaux]

[musique douce]

[la porte grince]

[les demoiselles crient dans la cour]

[la cloche sonne]

[les demoiselles s'écrient]

[elles sursautent quand il tombe]

[la directrice] Ils me l'ont tué !

- Je peux me relever ? - Ah, non pas encore,

Nous avons un village à traverser.

Je vous aime mieux comme ça. Vous ressemblez à Jean Clery.

C'est moi.

Formidable !

Être enlevée au clair de lune par une étoile de la chanson.

[ricane] Il y a de quoi rêver.

Vous êtes romantique ?

Pas plus qu'une autre.

Vous avouerez qu'il en faut moins que ça pour tomber amoureux.

Oh, pas de blague.

Ah, ah, ah, vous avez l’air sinistre.

À quoi pensez-vous ?

Au docteur et à Jérôme.

Connais pas.

Ça doit pas être facile.

- Mes fesses. - Pardon ?

J’ai mal aux fesses !

[il rigole] Vous pouvez vous relever maintenant.

Où allons-nous ?

Chez moi. Comment voulez-vous qu’on passe la frontière ?

Vous êtes à moitié nue, sans papier,

et traquée par une meute d’espions sanguinaires.

[musique à suspense]

Chut, ne faites pas de bruit.

[musique angoissante au violon]

Vous allez aller dormir.

J’expliquerai votre présence à Jérôme quand il descendra.

[il se racle la gorge] Déjà debout, Jérôme ?

II est 7 h 30, Monsieur.

Oui, j’étais à Cézanne chez ma tante Renée.

Elle entre en clinique se faire opérer.

Et c’est à Cézanne que Monsieur a trouvé cette danseuse de strip-tease ?

C’est une jeune fille, Jérôme.

Monsieur veut dire une fillette. Elle est habillée très, très jeune.

Oh vous, la danseuse hawaïenne, je vous conseille de parler.

C’est une parente de Monsieur ?

Non, non, je l’ai trouvée.

À la place de Monsieur, je l’aurais rendue à ses parents.

Elle ne les connaît pas, la pauvre.

Orpheline ?

Non, amnésique.

Elle ne sait ni son nom, ni son âge, ni d’où elle vient.

Dans ce cas, il fallait la déposer à la première gendarmerie venue.

Je l’ai trouvée à côté d’ici, rue Pigalle.

Elle sera tombée d’un cirque !

- Soyez poli, vous, hein ! - Du calme !

Je vais avertir la police. D’ici 24 h, tout sera arrangé.

Je l’espère.

Va préparer la chambre, elle a besoin de dormir.

- Et Monsieur ? - Je m’installerai ici, sur un fauteuil.

J’hésite, j’hésite à mettre cette personne dans le lit de Monsieur.

Ce n’est pas sain. Elle a peut-être des puces.

Dites donc, mal lavé !

Va préparer la chambre, Jérôme.

Danseuse Hawaïenne, ça pouvait encore passer, mais mal lavé, jamais !

Tu auras des excuses.

Ah, ça s’annonce bien !

Je ne peux pas entendre parler de puces sans commencer à me gratter.

Il n’y a plus de domestique comme Jérôme à notre époque.

C’est une race qui s’éteint.

Tant mieux.

Il a servi le Duc de Windsor.

Pendant trois ans, il a été majordome de la Duchesse de Kent.

C’est pas une raison pour insinuer que j’ai des puces.

Il supposait, sans plus.

Savez-vous que sa mère est dame de compagnie de la Reine de Suède ?

Soyez gentille, faites un effort, demandez-lui pardon.

Pour vous, je veux bien.

Mademoiselle peut monter. Elle trouvera un pyjama… sur le lit.

Je vous demande pardon. Il faut se mettre à genoux ?

Non, au lit !

Oh mais j’y pense, il faudrait lui acheter des robes à cette petite.

[Brigitte] Tour de taille 50. Tour de poitrine 90 et les chaussures, du 36.

- [il glousse] - [le téléphone sonne]

- Tu t’en rappelleras, hein ? - Oui, Monsieur.

Allô, oui ? Oui, mademoiselle, oui.

Mais, j’en ai pour la matinée, Monsieur.

Oui, c’est moi, mademoiselle.

Monsieur ne m’en voudra pas s’il déjeune à 15 h.

Oui, mais je ne serai pas là.

Mais si mademoiselle, mais si je suis là. J’ai répétition.

Prenez aussi un porte-jarretelle et des bas. Et une chemise de nuit.

Une chemise de nuit ?

On ne sait jamais, l’enquête peut se prolonger.

Souhaitons, Monsieur, que la police soit bien faite.

Allô, oui, c’est toi, Paul ?

[Jean] Ça n’a pas marché ? Elle est là, elle est là.

Je suis arrivé trop tard. Ils étaient déjà prévenus.

Et ton ami t’a donné les renseignements que tu attendais ?

Qui ? Mylord ?

Non ça ne me dit rien. C’est une piste intéressante.

Absolument adorable. Bonne chance, Paul.

- C’est Papa ? - Oui, il m’a dit de vous embrasser.

[musique douce au violon]

II va venir ?

D’ici deux ou trois jours, il doit se procurer un passeport pour vous.

Si les espions me découvrent ici ?

Il y a peu de chances.

- On ne sait jamais. - [il baille] Eh bien faudra tuer.

Maintenant, allez vous coucher.

Je lui ai dit que vous étiez gentille, ne me faites pas mentir.

- Bonne nuit. - Bonne nuit.

S'il arrive quelque chose, n’hésitez pas à m’appeler au secours.

[il glousse] D’accord.

[on sonne à la porte]

[musique à suspense]

[on sonne à la porte]

Bonjour, Monsieur Clery. Je craignais de vous réveiller.

Les artistes, ce n’est pas matinal, hein ?

Je faisais ma culture physique.

Eh oui. Vous êtes seul ?

Oui, je suis seul.

Enfin, je veux dire… on peut parler ?

Comme je sais que vous êtes fiancé,

je ne voudrais pas troubler un tête-à-tête d’amoureux, hein ?

Je sais ce que c’est.

[il baille] Oui, mais ma fiancée n’est pas là.

[Leduc] Connaissez-vous quelqu’un qu’on appelle Mylord ?

Mylord ? Non, non, ça ne me dit rien.

Parmi les documents saisis hier au Mississippi,

nous avons trouvé, en cherchant parmi la correspondance,

plusieurs lettres adressées à un certain Mylord.

Oh pardon, la fumée vous dérange ?

[il se racle la gorge] Oui, mes cordes vocales.

Les cordes vocales.

Pardon. Merci.

Je sais d’une façon certaine que ce Mylord est en liaison

avec le reste de l’organisation.

[l'eau coule dans la salle de bain]

Ah, la bonne est en train de préparer mon bain,

je vais lui dire d’arrêter.

Ah, je n’en ai que pour une seconde. Pas de nouvelles de Paul Latour ?

- Non. - Non, non.

Vous n’avez jamais entendu personne l’appeler Mylord ?

- Ah non, non. - Non plus. Cherchez bien Monsieur Clery.

[musique angoissante] Je cherche, Monsieur, je cherche…

[il chante] ♪ Allez-vous en, allez-vous en Ne brisez pas ma vie ! Allez-vous en ♪

♪ Ne brisez pas ma vie ♪

Oui, c’est une idée musicale. Alors dès que j’en trouve, hein !

Je comprends, c'est pas mal du tout, c’est très bien rythmé.

- Ta ta ta … - [il joue au piano]

Un peu haut pour moi peut-être.

Monsieur, voici les vêtements. Qu’en fais-je ?

Pose ça sur la marche.

Vraiment inspecteur, je n’ai jamais entendu parler de ce Mylord.

Ah, Monsieur est de la police.

Il vient nous débarrasser de la demoiselle de la rue Pigalle.

Ne faites pas attention, c’est mon valet de chambre, très gentil mais il boit.

Bon, eh bien je vais vous laisser.

Si vous apprenez quelque chose qui puisse nous être utile,

ne manquez pas de me le communiquer.

Oui, oui, je vous le communiquerai.

Vous pouvez m’appeler au bureau,

j’ai une ligne directe : Laborde 12 34.

C’est facile à retenir : 1, 2, 3 et 4.

- C’est ça. - Oh pardon, mon chapeau.

[musique angoissante]

[elle fait tomber les cartons]

Crotte !

C’est ma petite bonne.

Ah ouais.

Vous ne devez pas vous ennuyer hein ? Et vous avez raison.

Après tout, vous n’êtes pas encore marié.

Non. Allez, au revoir inspecteur.

Au revoir, mon cher M. Clery.

- Au revoir. Et à bientôt. - C’est ça. À bientôt, j’espère.

- Pardon. - Je vous en prie.

Qu’est-ce qu’il s’est passé ? J’y comprenais rien à vos signes.

- C’était un policier. - Un faux ?

Non, un vrai, tout ce qu’il y a de plus vrai.

Oh bon, vous m’avez fait peur.

- Jérôme. - Voilà, Monsieur.

Prépare ma chemise et mon smoking, je dîne avec le docteur ce soir.

- Bien, Monsieur. - Mon bain !

Mon parquet !

Mais vous ne pouviez pas faire attention !

Pardon !

Monsieur croit que je peux tout faire.

Courir les maisons de couture,

colmater les inondations,

nourrir les amnésiques que Monsieur ramène chez lui,

et en plus, repasser la chemise à plis !

Oh ça, je peux le faire.

Comme dit la Reine de Suède à ma mère :

"Chacun à sa place et les vaches seront bien gardées".

Mais si, elle peut t’aider. Bon alors, je file au Mississippi.

J’ai une répétition et je suis déjà en retard.

Et surtout, ne la laisse pas sortir.

L’inspecteur m’a demandé de veiller sur elle

- tant que l’enquête n’est pas terminée. - Par dessus le marché !

Je ne demande qu’à me rendre utile.

Vous me direz ce qu’il faut faire.

Bon, bon, nous verrons.

[musique burlesque]

[Boucher] Et un kilo de rumsteck !

Le poker, ça tient toujours ?

Oh oui, le patron sort ce soir avec son toubib. Voilà.

Merci, docteur ! Je viendrai avec Ernest et Mimile.

D'accord.

Tiens, salut, Mme Pâquerette !

Bonsoir, beau blond.

Je suis venue te dire bonjour avant de commencer ma soirée.

[Jérôme] C'est gentil.

C’est très gentil,

mais je suis un peu débordé de travail. Tu ne voudrais pas plutôt passer demain ?

- Alors, polisson, on fait plus la bise ? - Si, si.

[Mme Pâquerette] T’en fais un bobine, fiston !

[Jérôme] Maman, je t’ai déjà demandé de ne pas m’appeler fiston ici.

Le patron n’est pas là, je n’ai pas vu sa voiture.

Mais il y a…

Vous avez un fils charmant, Madame.

À propos, vous ferez mes amitiés à la Reine de Suède.

Je l’adore cette chère vieille folle.

Mademoiselle, vous avez une bonne petite frimousse, hein.

Ce n’est pas l’opinion de votre fils !

- Vous ne voulez pas de mal à mon Jérôme ? - Aucun, Madame.

Mademoiselle, autant vous le dire maintenant,

le Duc de Kent, la Princesse de Windsor, la Reine de Suède, c’était pour me…

Mademoiselle comprend ?

Vous n’allez pas faire perdre sa place à mon petit ! Une si bonne place !

Qu’est-ce que je deviendrai moi ?

Et si Monsieur apprenait la vérité, ça lui ferait tant de peine.

- [musique au piano] - [discussions au loin]

Plus vite, plus vite, plus vite !

Ah, ils en font un pétard !

[ils crient]

Stop. Au moment où je quitte le micro,

j’aimerais qu’elles fassent le même mouvement que moi. Je vais leur montrer.

Regardez.

[il claque des doigts]

Ils ont interrogé Emile toute la nuit.

Et alors ?

Alors, rien.

Vous serez prêts ? Vous tenez absolument à passer demain ?

Oui, débrouillez-vous.

[il soupire] Bon.

Allons, reprenons. À vos places.

- [ils se donnent des directives] - [ils crient]

[le téléphone sonne]

Allô, oui, oui, Jérôme, c’est moi.

Je rentrerai plus tard que je pensais.

Si le docteur téléphone, dis-lui que je passerai le prendre vers 9 h.

Bien, Monsieur.

Comment va Bri… Mlle Pigalle ?

Elle va très bien, Monsieur.

Elle a repassé ma chemise ?

- [Jérôme] Oui, Monsieur. - Avec tous les plis ?

Je ne sais pas, Monsieur.

Tu ne vas pas me dire qu’elle est roussie ?

Ah, elle n’est pas roussie Monsieur, elle… elle est brûlée.

Jérôme, dis-moi la vérité. Que se passe t-il ?

- [musique burlesque] - Une bêtise, Monsieur.

Le fer a brûlé la chemise et a traversé la planche à repasser.

- Et alors ? - Il est arrivé sur le tapis de Smyrne.

Le tapis, en se consumant, a enflammé la chaise

sur laquelle était posée votre smoking.

Et comment est-il ?

Carbonisé, Monsieur.

Et maintenant que se passe-t-il ?

Oh mais maintenant tout va bien, Monsieur, ils sont là.

- Qui ? - Les pompiers, Monsieur.

À propos, dois-je leur donner quelque chose ?

J’arrive.

[musique inquiétante]

Ma parole, il y a le feu chez lui !

[ils se cognent et crient]

[ils vocifèrent]

Qu’est-ce que je vais prendre !

II fallait bien que j’avertisse Monsieur.

Oh, vous avez bien fait. De toutes façons, il s'en serait aperçu en rentrant.

C’est probable.

Ces messieurs prendront bien un petit verre ?

Volontiers, on n’est pas au régime sec.

[Jérôme] Je vous en prie.

[musique inquiétante]

Encore merci.

[Jean] Jérôme !

Jérôme !

Monsieur m’a appelé ?

Tu es un âne !

Monsieur perd son self contrôle.

J’ai dit un âne ! Je retiendrai cet incendie sur tes gages.

Quand nous nous sommes échoués dans le Golf Persique,

avec le Duc de Windsor,

Monsieur le Duc n’a pas cru devoir retenir le prix de son yacht sur mes gages.

- [elle pleurniche] - [on sonne à la porte]

Pardon.

C’est de ma faute. Je ne fais que des bêtises.

Je vous demande pardon.

- Allons, ne pleurez pas. - [on sonne à la porte]

Tout le monde fait des bêtises.

Allons, n’en parlons plus.

[soupir de soulagement] Oh si, c’est affreux ce que j’ai fait, affreux.

- Salut, docteur, on vient pour le poker. - [Jérôme chuchote] Chut !

Le patron n’est pas encore parti.

Vous êtes si gentil, si gentil.

Et tout ce que je trouve à faire pour vous remercier,

c’est de brûler votre maison.

Mais ce n’est rien,

ces rideaux étaient horribles, on en prendra des neufs,

ça sera plus joli qu’avant, hein ?

Et le smoking ?

J'ai gâché votre soirée.

Ah, au contraire, c'était une corvée.

Oh, vous dites ça pour me faire plaisir.

Mais non, je te jure que non. Tu vois, j'étais invité chez des gens très snobs

et très ennuyeux. Tiens, regarde, dans le genre :

[il imite un accent] Bonjour ma chère. Quel dommage, je ne vous ai pas vue hier.

- Et alors ? - Bah…

Je vais voir ce qu'il se passe.

[ils se raclent la gorge]

Oh bonjour, Excellence, mais toujours aussi vert.

Mon cher ami, 85 ans, trois maîtresses, toute ma tête !

Eh bien, ça ne va pas fort pour le patron depuis ce matin !

Mais quelle est cette ravissante enfant là-bas ?

On en croquerait !

Ah je ne sais pas, je ne sais pas. C’est peut-être Cendrillon.

[elle glousse]

[jazz lancinant]

Je ne vous ai jamais vue Mademoiselle.

Jamais.

Pourquoi ne dansez-vous pas ?

Je voudrais bien, Monsieur, mais je dois quitter le bal à minuit.

Nous avons cinq minutes.

À moi vous pouvez le dire, vous êtes Cendrillon.

Ah non Monsieur, je suis la fille d’un pirate !

Un salon n’est pas un endroit pour la fille d’un pirate.

Je cherche quelqu’un qui m’arrache à ma vie d’aventure.

Et vous l’avez trouvé ?

Ils ont bien trop peur !

Peur de vous ?

Ils me croient cruelle.

Et pourtant sur le navire de papa,

après le pillage, j’embrasse toujours ceux qui vont mourir.

Ah, je me sens partir, mon cœur faiblit.

Vous mentez, Monsieur.

Il est gaillard votre cœur. Tic Tac Tic Tac.

- Quelle heure est-il ? - Encore une minute.

C’est presque fini.

Il fallait qu’un jeune homme me prenne la main,

y pose un baiser, et prononce le mot magique.

Avant le dernier coup de minuit ?

Oui.

[jazz lancinant]

[le téléphone sonne]

Minuit.

[le téléphone sonne]

Adieu, Monsieur.

Allô ?

Ah oui, j’ai eu quelques ennuis ménagers, Docteur, ma maison a brûlé.

Pourquoi je vous appelle Docteur ? Je ne sais pas.

Ah bon, ma maison a brûlé. Mais je ne veux pas en faire un plat.

J’ai dit un plat. Un plat. Bizarre ?

Non, ce n’est pas bizarre.

Nous n’irons pas chez Loulou.

Allons, ne vous énervez pas, je viens.

Jérôme ! Sors-moi un costume foncé.

Tout de suite.

Je tiens à prévenir Monsieur que je reçois quelques amis ce soir.

- D’accord. - Qui c'est ce docteur ?

- [Jean] Ma fiancée. - [musique gênée]

Comment est-elle ?

[Jean] Sa photo est sur la petite table.

Ah c’est elle !

Elle est jolie.

Elle doit être intelligente.

[Jean] Réunir ces deux qualités chez une femme, c’est rare.

Moi, je suis un vrai cancre.

J’ai passé mon premier bac à 17 ans et encore.

C’est parce que j’ai copié à l’écrit et fait de l’œil à l'examinateur à l’oral.

Lili, à quel âge avez-vous passé votre premier bac ?

- À 15 ans. - [petit rire]

Et vous aviez fait de l’œil à l’examinateur ?

Pour qui me prenez-vous ?

Non c’était peur savoir si c’était courant de faire de l’œil à l’examinateur ?

Non ce n’est pas une pratique très recommandable.

Ah vous avez raison.

[musique lancinante]

Pour dormir, vous seriez mieux chez vous.

- Oh non. - Ne soyez pas grossier !

Non, non, ne croyez pas cela, vous m’avez mal compris.

Chez moi, ce n’est pas possible, il n’arrive que des catastrophes.

Dans ce cas, je vous permets de dormir ici.

Vous n’avez pas peur de moi ?

[musique lancinante]

Dès que je suis dans vos bras, je m’enflamme.

Ah non !

Qu’est-ce qui vous prend ?

Vous avez eu un mot malheureux.

Mais vous êtes impossible, ce soir.

Sortons dîner, ça vous fera du bien.

C’est une très bonne idée, j'ai une de ces faims

Où voulez-vous aller ?

J’ai entendu parler d’un petit restaurant charmant près de l’Etoile.

Nous pourrions l’essayer. Ça s’appelle "Le Pirate".

Qu’est-ce que j’ai dit encore ?

Vous avez dit "Le Pirate" ?

Je ne devais pas dire "Le Pirate" ?

Ah si, vous pouviez le dire. Mais pourquoi l’avez-vous dit ?

Je l’ai dit parce que je l’ai dit.

Mais qu’est-ce que ça veut dire ?

Oh ça ne veut rien dire.

Allez on y va !

Je voudrais jouer aussi.

Ah, le poker est un jeu difficile, Mademoiselle.

Mais je sais jouer.

Oui… Et si Monsieur apprenait ça ?

Il aimerait sûrement mieux apprendre ça que d'autres choses que je connais.

Peu importe.

Jérôme, prêtez-moi 1.000 francs.

- À six, la quinte bat le brelan. - Oui.

On a le droit de blinder ?

Oui. Alors on cave à 1 500, d’accord ?

Avec moi vous allez souffrir hein.

[blues au tempo lent]

Trois cartes.

Lessivé.

Et pourtant…

100 plus 50.

[petite toux] Plus 200.

100 de mieux.

Plus 50.

Ton tapis.

Oh ça va, je me dégonfle.

Mais je suis sûr qu'elle bluffait.

Alors fallait voir !

Mademoiselle pourrait encore me prêter 1 000 francs ?

Naturellement.

[rire joyeux]

L’orchestre était de premier ordre.

Vous dansez merveilleusement.

[musique lancinante]

[sirène de police]

Un pressentiment.

Ah vous ! Avec vos catastrophes et vos pressentiments !

- [musique lancinante] - [le téléphone sonne]

- Laissez sonner. - C'est peut-être pour moi.

Ça ne fait rien.

Allô oui ? Oui, c’est moi Jérôme. Une seconde.

Vous voyez, j’avais raison.

Je reviens tout de suite.

Oui, oui, oui.

Qu’est-ce qui est encore arrivé ?

Eh bien mademoiselle, Monsieur, elle est en prison.

Hein ! Et la police me cherche aussi ?

Non, Monsieur, on ne m’a pas demandé où vous étiez.

J’accouche aussi vite que je peux Monsieur.

Mes amis, en partant, ont échangé sur le trottoir

quelques réflexions maladroites avec des représentant de l’ordre.

Mademoiselle est descendue pour prendre leur parti,

et elle a donné à messieurs les agents, des noms

qu’elle n’aurait peut-être pas dû.

Pauvre petite. Dieu sait ce qu’ils lui font subir.

On m'a téléphoné du commissariat pour savoir

si Mademoiselle était bien la sœur de Monsieur.

Situation déli…

Monsieur devrait comprendre

que je ne peux pas accoucher de la charrue avant les bœufs.

Oui, j’ai répondu que Monsieur était effectivement le frère de Mademoiselle.

Ça doit être affreux pour elle. Oui, je ne perds pas une seconde.

De qui s’agit-il ?

De qui ? De qui ?

Ma tante Renée, évidemment. Vous en avez de bonnes !

C’est la première fois que j’en entends parler.

Qu'est-ce qu'il lui arrive ?

Ben, elle entre en clinique. Elle se fait opérer de la vésicule biliaire.

Pauvre femme.

Allons, voyons chéri, détendez-vous.

Essayez de ne pas y penser.

Nous sommes si bien tous les deux.

Lili, vous voudriez que je m’abandonne au plaisir

pendant qu’on enlève la vésicule de ma tante ?

Pour qui me prenez-vous ?

Jean ! Où allez-vous ?

À la clinique.

- [musique joyeuse au tambour] - [chant du perroquet]

[chant du perroquet]

[le perroquet dit : "Un point c'est tout"]

- [trompette et tambour] - [cris du perroquet]

Je vais lui tordre le cou !

Vous n’avez pas le droit ! Lâche !

Laisse tomber, on l’enverra à la fourrière tout à l’heure.

[musique joyeuse tambour et trompette]

[les ballons éclatent]

Vos gueules là dedans !

[musique joyeuse]

Bonjour Messieurs. Je suis Jean Clery, je viens chercher ma sœur.

Ah, c’est pas trop tôt !

- Donnez-moi vos papiers. - Oui.

On vous reconnaît bien sûr, mais c’est pour faire les choses en règle.

J’emporte le perroquet, je ne veux pas qu’il aille à la fourrière.

Je retrouverai son propriétaire moi-même.

- Je ne demande qu'à m'en débarrasser ! - Viens Jacquot, viens.

Une chance pour elle qu’elle soit votre sœur,

- et qu’on vous connaisse bien. - Merci.

La prochaine fois, ça pourrait finir en correctionnelle.

[sa joue claque]

- Elle ne l'a pas volée. - [perroquet] Brute !

Qu’est-ce que c’est que cette bête là ?

Un pauvre perroquet perdu, je l’emmène.

Pas question !

Je ne partirai pas sans lui.

Viens ! Messieurs.

[cris du perroquet]

Au revoir, j'organiserai quelque chose à la maison.

[tout le monde] Au revoir, au revoir !

Je te demande pardon pour cette claque, mais,

je m'étais tellement énervé.

Ne cherchez pas d’excuses.

Je m’en voudrais !

- [le perroquet] T’auras du boudin ! - Qui est cet animal ?

C’est un perroquet perdu.

- Et amnésique sans doute ? - Je n’en sais rien.

Monsieur devrait perdre l’habitude de ramener chez lui tous les matins,

des personnes trouvées.

Mais c’est de ta faute ! Je t’avais défendu de la laisser sortir.

Que Monsieur engage une nurse.

Ah, pas d’énervement, elle n’est plus là pour longtemps.

- Et où va-t-elle aller ? - Je ne sais pas.

Pauvre enfant !

Evidemment, elle est un peu vive.

Mais c’est pas une mauvaise fille.

Elle a un cœur d'or.

J’allais le dire. Mademoiselle gagne à être connue.

[les deux en même temps] Oui !

Quand Monsieur désirera son petit-déjeuner, qu'il m'appelle.

Oui, merci, Jérôme. Je t'appellerai.

[musique triste au piano]

[musique triste au violon]

[il joue l'air triste au piano]

[musique de violon]

[il fredonne]

[Jean siffle son air triste]

♪ Dans ma tête ♪

♪ C'est bête ♪

♪ Bête bête ♪

[il fredonne]

[il fredonne l'air triste]

♪ En chantant je ne sais quoi ♪

♪ Dans ma tête ♪

♪ C'est bête bête bête ♪

♪ Et moi je la la ♪

♪ Je me dérange ♪

[air bucolique au violon]

Jean, je crois…

Non… non, il ne faut pas jouer à ce jeu-là.

Je ne joue pas.

[air triste au violon]

Jean…

Tais-toi, tu ne sais pas ce que tu dis, va te recoucher.

[Jean] D’abord, pourquoi es-tu descendue ?

Pourquoi m’as-tu embrassée ?

Depuis deux jours, je ne fais que des bêtises.

- Tu es amoureux ? - Oui, de ma fiancée !

Tes yeux ne savent pas mentir.

File dans ta chambre !

Et restes-y jusqu’à l’arrivée de ton père !

- Jérôme, le petit déjeuner. - [on sonne à la porte]

Ah, j’avais peur que vous soyez encore à la clinique.

J’arrive à l’instant.

Et votre tante comment va-t-elle ?

Hors de danger.

J’en suis heureuse pour vous.

Ah, le fameux incendie.

Le petit-déjeuner, Monsieur, et la tasse pour Mademoiselle.

Bonne idée, nous allons déjeuner ensemble.

Ah bonjour, docteur.

Excusez-moi je n’avais pas remarqué que vous étiez là.

Alors, pourquoi cette seconde tasse ?

À tout hasard.

À tout hasard pour quelle demoiselle, Jérôme ?

- Eh bien… - Ma petite sœur !

Votre tante, votre sœur !

Toute une branche de la famille que vous m’aviez cachée !

Oh chérie, mais je vous en ai souvent parlé, très souvent.

Tenez, voici sa photo. [il se racle la gorge]

Ah, c’est encore une fillette.

Elle est malheureuse chez papa, il la bat.

Une tasse ?

Pauvre gosse. Elle ne vient pas prendre son petit-déjeuner ?

Non, elle dort.

Jérôme m’a entendu vous parler, il a cru que c'était elle.

Je vais vous beurrer une biscotte.

[elle soupire]

Ma petite… ma sœur. Le docteur Rocher-Villedieu.

[Lili] Ravie de vous connaître, mademoiselle.

Merci.

Je pensais que tu serais mieux sur un matelas.

- Je n’avais pas l’attention de dormir. - Ah bon.

Et maintenant va te coucher !

Pourquoi ? Tu ne dors plus toi.

Je ne suis pas une petite fille, moi.

Et quel âge a-t-elle, cette petite fille ?

13 ans.

Je suis très en avance pour mon âge.

Maintenant, retourne te coucher !

- Alors, porte-moi. - Ne sois pas ridicule.

Mais portez-la, Jean, puisqu’elle vous le demande !

Ah ! Au revoir, docteur.

Elle est délicieuse.

C’est un grand bébé.

- Tu me le paieras ! - Je t’aime. Aïe !

Vous me prenez pour une idiote Jean ?

C’est ça votre, petite sœur ?

Ah non, c’est l’aînée.

Je vous le dis très calmement.

Vous avez dépassé la mesure.

N’essayez pas de me revoir. Adieu.

Mais Lili, laissez-moi vous expliquer.

- Lili ! - Lâchez-moi.

Non, il faut que vous m’écoutiez.

Vous avez raison cette jeune fille n’est pas ma sœur.

Vous l’avouez !

C’est la fille de Paul Latour.

Personne ne doit connaître sa présence ici.

[Lili] Expliquez-vous clairement. L’incendie ?

[Jérôme] C’était elle.

[Lili] La vésicule de votre tante ?

[Jérôme] C’était elle, je vous demande de n’en parler à personne.

Jean, êtes-vous amoureux d’elle ?

[il souffle] De cette gamine odieuse.

Vous ne m’avez pas répondu.

Lili, vous me faites beaucoup de peine.

[musique burlesque]

[perroquet crie] À poil là-dedans !

- Qu’est-ce que c’est ? - Oh, un petit perroquet.

[perroquet crie] T'auras du boudin !

Allons-nous-en. Je ne veux pas rester ici.

Jérôme !

Jérôme, téléphone à France Soir.

Mets une annonce disant que j’offre une récompense

au propriétaire du perroquet s’il se fait connaître.

Débrouille-toi pour que ça passe aujourd’hui.

Bien, Monsieur. Monsieur déjeunera ici ?

Non, je rentrerai après le spectacle. J’ai ma première ce soir.

Alors j’en profite pour dire à Monsieur, le mot traditionnel.

Pardon ?

Monsieur ne voit pas ? Un mot en cinq lettres.

- Ah oui merci. - [Jérôme rigole]

Je t’interdis de laisser sortir la petite, hein.

Vous ne répétez pas aujourd’hui ?

Ah non, pas le jour de la générale.

Nous irons ensemble à la faculté.

Pour quoi faire ?

J'ai une conférence, ça vous instruira.

Vous croyez ?

- [Jérôme lit à haute voix] - [le perroquet crie]

- À nous deux ! - [le perroquet crie]

Saleté !

Vache !

Tortue !

Cette science occupe dans l'histoire de la psychanalyse une place particulière.

Ce qu'Aristote a dit, nous le répétons :

"La vie du rêve est le travail qu'accomplit notre âme durant le sommeil".

Étudions maintenant la formation du rêve.

Primo, le besoin de sommeil de l'individu.

Segundo, le désir du subconscient de s'exprimer.

Tertio, la séparation d'avec le monde extérieur.

Et nous n’hésitons pas en pareil cas…

[musique envoûtante]

[musique envoûtante au piano]

[musique envoûtante au saxophone]

[la musique s'accélère, devient inquiétante]

[tempo plus lent]

[le tempo s'accélère]

[Lili donne son cours]

[musique rythmée]

[musique rythmée]

Vous n’avez jamais entendu parler d’un certain Mylord ?

[Lili] Le symbole de la cérémonie nuptiale nous offre un autre exemple.

Chez les bédouins, le fiancé revêt la fiancée d’un voile spécial appelé "aba",

et sous lequel elle est entièrement nue.

[musique de mariage]

[musique lente osée]

[jazz lent au saxophone]

- [le saxophone gronde] - [Lili donne son cours]

[Lili] Il permet aux pensées latentes de s’exprimer

en somme d’images et de scènes visuelles…

[musique onirique]

[musique envoûtante]

[Lili] Grâce au processus du rêve,

le produit de cette action commune est déversé dans le rêve,

phénomène hallucinatoire et inoffensif.

Et la continuation du sommeil est ainsi assurée.

Ah, Rémy. Content de vous voir.

Et l’histoire "Paul Latour", où ça en est ?

Introuvable, disparu !

Ah mince ! Et votre prisonnier, il est toujours aussi peu bavard ?

- Oui, un vrai tombeau. - Ah oui ?

Et à propos, comment ça s’est passé cet enterrement ?

Bien, bien, très bien, très réussi, très bien.

J'ai rencontré un copain de régiment d'ailleurs en sortant.

Ça faisait plus de 15 ans qu'on ne s'était pas vus.

On est allé manger dans un petit bistrot en face du cimetière.

- On a très bien mangé. - Ah bon ?

Ah mon vieux, j’ai pensé à vous.

J’ai mangé un coq au vin pour 500 francs tout compris. Épatant.

- Non ? - Ah si, un coq au vin !

500 francs le coq au vin ?

- Le tout, le menu, et alors copieux. - Copieux ?

- [Dupuis se racle la gorge] - Je vais toujours rue Balard, moi,

- Oui ? - C’est merveilleux, j'aime bien,

Ils ont un petit blanc d’Alsace extraordinaire.

- Et pas cher. - Ah oui ?

Ah non, il faut compter dans les 180, 190, la bouteille.

- [Dupuis se racle la gorge] - Oui, qu’est-ce que c’est ?

La photo que vous m’avez demandée Chef, ça vient d’arriver.

Oui, j’ai fait rechercher la petite Latour.

- Oui ? - Par elle, je retrouverai bien le père.

- Ah ben oui. - C’est ça.

- [Leduc] Laquelle est-ce ? - [Dupuis] La 3e à gauche, avec la croix.

- Ah, ah ça par exemple ! - Quoi ?

Mais je la connais cette fille-là.

Où est-ce que j’ai pu la voir ?

Ah bon dieu, où est-ce que j’ai pu la voir ?

Oh il va trouver là.

Avec sa mémoire, ça m'étonnerait bien.

- C’est un fichier humain, ce garçon-là. - Où ça ?

Où est-ce que j’ai pu la voir ? Où est-ce que j’ai pu la voir ?

Pardon, mademoiselle.

II aurait pu m’inviter.

C’est vrai, je meurs d'envie de le voir sur scène.

C’est cette chipie qui lui fait peur !

Il est comme un petit garçon devant elle.

Pourtant il ne l'aime pas, c’est visible ! Mais elle l'épate !

- [sursaut de peur] - L’échelle, nom de Dieu !

[Brigitte] Tenez bon, Jérôme !

[Jérôme] Mademoiselle serait bien aimable de me remonter l'échelle.

Si je tenais le misérable qui a fabriqué cette échelle…

- La prison, voilà ce qu’il mérite. - Oui, mademoiselle !

Je n'en ai plus besoin, mademoiselle.

- [tango doucereux] - [conversations inaudibles]

- [on frappe à la porte] - Entrez.

- Qu'est-ce qu'il se passe, Mylord ? - Voilà ce qu'il se passe.

Propriétaire du perroquet perdu hier prié de se faire connaître de toute urgence.

Clery. 16 rue de l'Étable.

Mais ça ressemble au signal.

Oui, bien sûr. Mais pourquoi est-ce Clery qui a mis l’annonce ?

C’est peut-être une coïncidence.

Non, Clery est l’ami de Latour.

C’est Latour qui lui a fait mettre cette annonce.

- C’est une vacherie ça ! - Et comment !

Si le petit Jules arrive chez Clery avec les faux dollars,

et que la police l’épingle, on est foutu !

Comment connaît-il le système d’annonce ?

Je n’en sais rien, mais si c’est l’un de vous qui a parlé,

il peut retenir une place au Père Lachaise.

- [Lili] Mais pourquoi, Jean ? - [Jean] Chérie, accompagnez-moi.

Je me sens en pleine forme.

Evidemment, vous avez dormi toute la journée.

- Bonjour, Louis. - Bonsoir, Clery.

Mes hommages, docteur.

Ce soir, vous venez à ma table.

Entendu, à ce soir.

Oh pardon.

- [le sarcophage se referme en fracas] - Vous ne pouvez pas faire attention ?

J'ai déjà mis une heure à l’ouvrir en arrivant.

Bon, allez.

Alors personne ne sait rien ?

Il faut prévenir les autres de ne pas porter les dollars chez Clery.

Imbécile, si je savais comment les joindre,

je n’aurais pas besoin de correspondre en code par les petites annonces.

Il faut réfléchir.

Dédé et le frisé, c’est à vous de jouer.

Clery ne vous connaît pas, Latour non plus.

Il faut surveiller la maison de Clery

et intercepte le type qui amènera les faux dollars.

Il a une valise en torche-main avec les coins marrons.

Mais tâchez de faire vite.

Cinglé comme il est, il est capable de tout gâcher.

[on sonne à la porte]

Ai trouvé perroquet. Stop.

Pardon ?

Ai trouvé perroquet. Stop.

Ah, Monsieur vient pour l’annonce.

Entrez.

C’est pour le perroquet, mademoiselle.

Ai trouvé perroquet. Stop.

C’est tout ce qu’il sait dire.

Vous… vous nous laissez.

Mon ami. Laissez-nous.

[perroquet crie] T’auras du boudin. T'auras du boudin.

Ah, vous avez un perroquet ! C’est pas bête !

Évidemment que j’ai un perroquet !

C’est pour ça que vous venez, non ?

Vous êtes méfiante vous, hein ?

Vous avez raison, on ne se méfie jamais assez des gens.

Surtout que je peux être de la police, en fait.

- Quoi ? - Je plaisante, je plaisante.

Dites donc, vous en êtes qu'à vos débuts mais vous irez loin.

- Vous croyez ? - Ah oui vous avez…

vous avez la trempe d’une Mata Hari.

Vous savez, avec tout…

- Pourquoi dites-vous ça ? - Hein ?

Je dis ça parce que je juge mon œil… euh mon homme au premier coup d'œil.

[le fossoyeur] Vous savez que Mylord a très bien fait

de changer le lieu de rendez-vous.

Après ce qui s'est passé l'autre jour. Très bien fait.

Alors dites-lui que de notre côté, tout s’est très bien passé. Hein ?

Hein ? Petite Mata Hari, va ! Allez !

[homme] Au revoir.

[homme bégaie indistinctement]

Vous ne prenez pas le perroquet ?

Quoi ?

Ah c’est à cause de lui.

Imaginez que ce n’est pas le mien. C'est amusant, hein.

Sacré Mata Hari !

[il bégaie indistinctement] Mata Hari !

C’est tout à fait mon impression, mademoiselle.

Il a oublié sa valise.

Il reviendra la chercher tout à l’heure.

C’est quand même curieux.

[le téléphone sonne]

Allô ? Non, il n’est pas là, il est au Mississippi.

Mais oui, c’est moi !

Oh mon petit papa, j’en ai des choses à te raconter !

Oui, je vais très bien. Et toi ?

Mais où es-tu ?

Alors tu es là dans une heure ?

Ce soir même ? Pourquoi ?

Bon je serai prête. Oui, mon petit papa.

Mais alors mademoiselle n’est plus amnésique ?

Mon père m’a retrouvée, il me ramène tout de suite.

Tout s’arrange.

[elle soupire] Je ne trouve pas.

[on sonne à la porte]

Ça doit être le fou qui vient reprendre sa valise.

[objet sonne sourd sur la tête]

Tiens, c’est sûrement ça.

Pas la peine de moisir ici, les poulets peuvent rappliquer.

Jérôme !

Jérôme !

Rassurez-moi, est-ce qu’ils vous ont tué ?

[il râle] Je le crains, mademoiselle.

Le Duc disait toujours

- que j’avais la tête dure. - Ah non ! Pas à moi, Jérôme.

Ah oui. Excusez-moi, je ne sais plus où j’en suis.

Au secours ! Police ! Il faut que j’avertisse la police.

Ah non ! Pas la police !

Mais qu’est-ce qu’il vous prend ?

Il s'agit d'une histoire d’espionnage ultra secrète.

Allons prévenir Jean. Il nous dira ce qu’il faut faire.

Qu’est-ce que vous écrivez ?

Je laisse un mot à Papa pour lui dire qu’on est au Mississippi.

- On laissera la clef sur la porte. - Bien, mademoiselle.

[brouhaha du bar]

- [la musique démarre] - [le public applaudit]

[Jean chantonne une ballade]

C’est la valise.

[Jean chantonne]

Venez m'aider.

- Alors ? - Chut.

Ce sont les espions qui vous ont assommé.

Si au moins on pouvait savoir ce qu’ils disent.

Oh vous savez…

Ils doivent parler de choses et d’autres. Allez venez.

Attendez.

[la porte grince]

[Louis] Bon, eh bien ne vous occupez plus de cette valise.

Vous vous êtes bien débrouillés, mais c’est pas fini.

Je veux savoir dans quelle mesure

Clery est responsable de cette histoire.

[Dédé] On pourrait lui demander.

Quand le frisé pose une question, on lui répond toujours.

Très bien, tâchez de savoir ce qu’il se passe exactement.

On y va tout de suite, Mylord ?

Il sort de scène dans un quart d’heure. Attendez-le dans les coulisses.

Vous le ferez passer par la porte qui donne sur la cour.

Bon, je vais placer la voiture derrière.

Emmenez-le dans la villa de Saint Cloud.

Vous me tiendrez au courant.

[cambrioleur] Du travail d’enfant de chœur, Mylord !

[Louis] Ne perdez pas de temps. Je vais dans la salle.

Je vais alerter la police.

Alors je dis tout à Jean.

Non, non… je pourrais appeler mes amis en renfort.

Bonne idée !

[musique guillerette]

[Jean chante indistinctement]

[Brigitte] Jean ! Jean !

Jean !

Personne n'a le droit d'être en coulisses pendant le spectacle. Sortez vite.

[musique guillerette]

[Jean chante indistinctement]

Viens tout de suite au Mississipi avec les copains.

- Quoi ? - Oui, il faut nous sauver la mise

à moi et à la petite amnésique.

Bon, compte sur moi. J’appelle Jojo, hein ?

Oui !

Carnaud, 13 19…

Allô Jojo ? Tu pourrais venir au Mississipi ?

- [conversations indistinctes simultanées] - Allez, viens !

- [conversations indistinctes continuent] - Mais je peux pas venir comme ça là-bas !

- [conversations continuent] - Écoute t'en as pas pour longtemps !

T'as juste à passer une chemise. C'est un service contre un autre.

[conversations indistinctes simultanées]

[tout le monde parle en même temps]

[conversations continuent]

[conversations indistinctes simultanées]

- Vous avez passé la journée avec Jean ? - Oui, il est étrange en ce moment.

Mais qu’est-ce que vous voulez dire ?

Je ne sais pas, il est agité, nerveux.

- Mais… - Étrange, c'est le mot.

[Jean chante par-dessus la musique]

- Mais… - Ah ça, par exemple !

[Jean chante par-dessus la musique]

♪ Un seul sourire de toi Et je peux céder ♪

Pourquoi cette fille vous intéresse-t-elle ?

Je l’ai surprise chez lui ce matin.

Vous savez ce qu’il m’a raconté ?

- Ah, il a un culot ! - Que vous a-t-il raconté ?

Une histoire à dormir debout.

C’est la fille de Paul Latour, paraît-il !

Elle se cache chez lui. Comme une imbécile, je l’ai cru.

- La fille de Paul Latour ? - Ah il va me le payer cher !

Excusez-moi.

♪ Quand tu es là, j’ai mon cœur Qui bat qui bat qui bat ♪

♪ Soudain des frissons très doux ♪

♪ Me parcourent le dos Les reins le cou partout ♪

♪ Plus rien ne compte Pour moi quand tu es là ♪

♪ Le monde peut s'écrouler Ça ne me gêne pas ♪

♪ Pour moi le seul univers ♪

♪ C'est la douceur De tes jolis yeux verts ♪

♪ Un seul regard de toi Et tout s’éclaire autour de nous ♪

♪ Un seul sourire de toi Et je possède tout ♪

[la trompette bat la mesure]

Tu es un démon.

Jean, ne sors pas de scène, les espions t'attendent pour te kidnapper.

Pour m’emmener sur le bateau pirate de ton père ?

Jean, je ne plaisante pas. Ils sont venus à la maison.

Tiens, regarde-les.

[musique rythmée au saxophone]

C’est Louis, le gérant.

C’est pas Louis, c’est Mylord !

Mylord ? Tu es sûre ?

C'est comme ça que les autres l'appellent.

II me faut aussi la petite. C'est la fille de Paul Latour.

Il va sortir de scène maintenant. C’est la fin.

[la foule applaudit]

Sortons par la salle.

Regarde.

- [la foule applaudit] - [Jean se racle la gorge]

[il chantonne bizarrement]

♪ Je ne veux rien que toi Quand tu es là ♪

♪ J'ai mon cœur Qui bat qui bat qui bat ♪

♪ Et soudain des frissons si doux ♪

♪ Me parcourent le dos Les reins le cou partout ♪

- II faut les obliger à sortir ! - Comment ?

Envoyez le numéro suivant.

Ça y est mes enfants, j’ai trouvé !

Je l’ai vue chez Jean Clery, dans une serviette de bain.

- Elle est bien faite d’ailleurs. - Allons-y !

Ah ça je le savais !

Je le savais, Il a une mémoire phénoménale.

Et croyez-moi, les enfants, pas déplaisante à regarder du tout !

[tango au rythme lent]

Bon sang, il faut tout même y arriver.

[la foule rit aux éclats]

Brigitte, Brigitte ?

Vous avez l’air bien pressé.

- Vous, je vous connais. - C’est Paul Latour, patron.

- Latour vous êtes fait, venez ! - M. l’inspecteur,

- j’ai pas mal de choses à vous révéler. - Pas de discussion !

- Mais… - II n’y a pas de mais !

Laissez-le parler, il a peut-être des choses à dire.

II s’agit de ma fille, elle court un grand danger.

Cette fois-ci ils sont cuits !

[elle crie de peur]

[elle crie de peur]

[musique burlesque]

[elle crie d'amusement]

[elle crie d'amusement]

[le chorégraphe] Mais qu’est-ce qu’on peut faire ?

[Brigitte crie de peur] Lâchez-moi !

- [elle crie de peur] - [un technicien] La lumière !

[musique burlesque]

- [Brigitte crie de peur] Au secours ! - [Lili] Jean, où êtes-vous ?

[Brigitte] Ici !

Allez haut les mains, contre le mur, vite !

Vous répéterez votre numéro plus tard.

Pour l’instant, je vous prie de m’écouter.

C'est pas le moment.

C’est le moment ou jamais !

Jean, aimez-vous cette jeune fille ?

Nous en parlerons plus tard. Pour l’amour de Dieu, laissez-moi !

Pas avant que vous m’ayez répondu.

Allez prévenir la police, vite.

C’est encore une trouvaille pour vous débarrasser de moi.

- Aimez-vous cette jeune fille ? - Oui !

Vous êtes fier ! Adieu !

Jean…

- [elle crie de peur] - Brigitte !

Allez debout, grouillez-vous !

Je t’ai fait mal ?

Non, ce n'est rien. Eh bien ! On est dans de beaux draps !

[musique guillerette à la trompette]

C'est dangereux, ce genre de joujou.

Attendez, attendez.

Il faut agir avec discernement. Quand je dirai "un", vous taperez !

[musique guillerette à la trompette]

- [Brigitte crie] - Raté…

[Lili crie]

[grand fracas]

Courage, Monsieur, nous voilà !

[brouhaha]

[tout le monde crie]

[Jérôme crie]

[brouhaha continue]

[brouhaha]

Emparez-vous de la petite.

[Brigitte crie de peur]

[Brigitte] Jean ! Au secours !

[ami] Quand je vous dirai top, vous tirerez !

[ami] Attention… Top !

- [musique burlesque] Raté… - [Brigitte crie] Pardon, Jean, pardon !

[elle crie]

[le coup de poing sonne sourd]

[Jean crie en faisant sa prise]

[elle crie] Ahh, attention !

[le coup de pied sonne sourd]

Emparez-vous de Jean Clery !

[le coup sonne sourd]

Dans quel état est Monsieur !

Tout cela est de ma faute, j’aurais dû appeler la police,

- mais j’ai été Iâche, Monsieur. - [Jean soupire]

J'avais peur que mademoiselle vous raconte tout.

Tout à propos de quoi ?

Eh bien voilà Monsieur… Quel bruit ici, quel bruit !

[Lili frappe le sarcophage] Ouvrez-moi !

Tu n'as jamais servi la Duchesse ?

Ah si, Monsieur, si, une fois. Sur le bateau.

Entre Dieppe et New Haven.

Excusez-moi.

Je lui ai apporté un verre d’eau.

J'étais garçon de cabine. Oh là là !

Jérôme ! Je te donne tes huit jours.

- Je les mérite, Monsieur. - [Brigitte] Jean !

Jean ! Aide-moi ! Au secours !

- [tout le monde crie] - [un tissu se déchire]

[le public applaudit]

[la trompette bat la mesure]

[le public rit aux éclats]

- Jean ! Jean ! - Venez, Monsieur !

[Jean crie]

[musique burlesque]

[le piano est désaccordé]

[cris et vaisselle cassée]

[Jérôme ricane]

[brouhaha]

[cris suite aux coups portés]

Ah, ah ! Le japonais de la tour Eiffel !

Oh dites donc !

Alors c’est la photo que…

Bravo, bravo, les rudiments !

[cris de douleurs]

[Brigitte crie de peur]

- [Brigitte] Jean ! Jean ! - [coups de sifflet]

- Brigitte ! - Papa !

[policier] Arrêtez-les là-bas !

Alors tu sais tout maintenant ?

Tu es un agent secret ?

Non, je vais beaucoup te décevoir.

Je suis le propriétaire du Mississippi.

Et voilà Mylord ! Avec la police, on a jamais le dernier mot !

T'auras le temps d'y réfléchir comme ça.

[Lili frappe la porte du sarcophage] Ouvrez-moi !

[Lili gémit de tristesse] Ouvrez-moi !

[elle soupire]

Je crois que Jean a quelque chose à te demander.

[Lili] Épouvantable !

C’était épouvantable, j’entendais des gens crier, tomber,

je ne pouvais rien voir.

Paul, je ne m’attendais pas à vous trouver ici.

Mais alors, c’est votre fille ?

Et oui, Docteur.

Jean, je vous demande pardon. J’aurais dû vous faire confiance.

Mais cette apparition sur scène, c’était imprévisible.

À cause de votre fille, j’ai failli rompre nos fiançailles.

Mais vous ne m’en voulez pas, n’est-ce pas, chéri ?

[musique burlesque]

[Jean et Lili amusent le bébé]

C’est tout le portrait de son papa.

Viens avec moi, viens.

[Jean amuse le bébé]

Le biberon de M. Gérard.

Ah oui, donnez.

Non, Jean, pendant la phase d'attachement, c’est à la maman de nourrir son enfant.

Je vous l’ai déjà dit.

Chérie, il paraît que je n’ai pas le droit de lui donner son biberon.

En tout cas, ce bébé est très sain, croyez-moi.

S’il pleure dans le noir, n’en tenez pas compte.

Ah bon, j’avais peur que ce soit mauvais pour lui.

Au contraire, ne l’habituez pas à dormir avec de la lumière.

Je suivrai vos conseils. Merci encore d’être venue.

Que ferions-nous sans vous Lili ?

Ne sous-estimez pas Brigitte.

[Lili] Elle se tire très bien de son rôle de maman.

[Jean] Vous avez raison. Le grand bébé est devenu une parfaite ménagère.

[musique burlesque]

[sirène des pompiers]

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