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SAINTE JEANNE de Bernard Shaw
A l'aide... A l'aide...
Les Anglais!
Les Anglais arrivent.
Du calme, Charles. Pourquoi tout ce bruit?
Tu dors. Personne ne peut t'entendre.
Jeanne!
Tu es un fant�me?
Pas exactement.
Je ne suis qu'un r�ve que tu es en train de faire.
Tu as l'air vieux, Charles. - Je le suis.
Es-tu vraiment morte? - Aussi morte qu'on peut l'�tre.
�a a fait mal...
...d'�tre br�l�e?
Au d�but, oui.
Et puis tout s'est brouill�
jusqu'� ce que je sois d�livr�e de mon corps.
Mais ne va pas toucher au feu tout de m�me!
Ta m�re et tes fr�res ont obtenu la r�vision de ton proc�s.
Tes juges ont �t� tax�s de corruption, supercherie et tyrannie.
La sentence a �t� d�clar�e nulle. Sans valeur ni effet.
Oui, mais j'ai tout de m�me �t� br�l�e.
Est-ce qu'ils peuvent me d�br�ler?
Une tr�s belle croix sera �rig�e � la place du b�cher,
� ta m�moire �ternelle.
Je survivrai � cette croix.
Les hommes se souviendront de moi, alors que Rouen sera oubli�e.
Ta consid�ration personnelle est toujours aussi forte.
Tu as toujours �t� d'une impertinence infernale.
Tu me traites de sorci�re, toi?
Diable, non! L'Eglise t'a r�habilit�e.
Sais-tu que des nuits enti�res je me demande:
"Comment a-t-elle pu faire ceci ou cela?"
Tu es toujours arriv�e � tes fins.
Avec moi, avec l'archev�que,
m�me avec Baudricourt qui t'a envoy�e vers moi.
A moi, le dauphin.
�a, c'�tait un miracle.
Ce n'�tait qu'une histoire d'�ufs.
D��ufs?
Pas d'�ufs? - Comment �a? "Pas d'�ufs?"
J'en ponds pas, moi! - Ecoute-moi bien!
Qui suis-je? - Qui �tes-vous?
Suis-je Robert, sire de Baudricourt,
capitaine du ch�teau de Vaucouleurs ou suis-je un vacher?
Ici, vous �tes plus que le roi lui-m�me.
Et tu oses me dire que tu ne peux pas pondre?
Il n'y a pas de "messire" qui tienne.
Mes poules sont les meilleures pondeuses de la Champagne.
Et tu me dis qu'il n'y a pas d'�ufs! Qui les a vol�s?
Hier d�j� il manquait du lait. - Je ne le sais que trop bien.
Plus de lait ou d'�ufs. Demain, plus rien.
On nous a jet� un sort.
Nous sommes ensorcel�s tant que la fille est l�.
O� �a?
Mordieu! - Elle ne veut pas s'en aller.
Tu as 50 hommes d'armes. Ils ont peur d'elle?
Elle est si t�tue! - Ecoute un peu...
Je vais te flanquer dans ce puits! - Messire, je vous en prie.
Arr�te-moi en �tant t�tu,
�a a l'air facile pour cette morveuse.
Ce n'est pas �a qui vous d�barrassera d'elle!
Elle semble ne craindre rien. Peut-�tre lui ferez-vous peur, vous?
Peut-�tre.
Viens, toi!
Moi, messire? - Oui.
C'est bien vous le capitaine? - Oui, sacr�e petite insolente!
Bonjour, sire capitaine.
Vous allez me donner un cheval et une armure,
une escorte et m'envoyer au dauphin.
Tels sont les ordres de Mon Seigneur.
Et qui diable est ton Seigneur?
Je ne re�ois d'ordres que du roi.
Justement. Mon Seigneur est le roi des Cieux.
C'est une folle! Il fallait le dire, abruti!
Messire, ne la tarabustez pas! Donnez-lui ce qu'elle veut.
Je vais te renvoyer � ton p�re
avec ordre de t'enfermer et de te corriger.
Vous croyez que vous allez le faire. Mais tout va se passer autrement.
Vous refusiez de me voir et me voil�. - Ecoute...
Le cheval co�te seize francs
c'est beaucoup, mais j'�conomiserai sur le prix de l'armure.
Pas besoin d'une belle armure sur mesure comme la v�tre.
Ni de beaucoup de soldats.
Le dauphin m'en donnera pour lever le si�ge d'Orl�ans.
Lever le si�ge d'Orl�ans?
C'est ce que Dieu me dit de faire.
Que je sois damn�!
Oh non, capitaine! Dieu est mis�ricorde.
Saintes Catherine et Marguerite qui me parlent chaque jour
interc�deront pour vous.
Vous irez au paradis
et votre nom restera � jamais celui de qui m'a le premier aid�.
Quel �ge as-tu? - Dix-sept ans, m'a-t-on dit.
Et tu pr�tends que sainte Catherine te parle?
Et sainte Marguerite aussi. - Comment sont-elles?
Je ne dirai rien � ce sujet.
Elles ne me le permettent pas.
Tu les vois pour de bon?
Elles te parlent comme je te parle? - Oh, non, c'est tr�s diff�rent!
Mais il ne faut pas me questionner sur mes voix.
Comment, tes voix?
Elles me disent ce que je dois faire.
Elles viennent de Dieu. - De ton imagination!
Bien s�r. C'est ainsi que les messages de Dieu nous parviennent.
Et Dieu te dit de faire d�livrer Orl�ans?
Et de faire sacrer le dauphin dans la cath�drale de Reims.
Et de bouter les Anglais hors de France.
Et avec �a?
C'est tout, pour le moment. Merci, messire.
Tu crois qu'on lib�re une ville comme on chasse une vache d'un pr�?
�a ne doit pas �tre difficile si Dieu combat � vos c�t�s.
Tu as d�j� vu les Godons se battre?
Les as-tu vu piller, br�ler, changer la compagne en d�sert?
N'aie pas peur comme �a, Robert!
Je n'ai pas peur! Et qui t'a permis de m'appeler Robert?
Tu ne comprends rien, Robert.
Nos soldats perdent toujours car ils ne pensent qu'� sauver leur peau.
Et la meilleure fa�on, c'est de d�guerpir.
Nos chevaliers, eux, ne pensent qu'aux ran�ons.
Avec eux, plus question de tuer ou d'�tre tu�,
mais de payer ou de se faire payer.
Je leur apprendrai � se battre
pour que la volont� de Dieu soit accomplie en France.
Et vous verrez le jour o� il n'y aura plus
de soldat anglais sur le sol de France.
Et il n'y aura qu'un roi ici, pas le roi anglais
mais le roi fran�ais choisi par Dieu.
Tu dis des sornettes,
mais si les troupes les avalent,
le dauphin les avalera peut-�tre aussi.
Si tu peux le pousser � se battre... - Pour s�r, j'y arriverai!
Ne me coupe pas la parole avant que j'aie eu le temps de penser!
Toi, toi et toi.
Tu iras � Chinon avec ces trois hommes pour escorte.
Votre t�te est aur�ol�e comme celle d'un saint!
Et un habit. Je peux avoir un habit de soldat, messire?
Prends ce que tu veux. Je m'en lave les mains.
Et une lettre pour le dauphin?
Ecris-la, Pouly. J'y mettrai mon sceau.
C'est ton nom, Pouly? - Poulengy, mais on dit Pouly.
Tu es de ma taille. Trouve-moi un habit.
Messire! - Quoi encore?
Les poules pondent � tour de bras!
Elle �tait vraiment envoy�e de Dieu!
Qui va l�?
On n'entre pas sans sauf-conduit.
J'apporte une missive de Vaucouleurs pour le dauphin.
Le mot de passe?
Je n'en connais qu'un: Notre Dame et son fils.
Voil� qu'ils nous envoient des bonnes s�urs � cheval!
O� est ton couvent? Chez la m�re Philippa?
Elle a de nouvelles filles. - Descends de cheval, ma jolie.
Je crois que j'en pince pour tes jambes!
Viens avec moi dans le foin!
Alors, petite... - Que se passe-t-il?
Qui sont ces gens?
Elle dit avoir une missive de Vaucouleurs pour le dauphin.
Elle?
Que faites-vous dans cet accoutrement?
Il vient de vous le dire.
Vous chevauchez depuis Vaucouleurs?
Il y a 5000 Godons sur la route.
Ils ne m'ont pas arr�t�e. Et personne ne m'arr�tera.
Je t'ai dit que tu me plaisais.
Tu ne vas pas dormir sur ton cheval!
Descends de l�, ou je te tanne les fesses!
Porte ceci � Son Altesse le dauphin.
Madame se r�serve pour les officiers? Descends.
Je te cause, petite putain! - Ne la touche pas!
Laisse ce pauvre homme. Il est pr�s de sa fin.
Moi, pr�s de ma fin?
Descends de ce cheval, sale petite...
Allez, allez!
Votre Altesse?
Que veux-tu? Tu ne vois pas que je suis occup�?
Une missive, de Vaucouleurs.
Elle est � moi!
En tant que Commandant de l'arm�e, je dois savoir ce que passe
entre votre Altesse et la garnison de Vaucouleurs.
Butor! - Tenez votre langue, entendez-vous?
Oh, j'entends! Pas besoin de beugler comme �a.
Pourquoi n'allez-vous pas plut�t beugler au nez des Anglais?
Attention! C'est un cas de l�se-majest�.
Allons, allons, calmons-nous, messire Chambellan
Conservons un semblant d'ordre!
A d�faut de votre royaume, essayez de vous gouverner vous-m�me.
Merci! Vous avez toujours un sermon tout pr�t.
Vous me traitez tous � la l�g�re parce que je vous dois de l'argent.
Et parce que je ne sais pas me battre!
Mais le sang royal coule dans mes veines.
Ce point a �t� mis en doute.
Etes-vous bien le petit-fils de Charles le Sage?
Assez parl� de mon grand-p�re!
Il a �puis� la provision de sagesse de la famille
pour cinq g�n�rations en me laissant � mon triste sort,
pers�cut� et insult� par vous tous!
Ces acc�s de mauvaise humeur sont ind�cents.
Un autre sermon! Merci.
Lisez-la pour moi. Il m'a fait monter le sang � la t�te.
Permettez? Je sais lire, moi, vous savez.
Baudricourt est devenu fou. Il nous envoie une illumin�e.
C'est une sainte! Un ange du ciel!
Je l'ai vue foudroyer Frank, car il avait jur�.
"Il est pr�s de sa fin" a-t-elle dit, et il est tomb� mort.
Que je sois damn�, si je jure encore!
Un pieux d�but, capitaine! - Vous voyez que c'est une sainte!
Et elle vient � moi, le roi
et pas � vous, archev�que, tout sacr� que vous soyez.
Elle reconna�t le sang royal, elle.
Ce so�lard �tait ivre mort. Pure co�ncidence!
Je ne sais pas ce que c'est.
Mais je sais qu'il est mort et qu'elle l'avait pr�dit.
Nous sommes tous mortels, capitaine.
Vous ne pouvez pas voir cette folle.
Je suis le roi. Je la verrai.
Elle ne vous verra pas. - Je n'en d�mordrai pas!
Le m�chant! Que dirait votre sage grand-p�re?
Voil� qui d�montre votre ignorance, Barbe-Bleue!
Mon grand-p�re avait une sainte qui flottait dans l'air quand elle priait
et lui disait ce qu'il voulait savoir.
Mon pauvre p�re, lui, avait deux saintes.
C'est dans la famille.
Et peu importe ce que vous dites, j'aurai ma sainte aussi.
Eprouvons-la d'une mani�re fort simple.
Quand elle viendra, faisons lui croire que je suis le dauphin.
On verra si elle me d�masque.
Oui, oui. Je suis d'accord.
Et si elle ne peut reconna�tre le sang royal, alors, je l'ignorerai.
L'Eglise seule fait les saints!
J'ai vu cette fille et Frank. Miracle ou pas, elle a pr�dit sa fin.
Si elle donne de l'allant � nos hommes, miracle ou pas,
ce sera la fin des Anglais. Et si nous asseyions?
L'Eglise doit examiner cette fille d'abord.
Allez la chercher.
Assez de musique! Ecoutez-moi tous!
Pr�parez-vous.
Montez sur le tr�ne, Barbe-Bleue. Faites-vous passer pour moi!
Me faire passer pour cette chose!
Le reconna�tra-t-elle? - S�rement.
Comment saura-t-elle?
Elle saura, comme tout Chinon,
que le dauphin est l'�tre le plus minable de la Cour
et que l'homme � la barbe bleue est Gilles de Rais.
Je n'y avais pas pens�.
Vous n'�tes pas aussi habitu� aux miracles que moi.
�a fait partie de mon travail, voyez-vous.
Ce ne serait pas un miracle! - Pourquoi pas?
Un miracle est un �v�nement qui cr�e la foi. C'est son but.
Il peut sembler merveilleux � ceux qui en sont t�moin, et
tr�s simples pour qui les accomplit.
Aucune importance. S'il cr�e la foi...
...c'est un miracle. - M�me si c'est une supercherie?
La supercherie d��oit. Mais pas un �v�nement qui cr�e la foi.
Donc ce n'est pas une supercherie mais un miracle.
Votre Altesse, Jeanne, de Domr�my.
Qu'elle approche du tr�ne!
Oh! Ses cheveux.
Je les porte ainsi car je suis un soldat.
Pourriez-vous vous battre avec vos cheveux dans ces grandes cornes?
Vous �tes en pr�sence du dauphin.
Il ne faut pas me la faire, Barbe-Bleue.
O� est le dauphin?
Gentil dauphin,
je suis envoy�e vers vous pour chasser les Anglais d'Orl�ans
et de France et pour vous faire couronner roi � Reims
o� tous les vrais rois de France sont couronn�s.
Vous voyez, elle a reconnu le sang royal!
Qui ose dire que je ne suis pas le fils de mon p�re?
Mais si tu veux que je sois couronn� � Reims,
tu dois t'adresser � l'Archev�que, pas � moi.
Monseigneur...
Je ne suis qu'une pauvre fille de la campagne
et vous �tes empli de la gloire de Dieu Lui-m�me.
Il rougit, le vieux renard! - Nouveau miracle.
Enfant, vous �tes amoureuse de la religion.
Vraiment? Je n'y ai jamais song�.
Ya-t-il du mal � cela?
Non, mon enfant, aucun mal, mais il y a du danger.
Il y a toujours du danger. Sauf au ciel.
Oh, Monseigneur! Vous me donnez tant de force et tant de courage.
Ce doit �tre une chose merveilleuse d'�tre archev�que.
Faites sortir tous ces sots, Monseigneur
que je puisse parler au Dauphin seul.
Messieurs! La Pucelle vient avec la b�n�diction de Dieu. Il faut ob�ir.
Vous permettez que je passe?
Pardon, madame. Pour s�r.
C'est la reine? - Non, mais elle croit l'�tre.
Je vous prie de ne pas vous moquer de ma femme.
Qui c'est ce vieux grognon-l�? - Le duc de la Tr�mouille.
Quel est son travail?
Il pr�tend commander l'arm�e.
Et d�s que j'ai un ami que je pourrais aimer, il le tue.
Et tu le laisses faire? - Bien forc�!
Il me tyrannise!
Ils me tyrannisent, tous!
As-tu peur?
Bien s�r. J'ai peur.
Inutile de me faire la le�on.
Tout �a c'est bon pour ces fiers-�-bras avec leurs �p�es
que je ne peux m�me pas soulever.
Ils aiment se battre.
Ils s'ennuient quand ils ne se battent pas.
Moi je suis tranquille et raisonnable.
Je ne veux pas tuer.
Je veux qu'on me laisse tranquille.
Et m'amuser comme il me pla�t.
Je n'ai jamais demand� � �tre roi, moi!
Ainsi, si tu es venue me dire:
"Fils de saint Louis,
ceins l'�p�e de tes p�res et m�ne-nous � la victoire"...
...autant garder ton souffle pour refroidir ta soupe.
Je ne suis pas b�ti pour �a.
On est tous pareils, au d�but.
Je te donnerai du courage.
Mais, je ne veux pas qu'on me donne du courage.
Je veux dormir dans un bon lit, moi,
sans la crainte continuelle d'�tre tu� ou bless�.
Donne donc aux autres du courage,
qu'ils se battent de tout leur so�l.
Et laisse-moi. - Non, Charles.
Tu dois faire ce dont Dieu t'a charg�.
Monte sur ton tr�ne. J'ai tant d�sir� t'y voir.
A quoi bon m'asseoir sur le tr�ne
puisque ce sont les autres qui commandent?
Mais quand m�me...
Voil� ton roi, ma fille.
Tu n'es pas encore roi, Charles.
Tu n'es que le dauphin.
Je connais le peuple,
le vrai peuple, celui qui fait ton pain,
et pour qui nul n'est roi de France
tant qu'il n'a pas re�u l'huile sainte.
Tant qu'il n'a pas �t� couronn� dans la cath�drale de Reims.
Il faudra aussi t'habiller mieux.
Pourquoi la reine ne s'occupe-t-elle pas mieux de toi?
Nous sommes trop pauvres. Elle utilise tout notre argent
pour le mettre sur son dos � elle.
D'ailleurs, j'aime la voir bien habill�e.
Moi, je me fiche de ce que je porte,
je serai aussi laid quoi qu'il en soit.
Il y a du bon, en toi, Charles.
Mais ce n'est pas encore de l'�toffe de roi.
Attends. Je ne suis pas si b�te. J'y vois clair.
Et je sais que...
Je sais qu'un bon trait�, �a vaut dix batailles.
Ils perdent � tous les trait�s
mais gagnent les combats.
C'est au trait� que j'attends les Anglais!
Parce qu'ils savent se battre,
mais penser n'est pas leur fort.
Si les Anglais gagnent, ils le feront, ton trait�!
Et alors Dieu prot�ge la pauvre France.
Nous devons nous battre, Charles, que tu le veuilles ou pas!
Il faut prendre notre courage � deux mains...
...et prier de toutes nos forces.
Assez parl� de Dieu et des pri�res.
J'ai horreur des gens qui passent leur temps � prier.
C'est d�j� assez emb�tant quand on y est oblig�s.
Pauvre petit!
Tu n'as jamais pri� de ta vie.
Il faut que je t'apprenne.
Je suis une grande personne! Je ne veux plus apprendre rien!
Tu as un fils. Tu ne te battrais pas pour lui?
Non! C'est un gar�on horrible.
Il me hait.
Ce vaurien �go�ste hait tout le monde!
J'en ai assez des enfants!
Je ne veux plus �tre p�re, ou fils.
Surtout pas celui de saint Louis!
Je ne veux pas �tre tous ces hommes dont le peuple r�ve!
Je veux seulement �tre ce que je suis.
Tu ne peux pas t'occuper de tes affaires que je m'occupe des miennes?
S'occuper de ses affaires!
Et ne s'occuper que de son corps...
Le meilleur moyen de tomber malade.
C'est des affaires de Dieu dont nous devons nous occuper ici-bas.
J'ai un message de Dieu pour toi, et tu dois l'�couter.
Je ne veux pas de message!
Mais peux-tu me faire part quelques secrets?
Sais-tu changer le plomb en or?
Je peux te changer en roi.
Et ce sera un miracle qui ne se fera pas tout seul.
Si on va � Reims pour me couronner,
Anne voudra de nouvelles robes.
On n'a pas les moyens.
Je suis bien comme je suis. - Comme tu es?
Qu'est-ce que tu es?
Moins que le plus pauvre des bergers de mon p�re.
Ta France n'est m�me pas � toi
tant que tu n'es pas sacr�.
Quand bien m�me, la France ne sera jamais � moi!
Le sacre paie-t-il les hypoth�ques?
Charles... Je suis une fille de la terre.
Et ma force me vient du travail de la terre.
et je te dis que cette terre t'appartient
pour y r�gner selon ton droit
et y pr�server la paix de Dieu.
Dieu m'envoie te dire
d'aller t'agenouiller dans la cath�drale,
de lui faire don de ton royaume pour l'�ternit�
et de devenir le plus grand roi du monde
en �tant son bras droit, son bailli,
son soldat et son serviteur.
Alors les Anglais se mettront � genoux et te supplieront
de les laisser retourner chez eux dans la paix.
Ne seras-tu qu'un pauvre Judas
et me trahiras-tu
moi et celui qui m'envoie?
Si j'osais seulement...
Si j'osais seulement...
Moi j'oserai.
J'oserai, et j'oserai encore au nom de Dieu.
Es-tu avec ou contre moi?
Je prends le risque! Je me connais, j'irai pas au bout.
Mais je prends le risque! Tu vas voir!
Reste avec moi. Donne-moi confiance.
Ecoutez-moi tous!
Demande le silence, animal!
Je veux le silence!
Voulez-vous vous taire!
J'ai mis Jeanne la Pucelle � la t�te de mon arm�e.
Comment? C'est moi qui commande l'arm�e.
Voici ta r�ponse, vieux grognon.
Qui veut me suivre � Orl�ans?
Pour Dieu et la Pucelle, � Orl�ans.
A qui le tour?
Vent d'ouest, vent d'Ouest,
souffleras-tu un jour?
Nous ne traverserons pas la Loire sans vent d'ouest!
Je l'attends tous les matins.
Toujours rien. - L'inaction amollit les hommes.
Traversons � la nage et attaquons! - For�ons le pont!
Combien d'hommes? - Dix le tiendront contre cent.
Et nos renforts? Que fait le dauphin?
Le dauphin... J'ai un message de lui.
Il nous en envoie de l'aide.. - Combien d'hommes?
Une femme. - C'est une farce?
Une sainte, para�t-il.
�a existe? - Je n'en ai jamais vu.
Quand viendra-t-elle? - Une semaine...
Les fesses des filles sont d�licates.
Mais mes soldats l'attendent d�j�. Ils le savent depuis hier.
Je suis pour l'attaque du pont.
Pas si d�licates.
C'est vous le B�tard? - Et vous la Pucelle?
Je ne vous attendais pas si t�t.
Nous ne nous sommes pas amus�s et ne tra�nions pas de femmes.
Pas de femmes?
Je ne vois pas de pr�paratifs d'attaque.
J'attends des renforts. Un peu de vin frais avec moi?
Je ne boirai avec vous que dans Orl�ans.
La Loire seule vous s�pare des Anglais.
Elle est large.
Il y a un pont. Au nom de Dieu, traversons-le.
�a semble simple mais ce n'est pas faisable.
Qui dit �a? - Je le dis!
Et ces vieilles t�tes avis�es aussi. - Trop vieilles, alors!
Je vous apporte meilleure aide que chef n'en re�ut jamais.
La v�tre? - Non.
Celle du Roi des Cieux.
Montrez-moi le pont. Je serai la premi�re � le traverser.
Je vous d�fie de m'y suivre.
Le courage personnel est r�serv� aux officiers subalternes.
Je vais vous montrer le pont.
Voici le pont. - Alors, qu'attendez-vous?
Quelle impatience! - L'heure n'est pas � la patience.
L'ennemi est entre nous et Orl�ans.
Et nous restons l� les bras crois�s!
Je vous lib�rerai de la peur.
Sans peur, je serais un chevalier de livre d'images,
mais un mauvais chef d'arm�es. Je vais faire de vous un soldat.
Vous voyez ce fort? - Il est � nous ou aux Godons?
Taisez-vous et �coutez!
Avec dix hommes, je tiendrai ce fort contre une arm�e.
Les Anglais sont cent fois plus nombreux.
Ils ne r�sisteront pas � Dieu.
Dieu ne leur a pas donn� cette terre.
Ils nous l'ont vol�e, II nous l'avait donn�e.
Je prendrai ce fort.
Seule?
Avec nos hommes. Je les conduirai. - Pas un ne vous suivra.
Je ne regarderai pas derri�re moi pour voir si on me suit.
Vous �tes un vrai soldat!
Vous �tes amoureuse de la guerre.
Non, de la religion. D'apr�s l'archev�que.
La religion, c'est pour les femmes et les pr�tres.
Etes-vous femme ou soldat?
Je suis un soldat. Je ne veux pas qu'on me traite en femme!
Je ne m'habille pas en femme.
Je n'aime rien de ce qu'elles aiment,
elles r�vent d'amants, d'argent...
Je r�ve de mener une charge et de placer les canons.
Vous avez encore beaucoup � apprendre de nous, Pucelle.
Le pont est inattaquable � quatre hommes de front.
Il faut traverser la Loire et le prendre � revers.
Qu'attendez-vous? - Dieu.
C'est Dieu qui vous attend.
Alors qu'il fasse tourner le vent pour pousser mes bateaux.
L'avez-vous pri�? - Mon chapelain fait cela pour moi.
Conduisez-moi � l'�glise.
J'en parlerai � sainte Catherine. Dieu fera tourner le vent.
L'�glise la plus proche est � Orl�ans.
Peut-�tre que les Godons prient aussi.
Regardez
Le vent a chang�!
Dieu a parl�.
L'arm�e royale est � vous! Je suis votre soldat, Jeanne.
Dunois, mon camarade...
Pose mon pied sur l'�chelle et dis-moi "Monte, Jeanne!"
Le peuple t'attend, Jeanne.
Que le roi ait toute la gloire.
Il g�te le spectacle.
Votre Majest� a enfin re�u l'onction!
Pour r�gner sur la lune, je ne voudrais pas repasser par-l�!
Qu'on m'aide � me d�p�trer de tout �a!
Aidez sa Majest�.
Le poids de ces robes!
J'ai cru que...
J'ai cru m'�crouler quand vous m'avez mis la couronne.
Vous devez �tre mort de fatigue avec ces robes!
Et cette fameuse huile sainte
dont Jeanne parle tant est rance!
Elle a pr�s de mille ans, Majest�.
Un ange l'apporta � Clovis.
Elle �tait sans doute plus fra�che � l'�poque!
Sire, j'ai fait de vous un roi.
Mon travail est termin�.
Il faut que je retourne � la ferme de mon p�re.
Le faut-il vraiment?
H� bien, ce sera excellent pour vous!
Une vie tr�s saine. - Mais monotone.
Vous allez trouver vos jupons bien encombrants, maintenant.
Enfin, je vais pouvoir jurer! Mais vous me manquerez.
Tu me manqueras aussi,
mais les autres...
aucun ne regrettera de me voir partir.
Tu sais, nous ne voulons pas te retenir.
Une femme se doit � ses parents ou � son mari.
J'esp�re te voir � la Cour de temps � autre.
Et, si je peux quelque chose pour toi.
Une bonne chose de faite.
Elle a eu son utilit�, au d�but.
Un c�ur vaillant et une �chelle solide,
et rien ne nous r�sistera!
Cher Dunois...
J'aimerais �tre encore sur le pont d'Orl�ans.
Nous vivions sur ce pont! - C'est vrai.
Certains de nous y mouraient aussi.
C'est �trange, Jean.
Je suis si l�che...
Je mourais de peur avant chaque bataille.
Mais tout est si morne maintenant
que ma t�che est accomplie.
Tellement morne.
Il faut savoir se mod�rer � la guerre
comme en nourriture et en boisson, petite sainte.
Cher Jean!
Tu es mon ami, toi.
Tu en as besoin. Tu as peu d'amis � la Cour.
Pourquoi?
Pourquoi courtisans et chevaliers
et hommes d'�glise me ha�ssent-ils?
Que leur ai-je fait?
Je n'ai rien demand� pour moi,
seulement que mon village soit exempt� de l'imp�t.
Nous n'avons pas les moyens de les payer.
Je leur ai apport� la victoire.
Je les ai remis dans le droit chemin malgr� leurs idioties.
J'ai couronn� Charles pour en faire un vrai roi!
Et tous les honneurs qu'il distribue sont pour eux.
Pourquoi ne m'aiment-ils pas?
Crois-tu que les gens vont t'aimer pour les avoir mis � nu?
Quel �v�que aime �tre supplant� � ses propres autels,
m�me par un saint?
Je vais te confier quelque chose, Jean.
C'est dans les cloches que j'entends mes voix.
Pas aujourd'hui avec tous ces carillons,
c'�tait pur tintamarre.
Mais ici o� leur �cho s'attarde,
ou dans les champs quand elles viennent de loin
dans le calme de la campagne.
Mes voix sont en elles.
Tu me g�nes, quand tu parles de tes voix.
Je pourrais croire que tu es un peu cingl�e.
Mais tu me donnes toujours des raisons sens�es pour tes actes.
Pour les autres, sainte Catherine te guide.
Il faut bien que je trouve des raisons pour toi
qui ne crois pas � mes voix.
Mais mes voix viennent d'abord et je trouve mes raisons apr�s.
Crois ce que tu voudras.
Tu es en col�re? - Oui!
Non. Non, pas contre toi.
Je voudrais que tu sois un des enfants du village.
Pourquoi?
Je pourrais te cajoler un peu.
Tu es donc un peu femme malgr� tout.
Je suis un soldat et rien d'autre.
Mais les soldats cajolent les enfants quand ils en ont l'occasion.
Vas-tu continuer et prendre Paris?
Qui le sait?
On peut me l'interdire.
Peut-�tre avec raison.
Qu'en disent tes voix, Jeanne?
Rien.
Elles ne sont pas toujours avec moi.
Tu fais des carr�s trop grands.
La jambe droite royale est faible.
Je t'avais qu'ils �taient trop grands.
C'est toi...
Je te croyais, � cette heure, sur le chemin du retour.
Je vous croyais, � cette heure, sur celui de Paris.
Mon Dieu, non. Paris ne vaut pas une bataille.
Nous y perdrions tout ce que nous avons gagn�.
- Mieux vaut conclure un bon trait�. - Un trait�?
Pourquoi pas? Maintenant que je suis couronn� et oint.
Je n'oublierai jamais cette huile.
Donne-moi la craie.
Tu vois, Jeanne, un moment arrive
o� le soldat
doit faire place � l'homme d'�tat.
Un autre morceau de craie!
La guerre ne se fait pas qu'� coups de canons et d'hommes,
mais aussi avec des astuces et des bouts de papier.
C'est plus �conomique, d'ailleurs.
Paris serait sans doute trop cher pour nous!
Le Tr�sor est au plus bas apr�s toutes tes batailles.
Vous ne serez pas vraiment roi de France si vous n'avez Paris.
Archev�que, parlez-lui. Elle veut encore se battre.
Elle ne pense qu'aux combats, aux combats et aux combats.
Soyons contents de ce que nous avons accompli.
Vous �tes d'accord, n'est-ce pas, archev�que?
Il faut n�gocier maintenant.
Nous avons trop de chance pour que cela dure!
De la chance! Dieu s'est battu pour nous
et vous appelez cela de la chance?
Le roi s'est adress� � moi et non � toi, Pucelle!
Tu t'oublies un peu trop souvent.
Alors dites-lui qu'il ne fait pas la volont� de Dieu
qu'il retire ses mains de la charrue.
Je suis moins agile que toi avec le nom de Dieu,
car j'interpr�te Sa volont� au nom de l'�glise.
Quand tu es arriv�e, tu n'aurais pas os� parler ainsi.
Abstiens-toi du p�ch� d'orgueil.
Elle sait toujours mieux que tout le monde
Oui, je sais mieux.
Et ce n'est pas par orgueil. Je ne parle que lorsque j'ai raison.
Et comment sais-tu que tu as raison?
Je sais. Mes voix me le disent. - Tes voix! Tes voix!
Pourquoi ne me parlent-elles pas? C'est moi le roi, pas toi.
Elles vous parlent,
mais vous ne les entendez pas.
Vous ne vous �tes pas assis dans un champ, le soir,
pour les �couter.
Quand l'Ang�lus sonne, vous vous signez, c'est tout.
Mais si vous priiez avec votre c�ur...
et �coutiez l'�cho des cloches dans l'air
apr�s qu'elles ont fini de sonner,
vous entendriez les voix aussi bien que moi.
Mais quel besoin avez-vous de voix
pour vous dire ce qu'un forgeron peut vous dire,
qu'il faut battre le fer tant qu'il est chaud.
Nous devons foncer sur Compi�gne pour la d�livrer.
Comme pour Orl�ans!
Alors Paris ouvrira ses portes.
Jean, parle-leur!
Dis-leur que j'ai raison.
Vaillance et imp�tuosit� sont de bons serviteurs � la guerre
mais de mauvais ma�tres.
Tu ferais encore le si�ge d'Orl�ans
si je ne t'avais pas fait attaquer.
Non contente d'�tre le Pape Jeanne,
il te faut �tre �galement C�sar et Alexandre.
L'orgueil te perdra, Jeanne!
Qu'importe que ce soit de l'orgueil ou non. Est-ce vrai?
N'est-ce pas du bon sens! - Et je n'ai pas d'argent.
Ce couronnement, qui est de ta faute,
m'a co�t� jusqu'� mon dernier �cu.
L'Eglise est riche. Je place ma confiance en l'�glise.
J'irais n'importe o� avec la protection de votre b�n�diction.
Je n'ai pas de b�n�diction pour toi, qui est orgueilleuse et d�sob�issante.
Suis-je d�sob�issante alors que j'ob�is toujours � mes voix
qui viennent de Dieu?
La voix de Dieu sur Terre est celle de l'�glise
et les voix que tu entends sont l'�cho de ton obstination.
Ce n'est pas vrai!
Tu oses accuser l'archev�que de mensonge en son palais?
Je n'ai pas dit cela. C'est vous qui dites que mes voix ont menti!
Quand ont-elles menti?
M�me si elles ne sont que l'�cho de mon bon sens,
n'ont-elles pas raison?
C'est toujours pareil! Elle a raison et tout le monde a tort.
Ceci est mon dernier avertissement.
Si tu places ton propre jugement
au-dessus de celui de tes directeurs spirituels,
l'Eglise te reniera
et te laissera � cette Foi que ta pr�somption t'apporte.
Rentre chez toi, Jeanne.
Tu as �t� tr�s utile au d�but et je ne suis pas un ingrat:
j'ai exempt� ton village du paiement de l'imp�t.
Et Dieu sait que je n'en ai pas les moyens.
Sois gentille, ne nous ennuie plus.
Jean, qu'en penses-tu?
Dieu a bien �t� � tes c�t�s.
Je n'ai pas oubli� comment le vent a chang�...
et nos c�urs ont chang� aussi.
Mais je te le dis en soldat, Dieu n'est � la disposition de personne,
pas m�me des pucelles!
Le temps des miracles est termin�.
Et d�sormais, le meilleur au jeu de la guerre gagnera,
si la chance est de son c�t�.
Tu appelles �a de la chance aussi!
Je sais ce que chaque mouvement que je d�cide co�tera en vies.
Toi, tu ne comptes jamais.
Tu avances et fais confiance � Dieu. Tu crois que tu l'as dans ta poche.
Jusqu'ici, tu as eu le nombre pour toi et tu as gagn�.
Mais un jour tu iras de l'avant
avec dix hommes pour faire la t�che de cent
et tu verras que Dieu est du c�t� des gros bataillons.
Le roi ne parle que d'argent,
toi, tu ne parles que de prudence.
Le petit peuple ne touche pas de solde,
il ignore la strat�gie.
Mais � Orl�ans, il m'a suivie
dans le foss�, demi-nu,
sur une �chelle, par dessus les fortifications.
Et toi aussi, Jean, tu m'as suivie, ce jour-l�.
Les temps ont chang�, Jeanne!
Dieu m'en soit t�moin,
Si tu �tais tomb�e dans la Loire j'aurais saut� dedans,
avec mon armure pour te sauver.
Mais si tu te fais prendre b�tement devant Paris
je t'abandonnerai � ton sort.
S'ils te capturent,
ils te tra�neront dans les rues et te br�leront comme sorci�re.
Tu es seule,
absolument seule.
C'est la v�rit�, Jeanne.
Penses-y!
O� seriez-vous tous maintenant
si j'avais pens� � cette v�rit�-l�.
Il n'y a ni aide ni r�confort en aucun de vous.
Je croyais que la France avait des amis � la cour du roi de France
et je n'y trouve que
des loups qui se disputent les lambeaux de son pauvre corps d�chir�.
Je croyais que vous dresseriez tous
comme de grosses tours autour de moi pour me d�fendre.
Mais j'en sais plus long aujourd'hui
et nul ne perd � en savoir plus long.
Ne croyez pas que vous m'effrayez en me disant que je suis seule.
La France est seule.
Et Dieu est seul.
Qu'est-ce que ma solitude
� c�t� de celles de mon pays et de mon Dieu?
Je comprends maintenant.
La solitude de Dieu fait Sa force.
Que serait Dieu s'il �coutait vos petits conseils jaloux?
Ma solitude sera ma force aussi.
Mieux vaut �tre seule avec Dieu.
Son amiti� ne me fera pas d�faut.
Non plus que Son conseil,
ni Son amour.
Forte de Sa force, j'oserai jusqu'� la mort!
Je vais aller retrouver les gens ordinaires.
L'amour que je vois dans leurs yeux me consolera
de la haine des v�tres.
Vous voudriez me voir br�ler.
Si je dois �tre br�l�e un jour,
j'entrerai dans leurs c�urs,
pour les si�cles des si�cles.
Que Dieu soit avec moi.
Tu vois que nos conseils �taient bons!
Tu serais peut-�tre encore vivante aujourd'hui.
�a aurait �t� vivre? - Mieux que le b�cher!
Cette souffrance se compte en minutes.
Mais la souffrance de vivre, Charles,
se compte en ann�es.
Oui, tu as peut-�tre raison.
Je ne vous d�range pas?
Qui �tes-vous? - Le comte de Warwick.
Mon nom ne vous dit rien mais j'ai vers� 16000 livres
pour vous acheter aux Bourguignons.
Y a-t-il autant d'argent au monde?
Oui, madame, en Angleterre.
Je ne vous ai pas vu � mon proc�s.
Affaire d'Eglise, madame!
Mais je vous ai vue par le judas de votre cellule.
Ceci est ma seule chance de vous parler.
Vous savez ce que c'est: le ciel, l'enfer,
Oxford et Cambridge, �a se m�lange peu.
Je viens vous pr�senter mes excuses.
Votre mort �tait politique. Aucune animosit� personnelle.
Ne vous inqui�tez pas. C'�tait la volont� de Dieu.
Dieu? Oui, bien s�r.
Je pr�f�re parler de n�cessit� historique.
Toutefois, vous l'avez tr�s bien dit. �a montre votre bonne �ducation
Je ne comprends pas vos mots.
On ne parle pas anglais, au ciel?
J'insiste n�anmoins pour m'excuser.
Et vous aussi, monsieur.
M�me si je vous ai fait roi, en faisant d'elle une sainte.
On m'appelle le Faiseur de Roi. - C'est Dieu qui m'a fait roi!
J'ai du sang royal.
Ne rejetons pas le bl�me sur Dieu seul.
�trange, les fautes qu'un homme intelligent peut faire.
Je pensais, en vous br�lant, par fins politiques,
mettre fin � votre l�gende.
Et nous voil� encore en train de parler de vous.
La cl�mence, tout compte fait, e�t mieux pay�.
La laisser mourir, vieille et seule.
La cl�mence?
Laissez-moi regarder, monsieur!
Je vous en prie. - Juste un coup d'�il!
Soulevez-moi, monsieur. - Te soulever, petit morveux?
Grimpe l�-dessus, si �a tient.
Tu manges trop. - Je dois grandir.
Pas en largeur!
Voil� l'lnquisiteur!
Jeanne,
vous nous avez fait hier des r�ponses inconsid�r�es.
Vous �tes p�le. Vous n'�tes pas bien?
Merci, vous �tes bon. Je vais assez bien.
Mais l'�v�que de Beauvais m'a envoy� une carpe
qui m'a rendue malade.
Vous insinuez que le poisson de l'�v�que �tait mauvaise?
Il l'a fait par bont�.
Mais je ne supporte pas la carpe.
Les Anglais ont cru qu'on voulait m'empoisonner.
Traitez-vous l'�v�que d'empoisonneur?
Les Anglais veulent me br�ler comme sorci�re.
Pourquoi me laissez-vous entre leurs mains?
Encha�n�e � ce morceau de bois.
Vous avez peur que je m'envole?
Sans cha�nes, n'avez-vous pas tent� de vous �chapper?
en sautant d'une tour de 20 m�tres de haut.
Si vous ne volez pas comme les sorci�res,
comment �tes-vous encore en vie?
Il faut croire que la tour �tait moins haute.
Elle a grandi chaque jour o� vous m'avez interrog� � son sujet.
Cela est vrai, ma�tre Courcelles.
Etes-vous l'avocat de cette femme?
Il est bon qu'elle en ait un.
Pourquoi avoir quitt� cette tour?
L'oiseau s'envole si la cage est ouverte.
- Vous avez tent� de vous �vader donc. - Bien s�r.
Etre dans les mains de l'Eglise
et s'en arracher volontairement, c'est quitter l'Eglise,
c'est de l'h�r�sie.
Vous dites une grande sottise.
Soyez moins effront�e, Jeanne. Cela vous nuit.
Je suis une fille de l'Eglise. Je lui ai toujours ob�ie.
Je lui ob�irai toujours. Si ce n'est pas impossible.
Vous imputez � l'Eglise l'erreur et la folie de commander l'impossible?
Ma�tre! Elle ignore la th�ologie.
Je ne la condamnerai pas pour une maladresse de langage.
Si l'Eglise me disait d'agir contre les ordres que m'a donn� Dieu,
je ne pourrais y consentir.
Peu importe ce que ce serait. Voil� ce que j'appelle "impossible".
L'Eglise oppos�e � Dieu? Cela ne vous suffit pas?
Elle doit br�ler comme h�r�tique.
Elle ignore la port�e de ses paroles.
Jeanne, r�tractez-vous.
Si vous �tes trop fi�re ou trop boulevers�e pour parler
faites seulement un signe de la t�te.
Il faut la soumettre � la torture. - Pas encore!
J'ai dit au bourreau de se tenir pr�t.
Des ordres? - J'avais pr�vu ceci...
Laissez-lui encore un peu de temps!
Ma�tre Courcelles, faites entrer le bourreau.
Le temps ne compte pas, ma�tre Ladvenu.
J'essaie de sauver son �me pour l'�ternit�.
La notion de temps n'a pas cours.
Montre-lui tes instruments, mais ne la touche pas.
Ne vous d�sesp�rez pas.
Les simples ne comprennent pas nos mots.
Ils ont besoin de toucher le danger.
Montre tes jambes, canard. - On va te les allonger.
Taisez-vous! Allez chercher les crochets et les fers.
Si vous voulez bien, madame.
La torture, un des beaux arts! J'ai horreur de �a.
Laissez-moi regarder! - Affreux gosse!
Va trouver monseigneur Cauchon. - Rien qu'un coup d'�il!
Etendez-vous.
N'ayez pas peur.
On pourra l'allonger de 5 cm. - On la met toute nue?
On n'est pas des sauvages! Jusqu'� la taille pour les fers.
Suffit. Ce n'est pas pour les enfants.
Mais ils ne lui ont encore rien fait!
Va dire � l'�v�que de Beauvais... - Je n'ai m�me pas vu les crochets!
Je vais te faire voir un bon bout de corde, moi!
Je vous �coute.
Dis � l'�v�que que je l'attends
avec une impatience que j'esp�re bien d�guis�e...
Dois-je l'appeler, Votre Eminence, Votre Saintet�?
Tout ce que tu voudras, sauf Pierre le Pieux.
Quelles nouvelles, Milord?
Aucune, ma�tre Stogumber. - Vous prenez �a bien calmement.
Ils effrayent la fille pour essayer de la faire abjurer.
Ils nous bernent, Milord!
Les Anglais, bern�s par des �trangers!
Vous avez de curieuses expressions. Vous vous dites Anglais?
Je me consid�re un gentilhomme.
Vous et moi sommes n�s en Angleterre et l'�v�que n'est qu'un Fran�ais.
Un Fran�ais? D'o� sortez-vous ce mot?
Est-ce que les Bourguignons, les Picards, les Gascons
commencent � s'appeler Fran�ais? Asseyez-vous.
Et les n�tres � s'appeler Anglais?
Qu'adviendrait-il de moi et de vous si cette pens�e devient � la mode?
Cela pourrait nous nuire? - Bien s�r.
Si cette id�e de servir son pays prend corps,
adieu l'autorit� des seigneurs, et adieu celle de l'Eglise.
C'en est fait de vous et de moi. - Je suis fid�le � l'Eglise.
Mais je ne resterai sans agir
pendant que ces sales Fran�ais nous trahissent!
Nous avons pay� pour cette sorci�re! Pas en francs, en livres sterling!
Si cela tra�ne, je jette ma soutane au diable et je l'�trangle moi-m�me!
Mon cher �v�que! Comme c'est aimable d'�tre venu.
Vous connaissez mon chapelain?
J'avais reconnu sa voix.
Faites-moi l'honneur de vous asseoir.
Pour parler franc, la lenteur de la justice d'Eglise me navre.
Il y a 9 mois que la Pucelle a �t� captur�e
et 4 depuis que je l'ai achet�e pour vous.
Ce proc�s ne finira-t-il jamais? - Il n'a pas commenc�.
Vous voyez, Milord! - Pas commenc�?
Nous avons interrog� la Pucelle quinze fois.
Mais que depuis hier en pr�sence du repr�sentant de l�inquisition.
La fille est une sorci�re! - L'�v�que nous parle.
Outre nos opinions, nous devons tenir compte des pr�ventions
d'un tribunal fran�ais. - Catholique...
Je crains que le fait que des Fran�ais aient battu des Anglais
ne leur semble pas un cas de sorcellerie.
Un Anglais n'est jamais battu selon les r�gles!
A Orl�ans, cette femme a eu la gorge transperc�e par une fl�che.
Une blessure mortelle. Pourtant elle a combattu tout le jour.
Et quand nos hommes eurent repouss� ses attaques en vrais Anglais,
elle s'est avanc�e seule, une banni�re blanche � la main
et nos hommes n'ont pu ni tirer, ni frapper.
C'�tait d� � Dunois ou au diable?
L'accuser de sorcellerie ne m�ne � rien!
Elle a donn� cent preuves de sa sorcellerie!
L'histoire des �ufs!
Je vous dis que c'est une h�r�tique, pas une sorci�re.
Quelle est la diff�rence?
Vous, un pr�tre, me demander cela?
Votre "sorcellerie" a des explications naturelles.
Les Anglais sont �trangement born�s.
Et les Fran�ais coupent les cheveux en quatre!
Vos brouillards n'engendrent gu�re de th�ologiens.
Nous n'avons pas de brouillards!
- J'en ai vu plus en France! - Stogumber!
Ne puis-je parler?
Abstenez-vous ou gardez votre calme.
Je l'absous, au nom de l'ignorance.
Vous me traitez d'ignorant?
Milord, je demande votre protection. - Vous l'avez.
Continuez, Votre Eminence.
J'avais d�fendu de la toucher. Si je vois ne serait-ce qu'un bleu...
Je ne l'ai pas touch�e. Je le jure.
Rien qu'une petite d�monstration pour qu'elle comprenne.
Ils vous ont fait mal?
Non. Il a dit la v�rit�.
Voulez-vous vous r�tracter devant Sa R�v�rence?
Ma d�cision est prise.
L'Eglise est au-dessus des n�cessit�s politiques.
Je sers le roi, et non l'Eglise. Je ne m'interdis rien.
M�me au p�ril de votre �me?
L'Angleterre est un pays froid.
On n'y craint pas les flammes de l'enfer.
Messieurs. Soyez sans crainte.
Vous avez une invincible alli�e
plus d�termin�e encore que vous � ce qu'elle soit br�l�e.
- Et qui est-ce? - La Pucelle elle-m�me.
A moins de la b�illonner,
vous ne l'emp�cherez pas de se condamner chaque fois qu'elle ouvre la bouche.
Si vous �tes s�r que �a ne sert � rien, faites de votre mieux pour elle.
Je serais d�sol� de devoir agir sans la b�n�diction de l'Eglise.
Nous allons commencer son proc�s.
Bonjour, ma�tre Ladvenu. D�j� en pri�res?
Je prie pour la Pucelle. Ne priez-vous pas aussi?
Ce serait manquer de coh�rence.
Gardez le clo�tre. - L'�v�que protestera.
J'ai tout lieu de croire qu'il sera raisonnable.
Et dans le tribunal?
Non. Laissons-leur leur petit royaume.
Vous avez combien d'hommes? - Huit cents.
Cela devrait suffire. - Elle doit mourir aujourd'hui?
A l'audience, ma�tre Stogumber,
faites ce que vous pourrez, je me charge du reste.
L'audience est ouverte.
Je me dois de protester, Votre �minence.
Je ne suis pas sans appui.
Ma�tre Courcelles s'associe � ma protestation.
De quoi s'agit-il?
Parlez, puisque je ne jouis pas de la confiance de Sa Seigneurie.
Nous avons � grand-peine �tabli 64 chefs d'accusation.
Ce nombre a �t� r�duit, sans nous consulter.
J'admire le z�le que vous avez d�ploy�,
mais en toute chose, il faut savoir garder la mesure.
C'est pourquoi j'ai r�duit ces 64 chefs d'accusation
� douze. - A douze?
C'est assez pour obtenir ce que vous voulez.
Mais des points tr�s importants ont �t� r�duits � n�ant.
Par exemple, l'accus�e a d�clar�
que les saintes Marguerite et Catherine
et le Saint Archange Michel lui parlaient en fran�ais.
Et elles auraient d� parler latin?
Non, elles auraient d� parler anglais.
Naturellement!
Il me para�trait peu courtois envers vous et le roi d'Angleterre
de dire que l'anglais est la langue natale du diable.
Notre travail ne servirait donc � rien?
C'est un autre exemple de l'influence diabolique que Jeanne
exerce sur ce tribunal.
Insinuez-vous que j'y suis soumis? - Je n'insinue rien.
Mais il semble y avoir une conspiration pour taire le fait
que la Pucelle a vol� le cheval de l'�v�que de Senlis.
L'acte d'accusation n'en porte pas trace.
Assez de sottises! Ce n'est pas un tribunal de police.
Des sottises?
Vous traitez le cheval de l'�v�que de "sottises"?
La fille all�gue qu'elle a pay� une bonne somme pour le cheval.
S'il n'a pas eu l'argent, ce n'est pas sa faute.
Vous croyez en sa parole?
Sur ce point, elle pourrait �tre acquitt�e.
�a se comprendrait pour un cheval ordinaire.
Mais celui de l'�v�que...
Comment pourrait-on l'acquitter?
Il n'y a pas une paysanne en France
contre qui vous ne pourriez retenir ces peccadilles
sur lesquelles vous enqu�tiez avant mon arriv�e.
Elles voleraient le cheval du pape, si elles en avaient l'occasion.
Nous avons � juger un cas d'h�r�sie.
D�tection et �limination de l'h�r�sie est mon affaire personnelle.
Je suis ici l'lnquisiteur et non un juge ordinaire.
Tenons-nous en � l'h�r�sie, et laissons le reste.
Il y a un point � pr�ciser. - Puis-je dire quelque chose?
Avons-nous affaire � un cas d'h�r�sie
ou � la simplicit� d'une jeune fille?
Bien des saints en ont dit autant que Jeanne.
Si vous aviez vu ce que j'ai vu sur l'h�r�sie,
vous ne penseriez pas qu'il puisse s'agir d'une chose l�g�re.
L'h�r�sie commence avec des �tres
qui paraissent meilleurs que leurs voisins.
Une jeune fille pieuse et honn�te,
ou un jeune homme qui a ob�i aux commandements de Notre Seigneur
en donnant ses biens aux pauvres
peuvent �tre � l'origine d'une h�r�sie
qui d�truirait l'Eglise et l'Etat
si on ne l'�touffe pas sans piti� rapidement.
La femme qui s'habille avec des v�tements d'homme
est suivie, aussi s�rement, que la nuit suit le jour,
par des insens�s qui refuseront tout v�tement.
On va amener devant vous
une jeune fille, pieuse et chaste.
Les choses colport�es sur elle par nos amis anglais
n'ont aucun caract�re d'�vidence.
Gardez-vous pourtant de votre compassion naturelle.
Si vous ha�ssez la cruaut�...
S'il y a ici un homme qui ne la ha�sse pas
je lui ordonne pour son salut
de quitter ce Saint Tribunal.
Si vous ha�ssez la cruaut�,
rappelez-vous que rien n'est plus cruel, en ses cons�quences,
que tol�rer l'h�r�sie.
Et rappelez-vous qu'aucune Cour de Justice
n'est aussi cruelle que les gens ordinaires.
Avant la Sainte Inquisition, la malheureuse cr�ature
soup�onn�e d'h�r�sie �tait lapid�e, mise en pi�ces,
noy�e, br�l�e,
sans proc�s.
La col�re est mauvaise conseill�re.
Chassez la col�re.
La piti� est parfois pire.
Chassez la piti�.
Mais ne chassez pas la mis�ricorde.
Souvenez-vous seulement que la justice passe d'abord.
Avez-vous quelque chose � dire?
Vous avez parl� pour moi. Et mieux que je n'aurais fait.
Asseyez-vous.
Jeanne, vous avez eu tout le temps de r�fl�chir.
�tes-vous pr�te � jurer sur l'�vangile de nous dire la v�rit�?
J'ai r�p�t� encore et encore que
je dirai tout ce qui concerne ce proc�s.
Mais Dieu ne permet pas que la v�rit� enti�re soit dite.
Comment le savez-vous?
Vous ne comprenez rien.
Vous d�fiez ce tribunal de saints hommes et de savants?
Savants, peut-�tre!
Mais rappelez-vous le dicton:
"Qui dit trop la v�rit� est s�r de finir pendu."
Jeanne, essayez de nous faire confiance.
Si nous avions voulu vous condamner, nous aurions vous interrog�e 15 fois?
Une seule aurait suffi.
J'ai jur� autant que je pouvais
et ne jurerai pas davantage.
Elle devrait �tre soumise � la torture!
Vous entendez? Vous avez vu les instruments.
R�fl�chissez avant de r�pondre.
Si vous m'arrachez membre apr�s membre
jusqu'� en s�parer mon �me de mon corps,
vous ne m'en ferez pas dire plus.
Le chevalet te fera changer d'avis!
Je ne peux pas supporter d'avoir mal.
Je dirai n'importe quoi pour arr�ter la douleur.
Mais je me r�tracterai apr�s.
Nul aveu sous la torture n'est valable s'il n'est confirm� ensuite.
- Soyons mis�ricordieux. - La torture est de coutume!
Pas si l'accus� se confesse volontairement.
Tout ceci est contre la r�gle!
Vous voulez la torturer par plaisir? - Ce n'est pas un plaisir.
C'est la loi. �a se fait toujours. - Non, ma�tre.
Sauf en cas d'interrogatoire men� par ceux qui ignorent leur m�tier.
La femme est h�r�tique! �a se fait toujours.
Cela ne se fera pas aujourd'hui.
Je ne veux pas de confessions arrach�es par la force.
C'est une grande responsabilit� de s'�carter de la pratique habituelle.
Vous �tes un rude nigaud!
Votre r�gle, c'est ce qui a d�j� �t� fait?
Quoi! Vous osez me traiter de nigaud?
Patience!
Je crains que vous ne soyez sous peu, trop bien veng�.
Nigaud, vraiment! - Nous perdons notre temps.
Il y a deux crimes qu'elle ne peut nier.
D'avoir commerc� avec des esprits infernaux
et port� l'habit d'homme,
ce qui est ind�cent et contre nature.
Sainte Catherine est un esprit infernal?
Et Sainte Marguerite? Et l'archange St Michel?
A quoi voyez-vous que cet esprit est un archange?
Vous appara�t-il tout nu?
Croyez-vous que Dieu n'a pas de quoi le v�tir?
Bien r�pondu, Jeanne!
L'Eglise vous enseigne que ces visions sont l'�uvre du diable.
Acceptez-vous les enseignements de l'Eglise?
Ils m'apportent des messages de Dieu.
Comment le refuser, Lui? - Que dites-vous?
Vous luttez en vain. Elle ne veut pas �tre sauv�e.
Pour la derni�re fois, laissez ces habits ind�cents
pour ceux qui conviennent � votre sexe.
Non. Je refuse! - P�ch� de d�sob�issance!
Mes voix me disent de m'habiller en soldat.
Un ange de Dieu vous donnerait un conseil aussi �hont�?
Mais oui. C'est le simple bon sens!
Je vivais en soldat parmi des soldats.
Je suis une prisonni�re gard�e par des soldats.
Si je m'habille en femme, on me consid�rera en femme,
et qu'adviendra-t-il de moi? - Ecoutez-moi bien.
Si l'Eglise vous dit
que vos r�v�lations et vos visions
sont l'�uvre du diable
qui vous tente pour votre damnation,
accepterez-vous de croire
que l'�glise est plus sage que vous?
R�pondez.
Nous essayons de vous aider, Jeanne.
Ce que vous appelez mes crimes,
Dieu me l'a ordonn�.
Je ne peux pas vous dire autre chose.
Si un homme d'Eglise me dit l'inverse, je ne l'�couterai pas,
j'�couterai Dieu et Lui seul.
Voulez-vous signer vous-m�me votre arr�t de mort?
Ne croyez-vous pas que vous �tes une fille de l'Eglise de Dieu?
Oui. Ai-je jamais dit le contraire? - Bien.
Vous �tes donc soumise � Sa Saintet� le Pape,
aux cardinaux et aux �v�ques que ce tribunal repr�sente.
Mes voix ne me disent pas de d�sob�ir � l'Eglise.
Mais Dieu doit �tre servi d'abord. - Et c'est vous
et non l'Eglise qui doit �tre juge?
Qu'ai-je pour juger, sinon mon propre jugement?
Oserez-vous pr�tendre, apr�s cela,
que vous �tes en �tat de gr�ce?
Si je n'y suis pas, que Dieu veuille m'y mettre.
Si j'y suis, que Dieu veuille m'y garder.
Voil� une bonne r�ponse.
Vous �tiez en �tat de gr�ce quand vous avez vol� le cheval de l'�v�que?
Que le diable emporte ce cheval!
Bourreau!
Vous avez dit qu'on ne me torturerait pas!
Vous ne le serez pas.
Vous en avez dit assez pour �tre condamn�e.
Bourreau, que la femme entende tes r�ponses � mes questions.
Es-tu pr�t pour br�ler une h�r�tique aujourd'hui?
Oui, votre Eminence.
Le b�cher est dress�? - Oui. Sur la place du march�.
Il est trop haut pour que je puisse lui rendre la mort plus douce.
Ce sera une mort cruelle.
Mais, vous n'allez pas me br�ler tout de suite?
Vous comprenez enfin!
Huit cents soldats anglais vous m�neront sur la place
d�s que la sentence d'excommunication aura �t� lue.
Mon Dieu!
Ne d�sesp�rez pas, Jeanne.
L'�glise est mis�ricordieuse. Vous pouvez encore vous sauver.
Oui. Mes voix m'ont promis que je ne serais pas br�l�e.
Ste Catherine m'a dit de rester hardie.
Etes-vous folle, mon enfant? Vos voix vous ont tromp�e.
Ont-elles tenu leurs promesses depuis votre capture?
Le diable vous a trahie! L'Eglise vous tend ses bras.
C'est vrai.
C'est vrai.
Mes voix m'ont tromp�e.
J'ai os� et encore os�,
mais seul un fou se jetterait dans le feu.
Dieu,
qui m'a donn� mon bon sens, ne peut vouloir cela!
Dieu soit lou�,
Lui qui l'a sauv�e � la onzi�me heure!
Vous allez permettre � cette femme de nous �chapper?
La loi doit �tre suivie. Et vous connaissez la loi.
Je sais qu'il n'y a pas de foi dans un Fran�ais!
Je sais ce que fera le comte de Warwick
quand il apprendra que vous allez le trahir.
Silence! Pensez � votre Saint-Office,
� ce que vous �tes et o� vous �tes.
Asseyez-vous. - Je ne veux pas m'asseoir!
Cet homme m'a d�j� appel� tra�tre. - Vous �tes un tra�tre!
Vous �tes tous des tra�tres!
Vous, vous n'avez fait que supplier
cette damn�e sorci�re pour qu'elle se sauve!
Si vous refusez de vous asseoir, restez debout!
Je ne veux pas rester debout!
Voici la formule d'abjuration. - Lisez-la-lui.
"Moi, Jeanne, dite la Pucelle,
confesse avoir gravement p�ch� dans les articles suivants.
J'ai pr�tendu avoir des voix de Dieu, des anges et des saints.
Je confesse les p�ch�s de r�bellion, d'idol�trie
de d�sob�issance, d'orgueil et d'h�r�sie.
Je renonce � tous ces p�ch�s,
n'y reviendrai jamais et resterai en communion avec la Sainte Eglise.
Je le jure par Dieu et les saintes Evangiles
en foi de quoi j'ai sign� mon nom."
Vous comprenez, Jeanne?
C'est assez clair.
Et c'est vrai?
Si ce n'�tait pas vrai,
le feu ne serait pas pr�t pour moi sur la place du march�.
Mon enfant, prenez la plume. - Je ne sais pas �crire.
Vous avez d�j� sign� des lettres. - On guidait ma main.
Faites votre marque.
Dieu soit lou�. La brebis a rejoint le troupeau.
Milord! lls nous ont tromp�s! La sorci�re s'est r�tract�e!
II fallait s'y attendre.
Vous prenez la chose bien calmement.
Qu'allons-nous faire?
Les anges peuvent �tre avec l'Eglise. J'ai mes soldats.
N'accusez pas l'Eglise. Ce sont ces pr�tres fran�ais!
Et si le pape la d�clare innocente?
Lui aussi est un �tranger! En Angleterre...
On ne l'y croit pas infaillible?
Si, en mati�re de foi et de m�urs.
Mais... - Mais c'est une affaire politique.
Ne vous en faites pas.
Elle sera br�l�e avant que le pape en soit inform�.
Voici la sentence du tribunal et de la Sainte Inquisition.
Parce que tu as p�ch� contre Dieu et la Sainte Eglise...
...et pour que tu puisses te repentir,
nous, pour le salut de ton �me et pour p�nitence,
afin d'effacer tous ces p�ch�s,
et te conduire sans tache devant le tr�ne de Gr�ce,
te condamnons � manger le pain de douleur
et � boire de l'eau de chagrin
jusqu'au bout de ta vie terrestre
dans un emprisonnement perp�tuel.
Un emprisonnement � vie?
Je ne vais donc pas �tre mise en libert�?
Apr�s tant de m�chancet�s, Jeanne?
Tu r�vais.
Allumez votre b�cher!
Je le crains moins qu'une vie de rat dans un trou!
Mes voix avaient raison!
Elles m'ont dit que vous �tiez des insens�s
et que je ne devais �couter vos belles paroles
et croire en votre charit�.
Vous mentiez en me promettant la vie!
Croyez-vous que vivre, c'est ne pas �tre morte?
Je n'ai pas peur de vivre de pain et d'eau.
Le pain me suffit. Quand ai-je demand� plus?
Le pain n'est pas douleur pour moi, ni l'eau angoisse.
Mais �tre priv�e de la lumi�re du jour,
de la vue des prairies et des fleurs,
ne plus chevaucher avec mes soldats et gravir les collines,
ne respirer que l'obscurit� infecte et humide
et �tre priv�e de tout ce qui me fait aimer Dieu,
alors que votre m�chancet� le rendrait ha�ssable � mes yeux!
Je pourrais me passer de mon cheval.
Je pourrais me tra�ner avec un jupon.
Je pourrais laisser les �tendards et les soldats me d�passer
et m'oublier au bord du chemin comme les autres femmes.
Si je pouvais encore entendre le vent dans les arbres,
les alouettes dans le soleil,
les petits agneaux crier de froid
et les cloches m'apporter mes voix dans le vent.
Sans toutes ces choses,
je ne puis vivre!
Et si vous voulez me les arracher,
ou � toute autre cr�ature humaine,
c'est que votre inspiration vient du diable
et que la mienne vient de Dieu!
C'est une relapse!
Relapse!
Incorrigible! Je demande son excommunication!
Si Dieu vous inspirait, ne vous d�livrerait-il pas?
Ses voies ne sont pas vos voies.
Il veut que je traverse le feu pour arriver jusqu'� Lui
car je suis Son enfant.
Et je n'ai rien � faire parmi vous.
Ce sont l� mes derni�res paroles.
Nous te d�cr�tons h�r�tique et relapse.
Rejet�e de l'unit� de l'Eglise. - S�par�e de son corps.
Infect�e de la l�pre d'h�r�sie. - Un membre de Satan.
Nous d�clarons que tu dois �tre excommuni�e.
Menez-la au b�cher!
Vous n'auriez pas d� entrer ici! - J'ai des ordres.
Ces Anglais sont impossibles! Il faut les arr�ter.
Oui, mais pas trop vite.
S'ils veulent se mettre dans leur tort,
ce n'est pas � nous de les remettre dans le droit chemin.
Un d�faut de proc�dure peut �tre utile plus tard.
On ne sait jamais.
Et plus t�t cela sera fini, mieux ce sera pour cette pauvre fille.
C'est terrible de voir une cr�ature jeune et innocente
�cras�e entre l'�glise et la Loi.
Vous dites qu'elle est innocente?
Elle n'a pas compris un mot de ce que nous avons dit.
Ce sont les simples qui souffrent.
Mes chers fr�res.
J'ai pris mon texte dans les Corinthiens.
Chapitre XII, verset 27.
La sorci�re demande une croix. Elle n'en trouvera pas en enfer.
Qu'on la br�le, d'accord...
...mais pas besoin d'�tre des salauds.
"Or vous �tes le corps du Christ, et membres chacun pour sa part.
Et ceux que Dieu a �tablis dans l'Eglise...
...les diversit�s de langues.
Tous sont-ils ap�tres? Tous proph�tes?"
Mon Dieu! Eloigne de moi cette vision!
Qu'y a-t-il? - Priez pour moi!
Oui, oui, bien s�r. Du calme.
Je ne voulais pas faire de mal.
Je ne me doutais pas que ce serait ainsi.
Ah, vous avez vu.
Je ne savais pas ce que je faisais.
Je suis un fou imp�tueux,
et je serai damn� �ternellement!
Je l'ai tu�e...
C'est absurde! Ce n'�tait pas vous.
Je les ai laiss� faire!
Remettez-vous!
Si vous ne supportez pas ces choses,
faites comme moi. N'y assistez pas!
Elle a demand� une croix!
Un soldat a attach� deux bouts de bois ensemble.
Dieu merci, c'�tait un Anglais.
L'idiot! lls le br�leront s'ils lui mettent la main dessus.
Il y en a qui se sont moqu�s d'elle.
Ils se seraient moqu�s du Christ!
C'�taient des Fran�ais, j'en suis s�r!
Ma�tre Stogumber, contr�lez-vous!
C'est fini.
Il n'y a plus � se tourmenter.
Fini?
Cela ne fait que commencer.
Vous vous donnez en spectacle, ma�tre Stogumber!
Que veux-tu, l'ami? - On ne m'appelle ainsi, Milord.
Je suis le ma�tre bourreau de Rouen.
Excusez-moi, ma�tre bourreau.
Vos ordres ont �t� ex�cut�s, Milord.
Je vous d�dommagerai de ne pas avoir de reliques � vendre.
J'ai votre parole, n'est-ce pas?
Il n'en reste rien, ni un os, ni un ongle, ni un cheveu?
Son c�ur n'a pas voulu br�ler.
Je jetterai tout ce qui reste dans le fleuve.
Vous n'en entendrez plus parler.
Plus jamais? Je me le demande.
C'�tait simple de combattre les Godons tout en les aimant.
Un blasph�me, c'est une sorte de pri�re.
Mais vous, vous ne jurez, ni ne priez.
Je n'arrive pas � aimer les gens comme vous.
Vos pr�tres �taient aussi coupables que moi.
Accusez monseigneur Cauchon, l'archev�que de Beauvais.
Cauchon?
J'ai veill� � ce que justice lui soit rendue.
Menteur!
Merci.
Mais c'est Pierre Cauchon!
Vous �tes mort ou vivant? - Mort...
D�shonor�! lls m'ont poursuivi jusque dans ma tombe.
Ils ont excommuni� ma d�pouille!
Ils l'ont jet�e � la fosse commune!
Dieu me soit t�moin, j'ai �t� juste.
Je ne pouvais rien faire que ce que j'ai fait.
C'est toujours vous, les honn�tes hommes,
qui faites les plus grandes erreurs.
Regardez-moi.
Je ne suis ni Charles le Bon, ni Charles le Sage,
ni Charles le Hardi.
Ceux qui ont le culte de Jeanne peuvent m'appeler Charles le L�che
pour n'avoir pas tir� Jeanne du feu.
Mais entre nous, quel roi de France a fait mieux?
Es-tu vraiment roi de France?
L'Anglais est-il parti?
J'ai tenu parole. Les Anglais sont partis.
Dieu soit lou�!
Raconte-moi les batailles, Jean.
As-tu �t� le capitaine de Dieu jusqu'� ta mort?
Je ne suis pas mort.
Mon corps est endormi dans le confort de mon lit, � Ch�teaudun.
Mais ton esprit a appel� le mien.
Tu t'es battu � ma fa�on, hein?
Risquant vie pour mort, le c�ur haut et humble, et sans haine?
Pour gagner, toutes les fa�ons �taient bonnes.
Mais chaque fois que nous avons gagn�, c'�tait � sa fa�on.
J'en ai t�moign� par �crit au nouveau proc�s.
J'aurais d� emp�cher qu'on te br�le. J'�tais occup� � me battre.
Et c'�tait l'affaire de l'Eglise.
Et ce n'�tait pas la peine que nous soyons br�l�s tous les deux.
Votre serviteur, m'sieurs, dames!
Vous �tes un saint?
Oui, madame. J'arrive droit de l'enfer.
Un saint? Droit de l'enfer?
Oui. J'ai un jour de cong� par an.
Ma r�compense pour ma seule bonne action.
As-tu fait une seule bonne action?
C'est venu naturellement!
Et on me l'a compt�e.
Quelle... �tait-elle?
Un truc tout b�te. J'ai...
Il a attach� deux bouts de bois ensemble
pour les donner � une fille qu'on allait br�ler.
Qui vous a dit �a?
La reconna�trais-tu si tu la voyais � nouveau?
Non, aucune chance. Il y a tant de filles.
Comment se souvenir de toutes?
Mais celle-l� devait �tre quelqu'un,
pour me valoir un jour de cong� par an.
Et jusqu'� l'aube, je suis un saint! - Et ensuite?
Je retourne chez moi. En bas.
Il semble que tous les meilleurs sont en enfer.
Dans votre si�cle, Monseigneur.
Comment, "mon si�cle"?
Je suis hors du temps. C'est pire que de pas marcher au pas.
Les guerres, nous, on en a que la gadoue.
A vous d�go�ter parfois de la guerre!
De votre temps, �a allait! Fran�ais et Anglais...
Bon! Mais apr�s! Des Su�dois, des Polonais, des Russes...
Et les Allemands! Une vilaine bande, quand ils tenaient Paris.
On ne leur apprenait rien en enfer qu'ils ne sachent d�j�.
Les Allemands, dans mon royaume de France?
R�publique, m'sieur!
lls sont partis. Les Am�ricains les ont chass�s.
Quelle langue parlent ces Am�ricains?
Ben, ils appellent �a de l'anglais.
En bas, on est tous dans le m�me bain,
si on peut dire, dans un bled sans eau.
Quel capharna�m!
Toi qui as r�ponse � tout, qu'est-ce qu'il faudrait faire?
Tu veux mon aide? - Mais rien de violent cette fois.
Pourrais-tu me faire recouronner? Rien que pour leur montrer!
Une r�publique!
Je suis une sainte, et les saints font des miracles.
Demande-le-moi avec tout ton c�ur.
Dois-je me relever d'entre les morts
et vous revenir, vivante.
Rome a fait de vous une sainte.
Cela ne nous concerne pas. A Rome de d�cider.
Restez o� vous �tes, femme.
Les saints morts sont moins dangereux pour l'Eglise
que les vivants.
Pardonne-nous, Jeanne. Nous ne sommes pas encore dignes de toi.
Je vais retourner dans mon lit.
Tu compliques toujours tout!
J'ai assez r�v� de toi.
Et toi, mon seul fid�le?
Le petit matin, m'dame. Excusez-moi.
J'ai un rendez-vous urgent en bas.
O Dieu, qui avez cr�� cette Terre si belle
quand sera-t-elle pr�te � recevoir vos saints?
�a sera long, Seigneur?
Quand?
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