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Original subtitles

…

*Hurlement.

- Non.

Non.

Hurlement plus grave.

Non, non, non.

Tu t'entêtes à pousser toujours le même cri.

Il lui manque l'essentiel : la vie.

Allez, recommence.

…

Arrête, arrête, arrête, arrête !

Combien de fois faut-il te l'expliquer ?

Je n'ai que faire de ton cri de comédienne.

C'est le cri d'une terroriste arabe torturée

qu'il te faut trouver.

Il y a la douleur physique insoutenable, les coups,

les décharges d'électricité, les brûlures de cigarette, etc.

Mais il y a aussi la nudité

d'une jeune rebelle musulmane devant ses tortionnaires,

les parachutistes.

As-tu compris ?

Allez, décontracte-toi.

Concentre-toi.

…

Grésillement.

Elle crie.

Elle hurle.

…

*Elle hurle.

…

…

*Hurlements.

…

*- Ta gueule !

Ta gueule !

Cris éloignés.

Ta gueule !

…

Ta gueule !

Ta gueule ! Tu gueules comme une vraie salope !

- Mais qu'est-ce qui leur prend ?

*- C'est pas un terroriste, ça !

- Qu'est-ce qui leur prend ?

*Hurlements.

*- Tu gueules comme une vraie morue des quartiers réservés !

C'est pas un boxon, ici !

Ici, c'est la France !

- Il m'a repéré, cet enfoiré.

Putain de salope, elle le fait exprès.

Il sait qui je suis.

Il sait tout.

Que je viens de là-bas, d'Algérie,

que j'ai été dans les paras et tout.

*- Ta gueule !

- Ils le font exprès,

lui et sa putain de saloperie de bonne femme.

Fracas métallique.

Il faut arrêter ça.

*- Ta gueule !

*Hurlements.

…

Elle hurle.

…

*Hurlements.

Elle crie.

…

*- Enfoiré ! Enculé !

Espèce de terroriste de merde !

Le téléphone sonne.

…

…

- Allô ?

Allô ?

*Allô ?

Ça recommence…

Qui est à l'appareil ? Allô !

Répondez !

Parlez, espèce de lâche !

- Un peu que je vous coince, tous les 2,

puis tu verras qui c'est, le vrai lâche.

Saloperie.

- Je n'en peux plus.

Ça fait 15 jours que ça dure.

Depuis ton départ, Hamdias.

Je crois toujours que c'est pour du boulot.

L'agence ou un metteur en scène,

un producteur, qui sait ?

Un fou qui s'intéresserait à ton film, Hamdias.

Hamdias, où es-tu ?

Je t'attends.

Ramènes-tu notre enfant ?

C'est le dernier jour.

Je ne devais m'inquiéter qu'à partir d'aujourd'hui

et il est déjà 3 h.

- Il y a un truc qui cloche. *- Quoi ?

- C'est pas normal.

Ils mettent nuit et jour un magnétophone.

*- Et alors ?

- Ils m'envoient des insultes.

Toujours les mêmes : des vannes sur l'Algérie.

*- Curieux. - C'est exprès.

On est repérés, je vous dis.

*On est repérés.

- Ben, il faut tout remballer.

On décrochera les micros chez eux à la 1re occasion.

Oui. Remballez, et au plus vite.

- D'accord, patron.

Il sifflote.

…

*Musique rythmée lointaine.

…

Sonnerie de téléphone.

Ta gueule !

*Tu gueules comme une vraie salope.

Ce sont pas des cris de terroriste, ça, Mme Fatma.

C'est pas un boxon, ici.

Ici, c'est la France.

Vous gueulez tous comme des vraies ordures que vous…

*Cris et grincements.

…

Circulation.

…

…

Des enfants jouent.

…

On compose un numéro de téléphone.

…

- Allô ? C'est moi. J'appelle d'une cabine.

Je dois contacter Gilles au plus vite.

*- Des ennuis ? - Oui.

*- Graves ? - Je crois.

*- Au 222-17-42.

- J'espère l'avoir du 1er coup.

Il me reste un jeton et pas 1 centime.

*- Vous n'avez plus d'argent ? - Non.

*- Voyez avec Gilles.

- D'accord.

Allô ?

Gilles !

Le téléphone sonne.

…

…

…

…

*- Ici la West Operator. Je vous ai appelée plusieurs fois.

Vous étiez sortie ? - Oui.

*- Bon. Je vous passe M. Philippe.

- Merci.

*Merci.

- M. Philippe ? *- Oui.

- Je vous passe Mlle Galaï.

Ah, M. Lepromarsi vient d'arriver pour M. Raftal.

- Eh bien, qu'il attende.

*Oui, allô ? C'est Galaï ? - Oui.

- Hamdias est là ? *- Ah non.

Il doit rentrer aujourd'hui.

*- C'est sur son scénario sur la torture.

Vous savez ?

*- Mais oui. - Je suis bête,

*puisque vous en êtes la protagoniste.

Je voulais lui dire la réponse de Raftal, le producteur.

- Oui ?

- Ça ne l'intéresse pas du tout.

- C'est dommage.

*- Par contre, et tenez-vous bien,

il veut vous voir.

*- Pour quelle raison ?

- Il vous le dira.

Il est en réunion avec le patron.

Il en a pour 1 h. Tâchez d'être là d'ici 1 h.

*- J'y serai.

Complexée, sous-développée, tu fais du zèle.

Un peu de fric,

sauver mon gosse des griffes de ma mère, l'avoir ici.

Quelle attitude prendre ?

Je suivrai tes conseils, Hamdias :

"Sois intransigeante."

Faire ma propre expérience.

Je ne veux pas faire de conneries.

Un producteur, enfin. Du travail, un peu de fric.

Du fric.

Je veux plus recevoir de lettres de ma mère.

"Vous êtes des incapables, des aigris.

"Heureusement que ta mère est là pour s'occuper de ton gosse.

"Tu me fais l'intellectuelle. Des phrases, y a que ça.

"Politique, politique…

"S'occuper de politique quand on n'a pas de quoi bouffer.

"Tu perds ta vie avec ce fou. Bientôt, tu seras vieille.

"Il est grand temps d'ouvrir tes yeux."

Ce que je louche.

Hamdias, ton scénario sur la torture ne plaît pas.

Je m'écorche tout entière à répéter tes scènes.

Une loque, que je suis, pleine de cloques.

Le feras-tu un jour, ce film, Hamdias ?

Le feras-tu un jour ?

- Désolé pour Hamdias. Il n'arrivera pas à monter son film.

- Pourquoi m'avoir fait venir ? - Pour Raftal.

Pour la femme, il cherche une inconnue.

- De quel film s'agit-il ? Le rôle ?

- Il vous le dira.

C'est lui. - Trop cher.

- N'oubliez pas que c'est Raftal. En 2 ans et 3 films,

il est devenu le producteur le plus redouté de Paris.

Asseyez-vous là.

N'oubliez pas que c'est Raftal, hein ?

- Restez là. J'ai pas besoin de vous.

- BIEN, PATRON.

- Ah, Philippe. Tu vas appeler Me Messe ?

Il rentre à Londres demain. Un Goya.

- Ah…

Jacqueline ?

Me Messe pour M. Raftal.

À mon bureau, oui.

Eh bien, le commissaire-priseur.

- Je suis là pour personne. - Il n'est là pour personne.

- Que Messe.

- Sauf pour Me Messe. Vous ne passerez personne.

Alors, ce tableau,

c'est quoi ? - T'écoutes pas !

Je t'ai dit : un Goya.

Il y a Getty qui est sur les rangs.

À la une, demain, de France-Soir :

"Bataille acharnée pour un Goya entre Getty et Raftal.

"Raftal l'emporte."

C'est de la publicité, ça, non ?

Tu l'as lu ? - Non, mais…

- Te fatigue pas,

moi non plus.

Il m'envoie ça.

J'ai pas le temps de lire.

Il me téléphone.

Alors je lui dis :

"Racontez votre histoire."

Pas foutu de raconter.

"Même si y a pas d'histoire, racontez quelque chose."

Rien. La Torture.

Je lui demande combien ça fait,

et il me dit : "60 millions."

Anciens francs.

Il fait un film de 60 millions et il s'adresse à moi ?

Mon dernier : 10 millions de F nouveaux. 1 milliard ancien.

Banques, distributeurs, crédits, budget bouclé,

pas un sou de ma poche.

7 % de frais généraux au départ.

Tu fais le calcul, sans parler de l'aide automatique :

12,5 % de ristourne sur chaque billet,

et il me propose 60 briques ?

Alors je lui dis, à ce demeuré :

"Prenez une vedette."

"Je veux pas de vedette", qu'il fait.

Et avec hauteur, s'il vous plaît.

- En effet, sans vedette…

C'est aller au désastre. - Tu sais ce qu'il m'a dit ?

- Non.

- Attends.

Il a dit…

"Je vous emmerde."

- "Je vous…"

- Écoute, écoute :

"Je vous emmerde,

"vous,

"vos stars

"et vos faiseurs de berceuse,

"c'est-à-dire les producteurs,

"et le réalisateur, ses collègues,

"et ceux qui se laissent bercer, c'est-à-dire le public."

Il veut faire du cinéma et il emmerde le public !

C'est pas beau, ça, non ?

Jusqu'à présent,

les producteurs et le public l'emmerdent !

Toute cette racaille.

Ce metteur en scène engagé à la manque.

La Torture…

Je veux pas en entendre parler.

Sait-il

ce que c'est ?

Moi, j'y étais.

J'ai connu ça de près.

Mais il faut enterrer ça.

Enterrer ça.

Bon…

Mademoiselle,

il faut me montrer vos cuisses et vos seins.

J'explique.

C'est…

Lepromarsi va mettre en scène.

Un film de prestige.

Lepromarsi, l'écrivain, vous connaissez ?

- Oui, bien sûr. - Il est en retard, ce pédé !

- Justement…

- On lui offre de s'exprimer et il est pas à l'heure !

Ce qu'il veut, ce sont les cuisses et les seins.

Que faites-vous ?

C'est pas de ce genre de seins qu'il s'agit !

C'est de l'érotisme esthétique.

C'est une vision spéciale, l'écrivain.

C'est pas : je vous montre, je vous fais bander, je pars.

Et puis merde.

Je vous donne une chance qu'aucun Hamdias à la con

ne vous donnera jamais : un rôle à côté d'une vedette.

Un film de prestige, Cannes.

Passion sadomasochiste.

Rôle payant.

Ça fera faire un bond à votre carrière.

Vous faites la fine bouche ?

…

Cette fois-ci, Philippe,

les gars,

vous allez tous rester le cul par terre.

Cette fois-ci, je me défonce.

C'est comme pour le Goya.

Pour ce film-là, j'y vais de mon pognon.

Ben oui.

Quand ça vaut la peine,

j'hésite pas.

Les gars ?

Hamdias,

son jules,

a dit à Raftal :

"Raftal, je vous emmerde."

Ben, moi, Raftal, j'ai sa bonne femme,

à poil,

devant moi.

Qu'est-ce que c'est, ça ?

C'est pas possible.

C'est lui, hein ?

C'est cette salope.

Réponds, nom de Dieu !

- Non, monsieur.

C'est l'identification, le mythe.

Elle hurle.

…

- Venez.

Hamdias va le comprendre, et mieux que quiconque.

Tout est un rapport de forces, en politique et ailleurs.

Nous sommes la plus grande agence de Paris.

Les producteurs n'ont que l'argent. Nous sommes forts.

Hamdias, avec un succès commercial,

sera en position de force.

Tous les producteurs lui courront après.

La presse, les critiques, les festivals

tiennent compte des rapports de forces.

Les puissances, le Chili… - Et le cri ?

- "Le cri" ?

- Mon cri. - Je ne…

- J'ai poussé un cri. Comment était-il ?

Quelle force avait-il ?

…

Radio entrecoupée d'interférences.

…

Personne ne s'identifiera à mon ventre,

à ma poitrine,

à mes amants,

aux exploits de mes cuisses,

à mes reins, à mon urine.

Pas de mythe,

pas de bond dans la carrière.

Tu n'exprimes que misère.

Tu ne m'appartiens que meurtri,

humilié.

Un cadavre.

Des grimaces, je sais en faire.

Comment te faire grimacer,

squelette ?

*Pleurs d'enfant.

Elle rit.

…

*Rires d'enfant.

Elle pleure.

*Rires d'enfant.

…

*- À 9 pas de l'entrée, sur ta droite,

il y a le comptoir. Il a 5 m de long

et 8 tabourets alignés.

La caissière est au bout, près du mur de l'office.

À ta gauche, la salle. Elle est rectangulaire

et en profondeur. Elle a 17 tables.

Une seule banquette, côté gauche.

Toujours à gauche, à l'angle, escalier du téléphone.

Pour y accéder, tu dois te faufiler entre les tables.

Ton 1er arrêt, le comptoir. Tu prends un apéritif.

Tu poses le sac avec l'engin à tes pieds,

tu ouvres ton sac à main, tu prends une carte de visite,

tu prends un jeton à la caisse et tu vas vers les toilettes.

Bien, allons-y.

…

Si tu piétines dans les répétitions pendant mon absence,

mets-toi en situation de danger réel.

Prends le plastique, branche un détonateur

et vas-y.

Tic-tac du détonateur.

…

…

- Je me donne 5…

Non, 7 minutes.

…

…

*Musique classique.

…

- Gilles ? - Oui.

Elle déverrouille la porte.

…

(- Vous m'avez écouté ? Vous n'avez touché à rien ?)

(- À rien.)

(La télé, je l'ai mise plus fort.)

(- Ne changez pas vos habitudes. Agissez comme avant,)

(jusqu'au retour d'Hamdias.)

(- Je baisse la télé ?)

(- Non, non. Laissez, laissez.)

…

(Tenez.)

…

(Ce n'est pas énorme, c'est tout ce que nous pouvons faire.)

…

(Où est-il ?) (- Il ne le dit jamais.)

(- Bien entendu.) (- S'il ne rentre pas ce soir,)

(c'est qu'il a eu un pépin.)

(- Que faut-il faire pour qu'il comprenne)

(que ses actions parallèles, individuelles,)

(aventuristes, nous mettent)

(en danger, tous ?)

…

(- Ah. Il doit ramener mon enfant, aussi.)

…

(- À la dernière réunion,)

(les camarades ont décidé son exclusion,)

(s'il persistait, des sanctions…)

(Même le neutraliser.)

…

(Discipline. Aucune raison de faire joujou)

(avec la vie des autres. Qu'il fasse joujou avec la vôtre,)

(ou celle de son lardon, c'est son affaire.)

(Je prends des risques, en venant chez lui.)

(Le matériel que vous avez nous est précieux.)

(Il n'est pas utile que je traîne trop ici.)

(C'est du plastique ?)

(- Oui.)

(- Vous avez du plastique et vous ne le dites pas ?)

(- Je croyais…) (- C'est extravagant.)

(Et ça ? Qu'est-ce que vous faites de ça ?)

(- Ça, je le garde. C'est pour mon travail.)

(- Pour votre quoi ? Il ne faut pas garder ça.)

(Donnez-le-moi. Il faut s'en débarrasser.)

(- Non, pour rien au monde.)

(C'est mon outil de travail.)

(Je répète avec.)

(- Soyez raisonnable. Si on le trouvait ici…)

(- Hamdias, mon metteur en scène, m'en a donné l'ordre.)

(Discipline.)

(Aucune raison pour vous de faire joujou avec mon travail,)

(avec la vie des autres.)

(Écoutez.)

*- Si tu piétines dans les répétitions pendant mon absence,

mets-toi en danger réel.

Prends le plastique, branche un détonateur et vas-y.

Elle arrête le magnétophone.

(- Donnez-le-moi.)

(Je vous l'ordonne.)

…

Elle coupe le son.

Elle remet le son.

(- Venez faire un tour dans la salle de bains.)

(Allez-y.)

(Vous comprendrez peut-être.)

*Opéra.

Elle coupe le son.

(- C'est lui qui…) (- Non, c'est moi.)

(Il me le fait faire.)

(Est-ce le fait d'essayer d'incarner le rôle)

(d'une terroriste avec le plus de vérité possible)

(qui vous surprend tellement ?)

(- Personne, vous entendez ? Personne n'a le droit.)

(Vous n'avez pas le droit de jouer avec ça.)

(Pour moi, vous êtes rayée. Les fous, il faut les éliminer.)

(Il faut que vous me rendiez ce plastique.)

(- Personne, vous entendez ?)

(Personne n'a le droit)

(d'empêcher le jeu de vie et de mort)

(de ceux qui n'ont que ça.)

(- Aucun spectacle n'égalera jamais la vérité révolutionnaire)

(contenue dans l'explosion de 100 g de plastique.)

(Dogme d'Hamdias :)

(évoluer dans les contradictions d'une funambule ou d'un clown,)

(ça ne lui fait pas peur.)

(Pour la dernière fois, je vous demande de me rendre ça.)

(Ce plastique est à l'organisation.)

(- Vous mentez.)

(Pour que nous soyons quittes)

(d'une contradiction encore plus clownesque…)

(je vous rends l'argent que vous m'avez donné.)

(Vous appartenez à un parti,)

(et cet argent vous appartient.)

(Hamdias meurt)

(de ce que rien ne lui a appartenu jamais,)

(de ce qui n'est à rien.)

On frappe à la porte.

(Par là.)

(Gilles ?)

…

- Ouvrez !

…

Toris ! Toris !

…

Elle déverrouille la porte.

(- Vous vous trompez.)

(C'est Pajedores, ici.)

- Il est pas là, Toris ? (- Non.)

(C'est pas ici.)

(Attendez, je reviens.)

- Il est au 5e ou au 6e.

Il m'a bousculée.

Il avait un couteau plein de sang.

Il m'a drôlement fait peur.

Tous les mêmes.

- Hé, toi, Ahmed, descends un peu ici.

Police.

Tu m'as entendu ? Police.

*- La course aux armements nucléaires continue donc.

En avertissement à ses voisins arabes proches

et aux plus lointains, comme l'Algérie, le Maroc, le Koweït,

s'ils aidaient la Palestine, le président d'Israël

a laissé entendre que son pays pouvait utiliser l'arme atomique.

Essai réussi à MAC 1-32

du prototype français F1M ou F1E.

"E" comme "exportation".

Après le détournement d'avion par des Palestiniens,

introduction à l'ONU d'une proposition des USA

proposant une loi plus efficace contre toute forme de terrorisme

dans le monde.

- Terrorisme des riches contre terrorisme des pauvres.

Hamdias…

Tu es du mauvais côté du rapport de forces.

Tu es condamné.

On frappe.

Bruit de pas.

…

"La vie des camarades en danger."

Tu parles…

Du chantage, oui.

Il faut tout de même les prendre au sérieux.

Ils sont dangereux,

quand ils ont peur.

Comme les flics, qui tirent parce qu'ils se font pipi dessus.

Ils vont me dénoncer, c'est sûr.

Dénonciations et calomnies, leurs armes.

Pas capables d'autre chose.

Mon garçon…

Je ne veux pas qu'on m'arrête le jour de ton…

(Hamdias…)

(Ce fils…)

(Hamdias…)

(Tu me l'as fait…)

(Ne fais pas que je le perde…)

*Guitare.

…

On dit de l'homme blanc : "Oui, c'est un Blanc"

De l'homme noir : "Mais qu'il est noir"

De l'homme jaune : "Oui, c'est un Jaune"

Oui, mais, oui, mais Oui, mais

Mais qu'ils soient blancs Ou noirs ou jaunes

Petits ou grands Nantis ou pauvres

Socialistes, capitalistes

Les États ont leur police Police

…

Qu'elle soit blanche Ou noire ou jaune

En vert, en bleu Ou en pelisse

La police, c'est la police

Service, service, service

Qu'elle vous torture, vous avilisse

Qu'elle démolisse Ou qu'elle pourrisse

En vert, en bleu Ou en pelisse

Oui, son boulot, c'est les sévices Police

…

De la GPU à la CIA

Du KGB au FBI

D'Escadrons noirs aux CRS

SS, SS, SS

Civils ou militaires, police

Service, sévices, police

- Ne reste pas ici. Je ne veux pas de problèmes.

Vacarme des travaux.

…

- Y en a marre. Qu'il m'envoie plus des mecs qu'arrivent plus à bander.

J'en ai marre des immigrés qui ont des problèmes.

Qu'il te le fasse faire à toi, ce tapin.

Et je dois te prêter du fric. Fais semblant.

Qu'est-ce que t'attends ?

Tu fais pas de cinéma ?

- Ce cinéma n'est pas facile non plus.

- Oui. Bon, ça va. Au revoir.

…

- Sous le pont Mirabeau… Concorde, Colombes,

des Arts, de Bezons

… coule la Seine.

Coulait en octobre 1961.

Et coule encore la haine,

la haine du Bicot,

du Négro, de tous les "immigros".

Tu coules, coules,

amante dénoyée venue d'Algérie,

jetée dans tes bras par-dessus pont

par tes flics lumières de la Ville lumière, Paris.

Ton amant, en octobre de l'année 1961,

lors de l'unique manifestation algérienne…

Galaï,

il faut que tu t'en souviennes.

…

*- Coupez.

- Ce n'était vraiment pas commode.

- Toute la matinée, je vous ai appelée.

- Je suis sortie très tôt. Je viens justement vous dire que…

- Est-ce qu'il est rentré ? - Non.

- Et voilà.

Bon Dieu, où est-ce qu'il est allé ?

…

Pour leur faire avaler leur Vierge Marie accroupie…

- Avec une musique solennelle genre Bach,

un oratorio ou des chants grégoriens.

Ou du Verdi, tiens, comme font les Italiens.

*Verdi : "La Traviata".

…

- Que se passera-t-il, ce soir ?

Cette projection en l'absence d'Hamdias ?

Pour lui, elle a invité des producteurs, la presse…

On a appelé 2 fois, depuis ce matin.

Évidemment, ça répondait pas chez vous.

Moi, je serai chez elle, à l'heure,

avec le projo et ce qu'il y a à montrer, et le reste…

Sifflement du vent.

…

- Fils de Dieu,

mon fils,

tu vas racheter les péchés de l'homme.

Tu te feras crucifier par lui.

Tu parviendras au trône

de l'archétype, ton père, par le cri,

par ton élévation, par ta déification,

par le calvaire, le meurtre, la torture…

commis par l'homme pour toi,

sur toi, le Père,

provocateur céleste.

Tu vas verrouiller l'homme, ton esclave,

dans l'abomination absolue,

l'acte du déicide, pour l'éternité.

L'amour est ton enseignement.

Le meurtre, la haine, la torture,

le fondement de ton essence divine,

ton testament.

- Où est-ce qu'il est allé ?

Et avec quel argent ?

- Il ne le dit jamais.

- Moi, je bosse.

On me demande du fric. Je supplie pour bosser,

et lui, il va se balader.

La politique, c'est beau, mais faut payer ses collaborateurs.

Il ira faire sa révolution après.

Il faut choisir.

Le boulot, ou les Chiliens, les Grecs, les Palestiniens…

Sinon, on fait rien.

Voilà la preuve.

Pour la révolution, il faut du fric.

Fauché comme il est, il veut tout faire seul.

- C'est Mme Marsanne. Téléphonez.

Voulez-vous avoir la gentillesse de lui dire

qu'Hamdias ira ce soir à la projection, comme convenu ?

J'irai chez elle

en fin d'après-midi l'y attendre.

…

Sonnerie de téléphone.

…

- Tu peux pas faire attention ? Connasse !

*- Hélas,

c'est une certitude, aujourd'hui,

que ce monstre que le mal en l'homme engendre

— je veux parler de la torture —

au lieu d'être en régression dans notre société,

est en constante progression.

Nous, chrétiens, nous devons dénoncer cela,

la parole de l'Évangile.

- Personne n'aura l'idée de venir le chercher ici.

Gardez-le-moi. Ma vie est en danger.

Je reviendrai le prendre.

Au plus tard, demain.

- Allez-vous-en.

Allez-vous-en !

Sur-le-champ !

Non, pas par ici, par là.

Vous n'avez pas honte ? Ici, dans la maison de Dieu ?

Ici,

un engin de mort ?

Allez-vous-en avant que j'appelle la police !

C'est une provocation !

Vraiment !

Une provocation.

Sous le toit du Seigneur…

Sonnerie de téléphone.

…

- L'avant-garde,

c'est moi.

Naki.

Les formes nouvelles, c'est Naki.

Langue slave.

…

Je veux le hall d'entrée

du Palais de la culture de Paris.

Sonnerie.

…

…

…

Allô ?

Allô ? Ne faites pas ce jeu.

- Allô, Naki ?

Je suis Galaï.

- "Galaï" ?

Toute seule ?

Et Hamdias ?

Mais oui.

Oui, viens tout de suite.

Tout de suite, viens.

Hamdias, ta femme…

*Musique orientale.

…

Elle hurle.

…

- Mon cri…

…

Il tousse.

…

- Attends !

Fracas.

Elle vient chez moi, avec du plastique dans une guitare.

Je l'ai connu, ce salaud. J'aurais pas dû.

M'occuper de vos conneries ?

Vous voulez de l'argent ?

L'argent, oui.

Mais du plastique chez moi, non.

La violence, c'est non !

- Même s'il savait que vous l'aviez,

il ne viendrait jamais le chercher chez vous.

Vous êtes trop connu.

Je peux m'en aller ? - Non. Attends.

- À voir un homme dans votre état,

j'ai eu raison

de le garder.

- Comment ?

- La trouille. La trouille !

La trouille ! - Attends, attends, attends…

Il faut pas aller trop loin.

Et arrête de faire ton numéro.

Contente-toi de montrer ton cul.

- Je suis d'accord pour montrer mon cul,

mais pour les raisons qui font que vous montrez le vôtre,

artiste récupéré.

- Je connais tes parents.

Tu méritais mieux que ce demeuré.

Il veut du sang,

de la violence,

de la lutte armée.

En mai 68,

il fallait passer du balai dans les rues à la danse de mort.

La révolution.

En prenant les ouvriers immigrés, les seuls que le désespoir mobilise.

Ludovic est con !

"Il faut être cohérent", disait-il.

Révolutionnaire dans l'art,

il faut l'être en politique.

Moi,

je me contente de l'art.

Regarde… Regarde…

Où il en est, avec sa cohérence ?

Regarde-toi.

- Que c'est beau, la Légion étrangère,

au défilé

du 14 Juillet.

C'est beau et émouvant,

un étranger engagé volontaire,

dans l'armée française

ou dans cette autre armée

qu'on appelle la culture française,

la Légion étrangère

des créateurs assujettis,

têtes brûlées

d'imagination bouillonnante. "Pas de plastique

"chez moi, je suis un légionnaire,

"loyal à ma patrie nourricière."

Ah, les légionnaires sont aussi de fortes têtes.

C'est parfois communiste, ça se dit anarchiste.

Mais quels courageux soldats,

tant qu'il s'agit de défendre le patrimoine artistique,

de lui donner un nouvel éclat.

Il est étranger ?

Il est nourri à la gamelle française des arts et des lettres.

Il importe peu que dans son pays

la dictature emprisonne, torture, mutile, massacre

des hommes, des femmes et des artistes comme lui.

- Entendre ça dans la bouche d'Hamdias, c'est déjà désagréable,

mais dans ta bouche,

c'est carrément grotesque.

Transmets-lui ceci, quand tu le verras…

Si tu es capable de transmettre autre chose que ces âneries,

dis-lui qu'il vit dans un tunnel.

Ses intransigeances sont celles de la taupe.

L'art est universel,

l'artiste aussi.

- "L'art est universel."

La répression, la torture,

les camps, les prisons sont universels.

"L'artiste est universel."

La lâcheté aussi.

- Provocateurs.

Provocateurs.

Vous n'êtes que des provocateurs.

- "Dans la violence où nous sommes engagés,

"nous rencontrerons souvent la mort.

"La mort de femmes, d'enfants,

"de vieillards, d'adolescents,

"et puis la nôtre.

"Il faudra s'y faire."

C'est ce que tu me disais, pendant la guerre d'Algérie.

Aujourd'hui, Hamdias,

tu rencontreras la tienne,

ici,

dans cet appartement.

Lieu, selon toi,

de mes démissions, de mes trahisons,

de mon abjection.

Et lieu aussi

de ton avilissement,

de ta propre trahison à ton principe essentiel,

puisque, rampant, tu viendras y quémander du fric.

Principe qui te faisait proclamer

que le seul argent pur au service d'un acte de révolte,

qu'il soit politique ou esthétique,

le seul libre des pressions d'un État, d'un parti ou d'une entreprise,

c'est le fric escroqué, détourné,

volé, arraché à ceux qui le possèdent,

à la boue des marais…

Boue devant laquelle tu viens t'agenouiller,

et qui va t'engloutir.

Hamdias…

Ma passion.

- Elle veut se débarrasser de Kateb et moi.

S'il faut partir, il n'y aura personne à la maison.

- Oui, vous pouvez y aller.

- Merci, M. Sainoff. Nous obéirons.

…

- Vous ne flancherez pas.

Nous avons traité des affaires ensemble,

parfois très dures.

Ici intervient sans doute le passé,

votre jeunesse,

cette lenteur… Hamdias a…

- Il m'a obsédée, pendant la guerre d'Algérie.

Nous étions complices.

Il continue de m'obséder.

Il est dans le camp adverse.

Il est l'ennemi.

Il ne se doute pas que je suis la sienne.

Activement.

- On doit empêcher qu'il nous prenne l'image que le monde se fait de nous,

celle de la victime intangible.

Elle est notre prérogative,

comme le sont l'intelligence,

la réflexion,

la connaissance.

Nous l'avons acquise au cours de millénaires de martyres.

Nous avons survécu grâce à elle, grâce à la séduction qu'elle exerce,

puis nous avons bâti une nation.

Nous avons mission de consolider ses assises,

de la maintenir

coûte que coûte,

le reste de l'humanité dût-il s'évanouir.

- J'ai eu du mal à me débarrasser des domestiques.

- Oui. On a toujours du mal à se débarrasser d'eux.

…

(- Aide-moi.)

(Que dois-je faire ?)

(Je ne sais plus.)

(Aide-moi.)

Elle sonne à la porte.

- Hamdias ? - Hamdias…

Est-il arrivé ?

Je suis Galaï. Je suis son interprète.

- C'est lui que j'attendais.

Il est en retard, comme d'habitude.

- Puis-je l'attendre ici ?

Sonnerie de téléphone.

…

…

- Quand il arrivera, s'il arrive,

il réagira violemment à l'humiliation que vous faites subir à son amie.

Je m'occupe du reste.

Allez-y.

Elle ouvre la porte.

- Mais entrez. - C'était Hamdias ?

- Non, hélas. Mais entrez donc. Il ne va sans doute pas tarder.

- Non, merci.

Je préfère l'attendre ici.

- Venez vous débarrasser.

Vous sortez d'un concert ?

- Je ne suis pas présentable. - C'est vrai.

Il y a, parmi mes invités, des gens qui peuvent être utiles.

Changez-vous.

Sonnerie de téléphone.

…

- Ça vous ira à merveille.

On frappe à la porte.

Entrez.

Tenez,

je vous présente mon ami Sainoff.

- Bonsoir, madame.

- Bonsoir, monsieur.

- Je peux téléphoner ?

…

Bruit de pas.

…

- J'imagine la tête d'Hamdias quand il vous verra dans une de mes robes.

Tant pis. Il faut que vous soyez belle.

C'est la plus spectaculaire.

Téléphone.

- C'est lui ? - Non, j'y vais.

- C'est le matériel pour la projection. Hamdias est arrivé ?

- Non, pas encore.

Brouhaha.

…

- Ça, c'est Galaï.

- OH… - Galaï…

- Protagoniste

de ce pauvre film en panne.

Nous verrons si c'est un chef-d'œuvre en péril.

Et s'il vaut la peine que j'y investisse un rond.

Cette beauté classique

est également

la compagne d'Hamdias,

le metteur en scène. - Quelle chance.

- Je dirais même qu'elle est sa créature.

Au sens philosophique du terme, bien entendu.

Tu ne me contrediras pas, j'espère.

Téléphone.

Tu ne me contrediras pas ?

- Vous avez… - Arrête de me vouvoyer.

Il ne t'a pas enlevé tes tics bourgeois ?

- Je crois… - Ça lui écorcherait les oreilles,

de l'entendre tutoyer les gens.

Je reconnais bien là mon pygmalion phallocrate.

Avant de faire sa révolution

afin de libérer les peuples opprimés

de par le vaste monde,

il ferait bien de libérer sa bonne femme.

Et il y a du chemin

à te faire parcourir, soumise et rétrograde comme tu parais l'être.

- S'il vous plaît, permettez-moi de ne pas vous tutoyer.

- Oh, mais elle est désagréable.

Laisse-toi aller, tutoie-moi. Il n'est pas encore là,

ton despote anarcho-communiste.

Fais un effort, t'es comédienne.

Définitivement débilitée par son mec.

Rires.

…

Pas moyen de la débarrasser de ses tics.

- Tic pour tic,

nous préférons celui qui nous situe

dans les rapports de classes. - Elle ânonne

les sophismes éculés d'Hamdias.

La décolonisation de la femme, t'en as entendu parler ?

L'égalité des sexes ?

Scientifiquement,

du point de vue de la génétique…

- La résistance de la femme,

sa longévité

supérieure, digression mystificatrice,

scientiste, elle.

Tant qu'une société me proposera

une diversité infinie d'aliénations,

je veux avoir la liberté du choix de mes entraves.

Et j'ai choisi

de me soumettre à l'homme,

au phallophore.

- Phallo quoi ?

- Phallophore.

- Chassez le bourgeois réactionnaire

chez le révolutionnaire sous-développé,

il lui reviendra aussi vite par la quéquette.

Rires.

…

Nous vivons à une époque où se dessine

un mouvement irrésistible

à la recherche d'un bonheur communautaire,

où la faillite du bonheur à deux

est un fait acquis.

Et ils en sont encore à la soumission du clitoris au pénis.

Et tout ça parce qu'ils tremblent

à l'idée que l'un d'eux n'aille baiser ailleurs.

Eh bien, je vais te rassurer, mon petit perroquet réactionnaire.

Une bite, où qu'elle trempe,

une chatte, quelle que soit la bite qui la trempe,

une fois lavée, c'est comme neuf.

…

- Madame Marsanne,

je ne dis pas que j'aime Hamdias ou qu'il m'aime.

C'est réactionnaire…

Je ne dis pas que nous manquions d'arrière-pensées

l'un envers l'autre.

Je dis que je suis infirme de lui,

qu'il est malade de moi,

que nous sommes tous deux estropiés l'un de l'autre,

les éclopés de nous-mêmes et de ce qui nous entoure,

invalides d'impuissance à combattre

ce qui nous asphyxie.

Malades à hurler !

Et je hurle de gens comme vous, madame !

Des bourgeois gentilshommes prolétaires !

Et vice versa !

Cris.

Malades des dogmes

et des dogmatiques, pestiférés des pseudo libidos

libératrices !

Les preux décolonisateurs idéologiques !

Des "Lélino" ! Des Mao ! Des "Stalino" !

Des "néochristo" !

Des "néospirito" !

Cancéreux de "Freudotiono" !

Impérialo-socialo-bourgeois !

Syphilitiques physiques !

- Galaï,

je vous en supplie, c'était une discussion amicale.

- Je suis réalisateur.

J'ai tourné Le Retour de Judith, vous vous souvenez ?

Il y avait la queue. - Ça marche bien.

Je suis en train de monter 2 nouvelles salles.

- Vous faites des petites avances ?

- Un film politique ? Ça m'intéresse.

Avec les pornos et les films catastrophes, c'est ce qui marche.

- Je leur apporte ça sur un plateau,

à ces distributeurs.

- L'absence d'Hamdias te rend nerveuse.

Je te comprends.

Vérifie donc chez toi s'il est arrivé.

*- Aux États-Unis, révélations de la commission sénatoriale

chargée de l'enquête sur les activités de la CIA

et du rôle qu'elle aurait joué au Chili

dans le renversement d'Allende

et la mort du leader socialiste.

Pas de nouvelles informations concernant l'attentat d'hier

contre l'oléoduc de Syracuse et qui a fait 2 victimes :

un terroriste tué sur le coup,

qui appartiendrait

à une organisation palestinienne,

et un enfant non identifié dont on ne s'explique pas la présence.

Voici un extrait de l'interview

par notre camarade Christian Ru de Mgr Oujiroux,

qui sera retransmise…

- 400 000 entrées rien qu'en exclusivité à Paris.

- Que fait le distributeur ?

- Il distribue.

- J'ai réinvesti dans les sols. - Vous avez eu raison.

- Alors ?

Bien. Nous allons commencer sans lui.

Anna, je ne pense pas que ce soit un spectacle pour enfants.

Brouhaha.

Enfin, enfin.

- Enfin, oui.

…

- Oui, c'est moi.

C'est l'option numéro 2 qui marche,

au cas où il ne viendrait pas ici. Allez-y.

*Il ne faut pas traîner. Je vous donne 1 h pour l'opération.

Du travail propre.

- Ne vous en faites pas.

Ils m'en ont assez fait voir.

…

Brouhaha étouffé.

…

*- Bébé.

Bébé ?

Pleurs de bébé.

…

- Va-t-elle refuser le sein ?

Si je ne l'entends pas hurler sa faim quand il le faudra,

elle ne sait pas ce qui l'attend.

…

*Acclamations.

…

*Musique orientale.

…

Si je ne l'entends pas hurler sa faim quand il le faudra,

elle ne sait pas ce qui l'attend.

Le bébé chouine.

…

Pleurs de bébé.

…

*Musique orientale.

…

…

…

…

…

…

…

…

…

…

*Fanfare militaire.

…

…

*Musique orientale.

…

*Fanfare militaire.

…

Pleurs du bébé.

…

*Opéra.

…

*- Aux armes citoyens

Formez vos bataillons

Marchons

Marchons

Qu'un sang impur

Abreuve nos sillons

- AUX ARMES CITOYENS

FORMEZ VOS BATAILLONS

MARCHONS, MARCHONS

QU'UN SANG IMPUR

ABREUVE NOS SILLONS

- Braillez !

Vagissez.

Suppliez.

La métropole est à l'écoute.

Nos empires se nourrissent de ta famine, petit.

*- Qu'un sang impur

Abreuve nos sillons

- AUX ARMES CITOYENS

Hurlements du bébé.

…

Elle hurle.

…

…

- La terroriste,

à poil.

…

Parlez, misérable.

Avouez.

Des noms.

Parle.

Plus vite tu parleras, mieux ça vaudra pour toi.

Qui t'en a donné l'ordre ?

Parle.

Réponds.

Allez.

Mais parle, saloperie ! Charogne ! Parle !

Crache.

…

- Ma mère !

- Tu mens. Salope !

Sale Bougnoule.

Ta mère est clamsée. C'était une morue.

Qui est ton chef ?

Parle !

- Non, elle n'est pas morte.

- Si. - Non !

- Je te dis que si, j'ai vérifié ! - Non, elle n'est pas morte !

- Où est-elle, alors ?

Tu peux le dire ?

Sous quel nom ? À quelle adresse ?

- Oui.

- Vous mentez, vermine.

Tu ne sais pas ce qui t'attend.

Alors, tu vas parler ?

Crache.

- Ici.

- Où, ici ?

- Ici.

Son nom : Alger !

Son adresse : l'Algérie !

- Tais-toi un peu ! Tais-toi !

…

Vous n'avez pas de mère.

Votre mère, c'est la France.

Raton.

Enlevez-moi ça.

Je vous ai dit de sortir !

…

Coups.

*Musique orientale.

…

Pleurs de bébé.

…

Grincement de manivelle.

…

Soupir de soulagement.

Rires.

- C'est pas tout ça.

Si on cassait une petite graine ?

- Chic. Passons aux choses sérieuses.

- Je crois que nous avons bien besoin de nous restaurer.

Galaï, vous…

Voulez-vous

m'aider à servir ?

Rires.

Voulez-vous débarrasser la table, s'il vous plaît ?

- C'est la débâcle.

Brouhaha.

…

- Mademoiselle ?

Je suis prête à vous aider,

Hamdias et vous.

Mais la torture, je ne peux pas y adhérer.

Je ne sais pas si c'est une question de sensibilité,

mais je suis sûre que la plupart ressentiraient la gêne comme moi.

C'est gênant, vous comprenez,

de montrer un comédien ou une comédienne se faire torturer.

Mimer la torture.

Moi, ça me gêne.

Galaï, voulez-vous laver ces verres et les ramener au salon ?

- "Rapporter" les verres au salon et non pas "ramener", Marsanne.

- Mademoiselle,

je suis psychiatre.

Je suis psychiatre. Je m'appelle Setlanche.

C'est passionnant,

l'obsession du vagin maternel.

Quand il avale le sperme du militaire,

le militaire considéré comme l'homme dur et pur,

c'est pour atteindre à l'identification au père.

Ce qui est prodigieux,

c'est que la purification arrive par son vagin.

- D'abord, je n'y crois pas.

Et puis c'est un truc à avoir les fauteuils cassés.

- Ce n'est pas un film qui empêchera la torture. Elle continuera.

Dites-moi, mademoiselle,

l'intransigeance, c'est joli, ça, hein ?

Que fait Hamdias, pour gagner sa vie ?

Et vous, de quoi vivez-vous ?

- Eh bien, nous faisons les poubelles, comme ce soir, ici.

La patrie…

- C'est humainement odieux et politiquement une erreur.

Israël tient en otage

depuis 30 ans par sa puissance et celle des États-Unis

l'ensemble des Palestiniens,

et la rançon dont ceux-ci s'acquittent en permanence

se nomme exil,

persécution, misère, désespoir.

- Vous êtes d'une mauvaise foi flagrante,

comme toute votre espèce.

Nous sommes, et nous l'avons été,

partisans de tous les mouvements révolutionnaires.

Nous avons hâté la fin de la guerre

d'Algérie, du Vietnam. - Les dénonciations vous ont profité.

Renommée, fortune, pouvoir.

On finit magnat de la presse,

député d'un parti réactionnaire,

solidaire de ces institutions dénoncées,

la main sur la commande,

prêt à déclencher la répression, la torture,

si le pouvoir

auquel on participe était menacé.

Acclamations.

…

*Musique orientale.

…

- Dites-moi, je vous en prie,

cet homme, comment est-il ?

- Mais quel homme ?

- Le réalisateur, mademoiselle.

Le réalisateur.

Je crois qu'il est vôtre.

- Je crois qu'il vous ressemble.

- Il me ressemble ? - C'est même frappant.

Surtout là, en ce moment.

- Mademoiselle,

s'il est si proche…

Il est…

- C'est quoi ?

- Que se passe-t-il ?

- Quel est le problème ? - Il a un malaise ?

- Qu'est-ce qui s'est passé ?

…

…

- Elle est possédée,

schizophrène,

enchantée…

Applaudissements.

…

…

- Je demande la parole.

…

Je demande la parole.

…

Elle hurle.

…

Je l'ai, mon cri.

Il ne vous reste que 3 minutes

et quelques secondes de vie. J'ai 1 kg de plastique.

N'essayez pas. Je peux vous faire sauter à tout moment.

Jetez votre arme.

Je vous promets une belle mort communautaire, Mme Marsanne.

- À terre !

Couchez-vous !

Cris de panique.

Tout le monde à plat ventre.

…

- Gens de bonne conscience,

nous avons souvent proclamé notre solidarité avec les morts,

les suppliciés, ceux du Vietnam,

d'Algérie, du Chili, du Brésil, et de manière infiniment

plus discrète, de Palestine,

dans nos assemblées, nos défilés, nos meetings.

Pour la faire partager, pour en informer,

nous avons créé des spectacles,

écrit des articles, des témoignages,

hélas, vite assimilés,

digérés, expulsés,

récupérés, comme on dit.

Et ces messages désamorcés

encourageaient vos adversaires à perpétuer leurs crimes,

et nous rendaient ainsi solidaires et objectifs,

non de la victime, mais du bourreau, non de celui qui meurt

sous la torture, mais du tortionnaire,

de la barbarie.

Nul ne peut être solidaire dans la réalité d'un mort,

que mort ou prêt à mourir pour la même cause que lui,

d'un supplicié qu'il soit prêt à subir la torture,

pour qu'un jour, celle-ci s'arrête.

Le reste n'est que piège

et confiscation.

Et c'est à cela que nous nous prêtons.

Je vous propose ce soir d'en sortir,

dans une trentaine de secondes.

Il n'y a aucune force

au monde, aucun système qui pourra récupérer,

à part nos cadavres déchiquetés,

les dernières secondes

de notre vie,

notre dernier soupir.

Certes, on pourra toujours distordre le sens de cet acte :

massacre, tuerie, bain de sang,

suicide collectif !

Mais les Palestiniens,

dans leurs camps,

sous leurs tentes, sont seuls capables de discerner

le sens de leurs actes,

que tout qualifie d'abjects.

Toi, communauté internationale,

tu leur as octroyé l'abjection

comme seul mode de vie pouvant leur convenir.

Plus que 10 secondes.

Tic-tac du détonateur.

…

- C'est de la frime,

du toc,

de la pâte à modeler.

De la pâte à modeler.

Sinistre farce.

- Hamdias,

ce n'est pas vrai !

Hamdias…

- Mais si, mademoiselle, mais si.

Regardez.

Rires.

…

- Tu bichais, hein ?

Salope ! - Salope !

Brouhaha d'insultes.

…

- J'ai raté le spectacle

de ma vie : te voir déchiquetée !

Dans le style révolutionnaire bidon,

on ne peut vraiment pas faire mieux !

Cris de colère.

…

- Allons, allons.

Ça suffit.

Ça suffit.

Comment, mademoiselle ? Vous partez déjà ?

On commençait à peine à se distraire.

Attendez,

j'ai peut-être une bonne nouvelle.

Hamdias est rentré.

Venez lui téléphoner.

- Saleté. - Pute.

- Salope. - Fous le camp.

- Petite merdeuse, va. - Ordure.

- Traînée. - Saloperie.

- Salope.

- Mademoiselle, attendez,

comment avez-vous dit ? Vous avez eu une expression.

"Sauter", c'est ça. Vous allez le faire sauter.

Quelqu'un vient de me prévenir.

Je pense que c'est pour que je vous prévienne à mon tour.

Des gens ont installé un système électronique sur votre appareil.

Je dis bien "électronique".

Ces gens ont les moyens.

Et dès qu'il décrochera, il sautera en l'air.

Elle raccroche.

- La robe.

Elle gémit.

Tu me reçois ?

Je vous reçois 5 sur 5. J'y vais.

…

Sonnerie de téléphone.

- Ne décroche pas !

Ne décroche pas !

…

Ne réponds pas !

…

Ne décroche pas !

Ne réponds pas.

…

Ne réponds pas…

Ne réponds pas…

Ne décroche pas !

…

Ne réponds pas.

Explosion.

…

Sous-titrage : Éclair Group

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