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Résidence des Boynton à New Jersey, USA, 1937.
Eh bien, allez-y, M. Comte.
Très bien.
Dans ce testament, votre défunt mari vous alléguait la totalité de ses biens
en usufruit.
Après votre décès, la totalité de ses biens devra être répartie en quantité
égale entre les enfants.
Comme vous le savez, Elmer comptait sur vous pour les prendre en charge. Je n'ai
pas failli à ce que j'estime être mon devoir depuis que je suis leur belle
-mère.
Quoi qu'il en soit, Mme Barrington, il en existe un second.
Un second testament ? Oui, signé deux jours à peine avant son décès.
Ceci est mon testament annulant toute disposition prise antérieurement. Elmer
Boynton, domicilier à Spindleton. Je vous en prie, épargnez-moi les détails
et venons-en au fait.
Le leg doit être divisé en parts égales.
C'est-à-dire que vous et les enfants recevrez approximativement 200 000
dollars chacun.
Enfin, ce n'est pas sérieux.
Montrez-moi ce document, je vois ça de plus près.
Elmer savait pourtant bien que les enfants sont incapables de prendre leurs
propres affaires en main.
Il faut croire qu'il a changé d'avis.
Elmer ne changeait jamais d'avis sans me consulter au préalable.
Le document est parfaitement légal, madame Boynton. Voulez-vous que nous en
fassions la lecture ? Avez-vous jamais commis un acte répréhensible, monsieur
Cope ? Sur le plan professionnel, je ne crois pas. Le scandale de l'accompagner
des mines d'argent de Bolivie vous serait-il sorti de l'esprit ?
Je ne vois pas très bien à quoi... Et si je vous parle de courtier marron, peut
-être me comprendrez-vous.
Quelque chose me dit que si le conseil de l'ordre avait vendu cette affaire,
vous seriez immédiatement radié du barreau et très probablement expédié en
prison. Et d'où tenez-vous tout cela ? Je n'ai pas été gardienne de prison
pendant plus de 14 ans pour rien.
Je pensais bien que certains détenus m'ont fait des confidences.
En particulier votre associé et ami.
Elle a été condamnée, comme vous savez.
Grâce à elle, je sais tout sur votre rôle dans cette affaire. Et j'ai aussi
des preuves.
En fait, quand cette affaire a éclaté, j'étais jeune et plein d'ambition.
Je trouve qu'il fait un peu froid, tout d'un coup.
Il me semble que si vous alimentiez le feu, l'atmosphère serait moins glaciale,
non ?
Bonne chose de faite, M. Crope. Maintenant, nous allons pouvoir appeler
les enfants.
Appelez les enfants, voulez-vous.
À mes très chers enfants Lennox, Carole, Raymond et Geneviève,
je choisis comme tutrice la douce et aimante Emily Boynton.
Et à ma femme, Emily Boynton,
Je lègue la totalité de mes biens en usufruit.
À son décès, le présent lègue sera réparti entre mes chers enfants
suspensionnés, en proportion égale. Non ! Mais vous êtes sûre que ce
testament... C'est impossible ! C'est incroyable ! Et maintenant, mes enfants,
j'ai une grande nouvelle à vous annoncer.
Encore une, chère belle-mère ? Carole, Lénox et Raymond que j'aime à l'égal de
ma propre fille Geneviève.
Et vous, Nadine, ma très chère belle-fille.
J'ai décidé de tous vous emmener en Europe et en Terre Sainte afin de
chasser ce parfum de mort qui nous entoure.
Tous ? C'est-à-dire M. Cope aussi ? Certainement pas.
M. Cope a beaucoup trop à faire.
Souris ! Voilà.
Allez, viens.
C'est superbe.
Ah, cette lumière ! Ah oui, c'est vrai.
Nadine, voulez-vous me donner mes gouttes ? Nadine, ma digitaline.
Oui, mais...
On pourrait peut-être aller l'aider.
On aurait plutôt envie de la pousser dans le vide.
Tu penses vraiment qu'il y avait un autre testament ? Je pense pas, j'en
suis sûr.
Papa m'en avait parlé.
Et à moi, il m'a dit que j'aurais droit à 200 000 dollars pour moi toute seule.
Tu me crois maintenant ? Que je te crois ou pas, de toute façon, on peut plus
rien y faire.
Oh, je ne tiens pas debout.
Non, ne bouge pas, quelqu'un est en train de l'aider. Je peux vous aider ?
Je suis médecin.
Depuis peu, mais... Depuis peu ? Nadine ! J'ai besoin de vous, vite
! Dès qu'on sera rentrés, j'irai demander des explications à ce Cope.
Inutile, il est là.
Comment ça, il est là ? Oui, je t'assure, viens voir. Là-bas, près de la
voiture. Laisse-moi regarder.
Elle a raison, c'est bien lui.
Cope vient d'arriver à Trieste.
C'est vous qui l'avez invité ? Il ne peut pas être à Trieste.
Donne cette pièce à la jeune fille qui m'a aidée.
C'est vrai que Coop est à Trieste ? Oui, je l'ai vu. Il est juste en bas.
Nadine ! Je ne vous ai pas dit d'y aller.
Excusez-moi.
Ma mère m'a demandé de vous remettre ceci.
Je vous remercie, mais j'ai quand même les moyens de me payer un café.
Il était normal que je l'aide, je suis médecin.
Vraiment ? Oui, enfin, je viens de passer ma thèse.
Un compliment.
Excusez-moi.
Franchement, mademoiselle Quinton, voulez-vous me dire à quoi sert d
'engager un guide s'il se trompe tout le temps ? Vous savez, cher ami, en matière
de date, il est facile de se tromper.
Confondre le style roman avec le gothique n'est pas une erreur, c'est de
l'ignorance.
Mais enfin, qu'est-ce que vous cherchez ?
Je crois que j'ai perdu mon étui à cigarette.
Il n'est plus dans mon sac.
Je suis prête à parier que c'est ce petit guide d'opérette qui l'a volé.
Où est-il passé ? Ah ! Monsieur l'agent, je veux qu'on arrête cet individu.
Je suis Lady Westhall, membre du Parlement britannique.
Cet homme est un voleur, vous devez l'arrêter.
Il fallait que je vienne.
Mon mari prétend que mon beau-père a laissé un second testament, c'est vrai ?
Nadine, chérie, votre belle-mère est ma cliente. Je suis tenu au secret. Vous
pensez sans doute que si Lennox est privé d'héritage, je le quitterai, que
nous vivrons ensemble ? C'est ce qui arrivera de toute façon.
A ma très chère Nadine, puissions-nous vivre ensemble pour toujours.
J'ai personne qui vous aime.
Si l'Enox voit ça, il va être fou furieux. Quand vais-je pouvoir m'en
servir ? Quand il vous plaira.
Vous seriez ravi qu'il apprenne notre liaison, non ?
Oh, oh,
mademoiselle !
Quel bon vent vous amène à Trieste ? Je prends les vacances bien méritées,
mademoiselle King.
Ou alors, dois-je dire, docteur ? Oui, docteur. Je viens de passer ma thèse.
Ce n'est pas croyable. Il faut toujours que Lady Westholme se
chamaille avec quelqu'un.
Lady ? J'aurais parié qu'elle était américaine.
En fait, avant, elle s'appelait Laura von Sittert. Elle a rencontré Lord
Westholme sur le bateau qui l'a ramené des États-Unis.
Et le plus beau, c'est qu'un mois après, il l'épousait. Et que seulement quelques
dix ans plus tard, elle entrait au Parlement.
Ce qui prouve que les voyages en mer ne sont pas sans risques.
Ah, quelle misère ! Ça ira, Ray.
Regardez qui je vous amène.
Venez vous asseoir, Nadine.
Lennox, tu nous suivras à pied avec Ray et Carole. Et nous rentrons au bateau.
Bien, mais... Lennox ?
Bonjour, Emily.
J'ai décidé de vous rejoindre. Vous devriez être à votre étude, Jefferson,
en train de vous occuper de nos affaires.
J'ai pensé que je pourrais peut-être m'en occuper ici.
Cochez, allons au port.
Vous
connaissez
ce jeune homme ? Sa mère a failli devenir ma première cliente.
C'est comme le pressentiment que ces excités s'apprêtent à prendre le même
bateau que nous.
Lénore, Sladine, dépêchons-nous.
Madame Bontoc.
Ah, qu'est-ce que vous cachez de beau là-dessous ? Mais dites-moi, le cadavre
est encore tout chaud ! Bonsoir. Oh, mademoiselle Quint.
J'ai cru que vous étiez noyée.
C'est une bonne amie à moi, une Anglaise. Oh non, merci. Apportez-moi de
l'eau minérale.
Mlle Quinton doit garder la tête froide.
C'est elle qui va diriger les fouilles archéologiques sur le site de Qumran.
C'est faux.
Hercule Poirot.
Le détective.
Le pauvre. Il est en train de passer à côté d'un excellent morceau.
Je suis fatiguée, Geneviève. Tu devrais aller te coucher. Je ne me sens pas du
tout fatiguée. Alors, Ray, tu viens. Il est 9 heures, alors tu vas me faire le
plaisir d'aller te coucher.
Non, je peux t'accompagner, s'il te plaît.
Asseyez-vous, Nadine. Cet enfant n'a pas besoin de vous pour aller se coucher.
C'est vrai.
Je peux très bien me débrouiller seule. Merci, Nadine.
Madame Boynton, puis-je vous inviter à danser ? Oh, j'espère, mon cher, que
cela ne vous ennuie pas trop, que je vous l'enlève pour quelques minutes.
Il ne perd pas de temps.
Il est drôlement gonflé, oui.
Vous pouvez m'appeler Nadine, si vous le désirez.
Eh bien, va pour Nadine.
Une fois, Jaffa, on pourrait s'arranger pour disparaître, partir tous les deux.
Mon Dieu, monsieur Cobb, vous n'avez pas honte de dire des choses pareilles.
Bonjour, monsieur.
Madame.
Vous regardez à travers l'objectif. Vous devez vous placer ainsi.
Ensuite, vous procédez à la mise au point de cette façon. Et pour prendre la
photo, vous appuyez là. Mais pas avant que je vous le dise.
Vous êtes prêtes ? Oui.
Un, deux,
trois.
Vous avez appuyé trop tard.
Oui. Je vous rends votre bien.
Merci.
Un végif glacé.
Bonjour.
On s'est rencontrés à Trieste. Ah oui ? Vous êtes anglaise ? On est allés à
Londres.
Il a plu.
C'est souvent le cas.
Voilà, monsieur.
Ah, très champêtre.
Et si une fois, Jaffa, on disparaissait ?
Et qu'est-ce qu'on fera pour vivre ? Je ne sais rien faire de mes dix doigts.
Tu n'es même pas infirmière diplômée. On ne s'en sortira pas.
On s'en sortirait mieux en restant avec ta mère ? Elle n'est pas éternelle.
C'est du compte là-dessus.
Bonjour, monsieur Poirot.
Vous vous sentez mieux aujourd'hui ? Vous venez assister au dernier instant d
'un mourant, docteur ? Non, mais je vous apporte l'élixir suprême. Vous verrez.
Deux gouttes suffiront à vous guérir. Deux gouttes pour me guérir, quatre pour
m'achever.
Doucement. Une, deux. Stop ! N
'essayez pas de m'abuser, Jefferson.
Je sais que vous êtes l'amant d'une femme mariée et que cette femme n'est
autre que ma belle-fille.
Dès que nous serons à Jaffa, je vous suggère donc de nous laisser là et de
rentrer aux États-Unis.
Ils sont au courant pour le testament.
Elmer en a parlé à Lennox, qui en a parlé aux autres. Vous feriez mieux de
leur donner leur part, croyez-moi.
Qu'ils en profitent pendant qu'ils sont encore jeunes.
J'ai passé 14 ans à l'ombre, alors un de plus ou de moins.
Comme gardienne.
Je n'en étais pas moins en prison.
J'ai l'habitude de la prison.
Vous, non.
Elmer n'a jamais fait l'autre testament, sachez-le jamais.
et laisser ma famille tranquille.
J'ai commis dans ma vie pas mal d'actes répréhensibles, comme vous savez.
Mais aujourd'hui, aussi curieux que cela puisse paraître, je ne suis pas le
dernier à en être surpris.
J'ai l'intention de me conduire en honnête homme.
Car je veux que ces enfants prennent un bon départ dans la vie.
Vous avez peut-être raison.
Je suis navrée, je n'aurais pas dû le prendre sur ce ton.
Mais j'y pense, qu'est-ce que vous diriez de dîner avec nous ? D'une
certaine façon, vous êtes de la famille, alors quoi de plus normal ? C'est
vraiment extrêmement gentil à vous.
Vous verrez, tout s'arrangera. J'en suis sûre. Maintenant, si vous le voulez
bien, je vais me reposer.
Bien sûr.
Assez-toi.
On ne peut rien prouver.
On est pris au piège.
Alors la seule solution, ce serait de la tuer.
Surtout que ce n'est même pas notre mère.
Elle est en train de faire de nous des larves.
En fait, elle nous traite comme des moiteurs. Exactement.
Tu vois une autre solution, toi ?
Oui, personnellement, j'ai toujours... Oh, monsieur Poirot, vous vous êtes
enfin décidé à venir nous rejoindre à la table du capitaine. Oui.
Ah, ces Américains sont d'un commun.
Savez-vous, monsieur Poirot, que j'ai quelquefois honte de mes compatriotes ?
N'êtes-vous pas britannique à présent, Lady Westholme ? Et en plus, membre du
Parlement, ce qui est vraiment exceptionnel.
Je suis britannique depuis dix ans, monsieur.
Oui. D'ailleurs, je me sens un peu comme la brebis égarée qui aurait, disons,
rejoint son trou.
Oh, madame !
Un magnum de cristal Paul Rudraire, 1928.
C'est à peine moi, madame.
En l'honneur de notre toute dernière soirée à bord.
Lénoch, chérie, j'ai oublié ma montre dans la cabine. Tu vas me la chercher ?
Tout de suite.
Ah, Nadine, quelquefois, je me demande vraiment où vous avez la tête.
Voilà Corp. C'est mère qui l'a invitée.
T'en es sûre ? Bonsoir, tout le monde. Cher Jefferson. Bonsoir, Jefferson.
Bonsoir, Jefferson.
Ravissante.
Exquis.
Non, non, je vais le faire.
Servir son propre vin porte-bonheur, dit-on. Ta coupe, Carole. Pas trop, s'il
vous plaît.
Est-ce que vous vous chaloupez ? C'est quoi, ça ? Le boogie-woogie.
Oh ! La dernière fois que je m'y suis risquée, je me suis étalée tout mon
long. Jefferson, votre coupe. Pas possible.
Ça vous étonne ? C'est pourtant pas ce qu'il y a de plus facile à danser.
Je sais que certains musiciens restent après l'heure. Je veux dire, après que
les empaillés soient partis se coucher.
À cette heure-là, ils sont vraiment déchaînés. Ils swinguent comme des
dieux. Alors, si vous voulez, ce soir, on pourrait peut-être... Je serais ravie
de chaloper avec vous, monsieur Boyden.
Merci. Jefferson.
Merci à vous, c'est une excellente idée. Ah, merci.
Eh bien, à plus tard.
Ouais.
Ray, t'as coup ? Attention que ça ne déborde pas.
Tenez, ma chère.
Merci.
Il en met du temps.
Lénox n'est toujours pas là ? Il ne veut pas t'aider. On s'en passera.
Debout !
À nous tous.
À ma chère famille et à notre cher notaire.
Merci. Je vous souhaite santé et bonheur.
Santé et bonheur.
Espèce de salaud ! Je savais que sa présence ne pouvait nous causer que des
ennuis. Non, c'est pas vrai ! Quelle honte ! C'est un érien, pour le monde !
Il est si bien élevé, un jeune homme si discret.
Oh, non.
À ma très chère Nadine.
Puissions-nous vivre ensemble pour toujours.
Lennox, un peu de tenue, voyons. Ta conduite est indigne d'un gentleman.
Vous savez, ce n'est que... qu'une façon de parler.
Ils sont terribles. Ils n'ont vraiment aucune éducation.
Dieu sait ce qu'ils nous réservent dans l'avenir. L'avenir, madame, c'est notre
arrivée en Terre sainte.
Par ici Dr King, je me suis enregistré pour éviter quelques formalités.
Bacchiche, vous connaissez le mot ? Poirot ! Poirot ! Ah
oui, mon ami.
Colonel Cabret, je vous présente Dr King. Docteur, voici le Colonel Cabret.
Un très vieil ami à moi. Il est, comment dire, chargé de maintien de la paix sur
cette terre si convoitée.
Colonel ! Je suppose que vous êtes là pour m'accueillir.
Je m'appelle Lady Westhall, mais je suis membre du gouvernement de sa majesté.
Ah, je suis très honoré. Le représentant du gouvernement, monsieur Bickerstaff,
justement, le voilà.
Oh, je vous cherchais. Mes hommages, Lady Westhall. Vous descendez aussi au
roi David, mademoiselle King ? Oui, nous sommes passés par la même agence. Dans
ce cas, je vais vous y contrer.
C'est gentil.
Poirot et moi, nous nous connaissons depuis très longtemps.
Nous étions ensemble en Inde, en Birmanie, pour être exact.
À propos, qu'est-ce qui vous amène ici, mon ami ?
Oh, je ne sais pas, l'intuition d'un meurtre, probablement.
Vous avez assisté à un meurtre ? Oh non, il ne s'est pas encore produit.
J'espère bien qu'il ne se produira jamais. Nous savons déjà largement de
quoi nous occuper. C'est vraiment une honte.
Pour commencer, vous resterez dix jours à Jérusalem, M. Cobb. Et ensuite, vous
irez à Qumran pour quatre jours.
C'est un site archéologique très intéressant sur la mer.
Excusez-moi, je vais.
Très bien, je vous attend ici. Mlle Quinton, je suppose.
Vous êtes le jeune homme qui s'est trouvé mêlé à l'incident d'hier soir.
Vous êtes trop aimable.
Vous allez à Jérusalem ? Non, à Qumran.
En fait, je suis archéologue.
Je fais des fouilles. Je suis notaire. Je fouille aussi à ma façon.
Vous êtes archéologue depuis longtemps ? Environ dix ans.
Depuis que j'ai quitté... Je m'en occupe, Nadine.
Jefferson ! Veuillez m'excuser.
Jérusalem était la capitale de la Judée.
Au temps biblique, le peuple juif fonda un état sur cette terre.
C'est ici qu'est arrivé le flot des juifs venus de tous les pays d'Europe.
Et Dieu sait que cet afflux ne nous facilite pas la tâche.
Autant j'ai trouvé que Weizmann, le représentant, a assez bien posé le
problème devant la commission Peel.
Il y a, il dit, 6 millions de juifs en Europe pour qui le monde est divisé en
deux parties, les pays dans lesquels ils n'ont pas le droit de vivre et les pays
qui leur refusent l'entrée.
C'est une réalité qu'on ne peut occulter.
Vous voulez faire quelque chose ce soir, Poirot ? Oh, accordez-moi au moins une
nuit sur le plancher des vaches. Après, je ferai tout ce que vous voudrez.
Portez vos bagages à l'intérieur. Ah, volontiers.
Merci.
Vous ne trouvez
pas la jeune fille qui était sous le bateau ?
Attention.
Lennox, tu ne crois pas que si papa avait eu l'intention de me laisser
beaucoup d'argent, Monsieur Copp aurait dû le savoir ? Je me demande d'ailleurs
où il a pu passer.
C'est quand même curieux, on ne l'a pas vu depuis hier soir.
On m'a refusé l'entrée parce que j'avais une robe sans manche.
Apparemment, le Tout-Puissant ne doit pas apprécier mes bras.
C'est pourtant bien lui qui les a créés, non ? Sainte Manche, priez pour nous.
Comme c'est pittoresque. Une telle ferveur, mon Dieu.
Appuyez là, quand je vous le dirai.
C'est la section des hommes, elle vous est interdite.
Appuyez maintenant, mais appuyez donc.
C'est le Saint-Sépulcre, vu de dos.
Il y en aura pour tout le monde.
Raymond, reviens ici.
Ça ne va pas, madame.
Que sont mes souffrances comparées à celles de notre rédempteur ? En effet.
Mais sachez que ma jeune amie est médecin.
Bonjour.
On peut se voir ce soir, après dîner ? Je... Au café, où est la riche ? Il
est sur la place qui est derrière l'hôtel.
D'accord.
Où sont passées Nadine et Lennox ? Souris, allez, tu vas pas me dire que tu
penses encore à cette histoire avec Jefferson.
Elle est bonne.
Tu ne sais donc pas que je n'aime que toi.
Je veux qu'on soit bien ensemble.
Nadine, Lennox ! Mais ça ne paraît pas facile avec ta mère.
Alors, vous venez ?
Nous avons encore beaucoup à voir.
Peut-être à bientôt, monsieur Poirot. Au revoir, madame.
Allons-y.
À ce soir. Tu viens, les mecs ? Où étiez-vous, donc ? Vous savez pourtant
que c'est pénible de courir à droite et à gauche pour chercher... L'imposante
mère poule et ses poussins.
C'est un monstre ! Seriez-vous en train de perdre un peu votre objectivité,
docteur ? Oh ! Venez !
Docteur King ? Bonsoir, je suis Carole Boynt.
Raymond vous prie de l'excuser, il ne viendra pas.
Honnêtement, je dois dire que je m'y attendais un peu.
Il comptait venir, mais il ne se sentait pas bien.
Ma belle-mère lui a fait une scène.
À cause de moi ? Avant que ma belle-mère se marie avec mon père, elle était
gardienne dans une prison.
Mon père en était le directeur et il l'a épousée.
Seulement, elle continue de jouer les gardiennes avec nous.
Quel âge avez-vous ? 22 ans.
Et Raymond en a 23.
Vous pourriez être autonome.
On ne saurait pas se débrouiller. On n'a rien.
C'est un peu difficile à comprendre, mais c'est comme ça.
Je crois au contraire que je comprends très bien.
Je vous en prie, il ne faut pas en vouloir arrêt. Il aimerait tellement
vous revoir.
Puis-je vous inviter de prendre un verre avec nous ? J'en ai bien besoin, merci.
Allez-vous, docteur. Je l'appelle garçon. Merci.
Si j'accepte de vous donner autant d'argent, c'est que le travail soit fait
proprement. Vous êtes bien sûr que c'est le tarif habituel pour ce genre de
service ?
Un message urgent, mon colonel.
Nom de Dieu.
C'est grave, mon colonel.
Un Américain a disparu aux abords de Qumran.
Qumran, n'est-ce pas un site près de la mer morte ? Cet Américain, est-ce qu'on
sait quelque chose de lui ? En dehors du fait qu'il se nomme... Jefferson Cope.
Comment diable l'avez-vous deviné ? Disons que j'ai fait appel à mes petites
cellules.
En outre, ce Cope n'est pas tout à fait inconnu, alors je...
Je peux vous aider à le chercher, si vous voulez. Si je le veux.
Bonjour, M. Poirot. Bonjour, docteur.
Mère, je vous en prie.
Je ne suis quand même plus un gamin.
Je connais cette voix.
Ré, monte me chercher ma digitaline. Je ne me sens pas très bien.
Madame Boynton, vous faites tout pour empêcher votre fils et votre fille d
'être amis avec moi. Et je trouve ça non seulement lamentable, mais grotesque.
Pourquoi êtes-vous si odieuse ? Qu'est-ce qui vous pousse à agir ainsi ?
Je n'oublie jamais.
Souvenez-vous-en.
Je n'oublie jamais rien.
Qu'il s'agisse d'un acte, ou d'un nom, ou même d'un visage.
Docteur King, je suppose que vous prenez aussi le car pour aller à Qumran. Oui.
Vous savez que je me suis déjà plainte du premier car que l'agence avait envoyé
et que je me battrai jusqu'à ce que j'ai obtenu gain de cause.
Puis-je vous proposer de me faire le plaisir de m'accompagner jusqu'à Qumran
? Quelqu'un a mis une voiture à ma disposition.
Monsieur Poirot, vous avez entendu dire que vous étiez motorisé.
Dans ce cas, j'accompagnerai Monsieur Poirot. Mais assurez-vous qu'on me
rembourse bien le voyage.
J'apprécie l'élégance de votre geste. L'élégance, en effet.
Eh bien, en route pour Qumran.
Si vous savez à quel point je me fais une joie de poser le pied dans ce
désert, d'admirer ces étendues de sable, sa faune locale, j'espère que j'ai
apporté suffisamment de pellicules.
Il y a tellement de photographies intéressantes à faire ici.
Merci. Je suis Hercule Poirot.
Le célèbre détective.
Je m'appelle Hilaie, monsieur.
Au fond, nous faisons un peu le même métier, puisque nous passons notre temps
à résoudre des énigmes à partir d'éléments disparates.
Vous avez de nouveau de ce que concerne M. Corp ? Non, toujours rien, hélas.
Et pour tout couronner, Mlle Quinton a aussi disparu.
Mlle Quinton et M.
Corp ? Mais enfin, ils n'ont pas pu s'envoler ! Que font tous ces gens ?
Mais des fouilles, chère madame.
Madame... Lady Westhorn.
Il me semble qu'au lieu de faire des fouilles, il ferait mieux de chercher
Mlle Quinton.
Sarah King. Enchanté.
Écoutez, écoutez-moi, mes amis, j'ai quelque chose d'important à vous dire.
Une jeune femme a disparu. Il y a tellement de va-et-vient ici, de
touristes, d'ouvriers, d'archéologues et de chantiers en cours, qu'on ne s'est
aperçu de la disparition de Mlle Quinton qu'aujourd'hui.
Elle est très mince et très petite.
Ils sont peut-être partis ensemble ? Ça se peut.
Ah ! Qu'est-ce que vous dites de ça, mes amis ? C'est-à-dire, madame ? Qu'est-ce
que c'est ? Il appartient à mademoiselle Quinton.
Elle n'arrête pas de le perdre.
En tout cas, cet étui est un indice qu'on ne peut pas tout à fait négliger.
Regardez.
Des bédouins.
Peut-être s'agit-il de la ravisseur ? La vérité est souvent plus prosaïque qu'on
ne le croit, cher docteur.
Contrairement à ce que pourraient laisser supposer les apparences.
Ma parole, mais c'est elle.
Eh bien, pour un coup de théâtre, c'est un coup de théâtre.
Au revoir.
Moi qui croyais que ça n'arrivait que dans les romans. Eh, doucement.
Vous pouvez vous vanter de nous avoir causé beaucoup de tracas. Oh, vraiment,
je suis navrée. Nous étions dans une des vallées avoisinantes.
Ah bon ? Nous avons goûté au charme d'une nuit dans le désert. C'était
vraiment fabuleux. Mais je n'en doute pas une seconde.
Merci infiniment. À très bientôt, j'espère.
Remercions le ciel que les brébis qu'on croyait garer oignent le troupeau.
À présent que cette affaire est réglée, si nous allions déjeuner, monsieur
Hilley. C'est bien le propos le plus sensé que vous ayez tenu depuis... Il
est inutile, madame, de faire à tel vacarme. On n'est pas à New York, ici,
mais sur un site historique.
Cette femme est d'un commun et d'une vulgarité.
Le déjeuner nous attend.
La salle à manger se trouve un peu plus haut.
Vous avez vu ça ? S'ils savaient ce qu'ils vont recevoir pour leur service,
ils ne perdraient pas leur temps.
Bonjour.
Je n'ai pas cessé de penser à vous.
Je sais bien qu'après si peu de temps, ça paraît un peu absurde, mais je crois
que je suis amoureux de vous.
Dans ce cas, vous feriez bien d'apprendre à être un peu moins
dépendant de votre mère et à vous conduire comme un homme. J'ai hâte de
voir ce qu'ils ont bien pu nous mijoter.
Au fond, je ne suis jamais aussi heureux que devant un bon steak frites.
Oh, c'est du mouton, pas de chant.
Ce déjeuner est excellent, vous ne trouvez pas ? J'espère au moins que l
'eau minérale est une bonne année.
Poirot ! Serait-ce ? Poirot !
Étant donné que je n'ai pas d'énigme de me mettre sous la dent, le colonel Cabré
s'est proposé de me faire visiter Saint-Jean-d'Acre cet après-midi.
Dans ce cas, il va falloir que je me débrouille sans vous, monsieur Poirot.
Vous vous débrouillerez très bien.
Allez, les petits devant, les grands derrière.
Parfait. J'arrive, Cabré.
Oh, excusez-moi. Je vous demande pardon.
Oh là là, je suis désolé.
Désolé, mon oeil.
Au revoir.
Dites-moi, que diriez-vous d'une petite balade, les enfants ? Il me semble que
cela vous fera le plus grand bien d'être séparés de moi.
Un petit sourire ? Dites cheese ! Cheese ! Les Nox n'auront qu'à m'installer un
fauteuil juste devant ma tante. Et Nadine me préparera ma digitaline.
Je n'ai pas envie d'aller me coucher. Et puis, pourquoi je vais me coucher ? Je n
'ai pas sommeil.
Geneviève !
Je ne suis pas fatiguée. Eh bien, dans les collines, c
'est très joli par là.
J'y suis allé plusieurs fois.
Je vous fais confiance.
Vous voulez que je vous y emmène ? Mère, je... Du calme, du calme, je vous en
prie. Il me semble que nous dépendons trop les uns des autres pour nous livrer
à des enfantillages.
Excusez-moi.
Excusez-moi de vous déranger, docteur, mais vous plairait-il de venir vous
promener avec nous ? J'en serais absolument ravie.
Je n'ai jamais cru aux bienfaits de la marche après le déjeuner.
Je vais donc aller travailler dans ma tente.
A propos, ma belle-mère aimerait vous parler quand vous aurez un moment, Lady
Westholm. Me parler ? On y va ? Oui, c'est vrai.
Tu ne viens pas te promener avec nous ? J'ai demandé à mademoiselle Quinton de m
'accompagner. Elle va me montrer comment on fait des fouilles.
Dans ce cas, amuse-toi bien. Merci.
Au revoir.
On a trouvé ici des objets en bronze gravés d'inscriptions très étranges.
Tout le monde est prêt ? Eh bien, en route.
Cet endroit doit vous sembler bien différent de l'Angleterre, d'une part.
Bien sûr qu'il est différent.
J'ai rappelé le chiffre que je suis.
D
'accord,
et on parie combien que j'y arrive.
Allez, allez, donne-moi un chiffre. Qu'est-ce qu'il y a, Lennox ? Je
redescends.
Vous ne vous sentez pas bien ?
On devrait peut-être l'accompagner, non ?
Tu
m'as bien dit de me conduire comme un homme.
Il faut que je redescende.
Non.
Non, je rentre seul.
J'ai quelque chose d'important à dire.
À accomplir.
Pour vous prouver que... Vous n'avez pas besoin de me prouver quoi que ce soit,
Ramon. Mais à moi, si.
Mais où sont-ils tous ? Ils sont partis par là, il me semble.
Du côté du chantier, certainement.
Viens, j'ai quelque chose à te dire.
Oh non, non, n'y touchez pas, s'il vous plaît. C'est
fragile, allez, proposez.
Merci infiniment, mon cher Colonel.
Finalement, je ne suis pas sûre du tout que la solution soit de partager la
Palestine en deux.
Vous ne pensez pas qu'on aurait dû la laisser aux Turcs ? J'avoue que je ne me
suis jamais réellement penchée sur la question.
J'étais trop occupée à faire ma médecine.
C'est bien regrettable.
Un voyage n'est jamais aussi enrichissant que lorsqu'on s'y est
préparé.
Cela dit, il me semble que les Britanniques... Excusez-moi un moment s
'il vous plaît.
Laissez, je suis médecin.
Je
vais
te le régler.
S'il vous plaît, s'il vous plaît.
Qu'est-ce qu'elle veut ? J'ai une très mauvaise nouvelle à vous annoncer.
Je suis désolée, monsieur Boyton, votre belle-mère est morte.
Vous vous sentez mal ?
Mais je lui ai parlé il y a à peine une heure. Elle ne peut pas être morte.
A votre avis, Dr King, de quoi Mme Boynton est-elle morte ?
Vraisemblablement d'une crise cardiaque.
Pouvez-vous me dire à quand remonte la mort exactement ? Je manque plutôt d
'expérience dans ce domaine, mais je dirais que... qu'elle remonte au moins à
deux heures.
Je vois.
Vous avez, je suppose, vu les marques sur un des poignets ? Non, quel genre de
marques ? Disons des traces, comme des piqûres d'épingles.
Cette femme était cardiaque. Je suis sûre qu'elle est morte de mort
naturelle. Lorsqu'une personne est aussi haïe que Mme Boynton l'était, et que
soudain elle meurt à cause naturelle, il me semble que c'est un peu trop commode.
Vous croyez que Mme Boynton a été victime d'un meurtre ? Aurez-vous, je
vous prie, l'obligence de me montrer votre trousse ? Mais bien sûr.
Je ne vois pas très bien en quoi cela pourrait vous aider, mais enfin...
Il a été fouillé, ça ne fait aucun doute.
Vous permettez ? Ce flacon de digitalie n'était-il vide
? Non, il était plat.
Mon cher Poirot, êtes-vous bien sûr de ne pas être le jouet d'une certaine
déformation professionnelle ? Pourquoi verrais-je là le crime où il n'y en a
pas, voulez-vous me le dire ? Elle avait tout contre elle, l'âge, la maladie.
La fatigue, la chaleur.
Évidemment, il y a cette piqûre au poignet. Le fait que sa famille la
haïssait, elle a très bien pu dépasser la dose prescrite en prenant son remède.
Sûrement pas, car elle le prenait toujours dilué dans l'eau. Et c'est sa
belle-fille qui lui l'est préparé en lui donnant à chaque fois. Ça veut dire que
pour vous, elle est suspecte. Mais mon cher colonel, pour moi, tout le monde
est suspecte. Je ne conteste en rien le bien fondé de vos soupçons, mais que
faire ? Après tout, ce médecin, le docteur King, ne soutient-elle pas qu'il
s'agit d'une mort naturelle ? Je suis convaincu que Mme Boynton...
a été assassiné.
Seriez-vous capable de m'en fournir la preuve ? Non seulement je peux vous le
fournir, mais je peux démasquer le coup. Mon cher, vous êtes en vacances. Je ne
me sens pas le droit de vous demander un tel sacrifice.
En service à un ami, ce n'est jamais un sacrifice.
Vous nous donneriez des éléments qui se tiennent ? Je ne peux rien vous
promettre de tel, mais je peux au moins vous dire qui est l'assassin.
Combien de temps vous faudra-t-il ? Vous comprenez, je ne peux pas garder ces
gens ici indéfiniment.
Une fois qu'ils auront vu tout ce qu'il y a à voir, ils voudront rentrer chez
eux. Je vous livrerai la vérité dans deux jours.
Parfait, très bien. Dans 48 heures, c'est-à-dire le jour même de la
réception donnée en l'honneur du couronnement. Vous semblez bien sûr de
vous. Si je suis, c'est que j'ai l'expérience que les gens parlent trop
et que donc ils se trahissent toujours.
Pourquoi ? Parce qu'il est plus facile de retenir des faits que d'affabuler.
Mais évidemment, tout le monde n'a pas le génie de savoir écouter.
Gardez la monnaie. Merci, merci beaucoup, monsieur. Oh, Dr. King ! De l
'or ? Oui, bien sûr.
Très joli mode, monsieur. Pour vous, plus spécial.
Seulement 20 dinars.
Offrez-en cinq.
Mais monsieur... Bon, eh bien, tant pis.
Vous venez ? Bon, d'accord, 20 pour 5 dinars. Je vous en prie, ma chère.
Merci.
Vous croyez toujours qu'on l'a tuée en lui faisant une piqûre ? Comment ça, on
? Vous aviez autant de raisons de la tuer qu'un autre.
Moi ? N'avez-vous pas traité Mme Boynton de odieuse l'autre jour dans le hall de
l'hôtel ? Je trouvais son attitude insupportable. Qu'a-t-elle répondu
exactement ? En fait, tout ce qu'elle a dit, c'est... Je n'oublie jamais rien.
Qu'il s'agisse d'un acte, ou d'un nom, ou d'un visage.
Vous saviez que sa belle-mère ne voudrait pas qu'il vous épouse. En tout
cas, il n'aurait jamais l'audace de quitter sa famille.
Oh, mais détrompez-vous. C'est au contraire exactement ce qu'il
envisageait de faire. Vous en aviez déjà discuté avec lui ? Oui.
Oh, hier, en début d'après-midi ? Oui, hier, en début d'après-midi.
Ah, docteur King, pourriez-vous me dire exactement ce qui s'est passé après que
je sois parti ? Eh bien, on avait décidé d'aller faire une balade. Oui. Je pense
qu'il devait être environ trois heures quand on est parti.
Nadine flirtait ouvertement avec M. Coe.
Les Nox les observaient. Quand tout à coup il a dit... Je redescends.
À quelle heure vous a-t-il quitté ? Quatre heures, quatre heures moins le
quart. Et ensuite ? Je suis restée sur place avec Raymond et nous avons parlé.
Puis il m'a dit qu'il devait rentrer pour se prouver quelque chose à lui
-même. J'ai quelque chose d'important à dire, à accomplir.
Il devait être cinq heures quand il est parti.
Peut-être avait-il l'intention d'assassiner sa belle-mère.
On serait incapable d'un tel acte. Pourtant, je lui ai moi-même entendu
projeter de commettre un meurtre avec sa sœur Carole un soir que je me promenais
sur le pont.
Comment se fait-il que vous arriviez toujours à Point-Nommé pour surprendre
les complots, M. Poirot ? Peut-être suis-je doué d'un flair particulier.
Quand êtes-vous rentré au campement ? Vers 6 heures.
J'ai vu l'interprète qui essayait de réveiller Mme Boyton pour le dîner. C
'est à ce moment que vous êtes arrivés.
Vous maintenez que Mme Brunton était morte depuis déjà deux heures. Au moins.
Ce qui veut dire que lorsque Raymond est descendu pour, comme il dit, parler à sa
belle-mère, il est certainement venu parler à une morte.
Je croyais, M. Poirot, que nous étions amis. Nous l'étions tant que j'étais
encore en vacances. Mais depuis, je conduis une enquête pour les
représentants de Sa Majesté. Tous les suspects sont égaux.
Honnêtement, vous croyez qu'on puisse me considérer comme suspecte ? Pourquoi pas
? Rien de plus facile pour vous de vous introduire discrètement dans la tente de
Mme Boynton, lui injecter une dose mortelle de poison.
Après tout, vous êtes médecin.
Ensuite, vous avez fait remonter la mort à deux heures dans le but de vous
couvrir, vous et cher Raymond.
Là, je trouve franchement que... Docteur King, je vous soupçonne de faire faire
des acrobaties à votre papillon.
Hercule Poirot.
Oh, merci.
J'avoue que j'en ai moi-même été assez surpris.
Entrez.
Permettez-moi de vous présenter M.
Poirot, Lord Peel. Je suis très honoré.
Quand j'ai su que vous alliez venir, M. Poirot, j'ai fait retarder l'heure de la
séance. Lord Peel préside la commission royale pour la Palestine.
Autrement dit, c'est sur lui et sur lui seul que repose l'avenir de la
Palestine.
Une tâche digne de Salomon.
Les Arabes ne seraient pas de cette allige.
Si vous voulez bien m'excuser, mon cher, Lady Westholm, mademoiselle Quinton, les
délégations s'impatientent.
J'espère ne pas les avoir fait trop attendre.
Lady Westholm, je viens implorer votre aide.
Vous voulez nous interroger ? Eh bien, allez-y, nous répondrons volontiers.
Lorsque l'intérêt général est en jeu, j'estime de notre devoir de ne pas être
avare de ce qu'on sait.
Comme avait coutume de le dire feu mon père, nul ne doit se dérober à l'appel
du devoir. Que voulez-vous savoir, au juste ? Eh bien, euh... Non, merci, pas
pour moi. Ce qui m'intéresserait de savoir, c'est que vous avez fait hier,
juste après le déjeuner. Vous n'êtes pas, contrairement à d'autres, allé vous
promener, si j'ai bien compris.
Comme je devais rencontrer l'ordre pile le lendemain, je jugeais bon de rester
au campement pour étudier mes dossiers sur la Palestine.
C'est alors qu'on va m'annoncer que Mme Boynton désirait me parler.
Vous y êtes allée ? Eh oui.
Pardonnez-moi, mais qu'avait-elle à vous dire de si urgent ?
Elle m'a tout de suite agressée à propos de l'hostilité des Britanniques au
mariage de leur roi avec Madame Simpson.
C'est sans doute à peu près le seul point sur lequel nous étions d'accord.
J'ai essayé de parler, mais elle a refusé de m'écouter.
Et après ? Voyant qu'elle n'avait pas réussi à me froisser, elle commença à s
'en prendre à mon serviteur arabe.
Elle semblait furieuse contre lui.
Il est vrai que d'avoir des serviteurs qui ne comprennent pas un mot de ce qu
'on leur dit est bien agaçant.
Pour qui vous identifiez cet homme ? Je n'ai pas pu voir son visage. J'avais
déjà rejoint ma tante.
Mais je sais qu'il était d'une taille nettement au-dessus de la moyenne.
et qu'il portait le costume traditionnel des Arabes.
Ainsi qu'une espèce d'affreux pantalon, déchiré et rapiécé, et aussi des bandes
meultières horriblement mal roulées.
Ensuite, vous êtes allé vous promener, je suppose ? Non, j'ai attendu que Mlle
Quinton soit revenue. J'ai alors songé à demander à Mme Boynton si elle n'avait
besoin de rien avant notre départ.
Il devait être à peu près... quatre heures.
Quatre heures.
Quatre heures.
Nous allons nous promener, Madame Boynton. On venait voir si vous n'aviez
besoin de rien.
Elle s'est mise à grogner comme un porc.
J'ai trouvé ça très choquant.
De toute évidence, c'est une ivrogne.
Venez, Mademoiselle Quinton.
Nous n'avons rien à faire avec cette dame.
Et quand vous êtes rentrée ? Nous avons évité l'attente de Madame Boynton et je
me suis remise au travail.
Quant à moi, je suis retournée au chantier pour voir si on avait découvert
quelque chose d'intéressant dans la journée.
Le téléphone pour vous, Lady Westholm. Un appel d'Angleterre de Lord Westholm.
Vous m'excusez ? Madame !
J'espère que la
ligne est moins mauvaise que...
On appelle tout ce qu'il y a de plus providentiel.
Et vous, vous avez vu Mme Boynton parler à ce serviteur arabe ? J'ai bien vu
quelqu'un vêtu de blanc s'approcher d'elle.
J'avais le soleil dans les yeux, mais je pensais qu'il s'agissait peut-être de...
De ? Eh bien, du... du chèque qu'il nous a ramené l'autre jour, et puis l'idée m
'a paru absurde. Ah bon ? Et après ? Après, j'ai rejoint Carole Boynton.
Eh bien, je vous remercie de ce précieux témoignage, mademoiselle.
J'avais autre chose à vous dire.
Oh ? Oui, mais j'ai totalement oublié ce que c'était.
Si des fois la mémoire vous revenait, surtout n'hésitez pas à venir me
trouver.
Monsieur Cope et moi, nous comptons aller à Petra.
Petra ? Ah, la fameuse ville rose et l'ancienne capitale de... Des roses, c
'est ça, j'y suis. Une chose qui a à voir avec des roses ? Des roses, de l
'insecticide, un pulvérisateur, une seringue !
Une seringue.
Hier, au moment où je rentrais au campement, j'ai aperçu une petite boîte
en fer. Je l'ai ramassée et en l'ouvrant, j'y ai trouvé une seringue
hypodermique.
Savez-vous à qui elle appartenait ? Oui, à Carol Boynton.
Quand je lui ai rendu, elle m'a remerciée et elle est partie chercher sa
sœur Geneviève en l'emportant avec elle. Oh ! Le colonel Carbray a appelé. Il
exige que nous restions tous à Jérusalem.
Oui, pas plus qu'un jour ou deux, madame. Mais pourquoi ? Vous n'allez pas
me dire que vous iriez jusqu'à croire que j'ai pu tuer cette vieille harpie,
quand même. Je suis vraiment navré, mais j'estime que dès l'instant où on m'a
confié une enquête, c'est à moi... Bonsoir, monsieur Poirot. Vous me
décevez beaucoup.
Allons, ma chère, ne restez pas là.
Je suis vraiment désolée. Les aristocrates anglais sont réputés pour
la mauvaise manière qu'ils qualifient d'excentricité. J'y suis habitué.
À ta santé.
Ça y est, le voilà.
Le colonel Carberry nous a dit que vous vouliez nous parler. En effet, car j
'enquête sur la mort de Madame Boynton.
À quoi sert de faire une enquête puisqu'elle est morte de mort naturelle
? Je ne le crois pas.
J'aimerais bavarder avec votre mari, si vous le permettez.
J'ai bien envie d'appeler le consulat. C'est votre droit, surtout si vous êtes
opposé à ce que... Mais non, j'attends dans le... Merci infiniment.
Alors,
quel effet cela vous fait d'être enfin libre ? Enfin libre ? Je veux dire,
cette mort-là n'est-elle pas salutaire pour votre mariage ? Vous ne croyez pas
que vous y allez un peu fort ?
Je peux vous parler du jour de ce... Dans ce cas, parlons-en.
Quand vous êtes rentré de promenade cet après-midi-là, vous étiez seul, pourquoi
? C'est exact.
Et à quelle heure pensez-vous être arrivé au campement ? Peu après quatre
heures. J'ai fait un crochet par la tente de Geneviève et elle dormait.
Et qu'avez-vous dit à votre belle-mère exactement ? Elle m'a fait remarquer que
je rentrais tôt, alors je lui ai répondu que je supportais mal la chaleur.
Est-ce tout ? Non, elle...
Elle m'a demandé l'heure exacte car sa montre s'était arrêtée.
Je lui ai retiré du poignet et je l'ai remonté après l'avoir remise à l'heure.
Qui était ? Quatre heures un quart.
Et après ? Après, je lui ai demandé si elle n'avait besoin de rien et elle m'a
dit que non, qu'elle se sentait plutôt fatiguée.
Alors je l'ai quitté et je suis allé rejoindre Carole et Geneviève sur le
chantier des fouilles.
Elle ne vous a pas parlé d'une querelle qu'elle aura eue avec un serviteur ?
Non, elle ne m'a rien dit de tel. Et vous n'avez vu aucun des serviteurs
arabes rôder alentour ? Je n'ai vu personne, excepté sur le chantier, bien
sûr. Oui, bien sûr. Eh bien, je vous remercie infiniment, M. Bond.
Si vous le permettez, j'aimerais maintenant discuter avec votre femme.
Qu'est-ce qui vous fait croire que ma belle-mère a été assassinée ? Si j'en
juge par tout ce que j'ai entendu sur elle, je m'étonne surtout qu'on l'ait
pas tuée plus tôt.
Je ne regrette pas du tout sa mort.
Mais je m'en rends responsable.
Ma vie conjugale n'a pas été des plus heureuses, c'est le moins qu'on puisse
dire.
Quand j'ai débarqué chez eux, je n'étais qu'une pauvre fille qui espérait
terminer ses études d'infirmière en servant de garde malade à une vieille
dame. Et puis, je suis tombée amoureuse de Lennox.
Madame Bogdan, lorsqu'elle l'a su, n'a finalement bien voulu que je l'épouse qu
'à condition que nous vivions chez elle.
J'ai accepté, pensant que ce serait provisoire.
C'était sous-estimer l'emprise qu'elle avait sur mon mari.
Ce qui fait que j'ai fini par prendre une décision.
Quand exactement avez-vous pris cette décision ? Au cours de l'après-midi où
ma belle-mère est morte.
Il faut que j'aille prévenir Émilie.
J'avais décidé de quitter l'Enox pour une vieille passion, Jefferson Co.
Une passion peut-être, mais j'en doute fort.
Et continuez.
J'ai dû rentrer au campement environ dix minutes après l'énox.
Vers 4h30 ? Je tenais à lui annoncer la nouvelle sans plus attendre.
Quoi ? Avant même d'en parler à votre mari ? Comment a-t-elle réagi ? Oh, elle
l'a très mal pris.
Elle s'est mise à m'insulter, alors je l'ai quittée pour rejoindre les autres.
Croyez-vous que le choc provoqué par cette nouvelle ait pu entraîner sa mort
? Quand avez-vous fait part de votre décision à votre mari ? Un peu plus
tard, sur le chantier des fouilles.
Dis-moi, est-ce que par hasard vous possédez une seringue hypodermique ? J
'en ai toujours une dans ma trousse à pharmacie, mais je n'ai pas emporté à
Kiran. Votre belle-mère prenait, je crois, un remède contenant de la
digitaline. Je lui donnais ce remède dilué dans de l'eau.
Et si elle en avait absorbé une trop forte dose ?
Je suppose qu'elle en serait sans doute morte, mais elle faisait toujours très
attention, et moi aussi.
Et vous ne pensez pas que l'erreur pourrait venir du pharmacien qui l'a
préparée ? Ce genre d'erreur est si rare que c'est improbable.
Bon, alors, de toute manière, l'analyse nous le dira bientôt.
Je crains fort que non, car le flacon qui contenait son remède a
malheureusement été cassé quand on est venu chercher le corps.
Je vous jure que je ne l'ai pas assassinée, monsieur, et qu'elle était
encore en vie lorsque je l'ai quittée.
Écoutez, nous avons déjà tant souffert que je ne vois pas l'utilité d'apporter
le trouble et le désarroi dans la vie d'innocentes victimes.
Mais qui sont ces innocents victimes ? Quand enfin, il faut bien qu'un d'entre
vous soit l'assassin.
Au revoir, madame.
Ne t'inquiète pas, ma chérie.
Chambre 21.
Monsieur Coupe...
Je croyais que le colonel Cabré vous avait justement demandé de ne pas
quitter Jérusalem.
Ah, c'est exact, mais... Oui, j'ai justement le colonel Cabré en ligne,
monsieur Kemp. Si vous ne trouvez pas cet hôtel à votre goût, on pourrait vous
faire une petite place à la caserne.
Ah, évidemment.
C'est loin d'être le grand luxe, mais... Remenez les bagages de monsieur à sa
chambre, je vous prie.
Non, non, maintenant que vos vêtements sont en voie de reprendre leur place
dans l'armoire, j'aimerais discuter un peu.
Vous savez, je n'ai vraiment rien à vous dire. Rien à vous dire ? Vos vacances
ont pourtant été riches en événements, il me semble. Primo, vous parvenez
presque à convaincre une séduisante femme de quitter son mari.
Secondo, une autre femme tombe sous le coup de votre charme, et enfin une
troisième meurt.
Ce qui, entre nous, vous arrange plutôt.
Ma relation avec Emily Boynton, comme avec son mari, fut celle d'une
collaboration longue et fructueuse.
En fait, sa disparition m'afflige à double titre.
La dame que j'espérais un jour épouser,
Suite à la fortune et à la liberté nouvellement acquise par son mari,
décide de rester avec lui.
J'aimerais donc bien savoir en quoi cette mort m'arrange tellement.
Monsieur Coupe, Mme Boynton vous a fait présenter aux enfants un testament
dressé en sa faveur. Document qui a révoqué un second testament dressé en
faveur des enfants. Votre indélicatesse allait être découverte quand Mme Boynton
est morte. Vous souvent ainsi du scandale, de la honte.
Je vous en prie. Soyez sans crainte, les seuls délits qui m'intéressent sont les
meurtres.
Quand êtes-vous rentré au campement ?
Je restais encore un moment après que Nadine soit partie.
Puis voyant que Raymond et le docteur King désiraient visiblement rester
seuls, je pris le chemin du retour.
Lorsque j'atteins le campement, il devait être... environ cinq heures.
C'est là que j'ai croisé Carole qui partait rejoindre Geneviève. Ce qui vous
donnait largement le temps d'entrer dans la tente du docteur King, d'y subtiliser
la seringue et de mettre fin à une longue et fructueuse relation. J'ai fait
bien des bêtises dans ma vie, monsieur Poirot.
Et même en quantité.
Mais je n'ai jamais tué personne.
Ça, c'est à moi d'en juger.
Je me trouve face à tant de possibilités que je me sens complètement perdu.
Dans ce cas, mon cher colonel, je vous conseillerais de vous poser les
questions suivantes. D'abord, sur l'heure de la mort.
Le Dr King dit-elle la vérité ? Et si elle ment, pourquoi ? Pourquoi Mme Boyd
n'a-t-elle incité sa famille à partir en voyage ? Et enfin... Pourquoi est-ce
Mahmoud qui est le premier à essayer de réveiller Mme Boynton ? En d'autres
termes, comment se fait-il que les Boyntons ne se sont pas chargés plutôt ?
Vous voulez que j'interroge Mahmoud ? Vous connaissez la langue.
Et que je tâche de savoir où lui et ses compagnons étaient au moment décisif.
C'est peut-être l'un d'entre eux, après tout, qu'on a vu se querellant avec Mme
Boynton. Peut-être.
Je vais maintenant voir le dernier suspect de notre petite liste. Le
commissaire m'a dit qu'ils étaient partis visiter Beth Jubrine.
Je passerai vous faire mon rapport au dîner. Palpitant.
Palpitant.
Vous autres anglais ne prenez jamais rien au sérieux. Le soleil ne se couche
jamais sur ce que vous amuse. Et j'espère qu'il en sera toujours de même.
Quoique, j'en doute sérieusement.
Merci.
Qu'est-ce que vous faites là ? Vous vous cachez ?
Je m'abrite des rayons du soleil.
Seuls les coupables se cachent. Je ne suis coupable de rien, monsieur Poirot.
Dans ce cas, vous pourrez me dire qu'est-ce que vous faisiez l'après-midi,
que vous savez.
Après, je vous laissais replonger dans les ténèbres.
Mademoiselle Quintan m'a montré des objets découverts lors des fouilles.
Puis je suis allée chercher Geneviève. À quelle heure il vous est allé ? Aux
alentours de cinq heures un quart.
Et avez-vous parlé à votre belle-mère ?
Oui, je lui ai effectivement parlé. Elle était assise devant sa tante et je lui
ai dit que j'allais chercher Geneviève. Elle m'a répondu... Non, laisse-la
dormir.
Dormir n'est jamais une perte de temps. Le sommeil est comme une banque, c'est
une réserve de santé.
Je suis donc allée trouver Geneviève qui m'a raconté qu'un chèque lui avait rendu
visite. En repassant devant la tante de ma belle-mère, j'ai vu qu'elle dormait.
Quant à Geneviève, elle ne cessait de répéter qu'un chèque avait tenté de l
'enlever.
Oui, enfin, c'est votre version des faits, mais au fond... Il vous était
aisé de prendre votre seringue, je veux dire celle que Mlle Quinton a trouvée,
par hasard, et aller assassiner Mme Boynton.
Qu'elle ait retrouvé ma seringue ne prouve rien.
Croyez-vous que je sois capable de tuer ma propre mère ? Précisément, elle n
'était même pas votre mère, comme vous l'avez dit, justement à Raymond, sur le
bateau, un soir où il envisageait sérieusement la tuer. Vous nous écoutiez
? Oui, rien ne m'échappe.
Ce n'était que folie de notre part d'y penser, mais on était désespérés. On n
'en pouvait plus de l'avoir étouffée Geneviève, ainsi que Nadine et Lennox.
Alors vous l'avez tuée ? Non, on a envisagé de la tuer, mais on ne l'a pas
fait. Le lendemain matin, l'idée de ce projet nous a paru grotesque, un peu
comme ces histoires qu'on se raconte tout seul pour se faire peur.
Je n'ai rien à voir avec sa mort.
Vous me croyez, n'est-ce pas, quand je vous dis que je ne l'ai pas tuée ? Ai-je
suggéré que non ?
Vous pouvez vous montrer, monsieur Raymond.
Salut, monsieur Poirot.
Alors, vous avez écouté notre conversation tout comme j'ai écouté la
vôtre l'autre jour.
Oui.
Mais je vous jure que nous n'avons jamais mis cet absurde projet à
exécution. C'est sûr ? Absolument sûr.
J'étais avec mademoiselle King. On est restés ensemble un moment, puis j'ai
décidé de rentrer au campement parce que j'avais quelque chose d'important à dire
à ma mère.
À propos de vous et du docteur King.
Exactement.
Elle était folle de rage.
Tu vas me faire le plaisir de ne plus revoir cette fille. Est-ce que tu m'as
bien compris ? Ah, j'ai rien dit.
Cela n'aurait servi à rien, alors.
Alors j'ai décidé d'aller faire un tour au chantier des fouilles.
À quelle heure a eu lieu cette discussion avec votre belle-mère ? Vers
5h30. 5h30. Donc après qu'elle soit morte ? Curieux.
Le Dr King soutient que lorsqu'elle a examiné le corps à 6h, la mort remontait
à plus de 2h.
Elle se trompe.
Ou alors vous avez subtilisé la seringue du Dr. King afin de tuer votre belle
-mère comme vous en aviez le projet.
Ce faisant, vous deveniez alors libre d'épouser Dr. King.
Et risque de surcroît. Vous croyez que j'ai fait ça ? C'était pas ce que vous
comptiez faire. Ah non, c'est bien pour ça que je comprends pas ce qu'il y a...
Ça va, je vous crois.
Quel était donc votre plan ? Je crois que
je n'ai rien de plus à dire pour le moment.
Pas même à moi.
Non.
Bon.
Au revoir. Au revoir.
Monsieur Poirot.
Monsieur Poirot, ici.
Il faut que je vous parle.
Dans ce cas, approchez, monsieur ou madame.
Que je puisse vous voir.
Dormez un matin, 10 heures, devant la petite entrée de l'hôtel.
21
décembre.
Ah, bonjour, mademoiselle Quinton.
Tiens, bonsoir, monsieur Poirot.
Alors, où en êtes-vous de votre petite enquête ? Eh bien, à vrai dire... Oh, c
'est bien l'araignée la plus grosse que j'ai jamais vue.
Regardez, elle revient de son terroir. Elle n'a pas l'air très sympathique.
Vous la voyez, cette araignée, mademoiselle ? Oui, bien sûr. Mais vous
savez, je n'ai pas peur des araignées. C'est une chance parce que lorsqu'on
fait des fouilles, on en voit tout le temps.
Au revoir, monsieur Poirot. Mais qu'est-ce qui se passe ? Ce goujet ne
mérite pas qu'on lui adresse la parole.
Mon cher Poirot, je suis navré de vous avoir fait attendre. Rogers, que voici,
s'est chargé du rapport des entretiens que nous avons eu avec les serviteurs
arabes à Qumran. Ils ont vu quelque chose d'intéressant ? Disons qu'ils ont
tout vu, et rien vu.
Nous discuterons de ce rapport plus tard, mon colonel. Une crème de cassis,
s'il vous plaît. Un whisky soda, pour moi. Pour moi, ce sera. Il est temps que
vous retourniez au bureau, vous êtes de service.
Une petite seconde, je vous prie. Auriez-vous l'amabilité de demander à
vos amis américains, si par hasard... Bonsoir.
Ils ont des renseignements sur cette personne. Vous pouvez compter sur moi. J
'ai pas mal de relations là-bas. J'y ai vécu quelques temps. Merci, Roger. Ce
sera tout. Bonsoir, colonel.
Colonel Cabri, buvons, voulez-vous, à la criminologie. La plus facile des
sciences.
Bonsoir, monsieur Poirot. Ah, bonsoir. Comment allez-vous ? Je ne sais rien. Tu
n'as pas à lui parler.
Un des Arabes, dénommé Hassan, semble en savoir plus qu'il ne veut bien le dire.
Je sais. Il a demandé de me voir demain matin.
Hassan ? Et vous savez qui l'a tué ?
J'en ai bien plus qu'une vague idée, mais pour en être sûr, j'aimerais les
voir tous ensemble.
Demain, disons, et de préférence dans un cadre qui apporte à cette réunion une
note théâtrale. Va pour demain, mais pas trop tard. C'est le bal du couronnement
et j'aurais besoin de temps pour me faire beau. Ah oui.
Bonsoir.
Il semble que votre popularité soit en baisse.
Ce poireau se croit vraiment tout permis.
Monsieur m'ordonne de venir prendre le thé.
Au lieu dit les sources de Satan.
Il nous invite à un pique-nique ? Vous êtes peut-être colonel, monsieur
Carberry, mais je vous signale que je suis pour ma part membre du Parlement de
sa gracieuse majesté et que je ne tolererai pas plus longtemps que vous
disposiez de moi pour résoudre vos stupides charades.
Un meurtre n'est pas une charade, Lady Westholme.
Cela dit, si vous voulez, je demanderai à monsieur Poirot que la réunion se
tienne ici.
Je vous donne un jour pour mettre fin à cette comédie. Après quoi, une fois le
bal terminé, vous devrez vous passer de moi.
Docteur King.
On se retrouve au marché.
Je tenais à m'excuser pour hier soir. J'ai été stupide de vous ignorer.
Et il faut dire que votre petite inquisition nous avait tous un peu
énervés. J'en aurais fini dès ce soir.
Après le petit goûter champêtre ? Bien.
Et si vous laissiez tomber votre enquête ? Après tout, cette mort est plutôt
porteuse d'espoir, non ? Oui.
Oh, oh ! Mais dites-moi, ce n'est pas Hassan qu'on voit là-bas ? Si, c'est
lui. Nous étions convenus de nous voir ici ce matin.
Hassan ! Je suis content de vous voir, mon ami. J'espère que... Hassan, ne
partez pas ! Je vais le rattraper.
Monsieur Poirot, je vais faire un tour au marché.
Merde !
Il y a des animaux qui sont malades.
Tirez en l'air !
Je
vous demanderai de nous suivre, mademoiselle.
D'après elle, elle le poursuivait et c'est au moment où il s'engageait dans
la rue que le coup de feu est parti.
Ensuite, une arme a été jetée près du corps et elle s'est précipitée pour le
ramasser. Vous croyez vraiment à toute cette histoire ?
Le docteur ne portait qu'une robe légère, n'avait pas un sac à main. Je
vois donc pas où elle aurait pu dissimuler une arme aussi petite soit
-elle.
Lorsqu'on a procédé au relevé d'empreintes, on n'a trouvé que celle du
docteur King.
Oui, n'empêche que les Boynton, Lady Westrom, Mlle Quinton et M.
Coe étaient tous dans le coin et naturellement chacun des membres du clan
Boynton se portait garant pour l'ordre. Alors que faire selon vous ? Relâcher le
docteur King.
Vous êtes libre, mademoiselle.
Je vous jure que je ne l'ai pas tué. Il est 2h30. Nous avons donc juste le temps
de vous faire reconduire à votre hôtel.
Vous n'allez pas me dire que votre petite invitation pour le thé tient
toujours ? Oh, mais si ! Nous devons tous nous retrouver comme convenus, à sa
taf. Pour une petite collation.
Le colonel Cabre et moi-même avons employé toute notre énergie à faire de
cette petite fête une véritable réussite. C'est pourquoi je suis sûr que
cet instant passait ensemble.
sera riche en enseignements toniques. Un peu comme si vous étiez des acteurs en
train de jouer une pièce.
Oui, et comme dans toute comédie, la première chose à faire est de planter le
décor. Ce qui reste vrai même quand cette comédie se révèle une tragédie.
Mesdames, mesdemoiselles, messieurs.
Je ne comprends pas que notre armée puisse perdre son temps à de telles
futilités.
Le colonel Cabri m'ayant fait l'honneur de me demander conseil... Mais pourquoi
? Et en quel honneur vous a-t-il demandé conseil ?
On fait souvent appel à mes lumières en cas de mort subite. La mort de Mme
Boynton a non seulement assuré une indépendance financière à sa famille,
mais elle a aussi libéré celle-ci de la tyrannie qu'elle exerçait sur les siens
et qui leur était devenue insupportable.
Raymond Boynton a été entendu alors qu'il envisageait de mettre fin au jour
de Mme Boynton. Mais non... Et il venait alors de tomber amoureux.
Vous m'avez dit d'être rentré au campement vers 5h30 et avoir parlé à
votre belle-mère.
Seulement le docteur King, elle, affirme qu'à 7h, votre belle-mère avait cessé de
vivre.
Je suppose donc que vous avez dû regagner le campement et qu'en arrivant
devant votre belle-mère, vous avez constaté qu'elle était morte.
Vous auriez pu alors prévenir quelqu'un. Mais non ! Au lieu de cela, vous avez
fait comme si vous étiez en train de lui parler, puis vous vous êtes éloigné.
Vous comportant alors comme un coupable. Vous qui ne pouviez de toute façon être
tenu pour l'assassin, puisque la mort était survenue lorsque vous avez atteint
le campement depuis, disons, un certain laps de temps.
En fait, vous aviez toujours en mémoire votre conversation avec votre sœur
Carole sur le bateau.
Craignant qu'elle n'ait mis en exécution votre projet, en la tuant, vous m'avez
alors menti pour la protéger.
Non, c'est vous qui mentez.
Passons maintenant au rôle qu'a joué dans cette affaire Carol Boynton.
Sachant que le meurtre a été commis par injection d'une dose létale de poison,
on peut supposer que la seringue prise au Dr. King était l'arme du crime. Mais
voilà, il existait une autre seringue, celle trouvée par Mademoiselle Quinton
et dont la propriétaire n'était autre que Carol Boynton.
Eh bien, qu'avez-vous à répondre à celle-là, Mademoiselle ? Ce n'était pas
la mienne.
Pourquoi avoir dit qu'elle vous appartenait dans ce cas ? Ça va.
Ça va, je vous le crois. Calmez-vous.
En fait, vous avez dit qu'elle vous appartenait parce qu'elle était l
'instrument que vous et l'instigateur du complot, votre frère Raymond, aviez
choisi et que vous aviez peur qu'il s'en soit servi pour assassiner Mme Boynton.
C'est-à-dire qu'à votre tour, vous le protégez. D'accord, vous avez gagné.
J'avoue.
Comment vous êtes venu l'idée de ce projet ?
Je l'ai lu, dans une revue de nouvelles policières.
On expliquait qu'en piquant quelqu'un avec une seringue hypodermique vide et
en lui injectant de l'air, on provoquait sa mort.
En vue de ce projet, vous avez donc acheté une seringue ? Non, j'ai pris
celle de Nadine.
Mais en fait, je l'ai perdue avant de pouvoir m'en servir.
Alors quand j'ai vu que ma mère était morte...
J'ai immédiatement pensé que Carole avait peut-être... Enfin, bien sûr, ça m
'a paru incroyable.
Mais j'ai éprouvé un tel choc en la trouvant là, inerte, que...
Merci, monsieur Boynton. Vous pouvez regagner votre place.
Je vous signale que l'heure tourne, monsieur Poirot. Et personnellement, je
ne vois pas à quoi cela nous mène.
Ce n'est pas votre avis, colonel ?
Il est préférable de laisser M. Poirot agir selon sa méthode, ma chère Lady.
En général, il finit par atteindre son but.
En général ? Toujours ? Raymond et Carole étant innocents, qui a
bien pu commettre cette assassinat ? Le docteur King, dans son souci de libérer
son cher Raymond des redoutables griffes de sa belle-mère.
Et non.
Pourquoi ? Parce que lorsqu'elle a quitté le campement, Mme Boynton était
encore vivante.
A l'heure de son retour, Mme Boyd n'était morte.
Ainsi que l'autopsie l'a confirmée.
Voyons maintenant ce qu'il en est de la plus jeune de nos suspects.
Vous n'êtes pas sérieux, M. Poirot.
Mais c'est absurde.
Je ne tolérerai pas qu'on accuse Geneviève d'un tel crime.
Dans ce cas, passons à vous.
Après tout, n'étiez-vous pas les infirmières de votre belle-mère?
J'ajouterai que vous êtes le dernier membre de la famille à lui avoir parlé,
ce qui vous offrit une occasion unique de lui planter une seringue dans le
poignet. De plus, vous aviez un mobile.
Et quel mobile, s'il vous plaît ? Son amour pour vous, monsieur.
Eh oui, car si elle a traité votre belle-mère avec égard, c'est simplement
à cause de vous.
Quand elle a compris que cette femme vous tenait sous sa coupe, elle a tenté
de vous secouer, de vous convaincre de briser vos chaînes.
Sans succès.
C'est pourquoi elle a décidé de faire une dernière tentative en ayant recours
à une ruse plus que classique. La jalousie. Elle se mit à flirter avec M.
Cope et à la même jusqu'à menacer de vous quitter.
Cette ruse ayant échoué, on peut alors supposer qu'il ne lui restait désormais
plus qu'une solution.
Éliminer l'influence tyrannique qu'elle exerçait sur vous en commençant par
éliminer votre bourreau.
C'est moi qui l'ai tué.
Pourquoi ? Vous tenez vraiment à le savoir ? Pourquoi ? Je vous le demande.
Je l'ai tué parce qu'il a brisé notre vie, brisé notre couple.
Votre femme ne vous a pas fait part de sa décision de vous quitter qu'après que
Mme Boynton soit morte ? Je ne vois pas ce que ça change. De toute façon, je m
'en doute. Mais au contraire, cela change tout. Je vous conseille donc de
me dire la vérité, monsieur.
C'est bon, je vais tout vous dire.
Quand nous avons quitté le campement, je savais que notre couple partait à la
dérive et qu'il me fallait agir vite. J'avais le sentiment qu'un seul geste de
ma part pouvait encore tout sauver.
Quel geste, monsieur Boynton ? Le même que Raymond, semble-t-il. J'en ai assez
vu. Dire à ma belle-mère que je partais pour de bon. Je redescends. Mon
intention était d'emmener Nadine avec moi le soir même, à condition bien sûr
qu'elle soit d'accord.
Et quand vous êtes arrivé au campement ? Mère, réveillez-vous, Nadine et moi,
nous... J'étais en train de lui parler quand tout à coup, je me suis rendu
compte qu'elle était morte. Je ne savais pas quoi faire.
C'était à ce moment-là que vous avez tourné les aiguilles de sa montre ? Oui,
elle était posée sur ses genoux.
J'ai agi machinalement.
Son bras était inerte, c'était horrible.
Ensuite, je suis descendu au chantier de fouille.
Voilà, je vous le jure, c'est toute la vérité.
Je vous crois, monsieur Boynton.
Votre récit s'accorde non seulement parfaitement avec les faits, mais
également avec l'état de choc dans lequel vous étiez.
Tout ça est très intéressant, je dirais même touchant.
Mais je suis attendue à la réception par Lord Peel et dans moins d'une heure et
demie. Rien ne vous empêche de poursuivre cette démonstration sans moi,
je suppose.
C'est heureux car je m'en vais.
Bien sûr, Lady Westholm, bien sûr. Je comprends que vous ne vouliez pas
manquer le toast à Sa Majesté.
Il serait d'ailleurs peut-être temps que nous partions, surtout si tout ce petit
monde veut fêter avec nous le couronnement de notre roi George VI.
Je ne sais si je dois regretter que notre pays n'ait pas accueilli votre
Madame Simpson.
J'avoue que je suis très déçue.
J'avais un peu espéré qu'une Américaine serait capable de se faire un chemin
jusqu'au trône.
Colonel Carberry, est-ce que nous sommes invités au bal du couronnement ? Mais
oui, mademoiselle Barrington.
C'est gentil.
Sarah ? Je crains fort qu'on ne puisse guère chalouper ce soir.
Non.
Alors vous savez qui l'a tué maintenant ? J'ai jusqu'à minuit pour répondre,
colonel. Mais dites-moi, comment se fait-il que vous n'ayez pas parlé du
meurtre du jeune Hassan ? Il sera toujours temps d'en parler plus tard. D
'ailleurs, il ne fait que confirmer ce que je sais déjà.
Oui ? Voici les renseignements que vous m'aviez demandé.
Le colonel a-t-il lu cette note ? Quelle note, mon ami ?
Dites-moi, Poirot, qu'est-ce que vous fabriquez avec Rogers ? Il est censé
travailler pour moi, en principe.
Vous voulez bien me nouer ma cravate et il pourrait créer un incident
diplomatique.
Tu ne vas pas le regretter. Tu veux rire ?
Eh bien, je trouve que si. Vous êtes trop bémable, ma petite amie. Ça vous a
plu ? Monsieur Poirot ne devrait pas danser. Quand on est si gras, c'est
mauvais pour le cœur.
Alors, Monsieur Poirot, quand va-t-on savoir qui est l'assassin ? Oh, quelle
importance ! Comment ça, quelle importance ? Moi, j'aimerais bien
savoir. Au fait, qu'est-ce qui vous fait croire qu'il n'est pas de la famille ?
Eh bien, tout simplement deux faits. Le premier, la victime prenait un remède à
bas de digitaline.
Et le second, la disparition d'une seringue hypodermique. Or, il est clair
qu'aucun membre de la famille n'avait, s'il voulait la tuer, besoin d'une
seringue. Il lui suffisait d'augmenter jusqu'à la honte mortelle la dose de
digitaline. Cet excès pouvant être attribué à une faute de pharmacien, vous
comprenez. L'assassin s'est donc servi d'une seringue pour l'unique raison...
qu'il n'était pas suffisamment intime avec la vieille dame pour pouvoir se
permettre d'entrer dans sa tente et de toucher au flacon contenant son remède.
Donc, de tous les suspects, le coupable le plus vraisemblable semble être...
Monsieur Cope.
Puisqu'en la tuant, il se sera racheté de son indélicatesse.
Elle m'a en effet forcé à... à faire disparaître le second testament. Fort
heureusement, cette petite injustice a pu être réparée au bout de quelques
semaines. N'en parlons plus, voulez-vous ? Il a quand même essayé de nous
tromper.
Et alors, on a bien projeté de la tuer ? Continuez, je vous en prie.
Madame Boynton semblait prendre un certain plaisir à empêcher ses enfants
de rechercher la société de leurs semblables.
Pourtant, l'après-midi de sa mort, c'est elle qui a insisté pour qu'on la laisse
et incite ses enfants à faire une balade. Mais pourquoi ?
Par commodité, Madame Boynton a en effet éloigné sa famille simplement parce que
pour parler vulgairement, elle avait d'autres chats à fouetter.
Docteur King, voulez-vous nous dire les termes dont vous vous êtes servi pour
qualifier son attitude ? Je l'ai qualifié de lamentable et de grotesque.
Très précisément, et c'est à ce moment-là que ce voyant attaqué de front
et remis en cause par une jeune fille sensée... Elle s'apprête à laisser
exploser sa fureur.
Alors que va-t-elle ? Que voit-elle ? Un visage surgi du passé, quelqu'un qu'elle
reconnaît. Une autre victime, toute chaude, qu'elle se voit déjà enserrée
dans ses griffes.
Rappelez-vous ce qu'elle a dit au docteur King.
Je n'oublie rien.
Qu'il s'agisse d'un acte, d'un nom ou d'un visage.
En fait, ces mots n'étaient pas adressés au docteur King, mais à une personne qui
se tenait derrière elle.
Considérons maintenant les événements de cette tragique journée.
Une fois les enfants partis se promener, Lady Westholme soutient qu'elle a vu un
serviteur arabe se quérillant avec Madame Boynton. Ne pensez tout de même
pas que c'est un des arabes qui lui a porté le coup fatal.
Voyez-vous, Mlle Kinton et Lady Westholm disent avoir vu un arabe émerger de la
tente occupée par Geneviève. Seulement, comme la tente du docteur est juste à
côté, on peut penser qu'ils se sont trompés que l'arabe est entré chez le
docteur King.
Lady Westholm dit que... Ainsi qu'une espèce d'affreux pantalon, déchiré et
rapiécé, et aussi des bandes meultières horriblement mal roulées.
D'après Lady Westholm elle-même, elle se trouvait à environ 200 mètres.
Elle affirme n'avoir pas distingué son visage. Pourtant, elle n'hésite pas à
donner une description si détaillée de son costume.
En fait, aucun arabe n'a eu d'altération avec Mme Boynton. La personne qui a tué
Mme Boynton est exactement la même que celle qui se tenait derrière le Dr King
à Jérusalem.
Dr King ? Et c'est aussi la même qui a surgi derrière moi.
Le jour où j'attendais le seul témoin ayant assisté au meurtre.
Et ce n'était pas une coïncidence. La chambre de Lady Westholm donnait en
effet sur l'allée même où Hassan m'avait fixé rendez-vous la veille. Elle nous a
entendus, mais ne sachant où le trouver, elle doit patienter jusqu'au lendemain.
Elle parcourt les rues, répère sa victime.
Et telle une tigresse silencieuse et rusée, elle surprend sa proie.
Pardonnez-moi, mais Mlle Quinton n'a-t-elle pas dit que Mme Boynton était
encore en vie lorsque Lady Westholm et elle-même ont quitté le campement ? Ce
qui veut dire qu'elle a dû être tuée pendant leur promenade.
Mlle Quinton a répété ce qu'on lui a soufflé.
Il s'est mis à grogner comme un porc.
J'ai trouvé ça très choquant.
Mlle Quinton est quelqu'un de très influençable. Pas plus tard qu'hier, au
bar de l'hôtel...
C'est l'araignée la plus grosse que j'ai jamais vue.
Mais vous savez, je n'ai pas peur du tout des araignées.
Il n'y avait bien sûr pas d'araignées. Madame Boynton n'a à aucun moment grogné
comme un porc.
Et je n'ai pas plus vu d'araignées que d'éléphants. Quant à Madame Boynton,
elle était déjà morte.
On était après qu'elle ait parlé à Lady Westwood. Celle-ci regagne sa tente.
Là, il s'enroule le corps dans un drap.
De cette façon...
Et puis, elle prend un chiffon et elle s'en coiffe.
Pour finir, elle s'entoure la tête d'une espèce de cordon.
Elle attache ainsi.
Ensuite, elle entra dans la tente de Geneviève, par mégarde, d'où l'histoire
du chèque.
Elle en ressort et se rend alors dans celle du docteur King.
Une fois à l'intérieur, elle s'empare de la fameuse seringue, la remplit, ressort
de la tente, se dirige vers la vieille dame, agrippe son poignet et lui injecte
le poisson.
Une fois son forfait accompli, elle retourne à sa tente. Puis Mademoiselle
Quinton vient la rejoindre et l'invite à aller faire un tour.
Mais en quoi Lady Westholm avait-elle plus de raisons de tuer Madame Boynton
qu'aucun d'entre nous ?
Avant d'être anglaise, elle était américaine. Et comme beaucoup, elle est
devenue plus anglaise que nature.
Sa victime a dit qu'elle n'oubliait jamais un visage. Et c'est vrai.
Ajoutez à cela qu'elle avait été gardienne de prison.
Et que grâce à Roger, j'ai eu la confirmation de mes soupçons, il y en a
fait pu savoir par la police américaine que Lady Westholm, bien avant son
mariage, a fait de la prison. Et qu'elle a purgé sa peine dans l'établissement
même où travaillait Madame Boyne. Vous voulez dire qu'elle compte à faire
chanter Lady Westholm ? Effectivement, mais ce n'est nullement l'argent qui l'a
motivée, mais la joie sadique qu'elle éprouvait à torturer sa victime en
attendant de... De pouvoir étaler la vérité au grand jour.
Et de façon spectaculaire, évidemment.
Précisément, Lady Westham savait que sa carrière politique prendrait fin si
Madame Boynton n'était pas réduite au silence.
Mesdames et messieurs, je vous invite tous à vous rendre sur la terrasse pour
le feu d'artifice ! Un feu d'artifice ? On en a déjà eu.
Entendu. Je rejoins tout de suite.
Vous savez ce que c'est de partir de rien, M. Poirot ? De gravir péniblement
les échelons de la respectabilité, puis une fois en place, d'être couvert d
'honneur et de gloire, et de voir tout ça réduit à néant.
Il valait mieux qu'elle meure.
Toute sa famille s'en réjouit.
Alors pourquoi devrais-je être la seule à en souffrir ? Vous allez me faire
arrêter, M. Poirot ? Cela dépend du colonel Carberry, madame.
Allez au diable.
Pardon, excusez-moi.
Un coup de feu. Qu'est-ce que c'était ? Elle est morte en nettoyant son arme.
Pardon ? Un suicide entraînera l'ouverture d'une enquête. Elle a subi
assez d'affronts dans ses vies.
Qu'elle repose donc en paix.
Un terrible accident, Lord Peel.
Nous n'avons rien pu faire pour la sauver.
La mort tragique de Lady Westholm est survenue à Jérusalem hier.
Alors qu'elle nettoyait son arme, c'est ça ? Elle avait un sens de devoir
admirable. C'est bien british.
Elle s'est comportée en vrai gentleman jusqu'au bout.
Elle était américaine.
Bonjour.
Au revoir, Hercule. Au revoir, Colonel Carberry.
Vous allez en Amérique avec ce jeune homme ? Ray m'a invitée à l'y
accompagner. Je n'y vais que pour peu de temps, bien sûr.
Oh, mais bien sûr.
Je pars moi aussi aux États-Unis. On m'a proposé de m'occuper de fouilles dans
une réserve indienne. Au revoir. Au revoir et bon voyage.
Allez, on y va.
Au revoir. Au revoir. Au revoir, mes amis.
Au revoir. Eh bien, tout ce que j'espère, c'est qu'ils se rendent
compte, ainsi qu'André Gide, que ce n'est pas le tout de se libérer.
Encore faut-il savoir que faire avec cette liberté. Au revoir.
Au revoir. Au revoir. Au revoir.
C'est beau la jeunesse, n'est-ce pas, colonel?
... ... ... ...
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