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Au commencement des âges, les singes vivaient libres et heureux dans les
herbes de la savane.
Leur seul souci était de se prélasser au soleil ou à l'ombre d'un buisson, selon
leur humeur.
Mais ce destin paisible allait être bouleversé par un terrible cataclysme.
Sous un ciel noir traversé par les éclairs, venant des terres lointaines,
à déferler sur la savane.
Affolés, devant la menace d'être engloutis sous les eaux, les singes se
précipitèrent vers la forêt toute proche.
Beaucoup furent noyés avant d'atteindre les arbres.
Mais quelques-uns parvinrent à se hisser sur les premières branches, puis le long
des troncs énormes, jusqu'au sommet de la forêt qu'on appelle la canopée.
Beaucoup de temps.
Allez, mon garçon, vas-y.
Allez, courage, vas-y, saute, allez. Allez, vas-y, tu peux y arriver.
Un, deux.
Entraîne ton corps, papy.
Un jour, t'y arriveras peut-être.
Petit insolent !
Tu peux pas t'empêcher de faire le malin, hein ? Ouais, et après ? Qu'est
-ce que ça peut faire ? Vous avez fini, vous deux.
Maître Korkonak donne sa leçon aujourd'hui. Alors, au lieu de vous
chamailler bêtement, vous feriez mieux d'aller l'écouter.
D'accord, mon.
On va y aller.
Ça alors, sûrement pas. La dernière fois, Com n'a pas arrêté de se moquer de
lui. Eh oui, c'est plus fort que moi.
Korkonak, c'est un vieux schnock.
Mais cette fois-ci, j'essaierai de me tenir tranquille, promis. Allez, on y va
! Yes ! Soyez prudents ! C'est parti ! Que ferait-il l'un sans l'autre
? Allez, le premier arrivé à la cible ! Attention
! Eh, pas le droit de pousser ! Attention ! Un
petit coup pour un oiseau ! Allez, tiens-moi la branche ! Merci, madame !
et pousser le cri du grand serment des Wunko.
Tout ce qui se trouve en haut est bon.
Bon ! En bon ! En bon ! Et tout ce qui se trouve en bas est mauvais.
Mauvais ! Mauvais ! Alors, pourquoi y en a-t-il qui prennent le risque de tomber
dans ce monde épouvantable ? Sachez-le ! Ceux qui ont pris un tel risque n'en
sont jamais revenus. Hein ? Pourtant...
Nous avons toujours le choix, car toute chose dans l'univers a deux côtés.
Regardez ces fleurs bleues là-bas. Elles sont en deux parties. La partie
inférieure, celle qui tombe à l'automne, est un poison radoutable. Oui, mauvais !
N'importe quoi.
La ferme, arrête ! La partie supérieure, celle qui reste sur l'arbre, est le
contre-poison. Oui, oui ! Le monde est à l'image de ces fleurs bleues.
Bon dans les hauteurs, mauvais en bas. Alors surtout, jeune Wunko,
restez dans vos branches.
Hé, maître Corconac, juste une petite question.
On ne pose pas de questions.
Dis-moi, comment tu sais qu'en bas tout est mauvais, hein ? Comment ? Si tu dis
que personne n'est jamais remonté, comme tu la fermes. Pas question de questions.
Bon, j'ai plus qu'à me débrouiller tout seul, j'ai compris.
Un de ces quatre, j'irai en bas.
Il est fou ! Ça va pas la tête ! Eh oui, je suis comme ça, moi.
C'est logique, non ? Quand tu lances quelque chose en l'air, ça a toujours
envie de redescendre.
Même une cerise, elle le sait.
Mais tu vas la fermer, oui ! Corconac veut qu'on soit aussi trouillards que
des écureuils.
Pourquoi ?
Je vois pas pourquoi on irait pas en bas. Si ça se trouve, c'est mieux.
Les branches sont plus larges et on peut danser.
Danser ? Je vous garantis que vous danserez, mais sur une drôle de musique.
Je vais vous dire, moi, au cas où vous ne le sauriez pas encore, ce qui vous
attend dans les profondeurs.
Vous n'ayez que peur, souffrance et chagrin.
Tout ce qui est en bas est mauvais, tout ce qui est en haut est bon.
Voilà ce que je me tue à vous enseigner.
Mettez-vous bien ça dans la tête.
Rentrez chez vous et tenez-vous bien aux branches.
Les histoires du vieux Borgne, elles me font pas peur.
C'est pas la peine de l'appeler comme ça. C'est pas sa faute s'il a qu'un
oeil. Ouais, mais c'est sa faute si c'est un menteur.
D'abord, moi, je te parie qu'il invente tout ce qu'il raconte.
Bon, maintenant, tu arrêtes avec ça.
Allez, viens.
On va être tous trempés.
Tu sais, comme il a qu'un oeil, il voit que la moitié des choses, c'est normal.
N'importe quoi.
Bon, je dis plus rien.
C'est comme son histoire de fleurs bleues, tu vois ? Là, je rigole.
Eh, Margade, regarde en bas.
Tu vois pas une lumière ? Regarde plutôt où tu mets les pattes. Ça glisse.
Tu m'attends ? Je vais descendre un tout petit peu. Non, fais pas l'idiot.
Comme, reviens.
Non, ne fais pas ça.
Majesté, il fait de plus en plus sombre. Nous devrions rentrer. Tu as raison,
Ludovic. Mais notre ami le tigre n'est pas très loin.
Avançons encore un peu, mon garçon.
Majesté ! Non ! Il est à moi !
Allez
! Au tigre ! Au tigre !
Oui, mon ami.
Il a bien failli nous tuer, cette fois.
C'est vrai, c'est un adversaire digne de moi.
Et il mérite une meilleure chance.
Ce soir, nous rentrons au château.
Ces sales Wonkos, on dit qu'ils sont des milliers dans les branches. Et il paraît
qu'ils sont tous nus et malades. Et plein de vermines.
Un de ces jours, ils vont descendre pour nous envahir, je te le dis.
Si vous dites que ces Wonkos sont nus et malades, ils ne doivent pas être bien
dangereux.
Majesté. Venez voir, là.
En voilà un qui nous fera pas de mal.
Attention, reste là, on ne sait jamais avec eux. N'aie pas peur, il est mort,
je te dis.
Il a bougé.
Attention, si il peut encore mordre, tue-le ! Non.
Ne le tuez pas.
Mais majesté, c'est quand Wunko, une de ces sales bêtes qui est tombée de là
-haut, Faut le tuer, votre majesté ! Qu'on le ramène au château, vivant.
Je veux qu'on le soigne et qu'on le confie à Maître Flavius.
À vos ordres, majesté.
Vous avez entendu ? Prenez-le et en douceur.
Le roi est devenu fou.
En tout cas, c'est pas moi qui le cloucherai.
Pourquoi pas ? T'as peur d'attraper la gale ? Eh ben
voilà, c'est pas un drame.
J'espère.
Cette terre, là-bas.
De l'autre côté.
On la voit bien ce soir.
Parfois, elle disparaît entièrement.
Comme un mirage.
Un jour, je t'emmènerai dans ce pays, Ludovic.
C'est le rêve de tous les Lancôts depuis la nuit des temps.
Oui, depuis que ce rivage a été noyé sous cette eau maléfique.
Peut-être est-ce encore un rêve inaccessible.
Mais que serait la vie sans les rêves ? Oh là là ! Que fais-tu ? Allez, en
route !
Votre Altesse, le coucher de soleil est magnifique.
Est-ce que ça vous plairait d'aller au jardin ? Elle ne répondra pas.
La princesse est très loin de ce monde.
C'est inutile de rester ici.
Regardez ! Regardez, elle essaye de nous parler. L'aile-toi de tes affaires, Jena
! Tu n'es qu'une servante, c'est moi qui m'occupe de la princesse Ida ! Dehors !
Gouvernante, dites-moi ce qui s'est passé. Elle essayait de parler à la
servante, monseigneur. Si elle y parvient, nous aurons les pires ennuis.
Faites en sorte qu'elle n'y parvienne jamais.
Voilà. Mettez-en davantage.
Voilà, chère princesse.
Pour une fille de roi, je vous trouve très obéissante.
Maître Flavius ! Quoi ? Qu'est-ce que tu veux, Gina ? La princesse Ida a essayé
de me parler.
Mais la gouvernante, cette affreuse vieille sorcière...
Elle m'a jetée dehors.
Je suis sûre que si je m'en occupais, je... Gina, tu sais bien que cette
pauvre enfant est très malade. Les médecins du roi ne peuvent rien pour
elle. Comment pourrais-tu les... En découvrant ce que la gouvernante est en
train de mijoter. Je n'ai pas confiance en cette vieille sorcière.
Allons, Gina, tu es une brave fille. Crois-moi, ne va pas chercher des
conspirations partout.
Et pourquoi pas ? Tu pourrais en trouver une.
Alors c'est lui le sauvage qui est tombé des arbres ? Il ne cache jamais leurs
oreilles ? Vraiment jamais ? Apparemment non, pas plus que le reste de leur
corps.
C'est bizarre, non ? Est-ce que je peux le toucher ? Bien sûr Gina, tu ne vas
tout de même pas croire tout ce que l'on raconte sur ces créatures.
Il a l'air normal, il a le même corps que nous ? Exactement, les mêmes mains,
le même nez.
les mêmes oreilles. Je crois bien que nous avons les mêmes ancêtres et cela ne
va pas plaire à tout le monde.
Ça fait des mois qu'on travaille là-dessus.
Nuit et jour.
Et on ne sait toujours pas ce que c'est.
Et pendant ce temps-là, qu'est-ce que devient le château ? Je vais vous le
dire, moi. Un asile pour les bêtes sauvages.
Le roi, il a le cœur bien trop tendre. Et sa fille, le cerveau ramolli.
Attention, vous autres, méfiez-vous, les arbres ont des oreilles dans le coin.
Et celle de Corinne, l'espion du grand chancelier, elle tombe souvent par ici.
Le grand chancelier, je l'aime pas beaucoup, celui-là.
Mais sans lui, le château s'écroulerait pour de bon.
Alors, avez-vous découvert ce que c'est ?
Non, les ouvriers eux-mêmes n'en savent rien, mais je viens d'apprendre autre
chose. Le roi a rapporté à Wunko sauvage de la forêt.
Peut-être pourriez-vous me permettre de le tuer gentiment.
Idiot, crétin, abruti, je suis déjà au courant. Tu n'as rien d'autre à m
'apprendre. Je me demande si tu as valu cette médaille d'être le singe le plus
stupide du château.
Cherche encore.
Je veux savoir ce que le roi prépare avec cette dernière excentricité.
Et si tu veux t'amuser avec ce sauvage... Oh, merci, monseigneur.
Oh, quelle joie.
Je n'ai jamais pu supporter que Sa Majesté m'écarte de ses rêves.
Ils sont futiles, sans doute.
Mais l'un d'entre eux, peut-être cette chose étrange pourrait lui rendre la
confiance du peuple et cela ruinerait tous mes espoirs.
Enfin réveillé ? Tu veux un bol de soupe ? C'est ça, un démon ? Qui m'apporte à
manger ? Allez, petit sauvage, mange ta soupe.
Mais viens ici, pourquoi tu cours ? D'accord, ça fait plaisir.
Mais n'aie pas peur, je vais pas te faire de mal.
Oh non,
mon Dieu, mais qu'est-ce que tu fais là-haut ?
Tu comprends pas ce que je dis ? Moi, ami.
Toi, avoir faim.
Toi, manger soupe. Elle est vraiment très jolie.
Non, ça doit être une ruse des démons.
Miam, miam.
C'est délicieux.
Bon.
Très bien. Comme tu veux.
Puisque tu fais l'idiot, je te laisse tout seul.
Tu comprends pas ce que je te raconte.
C'est bien ça ?
C'est vraiment la fille la plus jolie que j'ai jamais vue. Et moi, je me
conduis comme une bête sauvage.
Qu
'est
-ce que... Sale.
Ce ne sont pas des démons.
Si Margaret voyait ça.
Mon fils.
Mon seul fils à présent.
Tu connais nos coutumes.
Celui qui est tombé ne peut rester accroché à notre mémoire.
Tu dois oublier Com et vivre ta vie.
Et si quelque chose l'empêchait de remonter ? Si ça se trouve, il est
prisonnier des démons.
Magad, ton frère est prisonnier de la mort.
Mais que l'exemple de Com vous serve de leçon ! Il se croyait plus malin que les
autres. Mais je vous garantis que les démons le torturent maintenant, et qu
'ils le regrettent.
Se laisse bêtir sans émettre de protestation, le Wumko possède une
grande facilité d'adaptation. Ce serait bien s'il pouvait s'adapter à dire
quelque chose comme merci, par exemple.
Merci ? Gina ? Pourquoi tu n'as rien dit avant ? Je ne savais pas si vous étiez
de bons singes.
Qu'est-ce qui t'a rassuré, alors ? Juste une... une impression.
Ah, émotif plutôt que logique.
Intuitif et non inductif.
Oh, je ne dirais pas ça.
Pourquoi donc ? Parce que je n'ai aucune idée de ce que ça veut dire.
Ce n'est pas dépourvu d'un certain sens de l'humour. Nous allons passer à
présent à son éducation. Hein ? Qu'est-ce que c'est ? Un tas de bêtises
que tu dois apprendre pour ne pas les plaire au seigneur et à ses dames du
château.
C'est important si tu veux être présenté à Sa Majesté le Roi. C'est quoi un roi ?
C'est lui qui t'a sauvé quand tu es tombé dans la jungle.
Ouais ! Apprenez-moi vite tout ça !
Assimilé pour être civilisé. Apprends la moralité à te conduire en société, à te
bouger comme une princesse et à marcher comme une altesse. À danser dans les
salons, au rythme lent des violons, si tu es obéissant, tu deviendras savant.
Assimilé.
Assimilé pour être civilisé.
Oui, apprendrai-je aussi où je vais et d'où je suis ? Je veux savoir dans la
vie d'où je viens et qui je suis.
Bien entendu, mon enfant, oui, tout se trouve là-dedans, la vitrificité
mousseline en milieu aquatique.
La pudeur, la modestie, les lois de costumométrie, et ne jamais rien
dévoiler de son anatomie.
Assimilé, assimilé pour assimiliser. Oui, mais notre anatomie
ne vaut pas l'astronomie.
Le soleil quand il se noie, dans la mer avec le jour, ce n'est pas lui qui s'en
va, mais c'est toi qui tourne autour.
Apprends le latin, le grec, dans cette bibliothèque, il y a tout ce qu'il faut
pour devenir un lanko.
Assimilé, assimilé pour assimiliser, assimilé,
assimilé pour assimiliser.
Voici la bibliothèque où nous sommes en ce moment.
Les serviteurs vivent en dessous avec les cuisiniers, les marmitons et les
gardes. Les étages supérieurs sont réservés aux singes supérieurs,
musiciens, courtisans, conseillers, architectes, etc.
Tu n'as pas le droit d'y aller.
Le roi habite au sommet de la tour.
Comment on peut savoir si on est un singe supérieur ? C'est selon la hauteur
où l'on vit.
Oh, alors nous les Wonkos, nous sommes très supérieurs puisqu'on vit au sommet
des arbres. Euh, enfin... Bien dit, comme.
Bien sûr, les étoiles que tu observes ne sont pas aussi grandes que notre monde.
Peut-être que si, mais comme elles se trouvent très loin, elles nous
paraissent encore plus petites.
Je n'avais jamais pensé à ça.
Et ça, c'est votre réservoir d'eau potable ?
Quoi ? Non, non, comme ? C'est de l'eau maudite. On ne doit pas y toucher ni
même la boire.
Et on ne peut même pas y nager.
En aucun cas, il nous est même interdit d'apprendre à nager.
Certains pensent que c'est une punition des dieux.
D'autres disent qu'un monstre énorme se cache sous la surface.
Et si jamais il se réveille, il avalera le château tout entier. On dirait du
corps connac.
Ne me dites pas que vous gobez tout ce qu'on vous raconte, vous aussi.
Hein ? C'est quoi ce truc là-bas ? On appelle cela un labyrinthe.
C'est une sorte de jeu.
Regarde, on part de là et on doit arriver là.
D'accord, j'ai compris.
Regarde ! Enfin, le petit sauvage a échappé à son gros gardien. Je vais me
cacher dans le labyrinthe et l'attraper.
Non, tu t'y prends mal.
Regarde la peine que tu fais au jardinier.
Tu abîmes tout son travail.
Tu dois trouver la sortie en passant entre les haies.
Même si on n'est pas obligé ? Cela s'appelle du sport.
Tout le plaisir est dans le fait d'avoir réussi à en sortir, vois-tu.
Quoi ? Sans aucune raison ? La raison, c'est de se prouver qu'on n'a pas besoin
d'une raison.
Mais je trouve ça débile !
Mais bon, c'est très facile à faire.
Mais qu'est-ce que c'est ? Mais qu'est-ce que... Maître Flavius ! J
'ai réussi ! J'ai fait quelque chose d'inutile ! Je suis civilisé maintenant
! Ah ! Au secours ! Jardinier ! Faites-moi sortir de là ! Je peux...
Jardinier ! Mais qu'est-ce qui se passe ?
Ah ! Espèce d'idiot ! Tu m'as fait peur ! Attention, je suis un tigre et j'ai
très faim !
Arrête
comme tu as abîmé tes vêtements ! Regarde, regarde toutes ces pommes,
elles sont mûres ! On les cueille ? Mais tu sais même pas grimper !
Apprends-moi.
C'est bien, Gina. Continue.
Donne-moi ta main.
Voilà.
Tu y es presque.
Ça y est, j'ai réussi. Je grimpe aux arbres.
La prochaine fois, je sauterai d'une branche à l'autre.
J'espère que personne ne nous a vus. Pourquoi ? Parce que moi, je suis une
lanko et que nous ne devons pas nous comporter comme des singes primitifs.
Ah oui ? Et qu'est-ce que je suis, moi, alors ? Tu n'es pas un primitif.
Tu es un sauvage.
Mon petit sauvage.
Ah, le satané démon
! Moi, je vais lui arracher les poils !
Je vais lui couper les oreilles en rondelles. Je lui ferai avaler avec du
piment.
Je vais bien m'amuser avec ce petit sauvage. Ah non, c'est moi.
Mon petit gorille, allons-y sans
faire de bruit.
Double, double, la fleur est trouble, le feu brûle, fait des bulles, dans le
chaudron bout le poison.
Monseigneur ! Monseigneur ! Je n'ai pas le temps d'écouter
tes sornettes.
La chose étrange, elle est faite pour marcher dans l'eau.
Qu'est-ce que tu barabouilles ? Regardez ce que j'ai trouvé chez Maître Flavius.
Quoi ? C'est impossible ! L'eau du lac est intouchable.
Même le roi n'oserait pas.
Encore que si j'y pense, il en serait bien capable.
Oh mon Dieu, la vie d'un traître est une vie bien difficile.
Votre Majesté, honorable courtisan du château, avant de présenter le jeune
comte à cette noble assemblée, Nous avons fait de notre mieux pour donner à
ce très très intéressant spécimen un peu d'éducation. Vous auriez pu lui
apprendre à couvrir ses oreilles. Ceci est un outrage d'apparaître ainsi devant
sa majesté.
Pardon, je m'excuse.
J'étais pas au courant que chez vous, c'était si important, les oreilles.
On peut savoir pourquoi vous les cachez ? Vous en avez honte ou quoi ? Eh !
Viens ici, comme ! Voyez-nous excuser votre majesté. Son éducation n'est pas
tout à fait éterminée.
Pour se coiffer et pour se vêtir, je dois admettre qu'il a encore des
difficultés. Mais néanmoins, j'ai pu observer votre majesté, votre honorable
majesté, qu'en procédant...
à quelques expériences empiriques, ergo, naturalistes et prosaïques... Ah ! Quoi
? Pourquoi fais-tu ce bruit ? Ah, désolé, mais c'est le cri de l'ennui,
ton honorable majesté. Tu sais, je vois très bien que tu t'ennuies à écouter
tous ces mots qui servent à rien du tout.
Moi aussi, je m'ennuie, d'ailleurs.
Nous n'avons pas de cris de cette sorte chez les lancos.
C'est normal, ça ne m'étonne pas. D'abord, vous parlez trop et vous criez
pas assez.
Ça suffit, toi.
Voici un bel exemple de franchise spontanée que l'on pourrait nommer Primo
Naturalis Dialecta. Dis-moi, Com, est-ce que tu as un cri pour réclamer le
silence ? Oh, oui, Majesté.
Pourquoi ton peuple utilise-t
-il autant de cris différents ? Eh bien, Majesté, là-haut...
On n'a pas toujours le temps de faire des discours.
Quand il y a le danger, il faut faire vite et le cri.
C'est ce qu'il y a de plus pratique.
Il dit tout.
Il y a le cri de la colère.
Celui de la peur.
Tu peux crier aussi le retour du soleil.
Le retour de ta copine.
Ou le retour de ta copine en même temps que celui du soleil.
Vous entendez ? C'est prodigieux.
Un véritable langage, sans mots inutiles.
Donne-nous encore quelques exemples.
Et dis-moi celui-là, comment l'appelles-tu ? C'est le cri de l'amour.
Hé, tu m'as l'air de t'y connaître.
T'as de l'expérience, hein ? Allez, tous ensemble, le cri de l'amour.
Un, deux, trois ! Ah,
magnifique ! Magnifique à la fois en traînant et instructif.
N'est-ce pas, chancelier ? Quel est le cri de la fidélité ? Ça
? Bravo, chancelier ! Vous faites ça très bien.
Elle s'est sauvée.
Mon enfant, ma chérie.
Père. Si elle lui parle, nous serons dans une situation plutôt désagréable.
Écoutez, j'ai... Musique.
Musique !
Oh ! Oh !
Kom, viens ici, dépêche-toi ! Le roi désire te voir.
Il est là-haut. Fais vite.
Tu as demandé à me voir, majesté ? Divertis-moi, Wonko.
Je veux que tu m'amuses encore.
Tu seras désormais mon bouffon.
Et le travail d'un bouffon, c'est d'amuser son roi. N'oublie jamais ! que
je n'ai qu'à claquer du doigt pour te renvoyer dans la jungle où notre ami le
tigre ne fera de toi qu'une bouchée.
Viens près de moi, Kong.
Je n'arrive pas à oublier son petit visage, aussi blanche et immobile que si
elle était morte.
Fais-moi rire.
Je suis désolé, Majesté.
Tu sais, ça m'est très difficile de faire rire les gens quand on me le
demande. Je te donnerai n'importe quoi. De l'or, de riches vêtements, n'as-tu
envie de rien ? J'aimerais beaucoup revoir mon frère et lui dire, je suis
vivant. Eh bien, voilà.
Je t'emmènerai dans ton pays comme... Regarde.
C'est quoi, ça ? Une machine volante.
Volante ? Waouh ! Allez, viens, viens.
Tiens-toi bien et n'aie pas peur.
Nous allons faire un vol d'essai.
C'est pas dangereux ? Bien sûr, mais c'est très excitant.
N'est-ce pas ? Tu sais comme. Je te promets que la prochaine fois, nous
volerons encore plus haut.
Dieu vaut ne rien entendre, ne rien dire, et surtout ne rien voir.
Alors, jolie fête, n'est-ce pas, Gina ? Tiens donc, le nouveau bouffon du roi.
Monsieur Dagne enfin se rappelait de moi.
Je ne t'ai pas vu depuis trois jours, tu te rends compte ? J'ai pas le temps, je
dois l'amuser toute la journée.
Regarde comme il est triste sans moi, il s'ennuie.
Tu ferais bien de te méfier, comme... Me méfier de quoi ? Tu ne vois pas que les
Langos te détestent tous.
Mais non, Gina, je les fais rire. Et tant que je suis avec le roi, il ne m
'arrivera rien.
Imagine qu'il se lasse de toi.
Alors là, y'a pas de danger. J'ai plus d'un tour dans mon sac.
Allez, viens, allons danser. T'as oublié que je suis une servante. Je n'ai pas le
droit de danser. C'est complètement idiot.
Vous en avez, des drôles de lois chez les lancos.
Bon, alors, qu'est-ce qu'on fait ? Moi, j'ai envie de m'amuser.
Va faire ton numéro, mais sans moi.
Au frein, voilà mon bouffon.
Qu'est-ce qui se passe ?
Majesté, il y a le feu !
Ne dis surtout pas cela.
Pour nous, l'eau du lac est pire que le feu.
Si vous avez peur de l'eau, prenez des branches, tapez sur le feu, comme ça.
Majesté ? Non, je ne veux voir personne.
Ben quoi, qu'est-ce qu'il y a ?
Tu me connais plus ? T'es plus mon amie ? Tu ne vois pas que je travaille ? Bien
sûr, je vais t'attraper.
Arrête ! Je n'ai pas envie de jouer avec toi.
Fiche-moi la paix, tu m'embêtes.
Mais Gina, je ne comprends plus.
Tu voulais que je reste un sauvage ? Oui, j'aimais mieux ça.
Je ne supporte pas que tu sois comme... comme ces babouins de la cour avec leur
manière ridicule.
Tu sais ce que t'es, Gina ? Jalouse.
Jalouse ? Moi ? Et de qui ? Non, Gina !
Un sale petit Wonko prétentieux tombé de son arbre qui ne comprend rien à rien à
tout ce qu'on essaye de lui dire.
Gina, reviens ! Non, Gina, t'en vas pas ! Je veux plus te voir ! Tu peux
retourner dans ta jungle ! Gina ! Va-t'en ! Je veux plus jamais te voir !
Mais je t'aime, Gina.
Je t'aime.
et la forêt où je suis né quitter le ciel et les nuages
j'avais appris tous les usages
pour être un vrai civilisé suis
-je d'en haut suis-je d'en bas je ne sais plus nulle
part on ne veut de moi pourquoi faut-il rester dans ce
château au fond de moi je serai toujours un wonko
loin de mes frères un solitaire
à jamais entre ciel et terre
Suis-je d'en haut ? Suis-je d'en bas ? Je ne sais plus
nulle part, on ne veut de moi.
Pourquoi faut-il rester dans ce château ? Au fond de moi,
je serai toujours un Wonko.
Loin de mes frères, un solitaire, à jamais
en... contre ciel et terre.
Margaret !
Que
fais-tu là ? T'es prêt à rejoindre ta famille ? C'est-à-dire ?
Pas vraiment.
Tu es libre comme.
Tu n'es pas prisonnier.
Mais si tu quittes le château, tu vas me manquer.
Non, non.
J'ai changé d'avis.
Je peux rester encore un peu.
C'est bien.
Que deviendrai-je sans mon bouffon ? Oui, je me le demande.
Et toi, qu'est-ce que tu fais dehors ? T'arrives pas à dormir ? Oh, ma vie dans
un triste état.
Ma fille qui est malade.
Les rêves qui s'enflamment et deviennent des cauchemars.
Sans parler des complots ou des jalousies.
Tu sais, mon peuple est craintif et paresseux.
Il lui faudrait une noble cause pour retrouver sa dignité.
Oui, je vois. Il y a quelque chose de pourri au royaume de Lancô.
Bien, j'ai déjà lu ça quelque part.
Au fond, c'est tout le problème du château. Pourquoi a-t-on besoin de
chambelans, de serviteurs, de courtisans, de chanceliers et puis du
roi ? C'est trop compliqué chez vous.
Ah, tu as peut-être raison.
Mais qu'est-ce que tu connais, toi, à la politique ? Ben, si la politique, c'est
faire en sorte que tout marche bien, chez les Wonkos, on s'y connaît sûrement
plus que vous.
On s'embarrasse pas à faire des choses inutiles. Tandis que vous, c'est
complètement dingue. Vous ne pouvez même pas prendre de l'eau pour éteindre un
incendie, alors que vous avez un grand lac à votre disposition.
Vous grimpez pas aux arbres, vous êtes très fiers de vos beaux vêtements, et
vous avez honte de vos oreilles.
Je crois que ton copain le tigre ferait un meilleur politicien.
Allez, viens.
Tu vas finir par attraper froid.
Peuple des lancos, écoutez tous.
Dégoutés par le misérable spectacle que les lancos leur donnent en cette période
de décadence, les dieux nous envoient du ciel cette blancheur glacée dans le but
de nous mettre en garde.
Et cependant, le roi, cet irresponsable... Homer dispute que
ce repentir s'enferme dans sa tour avec son favori. Maman au bouffon !
Doit-on encore considérer cette ivrogne, cet odieux libertin que dis
-je, cette excentrique comme votre roi ? Non, non, non, non, non,
non, non ! Alors voici la solution.
Les trois sages, à l'unanimité, ont rédigé le texte officiel de son
abdication ! Hourra ! Et vive les...
Mais... Mais qui va nous gouverner ? Nous dire quoi faire ? Ce qui est bien,
ce qui est mal ? Mais... sa fille ! Oui ! Sa fille ?
Sa fille ! La princesse Ida...
Selon la loi, en vigueur, toi t'héritais de la couronne en cas de défaillance de
son père.
Bien entendu, comme en ce moment il se trouve qu'elle est un peu souffrante et
que je suis le grand chancelier, je me vois obligé d'assumer la charge du
royaume à sa place.
Pour quelque temps, naturellement.
Qu'y a-t-il, Com ? Hé, Majesté, viens voir un peu ce qui se passe.
Regarde, c'est chouette, tu trouves pas ? Ça a dû tomber toute la nuit.
Mais c'est extraordinaire.
C'est la première fois que je vois cela.
Comment ça s'appelle ?
Ça arrive de temps en temps chez nous.
On appelle ça de la neige.
Un peu d'élanco.
Nous avons toujours rêvé de voyages et de riches conquêtes. Or, ceux qui
prétendent que je suis fou et que les dieux veulent nous punir se sont encore
trompés.
Regardez ! Le lac s'est recouvert d'un manteau de plomb.
pour que nous puissions le traverser.
Cette terre dont nous avons toujours rêvé est accessible et je vous y
conduirai ! Un pays nouveau, un nouvel empire que les plus fiers d'entre vous
se préparent à conquérir un nouveau monde !
Déjà, faute des plans, je crée des complots, j'intrigue à la cour. Je fais
en sorte que sa majesté paraisse inapte à gouverner et sa fille incapable de lui
succéder. Je patiente des années entières en attendant le bon moment. Et
enfin, qu'arrive-t-il ? Le bon moment, mon seigneur. Pour le roi, il est en
train de devenir le plus grand héros de notre histoire.
Quoi ? Même un tremblement de terre ne le ferait pas tomber de son trône.
Courage ou désespoir !
Ça
va mieux.
Attention à toi.
Pourquoi ? Je croyais que j'étais qu'un sale petit wonko sans importance qui
comprend rien et qui doit retourner dans sa jungle.
Allez, ça va. Tu sais très bien ce que je ressens pour toi.
Et si on était dans une comédie musicale, ce serait le moment d'un divo
d'amour.
Oh, ma jolie Gina.
Oh, arrête.
Qu'est-ce que c'est ? Monseigneur !
Monseigneur ! Le roi va au désastre. Il faut l'avertir, l'arrêter.
Venez voir.
Je vous assure que je ne me trompe pas. La glace sur laquelle s'est aventurée
notre malheureuse armée ne tiendra pas longtemps.
Elle va fondre. Que voulez-vous dire ? Fondre ? La glace, Monseigneur.
Toute la glace va se changer en eau, comme cela.
Le roi, l'armée.
Mais que faire ? Vous faites bien de me prévenir.
Mais il est trop tard, maintenant.
Ils se sont engagés trop loin. C'est bien triste, en vérité, Maître Flavius.
Affraîchissant.
Pour une fois, je reconnais que votre crâne a servi à quelque chose.
Monseigneur, attendez, attendez-moi ! Qu'est-ce que vous allez faire,
maintenant ? Je viens avec vous !
Non, ce moment, j'en profiterai tout seul.
Laisse-moi...
Occupe-toi de Ludovic.
Ludo ! À l'aide ! Au secours ! Surtout, ne t'appelle pas.
Ça va aller.
Fais comme moi.
Le prenez.
Il s'éloigne.
On ne peut plus rien faire.
Non, non.
Il n'y a rien à faire.
Mets-moi ça ici et va-t'en !
Pour être roi, être roi, être roi, j'ai lutté, mais enfin je suis roi.
J'ai trahi, soudoyé, j'ai menti, louvoyé, sans répit, mais ça y est, je
suis roi.
Pour le trône, pour le trône, pour le trône, il faut tout sacrifier pour le
trône. Il suffit d'être un chien, un vautourin. une armée de vipères de
frappés par derrière être roi oh ce mot c'est le plus doux qui soit c'est le
bonheur suprême et le nex plus ultra c'est la crème de la crème le top le
nirvana d'être roi tyran monstre fameux vous n'êtes
que des nains je vais faire du terrible hivant un gentil
poussin
Je serai plus cruel que le pire des assassins Je suis
roi, je suis roi, je suis
Petite curieuse ! Boulanotte ! Attrapez-la !
Arrêtez-la
! Qu'en est-il ? Vous savez quoi ? Que tout le monde me suive ! Par ici ! Par
ici ! Comment ? Non, par là ! Par là ! Ah bon, par là !
Maître Flavius, aidez-moi
! C'est Rignac qui est fou ! Oh, je sais, je sais.
Ritchie, elle est passée par là ! Elle est là ! Je l'ai vu, je l'ai vu ! Toi,
toi ! Vite ! On peut juste le sauter !
Où sont les autres ? Duna ! Alors est-ce que nous ? Je n'arrive pas à y
croire. Le roi, tous les autres sont morts.
C'est ce que j'ai compris quand j'ai vu ces rignoles danser avec la couronne sur
la tête.
Nous devons protéger la princesse avant qu'il ne soit trop tard.
Venez tous les deux.
cause de tous nos malheurs. Lui seul a survécu au désastre grâce à ses pouvoirs
maléfiques de sorcier.
Et il nous nargue.
Faut tuer le bouffon ! Ils ont enlevé la princesse. Comment ? Regarde, c'est avec
ça qu'il empoisonne. Cette soupe n'est pas celle que je lui ai donnée.
Mais c'est ça le poison, les pétales que ramassait la gouvernante l'autre soir.
Quoi ? Je sais d'où viennent ces fleurs.
Qu'est-ce que tu veux dire ? Vite, dépêche-toi, ils arrivent.
On doit pouvoir la sauver.
Attends, je me souviens.
Le monde est comme ces fleurs bleues.
Bon en haut, mauvais en bas. Ça y est, c'est ça. Je sais comment trouver le
remède. Toi et Ludo cherchez la princesse et veillez sur elle.
D'accord, mais fais vite ! Attrapez-le !
Le voilà ! Allez,
mon roi, allez ! Je le tiens !
On dirait quand même.
Ah,
c
'est toi ! C'est vraiment toi ! Je savais que t'étais vivant.
Et maman ? Est-ce qu'elle va bien, maman ? C'est bizarre.
Au début, elle disait que t'étais mort, et puis tout d'un coup, ce matin, je
sais pas ce qui s'est passé, elle avait deviné que tu étais de retour.
Hé ? Mais, qu'est-ce que c'est que ça ? Oh, on appelle ça un costume, je t
'expliquerai plus tard.
Quoi ? Tu viens pas à la maison ? Non, Margade.
Là, j'ai pas le temps, je peux pas rester, mais dis juste à maman que je
suis vivant, et que je vais bien aussi.
Mais, tu reviendras un jour, quand même.
Hé hé, ben je connais le chemin, maintenant !
princesse maintenant.
J'ai mis tout le poisson dans cette coupe.
Le peuple aura du chagrin.
Sans aucun doute, cher ami, mais le peuple adore les grandes funérailles.
Je leur annoncerai moi-même la triste nouvelle, après avoir été couronné.
Qu'est-ce qu'il a encore, cette oiseau stupide ? Pour la dernière fois,
Altesse.
Buvez, ma chère. Non !
Ça, c'est une peine gouvernante. Elle va tout boire, jusqu'à la dernière fuite.
Elle ne risque pas d'en mourir ? Sûrement pas.
Mais elle risque de dormir longtemps.
Et là, ça m'étonnerait beaucoup que le prince charmant vienne la réveiller un
jour.
Espérons que Com ait trouvé ce qu'il cherchait, et qu'il revienne à temps.
Le diable ! Garde ! Étripez-le une fois pour toutes ! Arrêtez !
Com a raison, Sérignol.
Tu es un traître.
Mais ton complot a échoué.
Grâce à Gina et à son ami Com, je proclame que je suis guérie et prête à
régner.
Maintenant que j'ai recouvré la raison, j'aimerais que la raison gouverne ce
château. J'étais privée de volonté, mais rien ne m'échappait.
Et j'ai réfléchi à ce que nous pourrions faire ensemble.
Nous devons abandonner l'idée d'un monde meilleur de l'autre côté du lac.
C'est ici, sur ce rivage, que se trouve le pays des singes, et c'est lui que
nous devons rendre meilleur, en bannissant pour toujours l'ignorance et
superstition.
Nous avions peur des Wunkos.
Pourtant, c'est à un courageux Wunko que je dois la vie.
Le passé des Wunkos est le même que celui des Lankos.
C'est seulement le temps qui nous a séparés.
Maintenant, nous devons apprendre à nous connaître les uns les autres, pour le
bien de tous les singes.
Vous avez poussé le cri du serment ?
Et je vous le répète, ce qui est en haut est bon, et tout ce qui est en bas est
mauvais.
Silence, petits insolents ! Qu'est-ce qui vous prend ? Soyez-vous ! La leçon n
'est pas finie ! Revenez immédiatement ! Vous serez tous punis ! Revenez ici tout
de suite !
Regarde
! Comme est revenu ! Comme ! Il est là !
Il a réussi.
Assimilez ! Assimilez pour être civilisés ! Assimilez !
Assignez-les pour être civilisés. Invite de la patience, tu apprendras les
sciences, le calcul mathématique et la géographie, la philo, la philosophie, l
'étiquette aératique, et les derniers rebondissements de la mécanique
quantique, la logique, le nomastique, la psychologie génétique, la géontologie
clinique, la chirurgie plastique, la kéonimismatique, la macromammologie, et
les derniers développements de la gastronomie.
Assignez-les.
Assimilé pour être civilisé.
Assimilé.
Assimilé pour être civilisé. Mais y apprendrai-je aussi où je vais et d'où
je suis ? Je veux savoir dans la vie d'où je viens et qui je suis.
Bien entendu, mon enfant, oui, tout se trouve là-dedans. La vie privée, les
musiques, les lieux, à quoi dire ? La pudeur, la modestie, les lois de
costumométrie et ne jamais rien dévoiler de son anatomie.
Assimilé, assimilé pour la civiliser.
et à te conduire en société, à te boucher comme une princesse et à marcher
comme une agence, à danser dans les salons au rythme lent des violons. Si tu
es obéisseur, tu deviendras savant.
L'épitaxie atomique, le boy des immunoptères, les aberrations de l'air à
cause de l'effet Doppler, et la pathophysie, la paranoïacrité. Sans
compter ce que l'on sait de la woundcologie, la microdéologie, la
sémiophilologie, la légumologie et la simiologie, la phytodiététique, la
cuisine acrobiotique, et les dernières inventions de la jonglologie.
Assimilé ! Assimilé pour la civilité ! Assimilé !
Assimilé pour être civilisé. Oui, mais notre anatomie ne vaut pas l'astronomie.
Le soleil quand il se noie dans la mer avec le jour, ce n'est pas lui qui s'en
va, mais c'est toi qui tournes autour. Apprends le latin, le grec, dans cette
bibliothèque. Il y a tout ce qu'il faut pour devenir un lanko.
Lanko. Lanko.
Assimilé.
Assimilé pour être civilisé.
Assimilé.
Assez, il est pour la télé.
Assez, il est pour la télé.
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