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Original subtitles

C'est parti !

Merci à tous.

Pardon ? Oui ? Alors, tu as choisi ? Oui, je veux bien une chocolat

chantilly. Et un peu de jojo avec ? Non, ça ira.

Oui, j'arrive.

Vous avez terminé ? Oui, oui.

Vous désirez un café ? L'addition ?

Bonjour. Bonjour.

On se connaît ? Vous me reconnaissez pas ? On s'est vu à Rennes ? Mais non, ici,

hier soir.

Ah, c'est vous qui serviez ? Je reconnaissais pas avec les cheveux

mouillés. Je sais, ça me change, mais je m'en rends pas compte.

Bon ben moi j'y vais.

Elle était bonne ? L'eau ? Un peu froide.

J'aime bien.

C'est limite.

C'est la première fois que vous venez par ici ? À Dinard, oui, mais la

Bretagne, je connais, je suis de Rennes.

Et moi de Saint-Brieuc.

Vous attendez quelqu'un ? Maintenant, non. Pas précisément, non.

Asseyez-vous.

Mes affaires sont là-bas.

Allez les chercher.

Tu

es

seul ici ? Oui, pour l'instant, oui.

En vacances ? Bah oui.

Je veux dire, pas pour le boulot.

Moi, je travaille, comme tu sais.

Non, non, moi, je suis un vulgaire vacancier.

Mais je vais travailler à partir du 15 août.

Où ça ? Ici ? Non.

À Nantes, dans un bureau d'études.

Je viens de passer ma maîtrise de maths.

Moi, mon DEA d'ethnologie.

D'ethnologie ? Oui.

Ça a l'air de t'étonner.

Tu me prenais pour une boniche.

Non, pas spécialement.

En été, il y a plein d'étudiants qui font des petits boulots.

Et toi, tu en as fait ? Non, moi j'ai la chance de faire des maths et c'est assez

facile de trouver des cours particuliers ou des intérims dans des entreprises.

Tu veux être ingénieur ? Non, non.

Informaticien ? Non, je préfère enseigner.

Je viendrai peut-être moins, mais au moins j'aurai du temps libre.

Ah, ben c'est sympa.

Peut-être, j'ai pas du tout envie d'organiser ma vie en fonction de l

'argent.

Et moi, si je l'avais, j'aurais raté la mienne.

Tu veux faire quoi exactement ? Ton doctorat, ça te donnera quoi ? Rien du

tout.

Même pas forcément le droit de faire de la recherche.

Enfin, j'ai ma petite idée, mais c'est trop tôt pour en parler.

Après mon bac, j'avais envie de me dépayser.

Je suis allée au Vietnam, en Malaisie.

Et je suis tombée amoureuse d'un garçon qui avait une situation en France.

On a même failli se marier.

J'avais plus envie de partir du tout.

C'est alors que je me suis aperçue qu'il y avait mille fois plus de choses à dire

sur la Bretagne que sur l'Indonésie.

Et que j'ai décidé de faire ma thèse sur les gens d'ici.

En particulier sur les descendants des anciens ternevats.

On a beaucoup écrit sur la Bretagne bretonnante, mais moins sur les galops.

J'ai été tellement prise par mon sujet que quand je me suis séparée de mon mec,

l'idée n'est même pas venue de repartir.

Et le plus fort, c'est que j'ai ensuite connu un garçon qui est actuellement aux

antipodes. Au sens propre du terme, il est coopérant en Polynésie.

En me débrouillant, j'aurais pu le suivre.

Mais non, j'attends fidèlement qu'il revienne comme une femme de marin.

J'ai la chance de gagner un peu d'argent en travaillant au resto avec ma tante.

Donc je suis assez libre.

Demain, je vais voir un ancien marin qui a été à Terre-Neuve et qui habite près

des bords de Reims.

Si tu veux venir.

Tu as une voiture ? Non.

Moi, j'en ai une.

C'est à 20 kilomètres. C'est pas loin ? D'accord.

Le folklore ne m'intéresse pas en lui-même.

Je suis plus doué, enfin, je crois, pour composer que pour jouer.

Mais on n'invente jamais rien tout à fait.

Le rock américain a pusé dans le blues et la country, qui est elle-même

inspirée par de vieilles balades irlandaises.

En Bretagne aussi, il y a une tradition très riche, tu connais ? Très mal.

J'aime pas tellement.

Le bignou, c'est toujours la même chose, ça me casse les oreilles.

Non, c'est pas vrai, il y a des choses très belles.

Les airs des bardes, par exemple.

Ah, ça, je connais pas.

Et les chansons de marins qu'on passait au restaurant.

Tu as remarqué ? Oui, je remarque toujours la musique.

C'est toi qui les avais choisis ? Oui, j'avais acheté la cassette en relation

avec mon travail d'ethno.

Et toi, ça t'inspire ? Disons qu'aujourd'hui, il y a un courant de

rock celtique.

et un autre de rock marin, et j'irai plutôt dans cette voie-là.

J'ai envie d'écrire une chanson dans le genre de Valparaiso.

Tu connais ? Ouais !

Il y a beaucoup de gens qui chantaient à bord, mais c'était

plutôt de chant de distraction, si vous voulez. Ce n'était pas des chants de

travail.

Contrairement aux navires de commerce, les navires qui faisaient le long cours,

les voiliers qui faisaient le long cours autrefois, Là, vous aviez des champs qui

rythmaient le travail, soit de remonter l'encre, hisser des voiles. Nous, on

disait « virer les voiles », on ne hisse que le pavillon.

Et donc, c'était, si vous voulez, c'était perdu, nous.

Les champs de manœuvre n'existaient plus.

Par contre, pour curer les reins, que je vous explique, c'était creuser des

tranchées dans le sel, dans la cale, pour saler la morue.

Quand elle avait été tranchée, nettoyée et ainsi de suite, elle était descendue

dans la cale, affalée dans la cale.

Et là, elle était salée une à une et à plat.

Donc pour lui donner la place à la morue, il fallait creuser un rein.

Et alors là, il y avait des chants qui rythmaient d'abord le mouvement des

pelles et qui comptaient en même temps les pelles. Chaque couplet valait tant

de pelletées de sel.

Alors on m'a dit que vous chantiez très bien. Est-ce que vous pourriez nous

chanter quelque chose ?

Il y avait le chant qui était le plus fréquent.

C'était un chant ironique, si vous voulez. C'était une moquerie, si on

veut, d'un capitaine qui était boiteux.

Et on avait toujours tendance à donner des surnoms, à se moquer des gens qui

avaient des petites anomalies.

Et on l'appelait Alta Patte. Alta Patte parce qu'il tirait la patte. Et tirer, c

'est aller, en termes marins.

Alors c'était Alta Pat, si tu continues, des marins tu n'en auras guère. Alta

Pat, si tu continues, des marins tu n'en auras plus.

Connais-tu Alta Pat, grand pêcheur du banc roux ? Le banc roux, c'est un des

bancs qui est en dessous du Canada, entre Saint-Pierre-et-Miquelon et le

Canada.

Alors j'étais rendu à... Connais-tu Alta Pat, grand pêcheur du banc roux ?

qui du matin au soir engueule ses matelots Alta Pat si tu continues des

marins tu n'en auras guère Alta Pat si tu continues des marins tu n'en auras

plus

Ce soir, je t'invite.

Je pourrais pas le faire tous les soirs, maintenant on ne serait pas d'accord,

mais de temps en temps.

Non, t'en fais pas pour moi, t'es gentil, mais j'habite chez des gens qui

sont pas là et je peux très bien faire la cuisine.

Bon, c'est triste d'être seul le soir.

Bientôt je serai plus seul, j'ai des amis qui doivent arriver demain ou après

-demain.

Raison de plus pour venir aujourd'hui.

Non, j'ai envie de faire de la musique.

Et puis j'attends un coup de téléphone.

Bon, demain après-midi alors, si tu es libre.

Si je le suis pas, je t'appelle.

Au revoir.

Ah maman, ça va ? Oui, non mais j'étais parti

faire une promenade sur les bords de la Rance avec des amis.

Oui.

Oui.

Et il n'y a pas eu de courrier pour moi ? Bon.

T'inquiètes ? Celle que tu as regardée là-bas ? Non, mais je ne regardais pas

les filles.

Tu devrais, parce que tu es seul.

Je vais peut-être regarder celle-là, mais ce n'est pas pour la raison que tu

crois.

Tu sais, en fait, je suis venu ici pour rencontrer quelqu'un.

Oui, tu m'as dit.

Oui, mais je t'ai dit des amis, en fait.

C'est une fille.

Je ne peux rien te cacher.

Ta petite copine ?

Si tu veux, mais pas exactement.

Et elle doit arriver quand ? Vers le 20.

Nous y sommes ? En principe, oui.

Elle vient te rejoindre, si je comprends bien.

Non, c'est plutôt moi qui... En fait, c'est plus compliqué que ça.

Il faudrait que je te raconte ma vie.

Viens raconter.

C'est pas très intéressant.

Mais si.

Bon, si tu veux, mais je simplifie.

On s'est rencontrés il y a quelques mois.

C'est une fille très intelligente, une sorte de surdouée.

Elle voulait préparer l'ENA, mais maintenant, elle n'a plus envie.

Elle n'aime pas ce milieu.

On a beaucoup d'affinités.

Parce que tu es musicien ? Oui, entre autres.

Mais elle n'est pas amoureuse de moi.

Je sens qu'elle me prend au...

qu'elle ne me prend pas tout à fait au sérieux.

Que moi pour le moment.

On a fait le projet de passer les vacances ensemble et puis elle est

partie avec sa sœur pour l'Espagne.

Mais en rentrant, elle doit passer voir ses cousins qui ont une villa pas loin d

'ici, du côté de Saint-Lunaire.

Elle m'a dit qu'elle s'y ennuyait plus tôt et m'a proposé de passer la voir.

Comme c'est charmant.

Et même de l'emmener.

En promenade à la pointe de la Bretagne.

Jusqu'à Wesson.

Je connais pas, et elle non plus.

Eh bien, moi non plus.

Faudrait que j'y aille un de ces jours.

Si jamais elle veut pas y aller, pense à moi.

Sûr ? Oui, oui, oui.

On sait peut-être quand elle rentre.

Tu es allé voir chez ses cousins ? Je vais te paraître complètement idiot,

mais je sais même pas où ils habitent.

Du côté de Saint-Lunaire, c'est tout ce qu'elle m'a dit.

J'ai ni leur nom, ni leur numéro de téléphone.

Elle ne l'avait pas sur elle quand on s'est quittés.

Elle devait m'envoyer ses coordonnées, mais elle n'a pas écrit du tout.

Et tu es venue quand même.

Tu me prends pour un fou total.

Non, au contraire.

Je trouve ça très beau.

Et le plus grave, c'est que je ne suis même pas tellement amoureux d'elle.

Hein ? Enfin, pas amoureux fou.

Mais si elle a pas écrit, ça veut rien dire.

La reine, on se donnait jamais de rendez-vous, on se rencontrait toujours

par hasard.

C'est une habitude qu'on a prise.

L'habitude du hasard.

Jolie comme formule.

Au moins, il faut que j'y aille.

Tu viens dîner ? Non, pas ce soir, j'ai envie de faire de la musique.

Ah, et tu attends un coup de téléphone.

Bon, eh ben, demain, alors, si tu es libre.

C'est samedi, mais je te trouverai de la place.

Tu viens avec nous ? Non, je vais me coucher.

Allez, viens, c'est samedi.

Non, non.

On va à la chaumière.

C'est quoi ? C'est une boîte à séminaire.

D'accord.

Sous-titrage ST'

501

Sous-titrage

MFP.

Je me demande comment tu fais pour te sentir à l'aise avec tous ces mecs.

Je me sens bien avec tout le monde.

Des formations professionnelles.

Comme hôtelière ? Mais non, idiot.

Comme ethnologue.

Je suis curieuse des gens.

Il n'y a personne qui soit tout à fait sans intérêt.

Si tu prends les gens en particulier, je suis d'accord, mais pas en groupe.

J'ai toujours eu horreur des groupes.

D'abord, je n'ai pas envie de m'y intégrer.

Ensuite, même si je voulais, je n'y arriverais pas.

Tu as beaucoup d'amis ? Oui, quelques-uns, mais des vrais et on se

voit séparément.

Des garçons ? Ouais.

Actuellement, comme fille, je vois Cléna.

Tu n'as pas d'amis-fille ? Si, maintenant, toi.

C'est la première fois ? Ouais, pratiquement.

Tu n'as pas l'air de croire beaucoup à l'amitié entre garçons et filles. Si,

pourquoi pas, mais en général, ce que je cherche, c'est plutôt une amoureuse, pas

une amie.

Et à défaut d'amoureuse.

Non, justement, quand je n'ai pas d'amoureuse, je supporte moins les amis.

En somme, tu me supportes uniquement à cause de ta... Comment tu dis ? Léna ?

Oui, Léna.

Je suis curieuse de voir comme elle est.

Tu n'as pas sa photo ? Si, mais dans mon sac. Je te la montrerai tout à l'heure.

Regarde, par là, on voit la crêperie.

Tu l'as vu ? Et le grand B.

Saint-Malo, qui est caché derrière.

Et là, tu as Saint-Servant avec la tour Solidor.

Ah, Solidor.

C'est drôle, mes parents avaient un disque de Suzy Solidor.

Ah oui. Qui chantait des chansons de marins.

Elle a dû prendre le pseudonyme à cause de la tour.

Ah bah oui, sûrement.

C'est drôle.

Au fait, c'est ta photo.

Ah oui.

Ah, mais je la connais.

Elle venait avec une bande jouer au volet.

C'est curieux, je vous vois pas tellement ensemble.

Tu me vois avec qui ? Avec personne ? Non, au contraire.

Je te verrais même assis avec la fille de l'autre soir.

Quelle fille ? Tu sais bien.

Ah, tu veux dire la brune avec la robe beige ? T'es folle.

Quoi ? Elle est très bien, qu'est-ce qu'il te faut ? Peut-être, mais c'est

pas du tout mon genre.

En tout cas, je suis sûre que tu es le sien.

Elle t'a regardé.

Mène, tu me mènes en bateau.

C'est pas du tout le genre de fille auquel je plais.

T'as vu les mecs avec qui elle était ? J'ai surtout vu qu'elle les a envoyés

balader.

Qu'est-ce qu'il y a ? C'est beau d'être amoureux.

que ça va faire une semaine de retard.

Je t'ai dit, c'est pas quelqu'un qui a tellement le sens de l'heure, ni de la

date. Et qui ait l'idée d'acheter une carte postale.

Je sais, ce genre de gens, ça existe.

Tu te fous de moi, hein ? Mais tu sais, d'une part, je m'y attendais à moitié,

et d'autre part, je me trouve très bien ici.

Je t'ai rencontré, comme ça, j'ai pas l'impression de perdre mon temps.

Merci.

Et si tu ne m'avais pas rencontré ? Ça, j'en sais rien.

De toute façon, j'aime pas les six.

Elle est allée où, exactement ?

Faire un tour en Espagne, pas à un endroit précis.

En bagnole ? Ouais.

Avec sa sœur, tu dis ? Oui, elle est le copain de sa sœur.

C'est tout ? Dans une voiture.

Dans une voiture, il y a au moins quatre places.

Écoute, je sais, j'y ai pensé. Ça m'étonnerait qu'elle ait emmené un autre

mec.

Puis de toute façon, toutes les suppositions, je les ai faites. Même les

pires. Alors pourquoi en parler ? Tu es très philosophe. Ouais.

Et pas follement amoureux.

Tu vois, je te l'avais dit.

Si elle m'aime pas, tant pis.

Je crois pas que je puisse aimer une fille qui n'est pas amoureuse de moi.

Et comme il n'y en a aucune qui m'aime, eh bien je n'aime personne.

Tu veux que je te dise ce que je crois ? Je ne crois pas qu'elle t'aime, je ne

crois pas que tu l'aimes non plus et je me demande même si elle existe.

T'as vu sa photo ? Une photo, ça ne prouve rien.

Elle existe peut-être, mais vous vous connaissez à peine et ce n'est pas

uniquement pour elle que tu es venu.

Car tu penses que dans ce cas, je serai le dernier des idiots.

Eh bien, je le suis.

Maintenant, je ne sais pas si tu me comprends bien.

D'une façon générale, dans la vie, je ne cherche pas à conquérir à tout prix, à

provoquer le hasard.

Par contre, j'aime que ce soit le hasard qui me provoque.

Tu comprends ? Par exemple ? Par exemple, le jour même où elle m'a dit qu

'elle serait vers le vin à dinar.

J'ai rencontré par hasard, si je puis dire, un ami qui est d'ici et qui m'a

offert sa chambre pour les vacances.

Ce genre de situation, ça m'excite.

Ça peut susciter l'événement comme ça peut ne rien susciter.

Tu trouves ça fou ? Pas du tout.

Au fond, moi aussi j'ai ce genre de comportement.

Si je me suis intéressée à la Bretagne, c'est que des occasions se sont

présentées au moment voulu.

Et pour mes amours...

Les circonstances ont été plutôt contre moi, mais finalement, ça ne s'est pas si

mal arrangé.

Ça m'a permis de comprendre que je tenais à mon indépendance.

Mon dernier copain est archéologue.

Je ne me vois pas l'accompagner dans ses prospections, ni lui dans les miennes.

Mais vous risquez d'être toujours séparés ? Pas toujours.

Un peu.

C'est pas si mal.

Oui, tu l'aimes ? Bien sûr.

Mais je ne le connais pas encore assez.

Je n'ai pas envie de m'engager trop.

De toute façon, quand il sera de retour, on restera un bon bout de temps en

France. Alors on verra.

Mais tes problèmes ne sont pas les miens.

A ta place, au lieu de poireauter, je chercherais tout simplement une fille

pour l'été.

D'une part, ça ne m'intéresse pas. Et d'autre part, même si je voulais, je ne

trouverais pas.

Pourquoi ? C'est mon destin.

Je ne réussis jamais les choses auxquelles je ne crois pas profondément.

Et tu crois profondément à Léna ? C'est la question que je me pose.

Tu réfléchis trop.

Tu vois, il y a plein de jolies filles par ici.

Peut-être, mais je les connais pas.

Et c'est pas mon genre d'aborder des inconnus.

Mais la fille de l'autre soir, tu la connais ? Tu lui diras bonjour si tu la

rencontres ? Oui, si elle me regarde.

Et après ?

Ah, tu ne tentes rien à rien ? Je crois pas tellement à ça.

Du moins, en ce qui me concerne.

Si la fille ne m'est pas a priori favorable, plus j'en fais, moins ça

marche. Avec moi, c'est le contraire.

Le premier garçon avec qui je t'aime plaisait pas tellement au début.

Si on s'était pas donné un peu de mal, ça n'aurait pas marché.

Mais ça a pas tenu.

Ça a tenu 3 ans.

Avec l'autre, c'est moi qui me suis donné un peu de mal.

C'est mieux.

J'aime prendre l'initiative.

Moi aussi.

Qu'est-ce que tu racontes ? Tu viens de dire le contraire. Non, j'aime prendre l

'initiative. Je me donne du mal.

Quand je sens qu'il y a une possibilité, même infime.

Ce qui n'empêche pas que je rêve d'être comme tous ces mecs qui ne se donnent

aucun mal et qui tombent toutes les filles.

Crois-moi, ils se donnent du mal.

Même s'ils n'en ont pas l'air.

Et puis il y a une espèce de mal que je ne veux absolument pas me donner.

Quoi ? M'intégrer à un groupe.

Mais tu sais, Solène est une fille très indépendante.

Solène, ah oui, la fille de l'autre soir, tu la connais ? Oui, un peu.

Elle est de Saint-Brieuc comme moi.

On ne l'a pas revue sur la plage.

Bien sûr.

Elle fait de l'intérim dans une banque là-bas.

Elle ne vient que le samedi.

Elle avait un petit copain ici, mais je crois qu'elle a plus ou moins rompu.

Et alors, elle cherche un mec pour l'été ? J'imagine.

Ça m'étonnerait qu'elle ne l'ait pas déjà trouvée.

C'est que c'est une fille difficile.

Mais ça n'est pas une raison pour toi.

Non, bien sûr, à tout prendre, j'ai toujours eu plus de chance avec les

filles difficiles.

Léna ? Ouais, par exemple.

Enfin, si on veut.

À quoi tu penses ? À rien.

Remarque-ci, je peux bien te le dire.

Comme tu l'as deviné, Léna n'a qu'un prétexte.

Je cherche simplement une fille pour l'été.

Je suis prêt à prendre la première venue, mais comme il n'y en a aucune qui

vient, je me console en rêvant la plus belle.

Ne sois pas cynique, ça ne te va pas.

Mais je plaisante.

On ne fond pas tant que ça.

Ça veut dire quoi ? Ça dit très bien ce que ça veut dire.

Tu vois, mon seul problème, surtout quand je suis en face d'un groupe, c'est

pas tellement de communiquer, comme on dit, mais d'être.

Être ou n'être pas ? Oui, c'est la question. C'est peut-être pédant de dire

ça, mais c'est vrai.

C'est vrai de tout le monde.

Un seul en face d'un groupe ne fait pas le poids.

Non, je connais des gens qui s'intègrent très bien, qui en existent davantage.

Moi, j'ai l'impression que le monde existe autour de moi, mais pas moi.

Je n'existe pas.

Je suis transparent, invisible.

Je vois les autres, mais ils ne me voient pas.

Tu as de la chance.

J'aimerais bien parfois.

Je ne suis pas comme toi.

Je ne suis pas curieux de n'importe qui.

Je n'ai pas envie d'observer.

Je ne suis même pas observateur, je ne suis rien.

Mais non.

Tu vois, même si je suis avec le type le plus moche, le plus insignifiant, c'est

lui que les filles remarquent.

Pas moi.

Et c'est pas parce que j'en fais pas assez, parce que plus j'en fais, moins

ça marche.

Tu as fini de te débiner.

Si c'est pas de l'orgueil, ça.

Non mais comprends-moi, c'est pas qu'on me trouve affreux ou débile.

C'est plutôt qu'on n'arrive pas à me classer dans une catégorie.

Par exemple, je fais jeune.

On aimerait me trouver tout doux, tout mignon, mais on s'aperçoit que je ne le

suis pas.

Alors on dit comme toi que je suis cynique.

Mais non.

Mais si.

Et pourtant, au fond, tu es la seule fille à qui je ne sois pas antipathique.

Parce que même Léna... Oh, assez.

Si tu continues, tu vas finir par le devenir.

Tu dis que tu fais jeune.

C'est vrai ?

Alors prends patience, ton jour viendra.

Vraiment, tu crois ? Bien sûr.

Il y a des gens qui perdent en vieillissant.

Toi, tu es des gens qui gagnent.

Qu'est-ce qui te fait dire ça ? Mon intuition.

Féminine ou pas ? Remarque, on me l'a déjà dit, pas une fille, un graphologue,

qui avait l'air assez sérieux.

Il m'a dit que je me révélerais vers 30 ans.

Dans tous les domaines, affectifs, physiques, intellectuels.

Ça m'a impressionné.

Je le crois moi aussi.

Je trouverai une fille qui t'aime et que tu aimes, mais pas tout de suite.

C'est peut-être pour ça qu'on n'a pas envie de s'attacher à toi.

On a envie d'attendre.

Avec moi, on se précipitait et moi aussi je me précipitais.

À 18 ans, je rêvais d'être une femme tout de suite, d'avoir un enfant.

Ensuite, j'ai appris la patience.

Et puis, depuis quelques mois, je me sens de nouveau pressée.

Parce que tu es impatiente que ton copain revienne.

Mais surtout de savoir si je l'aime.

Je suis sûre que tu trouveras une fille très bien.

Beaucoup mieux que ta Léna.

Je ne la connais pas, mais à la façon dont tu m'en parles... En attendant, je

ne vais pas vivre une existence d'ectoplasme.

Tu veux dire de Chrysalide ? Non, c'est pas mieux.

Eh bien, réalise-toi à moitié si tu ne le peux pas pleinement.

Peut-être que tu arriveras aux trois quarts d'existence avec un petit effort.

Je t'adore parce que tu aimes me mettre en boîte sur les points où j'aime m'y

mettre aussi.

Est-ce qu'il y en a sur lesquels tu n'aimes pas qu'on t'y met ? Oui, des

tas.

Quoi, par exemple ? Je ne le dis pas.

Même à toi.

Je le dis pas même à moi, c'est inavouable.

Et Léna ? Elle te taquine sur tes points faibles ? Elle, oui, hélas.

Elle se rend compte que ça te vexe ? Non, heureusement.

Elle le fait en toute innocence.

J'espère qu'elle ne soit pas fine, mais elle a pas le même humour que toi.

Alors des fois, pour brouiller les pistes, je fais semblant d'être vexé par

des choses sans importance.

Et elle marche ? Oui.

tu es un beau petit malin toi

comme

ça

tu ne pourras pas dire que tu as entièrement perdu ton temps avec moi

C'était purement symbolique, mais ça le restera.

C'est bien comme ça que je le prenais.

Bon, ben alors, tout est clair.

Qu'est-ce que tu siffles ? C'est toi ? Non, mais... Enfin oui, mais

disons que c'est pas encore au point.

Sous-titres par Jérémy

Diaz

Bonjour. Tu n'aurais pas vu Ronan par hasard ? Qui ? Ronan, un des mecs qui

était avec nous en boîte l'autre soir.

Un grand brin qui fait du canot et kayak.

Non, de toute façon j'ai vu aucun de tes copains, ils descendent jamais aussitôt.

Je sais bien.

En fait je le cherche pas, je le fuis plutôt.

Alors dans ce cas... Disons que j'ai pas très envie d'aller avec eux aujourd'hui.

Et toi ? Qu'est-ce que tu fais ? Je vais me baigner.

Tout seul ? Bah oui.

T'attends personne ? Peut-être Margot, mais je pense pas qu'elle vienne. Le

samedi, elle est très occupée.

Tu sais qu'on se connaît, elle et moi.

On est toutes les deux de Saint-Brieuc.

C'est ta copine ? Non, non, non. Non, non, je l'ai rencontrée la semaine

dernière au restaurant.

Là, n'empêche pas l'autre.

Dans ce cas-ci, on se voit parfois sur la plage, c'est tout.

Mais t'es tout seul ici ? T'achètes tes parents ? Non.

Non, même pas. Ça t'étonne ?

Non, une occasion, un ami m'a passé sa chambre et j'en profite.

Mais c'est la première fois que je viens ici et je connais personne.

Sauf Margot.

Je n'ai pas tellement envie d'aller me baigner ce matin.

Si on allait à Saint-Malo, j'ai une voiture, je t'emmène.

Qu'est-ce qu'on y fera ? On pourra toujours se baigner.

La mer sera plus haute.

J'ai un oncle là-bas qui a un bateau.

On pourrait se faire un tour en mer cet après-midi.

Ça me gêne, je ne le connais pas.

Tu ne gêneras pas du tout.

Lui et ma tante sont des gens très ouverts.

Tu leur amènes toujours plein de copains.

Elles tiennent ?

C

'est

ton nom qui joue ? Non, Maïwenn, sa femme.

Touche pas trop.

T'inquiète pas, je m'y connais.

Je connais ? Non, je vois pas.

Je suis une fille de corset, mon marin appelle la

filustière. Ah, mais c'est une chanson de marin.

Tu la connais pas ? Non, celle-là je vois pas.

C'est joli.

Continue si tu sais la suite.

Je la sais pour la bonne raison que c'est moi qui l'ai composée.

Non. Si, si.

Tiens, tu sais lire la musique ? Ouais, je me débrouille.

Ça fait partie d'une chorale.

Voilà, c'est ça.

Voilà, c'est ça.

Et puis tu continues, voilà, c'est ça.

Quatre fois ? Non, trois fois.

Et tu laisses... Voilà, c'est ça.

Ça repart le rythme.

Ça continue,

ça monte encore.

Ah oui, ça, c'est méga, ça.

Tu arrives à lire tous les

paroles et tout ça ?

On essaye ? Ouais, on essaye.

C'est vraiment de toi ? Oui, oui, oui.

T'as une très jolie voix.

J'aime bien écrire des chansons, ça me change des maths.

En général, c'est plutôt le genre blues.

Mais l'autre jour, en entendant un vieux marin, ça m'a donné une idée.

Pour les paroles, c'est plus difficile. À Rennes, je travaille avec un ami qui

est poète.

Si tu la trouves pas trop ringarde, je te la donne, parce que la fille pour qui

je l'avais écrite, je pense pas que ça lui plaise.

Fargo ? Non, une autre.

C'est ta copine ? Si l'on peut dire, oui.

Si l'on peut dire ? Alors laisse-la tomber.

C'est bien ce que je vais faire si... Si quoi ? Si elle rentre pas, elle est

partie et elle m'a même pas écrit.

Elle est où ? En Espagne.

Avec un mec ?

Non, quand même, elle est avec sa sœur.

Et elle rentre quand ? Elle devrait être ici depuis huit jours.

Oh, alors raison de plus pour la laisser tomber.

C'est ce que je fais, pratiquement.

Et toi, t'as un mec ? J'en ai deux.

J'ai laissé tomber le premier la semaine dernière et l'autre aujourd'hui.

Est-ce que Gaspard peut venir avec nous sur le bateau cet après-midi ? Oui, avec

plaisir, oui.

Alain. Bonjour.

Maïwenn.

Vite, vite, mon joli bateau, il ne sera jamais trop tôt pour voguer vers San

Francisco en passant par Valparaiso et gagner les Allées Oussiennes en

traversant les Mers Indiennes. Il faut que j'aille au bout du monde

pour savoir si la terre...

C'est de jamais ma place, je vais toujours en droite ligne,

blanche légère comme un cygne, un cygne, un cygne.

Vite, vite, mon joli bateau, il ne sera jamais trop tôt, pour voter vers San

Francisco, en passant par les Paraiso, et gagner les allées où je vienne, en

traversant les mers indiennes.

Que j'aille au bout du monde Pour savoir si la terre est

ronde

et à notre petite nièce et à notre accordéoniste qui nous est de retour.

Ça fait bien plaisir.

À l'accordéon. Pas mal, un petit tour au maire.

Mais alors, à propos de musique, comment est-ce qu'on vient à écrire une chanson

pareille ? Aujourd'hui, avec du rock et tout, c'est incroyable.

Non, mais en fait, je ne fais pas du tout ça en général.

Ça n'a rien à voir. Moi, je suis plutôt genre blues.

Là, j'ai une guitare classique, mais d'habitude, je joue plutôt sur autre

chose. Je m'en suis aperçu.

Que tu me mettes 3 bémol à la clé, d'accord, parce que je peux jouer en

mineur, c'est bien.

Mais que tu me colles des bécards partout dedans avec des touches qui

existent pas dans mon accordéon, je suis pas d'accord. Mais c'est un accordéon.

Toi, cette fois, tu joues typiquement... Typiquement diatonique.

Alors, il manquait des notes, effectivement.

C'est pour ça qu'on a fait la-la-la quand il fallait faire la-la-la. Mais c

'était mieux parce que ça donnait un autre côté.

Ah oui, tout à fait, ça allait bien avec la couleur locale.

Il m'a fait une fille de corsaire, flibustière.

C'est curieux comme idée, quand même, non ? Enfin, j'insiste, mais vraiment.

Ouais, non, mais c'est vrai qu'en fait, quand j'écris d'autres musiques, j'ai

pas la même ambition, quoi. C'est vrai que là, je voulais écrire une chanson

qui soit une chanson de marin, mais qui soit pas une reversion d'un ancien

thème, par exemple.

J'ai pas essayé de reprendre un vieux thème de chanson pour le moderniser. J

'ai plutôt essayé de me mettre, moi, dans la peau d'un marin qui écrirait une

chanson... Mais c'est pas une chanson de marin, cette chanson.

Mais non, c'est pas une chanson de marin, c'est une chanson d'amour.

Il l'a écrite pour une fille, en fait.

Bien sûr, pour toi. Il l'a écrite pour toi ? Non, même pas, non, pour une

autre.

Mais c'est pas grave, il me l'a donnée quand même. C'est gentil.

En fait, euh... Enfin, je l'ai écrite... Non, mais c'est vrai, c'est vrai, on

cherche pas.

On te justifie pas, hein.

Non, mais je l'avais écrite pour une fille, c'est sûr.

Ouais, mais c'est pas la peine d'en parler non plus, pendant tout le repas.

Ouais.

Bon bah on va se coucher nous.

Bonsoir, vous serez vous débrouiller, tu connais la maison cela.

Pas de problème.

Bonne nuit. Bonne nuit.

Écoute, c'est pas à cause de mon oncle, il s'en fout.

J'ai un principe.

Contrairement à ce que tu crois, peut-être je suis une fille à principe.

Et je ne couche jamais avec un garçon la première fois que je le rencontre.

Je suis comme toi, je m'attends.

Bon.

Tu prends le canapé-lit ? Je monte.

Bonne nuit.

Bonne nuit.

Argon ? Bonjour.

Tes copains te cherchaient hier.

Oui, je sais.

J'étais à Saint-Malo.

On est allés faire un tour en bateau avec mon oncle.

Si tu veux, viens en séjour.

Non, c'est gentil, mais avec le resto, j'ai pas trop de temps.

Bon, il faut que j'y aille.

Amusez-vous bien.

Ciao.

Ouah ! C'est super chez toi, Anne ! Tu rigoles, c'est pas chez moi.

C'est chez une amie. Tu vas voir, je dors dans la cuisine.

De toute façon, il faut que je parte.

Je t'ai dit... Jamais la première fois.

Tout à fait d'accord.

Tu me fais rire, Gaspard.

Je t'adore.

Tu sais...

Et à partir du 5 août, je suis en vacances.

Tu viendras ici ? Certainement pas.

Et toi ? Je prends un boulot le 15 à Nantes.

En principe, je devrais rester ici jusque-là, mais c'est pas sûr.

Tu iras où ? Je sais pas.

J'ai envie de me balader un peu.

Loin ? Pas forcément.

Je connais très peu la Bretagne.

Et pourtant, j'y suis née.

Je parie que t'es jamais allée à Wesson.

Non. J'aimerais bien.

On y va ? Euh... Je t'emmène.

J'ai des copains à Brest qui pourront nous loger. Même si t'es fauché.

Non mais c'est pas une question d'argent.

Alors ? Non, laisse-moi réfléchir.

Réfléchir à quoi ? T'as peur de ta copine ? Elle est pas là.

Oui mais elle peut rentrer.

Dans ce cas, à toi de choisir.

Et tout de suite.

Tu veux pas être la remplaçante.

C'est oui ou non, maintenant.

Alors ? Attends.

Non.

Un, deux, trois... Bon, disons oui.

Pas disons oui.

Oui, tout court.

Oui, tout court.

Oui ? Oui, oui, je dis oui.

C'est bien d'accord.

Mais oui, oui, oui.

Parce que si tu te défiles, inutile qu'on se revoie.

Là-dessus, je suis intransigeante.

C'est encore un de tes principes.

Et pour celui-là, pas d'exception non plus.

mon coquin.

T'avais raison, elle est très sympa.

Sympa, seulement ? Bah, entre autres choses.

Alors, te voilà rassurée.

Rassurée sur quoi ? Sur l'existence des filles sympas.

Sur ta propre existence, comme tu disais.

Oui, pour s'en tenir à ce point de vue.

Ça te laisse tout rêveur.

Bon, qu'est-ce qu'on fait ? Je ne veux pas en parler.

Je comprends.

Mais tu veux bien qu'on continue à se voir quand même ? T'es folle.

De toute façon, elle est pas là de la semaine.

Bah c'est ça, alors je suis la remplaçante.

Et même la remplaçante de la remplaçante.

C'est bien organisé, toi.

Bon, on y va ? Tu vois, j'ai pas envie d'en parler, mais j'en parle quand même.

Je ressens tellement le contraire de ce que je te disais ces jours-ci que je

peux pas le garder pour moi.

Tu as envie de le crier sur tous les toits ? Ou plutôt aux quatre vents ?

Non, non.

Le dire à toi, tout simplement.

Tu jubiles ? Bah oui.

Triomphe.

Non, triompher, c'est pas le mot.

Mais si, tu triomphes.

Y a quatre voix.

Et moi qui te prenais pour un pauvre petit amoureux transi avec des airs de

chien battu.

J'avoue que je me suis trompé sur Solène.

Finalement, c'est ton genre.

Non, mais... On a beaucoup de points communs.

Certainement plus qu'avec Léna.

Et alors ? Qui tu choisis ? Tu vois, au début, si je me suis laissé faire, c

'était avant tout pour me venger de Léna.

Ou plutôt pour essayer de me mettre dans sa peau quand elle se laisse courtiser.

Pour ne pas dire plus.

J'en avais marre d'être en position d'infériorité par rapport à elle.

J'avais envie qu'à son tour, elle ait quelque chose à me reprocher.

Et puis maintenant, je m'intéresse à Solène pour elle-même.

Et alors ? Et alors, j'ai pris une décision.

Si Léna n'est pas rentrée avant la fin de la semaine, je pars avec Solène pour

Ouessant.

Ah oui ? Ah oui, elle a très envie d'y aller.

Ben mon petit vieux, tu te couvres.

Si c'est pas l'une, ce sera l'autre.

Mais non, dis pas ça.

Finalement, pour toi, toutes les filles sont équivalentes. Mais je te dis le

contraire. Tu me déçois.

Je t'aurais jamais cru capable de te laisser embobiner par une fille aussi

vulgaire. Mais enfin, elle est pas vulgaire.

Et puis c'est toi qui m'as jeté dans ses bras.

Mais alors ça, c'est le comble.

Tu n'as même pas le courage de tes opinions.

J'avais bien raison de parler de remplaçante.

Tu me dégoûtes.

Tu es comme tous les mecs. Tu me vois pas plus loin que ta petite vanité. Tu

ne prends pas de risques. Il suffit qu'une faufole te tombe dessus pour que

tu te prennes pour le roi des tombeurs.

Je me demande vraiment ce que je fais avec toi.

Mais enfin, Margot.

Margot ! Margot !

Tu déformes tout ce que je dis. Je déforme rien du

tout. J'ai bien entendu.

Mais... Lâche-moi un peu.

Excuse-moi, je t'ai fait mal ? Oui.

Toi aussi, tu m'as fait mal.

Tant mieux.

On va pas se quitter comme ça, bêtement.

Oui, bêtement.

Tu vois, ce qui te sauve quand même, c'est ta bêtise. J'ai même pas envie de

te prendre au sérieux.

Les garçons sont cons, mais qu'ils sont cons.

Une fille, elle doit être nulle, débile, demeurée, ça descend jamais à ce niveau

-là.

T'as raison, je suis con.

Je me suis mal exprimé, c'est pas du tout ce que je voulais dire.

Au contraire, je voulais... Tais-toi, ça suffit.

J'ai compris, il n'aggrave pas ton cœur. Non, je voulais dire au contraire qu'il

n'était pas question que je trahisse Léna.

A moins qu'elle ne me trahisse.

Tu m'amuses.

Tu veux toujours te justifier.

Parce que je veux que tu saches que je n'ai jamais proposé à Solène d'aller à

Wesson.

C'est arrivé comme ça dans la conversation.

Je ne serais jamais venu à l'idée de proposer à deux filles à la fois.

À deux filles ? À trois ? Tu m'oublies ? Mais c'était pour rire.

Ah oui.

Avec les autres, c'était sérieux, mais avec moi, c'est pour rire.

L'amitié, c'est pour rire, mais la bagatelle, ça, c'est sérieux.

Tu n'es pas libre.

Parce que tu en sais.

Au resto, je peux me trouver une remplaçante du jour au lendemain.

Bon, mais allons-y, alors.

Tu serais bien embêtée si je disais oui.

Non, parce que je me suis mis dans une situation tout à fait inextricable.

Je ne compte pas sur moi pour la débrouiller.

On fait la paix ? Excuse-moi.

J'ai des réactions très imprévisibles.

Mais surtout, n'en tire pas des conclusions.

Ce n'est pas parce qu'on est amis avec un garçon qu'on ne serait pas aussi

susceptibles que si on est amoureuse.

Je m'étais fait une certaine idée de toi, c'est tout.

Faut que je m'habitue.

Je te déçois ? Non.

Au contraire.

Je m'aperçois que tu n'es pas aussi godiche que tu t'en donnes l'air.

Tu plais aux filles.

Oui, mais pas à celles que je veux.

Tu la veux vraiment ? T'as raison, je sais pas.

J'attends, je verrai.

Faudra bien choisir.

Ça, j'en doute.

J'aimerais bien que tu aies à choisir, ça te ferait les pieds.

Je te parie que j'aurais même pas à choisir.

J'en vois ni l'une ni l'autre.

Qu'est-ce que c'est que cette assurance négative ? Je pense pas à un mot de ce

que tu dis.

Je te déteste, il y a des moments où j'ai envie de te mordre.

Mais vas-y.

Que diraient tes petites amies ?

Ça, au moins, ça ne laisse

pas de traces.

Mais c'est à utiliser à dose homéopathique.

C'est Margot.

Bonjour, ça va ? Je te réveille ? Non, non, non.

Je t'appelle parce que je pourrais pas venir cet après-midi. J'accompagne ma

tante à Saint-Malo, faire des pros.

Alors, à demain, d'accord ?

Je pensais que tu ne viendrais plus. Tu es là depuis quand ? Je viens d'arriver.

Je voulais t'appeler.

Tu as reçu ma lettre ? Oui, mais seulement quand je suis rentrée à

Rennes. Je ne savais pas si tu étais encore ici.

Tu aurais pu me donner ton adresse.

Je ne te l'ai pas donnée.

C'est vrai.

De toute façon, je n'étais pas là.

Tu vois, on se retrouve sans même que j'ai besoin de te faire signe.

C'est beaucoup mieux.

Tu es beau.

Bien bronzé.

Juste ce qu'il faut.

Qu'est-ce que tu fais maintenant ? Bah rien, je passais par là.

Tu me cherchais, j'espère.

Bah non, je pensais que tu viendrais plus.

Bah voilà, je suis là.

Ça t'embête ? Tiens, mais peut-être d'autres projets.

Tiens, il y a mes cousins qui sont sur la plage.

Tu te débrouilles pas si mal.

Comme je suis contente de te retrouver.

Tu voudras peut-être pas me croire, mais j'ai beaucoup pensé à toi ces derniers

temps.

Ce n'est pas quelqu'un qu'on oublie facilement.

Je dirais même que... C'est mieux de loin qu'être près.

Ah bah alors je m'en vais.

Que tu es vaniteux, mais c'est un compliment.

Je voulais dire que je tiens le coup de loin, comme un bon tableau. J'avais

compris.

Alors qu'il y a des types qui s'effondrent.

Comme les gens que j'ai rencontrés ces derniers temps.

Quels gens ? À commencer par l'ami de ma sœur.

Il n'est pas méchant au fond, mais agaçant, tu ne peux pas savoir.

C'est le genre de type qui ne veut jamais être d'accord avec personne.

Il suffit qu'on dise blanc pour qu'il dise noir.

Je me demande comment ma sœur peut le supporter.

Encore quand je suis là, c'est moi qui prends les coups.

J'imagine que tu sais répondre.

Tu pensais comment ? Au début, j'étais piquée au jeu.

Si j'ai eu Lya, qui a en fait d'humour, le mec, il en a guère.

Mais la fin, c'est éreintant. Deux semaines à ce régime.

Je me demande comment je n'en suis pas sortie complètement idiote.

Deux semaines ? Je t'ai pas dit ? Je les ai quittés au bout de quinze jours.

Comme ils rentraient en France pour filer vers l'Italie.

Mais tu n'es pas rentrée.

J'avais besoin de changer d'air.

Alors j'ai fait un crochet du côté de chez des amis à qui j'avais vaguement

promis d'aller les voir. Ah oui, qui ? Tu les connais pas.

Enfin, je crois pas.

Et c'était où ? Près de Grasse.

Ah, chez ton ex chez qui tu étais il y a deux ans.

Pas chez lui, chez des amis à lui.

Mais cette année, il n'était pas là.

Et c'est fini entre nous.

Rassure-toi.

T'aurais pu m'écrire.

Je pensais pas rester.

Puis tu es tellement jaloux.

Tu t'imagines toujours des choses.

Et alors là-bas, tu t'es plu ? Là, pas tellement.

J'ai jamais vu des gens aussi collants.

Tu sais, c'est pas drôle du tout d'avoir à longueur de journée 3 ou 4 types qui

vous courent après.

3 ou 4 ?

Moins 3.

Pas trop mal.

Le quatrième passant.

Il y a des jours où je rêve d'être bête et moche.

Presque toujours dans ma vie, je suis rencontrée avec des garçons qui foncent

sur moi.

J'aimais des gens avec qui je peux parler normalement.

Tu vois, je trouve vraiment dommage que 99 fois sur 100, quand un garçon parle à

une fille, il faut toujours qu'il ait une idée derrière la tête.

Quelle idée ? Une idée.

Une arrière-pensée.

Ne fais pas l'idiote, c'est très bien ce que je veux dire.

Je ne crois pas que ce soit mal de penser.

Ne sois pas cynique, ça ne te va pas.

Tiens, cynique, pourquoi ? Oui, cynique.

Comme les autres.

Alors qu'avec toi, en général, on peut parler.

Et avec les autres ? Il est extrêmement rare que j'encontre un garçon dont la

conversation consiste en autre chose que d'essayer de se mettre en valeur.

Pour parader.

Comme un coq dans la basse cour.

Et avec les trois là-bas, ça prenait des proportions.

Tu savais les remettre à leur place ? Bien sûr.

Mais c'est fatigant d'être toujours sur la défensive.

Puis il y a autre chose.

Ce n'est pas seulement à cause d'eux.

Je me suis mise à détester le midi.

J'avais envie de fraîcheur, de brume, de sable mouillé.

La mer sans marée, c'est triste.

Quand est-ce qu'on va à Ouessant ? Quand tu veux.

Demain.

Tu plaisantes ? Je viens à peine d'arriver.

Avant lundi, en tout cas, après, c'est plus possible. C'est trop tard.

Tu sais ce que j'ai trouvé là-bas, en Provence ? Je dormais dans une chambre

où il y avait un tas de vieux bouquins.

Des Jules Verne, des romans d'aventure.

Je suis tombée sur une histoire qui se passe à Ouessant.

C'est raconté par un gamin dont l'oncle est ramasseur d'épaves.

Le secret des eaux, dans la bibliothèque verte.

Ah, tu connais ? Comment ça a été mon livre de chevet ? Je le sais presque par

cœur. Je peux te décrire tous les personnages.

Le père Mingam avec son chapeau melon, le capitaine Prigent le parrain, Corsen,

le Loirne, Marie Nahou.

C'est pas enfantin.

C'est le prix Goncourt.

Non, pas le livre, l'auteur.

André Savignon. Mais pour un autre bouquin, Les filles de la pluie.

Ça se passe aussi à Ouessant, mais c'est pas du tout pour les enfants. C'est très

noir, très déprimant.

Sur la condition des hyliennes.

Je le passerai.

Oui, il faut absolument qu'on aille là-bas.

Qu'est

-ce que tu chantes ?

Santiano, tu connais pas ? Bah si, si, bien sûr, oui.

Cette circonstance, regarde.

On voit un petit peu dans la brume Saint-Malo, là, juste devant.

Ah oui.

Tu devais pas m'écrire une chanson de marin ? Si, mais c'est pas encore au

point, je... Fais vite, avant que je parte.

Et toi,

tu travailles dans tout ce qui est commercial, quoi ? Oui, c'est tout.

Tu fais une école de commerce ? Je travaille dans le commerce.

Je reviens de New York.

Je travaillais pour une entreprise française, dans le plastique.

J'ai essayé un peu dans la musique, mais très vite, j'ai abandonné.

En fait, c'était pas ma voie, vraiment.

C'était bien ce que tu faisais, quand même. C'était amateur, j'aurais jamais

pu en vivre.

Tu cherches pas du tout à en faire ta vie.

Si, je peux en faire ma vie.

Ça change rien, je peux en faire ma vie sans que ça devienne absolument un

produit commercial.

Tu crois que tu peux réussir à vivre de la musique sans vraiment rentrer dans le

système ? Bon, moi je vais me coucher, je suis fatiguée.

Déjà ? Oui, je suis naze.

Bonne nuit.

On se voit demain ? Oui, écoute, on n'a qu'à se donner rendez-vous à la

poutinière. Tu sais, c'est derrière les grands hôtels.

À quelle heure ? Deux heures, c'est bon.

Qu'est-ce que tu fais, Gaspard ? Je vais rentrer, moi.

Tu ne viens pas avec nous à la chambière ? Non, je dois me lever tôt demain

matin.

Bon, c'est bête.

Merci. Au revoir, à la prochaine.

Bonne nuit.

Margot ?

Bonjour.

J'ai essayé de t'appeler.

Je dormais.

Aujourd'hui, c'est moi qui pourrais pas venir.

Léna.

Alors tu vois que t'avais pas de raison de désespérer.

Et qu'est-ce que tu vas faire avec l'autre ? Pas de problème.

Et tant mieux que je ne me sois pas trop engagé avec elle.

Même pas engagé du tout.

Solène est charmante, ravissante et tout, mais... Léna, c'est l'unique.

Elle représente pour moi un idéal.

Même si elle n'est pas tout à fait la femme idéale.

C'est mon type de femme.

Quelque chose que je ressens de façon tellement directe que je ne peux pas l

'expliquer.

Je ne t'ai jamais vue aussi exaltée.

Peut-être que si j'avais pas rencontré Solène, je saurais pas à quel point je

tiens à Léna.

Puis ça m'a donné de l'assurance.

Ah oui ? Tu es très brillant.

J'en suis très heureuse pour toi.

C'est pour ça que je t'en parle.

Je sais que tu ne le prendras pas mal comme l'autre jour.

J'ai pris mal quoi ? Rien, rien.

Non, admettons que j'ai rien dit.

Marco ! Oui ? On m'appelle.

A tes amours.

Bonjour, pourrais-je parler à Léna s'il vous plaît ? Léna ? Gaspard ? Oui ?

Excuse-moi,

j'ai pas pu te joindre.

On avait changé de programme.

Je suis dépendante des autres, j'ai pas de voiture.

Mais demain je viendrai, c'est sûr.

Excuse-moi pour hier.

Comment veux-tu que je fasse pour te joindre ? Je n'ai jamais chez toi et je

suis vraiment à la maison.

Quand j'y suis, le téléphone est mobilisé par mes cousins.

De toute façon, je t'ai dit, je ne suis pas tout à fait libre.

J'ai des obligations.

Quand Cédric et Thomas me proposent quelque chose, je pourrais rarement

refuser, je suis leur invitée.

D'autant plus que ce sont des choses intéressantes.

Demain, on va à Jersey.

Ils ont un copain anglais qui les invite à un tournoi de golf.

Tu joues au golf ? Non.

Je connais un peu et puis j'aimerais bien apprendre.

Et puis dimanche, il y a une garden party.

Tu rentres quand ? Lundi, avant que ce soit mardi.

Et notre voyage ? On aura le temps, la semaine sera pas finie. Non mais tu te

rends pas compte ? Si on part mercredi, c'est plus possible.

Moi je prends mon travail lundi, il faut absolument que je sois à Nantes samedi

pour une question de clé de la chambre où je loge et que je passe à Rennes

prendre mes affaires.

Bien mercredi, jeudi, vendredi, trois jours, ça va ? Tu sais bien qu'on peut

pas se loger en pleine saison à Ouessant.

On y passera la journée.

Mais qu'est-ce que tu veux qu'on fasse là-bas ? J'ai dit que j'aimerais voir l

'île, mais pas y rester.

Mais c'est pas ce que tu disais.

Je n'ai rien dit.

Et puis j'aime pas être coincé par le temps. Rentre au moins dimanche soir.

Impossible.

Si tu voulais vraiment.

Ça ne dépend pas de moi.

Ne prends pas cet air consterné.

Trois jours, c'est amplement suffisant.

Je te dis, j'ai horreur de faire les choses dans la hâte.

Pour un garçon qui ne se veut pas comme les autres, je trouve que tu manques

terriblement d'esprit d'aventure.

J'aime pas ce côté timoré, bureaucratique chez toi.

Ah bureaucratique, ça c'est le comble.

Un voyage ça se prépare.

Demande aux navigateurs si on est bureaucrate eux.

Tu n'en es pas hein, tu n'es qu'un vulgaire touriste.

Eh ben j'assume ma condition.

Avec un peu de chance on aurait pu trouver à se loger.

Et puis j'ai une tente.

Bah, j'ai dit que j'aimerais pas y rester.

Je finis par croire que c'est avec moi que tu veux pas rester.

On devait passer une partie des vacances ensemble.

Et je ne t'ai pour ainsi dire pas vu.

Je te le répète.

Je suis chez mes cousins et je leur dois du temps.

Et ils trouvent que tu m'en prends beaucoup.

Mais non.

Ils ont leur petite nana et ils comprennent très bien que t'es un mec.

Ce qu'ils ne comprennent pas, c'est que ce mec soit toi.

Et alors ? Alors rien.

Je te dis ce qu'ils pensent.

Ils ne comprennent pas, mais pas du tout, que je puisse m'intéresser à un

type comme toi.

Trouve, disons, trouve que tu ne fais pas le poids.

Ne crois pas que si on va à Ouessant, tu puisses y aller en copain.

C'est leur opinion qui compte ou la tienne ? C'est-à-dire qu'ils pensent que

je suis ta petite amie.

Et dans ce cas, moi-même, je veux pas être méchante, mais je trouve aussi que

tu fais pas le poids.

Et alors ? Alors rien.

Mais ça m'est dans une situation désagréable.

Si tu m'émets tant soit peu, tu devrais comprendre.

Je t'aimerais beaucoup mieux si tu te comportais uniquement en amie.

C'est bien, tu es plus qu'une amie.

Peut-être.

C'est dommage.

On était bien avant-hier, tu le regrettes ? C'est toi qui me le fais

regretter.

C'est le moins qu'on puisse dire.

Non ! Je veux simplement te prendre la main.

Non ! Le bras alors, ou l'épaule. J'ai dit non, mais tu vas me lâcher ! Même la

main, mais je fais rien ! Non !

Mais pourquoi ? Parce que c'est comme ça.

Je n'ai pas de compte à te rendre.

Pourquoi vous dites toujours que ce sont moi qui vends ce que tu veux et pas toi

ce que je veux moi ? Et ce que je dis à toi, je dis aux autres.

Je suis infiniment supérieure à tous ces mecs qui tournent autour de moi.

Je ne vois pas pourquoi.

Je ferai ce qu'ils veulent. Je ne vois pas pourquoi.

Ils m'imposeraient leur volonté.

Je ne veux faire cadeau à personne, absolument personne, de la moindre

parcelle de ma liberté.

Ou alors à celui que j'aimerais, quand je l'aurai trouvé.

J'ai cru aimer deux garçons.

Je me suis trompée.

Je ne me tromperai pas une troisième fois.

Laisse-moi, je te dis, rentre ! Si tu fais un pas de pluie, je te reverrai

jamais !

Tu

disais qu'on se verrait plus, et bien tu vois, je suis libre comme l'air.

Mais Léna revient demain ? Non, peut-être seulement lundi.

Et votre voyage, alors ? Ouais, sans, c'est plutôt compromis.

Hier, on s'est séparés en d'assez mauvais termes.

C'est toujours comme ça avec elle. Un jour, c'est tout blanc, un autre, tout

noir.

Mardi, c'était le jour le plus blanc depuis que je la connais, et hier,

presque le plus noir.

Enfin, très gris.

Et alors, vous ne partez pas ? En principe, oui, mais pour une journée, je

vois pas l'intérêt.

En admettant qu'elle se défile pas au dernier moment.

Vas-y avec Solène.

Jamais de la vie.

Pourquoi pas si l'autre te laisse tomber ? J'ai promis à Léna et je m'aperçois qu

'elle y tient.

Tu disais l'autre jour que si elle ne venait pas... Oui, elle est venue.

Et toi-même, ça t'avait mis en colère et t'avais parfaitement raison.

Au fait, tu ne vais pas voir Solène demain ? Si, j'ai rendez-vous à 10h.

Tu iras ? Bien sûr.

Pour lui expliquer et pour voir.

Pour voir quoi ?

Pour voir la différence.

Et me redonner le goût d'aimer Léna, par contraste.

Et si c'est le contraire qui se produit ? Eh ben tant pis, c'est que j'aime plus

Léna. Et c'est pas exclu du tout.

Et alors tu partiras avec Solène ? Pas pour récent, en tout cas.

Même si tu laisses tomber Léna ? Si jamais j'y vais, ce sera avec toi.

Ça serait pas mieux vis-à-vis d'elle ? Ah si.

Évidemment, je ne compte pas.

Qu'est-ce que tu as tout à coup contre elle ? Tu délirais avant-hier.

Rien.

Sinon qu'elle a raison, j'ai aucune chance avec elle.

Elle me l'avait déjà dit, mais cette fois, je le crois.

Et comme amie ? Je t'aime mieux.

Infiniment mieux.

Pourquoi est-elle arrivée si tard ? Je sais pas, elle était avec des mecs.

Des amants ? Non, même pas.

Enfin, j'espère, je pose pas de questions.

Non plus, elle est trop occupée d'elle-même.

Tu lui as parlé de Solène ? Aléna ? Non, t'es folle.

Tu es pas mal dissimulateur, toi aussi.

J'aimerais mieux être tout à fait franc avec elle, mais c'est pas possible.

Je ferais une montagne de rien.

Et puis le premier jour, c'était tout à fait idyllique, j'allais pas apporter

les nuages.

Et le second, ça tournait à l'orage, j'allais pas le faire éclater.

Et puis j'aime pas mentir.

Qu'est-ce que tu racontes ? T'as besoin de plus pour parler ? Non, parce que si

je parle pas, elle me questionne pas et j'ai pas à mentir.

Alors que si je parle, comment tu veux que je lui dise la vérité alors que moi

-même, je la connais pas ? Est-ce que Solène me plaît ? Est-ce qu'elle me

plaît pas ? Répondre, ça me forcerait d'exagérer dans un sens ou dans l'autre.

Et de moi ? Tu lui as parlé ? Ben non.

Là, tu n'avais rien à cacher.

Et j'espère que tu sais ce que tu penses de moi.

Bien sûr, mais on avait d'autres choses à se dire.

Des choses plus importantes que tes promenades avec la petite serveuse.

Arrête, j'aime pas que tu parles comme ça.

D'accord.

Mais si tu lui parlais d'autres filles, ça te rendrait peut-être plus

intéressant. Mais je cherche pas à me rendre intéressant.

Je veux qu'elle s'intéresse à moi d'elle-même.

D'ailleurs actuellement, mon problème n'est pas là.

C'est pas de savoir si elle m'aime, mais de savoir si moi je l'aime.

Même quand nous étions si bien mardi, c'était trop beau.

C'était pas vrai.

J'étais pas moi.

Je vais te dire une chose qui va te faire plaisir.

Il n'y a qu'avec toi que je suis moi.

Avec Solène non plus, je ne me suis pas senti moi-même.

J'étais comme dans un voyage, ou plutôt comme voyageant dans une histoire.

Comme essayant de m'identifier à un personnage qui n'est pas moi.

Et avec Léna ? Je joue aussi un personnage que je me suis fabriqué pour

elle, pour faire face à son ironie.

Elle m'y oblige.

Elle me voit d'une certaine manière et que j'accepte ou refuse, je dois sortir

de moi.

Avec moi non plus, tu n'es jamais le même.

Je ne cesse de changer d'avis sur toi.

Au début, je t'avais pris pour un amoureux transi, puis pour un dragueur

maladroit, puis pour plus malin que tu ne le paraissais, puis pour coquin

plutôt, puis pour pas si coquin que ça, brave au fond, mais malin quand même.

Il y a de ça.

Alors avec moi, tu ne te sens pas à l'aise ? Si, tout à fait bien.

T'es sans toi-même ? Ouais.

Mais il y a là rien d'extraordinaire.

C'est plus facile d'être soi-même avec un ami qu'un amoureux.

Parce qu'il n'y a pas de comédie à jouer.

Finalement, je ne crois pas que ce soit tellement intéressant d'aller à Ouessant

pour un voyage d'amour.

À mon avis, non.

Alors viens avec moi.

Encore ? Et mon travail, qu'est-ce que tu en fais ? Tu peux te libérer, tu

disais.

Peut-être.

Tu as promis à d'autres.

Elles n'ont pas refusé. Moi, je les refuse.

C'est toi que je choisis.

J'ai envie de tout sacrifier pour toi.

Mais moi, je ne veux que tu ne sacrifies rien.

En fait, je ne te sacrifie rien. Ils vont toutes les deux se défiler.

C'est l'idée d'être remplaçante qui te gêne ? Non.

Je suis au-dessus de tout ça.

Tu vois, j'ai envie d'aller à Ouessant.

J'ai envie de partir quelques jours. De prendre l'air.

De quitter ce restaurant.

De passer quelques journées entières avec toi.

Même si c'est risqué.

Mais... Ce serait pour toi qu'un pisalet.

Et je veux à aucun prix être un pisalet.

Plus tard.

Quand ça n'aura pas marché.

En hiver, c'est la meilleure saison.

Qu'est-ce qu'il y a ?

Tu pleures ? Non, je ris.

Parce que ça me fait rire, ta situation.

T'es comme un clochard qui se réveille milliardaire.

Trois filles en même temps.

Tu crois pas que c'est un peu beaucoup, non ?

Ça

va

? Ça va.

Mais je te préviens tout de suite.

J'ai plus de voiture.

J'ai bousillé la mienne.

Alors, on ira en train.

Ça doit faire dans les 200 balles par personne.

On partage.

D'accord ? Malheureusement, j'ai un petit problème avec Wesson.

Avec Wesson ? Oui, j'avais déjà promis à quelqu'un d'autre.

À qui ? À ta copine ?

Fallait me le dire.

Si tu veux y aller avec elle, je m'en vais.

Au revoir. Non mais attends, je t'explique, j'irai pas avec elle. De

toute façon, on est plus ou moins brouillés.

Elle est rentrée ? Oui, et ça va plutôt mal.

Alors ? Où est le problème ? Bah je te dis, je lui avais promis.

Ah moi aussi t'as promis ? Oui mais elle avant.

Excuse-moi, j'aurais dû te le dire.

Mais si c'est fini entre vous ?

Oui, mais ça m'ennuie précisément parce que c'est fini de lui faire cette

crasse.

Je vois pas de crasse là-dedans.

Si tu la plaques, t'as plus d'engagement avec elle.

Et si on allait ailleurs ? Ça changera rien.

Si, à Guernosais ou à Cerques.

Je connais tout l'archipel.

On avait dit à Ouessant.

Pourquoi changer ? Y a pas de raison.

À moins que tu veuilles ménager la fille.

Au cas où tu espères te raccommoder avec elle.

Dans ce cas-là, compte pas sur moi.

J'ai l'air d'une fille facile, mais je suis très exigeante.

Sur certains points.

Quand je me donne, je me donne entièrement, et j'exige qu'on se donne

entièrement. Je supporte pas qu'on joue le double jeu.

Les mecs sont tous détendus. Ils veulent prendre aucun risque.

Quand ils tiennent une fille, ils la lâchent pas avant d'être sûrs de l

'autre. Et toi, l'autre jour, tu m'as dit que t'avais deux mecs.

J'ai pas dit que j'en avais deux.

Mais que j'en laissais tomber deux.

C'est pas pareil ? L'un qui était vraiment mon mec.

Et l'autre... Par qui j'essayais vaguement de le remplacer.

Tu vois ? Je crains pas de les lâcher tous les deux à la fois.

Maintenant, je suis seule.

Mais toi ? Je suis seul aussi.

Tu mens.

Elle est ici.

Elle est chez toi ? Mais non, je te dis, il n'y a jamais rien eu entre nous.

Elle est à Saint-Lunaire, chez ses cousins.

Tiens.

Ce serait pas par hasard une fille blonde, assez mince, avec des cheveux

raides ? Et ses cousins, ce serait pas Cédric et... Thomas.

Tiens.

Cette fille te plaît ? Ça t'étonne ? Rien

ne m'étonne.

Bon.

Eh ben, dans ce cas, vas-y avec elle.

Non, mais j'ai pas envie, même si elle voulait.

La question n'est pas là, c'est une question de principe.

T'as des principes, moi aussi.

Trop de principes.

Si j'allais à Ouessant avec un copain ou une copine, copine, ça me gênerait pas.

Mais avec toi, c'est pas pareil.

Je préférerais aller ailleurs.

Je vois pas la différence.

Tu sais, j'avais encore proposé à une autre fille.

À Margot, parce que ce n'est qu'une amie.

Eh ben, mon petit vieux.

Tu perds pas de temps.

Le vlot en troisième position.

Moi qui te croyais naïf.

Vas-y, dis que je suis cynique.

Cynique ? Toi ? Oh non.

Non, si quelqu'un n'est pas cynique, c'est bien toi.

Non, t'as plutôt l'esprit tordu.

Si t'avais promis à Marco, je comprendrais.

L'amitié, c'est sérieux.

Peut-être même plus que l'amour.

Bon, assez parlé.

Réponds à ma question.

On y va ou pas ? Tu veux vraiment pas aller ailleurs ? Quelle tête de mule !

Tu veux y aller ou non ? Aller à Ouessant ? Oui, puisque tu y tiens. Pas

de regrets ? Contrairement à ce que tu penses, je suis pas quelqu'un d'indécis.

Je t'ai dit que j'avais un problème, il est résolu.

Dans ce cas, partons.

Demain matin.

Non.

J'ai des choses à faire demain, ici à Saint-Malo.

Disons lundi.

Pas après, parce que moi je ne peux que jusqu'à vendredi.

Ben ça ira.

On prendra le train à l'emballe.

Et mardi on embarque.

Même par tempête.

On a le pied marin tous les deux.

Je suis une fille de corsaire, on m'appelle la flibustière.

Je suis une fille douée sans, je fesse retourner les passants.

Faut que je te quitte.

J'ai promis à des tas de gens de passer les voir.

Ce soir, je suis invitée à une fête, mais je peux pas t'emmener.

Je t'appellerai demain.

Pas le matin parce que je dormirai, mais disons vers... à 2h30, précise.

Si t'es chez toi.

J'y serai.

Allô ? Ah, tu es là ? Oui, bien sûr.

C'est Léna ? Vous croyez que c'était quelqu'un d'autre ? Non, non.

Mais t'es pas à Jersey ? En ce moment, oui.

Mais je prends le bateau dans une heure.

Tu as raison, si on veut aller à Wesson, il faut mieux partir demain.

Mais je pensais que tu voulais plus y aller.

Qu'est-ce que tu racontes ? J'ai plus envie que jamais.

Tu m'entends ? Oui, oui, je t'entends.

Alors ? J'espère que tu m'en veux pas pour l'autre jour.

J'étais en mauvaise humeur.

Maintenant, je te promets d'être d'un caractère d'ange.

Tu me crois pas ? Si, si, si.

J'ai envie de te voir ce soir.

Dînes ensemble.

Zut, j'ai plus de pièces.

Tu m'entends ? Oui, mais... Bon, alors, à la potinière, à 8h30.

Allô ? Gaspard ? Oui, c'est moi.

Et moi, c'est moi.

Je t'ai appelé il y a un instant, mais j'étais occupée.

Tes visites se sont bien passées ? Oui, mais c'est pas fini.

Et ce soir, il faut absolument que j'aille à une fête.

Viens avec moi.

À Dina ? Non, à Saint-Malo.

On pourrait dormir chez mon oncle.

Tu prends tes affaires ? Rendez-vous à 8h, chez lui.

J'arrive ! On m'appelle.

Je t'embrasse.

Oui, bonjour, pouvez-je parler à Margot, s'il vous plaît ? Elle est en cuisine,

Margot.

Ah, non, ne la dérangez pas.

C'est Gaspard, vous pouvez lui dire de me rappeler le plus tôt possible ? Bien

sûr. D'accord, je vous remercie, madame.

Au revoir.

Ah oui, c'est parfait.

Avec ce que j'ai mis de côté, ce que je gagnerai le mois prochain, ça va.

Juste, mais ça va.

Seulement, dans ce cas, tu comprends, il faut faire vite.

Il faut absolument que tu sois là demain matin à La Rochelle.

Demain matin ? Ah, mais...

Non, finalement, ça va.

Non, ça tombe même très bien.

Je pars tout de suite.

A demain.

Merci.

Allô ? Allô, Gaspard ? C'est Margot.

Qu'est-ce qu'il y a ? Maintenant ou tout à l'heure ? Parce que c'est pas du tout

pareil.

Maintenant, je suis guette. Tout à l'heure, j'étais triste.

En deux minutes, ma vie a changé.

Je t'expliquerai.

Je prends le bateau de 17h. Tu me retrouves à l'embarcadère ? Au fond, si

je me suis laissé faire par Solène, c'est parce que j'étais persuadé que les

dames fileraient entre les doigts au dernier moment.

Mais quand j'ai vu qu'il y avait un trait de jersey exprès pour ça, j'ai eu.

C'est bien fait pour toi. T'avais qu'à pas courir deux lièvres à la fois.

Trois.

Tu me comptes maintenant ? Puis au téléphone, c'est pas tellement facile de

se dessiner.

Alors tu pars sans rien dire ? Je leur écrirai.

Et tu leur diras quoi ? La vérité.

J'ai eu une occasion de magnéto 8 pistes et que la musique passe avant tout.

Ce sont des filles bien, elles comprendront.

Et s'il n'y avait pas eu la musique, tu aurais fait quoi ? Alors là, je ne sais

vraiment pas.

C'est la première fois de ma vie que je me retrouve dans une situation de ce

genre.

Jusqu'alors, les choses s'étaient tranchées d'elles-mêmes.

Une fois encore, ça se tranche de soi-même.

Comme ça, on pourra aller à Wesson tranquillement.

Tous les deux, quand tu voudras.

Je ne t'ai pas dit.

Ce n'est plus possible.

J'ai reçu une lettre de mon copain et il rentre en septembre.

Alors j'irai avec lui.

Il avait très envie d'y aller lui aussi.

Je suis désolée.

Tu vois, j'avais raison quand je disais qu'il m'arrivait jamais rien.

Même de faire une balade innocente avec une fille.

C'est mon destin.

Non, c'est parce que tu l'as bien cherché.

Mais non.

Si.

Tu méditeras là-dessus.

Bon, faut y aller ?

Tu

sais, je vais de temps en temps à Rennes.

On pourra se revoir.

Bon, bonne chance pour tout.

J'oublierai jamais nos promenades.

Moi non plus.

en laissant Margaux, Iséo, sentir un or.

Dix pensées, j'avais le cœur gros, en doublant les feux de

Saint-Malo.

Dix pensées, j'avais le cœur gros, en doublant les feux

de Saint-Malo.

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