Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Czech
Danish
Dutch
English
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Italian
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Brazil)
Portuguese (Portugal)
Punjabi
Quechua
Romanian
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
Merci Monsieur le
Président.
Vous donnez trop de pourboire, Georges.
C'est parce que je suis juif.
Pour ceux qui me salissent en permanence, je suis juif, donc avare.
Ça, c'est pour les faire mentir.
Marginal, tel est l'adjectif qui correspond le plus précisément à George
Mandel.
Marginal en politique, le député de la Gironde qui siège à la droite libérale
est un homme seul, sans parti, un patriote intransigeant.
Sa voix résonne dans l'hémicycle pour mettre en garde et mobiliser contre
Hitler.
Appelez à la fermeté.
D'ailleurs, la violence de ces discours l'a tenu jusqu'alors à l'écart de toutes
les combinaisons gouvernementales.
Dans un pays divisé, menacé par la guerre civile et les extrêmes, dans une
Europe où les fascismes gagnent chaque jour du terrain, George Mandel saura-t
-il rompre son isolement ?
Marginal
dans son accoutrement, en mitoufflé, chapeau melon sur la tête, vêtu des
mêmes chemises blanches à col cassé.
Marginal et mystérieux.
George Mandel, dont le nom comme l'origine prête à polémique, porte sa
solitude comme un véritable programme.
Alors que les tractations sur la constitution du gouvernement flandin
vont bon train, une question est sur toutes les lèvres.
Georges Mandel sera-t-il enfin ministre ? A 49 ans, le fidèle collaborateur de
Georges Clemenceau est face à son destin.
Partir. Toujours partir.
Une nuit avec vous, Georges, c'est peu.
Ah non, c'est trop facile.
Allez retrouver votre cirque.
Allez faire vos couloirs.
Allez vous étourdir.
Béatrice, vous savez bien que je vous aime. Ah oui, vous m'aimez, George.
Mais vous me trompez.
Avec la politique.
Pour vous, aucune femme ne lui arrive à la cheville.
Ah, comme vous l'aimez. Mon Dieu, comme vous l'aimez.
Vous êtes sévère, Béatrice. La politique n'est pas un jeu.
Je le sais, vous me l'avez dit cent fois.
Vous la servez depuis trente ans, jour et nuit, dimanche et fête.
C'est trop.
Bonjour, Bamser.
Alors, qu'est-ce qu'ils me proposent ? Ils hésitent encore.
C'est leur passe-temps favori.
Mais la balance pense de votre côté.
Nous verrons bien à l'Assemblée, Pierre.
Monsieur le député, où en sont les négociations ?
Monsieur le député, serez-vous du nouveau gouvernement ? Quel gouvernement
? Le gouvernement Flandin.
Vous le savez bien, monsieur Mandel.
Encore une question, monsieur Mandel ? Non, s'il vous plaît, monsieur.
Monsieur Mandel, s'il vous plaît, s'il vous plaît.
Quel cul pincé, ce Mandel, il n'y a rien à en tirer.
S'ils étaient tous comme ça, il n'y aurait plus de journaux.
Ben ouais.
Non, Laval, non, je ne peux pas accepter ça, je ne peux pas.
Vous connaissez mes positions sur l'Allemagne et vous me refusez la
défense nationale.
Ensuite, vous me refusez les postes.
Je veux un vrai ministère, pas un bureau de tabac.
Daladier et Renaud pensent la même chose que moi. L'important, Mandel, c'est que
vous soyez dans le gouvernement.
Que j'y sois, mais pour quoi faire ? Pour parler, faire des discours.
Ce que je veux, moi, c'est agir.
Je vous prie de m'excuser, je suis déjà en retard. Je ne peux pas rester
davantage.
Mais rappelez-vous Laval.
Un ministère, oui, mais pour quoi faire ?
Alors,
monsieur le député, quel ministère ? Le ministère du Refus.
Mandel. J'ai plaidé, Mandel.
Ah, parce qu'il a fallu plaider ? Oui, j'ai plaidé et vous avez les PTT.
PTT ? Oui.
Merci quand même.
Caractère.
Bonsoir, monsieur.
Pardonnez-moi, je n'ai pas pu me libérer plus tôt.
Tout va bien, Georges.
Je meurs de faim.
Mais vos désirs sont des ordres, madame la sociétaire.
Le ministre Georges Mandel vous invite.
Ministre ? Ils vous ont donné quoi, l'armée ? Non, les PTT.
Les timbres.
Bon, les PTT, c'est un ministère important, vous savez.
Ah, c'est un boustrapontin.
Vous en ferez un fauteuil, je le sais.
J'espère être à la hauteur de votre pronostic.
Et puis, peu importe le ministère, quand on veut gouverner, l'important, c'est de
participer au Conseil des ministres.
Ils vont pas s'amuser, hein.
Seulement le matin.
Après, ça dégonfle.
Mais maintenant, il a des chevilles.
On dirait des poteaux.
Je voudrais le 46 à Draguignan, madame, s'il vous plaît.
On n'a pas le VAR ce matin, monsieur.
L'autre jour, il est sorti sans ses guêtres. Tu te rends compte, ce pauvre
Pierrot, avec ses grosses jambes nues.
Et pourquoi on ne peut pas avoir le VAR, s'il vous plaît, madame ? Parce que c
'est encombré, monsieur.
J'aimerais voir le directeur de ce bureau, s'il vous plaît.
Il n'est jamais là, le matin.
Revenez cet après-midi, monsieur.
Merci bien.
Et dites à Pierrot pour le bain de pied avec du gros sel et de la moutarde.
C'est un conseil du nouveau ministre des PTT.
Vous connaissez le bureau de poste de la rue de Grenelle, Vanceur ? Non, pas
vraiment. Il est dirigé par un incapable.
Révoquez-le, toutes affaires cessantes.
Ce ministère est comme la France.
Ville d'or.
Comme si on pouvait dormir, n'est-ce pas ? La crise, le chômage, les communistes,
les fascistes, ils trouvent peut-être que c'est pas suffisant pour se bouger.
Vous avez regardé la presse ce matin ? Euh, oui.
Que dit-elle ? Que le député du Médoc a enfin obtenu ce qu'il voulait.
Mais encore ? Que le fidèle de Clémenceau va... Vendre serre, s'il vous
plaît, aux fêtes.
Que cela fait un juif de plus, vos affaires.
Eh ben voilà !
Pourquoi vous ne le disiez pas ? Vous aviez peur de me faire de la peine.
C'est gentil à vous, mais je m'en fous, bon serf.
Je m'en fous.
C'est comme ça depuis que je suis entré en politique, vous savez.
On me traîne dans la boue, on me caricature.
Mais je m'en fous.
De M.
Pierre Gaxotte, Mac Dervel est devenu facteur.
Lamentable.
Mais je les méprise.
Je les méprise.
Gaxotte, Brasillac et toute cette clique.
Allez au travail.
C'est ce que je préfère.
Monsieur le ministre, le secrétaire général du ministère des PTT.
Qu'il entre.
Vous êtes un incapable, monsieur le secrétaire général.
Jusqu'à cette heure, le véritable ministre, c'était vous.
Vous gouverniez la maison avec la complicité des syndicats.
Monsieur le ministre, vous ne pouvez pas. S'il vous plaît.
Quand un ministre parle, on l'écoute, monsieur.
Qu'avez-vous fait jusqu'à présent ? Rien.
Résultat, une bureaucratie endormie.
Un courrier toujours au silence, le téléphone en panne, la radio totalement
ignorée.
Croyez-vous que c'est pour cela que les contribuables vous payent, monsieur
Queneau ? Monsieur le ministre, je suis à vos ordres. C'est une bonne
nouvelle.
Eh bien, mon ordre, c'est de vous voir quitter ce bureau sur le champ et d
'attendre la suite.
Monsieur le directeur de l'épargne et des dépôts postaux.
Faites-le entrer.
Ah, bonjour, monsieur le directeur.
Monsieur le ministre.
Alors, combien de retraits sur les livrets d'épargne hier ?
Combien ? Je ne sais pas, monsieur le ministre,
mais... Vous ne savez pas.
Et les dépôts ? Combien les dépôts hier ? Je vais tout de suite me renseigner.
Vous renseigner.
Auprès de qui ? Du chef du bureau des caisses, monsieur le ministre.
C'est inutile, je l'ai fait moi-même.
Je n'ai plus besoin de vous.
Vous êtes révoqué.
L'entretien est clos.
Messieurs les députés, je suis chargé d'un ministère public et je ne tolérerai
pas que les usagers soient privés du service que je me dois de leur rendre.
Parlons-en du service public, monsieur le ministre.
Votre cabinet noir viole chaque jour sans vergogne la correspondance privée
des citoyens.
Les écoutes téléphoniques, ça fait aussi partie du service public ? Messieurs,
messieurs, s'il vous plaît ! La parole est toujours à monsieur le ministre des
PTT.
Pour moderniser ce ministère... Pour laisser les juifs au pouvoir, c'est
toujours comme ça.
M. Valla, c'est un débat parlementaire.
J'en suis conscient, M. le Président.
J'ai dit les juifs, je n'ai pas dit le Yuppa.
M. Valla, je trouve que vous parlez à s'y méprendre comme vos amis nazis qui
ont pris le pouvoir à Berlin.
Mais sachez que votre langage ne m'impressionne pas, que vous me
trouverez toujours sur votre route, et que pour vous combattre, je pactiserai
même avec le diable.
Je vous plains, monsieur Valin.
L'ordre républicain, aujourd'hui menacé par les factieux de tous bords, exige
une fermeté sans faille.
Et pour répondre à monsieur Garnier, le grand Clémenceau me disait toujours, les
procédés de police ne sont après tout que des procédés de gouvernement.
Et en quoi cela vous conduit-il à traquer les syndicalistes, à les
révoquer ?
à refuser toutes leurs revendications, monsieur le ministre.
Justement, monsieur, parce que l'ordre républicain au PTT, c'est le
gouvernement du ministre, et non la dictature des syndicats.
Pour moderniser ce ministère, il faut d'abord remettre ses agents au travail.
Oui, messieurs, je dis bien au travail.
La routine et le relâchement sont inadmissibles dans toute administration.
et a fortiori dans une administration en direct avec le public.
Ce qui est bien sûr le cas des PTT.
Je briserai donc les mailles d'une réglementation archaïque et rigide.
Je serai vigilant vis-à-vis de tous les personnels, qu'ils sachent qu'il n'y a
pas de liberté sans responsabilité.
Quelle arrogance, ce mandel, messieurs les députés, je ne tolérerai pas.
Il est tellement menteur qu'on ne peut même pas croire le contraire de ce qu'il
dit. Il fallait se le payer dès son premier discours.
Valla ne l'a pas raté. J'ai dit les juifs, pas les youpins.
Mondel fait tout de même bouger son ministère.
Faut pas dire n'importe quoi.
N'oubliez pas l'apostrophe de Valla pour votre article.
Claude ? Viens voir.
Tu vois, ici, au XVIIIe siècle, il y avait un grand établissement, et les
philosophes, je t'en ai déjà parlé, tu sais, Voltaire, Diderot, Jean-Jacques
Rousseau, eh bien, ils venaient tous ici pour boire du café mocha.
Non, de mocha, on disait.
C'est beau, hein ? Oui, c'est beau.
Dis, papa, c'est quoi, Youpin ?
Où est-ce que tu as entendu ça ? L'autre jour, dans les couloirs de l'Assemblée,
il disait « Mandel est un youpin ». Youpin, c'est... une insulte
contre les Juifs.
Mais Juifs, c'est comme catholiques, comme protestants.
C'est comme les autres, alors ? C'est ça.
Des Français comme les autres.
Ils te voulaient du mal.
C'est des mots, tout ça.
Quand on fait de la politique, on est toujours attaqué.
C'est le risque du métier.
Donc moi aussi, je suis juive.
Oui, tu es ma fille.
Alors, tu continues sur les cafés mocha ? T'en veux un ? Oh oui !
souffre de contradictions parlementaires.
Votre larynx est encombré par l'opposition.
Quant à votre nez, il est bouché par les propos antisémites.
Je suppose que la séance à la chambre a été difficile.
Pour un homme auquel on prête autant d'influence et d'énergie, vous avouerez
que c'est un peu paradoxal.
Vous êtes une curiosité physiologique, Mandel, parmi ses noceurs de l
'Assemblée.
Voilà comment on construit une légende.
Il me voit sans arrêt prendre des pilules et il me voit déjà mort.
Et comme je suis toujours là, ça les perturbe.
Pourriez-vous me brancher la télévision, Clément, s'il vous plaît ? La télévision
? Qu'est-ce que c'est ? Le meuble, là.
Tournez le bouton du milieu.
Dans les 10 heures du soir, M.
de Molière mourut dans sa maison rue de Richelieu, ayant joué le rôle du dit
malade imaginaire.
Fort incommodé d'un rhume et d'une fluxion sur la poitrine qui lui causait
une grande toux, de sorte que dans ses grands efforts qu'il fit pour cracher,
il se rompit une veine dans le corps et ne vécut pas demi-heure ou trois quarts
d'heure depuis la dite veine rompue.
Ah, Béatrice.
Bonsoir. Vous pouvez remonter le chauffage, j'ai froid.
Mais les radiateurs sont brûlants, George.
Votre douceur me redonne vie. J'aimerais vous avoir toujours près de moi.
Malheureusement, vous serez seule ce soir.
Je joue.
Je vous admirais tout à l'heure à la télévision. Vous étiez épatante.
C'est le ministre qui parle ? Le ministre et le spectateur.
C'est vrai ? J'étais un peu gênée.
Cette énorme machine.
Heureusement, il y a si peu de spectateurs.
Il y en aura bientôt des millions, Béatrice.
Vous rêvez, Georges ? L'avenir, c'est la radio.
Pour les retransmissions de nos pièces que vous avez décidées, il y a 2
millions d'auditeurs.
La télévision, ce sera comme la radio.
C'est pour ça que je me donne tant de mal.
Je sais bien que personne ne veut y croire, mais dans 10 ans, dans 20 ans,
tout le monde aura son poste.
Un premier contingent pénètre à Düsseldorf.
Le patron est furieux.
Il voulait qu'on mobilise l'armée, mais il était trop seul.
Il aurait dû démissionner.
Wormser était pour.
Et alors ? Il a annoncé.
Pourquoi ? Parce que Mandel est persuadé que personne ne le suivra et que ça ne
servira à rien.
Pas par là, monsieur le ministre.
Ils sont déchaînés.
Passez par le jardin. La voiture vous attend dans la petite rue.
Monsieur, c'est un début !
Il s'agit là de grandes, de profondes réformes.
Avant de les mettre en œuvre, j'interroge ma conscience avec scrupule,
avec probité.
Et ce que je ressens, c'est de la fierté.
En ces heures lourdes où la crise touche aussi rudement des millions d'entre
nous, où le chômage gangrène notre société,
Il y a urgence à agir.
Et c'est de là que me vient cette fierté, la fierté du travail à
accomplir, pour faire reculer le chômage, oui, mais aussi pour changer la
vie des travailleurs.
Pour cela, messieurs, j'ai...
Ce gouvernement a reçu, cette majorité a reçu mandat populaire à ce peuple qui
nous fait confiance.
Je dis solennellement que nous exercerons le pouvoir en mandataire
fidèle de la volonté, une volonté clairement, librement exprimée par le
suffrage universel.
La parole est à M.
Georges Mandel, député de la Gironde.
M. le Président du Conseil, chers collègues, quel beau,
quel grand discours.
Je le salue comme tel, comme un brillant exercice de rhétorique.
Mais votre discours, monsieur le président du Conseil, est hors du temps.
Comme si l'on pouvait transformer la France en un vaste laboratoire de
sociologie.
Comme si l'on pouvait y multiplier les expériences sociales.
Donner tout au plus grand nombre.
Moins de travail, plus de salaire.
Moins d'ordre, plus de licence.
Comme si l'on pouvait faire...
payer les riches.
Comme si l'on pouvait faire payer les riches et porter atteinte aux droits de
propriété sans paralyser l'économie, affaiblir le pays et finalement y
installer le désordre.
Et tout cela, monsieur le président du conseil, pendant qu'à nos portes, Hitler
éructe, réarme, menace, que la guerre s'approche et que les hordes nazis s
'apprêtent à déferler sur nous.
Le programme du Front populaire désarmera le pays à l'intérieur comme à
l'extérieur.
Monsieur le Président du Conseil, plus qu'une faute, votre rêve est un crime.
Chers administrés, chers amis, en 1936
comme hier, célébrer l'armistice devrait être célébrer la paix.
Hélas, la paix de Versailles virtuellement est morte parce qu'on a
laissé Hitler la déchirer.
Hier, on l'a regardé réarmer le Reich, endoctriner et fanatiser son peuple.
Occuper la Rhénanie.
Et demain, empêchera-t-on Hitler d'annexer l'Autriche ?
Oui, d'annexer l'Autriche.
Et après de revendiquer les Sudètes et de dépecer la Tchécoslovaquie.
Et quand il aura pris tout cela, croyez-vous qu'il s'arrêtera là ? Non.
Ce sera alors le tour de la Pologne.
Et il y aura au cœur de l'Europe...
Un colosse surarmé, comment lui résister s'il décide d'user de la force contre
nous ? Voilà ce qui arrivera demain si nous n'exigeons pas dès aujourd'hui, et
si nécessaire, par la force, le respect de la loi internationale. C'est
maintenant qu'il faut relever la tête, ne serait-ce qu'au nom de nos poilus de
1914, afin qu'il ne soit pas mort pour rien.
Vous y êtes allé fort ce matin, Georges.
Vous trouvez que j'y suis allé trop fort ? Un peu trop fort.
Vous êtes comme les autres, Adrien. Vous ne croyez pas à la guerre.
Est-ce que vous avez lu ce bel ouvrage ? Ça s'appelle Mein Kampf.
En français, mon combat, c'est le credo de monsieur Adolf Hitler. Non, mais...
Il n'y a pas de mais, Adrien.
Écoutez plutôt ça.
C'est ce qui nous attend.
Les territoires opprimés ne rentreront pas au sein du Reich par des
protestations enflammées mais par une épée qui frappe fort.
Ou encore ça, l'ennemi mortel de notre peuple, c'est la France.
Ou ça, les anciens territoires allemands redeviendront allemands.
Et je pourrais continuer comme ça à l'infini.
Alors, vous trouvez toujours que j'y vais trop fort ?
Quand Hitler a envahi la Rhénanie, j'étais ministre.
Je les ai vus, moi.
Nos généraux faibles, attentistes, qui refusaient de marcher. Des capitulards,
quoi.
Et au-dessus d'eux, des gouvernants qui, bien sûr, n'attendaient que cela.
Des mots, toujours des mots, surtout pas d'actes.
Et c'est moi qu'on traite de belliciste parce que je voulais une action
militaire immédiate ? Allons.
Voyons, Georges, si vous aviez décidé le gouvernement à agir, les Anglais, eux, n
'auraient pas suivi. Mais c'est faux, Adrien.
Si nous avions agi malgré eux, ils auraient suivi.
À cette époque, Hitler n'avait pas les moyens de résister. Il aurait reculé, il
était fini.
Mais maintenant, nous n'échapperons plus à la guerre.
Vous entendez bien, nous n'échapperons plus à la guerre.
Quand Renaud fut nommé président du conseil, Hitler avait déjà frappé et
notre armée avait volé en éclats.
Renaud fit entrer dans son gouvernement Pétain, Weygand et Mandel.
Il me confia l'intérieur.
Tout était encore possible, j'y croyais, je me battais.
Mes rapports avec Pétain, drôles de rapports.
Je me souviens que le 17 juin 1940, à la sortie du conseil des ministres, Sur le
perron de Matignon, je me suis approché de lui pour prendre rendez-vous.
Mais comment faire, monsieur le maréchal, pour que les réfugiés qui
fuient devant les divisions allemandes n'empêchent pas nos troupes de monter au
front ? Il faut les écarter des grands axes.
Et du parcours essentiel de l'armée.
Mettez des gendarmes à tous les carrefours.
C'est un problème de circulation, de police.
C'est votre rôle de ministre de l'intérieur.
J'entends bien, monsieur le maréchal.
Mais l'état-major veut s'en mêler, je suis obligé d'en tenir compte.
L'état-major ne doit penser qu'à la bataille.
C'est pas toujours ce qu'il fait.
En 1918, nous avons contenu la poussée allemande en utilisant des pigeons
voyageurs.
C'est comme ça qu'on a brisé l'isolement de nos corps d'armée éparpillés par l
'ennemi.
Il n'y a qu'à faire la même chose.
Les pigeons voyageurs.
Monsieur le ministre, je dois partir.
Les gants souhaitent me rencontrer d'urgence.
Il a besoin de conseil.
Ça ne m'étonne pas.
En 1918, quand il était avec Foch, il ne faisait jamais rien sans demander de
conseil.
Végan.
Passez-moi le président du conseil, s'il vous plaît.
Oui, Renaud.
Pétain sort de mon bureau. Il est vraiment sénile.
C'est un mégalomane sénile.
Il rabâche les vieilles recettes.
Il m'a même proposé de ressortir ces vieux pigeons de la guerre 14.
C'est peut-être un jeu, je ne sais pas.
Et pourtant, j'ai été très clair.
Je lui ai fait part de vos résolutions, l'alliance avec Londres, la nécessité
absolue d'installer le gouvernement hors de métropole. Il n'a jamais dit oui, il
n'a jamais dit non.
C'était prévu, monsieur le président du conseil.
J'ai mobilisé 300 taxis pour évacuer les sénateurs et les députés si nécessaire.
Mais on n'en est pas là.
A tout à l'heure.
Comme les réfugiés sur les routes, le gouvernement erra de château en château.
Le 14 juin, les nazis entrent à Paris et le gouvernement est réfugié à Bordeaux.
A la débâcle des troupes s'ajoute celle des chefs.
J'en peux plus.
J'en peux plus, Béatrice.
J'ai dormi plus depuis des semaines.
Oui, et ça n'a servi à rien.
J'ai soutenu Renaud jour et nuit.
J'ai mobilisé tout le monde.
J'ai poussé De Gaulle contre Weygand.
Qu'est-ce que je pouvais faire de plus ? Rien, Georges, rien.
Je reverrai toute ma vie ce Conseil des ministres.
Nous voilà à la rive de Londres.
Il annonce l'accord des Anglais, l'union entre nos deux pays.
Un cabinet de guerre commun.
Je nous vois déjà vainqueurs.
Et Reno démissionne.
Pétain.
Nommé président du conseil.
Pétain, l'homme qui veut l'armistice.
16 juin 1940, Béatrice.
16 juin 1940.
Quelle honte.
Quelle honte ! Chut ! La petite dort.
Pétain nous a écartés du nouveau gouvernement.
Maintenant, il va demander l'armistice. C'est foutu, Béatrice ! C'est foutu !
Entrez.
Le général Spiers arrive de Londres. Il demande à vous voir, monsieur le
ministre. De Londres ? Quelle heure est-il ? 4h30.
Faites-le entrer.
Bonjour, monsieur Mandel.
Bonjour, général.
Enchanté, madame.
Général.
Merci.
Churchill m'envoie.
Il vous attend à Londres.
Il veut qu'une voix française annonce que la lutte continue, que la France
poursuit le combat.
À Londres et à Alger, avec l'Angleterre.
Je suis très flatté, général.
Très honoré.
Mais je ne pense pas être le mieux placé pour incarner la France.
Demandez plutôt à Reno.
C'est à lui de partir.
Elle a refusé.
Chez Mandel, pour nous, vous êtes l'homme de la situation.
Vous avez toujours incarné la résistance.
Votre autorité est intacte. Vous êtes jeune.
La guerre sera longue.
Elle sera mondiale.
Nous la gagnerons.
Vous serez l'âme de la France.
Je devrais, Spiers.
Je pourrais de ce que vous dites.
Il le faudrait même, mais... Pétain va capituler, la France sera trahie,
humiliée, abandonnée.
Le combat doit continuer, je suis sûr de la victoire, mais... Non.
Je ne peux pas, Général.
Je ne peux pas partir.
Vous ne pouvez pas ? Pourquoi ? Mais parce que, parce que...
On croirait que je me sauve.
Que je fuis, que j'ai peur.
Je les entends déjà, le juif Mandel déserte.
Il me ferait un procès en lâcheté, il ruinerait mon crédit. Non, vraiment.
Non, je ne servirai à rien à Londres.
Dites-le à Churchill, je ne peux pas.
Je ne peux pas.
Je vous remercie d'avance, je n'oublierai pas, général.
À bientôt, j'espère.
À très bientôt à Londres, n'est-ce pas ?
Les mâles étaient prêtes.
J'ai tout entendu.
Vous mentez.
Vous vous mentez, Georges.
Juif, ça devient une excuse. Vous n'avez que ce mot-là à la bouche.
Ce n'est pas parce que vous êtes juif que vous ne partez pas en Angleterre.
Regardez enfin la vérité en face.
La vérité... Vous êtes un bourgeois, Georges.
Un grand bourgeois.
Riche. Très riche.
Le Ritz, les domestiques, les industriels, les députés, les banquiers,
les élites.
Voilà votre monde.
Tu ne vois pas le rapport.
Que vous le vouliez ou non, je suis le juif Mandel.
Et si le juif Mandel part, il sera le déserteur Mandel, le traître, le
salioupin ! Mais bon Dieu, mais assumez le risque.
Rompez avec ce milieu, les élites.
Mais elles ne partiront pas, les élites, parce qu'ils sont juifs, mais aucun n
'est juif à part vous.
C'est comme dans Antigone.
Qu'est-ce que ça veut dire ? Tu sais très bien ce que je veux dire.
Désobéir à la loi, savoir partir, rompre, se révolter.
C'est ça que tu dois faire, mais ça tu ne le veux pas.
Tu as tout compris avant les autres, tu as tout dit, mais tu ne feras pas l
'essentiel, rompre.
Tu vas jusqu'à la gare, mais tu ne prends pas le train.
Je sais de quoi je parle, Georges.
Tu sais d'où je viens.
Et encore, m'as-tu épousée ? Non.
As-tu donné une mère à Claude, ton enfant que j'élève ? Non.
Moi, je suis libre, je suis prête à tout.
Pas toi.
Et quand ce pays capitule, tu ne brises pas tes chaînes.
Mais ici, au moins, maintenant, essaie de ne pas te mentir, de ne pas me
mentir.
Ici Radio Diffusion Nationale de l'État français.
Mesdames, Messieurs, Monsieur le Maréchal Pétain, Président du Conseil
des Ministres, vous parle.
Français, à l'appel de Monsieur le Président de la République,
j'assume à partir d'aujourd'hui la direction du gouvernement de la France.
Sûr de l'affection de notre admirable armée, qui lutte avec un héroïsme digne
de ses longues traditions militaires contre un ennemi supérieur en nombre et
en armes.
Sûr que par sa magnifique résistance, elle a rempli nos devoirs vis-à-vis de
nos alliés.
Sûr de l'appui des anciens combattants que j'ai eu la fierté de commander.
Sûr de la confiance du peuple tout entier.
Je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur.
C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat.
Je me suis adressé cette nuit à l'adversaire pour lui demander s'il est
prêt à rechercher avec moi entre soldats, après la lutte et dans l
'honneur.
De Gaulle est parti ce matin à Londres avec Spears.
Je sais.
Il a bien fait.
Un général, bon catholique, avec un nom pareil, lui, il pouvait.
Je vous en prie, Georges.
Veuillez me suivre, monsieur le ministre.
Vous êtes en état d'arrestation, monsieur le ministre.
Arrêtez pour quoi ? Menez contraire à l'ordre public.
Laissez moi finir mes cerises.
Monsieur le ministre, j'attends vos explications.
Des explications ? Je viens de passer 24 heures en prison,
sans motif.
C'est à vous de me fournir des explications.
Vous gouvernez la France, que je sache.
Je ne suis pas sûr d'avoir bien entendu. Je vous serais gré, monsieur le
ministre, de répéter ce que vous venez de dire.
Je répète, monsieur le maréchal, je veux des explications.
J'ai été enfermé 24 heures au mépris de toutes les lois de la République.
et je veux des explications.
Je vous plains d'être à la merci de votre entourage.
Et je plains la France qui vous a pris pour chef.
Il s'agit d'un malentendu. N'en parlons plus, vous êtes libre.
Non.
Je veux des excuses.
De votre main.
Ici et maintenant.
Ça ne convient pas, monsieur le maréchal.
Il faut être plus précis.
Je vais vous la dicter.
Vous ne pouvez pas, monsieur le maréchal.
Laissez, Albert, laissez.
Je vous écoute.
Monsieur le ministre, sur une
dénonciation,
au terme de laquelle un dépôt d'armes
aurait été constitué
en vue d'une opération
dirigée contre le gouvernement.
A l'instigation de Monsieur Georges Mandel, j
'ai fait procéder à l'arrestation
de ce monsieur.
J'ai depuis acquis la conviction que cette dénonciation ne
reposait sur aucun fondement et avait le caractère d'une manœuvre ou d'une...
provocation au désordre.
Je m'en excuse et souhaite vivement
que cette malheureuse affaire n'ait pas de suite.
Philippe Pétain
Monsieur le Maréchal.
Monsieur le Maréchal, comment avez-vous pu ? Il fallait éliminer Mandel, sans
attendre. Je l'ai fait, vous le libérez.
Et il vous humilie.
Monsieur le Maréchal, un juif, c'est insoutenable.
Mais moi, Liber, je découvre la politique.
J'apprends.
Il ne faut jamais dévier de son but, mais parfois il faut savoir reculer pour
mieux gagner ensuite.
Au fond, c'est comme la guerre.
C'est pour ça que ça me plaît et que je me débrouille.
Mais vous, Hélibert, vous êtes un impatient comme vos amis.
Vous brusquez les choses au mauvais moment.
Ils sont tous là, les politicards.
Et vous, vous coffrez Mandel.
C'est comme si vous les coffriez eux, alors ils protestent.
Mais moi, à l'hiver, j'ai encore besoin d'eux.
Maintenant.
Elle n'a eu aucune part.
Mon chéri.
Ah, monsieur l'ambassadeur, je suis très heureux de vous trouver ici.
Je sors du bureau du maréchal. On vous a dit ce qui m'est arrivé ? Oui.
Après votre arrestation, j'ai contacté Londres.
Churchill a été informé.
Nous craignons pour votre sécurité. Mon gouvernement met à votre disposition un
torpilleur pour rejoindre la Grande-Bretagne. Vous pouvez partir ce
soir même.
C'est gentil de craindre pour ma sécurité, mais j'ai là une lettre d
'excuse du maréchal Pétain. C'est un sauf-conduit qui me protège.
Maintenant, nous allons pouvoir organiser la résistance.
De Gaulle à Londres, moi à Alger, Pétain ne sera plus qu'un traître et il ne
pourra plus s'exprimer au nom de la France.
Faites part de tout cela à Churchill, s'il vous plaît.
Surtout remerciez-le et dites-lui que nous nous verrons bientôt.
Nous ne capitulerons pas.
Ma tentative pour gagner l'Afrique du Nord s'acheva par un fiasco total.
Pétain me fit interner au Maroc, puis on me ramena en métropole, et en octobre
1940, je fus enfermé à Chazron, un château.
C'est là que je retrouverai nous.
Mandel.
Mandel.
Transfert, Mandel.
Georges Mandel.
J'applique les ordres, monsieur le ministre.
Vous ne vivez pas dans la réalité, Mandel.
Votre imagination maladive vous crée un monde dans lequel vous vous enfermez. C
'est faux.
D'autres avec moi voulaient continuer la guerre.
Vous réécrivez l'histoire.
Vous étiez acharné, c'est vrai, mais les autres... Les autres ? Ceux qui ne
voulaient pas partir en Afrique du Nord ? Au lieu de les chasser, vous les avez
appelés. Pétain, Laval, toute la clique des capitulards.
Je croyais sincèrement qu'avec Pétain... Il ne fallait pas seulement croire,
Renaud. Encore une fois, il fallait chasser tous les défaitistes et ne pas
remplacer un général nul comme Gamelin par un autre nul comme Weygand. On ne
gouverne pas un peuple en guerre avec des imbéciles.
Vous oubliez que je n'étais plus libre de mes décisions.
Je n'ai rien oublié, Renaud.
Je n'ai surtout pas oublié que vos ministres capitulaires vous ont lâchés.
Et là, vous deviez les révoquer.
Là, vous deviez refaire un cabinet de guerre.
Mais au lieu de ça, vous les avez suivis.
Vous êtes dur, mon cher.
Dur ? L'Europe, le monde sont à feu et à sang, et vous me dites que je suis dur.
Vous ne me détruirez pas.
Vous ne me détruirez pas.
Ici Londres. Les Français
parlent au français.
Les premiers résistants, ceux qui ont recusé l'armistice et la capitulation,
sont en prison.
Au premier rang de ces indomptables patriotes, Georges Mandel.
Ceux qui ont serré la main d'Hitler à Montoir, engagé le pays dans la
collaboration, prétendent aujourd'hui les juger.
Que le peuple de France sache que Georges Mandel, Léon Blum, Paul Reynaud
incarnent dans les cachots de Vichy l'esprit de résistance qui anime la
France libre et son chef, le général de Gaulle.
Et vous jugez papa ? Si le maréchal ose faire ça, ton père saura se défendre. Et
ce sera lui l'accusateur.
L'autre jour, papa m'a dit qu'il était prisonnier politique de guerre.
Et que c'était un grand honneur.
Qu'est-ce que tu fais ? J'apprends un texte. Un overhaul ? Non, non, c'est une
lettre pour ton père. Tiens, souffle-moi si je me trompe.
Hier soir, De Gaulle nous a réunis...
Et il nous a longuement évoqué les heures tragiques de juin 1940.
Vous savez, je suis comédienne. Je ne suis pas obligée de cacher des lettres.
Je peux les apprendre par cœur.
J'ai reçu une lettre d'André. Tu vois qui c'est ? Une lettre de Londres.
Écoute.
Hier soir, de Gaulle nous a réunis.
Il a longuement évoqué les heures tragiques de juin 1940.
Il a parlé de vous.
Il nous a rappelé votre entretien du 13 juin, quand il voulait démissionner du
gouvernement et que vous, Mandel, en avez dissuadé.
Il se souvenait encore de vos paroles.
Nous ne sommes qu'au début de la guerre mondiale, général, vous aurez de grands
devoirs à accomplir, mais avec l'avantage d'être au milieu de nous tous
un homme intact.
Après un long silence, De Gaulle a repris.
C'est à cela qu'a peut-être tenu physiquement parlant ce que j'ai pu
faire par la suite.
De Gaulle, quelle honneur.
Il y a des allemands partout.
Pas peur, s'il y a des allemands ici, c'est parce que nos alliés avancent.
Mais il y en a plein dehors aussi.
Je sais, mais il ne faut pas en vouloir à ces allemands-là, ceux qui me gardent.
Et puis tu sais, il vaut mieux avoir affaire à des ennemis qu'à des traîtres.
Tu comprends ? Alors, ne t'inquiète pas.
Je t'ai toujours dit que nous gagnerons la guerre.
Hitler sera vaincu.
C'est sûr.
Tu tiens toujours ton journal ? L'institutrice m'a dit que tu
travaillais très bien.
C'est l'heure, Claude.
Encore un peu, papa.
Non, c'est l'heure.
Il ne faut jamais se faire rappeler à l'ordre par l'ennemi.
Allez, à jeudi.
Chaserons, Pelloisin, Aubenas, Valslib,
le Portalet.
J'aurai connu toutes les prisons de Pétain.
Aujourd'hui, Orianenburg.
Il fait froid et je suis seul.
Depuis 133 jours, je suis sans nouvelles des miens.
Depuis 4 ans, la même obsession.
Fallait-il prendre le train ? Partir à Londres ? Antigone ?
On ne refait pas le chemin, Béatrice.
Il faut résister.
Pour résister, il faut vivre.
Les Russes à l'Est, les Alliés à l'Ouest, cette fois, c'est la bonne.
Les Allemands sont pris au piège. Ils se défendront jusqu'au dernier.
Oui, je sais, mais moi, je suis convaincu que pour eux, c'est la fin. C
'est le dernier été de la guerre.
Pour moi, ces arbres sont encore comme des murs de prison.
Les alliés libéreront aussi les arbres.
Les murs tomberont.
Et il faudra tout construire après.
Quatre ans.
Je n'arrive toujours pas à comprendre ce qui nous est arrivé.
Le régime était faible, paralysé par les querelles, les ambitions.
Pays divisé, régime épuisé.
Rien à faire, Mandel. Rien.
Ah si.
S'il y avait une chose à faire, une seule.
C'était réussir l'union contre Hitler à n'importe quel prix.
Mais au lieu de ça, nous avons livré la République à la haine.
Et quelle haine ? Vous vous souvenez la phrase de Brasillac, ce n'est pas faire
le procès de la France que de faire le procès de M.
Blum et de M.
Mandel, puisque ni M.
Blum ni M.
Mandel ne sont français.
Les Juifs ont croyé être comme les autres dans cette République.
Ça aurait été mort.
Maintenant, je crois qu'il faudrait un État juif en Palestine.
Je ne crois pas, Léon.
Non, notre avenir est en France.
Cette terre est aussi la nôtre. Moi, je n'ai jamais eu honte d'être juif.
Et puis, partir, c'est donner raison à Pétain.
Non, il faut rester.
Il faudra dire la vérité au pays.
La vérité, mais qui voudra la dire ? Mais surtout, qui voudra l'entendre ?
Rien de neuf sur le front.
Henriot. Quoi, Henriot ? Henriot est abattu par la Résistance.
Henriot assassiné, c'est mauvais pour moi.
Très mauvais.
Tenez bon, Georges, c'est le dernier été de la guerre.
Dites-à Béatrice, dites-à ma fille que je ne regrette rien de ce que j'ai fait,
que je crois avoir bien agi et que quoi qu'il arrive dans les jours qui
viennent, elles n'auront pas rougeur de moi.
Où m'emmenez-vous ? À Paris, si on n'arrive pas à atterrir. Les Américains
ont la maîtrise du ciel.
Vous étiez un proche collaborateur de Clémenceau, M. Mandel ? Oui, j'en suis
fier.
En 1918, nous étions battus. Clémenceau aurait pu entrer à Berlin.
et nous écraser.
Pourquoi m'avez-vous séparé de M.
Léon Blum ? Je ne peux pas vous répondre.
Vous voulez une cigarette ? Je voudrais revenir à Clémenceau.
Il pouvait entrer à Berlin, pourquoi ne l'a-t-il pas fait ? Je ne peux pas vous
répondre.
Qu'est-ce qu'ils veulent de moi ? Rien.
Ils ne veulent rien de vous.
Ils ont d'autres problèmes.
Paris sera bientôt libérée.
Ils vont partir.
On va être pris entre les Américains et les Russes.
Écrasés.
Il ne restera rien de l'Allemagne.
Alors qu'est-ce que je fais là ?
Le ministre de la propagande, Henriot, a été assassiné par la résistance.
C'est Pétain qui m'invite, alors ? Tout craque.
Votre maréchal règle ses comptes, et le Führer croit encore à la victoire
finale.
Si vous savez tout ça, général, vous pouvez arrêter le massacre.
On y a cru.
On a tout accepté.
Tout.
Même l'extermination des juifs.
Comment ? Vous avez bien entendu.
Des millions de morts.
À côté de votre maison à Buchenwald.
Bergen-Belsen, Ravensbrück, Majdanek,
Theresienstadt, Auschwitz.
Il a voulu supprimer tous les juifs.
Laissez-moi seul.
Laissez-moi seul !
Bonjour monsieur, je suis médecin.
Asseyez-vous, s'il vous plaît.
Doucez.
Encore.
Ils me veulent bien pourtant.
Si.
Vous prenez trois pilules maintenant, trois autres ce soir. Je vous laisse le
flacon. Il y a la même chose demain.
Bonjour, monsieur le ministre.
Je tenais à vous dire qui êtes-vous, le directeur de la prison.
J'étais sous vos ordres quand vous étiez ministre de l'intérieur.
Et vous êtes encore là.
Londres, le maquis, ça ne vous a pas tenté, vous.
Obéissance, serment au maréchal, c'était mieux, bien sûr.
Rompre et désobéir, vous ne connaissez pas.
Fonctionnaire.
Cet homme n'a pas changé.
Monsieur le ministre.
Je suis du Médoc, moi aussi.
Mes parents vous aimaient bien, ils allaient à toutes vos réunions.
Vous aimeriez ce qu'ils font là-bas dans le Médoc ?
Qu'est-ce qu'ils font là-bas ? Comme vous.
Moi aussi.
À côté, il y a un condamné politique.
On va l'exécuter, il voudrait que vous parlez avant.
Il y a un trou dans le mur, derrière le lit.
Il faut vous allonger.
Jean Pichon.
Pichon ? Je suis là.
Pichon, délégué syndical. Vous vous souvenez ? Pas vraiment, non.
Votre sortie du ministère en 36 sous les huées, j'étais au premier rang. C'est
fini, Mandel. Vive Blum.
C'était moi.
Oui, je me souviens.
Ils ont coincé le réseau.
Vous avez des enfants ? Oui, trois. Un garçon et deux filles.
Ils viennent me chercher.
Salut, mon père.
Courage, bichon.
L'offensive alliée se heurte encore à une résistance farouche de l'ennemi en
Normandie.
Les allemands reculent et se replient.
Nous serons bientôt libres.
Et papa sera avec nous.
Tu te souviens ? Il m'emmenait souvent ici.
C'est lui qui m'a fait découvrir ce lieu.
Tu te rends compte ? C'est le premier café où ils vendaient du café.
De Mocha.
Il te l'a dit aussi ? Où allons-nous ?
Avicii.
Vous pouvez sortir, il y en a pour un moment.
Vous savez, Monsieur Mandel, quand j'étais barman au Café de Paris, je vous
ai souvent servi ? Excusez-moi.
Et t'es complètement fou, qu'est-ce qui te prend ? Ne t'occupe pas, c'est moi
qui commande. J'ai un ordre de mission, ils sont d'accord des deux côtés. Va
chercher le corps.
Et n'oubliez pas, officiellement c'est un coup des maquisards.
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.