All language subtitles for L'Abécédaire de Gilles Deleuze1

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Original subtitles

C'était avant tout, là, et sur ses pointes, sur ses points de vue de s'être flatte,

se faisait ce trait, la vie, en se remettant de l'âme,

que nous, la vie de plus, nous de plus, en ligne de mort.

Et qu'il ne nous disait pas, le maire, il apprécilait au courant assis,

il a dit, c'est rigolo, c'est, il est très sympathique, très, très, très sympathique.

Il n'est pas clair, il n'est pas tout clair, ça.

Une des phrases les plus belles, je trouve, que je préfère dans ma quête,

c'est un personnage de ma quête, disons, les jeunes.

Je dirais si il y tienne, si il y tienne, si il y tienne,

mais je, je sais très bien le dire comme tout le monde, je ne comprends pas.

Je ne mets rien à dire.

Tu as choisi un abecedère,

tu m'as prévenu des thèmes, et là, je ne sais pas exactement les questions,

c'est bien que moi, j'ai pu réfléchir un peu au thème,

répondre à une question sans avoir un peu réfléchi, c'est pour moi quelque chose de inconcevable, quoi.

Alors ce qui nous sauve, c'est la clause.

La clause, c'est tout ça ne sera utilisé, si c'est utilisable,

ne sera utilisé qu'après ma mort.

Alors, tu comprends ?

Je me sens déjà réduit à l'état de pur archive de Pierre-Henri Boutin,

de feuilles de papier, et ça me remonte beaucoup, ça me console beaucoup,

et presque à l'état de pur esprit.

Je parle, je parle après ma mort,

et on sait bien qu'un pur esprit suffit d'avoir fait tourner les tables

pour savoir qu'un pur esprit, c'est pas quelqu'un

qui donne des réponses très très profondes,

dit très intelligente, c'est un peu sommaire.

Donc tout va, tout va là-dedans.

On commence, ah mais c'est aidé, ce que tu veux.

Bon, alors on commence par A.

Alors A, c'est animal.

Alors animal, on peut reprendre pour ton compte la phrase de W.C. Fields.

Un homme qui n'aime ni les enfants, ni les animaux,

ne peut pas être tout à fait mauvais.

Alors, on va laisser le côté des enfants pour le moment,

mais les animaux familiers, on sait que tu les aimes pas beaucoup.

Enfin, on sait pas, mais je sais que tu les aimes pas beaucoup.

Et là, tu ne reprends même pas la distinction de Baudelaire ou de Cocteau.

Les chasses n'ont pas mieux que les chiens pour toi.

En revanche, tu as un bestiaire à travers ton œuvre

qui est plutôt répugnant, c'est-à-dire outre les faux,

qui sont des animaux nobles.

Tu parles énormément de la tique, du pou,

d'un certain nombre de petits animaux comme ça répugnant.

Et ce que je voudrais ajouter, c'est que les animaux,

en plus, ont beaucoup servi depuis l'Anti-Edit

un concept qui est devenu principal dans ton œuvre

qui est le devenir animal.

Alors je voudrais savoir un peu clairement

quel est ton rapport avec les animaux.

Les animaux, c'est pas...

Ce que tu as dit là sur mes rapports avec les animaux

domestiques, c'est pas animal,

domestique, animal apprivoisé, sauvage,

c'est pas ça qui me soucie.

C'est les chants, les chiens.

Le problème, c'est que ce sont des animaux

familiers et familiaux.

Et c'est vrai que les animaux familiers

ou familiaux qui soient prévoisés, domestiqués,

j'aime pas.

En revanche, les animaux domestiqués,

pas familiaux, pas familiaux, j'aime bien

parce que je suis sensible à quelque chose chez eux.

Alors ce qui s'est passé pour moi,

c'est ce qui se passe dans beaucoup de familles.

J'étais sans chant des chiens

et puis voilà que nos enfants,

enfin ni à moi, amènent dans ces petites mains

un chat qui n'était pas plus grand

que la petite main.

Ils l'avaient trouvé en interna campagne,

ils l'avaient trouvé dans un paillet,

dans je ne sais pas quoi.

Et à partir de ce moment fatal,

j'ai toujours eu un chat à la maison.

Alors qu'est-ce qui m'est déplaisant chez ces...

Enfin, ça n'a pas été un calvaire.

Je supporte.

Qu'est-ce qui m'est déplaisant ?

Je n'aime pas les frotteurs déjà.

Un chat passant en temps à se frotter

à se frotter contre vous.

Je n'aime pas ça.

Un chien, c'est autre chose.

Ce que je reproche fondamentalement au chien,

c'est d'abroyer.

La boite m'en apparaît vraiment

mais le cri le plus stupide.

Dieu qui a des cris dans la nature,

il y a une variété de cris.

L'abroyement, c'est vraiment

la honte du règne animal.

Je supporte en revanche.

Je supporte mieux.

La condition ne soit pas trop longtemps.

Le cri, je ne sais pas comment on dit.

Le hurlement à la lune.

Un chien qui hurle à la lune.

Je supporte mieux que...

À la mort.

Je ne sais pas quoi.

Je supporte mieux que l'abroyement.

Depuis que j'ai appris que les chiens et les chats

fraudaient la sécurité sociale,

mon antipathie a encore augmenté.

Ce que je veux dire, c'est que...

c'est très am...

En même temps, ce que je dis,

c'est complètement idiot.

Les gens qui aiment vraiment les chiens et les chats

ont un rapport avec les chiens et les chats

qui n'est pas humain.

Ils ont avec les chiens et les chats,

par exemple les enfants, on voit bien que les enfants

ont un chat, un rapport qui n'est pas un rapport humain

avec le chat, qui est une espèce de rapport

soit enfant, soit une espèce...

L'important, c'est d'avoir un rapport animal

avec l'animal.

Qu'est-ce que ça veut avoir un rapport animal

avec l'animal, ça ne consiste pas à lui parler.

Mais en tout cas, ce que je supporte pas,

c'est le rapport humain avec l'animal.

Je sais ce que je dis,

parce que je vis une rue là

qui est une rue un peu déserte

et où les gens promènent leurs chiens.

Ce que j'entends m'affmaître

est proprement effarant.

Effarant, la manière dont les gens parlent

leur bête.

Alors, même la psychanalyse remarque.

La psychanalyse est tellement fixée

aux animaux familiers, aux familiaux,

aux animaux de la famille

que tout aime animal

dans un rêve.

Par exemple, dans les rêves,

elle est interprétée par la psychanalyse

comme une image de père, de mère

ou d'enfant.

C'est-à-dire l'animal comme

membre de la famille.

Ça m'étonne, je supporte pas.

Il faut penser à deux chefs d'oeuvre

du douanier Rousseau,

le chien dans la cariola

qui est vraiment le grand-père,

le grand-père à la tapure,

et puis le cheval de guerre,

qui lui est une véritable bête.

La question c'est quel rapport

avez-vous avec l'animal ?

Si vous avez un rapport humain

avec l'animal, mais généralement

encore une fois les gens qui aiment les animaux

n'ont pas un rapport humain avec l'animal,

ils ont un rapport animal avec l'animal

et là c'est très beau.

Même les chasseurs,

même les chasseurs ont un rapport

étonnant avec l'animal.

Oui.

Alors je crois que tu as demandé en plus

les autres animaux.

C'est vrai que je suis fasciné par des mètres

comme les araignées,

l'éthique, les poules, tout ça.

C'est aussi important que les chiens

et les chats.

Et c'est des rapports avec les animaux aussi.

Quelqu'un qui a des éthiques,

qui a des poules,

qu'est-ce que ça veut dire ça ?

C'est des rapports avec les animaux très actifs.

Alors qu'est-ce qui me fascine

dans l'animal ?

Parce que vraiment,

ma haine de certains animaux est nourrie

de ma fascination

pour beaucoup d'animaux.

Si je vais faire le compte

de vaguement me dire

qu'est-ce qui me frappe chez un animal ?

La première chose qui me frappe, je crois, c'est

le fait que

tout animal a un monde.

C'est curieux parce qu'il y a des tas de gens,

il y a des tas de humains qui n'ont pas de monde.

Ils vivent la vie de tout le monde.

C'est-à-dire de n'importe qui, n'importe quoi.

Les animaux, ils ont des mondes.

Un monde animal, c'est quoi ?

C'est parfois extraordinairement restreint.

Et c'est ça qui m'aimait.

Les animaux, ils réagissent

à finalement très peu de choses.

Il y a toutes sortes de choses qui...

Tu m'accoupes si tu vois que

Gilles Deleuze, Bobine II,

une seconde.

Oui, dans cette histoire

ce premier trait de l'animal,

c'est vraiment l'existence

de mondes animaux spécifiques, particuliers.

Peut-être que

c'est parfois la pauvreté

de ces mondes, la réduction,

la caractère réduite de ces mondes

qui m'impressionne beaucoup.

Par exemple,

on parlait tout à l'heure

d'un animal comme la tique.

La tique répond

ou réagit à trois choses.

Trois excitants,

un point c'est tout dans

une nature immense.

Trois excitants, un point c'est tout.

C'est-à-dire, elle tend vers

l'extrémité d'une branche d'arbre

tirée vers la lumière.

Elle peut attendre au bout,

en haut de cette branche.

Elle peut attendre des années

sans manger, sans rien,

là, complètement.

À morphe, elle attend

qu'un ruminant, un herbivore,

une bête

passe sous sa branche.

Puis elle se laisse tomber.

Donc là, c'est une espèce d'excitant olfactif.

Elle sent la tique,

sent la bête

qui passe sous sa branche.

Ça fait deuxième excitant.

Lumière et puis odeur.

Et puis, quand elle est

tombée sur le dos de la pauvreté,

elle va chercher la région

la moins fournie en poil.

Donc là, un excitant tactile.

Et elle s'enfonce sous la peau.

Le reste,

elle sort.

Si l'on peut dire, elle s'en fout complètement.

C'est-à-dire, dans une nature

fourmillante,

elle extrait la sélection de

trois choses.

Et c'est ça ton rêve de vie?

C'est ça qui t'intéresse dans les animés?

C'est ça qui fait un monde.

C'est ça qui fait un monde.

D'où ton

rapport animal

écriture, c'est-à-dire que l'écrivain

pour toi, c'est aussi quelqu'un

qui est un monde?

C'est plus complet que oui.

Il y a d'autres aspects. Il suffit pas

d'avoir un monde pour être un animal.

Ce qui me facilite

complètement,

c'est les affaires de territoire.

Et avec Félix, on a

fait vraiment un concept de

presque un concept philosophique

avec l'idée

de territoire.

Les animaux à territoire, il y a des animaux

sans territoire, bon.

Mais les animaux à territoire, c'est prodigieux.

Parce que

constituer un territoire

pour moi, c'est presque

la naissance de l'art.

Quand on voit comment un animal

marque son territoire, tout le monde

s'est, tout le monde invoque toujours

les histoires de Glande,

Anal, Durine,

lesquels

ils marquent les frontières

de son territoire. Mais ça dépasse

beaucoup ça, quoi.

Ce qui intervient dans le marquage

un territoire, c'est aussi

une série de postures.

Par exemple, se baisser,

se lever.

Une série de couleurs.

Les drilles, par exemple.

Les couleurs des fesses,

des drilles, qu'ils manifestent

à la frontière du territoire.

Que...

couleurs, chants,

postures.

C'est les trois déterminations de l'art.

Je veux dire, la couleur,

les lignes, les postures animales

sont parfois de véritables lignes.

Couleurs, lignes,

chants.

C'est l'art à l'état pur.

Et alors, moi je me dis

quand ils sortent de leur territoire

ou quand ils reviennent dans leur territoire

leur comportement,

les territoires, c'est le domaine

de la voie.

C'est très curieux que ce soit dans la voie.

C'est-à-dire mes propriétés.

Mes propriétés, la manière

de bequette, la manière

de michaud, quoi.

Le territoire, c'est

les propriétés de l'animal.

Et sortir du territoire,

c'est s'aventurer.

Il y a des bêtes qui reconnaissent

leur conjoint.

Ils leur connaissent dans le territoire

mais ils leur connaissent pas

hors du territoire.

Tout ça, c'est des merveilles.

Je ne sais plus quel oiseau.

Je ne sais plus.

Il faut me croire.

Et puis,

alors, avec Phoenix,

là, je sors du coup de l'animal.

Je me souviens d'un problème

philosophique parce qu'on mélange

un peu de tout dans la bécédère.

Je me dis,

on proche parfois au philosophe

de créer

des mots barbares.

Mais moi,

mets-toi à ma place.

Pour des raisons données,

je tiens

à réfléchir à cette notion

de territoire.

Et je me dis, le territoire

me vaut par rapport à un mouvement

dans lequel on en sort.

Il faut donc réunir ça.

J'ai besoin

d'un mot en apparence barbare.

Dès lors,

avec Phoenix, on a construit

un concept que j'aime beaucoup

qui est celui des territorialisations.

On nous dit là-dessus,

c'est un mot dur à dire.

Et puis,

c'est que ça veut dire quel besoin.

Là, c'est un très beau cas où

un concept philosophique ne peut être désigné

que par un mot qui n'existe pas encore.

Même si l'on découvre ensuite

que dans d'autres langues,

il y avait l'équivalent.

Par exemple, ensuite, je me suis aperçu

que dans Melville,

revenait tout le temps le mot

Outlandish.

Et Outlandish,

enfin je prononce mal,

tu corriges le toi-même,

Outlandish, c'est exactement

le déterritorialisé.

C'est un mot à mot.

Alors,

je me dis, pour la philosophie

avant de revenir aux animaux,

pour la philosophie, c'est très frappant.

C'est très frappant.

On a parfois besoin

d'inventer un mot comme barbare

pour rendre compte

d'une notion

un prétention nouvelle.

La notion un prétention nouvelle,

c'est qu'il n'y a pas de territoire.

Sans un vecteur

de sortie du territoire,

il n'y a pas de sortie

du territoire, c'est-à-dire

en même temps un effort pour se

reterritorialiser ailleurs

sur autre chose.

Alors tout ça se joue chez les animaux.

C'est ça qui me fascine.

Ce qui me fascine en gros,

c'est tout le domaine des signes.

Les animaux émettent des signes.

Ils cessent pas d'émettre des signes.

Ils produisent des signes.

C'est-à-dire, au double sens,

ils réagissent à des signes.

Par exemple, une araignée.

Tout ce qui touche sa toile.

Elle réagit pas n'importe quoi.

Elle réagit à des signes.

Et ils laissent des signes. Ils produisent des signes.

Par exemple, les fameux signes.

Est-ce que c'est un signe de loup ?

Est-ce que c'est un loup ? Est-ce que c'est autre chose ?

J'admire énormément les gens qui savent

reconnaître. Par exemple,

les chasseurs, les vrais chasseurs.

Pas les chasseurs de société de chasse.

Mais les vrais chasseurs qui savent reconnaître

l'animal qui est passé par là.

À ce moment-là, ils sont animaux.

À ce moment-là, ils ont avec l'animal un rapport animal.

C'est ça, avoir un rapport animal avec l'animal.

C'est formidable.

Mais c'est cette émission de signe

et cette réception des signes

qui rapproche

de l'écriture et de l'écrivain,

de l'animal ?

Si je vais me dire qu'est-ce que c'est pour

vos cas d'animal, je répondrai

c'est l'être aux aguets.

C'est un être fondamentalement aux aguets.

Mais comme l'écrivain ?

Et l'écrivain, bah l'écrivain, oui,

il est aux aguets.

Le philosophe, il est aux aguets.

Évidemment, on est aux aguets.

Pour moi, l'animal, c'est, tu vois,

les oreilles d'un animal,

il fait rien sans être aux aguets.

On l'a jamais tranquille.

On l'a jamais tranquille, un animal.

Il mange, il doit surveiller

s'il lui arrive dans le dos,

si quelque chose lui arrive dans le dos,

s'il lui arrive à côté, etc.

C'est terrible,

cette existence aux aguets.

Alors, tu fais le rapprochement

avec l'écrivain qu'elle rapportait entre

l'animal et l'écrivain.

En fait, il l'a fait avant moi.

C'est vrai.

Il faudrait presque dire

à la limite un écrivain.

Bien sûr, il écrit pour

délecteur, un écrivain.

Mais qu'est-ce que ça veut dire pour ?

Ça veut dire, à l'intention

d'un écrivain

qui soit...

Il écrit à l'intention

de l'électeur. En ce sens, il écrit pour

délecteur.

Il faut dire aussi que

l'écrivain, il écrit pour des non-lecteurs.

C'est-à-dire pas à l'intention

d'un, mais à la place d'un.

Pour ça veut dire deux choses.

Ça veut dire à l'intention, et puis ça veut dire

à la place. Alors

Artaud a écrit des pages

que tout le monde connaît.

J'écris pour les analphabètes.

J'écris pour

les idiots. Faux-le-Claire

écrit pour les idiots.

Ça veut pas dire pour que les idiots

le lisent. Ça veut pas dire

pour que les analphabètes le lisent. Ça veut dire

à la place des analphabètes.

Je peux dire, j'écris à la place

des sauvages. J'écris

à la place des bêtes.

J'écris à la place des bêtes.

Et qu'est-ce que ça veut dire ?

Ça veut dire, pourquoi

non se dire une chose comme ça.

J'écris à la place des analphabêtes

des idiots, des bêtes.

Eh ben parce que

c'est ça qu'on fait à la lettre

quand on écrit.

Quand on écrit, on mène pas

une petite affaire privée.

C'est vraiment les connards.

C'est vraiment l'abomination

de la médiocrité littéraire

de tout temps, mais particulièrement

actuellement, qui fait croire aux gens

que pour faire un roman, par exemple

il suffit d'avoir une petite affaire privée,

sa petite affaire à soi.

Sa grand-mère qui est morte d'un cancer

ou bien son histoire d'amour

à soi, et puis voilà, et puis on fait un roman.

Mais c'est une honte, quoi.

C'est une honte, mais on sait des choses comme ça.

C'est pas l'affaire privée de quelqu'un à écrire.

C'est vraiment se lancer

dans une affaire universelle.

Et que ce soit le roman

ou la philosophie,

alors qu'est-ce que ça veut dire ça ?

Alors c'est écrire pour, c'est-à-dire

à l'intention et à la place d'eux.

C'est un peu ce que tu disais dans Mil Plateau

à propos de Chandeau, c'est

Hoffmanstahl dans la très belle phrase qui était

l'écrivain est un sorcier parce qu'il vit

l'animal comme la seule population

devant laquelle il est responsable.

C'est ça, c'est absolument ça.

Et pour une maison simple,

je crois que c'est tout simple, c'est pas

ce point du tout des déclarations littéraires,

celles que tu viens de lire de Hoffmanstahl.

C'est autre chose.

C'est qu'écrire c'est forcément

pousser le langage

et pousser la syntaxe

parce que le langage c'est la syntaxe,

c'est pousser la syntaxe

jusqu'à une certaine limite.

Limite qui quoi ?

Que l'on peut exprimer de plusieurs manières,

c'est aussi bien la limite

qui sépare le langage du silence,

que la limite qui sépare

le langage de la musique,

que la limite qui sépare

le langage de quelque chose

qui serait quoi.

Mettons si je dis

le piolement,

le piolement douloureux.

Mais pas la boiement, surtout.

On voit tout de suite, ah non, pas la boiement.

Et encore,

pour y avoir un écrivain qui arrive,

le piolement douloureux,

tout l'on se dit, bah oui,

ma Kafka,

c'est la métamorphose.

Le gérant qui s'écrit,

vous avez entendu, on dirait

un animal.

Piolement douloureux de Grégoire,

ou bien le peuple des souris, on écrit

pour le peuple des souris,

pour le peuple des rats qui meurent.

En effet, c'est contrairement à ce qu'on dit,

c'est pas les hommes qui savent mourir

ou qui meurent, c'est les bêtes.

Et les hommes quand ils meurent,

ils meurent comme des bêtes.

Là, alors on revient au chat,

et avec beaucoup de respect,

j'ai eu parmi les nombreux chats

qui se sont succédés ici.

Il y a un petit chat qui est mort assez vite,

c'est-à-dire j'ai vu ce que beaucoup de gens

ont vu aussi, comment une bête

cherche un coin pour mourir.

S'il y a un territoire pour la mort aussi,

il y a une recherche du territoire

de la mort, du territoire où l'on peut mourir.

Et c'est un petit chat qui essayait

de s'enfoncer dans une anconnure,

dans un angle, etc.

Comme si c'était un endroit bon

pour mourir pour lui.

Oui, en sens,

si l'écrivain c'est bien celui qui pousse

le langage jusqu'à une limite,

limite qui sépare le langage

de l'animalité, qui sépare

le langage du cri, qui sépare

le langage du chant.

À ce moment-là, il faut dire oui,

l'écrivain est responsable

devant les animaux qui meurent.

Il est responsable devant les animaux

qui meurent, c'est-à-dire,

répondre des animaux qui meurent.

Écrire, bon,

à la lettre pas pour eux.

Une fois je vais pas écrire pour mon chat,

pour mon chien, mais écrire à la place

des animaux qui meurent, etc.

C'est porter le langage à cette limite.

Et il n'y a pas de littérature

qui porte pas le langage et la syntaxe

à cette limite qui sépare

l'homme de l'animal. Il faut être

sur cette limite même.

Moi, je crois pas.

Même quand on fait

de la philosophie, c'est simple.

Quand on fait, on est

sur la limite qui sépare la pensée

de la non-pensée.

Il faut être toujours

à la limite qui sépare de l'animalité,

mais justement, de telle manière,

qu'on en soit plus séparés.

Il y a une inhumanité propre au corps

humain

et à l'esprit humain. Il y a des

rapports animaux avec l'animal.

Si on avait fini pour A,

ce serait bien.

Bon, alors on va passer à B.

Alors B, c'est un peu particulier.

C'est sur la boisson.

Voilà.

Alors tu as bu et puis arrêtez

de boire.

Et moi, je voudrais savoir

quand tu buvais, qu'est-ce que c'était

boire ?

C'était du plaisir ?

Ah oui, j'ai beaucoup bu ça.

J'ai beaucoup bu.

J'ai arrêté donc

j'ai beaucoup bu.

Qu'est-ce que c'était ?

C'est pas difficile.

Je crois,

il faudrait interroger

dans le genre qu'on beaucoup bu.

Il faudrait interroger

des alcooliques, tout ça.

Je crois que boire, c'est

l'affaire de quantité.

Pour ça qu'il n'y a pas l'équivalent avec la nourriture,

même il y a des gros mangeurs,

il y a des gens à me manger,

ça va toujours dégoûter, alors c'est pas mon affaire.

Mais

la boisson, c'est une question.

J'entends bien qu'on boit pas n'importe quoi

que chacun buveur

à sa boisson favorite.

Mais c'est parce que c'est

dans ce cadre-là qui saisit la quantité.

C'est affaire de quantité,

ça veut dire quoi ?

On se moque beaucoup

des drogués ou des alcooliques,

parce qu'ils cessent pas de dire

vous savez, moi je maîtrise,

j'arrête de boire quand je veux.

On se moque d'eux, mais c'est parce qu'on

comprend pas ce qu'ils veulent dire.

Moi j'ai des souvenirs très nets,

je voyais très bien ça

et je crois que tous les gens qui boivent

comprennent ça.

Quand on boit,

ce à quoi on veut arriver

c'est au dernier verre.

Boire c'est, c'est à la lettre,

c'est tout faire pour accéder

au dernier verre.

C'est ça qui vous intéresse.

Mais c'est toujours la limite ?

Est-ce que c'est la limite ?

C'est compliqué.

Ça laisse moi te dire.

En d'autres termes,

un alcoolique c'est quelqu'un qui ne

cesse pas d'arrêter de boire.

Je veux dire,

il ne cesse pas d'en mettre au dernier verre.

Alors, qu'est-ce que ça veut dire ça ?

C'est un peu comme,

tu sais, la formule de Pégui

qui est tellement belle,

c'est pas le dernier

Naféa qui répète le premier,

c'est le premier Naféa qui répète

tous les autres et le dernier.

Et bien, le premier verre

il répète le dernier.

C'est le dernier qui compte.

Alors, qu'est-ce que ça veut dire

le dernier verre pour un alcoolique ?

Bon, il se lève le matin,

mettons si c'est un alcoolique du matin,

il y a tous les gens qu'on veut,

si c'est un alcoolique du matin,

il est tout entier,

tendu vers le moment où il arrivera

au dernier verre.

Ce n'est pas le premier,

le second, le troisième qui l'intéresse.

C'est bien plus, c'est malin,

c'est rusé, un alcoolique.

Le dernier verre, ça veut dire ceci,

il évalue,

il y a une évaluation.

Il évalue ce qu'il peut tenir

sans s'écrouler,

il évalue, c'est très variable

après chaque personne.

Il évalue donc

le dernier verre.

Et puis,

tous les autres, ça va être

sa manière de passer et d'attendre

ce dernier.

Et le dernier, ça veut dire quoi ?

Ça veut dire, il ne peut pas supporter

d'en voir plus, ce jour-là.

C'est le dernier qui lui permettrait,

qui lui permettra

de recommencer le lendemain.

Parce que si,

si il va juste au dernier,

au contraire,

qui excède son pouvoir,

c'est le dernier dans son pouvoir.

Si il dépasse le dernier dans son pouvoir

pour arriver au dernier qui excède

son pouvoir, il s'écroule.

À ce moment-là, il est foutu.

Bon, il va à l'hôpital,

ou bien il faut qu'il change d'habitude,

il faut qu'il change d'agence.

Si bien que quand il dit

le dernier verre, c'est pas le dernier,

c'est l'avant-dernier.

Il est à la recherche

de l'avant-dernier.

En d'autres termes, il y a un moment merveilleux

pour dire l'avant-dernier, je crois,

c'est pénultième.

Il ne cherche pas le dernier verre,

il cherche le verre pénultième.

Jamais l'ultime.

Pas l'ultime, pas celui-là.

Le mettrai hors de son arrangement.

Et le pénultième,

c'est le dernier

avant le recommencement

le lendemain.

Donc, je peux dire,

dans l'alcoolique, c'est celui qui dit

et qui ne cesse de dire.

Allez,

c'est ça qu'on entend dans les cafés,

c'est tellement joyeux, les compagnies d'alcooliques

dans les cafés,

on se lasse, pas de les écouter.

C'est celui qui dit toujours. Allez, c'est le dernier.

Et le dernier,

ça va aller d'après chacun.

Et le dernier, c'est l'avant-dernier.

Et c'est celui qui dit aussi, j'arrête demain. Alors, puisque...

J'arrête demain, non, il dit pas, j'arrête demain.

Il dit, j'arrête aujourd'hui

pour pouvoir recommencer demain.

Et là, puisque boire,

c'est ne pas cesser de... cesser

sans arrêt de boire.

Comment on cesse tout à fait de boire,

puisque tu as cessé tout à fait de boire.

C'est trop dangereux.

Là, il me semble que si elle va vite,

Michaud a tout dit,

à mon avis, les problèmes de drogue

et les problèmes d'alcool ne sont pas tellement séparés.

Michaud a tout dit là-dessus.

Il y a un moment où ça devient trop dangereux.

Parce là aussi,

c'est une crête, quand je disais la crête,

entre

le langage et le silence

ou le langage et l'animalité.

C'est une crête.

C'est un masque défilé.

Ça va très bien boire

de se droguer.

On peut toujours faire tout ce qu'on veut,

si ça ne vous empêche pas de travailler.

Si c'est un excitant,

même c'est normal d'offrir

quelque chose de son corps en sacrifice.

Tout à côté,

c'est très sacrificiel,

ces attitudes de boissons,

de drogue,

quand on offre son corps un sacrifice, pourquoi ?

Sans doute parce qu'il y a quelque chose de trop fort

qu'on ne pourrait pas supporter

sans l'alcool.

Ce n'est pas la question de supporter l'alcool.

C'est peut-être ce qu'on croit voir,

ce qu'on a besoin,

ce qu'on croit voir, ce qu'on croit éprouver,

ce qu'on croit penser,

qui fait qu'on éprouve le besoin

de pour pouvoir le supporter.

Pour pouvoir le maîtriser.

On a besoin d'une aide,

d'alcool, de drogue, etc.

Deuxième table.

Alors, effectivement,

la frontière,

elle est très simple.

Voilà que

boire,

droguer, tout ça,

est censé

presque

rendre possible

quelque chose de trop fort,

même si on doit le payer après,

c'est bien. Mais en tout cas,

c'est lié à ceci,

travailler, travailler.

Et puis, c'est évident

que lorsque tout se renverse

et que boire empêche de travailler,

que la drogue

devient une manière de ne pas travailler,

c'est le danger absolu.

Ça n'a plus aucun intérêt.

Et en même temps,

on s'aperçoit de plus en plus

que l'on croyait

l'alcool nécessaire,

ou la drogue nécessaire.

Peut-être qu'il faut être passé par là

pour s'apercevoir que

tout ce qu'on a cru faire

grâce à elle,

ou grâce à l'alcool,

on pouvait le faire sans.

Donc, j'admire beaucoup la manière

d'en m'y chaudir, d'y maner.

Tout ça, c'est...

Il arrête.

Alors moi, j'ai moins de mérite

parce que j'ai arrêté de boire

pour des raisons de

respiration, de santé, etc.

Mais c'est évident qu'il faut arrêter

ou qu'il faut s'en passer.

La seule petite justification possible,

c'est si ça aigle le travail,

même si on doit le payer physiquement après.

Mais de plus en...

Plus on vint,

plus on se dit que ça aide pas le travail.

Donc...

Il faut être beaucoup drogué,

il faut avoir beaucoup bup

pour s'en passer dans un état

tout pareil.

Et d'autre part,

tu dis,

quand on boit, il faut pas que ça empêche le travail,

mais c'est qu'on a entrevue quelque chose

que la boisson aidait à supporter.

Ce quelque chose, c'est pas la vie.

Alors là, il y a la question, évidemment,

sur les écrivains que tu aimes beaucoup.

Oui, c'est la vie.

C'est quelque chose de trop fort dans la vie.

C'est pas du tout quelque chose forcément de terrifiant,

c'est quelque chose de trop fort.

C'est quelque chose de trop puissant dans la vie.

Alors on croit d'une manière un peu idiote

que boire va vous mettre

au niveau de ce quelque chose de plus puissant.

Si tu prends toute la ligne,

il y a des Américains,

des grands Américains.

Des Fitzgeralds...

Ce que j'admire le plus,

c'est Thomas Wolff.

Tout ça, c'est une syrie d'alcoolique.

En même temps,

c'est ça qui leur permet

sans doute qu'il les aide

pour percevoir quelque chose

de trop grand pour eux.

Oui, mais c'est aussi parce que eux

avaient aperçu quelque chose

de la puissance de la vie

que tout le monde ne peut pas apercevoir,

qu'on avait senti quelque chose de la puissance de la vie.

C'est ça, évidemment.

C'est pas l'alcool qui te le fera sentir.

Il y avait une puissance de la vie

profonde pour eux, mais que le seul pouvait apercevoir.

Tout à fait d'accord, ça.

Et l'horreur est pareil.

Tout à fait d'accord, bien sûr.

Ils ont fait une œuvre et bon,

qu'est-ce qui a été l'alcool pour eux?

Bon, ça a été...

Ils ont risqué. Ils ont risqué le coup

parce qu'ils ont pensé à toi

à raison que ça les aide.

Moi, j'ai eu le sentiment

que ça m'aidait à faire des concepts.

C'est bizarre.

À faire des concepts philosophiques,

oui, ça m'a aidé.

Et puis je suis aperçu que ça m'a aidé plus

ou que ça m'a aidé en danger,

ou que j'avais plus envie de travailler.

À ce moment-là, ils font danser.

C'est tout simple.

Et ça, c'est plutôt une tradition américaine,

parce qu'on connaît pas beaucoup d'écrivains français

qui confient leur penchant pour l'alcool.

Et en plus, on a assez de mal.

Il y a quelque chose qui fait partie

des écritures.

Oui, mais les écrivains français,

c'est pas la même vision de l'écriture.

Je sais pas si j'ai été marqué tellement

par les américains.

C'est une question de vision.

C'est des voyants.

Ils y ont considéré que la philosophie,

l'écriture, c'est un peu une question

de mettre en tout vraiment

de manière modeste,

voir quelque chose

que les autres ne voient pas.

Ce n'est pas tout à fait la conception

française de la littérature.

Il y a eu beaucoup d'alcooliques aussi

en France.

Mais ça reste plutôt d'écrire les alcooliques

en France.

Il y a beaucoup de difficultés.

On connaît pas non plus

beaucoup de philosophes qui confient

leur penchant pour l'alcool.

Verlaine, il habitait ruinolais,

tout à côté d'ici.

Quand je prends la ruinolais,

je me dis que sans doute

c'était le parcours de Verlaine

pour aller au café pour son absinthe.

Ils savent l'avoir habité

à l'appartement minable.

Les poètes et l'alcool,

on connaît mieux.

Les plus grands poètes français

qui traînaient ruinolais.

C'est une merveille.

Au bar des amis ?

Oui, sans doute.

Les poètes, oui.

On sait qu'il y a eu

plus d'étiliques.

On a fini avec l'alcool.

On a fini d'y baider.

Qu'est-ce qu'on va vite ?

On va passer à C.

C, c'est vaste.

C, c'est C comme culture.

Oui, pourquoi pas.

Alors voilà.

C'est quelqu'un qui ne te dit pas cultiver.

C'est-à-dire que tu dis

que tu lis,

que tu ne vois les films,

que tu regardes les choses,

que pour un savoir précis,

celui dont tu as besoin

pour un travail défini, précis,

qui est celui que tu es en train de faire.

Mais en même temps,

tu es une personne qui,

tous les samedis, va à une exposition

ou va avoir un film

du grand domaine culturel.

On a l'impression qu'il y a une pratique,

une espèce d'effort vers la culture,

que tu systématises et que tu as

une pratique culturelle.

C'est-à-dire que tu sors,

tu fais un effort, tu tends

à te cultiver. Et pourtant,

je répète, tu dis que tu n'es pas du tout cultiver.

Alors comment tu expliques

ce petit paradoxe ?

Tu n'es pas cultiver ?

Non, à ce que je veux dire

quand je veux dire les faits,

quand je veux dire toi,

je ne m'invite pas,

vraiment, je ne m'invite pas du tout

comme un intellectuel.

Et je ne m'invite pas comme quelqu'un de cultiver

pour une raison simple, c'est que quand je vois quelqu'un

de cultiver, je suis effaré.

Je ne suis pas tellement admiratif,

je suis admiratif à certains égards,

à d'autres pas du tout, mais je suis effaré

quelqu'un de cultiver.

Ça se remarque quand même quelqu'un de cultiver.

C'est à savoir,

mais à savoir effarant surtout.

Quelqu'un de cultiver,

on voit que ça,

enfin on en voit beaucoup chez les intellectuels,

mais ils savent tout,

enfin ils savent tout, c'est pas.

Ils sont au courant de tout.

Ils savent l'histoire de l'Italie

à l'arbeissance,

ils savent la géographie

du Pôle Nord,

ils savent

enfin on ferait toute la liste,

ils savent tout, ils peuvent parler tout,

ils peuvent, c'est abominable.

Quand je dis que je suis cultiver

d'un intellectuel,

je veux dire une chose très facile,

c'est que je n'ai aucun savoir

de réserve.

Au moins là, je n'avais pas de problème

à ma mort,

à pas chercher ce que j'ai appublié.

Rien. Rien, mais

j'ai aucune réserve,

j'ai rien, j'ai aucune

provision, j'ai aucun savoir

provisionnel. Et tout ce que j'apprend,

je l'apprend pour

telle tâche.

Et la tâche faite, je l'oublie

si bien que si 10 ans après

je suis forcé, alors ça me donne

beaucoup de joie, si je suis forcé

d'en me remettre dans quelque chose de voisin

ou dans le même sujet, je dois commencer

à zéro. C'est

sauf quelques quatre erreurs,

parce que Spinoza est dans mon coeur,

alors lui je n'oublie pas, c'est mon coeur,

c'est pas ma tête, mais sinon

alors

pourquoi je n'admire pas ça,

à part cette culture efférante ?

C'est des gens qui parlent.

C'est de l'érudition, c'est une opinion sur tous les sujets ?

Non, c'est pas de l'érudition,

ils savent, ils savent, ils savent

en parler, ils ont d'abord voyagé,

ils ont voyagé dans l'histoire,

dans la géographie, ils savent

ils peuvent parler de tout.

Moi j'ai entendu à la télé, c'est effarant,

j'ai entendu des noms,

alors comme je suis plein d'admiration,

je peux même dire,

des gens comme

Ecco, Berto Ecco,

c'est prodigieux.

Moi quand on lui dise, bon,

ça y est, c'est comme si on appuyait, c'est un truc,

il le sait en plus,

c'est pas du tout.

Alors je ne peux pas dire que j'ai envie ça,

je suis effaré, mais j'ai envie pas

ça du tout. Sur d'une certaine

manière, je me dis la culture, c'est quoi,

c'est qu'on signe beaucoup à parler.

Je peux pas remercier,

surtout maintenant que je fais plus de cours

que je suis à leur traite,

parler, je me dis de plus en plus,

parler, c'est un peu sale.

C'est un peu sale, l'écriture, c'est propre,

l'écriture, c'est propre, mais parler,

c'est sale. C'est sale parce que

c'est faire du charme.

C'est faire du charme,

j'ai jamais supporté l'école Loc,

depuis, j'ai été à l'école Loc,

quand j'étais tout jeune, j'avais pu supporter

l'école Loc. Je voyage pas, pourquoi

je voyage pas parce que

les intellectuels, moi je voyagerais bien

si, enfin donc, je voyagerais pas

ma santé me l'interdit.

Mais

les voyages des intellectuels,

c'est la bouffaudrie, quoi.

Ils vont, ils voyagent pas,

ils se déplacent pour parler.

Alors ils parlent à l'endroit

où ils parlent, pour aller à un autre endroit

où ils vont parler. Et puis

même à déjeuner, ils vont parler

avec les intellectuels de l'endroit.

Ils vont pas arrêter de parler.

Je supporte pas parler,

parler, parler, je supporte pas.

Alors

comme avant ma vie, il me semble

que la culture est quand même très liée

à la parole.

En ce sens, alors je

ai la culture, je peux pas

le supporter. Mais ça, on y reviendra

à la séparation, l'écriture propre

et la parole sale, parce que quand même

t'as été un très grand professeur

et la séduction.

Mais ça, on y reviendra, puisqu'il y a

de l'être paix, à ton

travail de professeur.

Et ça, on aura l'occasion de reparler

de la séduction.

Gilles Deleuze, bobine 5.

Une seconde.

Vas-y.

Alors moi, je voudrais revenir quand même

à cette chose que tu as un peu élu

d'aie, qui est cet effort, cette discipline

que tu t'imposes, même si

tu n'en as pas besoin, en fait

de voir, je sais pas, admettons

dans les 15 derniers jours

l'exposition de Polk

au musée d'art moderne.

Tu vas quand même assez souvent

pour pas dire hebdomat d'hermand

voir un grand film, voir une

exposition de peinture.

Alors, t'es pas erudite, t'es pas

cultivé, t'as aucune

admiration pour les gens

cultivés comme tu viens de le dire.

Alors, à quoi ça correspond, cette pratique,

cet effort ?

C'est du plaisir ?

Je pense, non. Oui, bien sûr

c'est du plaisir. Enfin, c'est pas

toujours du plaisir. Mais je pense

que le rastissement devrait être aux

ingailles.

Je crois pas la culture

certaine manière, mais

ce que je crois c'est

au rencontre.

Et les rencontres,

ça se fait pas avec

des gens.

Les gens, ils croient toujours que c'est

des gens que ça se fait les rencontres

si bien que c'est terrible.

Là, ça fait partie de la culture, les intellectuels

qui se rencontrent entre eux.

Cette saleté de colloque, tout ça, tout c'est

enfin, c'est un famille.

Mais les rencontres, ça se fait pas avec

les gens, ça se fait avec des choses,

ça se fait des hommes, je rencontre

un tableau, oui ça, je rencontre

un verre de musique,

je rencontre une musique, ça, oui

je comprends que ça veut dire

faire une rencontre. Quand les gens

ils veulent y joindre en plus une rencontre

avec eux-mêmes, avec les gens,

ça ne va plus du tout.

Ce n'est pas de la rencontre ça.

C'est pour ça que les rencontres sont tellement

décevantes, c'est toujours des catastrophes

les rencontres avec les gens.

Mais moi, comme tu dis, quand je vais le samedi

le dimanche au cinéma,

je suis pas

sûr de faire une rencontre,

mais je pars un peu, je suis aux

agais pour, est-ce qu'il n'y a pas

un matière à rencontre, un tableau,

un film, alors c'est formidable,

c'est... je prends l'exemple

pas ce pour moi.

Dès qu'on fait quelque chose, il s'agit

d'en sortir, il s'agit à la fois

d'y rester et d'en sortir.

Alors, rester dans la

philosophie, c'est aussi comment sortir

de la philosophie.

Mais sortir d'un philosophie,

ça ne veut pas dire faire autre chose.

C'est pour ça qu'il faut

sortir en restant dedans.

Euh...

C'est pas faire autre chose, c'est pas

faire un roman.

D'abord, j'en serai incapable,

mais même j'en serai capable, je crois que ça ne me

dirait absolument rien. Je vais

sortir de la philosophie par la philosophie.

C'est ça qui m'intéresse, c'est ça.

C'est-à-dire?

Je prends l'exemple,

comme tout ça, c'est après ma mort,

je peux être sans modesty.

Je viens de faire un livre

sur

un grand philosophe,

qui s'appelle Leibniz,

et en insistant sur

une notion, bon, qui

paraît importante chez lui,

mais qui est très importante pour moi,

qui est le pli, la notion de pli.

J'estime avoir fait

un livre de philosophie.

Bon, sûr, cette notion un peu bizarre

de pli.

Qu'est-ce qui m'arrive là dessus?

Je reçois,

je reçois des lettres, comme toujours,

mais des lettres, bon.

Il y a des lettres insignifiantes,

même si elles sont charmantes et chaleureuses

et qu'elles me touchent beaucoup.

Des lettres qui me disent, bon,

très bien, c'est des lettres

intellectuelles

qui ont aimé au premier

ce livre.

Et puis je reçois deux lettres,

ou à la lettre, deux cent de lettres,

ou je me frappe les yeux.

Il y a des lettres de gens qui me disent,

mais votre histoire de pli

c'est nous.

C'est nous.

Et je m'aperçois que c'est

des gens qui font partie d'une association

qui groupe 400 personnes en France

actuellement, ils vont peut-être augmenter.

C'est l'association des pliheurs

de papier.

Et ils ont une revue,

ils m'envoient la revue

et me disent, mais on est complètement d'accord.

Ce que vous faites, c'est aussi

ce qu'on fait d'eau.

Bien, je me disais,

ça, ça, je n'ai qu'à dire.

Là-dessus, je reçois d'autres sortes de lettres.

Et ils parlent exactement la même manière.

Ils disent le pli c'est d'eau.

Mais c'est une telle merveille.

D'abord, ça me fait penser

à Platon. C'est dans Platon,

les philosophes, pour moi,

c'est pas du tout des

gens abstraits, c'est des grands écrivains

et des grands auteurs très concrets.

Chez Platon, il y a

dans la joie, c'est qu'un

et qui est sans doute lié au début de la philosophie.

Mais on reviendra peut-être là-dessus.

Le thème de Platon,

il donne une définition.

Par exemple, qu'est-ce que c'est que le politique?

Le politique, c'est le

pasteur des hommes.

Et là-dessus, il y a plein de gens qui arrivent

en disant, ben vous voyez bien, le politique, c'est nous.

Par exemple, le berger arrive

en disant, et ben moi, j'habille

les hommes. Je suis donc le vrai pasteur

des hommes. Le boucher arrive,

dis-moi, je douris les hommes. C'est moi le pasteur

des hommes. Les rivaux

arrivent.

Mais au moins, j'ai fait un peu

cette expérience. Voilà, les pliheurs

de papier qui arrivent en disant, le pli, c'est nous.

Les autres

dont je parlais, là, qui m'envoient

exactement le même type de lettre, c'est pas tant,

c'est les surfeurs.

À première vue, aucun rapport

avec les pliheurs de papier.

Les surfeurs, ils disent,

mais on est

complètement d'accord, nous, parce que, qu'est-ce qu'on fait ?

On ne cesse pas de s'insiduer

dans les plis de la nature.

Pour nous, la nature,

c'est un ensemble de plis mobiles.

Alors, on s'insidue

dans le pli de la vague.

Habiter le pli de la vague, c'est

un tâche à nous.

Habiter le pli de la vague, et en

défaille, ils en parlent empiriquement,

c'est des gens, tout à fait,

ils pensent, ils se contentent pas

de surfer, ils pensent ce qu'ils font.

On en reparlera aussi, peut-être,

avec, si on arrive à

un haut sport, un jour, à S,

on en reparlera.

Mais ça, on était

partis de la rencontre.

Alors, ça, c'est des rencontres.

Quand je dis, sortir de la philosophie,

par la philosophie,

je dis, ça, on n'a

dit tout le temps arrivé, parce que

c'est des rencontres.

J'ai rencontré les pliheurs de papier.

Je n'ai pas besoin de les voir, d'ailleurs.

On serait déçus, sans doute,

je serais déçu, ils seraient encore plus déçus.

Pas besoin de les voir.

Mais j'ai fait

une rencontre avec le surf,

avec les pliheurs de papier.

Je suis sorti de la philosophie,

par la philosophie.

C'est ça, une rencontre.

Alors, je pense que les rencontres,

quand je vais voir une exposition,

c'est-à-dire, je suis

quoi, aux aguets, à la recherche

d'un tableau qui me touche,

de la tableau qui m'émeut.

Quand je vais au cinéma, je ne vais pas

au théâtre, parce que le théâtre, c'est trop long,

c'est trop discipliné, c'est trop,

c'est trop épuisant.

Ça ne m'apparaît pas un art tellement,

sauf dans certains cas, sauf

Bob Wilson et

Carmelo Benet.

Je n'ai pas le sentiment que le théâtre

soit très, très emporté sur notre époque.

Mais

sauf ces cas extrêmes.

Mais rester 4 heures

si sur un mauvais fauteuil, je ne peux plus

n'apporter des raisons de santé, donc

ça liquide le théâtre, ça pour moi.

Mais, oui, ça a une exposition

de bâti au cinéma, mais

j'ai toujours l'impression que

au biais, je risque

de faire la rencontre avec une idée.

Oui, mais il n'y a

aucune, enfin, le film par distraction,

ça n'existe pas.

C'est pas de la culture, mais il n'y a pas de distraction.

C'est-à-dire que tout est inscrit

dans un travail, le futur.

Non, ce n'est pas un travail.

Je veux dire, c'est des aguets.

Je dis aux aguets de quelque chose

qui passe en me disant, t'sais, est-ce

que ça me trouble ?

Ça m'amuse beaucoup, c'est très amusant.

Mais c'est pas Edi Murphy

qui va te troubler.

C'est pas...

Edi Murphy, c'est un comique américain

dont les derniers films

sont des véritables succès

publics.

Tu regardes que Benille a la télévision.

Oui, Benille, ça m'intéresse.

Oui, ça m'intéresse.

Ça donne que c'est pas...

Je ne suis pas forcément des choses

insurments très bonnes d'Hermuel.

Ça a des raisons de m'intéresser.

Mais quand tu sors, c'est pour une rencontre.

Quand je sors, s'il n'y a pas

d'idées à en tirer, s'il ne me dit pas.

Ah ben, il avait une idée.

Qu'est-ce que c'est les grands cinéastes ?

Mais ça vaut aussi pour les cinéastes.

Moi, ce qui me frappe dans la beauté,

par exemple, je prends un grand

comme Minali

ou comme Lozé.

Mais qu'est-ce qui me touche

l'incident ?

Ils sont poursuivis par des idées, une idée.

Ah ben ça, tu entrailles le brûlé

mon lit.

Tu entrailles le brûlé mon lit, arrête tout de suite.

On arrête là-dessus.

Mais c'est ça qui me semble être une rencontre.

On fait des rencontres avec les choses,

avant d'en faire avec les gens.

Et en ce moment, t'en fais beaucoup

de rencontres pour parler d'une période

culturelle précise.

Ah ben oui, je viens de le dire.

Les plieurs et les surfeurs,

qu'est-ce que tu veux être plus beau ?

Ça, c'est pas des rencontres avec les intellectuels.

Tu vois, je fais pas de rencontres avec les intellectuels.

Mais si je rencontre un intellectuel,

c'est pour d'autres raisons que je l'aime

et que je fais de rencontres avec lui.

C'est pour ce qu'il fait, son travail actuel,

son charme et tout ça.

On fait des rencontres avec ces éléments-là,

avec le charme des gens,

avec le travail des gens,

mais pas avec les gens.

On n'a rien à en foutre des gens.

Mais rien du tout.

En plus, ils peuvent frotter comme les chats.

Oui, il y en a ça,

sinon que le frôlement et l'abroiement,

c'est terrible.

Alors on reprend sur les périodes riches

et les périodes pauvres de la culture.

Et en ce moment, tu trouves que c'est

une période pas tellement riche,

enfin je te vois très souvent t'agacer

devant la télévision,

devant les émissions littéraires,

que nous ne citerons pas,

au moment où ça sera diffusé,

les noms seront différents.

Est-ce que tu trouves que c'est une période riche

ou une période particulièrement pauvre,

celle que nous vivons ?

C'est pauvre.

C'est pas du tout croissant,

mais ça peut rire.

Oui, je me dis,

à mon âge,

c'est pas la première fois qu'il y a

des périodes pauvres.

Je me dis,

qu'est-ce que j'ai vécu

depuis que j'ai un âge

de m'enthousiasmer un peu.

J'ai vécu la libération.

La libération,

c'était

la période des périodes les plus riches

qu'on puisse imaginer.

On découvrait

ou on redécouvrait tout.

À la libération,

il y avait eu la guerre, c'était pas rien,

c'était pas de la tarte.

On découvrait tout,

le roman américain,

il y avait les sujets de monde

de la découverte,

il y avait Sartre,

on peut pas imaginer ce qu'il y a été,

je veux dire intellectuellement,

ce qu'on découvrait

ou redécouvrait en battue, etc.

Il faut comprendre des trucs

comme la grande polémique,

faut-il brûler Kafka,

tout ça, c'est

inimaginable,

et ça paraît un peu enfantin aujourd'hui,

mais c'était vraiment une atmosphère créatrice,

c'était une atmosphère

très très fort.

Et puis j'ai connu le

avant 68, qui était une période

extrêmement riche,

jusqu'à un peu après 68.

Alors qu'entre-temps,

il y a des périodes pauvres,

c'est très normal.

Ce n'est pas le fait

de la pauvreté qui est dansée,

c'est l'insolence

ou l'impudence de ceux qui occupent

les périodes pauvres.

Ils sont beaucoup plus méchants

que les gens géniaux

qui s'adiment dans les périodes riches.

Ils sont géniaux aux bonnes enfants,

parce que moi et l'autre jour,

je voyais justement, on parle de la polémique Kafka,

la libération, je voyais Alexandre Machin,

qui était très très contente,

plus qu'ils sont bêtes,

plus qu'ils sont contents,

puisque c'est

ce qui considère que

l'invention n'en revient à ça,

que la littérature, c'est une petite affaire privée.

Si on considère ça,

il n'y a pas besoin de lire Kafka,

il n'y a pas besoin de lire grand-chose,

puisque si on a un joli bras,

on est par nature légal de Kafka.

Ce n'est pas du travail,

ils ne font pas du travail.

Je veux dire, comment expliquer

pour prendre des choses plus sérieuses

que ces jeunis sauts.

J'ai été voir il n'y a pas longtemps

au Cosmos Films.

– À Marjanov ? – Non,

à Marjanov, c'était admirable.

Mais un film très émouvant

d'un russe

qui a fait

son film il y a 30 ans

et puis il vient de passer seulement.

– De la Colosselle ? – La Colosselle.

– La Colosselle.

Il m'a dit quelque chose qui m'a parlé extrêmement émouvant.

C'est que

ce film était très, très bien.

Très bien, très bien, on peut pas bien.

Parfait.

Mais on se disait avec

terreur ou avec une espèce de compassion

que c'était un film

comme

les Russes en faisaient

avant-guerre.

– Du Tandaisenstein ? – Du Tandaisenstein

de Dovchenko, que c'était.

Tout y a été.

Le montage parallèle, notamment.

Le montage parallèle sublime, etc.

C'est comme si rien ne s'était passé

depuis la guerre.

Comme si rien ne s'était passé

dans le cinéma.

Et je me disais, c'est forcé.

Le film est bon, voilà.

Mais il faisait très étrange.

– Le traiter. – À cause de ça.

S'il était pas très bon, c'était à cause de ça.

C'est à la lettre

quelqu'un qui avait été tellement seul

dans son travail

qu'il filmait comme on filmait

il y a 20 ans.

Plutôt, c'est pas que ça était mal.

Mais justement, c'était très bien.

Il s'était prodigieux il y a 20 ans.

Et

tout ce qui s'était passé

depuis,

il n'avait pas su.

Je veux dire,

il avait grandi dans un désert.

C'était terrible. Traverser un désert,

c'est pas grand-chose.

Traverser un désert, c'est pas grand-chose.

C'est une période de désert.

Ce qui était libre, c'est d'être dedans.

C'est grandir dans un désert.

Ça, c'est affreux.

Je suppose, parce qu'on doit avoir

une impression de solitude.

– Pour les gens qui ont 18 ans maintenant,

par exemple. – Ah oui.

Surtout que tu comprends que quand les choses,

c'est ça dans les périodes.

Quand les choses disparaissent,

personne s'en aperçoit.

Pour une raison simple, c'est que quand

quelque chose disparaît,

ça ne manque pas.

La période stalinienne

a fait disparaître la littérature

russe.

Mais les Russes ne sont pas perçus.

Je veux dire,

le gros des Russes,

l'ensemble des Russes, ce ne sont pas perçus.

Une littérature qui a été

une littérature bouleversante

dans tout le 19e siècle disparaît.

J'entends bien, bon,

on nous dit maintenant

il y a les dissidents, etc.

Mais au niveau du peuple,

d'un peuple russe, sa littérature

a disparu.

Sa peinture a disparu,

et personne s'en aperçut.

Aujourd'hui,

aujourd'hui, on se rend compte

de ce qui se passe aujourd'hui.

Mais tant, il y a évidemment

des nouveaux jeunes gens qui

surment ont du génie.

Je pense, supposons, c'est une

mauvaise expression, mais supposons

les nouveaux bequettes.

Les nouveaux bequettes d'aujourd'hui.

Je crois qu'il y a des nouveaux philosophes.

Oui, il s'agit pas de ça.

Mais les nouveaux bequettes

aujourd'hui,

supposons qu'on ne les publie pas.

Après tout, bequettes

a bien failli par les publier.

C'est évident que rien

ne manquait.

Par définition,

un grand auteur ou un génie,

c'est quelqu'un qui apporte

quelque chose de nouveau.

Si ce nouveau apparaît pas,

sa jeune personne,

sa banque à personne, pis on en avait

aucune idée.

Si Kafka

n'avait pas été publiée, on peut pas dire

que Kafka mancrait.

Si l'autre avait brûlé tout Kafka,

personne

pourrait dire, ah, comme ça nous manque,

pis on n'aurait aucune idée

de ce qui a disparu.

Si les nouveaux bequettes aujourd'hui

sont eu

ou sont empêchés d'être publiés

par le système actuel de l'édition,

on pourra pas dire

ah, comme ça nous manque

si on se faisait.

J'ai entendu une déclaration,

je crois dans ma vie

la plus impudente

qui soit, j'ose pas dire

qui on la prêtait dans un journal,

surtout que c'est jamais sûr,

c'est quelqu'un qui avait l'édition

qui osa dire

oh, mais vous savez, aujourd'hui

on risque

plus de faire des erreurs

comme

Gallimard

refusant Proust

car, avec les moyens qu'on a

aujourd'hui

chercheurs de tête, les chasseurs de tête

on rêve, on croirait

mais les moyens qu'on a aujourd'hui

pour trouver les nouveaux Proust

et les nouveaux bequettes

autant dire qu'on aurait un compteur gère

et que le

nouveau bequette, c'est-à-dire quelqu'un

de parfaitement inimaginable

puisqu'on sait pas

qu'il nous apporterait de nouveau

il rendrait un sens

si on le

il faisait pas assez

alors qu'est-ce qui définit la crise

aujourd'hui, c'est tous ces conneries

la crise aujourd'hui

je la vois liée à 3 choses

mais elle duquera pas ça

je suis très optimiste

c'est ça qui définit une période de désert

c'est d'abord que les journalistes

ont conquis la forme livre

les journalistes sont toujours écrives

je trouve très bien que les journalistes écrivent

mais pendant longtemps quand les journalistes

se sont mis à faire un livre

ils ont estimé qu'ils passaient à une autre forme

c'est-à-dire que c'était pas la même chose

qu'écrire leur article de journal

on peut même considérer que pendant longtemps

c'était les écrivains qui étaient journalistes

mal armés, pouvaient faire du journalisme

mais l'inverse ne se produisait pas

là c'est l'inverse, le journaliste

en tant que journaliste, on croit qu'il a formé un livre

c'est-à-dire qu'il trouve très normal

de faire un livre comme ça

qui soit à peine un article de journal

c'est pas bon ça

la deuxième raison c'est

que c'est généralisé

l'idée que chacun pouvait écrire

parce que l'écriture

était la petite affaire de chacun

alors

avec des archives de famille

soit archive écrite soit archive

soit archive dans la tête

tout le monde a eu une histoire d'amour

tout le monde a eu

comme une fois le grand-mère malade

une mère qui mourrait dans des conditions affreuses

on se dit ça fait un roman

ça c'est que ça fait pas du tout un roman

mais vraiment pas du tout

alors

et puis

la troisième raison

c'est que

je comprends

les vrais clients ont changé

et qu'on s'en aperçoit à peine

sauf les gens sauf bien sûr

vous êtes au courant

mais

les clients ont changé je veux dire

les clients de la télévision c'est qui ?

c'est plus les auditeurs

les clients de la télévision

c'est les annonceurs

c'est eux les vrais clients

les auditeurs

ils ont risant ce que veulent les annonceurs

les téléspectateurs

les téléspectateurs oui

Gilles Deleuze 7e bobine

à l'instant c'est pas grave

à tranquille

vas-y

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