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Ma chère petite fille, je t'écris parce que j'ai le sentiment de ne pas avoir
répondu aux questions que tu m'as posées.
Tu dois savoir en premier lieu que pas un jour, pas une nuit, ma pensée n'a
quitté Georges, ton père, mon fils bien-aimé, que j'ai poussé à quitter la
France pour sa sécurité.
Mais je voudrais que tu comprennes que tout ce que je vais te raconter se situe
au cœur d'un moment tragique.
de l'histoire de notre pays.
Je crois que pour t'ouvrir mon cœur, une lettre nous évitera un trop-plein d
'émotions et de larmes qui vont avec.
Madame Hachenbach ? Oui ? Bonjour.
Bonjour.
Je suis Joachim Escher.
Je suis à votre service.
Merci. C'est moi qui ai été désigné pour m'occuper de cette maison du fauconnier.
D'accord.
Étrange, n'est-ce pas ? Pourtant, c'est un pavillon que s'était fait construire
le Reichsführer Himmler pour chasser et observer les animaux.
Entrez, Monsieur Blum est impatient de vous retrouver.
Si je ne suis pas partie avec Georges, c'est parce que j'ai réalisé les dangers
que courait Léon, l'homme pour qui j'avais décidé, il y a très longtemps,
de tout sacrifier.
Cette décision, je l'ai prise à Bordeaux, alors que fuyant l'avancée de
l'armée allemande, mon second mari y avait loué un appartement.
Le temps d'envisager l'avenir.
Non, c'est pas mal.
Bon, de toute façon, tout ça, c'est provisoire.
On va pas s'éterniser ici. Oui, j'espère.
Ils ont fui la France.
Et nous, qu'est-ce qu'on va faire ? Mais on verra. On va trouver, t'inquiète pas.
C'est la guerre à la fin du monde.
On va s'adapter.
Je filme au Coupé des Billets pour New York.
Fonctionne pas.
Tiens, va voir ta chambre, elle est au fond. J'ai l'adresse de l'hôtel de papa.
Très bien, prends ta balise.
Mon premier mari, le père de Georges, avait quitté Paris pour Bordeaux.
dès la fin mai 1940.
La ville était envahie par des milliers de réfugiés et par les hommes politiques
qui suivaient l'installation du gouvernement.
Il régnait dans les rues une cohue indescriptible.
Dans les hôtels, il n'y avait plus une seule chambre libre.
Ceux qui avaient négocié l'autorisation de dormir dans les couloirs passaient
pour des privilégiés.
Ah, bonjour.
Euh, maître Henri Torres ?
C'est ici.
Vous êtes Jeanne ? Oui.
Enchantée, Vera Koren.
Enchantée, Jeanne Rechenbach.
Et lui, c'est notre fils, Plouf. Maman, arrête avec ça. Mon nom, c'est Georges.
C'était mignon et tendre. Plus quand on a 17 ans.
Je vous reconnais, vous êtes actrice, non ? Vous avez pas joué dans Tamara la
Complaisante ? C'était pas mal, d'ailleurs.
Enfin, j'ai joué dans des choses plus reluisantes que ça.
Ne serait-ce qu'à la comédie française.
J'imagine. Je suis désolée, je vais jamais au théâtre. C'est pas comme Henri
qui adore les actrices. J'espère que tu n'étais pas en train de dire du mal de
moi. Non.
Et ta femme, elle est pas avec toi ? Elle s'est envolée.
Pour Alger, dans l'avion de Saint-Exupéry. C'est pas mal, quand
même, non ? C'est bien.
Mais écoute, finalement, t'auras jamais su garder une femme.
Je te rappelle quand même que c'est toi qui as voulu divorcer.
Moi, j'étais bien avec toi. On était bien tous les deux avec notre fils.
Enfin, on était bien, on était bien, on était jamais tous les deux.
T'oublies tes copains, tes maîtresses, le poker, les boîtes de nuit. Si vous
devez régler des comptes, je préfère m'en aller.
J'ai un billet pour toi, pour le Brésil. Le Brésil ? Pourquoi le Brésil ?
Ah, parce que le pays n'est pas en guerre et qu'on a toujours de la famille
là-bas ? Mais qu'est-ce qu'on va faire là-bas ? Moi, je veux me battre. C'est
de l'étranger qu'on prépare une reconquête.
Et puis je te rappelle que tu t'appelles Torres et qu'il y a 70 millions d
'Allemands qui n'aiment pas les non-juifs.
C'est vrai, il a raison.
On voulait partir quand ? Cette nuit, par le train, pour Lisbonne.
Il y a une passe pour toi, George.
Et toi, tu comptes faire quoi ? Moi, je sais pas encore.
Rechenbach cherche des billets pour New York. Moi, c'est ce que vous avez de
mieux à faire.
De toute façon, tu n'as pas d'autre solution que de suivre ton mari en
Amérique.
Bon, je crois qu'on s'est tout dit.
C'est vrai ce qu'on raconte sur tes rapports avec Léon Blum ? Tu serais
prête à tout laisser tomber pour suivre un vieux politicard ? Pour être ton père
? Viens.
Toi, Georges, méfie-toi. Cette femme est irrépressible. C'est ma mère.
Moi, je suis ton père. Rendez-vous ici ce soir à 20h.
Je n'avais aucune nouvelle de Léon.
Et n'avoir aucun moyen de le joindre me désespérait.
Merci, Tifa.
Ça va aller, monsieur Blum ? Oui.
Ça va aller, Tifa. Merci.
Je suis claqué, j'ai couru toute la journée.
Il n'y a pas un petit quelque chose à boire ? Euh, si.
J'ai les billets pour New York.
Ah bon ? Vous avez vu Torres ? Oui, j'ai vu Torres, oui.
Il va prendre les choses en main pour Jean.
Ils vont rejoindre Lisbonne et ensuite ils iront à... Au Brésil.
Et je savais pas que tout le gouvernement s'était replié à Bordeaux.
J'ai appris que Blum était en ville.
Si c'est ce que vous voulez savoir.
Georges Mandel, son vieil adversaire de droite, compte sur lui pour convaincre
les ministres socialistes du gouvernement de replier l'exécutif à
Alger. Et pourquoi c'est à Blum qu'il a demandé ça ? Peut-être parce que c'est
un homme providentiel.
C'est pas vous que je vais l'apprendre.
J'ai l'adresse de son hôtel.
Mais je doute que vos adieux soient très romantiques.
Mais vous partez quand ? Combien de temps ? Pourquoi vous partez ? On parle
du départ du gouvernement à Alger.
Et pourquoi Alger ? Parce qu'Alger, c'est la France sans les Allemands. Et
qu'aujourd'hui, résister, c'est partir.
Vous sortez armée à présent.
C'est celui de Rechenbach.
Vous n'avez pas besoin de ça pour vous défendre même par les temps qui courent.
C'est pour décourager ceux qui voudraient m'empêcher de vous rejoindre.
Vous aussi, vous allez devoir quitter le pays.
Vous êtes juive et riche.
Deux défauts majeurs dans la France qu'on nous promet.
Votre mari a vu juste en prenant ses billets pour New York.
Il a peut-être vu juste, mais moi je vois loin.
Si vous partez à Alger, je pars avec vous.
Non, vous allez partir, mais pas avec moi.
Jamais de la vie ? Qu'est-ce que vous craignez ? Vous avez peur de quoi ? Je
pourrais très bien jouer avec votre secrétaire.
Ce n'est pas un jeu, les événements sont graves.
Mais moi aussi je suis grave.
La défaite qui se prépare va être terrible.
Et on va me la faire payer très cher.
Pensez à votre fils, pensez à votre mari, pensez à vous, Jeannot.
Mais quand je pense à moi, je pense à vous.
Arrêtez de dire des bêtises. Vous comprenez, quand je pense à vous, je
pense à moi.
Non, non, ne me forcez pas à être autoritaire.
Je reste avec vous. Non. Non, tu pars. Non, je pars pas. Vous me chassez ? Oui.
Vous voulez plus de moi, c'est ça ? Non. Je vous déteste.
Allez, viens.
T'as pensé à tout, à toutes tes affaires. Mais oui.
Ne fais pas cette tête-là.
On se reverra bientôt.
Pour à New York, moins à Sao Paulo.
Tous les deux en Amérique, on va pas se rater. Oui, c'est sûr, y'a que j'ai mes
kilomètres. De toute façon, je compte pas y traîner longtemps.
Parce que j'ai bien l'intention de rentrer.
Comment ça tu veux rentrer ? Pourquoi tu veux rentrer ? Et les armes à la main.
J'ai peur pour toi.
J'ai peur.
Maman, je t'en supplie, t'inquiète pas.
Je pars pour mieux revenir.
Je te l'ai dit et je tiendrai parole, d'accord ? Non, ne reviens pas.
Ne reviens pas.
Tu es trop médeque.
Pour survivre dans la France qu'on nous prépare.
Et toi, tu ne l'es pas peut-être ?
C
'est bon, on y va ?
Georges a retrouvé son père ? Oui.
Pas trop anxieux ? Non, pas trop.
Ça m'a étonnée d'ailleurs.
Il était très, très décidé et sûr de lui.
Ça m'a touchée.
Il a encore tellement peu de temps. C'était juste un adolescent.
Les épreuves forment le caractère.
Bon, ici tout est prêt.
Départ New York demain matin, 4h30.
Je pars pas avec toi, je reste.
Mais alors qu'il est, Bloom est en partance pour Alger.
C'est pour ça que je devais trouver un moyen de le rejoindre.
La guerre est perdue.
Je ne crois pas un instant l'avenir de cette expédition.
Je te demande pas de croire à quoi que ce soit.
C'est comme ça.
Qu'est-ce que vous lui trouvez ?
C'est l'homme que j'attends depuis que je suis adolescente.
Tu le savais, je te l'ai jamais caché même avant notre mariage.
Il était pas libre, aujourd'hui il est veuf.
S'il vous laisse croire que vous avez un avenir ensemble, c'est que c'est un
salaud.
Pas pour moi.
Vous attendez quelqu'un ? Non.
Qui est là ? C'est Georges.
Ça fait refouler à la frontière espagnole. Ils nous ont fait descendre
du train.
On n'avait pas de visa puisqu'ils sont à Lisbonne.
Allez, va te coucher.
Attends.
Damien ne peut pas partir.
Il revient avec moi, et une fois sur place, on pourra toujours s'arranger.
C'est horrible.
Plus t'es généreux, plus mon cœur est sec.
J'aime pas quand je suis comme ça.
Parce que ça ne te ressemble pas.
Ne prenez pas ça pour de la générosité.
C'est de l'instinct de conservation.
Je veux vous retrouver en forme. Quand la guerre sera finie.
Voici les clés du coffre à la banque.
J'ai laissé au directeur une procuration à votre nom et des instructions pour
donner ce qu'il faut aux employés juifs de mes magasins.
En cas de souci, vous avez l'adresse de ma mère à Genève.
L'accord avec les propriétaires de l'appartement prévoit que vous pouvez en
disposer autant que vous voulez.
Le taxi est en bas.
J'espère ma chère que je ne vous dis pas adieu.
Bonne vie maman.
Prends soin de toi mon chéri.
Une page se tournait pour moi.
Mais comment imaginer que j'allais être heureuse au beau milieu du désastre qui
s'abattait sur le pays ?
Ah,
vous êtes là !
J'avais peur que vous soyez partis.
Mais je suis parti.
Oui, nous sommes partis à Port Vendre, d'où un bateau devait nous conduire à
Gé. Mais en chemin, nous apprenons que cet embarquement est annulé et que
finalement, il a lieu à Verdon, à l'embouchure de la Gironde. Alors nous
voilà repartis à vue-valure avec Tifa, mais arrivé à Verdon, le bateau venait d
'apparier.
Mais vous non plus, vous n'êtes pas partie.
Ben non, vous voyez, moi aussi, je vous désobéis. Je suis restée.
Vous n'en faites qu'à votre tête.
Alors, mon ami Montel m'a proposé de m'héberger.
Ma belle-fille, Renée et sa fille Catherine vont venir. Je vous ai manqué
ou pas ? Je ne me suis pas vraiment rendu compte.
Et là, tu t'en rends compte, l'homme ? Là ? Qu'est-ce qui se passe ? C'est une
alerte. Sortez des chambres, s'il vous plaît, messieurs-dames.
Sortez des chambres.
Vous pensez que les Allemands sont déjà là ? Pas encore, non. C'est de l
'intimidation. Ah oui ? Oui. Là aussi, c'est de l'intimidation.
J'aimais cet homme de plus en plus.
Et mon insouciance me faisait oublier ma culpabilité.
Impatients de vous revoir.
Bonjour, Miss. Bonjour, Léon.
Salut, Vincent.
Bonjour, Léon. Vous connaissez Jeanne, ma secrétaire ? Monsieur le ministre.
Oh, appelez-moi Vincent.
Madame Aiole.
Léon. Oui ? René, votre belle-fille est arrivée de Genève avec sa fille.
Ah, René.
Et Catherine.
Père.
Comment allez-vous ? Très bien, et vous ? Je suis contente de vous retrouver.
Moi, non.
Et toi, ma petite Catherine, comment vas-tu ?
Bien, grand-père, je suis très éreinté. Mais non, tu ne peux pas être très
éreinté, parce que éreinté, c'est déjà très fatigué. D'accord ? C'est vrai que
le voyage a été épuisant.
Trois changements avec des attentes interminables dans les gares, et elle n
'a pas fermé l'œil une sourde. J'imagine. As-tu des nouvelles de ton
mari ? Je crois que vous vous connaissez.
Tout à fait, on s'est déjà croisés.
Bonjour.
Tu as grandi, toi, tu sais. Bonjour.
On est merveilleusement bien ici.
On ne dirait pas qu'on est en guerre.
Mais la guerre est finie.
Maintenant que Pétain a signé l'armistice, il veut abattre la
République.
Et tous les parlementaires disponibles sont convoqués à Vichy.
Alors ? Je veux leur montrer qu'on existe encore.
Il faut se faire entendre. Donc il existe un Parlement avec un débat
démocratique. Tu veux qu'on aille à Vichy ? Oui.
L'extrême droite fasciste est en train d'y rassembler tous ses voyous.
C'est pas les fascistes qui me feront peur. Et puis ça fera mentir Paris Soir
qui affirme partout que le juif Blum s'est enfui à New York avec des valises
pleines d'agentries.
On vous hait et vous êtes en danger.
Ma chère Sophie, j'ai été et je suis encore un homme public.
Et quand on a la possibilité de se faire entendre, on a le devoir de le faire.
Voilà.
J'irai à Vichy.
Nous irons à Vichy.
Je venais la défaire, c'est moi qui l'ai faite. Laissez.
Laissez.
Vous avez des nouvelles de votre fils ? Oui, tout va bien.
Non, en fait, tout va mal.
Il est parti en Amérique avec mon deuxième mari, Gréchenbach. Ensuite, il
doit rejoindre son père, mon premier mari, au Brésil. Enfin, je ne sais pas s
'ils vont réussir à se retrouver.
Mais vous ne devriez pas être avec eux.
Le devoir d'une mère et d'une épouse, ça s'appelle comme ça, non ? C'est parce
que vous êtes sans aucune nouvelle de votre mari que ça vous autorise à donner
des leçons de morale familiale ? Je ne veux pas me disputer avec vous.
Mais je ne suis pas sûre que mon beau-père, dans la situation qui est la
sienne, ait en plus besoin d'une complication sentimentale.
Qui vous parle de complication ? Vous m'aimez pas beaucoup ?
Hein ? Ça, ça vient de mon mari.
Bah récupérez-la.
C'est la sienne.
Vous verrez.
Avec Léon Blum, il n'y a pas que la politique.
Il y a l'histoire.
Et ce n'est pas facile à vivre.
Je l'ai compris en épousant son fils.
Je l'ai très bien compris, rassurez-vous.
Je suis liée à lui, c'est comme ça.
De mon côté, je connais Firmin Leblanc, tu connais aussi.
Il est commissaire, il assurera notre protection.
Veuillez m'excuser, pardon de vous interrompre.
Léon, je m'en vais.
Vous savez, j'étais réservée dans un petit hôtel, je vous avais dit, près de
Toulouse. C'est modeste, mais c'est très propre.
Vous n'y pensez pas. Nous avons ici toutes les chambres qu'il faut pour vous
accueillir. N'est-ce pas, Sophie ? Bien sûr, c'est très gentil, mais on préfère
cette solution avec Léon.
Merci. Oui, mon chauffeur fera les allers-retours, ne vous inquiétez pas.
On préfère faire comme ça, c'est vrai.
Attendez, vous portez vos valises. Merci.
Bien sûr.
Veuillez nous excuser. Au revoir. Au revoir.
Qu'est-ce qui se passe ? Vous m'avez demandé lui ? La mort, elle est sauve.
Je disparais pendant les nuits.
Léon est parti pour Vichy.
Une semaine sans lui.
Le temps pour l'Assemblée nationale de liquider la République et de donner les
pleins pouvoirs au maréchal Pétain.
Je n'avais pas jusque-là réalisé l'épouvantable sentiment de haine que
Léon provoquait.
Madame, Madame, un câble d'Amérique. Ça doit être de bonne nouvelle.
J'espère.
Oui, c'est mon fils.
Tout va bien. Tant mieux.
Oh mon jeune.
Père, Robert est vivant.
Il est prisonnier mais vivant.
Quelle bonne nouvelle.
Robert est vivant.
Il est dans un camp en Alsace.
Il m'a écrit une lettre.
Il raconte qu'ils ne se sont pas battus.
Il dit qu'il est content d'être en vie.
Il se plaint de la nourriture, évidemment.
Et surtout, il s'inquiète de votre sort.
Papa est vivant.
Robert est protégé par son statut militaire.
Ce qui lui épargnera d'être le fils des juifs Blum.
Mais je suis peut-être optimiste.
Moi aussi je veux rester optimiste.
Bonjour Victor.
Bonjour M. Montel.
Qu'est-ce qu'il se passe ? Je viens sur ordre, vous le pensez bien.
Mais vous n'avez pas rempli l'attestation de résidence pour M.
Blum-Léon.
Je passerai à la mairie dès ce soir.
Merci, monsieur.
Alors, à tout à l'heure.
Qu'est-ce qu'il y a exactement ? Simple vérification d'illustrativité.
Pas de brasserie inutile.
Elle a mal foncé.
Mais ce n'est pas Vichy qui nous en débarrassera.
En effet.
C'est peut-être juste une façon de vérifier que vous êtes encore là.
Vous voyez des menaces partout.
Mais oui ! Mais oui ! Quoi ? Vous pensez que le nouveau pouvoir a oublié que vous
étiez l'homme à abattre ? Moi ?
Mais moi, je ne suis plus rien. Mais arrêtez de dire ça. Ça veut dire quoi,
plus rien ? Mais enfin, ça veut dire qu'avec ce que j'ai vécu, j'ai compris
qu'il était temps que je prenne ma retraite.
Ça veut dire que j'ai pensé à cette petite maison de Saint-Raphaël dont je
vous ai déjà parlé.
Avec le soleil, les mimosas, les oliviers, on y serait très bien.
J'écrirai mes mémoires et vous m'aiderez.
J'ai envie de paresse, voilà.
J'ai besoin de commencer une autre vie que celle-là.
Je veux partir à Saint-Raphaël.
Pour aller à Saint-Raphaël ou où que ce soit, il vous faut un laissé-passer.
Partez. Vous ne l'aurez jamais, ce laissé-passer.
Daladier, Mandel, ils ont tous été arrêtés.
Enfin, eux étaient membres du gouvernement et pas moi.
Je pense que le maréchal Pétain n'en a rien à faire de ma vieille carcasse.
Allez, venez.
Venez.
Madame Rechenbach !
La police a cerné la propriété des Montel. Ils ont arrêté M. Bloom.
Ils l'ont embarqué au château de Bourassol, près de Clermont-Ferrand.
Tous mes rêves de bonheur tranquille s'effondraient.
Je m'étais juré qu'un jour, Léon ne pourrait plus se passer de moi.
La suite des événements allait me donner l'occasion de mettre mon serment à l
'épreuve. Vous n'êtes pas sur la liste. Mais vérifiez, je suis sûre que j'y
suis. Je suis sa secrétaire, il m'attend. Est-ce que vous pouvez
vérifier ? J'ai des papiers importants à lui donner. Vous m'avez déjà dit, la
secrétaire n'est pas sur la liste. Je vous dis que je suis Jeanne
Dreschenbach, je suis sa secrétaire, j'ai des papiers importants à lui donner
Je vous dis que c'est très important, j'ai des paquets à lui remettre. Ça
suffit. Je vous demande ça, c'est cinq minutes.
Je vous demande rien.
Qu'est-ce que ça vous coûte à vous ? Écoutez, ça suffit. Vous n'êtes pas un
journaliste. Bonjour.
Qu'est-ce que vous faites là ? Je suis venue voir Léon, mais ce garde refuse de
me laisser voir M. Blum, ce préfet que je suis pas de sa famille.
Je vous en supplie, dites-lui, vous.
Dites-lui que je suis sa secrétaire. Il obéit aux ordres.
Venez.
Je vous en prie, venez.
J'ai juste un colis et une lettre à lui remettre.
Je ne peux rien prendre, les représailles.
Je vous en prie, donnez-le pour moi, s'il vous plaît.
Bon, déposez tout ça à la pension Libo.
Comprenez-moi, je ne peux pas risquer d'aggraver la détention de mon beau
-père.
Merci, monsieur.
Merci.
Merci. Installez-vous là.
Bonsoir. Je sais que je ne fais pas partie de la famille, mais je pense que
je suis légitime, donc je reste.
Comment va-t-il ? Il a froid.
Mais on m'a promis de lui installer un poêle et l'électricité pour pouvoir
travailler.
Vous savez pour son appartement à Paris ? Non, quoi ? Pieds, papiers, documents
personnels, correspondances.
Tout est parti à Berlin.
Les livres aussi.
C'est horrible.
Et sans morale.
Ça, ça va.
Il est pas du genre à se plaindre ou à faire des confidences.
Mais la disparition de ses livres l'a beaucoup affecté.
J'imagine. Je sais combien ils sont importants pour lui.
Je voulais vous dire, je vous ai laissé la lettre et le colis à la réception.
Je compte sur vous cette fois.
C'est bon.
Ecoutez René, je voulais... Je sais.
Mon beau-père a besoin de tout le monde pour tenir le coup.
N'oubliez jamais une chose.
Je suis suisse.
Et alors qu'il est, je pourrais fort bien retourner me réfugier dans mon
pays. Mais je sais que Léon Blum compte sur moi.
Comme je compte sur lui.
Car sa volonté me donne de la force.
Et du courage aussi.
Pour supporter l'attente.
Attente, espoir et déception.
Ma pensée et mon imagination m'aident à partager avec vous ma vie quotidienne.
Même dans l'absence, notre amour se renforce. Il change de nature en
traversant les épreuves.
Je profite régulièrement de mes heures de promenade.
Mon chaperon reste discret.
Bonjour Alexandre. Monsieur Bloom. Il me suit sans me gêner.
Merci.
Votre absence me pèse physiquement.
Jusqu'à la douleur.
Si proche.
Et si loin.
Le temps que nous ne passons pas ensemble ne ressemble à rien.
Il n'a pas de sens.
Je n'existe pas.
Merci.
Magiano, il m'arrive parfois d'être profondément découragé.
Dans ces périodes de chaos, je sais que je ne suis pas le plus à plaindre, mais
souvent notre éloignement me plonge dans le cafard.
Pourtant, il faut être heureux.
Je n'y arrive pas.
À quoi faire ? Être aimable avec vous, je n'y arrive pas.
Pourtant, ce n'est pas plus difficile que de réparer une chaîne.
Mon beau-père insiste, mais plus il m'implore de vous aimer, plus il m
'éloigne de vous.
Ça, je ne peux rien faire pour vous.
J'ai l'impression que vous m'en voulez quelque chose.
Non. Pourquoi vous croyez ça ? Je ne sais pas.
Je pense que vous craignez quelque chose de moi.
Bien sûr que non.
Mais ce... que vous prétendez former avec Léonge.
Je n'aime pas l'image que vous donnez. Mais quelle image ? Ça gêne qui ? Ça
vous gêne vous ? Vos amis ou votre fille ? Mais moi je m'en fiche.
Non, ce n'est pas ça.
C'est quoi alors ? Voilà.
Vous êtes pas jalouse quand même ? Pensez-vous.
Non, je... Je vous trouve... dérangeante.
Et merci quand même.
J'aimerais vous voir dormir.
Je vous imagine abandonner la bouche légèrement ouverte et j'entends votre
souffle régulier.
Aujourd'hui, je regrette de n'avoir pas mieux profité de ces moments précieux, d
'avoir souvent dormi au lieu de vous regarder rêver.
Vous m'écrivez des lettres de collégien, Léon.
Vous me dites que je suis votre jeunesse.
Mais la jeunesse, elle est en vous.
Je n'y suis pour rien.
Et votre vigueur, qui me manque tellement, en témoigne.
Ma Jeannot, vous voir même de loin me remue au plus profond.
Je pense à votre fente ombreuse.
Je passe ma main sur le doux gazon et je pose ma bouche sur votre mousse.
Vous permettez ? Merci.
Quoi ? Ils veulent faire un procès contre Blom ? Le rêve de Pétain ?
Lui faire porter la responsabilité de la guerre.
Spagnin.
Quoi, Spagnin ? Il lui faut absolument Samuel Spagnin comme avocat.
Je suis amie avec sa femme, je les ai connus il y a longtemps avec mon premier
mari.
Et vous savez comment le joindre ? Non, je sais que Simon et lui sont installés
à Clermont-Ferrand, donc c'est pas très loin d'ici.
Voilà une bonne raison de le choisir.
Dites-leur que Léon a besoin de vous pour préparer son procès.
Oui, c'est ce que je pensais, merci.
Faites la demande, vous n'avez rien à perdre.
Oui, entrez ! Madame Nibon m'a donné ça pour vous.
Ouvrez-la, c'est peut-être une bonne nouvelle.
Alors ? Visite autorisée au château de Bourassol.
Merci. Pourquoi merci ? Parce que j'ai l'autorisation du ministère.
Mais je n'y suis pour rien.
Je sais.
Mais je suis heureuse.
Et ça me plaît de vous dire merci.
Je peux, non ? C'est gentil de m'associer à votre joie.
Et à celle de Léon.
Et à celle de Léon.
Dépêchez-vous de lui écrire.
Je pars dans un quart d'heure.
Mon amour, jeudi prochain verra la fin de notre punition.
Je viens de recevoir la lettre du ministère qui m'accorde enfin le droit
de visite.
Je ne sais pas si nous pourrons nous livrer à tout ce que vous m'avez écrit,
car c'est votre secrétaire que vous allez recevoir.
Il y a la clé ? Pas fermé.
J'aime vous. Mon pauvre amour.
J'aime vous.
Vous m'avez tellement manqué.
Oh mon Dieu.
Tellement.
Vous puez, Blue.
Embrasser un homme aussi sale et aussi mal rasé.
Messieurs, s'il vous plaît, vous savez qui c'est, Léon Blum ? Hein ? C'est
grâce à lui les congés payés, alors on bouge ! Allez !
C'est bon, messieurs, vous pouvez y aller.
Merci.
C'est à vous maintenant.
Allez, faites pas votre mijaurée.
Je vais pas me jeter sur vous.
C'est dommage.
On verra après.
Allez, au bain maintenant.
Monsieur Blum, au bain.
De l'eau chaude.
Depuis que je suis ici, c'est la première fois.
Ah oui ? Quand on est qui vous êtes, c'est... Pourtant pas très compliqué d
'avoir un peu d'autorité.
Est-ce que vous croyez ? Ah oui.
L'Espagnol doit venir quand ? Il doit venir demain.
Avec René, on lui a pris une chambre à la pension Libou.
Demain, je vous coupe les cheveux.
Vous savez faire ça aussi ? Oui, je sais faire beaucoup de choses.
Arrêtez de gigoter, je vais vous égorger.
C'est impossible, vous êtes mon ange gardien. Vous savez, on sait jamais.
Ça y est, je suis propre maintenant.
Oui. Je vous plais ? Oui, vous êtes tout à fait fréquentable.
Vous avez vu mes documents ? Oui.
Le principal reproche qui va vous être fait, c'est celui de ne pas avoir
préparé la guerre.
Or, j'ai ici de quoi prouver que le réarmement n'a jamais été aussi intense
que sous le Front populaire.
Contrairement au gouvernement qui l'ont précédé.
Dont l'un avait pour ministre de la guerre le maréchal Pétain.
Le cocasse.
C'est que c'est lui qui a fait voter la diminution du budget militaire.
J'ai étudié tout ça, merci.
Mais je n'ai pas accès à tous les documents.
Et l'instruction est faite à charge, c'est évident.
De toute façon, le maréchal a déjà déclaré que j'étais coupable.
Coupable.
Mais encore vivant.
Que voulez-vous dire ? Votre... ami, Max Dormois, a été
assassiné.
Une bombe sous son lit dans un hôtel.
On parle d'un groupe d'anciens de la cagoule.
Bonjour.
Ah, bonjour.
Bloom est parti.
Quoi ? Comment ça, parti ? Ah, il a été libéré ? Non.
Non, assigné au fort du Portalais.
Quoi ? Mais pourquoi ? Mais c'est où ? Dans les Pyrénées.
Là, au-dessus de Pau.
Ah oui, c'est à la frontière espagnole.
Avec Daladier et Gamelin, ils m'ont retrouvé là-bas à Georges Mandel et le
général Végan.
Le maréchal a décidé de condamner les inculpés à la détention dans une
enceinte fortifiée.
Bonjour, mesdames. Bonjour, messieurs.
Ce fort est un terrain militaire. L'accès en est interdit.
Oui, nous savons.
On vient rendre visite à une personne qui vient d'être internée. Vous avez les
permis ? Non.
Dans ce cas, je ne peux rien pour vous.
Mes soldats vont vous raccompagner.
Écoutez, monsieur, je suis la secrétaire de monsieur Léon Blum.
J'ai des papiers importants à lui remettre.
Je voudrais juste le voir un instant, s'il vous plaît. Mesdames, s'il vous
plaît.
Très bien.
Eh bien, nous reviendrons.
Avec une autorisation.
Madame Bréti-Béatrice pour le détenu Mandel.
Et messieurs Amar-Emo, Amar-Maurice, les avocats.
Et moi, vous ne m'avez pas appelé.
Qui vous êtes ? Baba Diallo, le valet de chambre de monsieur Mandel. Si je ne
vous ai pas appelé, c'est que votre permis est en attente.
D'ailleurs, je ne vois pas pourquoi Georges Mandel aurait besoin d'un valet
de chambre. C'est un condamné comme les autres. Jugez sans procès.
On ne peut pas appeler ça une condamnation, vous le savez très bien.
Et moi, je vais voir mon papa.
Je ne vois pas de fille Mandel.
Elle est sur mes papiers, je suis sa tutrice.
Bolkésie Béatrice, dite Bréti Béatrice de la comédie française.
Et sa mère, elle n'a pas de mère, cette petite.
Écoutez, brigadier, vous êtes là pour nous délivrer des permis de visite, pas
pour nous faire la morale.
Une visite par jour, pas plus d'une heure.
Madame Blum, Madame Rechenbach, Madame Reynaud et Mademoiselle Mabir.
Vous êtes ? Christiane Mabir, secrétaire de Paul Reynaud.
Permettez, je suis la femme légitime de Paul Reynaud.
Vous avez écrit que vous étiez en procédure de divorce.
C'est bien pour ça que j'ai fait ce long voyage.
Salut.
Enfin, vous voilà.
Est-ce que vous avez des nouvelles de Robert ? Une lettre de temps en temps,
quand elle ne s'égare pas entre mes changements d'adresse.
Il pense beaucoup à vous.
Sa condition de prisonnier ne doit pas être bien meilleure que la mienne.
Il est bidasse, c'est différent.
Ils sont en groupe.
Oh, Jeannot, vous pensez vraiment à tout. Ah, c'est pas du vrai café.
Bon, on va faire comme si.
Mais au moins, on le boit ensemble.
Comme lieu de villégiature, on ne pouvait imaginer plus original, non ?
Moi, je trouve qu'il est magnifique, ce paysage. Oui.
Si ce n'était pas une prison, on pourrait dire propice à la mélancolie
romantique. D'ailleurs, Alfred de Vigny était commandant de ce fond.
Vous avez compris pourquoi on vous a mis ici ? Pour m'humilier, René. Pour nous
humilier tous.
Mandel, Renaud, les autres.
En nous traitant comme des chiens, les petits chefs de Vichy se donnent la
certitude de notre déchéance.
Vous croyez qu'il peut avoir lieu ce procès ? Sûrement.
Sinon, ils nous auraient déjà déportés en Allemagne.
Cela dit, Mandel pense qu'ils n'oseront jamais nous livrer aux Allemands.
Vous parlez avec Mandel ? Oui.
Oui, c'est une surprise pour moi aussi.
Mais je dois dire que nous nous impressionnons beaucoup.
Pas de familiarité, mais beaucoup d'estime.
Il est pas mal votre café.
Je l'ai fait avec amour.
Il va adorer tout ce qu'il vient de toi.
Attends, attends, attends.
Bouge pas.
Tu me tiens ça.
Qu'est-ce que c'est que ça ? Pourquoi ils se trimballent avec ça ? Béatrice !
Mon Dieu, Jojo ! Si ça va, Clémence met son maître à penser,
il s'en sépare jamais.
Il me l'a confiée pour le briquer un peu.
Ils parlent politique toute la journée, là.
Pourtant, Dieu sait s'ils sont opposés.
Mandel à droite et Blum à gauche.
Oui, mais ils ont en commun l'horreur du défaitisme et la volonté de résister.
Oui, et le sens de la... Le sens de l'humour.
Oui, enfin, ça, non, je voulais pas parler de ça, mais je voulais parler
plutôt du sens de l'État ou... Enfin, d'un attachement aux valeurs de la
République. Blum n'a pas d'humour.
Ah, si, si.
Si, si, mais enfin, dans les circonstances actuelles.
Il n'y a plus de sucre.
Ah, je m'en doutais.
Pas perdu pour tout le monde, le sucre. Vous savez qui le mange ? Ceux du port-à
-lait. C'est à cause de ces politiquards qu'on en est là.
Ils ont tout ce qu'ils veulent à manger au fort. Le juif Blum et sa clique, ils
vivent comme des princes pendant que nous, on se serre la ceinture. Mais
comment tu peux dire des choses pareilles ? T'as pas honte ? Et ton
petit, grâce à qui il peut aller à l'école jusqu'à 14 ans ? Et l
'augmentation des salaires à l'usine, c'est pas Blum peut-être ? Bien sûr,
leur femme, tu les as comme clientes. Y'a plus de sucre, j'y peux rien. Et si
c'est pas la faute à Blum, c'est la faute à qui alors ?
Madame, vous avez entendu ? Oui, j'ai entendu.
Dans le mal, je venais chercher du sucre.
Mais j'ai entendu.
Je voulais vous remercier pour ce que vous avez dit.
Faites pas trop attention, ils disent n'importe quoi au village.
Moi, je m'en porte parce que je suis ce qu'on appelle une militante.
Et moi, je suis l'amie de Léon Blum.
Des gens comme moi, on lui donne beaucoup.
On n'est pas oublieux.
On sait ce qu'il a fait pour la France.
Au cas où, je ferai ce qu'il faut.
Et mon mari aussi.
Je connais la montagne et les passages vers l'Espagne.
Je voudrais vous parler d'un projet.
J'ai rencontré une militante de la SFIO qui a des liens étroits avec un réseau
de passeurs.
Bon, Jeannot, mais qu'est-ce que vous êtes allée encore imaginer ? Mais ils
ont des filières par l'Espagne, c'est tout près.
Elle propose d'organiser une évasion.
C'est la semaine prochaine.
C'est impossible.
Le procès... Mais enfin, le procès, il est truqué, ce procès. Vous le dites
vous-même.
Vous êtes déjà condamné.
Écoutez, le procès qui se prépare n'est pas celui de Léon Blum, mais celui de la
République.
Et si la République est attaquée, ce qu'elle sera, je le crois, je ne peux
pas déserter.
Je dois être présent à mon poste. Je dois combattre.
Comme témoin et comme défenseur.
Alors c'est une tricoteuse du village qui l'a fait pour vous en secret.
Et c'est sur mesure.
C'est pour l'hiver.
Plus sobre ça aurait été mieux, mais sa machine était réglée sur jacquard.
En tout cas, il est bien chaud et avec le temps qu'il fait, c'est pas du luxe.
Moi aussi j'ai quelque chose.
Je suis pas sûre que ça vous plaise, mais au moins ça irait avec le chandail.
Le bonnet j'ai pas osé.
Bon, c'est vrai que la montagne c'est plus de ski que la prison.
Bon, mais attendez, parce que moi aussi, j'ai quelque chose pour vous.
Ah oui.
Cadeau de la Croix-Rouge.
Et les livres volés à la bibliothèque.
Ceci, c'est pour vous. Ah, chanson de Billy T, de Pierre-Louis.
Ce petit livre d'amour antique est dédié respectueusement aux jeunes filles de la
société future. Oh là là, mais c'est cochon, ça, non ?
C'est là-dedans que vous puisiez l'inspiration de vos lettres enflammées
de Borassol ? Du tout, non, non. Ces élans n'étaient dictés que par les
sentiments que vous m'inspirez.
Ceci, c'est pour vous.
C'est une édition de bon marché.
Merci, père. C'est un très beau cadeau. De toute façon, Alfred de Pigny, la
littérature de soldats... Vous vous rappelez ? La mort du loup ? Si, si. La
fin est merveilleuse, écoutez.
J'aime lire... Pleurer, prier, est également l'âge.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche, dans la voie où le sort a voulu t
'appeler, puis après, comme moi, souffre et meurt sans parler.
C'est pas si mal.
C'est vrai.
C'est un peu pompeux, mais ça manque pas de grandeur.
Allez, une photo pour moi.
Pardon ? Une photo.
Élève attentive et appliquée, Catherine a fait un bon trimestre. C'est bien,
vous devez être contente.
C'est une enfant très mûre, très forte.
Elle a bien compris que son père est prisonnier et que son grand-père est
aussi menacé. Elle est toujours à Genève ? Chez mes parents.
Et elle y restera jusqu'à ce que... Jusqu'à ce que quoi ? Jusqu'à ce que
tout cela finisse.
Ah oui ? Parce que vous, vous voyez une fin à ce désastre ?
Mais moi, j'en vois aucune.
On est là.
On attend, on attend.
Moi, j'ai des nouvelles de personne.
Ni de mes maris, ni de mon fils.
Vous venez souvent en première avec votre ex-mari, l'avocat ? C'est un chic.
Oui, il adorait le théâtre.
Sans ces lointains juifs, j'y serais encore à la comédie française.
Ah, madame Colette.
Bonsoir, madame Rissenbach.
Bonsoir, madame Blum.
Bonsoir, madame Mandel.
Vous vouliez nous voir, Colette ? Mon cousin, qui est gardien au fort, m'a dit
que les prisonniers viennent de partir.
Ils retournent en Auvergne.
Je crois que monsieur Mandel n'est pas du voyage.
Mais Georges va suivre.
Il sera la deuxième charrette.
Blum est en procès pour ne pas avoir préparé la guerre.
Le prochain coup sera pour Mandel, qui a voulu la déclarer.
Malheureusement, je n'ai qu'une chambre pour vous et Mme Rechenbach.
Ça ira ? Ce n'est pas ce qui a été compris par téléphone.
Désolé, mais c'est tout ce qui me reste.
Et vous ne trouverez rien ailleurs.
L'hôtel est assailli, c'est la cause du procès. Il y a des journalistes dans
toute la ville.
Des Français, des Américains, des Allemands.
Ce soir à 8h, il y aura tout le monde dans la salle à manger. Il y aura Mme
Gamelin, Mme Zay et Mme Lachambre, la femme de l'ancien ministre de l'air.
Vous savez qui c'est ? Non, de vrai ? Cora Madou, la chanteuse vedette de
Vincent Scotto.
Elle va chanter.
Un échange, elle chante ce soir et je lui offre deux jours gratis.
Faut bien s'entraider, non ?
Le petit est passé à la poste. C'est le courrier arrivé pour vous. Ah merci.
Je vous laisse la clé.
Merci.
Ah là, quelle bavard. J'ai cru qu'il ne la reclourait jamais.
Je suis désolée pour la promiscuité.
Ce petit malin s'est bien gardé de me prévenir quand j'ai réservé.
Ça nous rajeunira.
Comme quand on était jeune fille.
Des mauvaises nouvelles ? Même pas.
C'est mon fils, Georges. Il est largement sans père au Brésil.
C'est plutôt une bonne nouvelle.
Justement. C'est pour ça que je pleure.
Il vous manque, c'est ça ? Oui.
Qu'est-ce que je fais là, loin de lui ? Dans cet hôtel minable, dans cette ville
sordide ? Écoutez, Jeannot.
Vous avez fait un choix.
Et il est courageux.
L'homme que vous aimez et qui vous aime a besoin de vous.
Il vous le répète sans arrêt.
Je sais.
Mais je suis fatiguée.
Écoute-moi, Jeannot.
Il ne faut pas que tu te laisses aller.
Sinon, mais on va s'effondrer.
Et puis on est là toutes les deux.
On va s'aider.
Pourquoi tu ris ? Parce que vous venez de me dire tu.
Vous aussi, dites-moi tu.
On se dit plus vous alors.
T'es d'accord ?
Parait que les Allemands exigent qu'on leur communique le dossier des avocats.
Nous nous y opposons.
L'Espagnol invoquera le secret de la défense.
Vous avez raison.
Je suis heureuse quand je vous vois toujours aussi combattif.
Je n'ai aucunement l'intention de baisser les bras.
J'en attends pas moins de vous.
Je voulais vous dire, je vous ai déposé un petit flacon de Marie-Rose à la
consigne pour vous débarrasser de vous.
C'est vrai qu'imaginer ma paillasse pleine de ces sales bestioles ne doit
pas être très... émoustillant.
Une autre situation, ça vaut peut-être mieux.
Tu me manques, c'est terrible.
Moi aussi, tu me manques.
Je suis là tous les jours.
Oui, oui.
Mais derrière ces grillages... Un jour, ça va finir, ce cauchemar. On se
rattrapera. Oui.
À moins que la vieillesse ne rattrape d'ici là.
Arrête. Quoi ? Tu cherches les compliments, là ? Il
paraît que...
La femme de Jean Zay est dans votre hôtel, c'est ça ? Oui.
Le pourvoi de son mari a été rejeté, il va rester en prison.
Alors, faites-moi plaisir, parlez-lui, soyez affectueuse avec ses filles.
D'accord.
Je dirais que cette démarche vient de vous.
Si Jean doit rester ici en prison, il faut que je trouve un logement.
Et vous avez besoin d'argent ? Non, non, merci. On va s'en sortir.
Vous savez, quand mon mari était ministre, on voyait beaucoup les Blumes.
Oui, moi aussi j'ai connu Thérèse.
Je lui ai souvent dit, elle est chez nous, elle joue en jeux d'as.
Une militante.
Une vraie de vraie.
Oui, je sais.
Tout le contraire de moi.
Mais vous le connaissez depuis si longtemps ? Je l'aime depuis que j'ai 16
ans.
J'ai eu un coup de foudre.
Ma mère s'était mariée avec un homme assez important.
Et tous les jeudis soirs, mon beau-père recevait le tout pari.
C'est vrai que je l'ai vu pour la première fois.
Moi, j'étais une gamine un peu maigrichonne et toute timide. Et lui, il
était là, entouré des plus beaux esprits. Il rayonnait dans le salon.
Il était impressionnant.
C'est là que je l'ai vu parler de la poésie de Goethe avec Marcel Proust.
Et puis un jour, en le voyant partir, je me suis évanouie.
La première fois que je l'ai rencontré, tout mon cœur en fut
troublé, bouleversé.
Voilà trente jours que je l'ai vu, trente nuits que je ne
dors plus.
Je crois entendre sa voix caline et si tendre
qui me met tout en émoi malgré
moi.
Oui, sans cesse, il me poursuit.
C'était une chanson de Vincent Scotto. Bravo ! Bravo ! C
'était très émouvant.
Asseyez-vous.
Merci.
C'était l'occasion.
Vous savez, je ne chante plus en public depuis mon mariage.
C'est dommage.
Pourtant, vous étiez en pleine gloire.
Une femme de ministre, ça ne chante pas dans les cabarets.
En prison, le ministre.
Inculpé comme les autres.
Nous sommes revenus volontairement des Etats-Unis, madame, pour que mon mari
puisse se livrer à la justice française.
Je sais qu'il sortira blanchi de ce procès. Mais c'est couru.
Dans un procès politique, il faut au moins un acquitté pour faire croire à l
'impartialité de la justice.
Il faudra bien un jour reparler de tout ça, de ces civils qui portent la
responsabilité, mais aussi des militaires.
N'est-ce pas, madame Gamelin ? Mon mari préparait une contre-attaque le jour
même de sa révocation, madame.
Mesdames, arrêtez, s'il vous plaît.
Nous sommes toutes là parce que nos maris...
Nos compagnons, nos amis, sont emprisonnés à deux pas d'ici pour être
jugés responsables de la défaite.
Alors, s'il vous plaît, restons unis et solidaires devant
ces bassesses.
Buvons au courage des femmes.
Au courage des femmes.
Au courage des femmes.
Et à la fin de nos misères. À la fin de nos misères.
Quelle tribo ! Tu m'étonnes chaque jour un peu plus.
Alors, comment ça s'est passé aujourd'hui ? Toujours pareil.
Vichy veut condamner les responsables de la défaite.
Mais en coulisses, les Allemands veulent que Daladier et Blum soient responsables
de la guerre.
Tenez, notre scribe m'a donné son travail d'aujourd'hui.
Il a du mal, c'est dur de tout noter au vol.
Et Blum, il est comment ? Intransigeant et déterminé.
Il argumente comme s'il était l'avocat d'un autre.
Donc le procès actuel n'est plus le procès de la France, mais il sera
fatalement le procès de la République.
Point. Pour moi, Émilie 11, c'était aussi les heures passées tous les soirs
dans la chambre 21 de l'hôtel des voyageurs.
Les extraits des plaidoiries des avocats, transmis par Spagnin, étaient
ensuite rapidement polycopiés.
puis diffusé par nos réseaux en France et à Londres. Ils ont été exclus d
'avance.
C'est un attentat à la vérité et une attaque
contre le régime républicain.
Il est incorrigible.
Il veut remobiliser sur les valeurs qui ont forgé l'unité de la gauche.
Ah merde, c'est clairement Ferrand.
On n'a pas fini. Bah dis-donc, avec un déguisement pareil, c'est le meilleur
moyen de te faire repérer.
Comment ça va, Clermont ? Ça va.
Le réseau s'est élargi. Parce que maintenant, pour les comptes rendus du
procès, en plus de Londres, on a un correspondant à New York.
Eh ben, si on est élu en Amérique, faut qu'on se dépêche.
T'as quel âge ? 17.
Ah, l'âge de Plouf.
Plouf ? C'est mon fils.
Et tu l'appelles Plouf ? Oui, c'est son petit surnom d'enfance. Il adore Hello.
D'ailleurs, il déteste que je l'appelle comme ça.
Moi, je vais me dire.
Ça me rappelle quand il était petit et que je le serrais dans mes bras.
Grouillez-vous, j'ai mon train dans trois quarts d'heure. Ce sera prêt.
En attendant, tu dis à M. Texier qu'il te donne à dîner.
D'accord.
Et qu'il le mette sur mon compte.
D'accord, merci.
Quoi, qu'est-ce qu'il y a ? Ben dis-donc, il est joli garçon.
Arrête.
On dit que Hitler n'apprécie pas du tout la tournure des événements.
Plus Vichy et ses magistrats aux ordres essaient de prouver que le Front
populaire a saboté notre pays de l'intérieur, plus l'armée allemande
apparaît comme une troupe sans héroïsme qui a gagné la guerre au cours d'une
promenade de santé.
Et ça fait mauvais effet en Allemagne. Exactement.
Et voilà, le procès est interrompu.
Ça veut dire quoi, le procès t'interrompt plus ? Ça veut dire qu'on
va les déporter ou ça veut dire qu'on va les remettre en prison ? Dites-moi.
Faut que vous quittiez la France.
La situation va devenir impossible pour vous, jeune. C'est hors de question.
Jamais. Si on l'enferme à Bourassol, j'irai à Bourassol.
Bonjour. Madame Rochenbach, on se doutait bien qu'on allait vous revoir.
J'ai gardé la chambre de mon hôtel à Rion. J'ai pas voulu changer.
C'est juste un peu plus loin.
Trois kilomètres de plus. Eh oui.
Ah, Monsieur Bloom a toujours la même cellule ? Oui, oui, c'est lui qui a
demandé. D'accord.
En fin de bras.
T'es la première personne à me regarder comme ça, Jeannot.
Oui ? Oui.
Et comment tu trouves que je te regarde ? Au plus profond.
Avec toi, on peut pas tricher.
Alors, je vous ai pris un peu de décoration.
J'ai pris des affiches de la chapelle Sixtine.
Et des reproductions de vos Italiens chéris.
Comme c'est gentil. J'ai pensé à tout, j'ai même apporté des punaises.
Ah ben, ce n'est pas la peine, il y en a plein de la paillasse.
J'ai même un insecticide.
J'ai pris une écharpe, du chocolat, des cigarettes, des allumettes, des gants,
et même un livre.
Qu'est-ce que je deviens de Vincent Bou?
Je sais pas.
De toute façon, j'ai pas l'intention de vous abandonner.
Maintenant que je vous tiens, je vous lâche plus.
Je vous aime, Bloom.
Oui ? Oh, pardon.
Télégramme pour vous. Merci.
Qui est-ce ? C'est Cora, je viens aux nouvelles.
Rachel Bach.
Son mari.
On sait dans quelles conditions.
C'est un suicide.
Sa famille a envoyé un télégramme depuis la Suisse. Pas de précision.
Pas de date.
Juste New York.
5 minutes. A plus.
Merci.
Ne posez pas de questions, le temps nous est compté.
Ma Jeannot.
Ma Jeannot, il faut vous ressaisir.
Oui. Je comprends ce qui vous arrive, mais il faut savoir renoncer au malheur.
Maintenant, ce qui compte pour vous, c'est regarder devant.
Trop de gens comptent sur vous.
C'est de ma faute. Ils ont tellement été pénibles les derniers moments entre
nous. Il faisait sa valise en me faisant semblant de croire que je partais avec
lui.
J'arrivais pas à lui parler.
J'étais trop maladroite.
J'ai vu son désespoir quand il a réalisé qu'il me perdait.
Il m'aimait tellement.
Oui.
La douleur va rester vivre encore longtemps, il faut le savoir, mais... Le
suicide, c'est contre soi.
Les autres, ils n'y peuvent rien.
Et même si le passé ne peut pas être oublié, il ne doit pas entacher l
'avenir.
Mais comment vous pouvez parler d'avenir ? Il le faut.
Moi, mon avenir reste incertain, c'est vrai, mais je vais vous faire une
proposition. Écoutez, ma Jeannot, je vous aime.
Et si vous me le permettez, je veux vous épouser.
La circonstance est un peu douloureuse, c'est vrai, mais réfléchissez.
Je ne vous presse pas, mais...
Désolé, monsieur Bloom, mais le temps est passé.
Oui, d'accord.
Entrez.
Plouf, c'est bien ton fils ? Oui, pourquoi ? À la radio.
Un message.
Plouf a retrouvé Sherlock.
Ah bon ? Ça veut dire qu'il est à Londres ?
Il n'est pas un amour comme le mien Tout en moi lui
appartient Il me tient Et je ressens le plus
doux des frissons Rien qu'à pron...
Viens
Cora, pour que tu t'arrêtes, continue !
Je ne rêve que de lui.
Il me hante, me tourmente,
sans cesse le jour, la nuit.
Son image me poursuit.
Aigrisée, je crois entendre sa voix calide.
Et si tant...
... ... ... ... ...
Les Allemands ont envahi la zone libre.
Léon reste calme, mais je sais qu'il est inquiet.
Près de lui, je n'ai pas peur.
Maintenant qu'ils sont là, s'ils me gardent en prison, c'est qu'ils veulent
ma mort.
Mais non, dis pas ça.
On n'en sait rien. Pourquoi tu dis ça ? Tu es en danger.
Mais pas moins que toi.
Tu es juive. Mais toi aussi.
Oui, mais moi je suis célèbre.
Je ne suis pas dans une certaine valeur de négociation, je suis un otage. Alors,
justement, personne ne sait le sort réservé aux otages. Écoute, Jeannot, n
'oublie jamais que tu es libre.
Je t'ai aimé, tu m'as aimé, mais l'important aujourd'hui, c'est de sauver
ta peau.
D'accord, la mienne, après tout, elle a fait son temps. Mais non.
Dis pas ça.
Je veux pas entendre ça. On s'aime.
C'est la guerre.
C'est plus le temps des sentiments.
Mais je peux pas le croire.
Non. Regarde-moi.
Regarde-moi.
On est là.
On est vivants. On va rester ensemble.
Oui, ma jeune. On va rester ensemble.
Oui. Comme si.
Mercredi. La Gestapo est venue me chercher.
J'ai cru comprendre qu'on m'emmenait en Allemagne.
Je vais quitter tout à l'heure cette prison pour je ne sais quel destin.
Mon cœur reste avec vous et le restera.
Je vous promets de tout faire pour revenir intact.
Je vous embrasse.
Qu'est-ce que tu vas faire maintenant ? Moi, j'ai des instructions de Léon.
Toi, pars.
Va rejoindre ton fils.
Fais comme moi.
Attends.
Attends, mais... Attends loin de cet enfer qui nous rend fous.
Je n'ai pas écouté René.
Pendant six mois, j'ai tout tenté pour rejoindre Léon.
jusqu'au jour de ce rendez-vous.
Madame Achenbach, monsieur Laval va vous recevoir.
Merci.
Chère Jeanne, il y a si longtemps... Assieds-toi, je t'en prie.
Je n'ose te demander si tout va bien pour toi.
J'imagine, monsieur, que votre temps est précieux, donc je n'en abuserai pas.
Je suis venue ici pour vous demander quelque chose. Je sais pourquoi vous
êtes ici.
Madame Reichenbach.
Et je ne vous cache pas que votre cas est épineux.
Vous êtes non seulement l'ex-épouse d'un avocat qui déploie depuis l'étranger une
propagande injurieuse à mon égard, mais aux yeux de la loi, vous êtes toujours
mariée à un juif.
Très riche.
J'ai fait les démarches pour épouser Blum.
Et malgré l'appui du garde des Sceaux, l'administration fait tout pour empêcher
mon remariage.
Il me demande un acte de décès.
Et c'est évidemment impossible d'en fournir un par les temps qui courent.
Mais les lois sont faites pour être respectées.
Vous êtes donc actuellement une femme mariée qui veut rejoindre son amant.
Il va être difficile de légitimer votre requête.
Je suis une veuve, monsieur, qui veut rejoindre son futur mari.
Un seul mot de vous, et cet obstacle tombe.
Les autorités du Reich auxquelles je suis tenu de rendre des comptes ne
voient pas d'un très bon oeil que les femmes de ces pensionnaires politiques
les rejoignent en captivité.
C'est curieux parce que M. René Bousquet nous a affirmé le contraire.
Il s'est déplacé lui-même pour garantir aux prisonniers d'Orion la possibilité
de faire venir quelqu'un auprès d'eux en Allemagne.
Bousquet, vraiment ?
Il aura omis de m'en faire part.
C'est dommage.
Parce qu'il en a fait part à l'ambassadeur du Reich à Vichy.
Et il a donné son accord lui aussi.
J'ai bien renseigné.
Tout à fait.
Alors ayez la mobilité, monsieur, de me dire si oui ou non vous allez signer
cette autorisation.
Vous avez beaucoup d'amis.
Certains nous sont communs.
Un ami d'enfance est intervenu en votre faveur. Il prétend que sans vous, Blum
se laissera mourir.
Puisque vous tenez à tout prix à partir en enfer, je vais vous faciliter le
transport.
Vous voyagerez avec la campagne de Léon Jouot, l'ex-secrétaire général de la
CGT. Il est interné en Bavière.
Je préférais Léon Blum quand il faisait de la critique littéraire.
J'ai beaucoup admiré son livre sur Goethe.
L'ironie, c'est qu'il était précisément incarcéré près de la colline où Goethe
avait l'habitude de se promener.
Buchenwald, ça s'appelle.
Burenwald.
La forêt de hêtres.
Votre détermination à prendre des risques force l'admiration.
Parce qu'entre nous, on ne sait pas très bien quel sort les Allemands réservent à
leurs otages.
Je vous souhaite un bon voyage, chère Jeanne.
Merci, monsieur.
Ce que René et moi avons vécu ensemble, nos épreuves et notre complicité, sont
calmes devant ma fougue déraisonnable.
Restent des souvenirs impérissables.
Elle a retrouvé son mari Robert dès la fin de la guerre.
Vous avez peur ? Oui, un peu.
Merci.
Qu'est-ce qu'ils veulent ?
Disez vous-même.
Les autorités du Reich.
Demande du président du conseil, mesures exceptionnelles, Jeanne Rechenbach.
Elle arrive quand ? Je n'en s'inquiète en rien.
Il faut être bien fou pour se livrer à l'ennemi sans connaître le sort qu'il
vous réserve.
Cette femme est irrépressible.
Vous voulez dire incontrôlable ? Je veux dire... Je ne trouve pas le bon mot, je
préfère me taire.
Le silence et la parure et la sauvegarde de la jeunesse, nous dit Plutarch.
C'est tout ce qu'ils m'ont donné.
Et c'est pour jusque demain.
Les misérables.
Ce n'est pas grave, Joachim.
Merci.
Vous êtes sûre de ce que vous avez fait ? Car maintenant, vous allez en prison.
Je préfère être en prison avec vous que libre sans vous. Oh,
pardon. Oh, Georges,
Georges, venez.
Vous vous connaissez ? Pas personnellement, non, mais on s'est
croisés au fort du Portalais.
Georges Morel.
Très heureuse.
Béatrice parlait de vous avec beaucoup de chaleur et de clown. Ma fille vous
aime beaucoup.
Vous avez des nouvelles d'elle ? Une lettre de temps en temps.
Je n'ai pas la séduction de Léon pour pouvoir entraîner l'élu de mon cœur
jusqu'au fond de l'enfer.
Évidemment, il est jaloux.
Je viens de monter les valises de madame dans la chambre de monsieur.
Merci Joachim. Est-ce que je peux servir le dîner ? Le temps qu'elle prenne un
peu possession de cet appartement. Merci.
et de découvrir le gouram antico-médiéval du Reichsführer Himmler.
Je ne comprends pas bien, c'est qui exactement ? Joachim, un témoin de
Jéhovah, objecteur de conscience et ingénieur d'agronomie.
Et qu'est-ce qu'il fait là avec vous ? C'est quoi ce signe ? Le triangle violet
? Oui.
C'est parce qu'il a été déporté pour avoir refusé de porter les armes.
Et l'administration du camp l'a affecté à notre service.
Un aide de camp.
Mais il vit ici.
Son lit est dans la cuisine, là.
Dans la cuisine ? À la guerre. Comme à la guerre.
Qu'est-ce qu'il y a derrière ? Un camp de prisonniers.
Les conditions ont l'air atroces.
Joachim en vient, mais il ne veut pas en parler.
Aujourd'hui, on ne sent pas trop l'odeur. Quelle odeur ? Une odeur qui
prend la gorge.
On s'habitue, mais parfois c'est...
C'est épouvantable.
Une chose qui est étrange... Quoi ? C'est qu'on n'entend pas les oiseaux.
Il y a des bois tout autour, mais on n'entend pas chanter les oiseaux.
C'est vrai.
Qu'est-ce qu'il vous prend ? Venez, on ne peut pas s'arrêter.
Il parle pas allemand ? Non, il parle russe.
Ce sont des prisonniers de guerre du front de l'Est qui ont échangé leur vie
contre un envolument dans l'armée allemande.
Ce sont des brutes.
Je crois qu'il est temps pour moi de nourrir ma promesse. Quelle promesse ?
Celle que je vous ai faite à Rion, dans votre hôtel, il y a deux ans, quand je
vous l'ai dit.
Permettez-moi de vous épouser.
Non, c'est pas vrai.
Pas ici.
C'est bien le motif que vous avez invoqué pour venir me rejoindre, non ?
Au nom de l'Etat, je peux vous dire que vous êtes des mariés qui sont liés
par le droit.
Si nous gagnons la guerre, il n'y aura plus de Troisième Reich et notre mariage
sera plus valable.
Rien ne nous empêchera de nous remarier dans une France en paix, avec une
république restaurée.
Le crément de bavière, tiède, infect, ça me console.
Pourtant, c'est ce qui donne un caractère festif à la cérémonie, non ? J
'ai peut-être le droit d'embrasser la mariée.
Je vous en prie.
Vous connaissez l'allemand ? Euh, non, mais j'adore cette aire.
Pardon, ça vous choque que je chante en allemand ? Dans les circonstances
présentes.
Ah oui, pardon.
Et vous ? Que je chante.
Non, enfin, vous parlez allemand.
J'ai fait le serment de ne plus le parler tant que le drapeau nazi flottera
sur Paris.
Oui, je comprends.
En même temps, c'est...
C'est avec Mozart, c'est avec Beethoven et Schubert qu'on sortira l'Allemagne de
la barbarie.
Eux aussi sont pris en otage, comme nous.
George,
j'arrive pas à faire tenir votre colle sans amidon.
Et l'amidon, n'est-ce pas à base de pommes de terre ? Si.
Vous voulez que je frotte votre colle avec une patate, c'est ça ? J'espère que
vous êtes plus fort en radio qu'en repassage.
Je ne voudrais pas faire l'important, mais je vous le rappelle, j'ai été
ministre des PTT.
Je vois pas le rapport.
Bien sûr que si, la radio était sous ma responsabilité.
Éteignez, bon sang ! Communiste de PDT, je ne sais pas, Georges, mais comme
ingénieur radio, pardon !
le débarquement des armées alliées sur les côtes de la Normandie.
Ici Londres, ceci termine la sélection de 20 heures, il est à l'Europe.
Notre prochaine émission aura lieu à minuit.
Bien fin, Léon.
Oui. Ça va, comme ça ? Ouais, parfait, là.
Je peux en avoir une autre ? Oui.
Si le colonel nous surprend, il va me renvoyer au camp.
Arrêtez, Joachim, ça suffit. C'est votre anniversaire.
C'est pour ça qu'on est plus chez les potates à votre place.
Les nazis ne célèbrent pas les anniversaires ? Mais, madame Blum...
Quoi ? Ah.
Ça n'est pas bon pour nous.
Qu'il se passe ?
Philippe Horio a été assassiné. C'est qui ce monsieur Horio ? Le Goebbels
français.
Cet assassinat va changer beaucoup de choses.
Je ne donne pas cher de la peau des otages que nous sommes.
Dites à Béatrice, dites à ma fille que je ne regrette rien de ce que j'ai fait,
que je crois avoir bien agi.
Et que quoi qu'il arrive, elles n'auront pas à rougir de moi.
Oui.
Je vous ai laissé le buste de Clémenceau.
Je ne suis pas assez saoul pour penser qu'il nous protège.
Je pense juste qu'il nous donne du courage.
Quelques jours plus tard, la nouvelle de l'assassinat de George Mandel nous a
convaincus que le même sort nous attendait.
On n'a pas de nouvelles.
On n'en sait rien. De qui est vivant, de qui est mort.
Est-ce que Robert est toujours prisonnier ? Et René, pourquoi il n
'écrit pas ? Il paraît que le courrier marche très mal.
Et Plouf, est-ce qu'il est toujours à Londres ? Comment va-t-il ? Qu'est-ce qu
'il fait ? Il m'avait écrit.
Je veux leur montrer comment un juif peut se battre et résister.
Nous sommes seuls au monde.
Mais ensemble.
Oui, ensemble.
Après le bombardement par les avions alliés, accablés, nous avons découvert
la réalité et compris quel était le sort de nos voisins, marqués 800 mètres plus
loin, mais jusqu'à présent invisibles.
C'est ainsi que nous avons réalisé avec effroi ce qu'était réellement
Buchenwald, comment on y vivait et surtout comment on y mourait.
Nous avons été rapatriés au mois d'avril 1945.
Léon et moi avons décidé d'aller vivre dans ma maison de jeu en Josas.
Posez ça là.
Je vous renseigne le réceptice, madame.
Merci. Où ça ? Ici.
Merci. Au revoir, madame. Au revoir, monsieur.
C'est en recevant ce qu'il restait des affaires de George que j'ai compris que
mon fils s'était engagé dans la deuxième DB et qu'avant de se faire tuer au cours
de la bataille des Ardennes, il s'était marié à Londres.
George, en disparaissant, me laissait un cadeau.
C'est toi, ma chère petite fille, qui entrait dans ma vie.
La première fois que je l'ai rencontré, tout mon cœur en fut
troublé, bouleversé.
Voilà trente jours que je l'ai vu, trente nuits que je ne
dors plus.
tendre qui me met tout en émoi
malgré moi
oui sans cesse il me
poursuit je
Il n'est pas un amour comme le mien Tout en moi lui
appartient Il me tient Et je ressens le plus
doux des frissons Rien qu'à prononcer son nom
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