All language subtitles for Clemenceau, la force d'aimer

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Original subtitles

Marguerite, est-ce que tu... Oui ? Tu pars déjà ? J'ai eu mon rendez-vous chez

Clemenceau ce matin.

Tu te souviens ? De si bonne heure.

C'est dans ses habitudes, il paraît.

Je... Je... Je suis comment ? Très bien.

Très très bien.

Tu m'es.

Bonjour monsieur, je suis madame Baldens-Perget.

Parfaitement madame, si vous voulez bien vous donner la peine d'entrer.

Pardonnez cette attente, madame.

Je vous remercie de me recevoir, monsieur.

C'est un grand honneur d'être ici, où tout rappelle les grands jours.

Les grands jours sont loin.

Asseyez-vous, madame.

Eh bien, si j'en crois votre lettre, vous souhaitez me parler ?

d'un livre.

Je suis éditrice chez Plon et je dirige une collection d'ouvrages consacrée à

des grands personnages de l'histoire.

Ce sont des livres destinés à la jeunesse pour lesquels je sollicite les

meilleurs écrivains.

Alors je me dois de vous dire que je suis déjà tout absorbé par des travaux d

'écriture qui me passionnent autant qu'ils m'amusent.

Mais ces travaux ne sont peut-être pas incompatibles avec mon projet ? Quand je

dis que je m'amuse, tout le monde pense à son âge et d'exagère.

Mais pas vous, madame.

Je le vois.

Et je vous remercie de votre délicatesse.

Cela va peut-être m'aider à vous convaincre.

Vous êtes en effet sur le bon chemin.

Un nom aussi prestigieux que le vôtre ne peut pas être insensible à ce qu'il peut

apporter à la jeunesse.

Voulez-vous faire un livre sur la guerre ? Non, ça je ne parlerai jamais de la

guerre.

Vous voyez ces pauvres fleurs.

Je les emporterai dans ma tombe.

Elles m'ont été données par de jeunes soldats qui allaient monter à l'assaut.

Ils allaient tous mourir.

Et ils le savaient. Et pourtant, ils étaient fiers de m'offrir cet humble

bouquet. Alors la guerre, la guerre, je n'en parle qu'avec eux.

C'est avec leurs ombres.

Leurs ombres sublimes.

Pardonnez-moi, je suis maladroite.

Bon, il n'y a point de maladresse, madame.

Et vous avez raison.

Cela m'impose le devoir d'aider la jeunesse.

Vous pouvez compter sur moi.

Je vous suis très reconnaissante, monsieur.

Et moi, heureux de voir que nous nous entendons si bien.

Mais vous ne m'avez pas parlé de votre mari ? Mon mari ? J

'ai sûr que vous en avez un.

Eh bien, mon... Mon mari est professeur de littérature. Il vient d'être nommé à

la Sorbonne. Ah.

Il voyage beaucoup pour ses cours et ses conférences.

Un universitaire.

C'est comme les diplomates, je les aime pas beaucoup.

Il m'a bien une idée.

Amenez-moi donc votre mari.

Clémenceau veut le voir.

Il l'a presque exigé. Tu ne veux pas le rencontrer ? Non, si, bien sûr.

Mais qu'est-ce qu'il me veut ? Il veut rencontrer mon mari, M. Fernand Baldès

-Perget. C'est bien toi, non ? J'ai cru comprendre que les sujets de

conversation ne manqueraient pas.

Et dis-moi, est-ce que tu l'as convaincu de faire le livre que tu attends ? Sur

Abraham Lincoln ? Oh non, non pas Lincoln.

Enfin, pourquoi s'en tenir au président américain ? C'est vrai, nous avons nos

présidents de la République.

Pour une collection sur les hommes illustres ? Ne me faites pas rire.

Vous me voyez vanter les mérites de Poincaré ? Il faudrait déjà lui en

trouver un seul.

Et des Chanel.

avec sa cafetière fêlée, ou fort, qui, comme vous le savez, est mort dans les

bras de sa maîtresse.

Enfin, remarquez, quand il est entré dans le néant, il a dû se sentir chez

lui.

Demosthène.

Ce sera lui mon sujet.

Demosthène ? C'était il y a plus de 1500 ans ?

2000.

Mais Demosthènes est avec nous.

Il est avec nous parce qu'il a sauvé sa patrie.

Demosthènes a sauvé Athènes des lâches et des défaitistes.

Alors on l'a acclamé, redouté, porté au nu, renié, conspué, poussé à la

mort.

Seulement, c'était une force au-dessus de

la désespérance.

Un frère d'armes, en somme.

Alors ? Desmostènes ? Desmostènes.

Eh bien, madame, nous voilà en affaires.

Et je l'espère en amitié.

Alors, mes belles, vous êtes chaque jour plus ravissantes.

Vous les m'enivrez avec votre parfum, séductrice.

Moins fort, les piafres et voisins ont des chats.

Patron, monsieur Leroy est arrivé.

Et un, et deux.

Et un, et deux. À vous maintenant.

Et un, et deux.

Et un, et deux.

Inspirez, expirez. Très bien. Maintenant, les mains sur les hanches.

Et à gauche.

À droite.

Un petit peu plus à gauche.

Et à droite.

Un coup à gauche.

Un coup à droite.

Vous fréquentez Poincaré, l'on voit.

Monsieur le Président, allez, on reprend à droite et à gauche.

Je crois comprendre pourquoi il tient à me rencontrer. Je pense que par rapport

au livre que tu lui demandes, Je peux vous représenter une sorte de caution.

Non, ce que je veux dire, c'est que mes titres peuvent le rassurer. Tu vois, les

universités américaines, la Sorbonne.

Alors voilà les roses.

Les ronces, les pierres de ronces, la rose rouge.

Les fleurs, les fleurs. Ah, si les fleurs n'existaient pas, je les aurais

inventées.

À vrai dire, c'est mon cher, mon cher Monet qui les aurait créées.

D'ailleurs, ces roses rouges, elles viennent de chez lui.

C'est une grande chance d'être l'ami d'un homme comme celui-là, qui est plus

qu'un grand peintre, un magicien, un vieux chancier.

Vous ne trouvez pas étrange qu'un type comme moi aime les jardins ? Un type

comme vous, c'est-à-dire ? C'est-à-dire un tigre sanguinaire.

On voit bien que vous ne connaissez pas Briand.

L'immaculée Aristide qui répète partout que je n'étais qu'un astrophée de sang.

Enfin, c'est pas en bêlant la paix, la paix, avec le tropo qu'on arrête les

Prussiens.

Le moche regarde la guerre avec sang-froid, ce qui veut dire qu'il la

prépare. Le Français, lui, commence à y penser le jour de la mobilisation.

Je suis un enfant de l'Alsace, monsieur le Président, mais sans vous, l'Alsace

et la Lorraine seraient toujours aux mains de l'ennemi.

Vous nous avez rendu notre patrie et notre honneur.

J'espère que ça n'aura pas servi à rien. Aujourd'hui, nos gouvernants se

prosternent devant l'Allemagne.

La France fait partie des vainqueurs.

Nous avons tout de même le traité de Versailles. Le traité de Versailles.

Alors, il y avait ceux qui disaient que j'étais trop dur avec l'Allemagne et

ceux qui pensaient que j'étais trop tendre.

Les mêmes, d'ailleurs, qui n'ont toujours pas compris qu'un traité, il

faut s'en occuper davantage une fois qu'on l'a signé.

Parlez-moi plutôt de l'Alsace.

Eh bien, j'ai fait une partie de la guerre.

Et puis, nous y avons vécu.

Ma femme a dû vous le dire.

Elle a créé une œuvre du livre français en Alsace et en Lorraine.

Mais non, elle ne m'en a rien dit.

Je ne vous ai pas demandé. Vous avez des enfants ? Trois enfants, oui.

Ils sont tous les trois.

À Saint-Dié, avec notre famille.

J'aimerais revoir votre jardin.

Mais je vous en prie.

Merci.

Alors j'attends votre visite. On a dit jeudi en hutte, ne l'oubliez pas.

Et puisque ça semble vous intéresser, je vous enverrai mon discours contre la

colonisation. Oui, celui que j'ai tenu il y a presque 40 ans.

Face à Jules Ferry et à tous ces cons.

Persuadés qu'il y a des nations supérieures à d'autres. Ma baissie.

Non mais, monsieur le président, je... Ah, je ne sais pas comment vous dire ma

gratitude.

En veillant sur notre Marguerite.

Merci. Au revoir.

Je féliciterai votre professeur de gymnastique.

Pour tout vous dire, c'est le travail qui me maintient.

Particulièrement d'ailleurs le livre que j'envisage.

Vous n'avez pas terminé votre barge philosophique, il me semble.

Je peux faire les deux.

Vous n'aviez pas aussi un projet sur monnaie ? Je peux faire les trois.

Soyez logique, Pietri.

Vous venez de me dire que vous me trouviez en pleine forme.

Alors...

Vous avez raison.

Des Mostènes.

Ce sera mon sujet.

Une demande.

Une dame qui m'a intrigué.

Si je peux me permettre, monsieur le président, depuis que je vous accompagne

dans ces promenades, je ne vous ai jamais vu aussi en forme.

Vous aussi.

Tout le monde me dit que sans mon âge et ma moustache blanche, j'aurais l'air d

'une petite jeunesse de 20 ans.

Mon chien piétrit.

À la prochaine.

Merci. Au

revoir, monsieur le président.

Bonjour, Madame.

Bonjour.

Monsieur le Président va être heureux de vous voir.

Merci.

Mon mari a été enchanté de vous rencontrer.

Vos conversations sur l'Allemagne l'ont beaucoup marqué.

Là, il est parti pour une série de conférences à l'étranger. Les

universités le demandent régulièrement.

Peut-être voulez-vous que nous parlions de Demosthène ? C'est de vous dont nous

devons parler.

De moi ?

Vous n'imaginez pas combien ces jours où je vous ai attendus ont été longs.

Voilà pourquoi je dois savoir ce qui s'est passé la dernière fois que vous

êtes venue avec votre mari.

Non, je ne comprends pas.

Mais si.

Mais si, vous comprenez.

Pourquoi vous êtes-vous enfuie dans le jardin soudainement ?

Dites-moi.

Mon mari vous a dit que nous avions trois enfants.

Il n'a pas voulu vous parler d'Anette, notre aînée.

Nous l'avons perdue l'an dernier.

Elle allait avoir 18 ans.

Qu'est-il arrivé ?

Un après-midi, elle a quitté la maison que nous habitions à Strasbourg. Elle n

'est jamais rentrée.

Elle a disparu.

Nous sommes allés près de la rivière pour la chercher.

Les voisins sont venus nous aider.

Pendant des jours et des nuits, nous avons attendu.

Nous avons espéré.

Elle est allée revenir.

Les enfants avaient peur.

Ils ne comprenaient pas.

On a eu beaucoup de soutien et aussi beaucoup de malveillance et de

méchanceté.

Les enquêteurs étaient aussi désemparés que nous, alors ils nous ont conseillé

de faire paraître une annonce dans les journaux et de proposer une prime à qui

nous donnerait des informations sérieuses pour la retrouver.

Le 31 mars, le corps d'Anette a été retrouvé dans la rivière à quelques

kilomètres en aval.

On nous a dit qu'il n'y avait aucune trace de violence ni de blessure.

La petite fille est entrée dans la rivière parce qu'elle l'a décidé.

Qu'a-t-elle ressenti à ce moment-là ? Est-ce qu'elle m'a appelée ? Moi,

j'étais pas là.

J'étais pas là.

Je sais que j'aurais pu empêcher ma fille de se suicider.

Au fond de moi, je sais que j'aurais pu l'empêcher.

Ne vous faites pas de stupides reproches.

Mais dites pas que c'est votre faute.

Vous n'avez pas su garder votre enfant.

On ne garde jamais les enfants.

Vous avez fait ce que toute mère aurait fait.

Non.

Non.

Ce jour-là, on s'est disputé.

Elle avait une liaison avec un pasteur, un homme marié plus âgé qu'elle.

Elle était amoureuse.

Et moi, je l'ai menacée de tout raconter à son père.

Moi, j'ai eu des mots très durs.

Je les regretterai toute ma vie.

Où la mort a passé, le dernier mot est dit pour toujours.

Vous ne pouvez pas l'oublier.

Et surtout, vous ne devez pas l'oublier. Au contraire.

Il faut que cette souffrance agisse comme un ressort qui vous aide à vous

redresser et à faire face.

Mais comment ? Donnez-moi votre main.

Donnez-moi.

Il faut reprendre goût à la vie.

Je vous aiderai.

Je vous aiderai à vivre, Marguerite.

Et vous ? On m

'aidera à mourir.

C'est notre pacte.

Mais voulez-vous ?

Nous sommes convenus de nous écrire.

Pas seulement lorsque je serai à Saint-Dié ou je pars demain, mais de

quelque endroit où je me trouverai, y compris Paris.

Cette idée me fait du bien.

Mais une lettre par jour sera-t-elle suffisante ?

Je ne sais pas ce qui se passe, mais le courrier n'arrive pas régulièrement ces

temps-ci.

Vous n'avez pas remarqué ? Moi, vous savez, M. le Président, je ne reçois pas

beaucoup. Je ne peux pas bien me rendre compte.

Chaque matin, je reçois des tas de lettres que je n'attends pas, mais pas

assez souvent celles que j'attends.

Le problème est là.

Mon vieil ours, voilà enfin.

Je suis en retard ? Blanche a prévu un gigot.

Nous ne le ferons pas, attends.

Je suis bien heureux de vous voir, mon cher Monet.

Mon vieil Iris.

Venez d'abord dans mon atelier, j'ai des choses à vous montrer.

Monet, je connais ce regard.

Vous allez encore me dire que vous ne pouvez pas terminer les panneaux des

nymphéas.

Ceux qui doivent aller à l'orangerie, oui.

Vous avez généreusement offert à la France un cadeau qui ne se reprend pas.

Vous les terminerez.

Si vous avez besoin d'un nouveau délai, je vous le ferai accorder, je vous l'ai

déjà dit.

Les yeux refusent.

Les yeux voient des tâches, pas des couleurs.

La lumière me fuit.

Ça veut dire qu'une autre opération pour guérir cette cataracte est nécessaire.

Eh bien, nous la ferons.

Jamais. Oui, pour moi, pour jamais. C'est moi qui commande.

Mon diplôme de docteur en médecine est toujours valable. Je vous soignerai

malgré vous.

Et vous savez pourquoi, Claude Monet ? Parce que vous êtes mon très vieux petit

bébé.

Pardon vieillerie, justement.

Non, mais quelle sorte de médecin serez-vous ? Depuis le temps que vous n

'avez pas exercé.

Il est très loin.

Tant du petit dispensaire à Montmartre pour vous soigner les pauvres gens.

Médecin, j'étais.

Médecin, je reste.

J'ai vieilli, mais je n'ai rien oublié.

D'ailleurs, n'ai-je pas continué d'une façon différente, certes, à travers ma

politique, à me soucier des gens ? Évidemment.

Je voudrais me passer de vous, mais je ne peux pas.

Je ne veux pas d'autres vieilles badernes.

Très bien, alors commençons tout de suite.

Je veux que vous arrêtiez de fumer.

Après le gigot.

Après le gigot.

Il pleut de la neige.

J'essaie de vous aimer moins.

Je ne peux pas.

Je suis à vous.

déraisonnablement.

Je suis à vous,

déraisonnablement.

Pas mal, ça.

Oui, c'est pas mal.

Georges ne supporte pas que je sois à Saint-Dié, loin de lui.

Ce matin, j'ai reçu une lettre qui m'a fait pleurer.

Il est en colère parce que je lui demande de détruire mes lettres par

crainte des rumeurs et des médisances.

Il me reproche d'être trop bourgeoise, trop popote, trop confiture et autre

gentillesse.

Bon, les enfants !

Pierre, sois gentil avec ta soeur. Mais c'est tout le temps moi !

Mais cet après-midi, j'en ai reçu une autre si

belle, si tendre, qui se termine par « Je suis à vous

déraisonnablement. » Comment lui résister ?

Albert, vous direz à votre future femme que sa blanquette finira par me faire

croire en Dieu.

Merci, patron.

Quand même.

Bonjour, madame.

Merci, Albert.

Tout va bien ? Très bien, madame.

Bonjour, père.

Vous ne m'aviez pas invité à déjeuner.

Si.

Mais 12h30, c'est 12h30.

Il est là. Il est 12h34, j'en conviens.

Vous avez l'air d'humeur exquise aujourd'hui.

L'heure, c'est l'heure, ma fille.

Et ça n'est pas un militaire qui te le dit.

Sachant ce que vous pensez des militaires, je me permets de sourire.

Les militaires.

Les militaires sont très bien.

Simplement, c'est dommage qu'on ne puisse pas se passer d'eux pour faire la

guerre. Je dis les militaires, je pourrais tout aussi bien dire des

diplomates, des fonctionnaires, des politiciens. Non, n'oublie pas les

curés.

Je ne suis pas sûre que vous m'ayez convié pour parler de religion.

Je vais écrire un livre sur Demosthènes.

Le sujet du livre, d'ailleurs, n'a pas grande importance, mais la personne...

qui me l'a demandé, mérite qu'on s'y intéresse.

Tu la rencontres.

Desmostènes n'est pas ma spécialité, père.

Cette dame a connu... Desmostènes ? Un grand malheur.

Et je l'aide à son sortie.

Comme elle te drape, qu'on ne serait plus là.

À mettre en ordre ce que j'ai écrit, ou ce que j'ai fait.

Il faut bien se préparer, je ne suis pas éternel.

Mais en attendant, je me dois d'aider Marguerite.

C'est ce que j'ai décidé.

Elle s'appelle donc Marguerite.

Elle a un prénom ravissant, tu ne le trouves pas ? Surtout quand, comme vous,

on aime autant les fleurs.

Je veux savoir si ce voyage dans les Vosges vous a fait du bien.

Si j'ai souffert de martyrs pour rien.

Alors ? Cette pâle.

Trou. Les beaux jours arrangent en cela.

Les beaux jours, oui.

À condition que ce soit chez moi.

Face à l'océan.

Je suis peut-être pâle, mais je suis heureuse.

Je suis heureuse que vous m'emmeniez chez Blanche et M. Monet.

C'est impressionnant, n'est-ce pas ? Oui.

Je vous disais que Monet a rapporté ses premières estampes japonaises de

Hollande.

Et depuis, il n'a cessé d'enrichir sa collection.

Il en possède aujourd'hui... 231.

231.

Blanche, ce tableau est de vous.

Ce n'est rien. Enfin, pas grand-chose.

Mais c'est très beau.

Mais vous êtes un peintre, Blanche.

Je m'amuse, c'est tout.

Le seul peintre ici, c'est mon beau-père, c'est Monet.

Monsieur Monet se met-il au piano ou vous-même ? Non.

Et les enfants de ma sœur Suzanne aimaient bien jouer.

Mais ils sont grands maintenant.

En tout cas, le piano est toujours accordé.

Monet y tient.

Il dit que les notes sont comme les couleurs. Il faut qu'elles soient

justes. C'est vrai.

Êtes-vous pianiste ? Non, non, non, je fais du solfège et du piano quand j

'étais plus jeune, mais depuis le drame, je... Le drame ?

Ma fille est morte l'an dernier.

Elle jouait si bien.

C'était une artiste.

Chopin, Schumann... Il y avait cet air qu'elle jouait de toute son âme.

Comme si elle savait ce qu'allait lui arriver.

Est-ce que vous voulez jouer ?

pour une enfant défunte.

Au revoir.

Je n'oublierai jamais cette journée.

J'étais pleine d'une douceur inconnue.

Et surtout pour la première fois depuis si longtemps, je ne me suis pas sentie

abandonnée.

Je vous trouve bien pensé, Président.

Il s'est passé quelque chose quand elle était au piano.

Sous ses doigts, la pavane sonnait comme quelque chose qui

dépasse les humains que nous sommes et qui les guérit.

Je crois que c'est ce qu'on appelle la grâce.

La grâce ? Oui.

Oui, ta grâce.

Eh oui.

Eh oui, mon cher Pietri.

Vous ne rêvez pas.

C'est bien ce vieil athée de Clémenceau qui vous parle comme ça.

N'importe qui verrait que vous êtes sincère, président.

Peut-être plus que vous ne l'avez jamais été. Non.

Ne faites pas de moi un sentimental. C'est déjà assez difficile comme ça.

Qu'est-ce qui est difficile ?

Pensez que je vais passer l'été loin du tout.

Dans votre Vendée ? Face à la mer ? Mais c'est pas loin du tout, voyons.

Je parie que vous allez donner de l'ouvrage au facteur. Mais oui.

Ah oui, parlons-en.

Parlons-en.

Pas une lettre d'elle ce matin.

Elle a certainement dû vous écrire.

Et puisque je vous dis que je n'ai rien reçu.

Ah ! Avez-vous pu travailler à votre démostème ? Bon.

Des Mostens.

C'est le cadet de mes soucis, des Mostens.

Voilà,

voilà où j'en suis avec des Mostens.

C'est quelques notes, pas davantage.

Je suis perturbé.

Je sais que vous avez d'autres travaux en cours.

Je parlais pas de ça.

Venez, venez voir.

Vous m'avez demandé trois fois si je détruisais bien vos

lettres.

Alors voilà.

Voilà l'autodaf.

Une de ces jolies choses que je ne pourrai jamais relire.

Vous savez que c'est le prix à payer pour le respect que je dois à ma

famille. J'ai l'impression que ces lettres m'engagent au-delà de ce qui m

'est permis.

Dites-moi que vous me comprenez.

Et moi je veux que vous compreniez que cette lettre que je vous supplie de m

'écrire chaque jour, vous en avez besoin.

Autant que j'en ai besoin.

Alors bien sûr, une lettre de vous réchauffe ma vieille carcasse.

Bien sûr, avant même de la lire, j'aime regarder votre écriture qui ressemble à

des petites billes roulantes.

Mais surtout, surtout, cette lettre,

c'est la vie.

Et j'ai fait le serment de vous aider à vivre.

N'essayez pas filer la vie, Marguerite.

C'est Monet qui a raison, le noir arrive toujours trop tôt. Les couleurs,

uniquement les couleurs.

Alors vivez ! Vous avez déjà fait refleurir le vieux chardon desséché que

j'étais, mais... Toute cette lumière qui est en vous, il faut d'abord qu'elle

profite à vous-même.

Vous comprenez ? Qu'elle vous éclaire.

Mon père et mes enfants aimeraient vous connaître.

Je leur ai tellement parlé de vous.

Pourquoi ne viendriez-vous pas à Saint-Dié ? Pourquoi ne viendriez-vous

pas en Vendée ? Et réfléchissez.

La prochaine fois que vous me prendrez dans vos bras, je pourrai refuser d'en

sortir.

Et bien, bien.

Vous

êtes

divine, ma chère.

Merci.

41 lettres.

Vous vous fatiguez pour rien, patron.

Et encore.

J'ai fait court.

Je suis mis à 3 heures du matin.

Tout ça pour répondre à des demandeurs de recommandations et de médailles que

vous envoyez promener.

Eh bien, mon brave Albert, vous venez de me donner une idée.

Ah oui.

Au lieu de répondre que je ne distribue pas les distinctions, dorénavant, je

dirais que je fais suivre chez Poincaré.

Ça fera à cette pâte molle une occasion supplémentaire de me détester.

Alors, le roi toujours ponctuel, c'est bien bon, Albert.

Débarrassez-moi vite tout ça.

Je vais ouvrir d'abord.

Et là, oui.

Et un, et deux.

Et un, et deux.

Et un, et deux.

Inspirez.

Et deux.

Et on tient.

Et on lâche.

Très bien.

Grande forme, Monsieur le Président.

Je fais des provisions de santé.

Pensez donc.

Je reçois mes deux âmes tout à l'heure.

Marguerite.

Et après, Monet.

Marguerite, j'arrive et vous partez. Je ne vous chasse pas, j'espère.

Non, non, je suis attendue.

Et je crois que notre ami vous veut pour lui tout seul.

C'est bien dommage.

Embrassez Blanche pour moi.

Vous avez raison, elle est très belle.

On dirait que votre vie va beaucoup mieux.

Elle est bien jeune pour un vieil ours.

Nous deux, nous avons 123 ans.

Inégalement répartis.

Qu'est-ce que vous faites de son mari ? J'en fais un ami.

Et elle, je lui répare le cœur jusqu'à ce que le mien cesse de battre.

J'avais un cœur après ça.

Oui, je l'ai retrouvé.

Il a disparu sous la poussière.

J'ai fait le ménage.

Alors, l'on a fait A.

Ah non, nous n'allons pas nous disputer aujourd'hui.

Mais pourquoi pas ? Parce que vous partez demain en Vendée, et nous allons

être séparés fort longtemps.

Les yeux fermés, je sens qu'on est arrivé.

On a fait une bonne moyenne, M. le Président. Oui, parce que je vous ai dit

d'aller plus vite.

On n'a jamais roulé à moins de 100 à l'heure, je vous assure.

Mais ce n'est pas un compteur de vitesse, ça.

Un compteur de mensonges, Alfred.

Clotilde ! Ma merveille de Clotilde !

Monsieur le Président a fait bon voyage.

Alfred a pris son temps sur la route, mais enfin nous voici. Pour dire vrai,

depuis tout, on se traîne.

Clotilde, je ne rêve pas.

Il y a des mojettes.

Oh, les mojettes. Je fais des mojettes pour vous.

Oh,

les mojettes.

Des mojettes avec un beau morceau de veau, bien doré, bien tendre.

Et le veau, ça vous fait moins de mal.

J'aurais quand même droit à mon petit gigot de présalé.

Évidemment, tout ce que vous voulez.

Pourvu que je puisse veiller sur votre santé.

Vous veillez bien sur la mienne.

Vous avez bien reçu ma lettre, Clotilde.

Nous allons avoir beaucoup d'invités. Oui, même que je me suis dit que ce ne

serait pas du repos pour vous, monsieur le président.

Oui.

Alors... Bon, très chère Clotilde, veuillez...

Vincent, l'après-midi, vendredi, vous veuillez... Si j'ai bien compris, dans

deux jours, vos petits-enfants...

La semaine prochaine, M.

Pietri pour la journée.

Et après, une dame très importante.

Très importante.

J'espère que tous ces gens ne vont pas trop vous fatiguer.

Alors, Clotilde, une dernière chose.

Il faudra bien vérifier les passages du facteur, car j'attends chaque jour...

Une lettre capitale.

Absolument, absolument capitale. Oui, oui, capitale, capitale.

Comment vous remercier pour les beaux timbres du Brésil et des Indes que vous

avez envoyés à mon fils Pierre pour sa collection.

Il faudra que vous me racontiez tous vos voyages.

Existe-t-il un endroit du monde où vous n'êtes pas allé ? Fernand est reparti

hier pour une série de conférences en Suède et au Danemark.

J'envis tous ces voyages.

Je n'ai pu l'accompagner qu'une seule fois en Amérique et j'en garde un

souvenir heureux.

J'avais été reçue par plusieurs clubs féminins pour parler de la place des

femmes dans nos sociétés.

La place des femmes dans nos sociétés.

Comme Pierre, mon père ne parle que de vous.

Voilà qui rend plus facile l'aveu que les bonnes manières m'auraient commandé

de taire.

Mes pensées ne vous quittent pas.

Bonjour, mesdames. Bonjour, M. le Président.

Toujours belles les salades ici.

Merci, M. le Président.

Bien le bonjour. Bonjour, bonjour. M. le Président.

Ah, il y a de la belle sardine, là.

Pêcheuse ce matin, M. le Président.

Il y a vachement doute.

M. le Président. Comment vont-ils, mes amoureux ? Ça va.

Bonjour, M. le Président. Ça a été un plaisir de vous voir.

Ah, mon petit chèvre.

Votre petit chèvre, M. le Président.

Il n'y a pas de journée sans petit chèvre.

Bonne journée, petite pièce.

Pour les orphelins.

Merci, M. le Président.

Bonjour, M. le Président.

J'ai remis votre courrier à Alfred.

Oui, oui, oui, je sais, je sais. Et j'aimais bien la lettre que j'attendais.

Et je te remercie, d'ailleurs.

Simplement, j'étais occupé, j'ai pas eu le temps de te remettre celle-là.

Vous pouvez compter sur moi, M. le Président.

C'est ton petit gars. Comment il va ? Mieux.

C'est vous qui aviez raison, M. le Président. Il supporte pas le lait. Et

tout ce qui vient du lait, c'est ça qui le rendait malade.

Mais c'est un gamin fragile.

Alors, ne le remets pas au champ.

Mets-le plutôt à l'école.

Bonne tournée. Bonne journée.

Blandine ! Il déclenche les tempêtes dans le cœur des hommes. Ah, monsieur le

président ! Oh, mais t'es quoi ? Moi, je rêve de toi toutes les nuits, mais toi,

tu me dis que je ne suis pas le seul.

Oui, mais à vous, je donne mes meilleurs poissons. Oui, alors justement, ma

Blandine, justement, il m'en faut un très, très, très frais.

Parce que j'accueille un véritable ami, c'est rare, tu vois.

Tu penses bien que si c'était un ministre, la pêche de la semaine

dernière suffirait.

Plus frais que ça, M. le Président, il sera encore à la mer.

Ce matin, j'ai reçu une lettre de Monet.

Il m'interroge sur les affaires publiques et moi je m'interroge sur sa

santé. Il refuse toujours une nouvelle opération des yeux.

Ce ne sont pas ses yeux qui m'inquiètent.

C'est cette toux qui ne lui laisse aucun répit.

Il croit que c'est une bronchite.

Mais moi, je crains qu'on lui découvre quelque chose de beaucoup plus grave.

Vraiment, ce bison-là, il s'inquiète que pour le gouvernement.

Il n'est pas le seul.

Vous savez, comme le président de la République est en fâcheuse posture, ce

pauvre Milran n'était décidément pas fait pour ce poste. Le costume est trop

grand pour lui.

Mais vous verrez, un matin, il ira dans le journal qu'il doit démissionner.

Ah ben, il démissionnera.

6 000 rangs s'en va, le président du conseil suivra, bien sûr.

Et que ferez-vous sans Poincaré, président ? Ah, je me rabattrai sur

Briand.

Poincaré est intelligent, mais ça lui sert à rien.

Briand est un imbécile, et ça lui sert à tout.

Poincaré est une machine qui ne produit pas.

Il consulte ses dossiers. Parce que là, là où nous avons des organes, cet

homme-là, lui, il a des dossiers.

L'estomac, un dossier. Le foie, un dossier. Le cœur, un dossier. Non, là,

il n'y a rien. Non.

Par pitié, mon cher pétri, faites-en sorte que Poincaré ne prenne pas la

parole à mon enterrement.

Ça serait mourir deux fois.

Ben voilà.

Bonne journée.

Tout ce que vous m'écrivez, ma belle amie, m'est bien précieux, mais

veillez à ne me parler que de vous et de nous.

Voilà, en effet, à quoi j'aspire.

Être le seul auprès de vous pour mieux vous aider à renaître.

Il faut que le soleil fasse éclore vos sourires, mais aussi la pluie. C'est

elle que je préfère.

Il a plu hier et encore ce matin. Eh oui, il pleut, aimable bergère, sur la

laine défrisée de votre sinistre mouton.

Mon cher Georges, j'ai repris goût au piano.

Je retrouve la même sensation que chez Monet.

Parce que c'est Annette qui me dit de jouer.

Voilà comment me vient toute la force du monde.

Grâce à elle.

Grâce à vous.

Mais voulez-vous bien me refermer ce four ?

Ça

sera ça le décès, là ? Vous préféreriez une petite crème, je sais. Moi, je suis

comme votre docteur.

Je sais ce qu'il vous faut.

Et surtout ce qu'il ne vous faut pas.

Et pourtant, je l'aurais bien mérité.

Après toute une matinée passée avec Desmostènes.

Vous parlez souvent de cet homme-là, monsieur le président.

C'est en rapport avec la personne que nous allons bientôt recevoir.

Madame, là, que vous disiez, très importante.

Exactement.

15h08. Dans deux minutes, nous devrions entendre le train qui arrive au sable d

'Olonne à 15h10 précise. Et nous allons l'entendre parce qu'au moment où la

locomotive aborde la dernière courbe, derrière les arbres, le mécanicien fait

siffler la machine.

Ce sera le signal.

Quel signal, M. le Président ? Notre signal à nous.

Alors, nous démarrons et nous arriverons à la gare au moment où le train

débarquera ses passagers.

Et dans trois jours, C'est ainsi que je recevrai ma visiteuse. Mais il vaut peut

-être mieux être à la gare avant que le train arrive. Surtout pas.

Il ne faut jamais montrer à une femme qu'on est impatient de la voir.

Dans trois jours, vous arrêterez la voiture devant la gare au moment où ma

visiteuse en sortira.

Voilà.

Galanterie et respect.

Bien.

15h10. Magnifique.

Alfred,

ouvrez-moi donc le coffre. Il est vide, monsieur.

Justement.

C'est assez grand, ça, pour une malle avec beaucoup d'énergie.

Bien assez.

Faudra rouler moins vite.

Quand elle sera là.

Beaucoup moins vite. Oui, comptez sur moi, M. le Président.

Alfred, il faudra monter les vitres. Oui, M. le Président.

Tout est prêt pour votre arrivée, ami si cher.

L'idée de vous revoir rajeunit tout, à commencer par

moi.

Mais quelle erreur j'ai faite.

en vous demandant de profiter de votre passage à Paris pour voir ma fille

Madeleine. Voilà du temps que vous ne passerez pas ici.

Je n'ai pas un reproche, mais le grognement d'un ours qui compte la vie

en heures.

Quant à Madeleine, n'oubliez pas, c'est une rusée.

Achetez le petit journal, mesdames et messieurs. C'est le grand des petits, le

petit des grands.

Allez, venez acheter.

Franchement, ce temps, c'est là.

Franchement. Mais oui, monsieur, vous faites une bonne affaire.

Bonjour, madame.

Merci, monsieur.

Des must-ends.

Prologue et début de la première partie.

Que j'ai tapé à la machine.

Votre père ne m'avait pas dit que vous vous chargiez de ce travail.

Il ne veut pas d'autres secrétaires que moi.

Ce qui me permet de lui donner mon avis, même s'il ne me le demande pas.

Une coupe ? Une limonade, s'il vous plaît.

Merci.

Et que pensez-vous de ces pages ? Elles sont excellentes.

On voit qu'il ne veut pas vous décevoir.

D'ailleurs, il ne parle que de vous.

Vous lui êtes indispensable.

Je vous le dis sincèrement.

Vous avez beaucoup de chance, ma chère.

Vous m'en voulez, Madeleine ? Mais non, pourquoi au contraire ? Je vous assure.

Cela m'amuse et me réjouit.

Il y a longtemps que je n'avais pas vu chez lui autant d'ardeur.

Dans tout.

Le travail.

La vie.

Mais je vous préviens, il est possessif.

Tyrannique. Jaloux.

Il va vous épuiser.

Je viens d'une famille où l'on apprend à garder pour soi ce que l'on ressent.

Et lui me libère de ce poids.

Il m'écoute et me comprend.

Il me parle de moi.

Il me regarde.

Je n'avais jamais connu cela avant.

Je dois vous sembler bien à Dieu.

Au contraire.

Peu de femmes peuvent se flatter d'avoir eu droit à tant d'égards de la part de

mon père.

Eh bien, à vous deux, vous trouverez bien comment nommer l'étrange phénomène

qui se produit entre vous.

On payait tout au bonheur de vous recevoir enfin, madame.

Et il me dit que vous êtes fort belle.

Je rentrerai chez vous dans mon modeste chez-moi.

Personne d'autre que moi n'ira cueillir votre bouquet quotidien.

Je ne vous ai pas encore dit bonjour, ni merci.

Le tour du propriétaire.

tour du propriétaire.

J'en déduis que l'océan vous appartient.

C'est moi qui appartiens à l'océan.

Comme à tout ce pays.

Parce que je suis l'enfant de tout ça.

J'appartiens à tout ce que vous voyez.

Et rien n'est à moi, ni ici, ni ailleurs.

C'est la bague de ma fille Annette.

J'avais envie de la porter.

Je crois que je vais mieux.

Au fond, je n'ai qu'un seul reproche à vous faire.

Lequel ? Être venu à moi si tard.

Le temps n'en fait que sa tête.

Toute ma vie, j'ai lutté contre les injustices.

Et me voilà face à la seule qui me laisse désarmé.

Les années.

Les années.

Mises entre vous.

Elles n'ont pour moi aucune importance.

Je vous l'assure.

Eh oui, parce que vous comptez en années. Pendant que moi, je compte en

secondes.

Ah,

il est beau, le père de la victoire, tiens.

Il aura dû m'appeler le vieux La Défaite.

Bonjour, Monsieur le Président.

Landine ! Bonjour, Monsieur le Président. Vous allez bien ? Bonjour,

Monsieur le Président. Bonjour, les amis. Comment ça va ? Ça va bien ?

Mesdames. Bonjour, Monsieur le Président. Bonjour.

Je les connais tous.

Et je les aime.

Oui, je les aime. C'est une grande famille, vous voyez.

Ah ! Voulez-vous que je vous présente Poincaré ? Poincaré est ici ?

Venez. Venez.

Comment ça va, Henri ? Vous-même.

Ma chère.

Bonjour, monsieur. Je vous présente Poincaré.

Alors, celui-ci est un ami.

Georges, vous exagérez. Oui, c'est vrai. C'est vrai, mais il est loyal et

intelligent, celui-là. Et voilà, monsieur le Président. Ah, Alfred, vous

avez pu... Eh ben non.

Bon,

je reviens.

Tiens.

Merci beaucoup, monsieur le Président, mais c'est beaucoup trop. Bon, bon, bon.

Qu'est-ce qui se passe ? Toutes les semaines, le président a ses homards de

la part des femmes des pêcheurs.

Mais elles ne veulent pas d'argent.

Pourquoi ? Le président a fait voter une loi autrefois pour qu'elles touchent une

pension au cas où la mère leur prendra leur mari.

C'est comme pour le loyer de la maison que le propriétaire refuse qu'il paye.

Alors le président donne aux pauvres ce que le loyer lui coûterait.

Voilà deux belles soldes.

Ça s'est fait au beurre.

En votre honneur, madame. Oui, parce que le beurre, certains n'y ont pas droit.

Eh bien oui, certains ne sont pas toujours raisonnables.

Marguerite, rappelez-moi de dire dans un des chapitres pourquoi Desmostènes

parlait si bien des tyrans.

Il devait en avoir un chez lui.

Non, mais qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre ? Qu'est-ce qu'il ne faut pas

entendre ? C'est beau.

Ma fille Marie a fait ce dessin pour vous. Mon père lui a dit que vous étiez

le père de la victoire.

Elle est douée.

Je reconnais le cheval.

Comment ça fait ? Voulez-vous rentrer ? Peut-être, oui.

Serrez-vous contre moi, comme ça, si vous avez froid, c'est moi qui m

'enrhumerai.

Vous êtes l'ami merveilleux.

Allez, un petit jeu.

On dit l'être, femme brillante et originale, mélancolique, très

inutilement modeste.

C'est cette même femme, d'ailleurs, qui a fait des progrès dans l'estime de soi,

alors que je l'ai connue, moi, repoussant une idée merveilleuse qui lui

faisait peur.

L'idée qu'on puisse avoir terriblement besoin d'elle.

Vous voulez de qui je veux parler, Mariette ? Eh bien, Georges, j'espère

que vous parlez de moi.

Ce que vous avez écrit est plein de vie.

On apprend beaucoup, le personnage fascine, on s'y attache.

Maintenant, promettez-moi de vite écrire la suite.

Bon, si vous, je puisse vous refuser quelque chose.

Jusqu'à présent, vos éditeurs étaient des hommes.

Cela était peut-être plus facile pour vous que d'avoir affaire à une femme.

Ah, je vois.

La place des femmes dans nos sociétés.

vos grandes discussions avec les Américaines.

Vous m'avez écrit ça, oui.

Vous n'avez pas tenu que des propos aimables sur les femmes.

Parce que j'ai dit un jour que si on leur donnait le droit de vote, elles

iraient demander au curé pour qui voter.

Par exemple, oui.

Vous avez dit aussi que la médecine n'était pas un métier pour elles.

Mais je n'ai jamais dit qu'une femme était incapable de devenir médecin.

Elles réussissent leurs études parfois bien mieux que nous.

Non, non, je parlais de l'exercice du métier.

La médecine, c'est comme la guerre.

Il faut avoir le cœur bien accroché.

Est-ce que cela doit les empêcher de mener leur vie comme elles l'entendent ?

Mais si quelqu'un s'y oppose, ce n'est pas moi. Combien de fois ai-je répété

que la femme et l'homme doivent être égaux et complémentaires sans aucune

servitude ? Pourtant, dans votre vie personnelle...

Quoi, ma vie personnelle ? Vous voulez bien savoir ce que Madeleine vous a

raconté ? Non.

Je parle de votre épouse Marie.

Non mais... Oui, j'ai négligé Marie.

Oui. Oui, j'avais du succès auprès des femmes, j'en ai profité.

Oui, je l'ai rejetée et humiliée dès que j'ai appris qu'elle avait un amant.

Oui,

j'ai obtenu...

Le divorce a ses torts en lui faisant perdre ses droits sur ses enfants.

Et alors ? Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise de plus que vous ne sachiez

déjà ? Que vous regrettez.

Ce que je déteste encore plus que les regrets, c'est le confessionnal !

Georges.

Ah, bonjour Monsieur le Président, bien dormi ? Non, très mal.

Bonjour Clotilde. Notre visiteuse dort encore ? Ah non, Madame Baldensperger s

'est levée très tôt, elle n'a pas voulu de mon petit déjeuner. Elle est partie

se promener au bord de l'océan.

À mon avis... Non, merci.

Je regrette.

C'est pas malin de pleurer quand on n'a pas de tristesse.

Y'a pas d'autre moyen.

Pour faire un bon poulet soubise comme l'aime le président, il faut des

oignons.

Quand on sera à Paris, je vais l'inviter à déjeuner, je lui ferai la surprise.

Ma famille va se régaler, le président sera content.

Tout ça, c'est grâce à vous, Clotilde.

Si, si.

Merci de m'accepter comme élève.

Je le ferai pas pour tout le monde.

Je le ferais même pour personne d'autre si vous voulez savoir.

Pourtant d'autres, c'est plus habile que moi.

Mais non, vous êtes une bonne personne, vous avez bon cœur.

Allez, on va faire blanchir tous les oignons. Mettez ça dans le pot.

Et voilà, c'est bien.

Voilà, allez, venez avec moi.

Pas trop fort, hein.

Les oignons, 5 minutes, pas plus, pour les blanchir.

Pendant ce temps-là, on fait fondre le beurre.

Et pas trop fort pour pas que ça roussisse. Il ne faudrait pas que ça

tourne au brûlé.

Vous voyez, c'est facile, madame.

Et moi, je dis que pour faire une bonne cuisine, il n'y a qu'un secret.

Il faut la faire pour quelqu'un qu'on aime.

Marguerite, une dernière promenade au bord de l'océan, ça vous dit ?

Je crois que notre plus grand poète, c'est François Villon, le maître de l

'octocylade. Moi, j'aime Apollinaire.

J'aime la musicalité de ses vers, leur émotion pure.

Apollinaire.

Je l'ai connu.

Il a été un combattant courageux.

On l'a enterré le jour de l'armistice. Mais le poète est un peu trop

sentimental pour moi.

Ce n'est pas un défaut, surtout pour un poète.

Je ne suis jamais arrivé à fixer dans ma mémoire un poème d'Apollinaire.

Pourtant, sous le pont Mirabeau coule la serre. Eh ben voilà, je ne retiens

jamais le nom du feu.

Vous êtes un sale gosse.

Mais certainement, Marguerite, certainement.

Je pense que vous aimez Apollinaire autant que j'aime votre mauvaise foi.

Mirabeau au cou de la Seine.

Et nos amours, Faut-il qu'ils m'en souviennent ? La

joie venait toujours après la peine.

Viennent la nuit, sonne l'heure, Les jours s'en vont.

J'ai croisé Mme Baldensperger l'autre jour en venant vous voir.

Je l'ai trouvée resplendissante.

L'air de la Vendée lui a fait du bien.

Je lui ai proposé l'ouvrage que je veux consacrer à Monet et à Sénaphéa.

Belle idée.

Si vous le permettez, président, j'aimerais connaître les suites que vous

comptez donner à l'invitation que vous avez dû recevoir.

Albert a pour instruction de renvoyer toutes les invitations, sauf celles qui

concernent les animaux.

Celle-là est particulière.

Il s'agit de me remettre une médaille, vous savez ce que j'en pense.

Il est vrai que personne n'a jamais réussi à vous décorer de quoi que ce

soit. Vous avez toujours tout refusé.

Même l'Académie française.

Alors que vous avez été élu à titre honorifique.

Je n'ai jamais compris pourquoi vous avez toujours refusé d'y siéger.

Des gens qui ont refusé Zola ? Alphonse Donnet ? Ah non ! Je suis très fier de n

'avoir jamais mis les pieds dans cette assemblée de pions.

L'invitation que vous avez reçue concerne une cérémonie qui a lieu ce

soir pour saluer le retour aux affaires étrangères d'Aristide Briand.

Futur prix Nobel de la paix.

Et on compte sur moi pour célébrer la messe ? Je voulais juste vous signaler

que Mme Baldens-Perget y sera.

Voilà.

Pardon.

Excusez-moi.

Vous avez pu lire les dernières

épreuves ? Absolument. J'ai appris que le livre sortait en novembre. Bonjour.

J'aurais deux mots à vous dire.

J'ai eu peur que vous ne veniez pas. Eh bien, quelle surprise ! Notre aimable

père la victoire, notre tigre national, sorti de sa tanière.

Quel honneur !

Bonjour, brillant.

Alors, te voilà de retour dans ce ministère.

Enfin, que veux-tu ? Quand le malheur s'acharne sur une maison.

Voilà bien longtemps que vos sarcasmes n'ont plus prise sur moi, monsieur le

président.

Ben oui.

Tel un aigle, tu planes au-dessus de tout ça.

Si je dis un aigle, c'est pour ne pas te dépayser. Tu dois revoir beaucoup chez

tes amis allemands.

Mes idées valent mieux que les vôtres.

Je comprends que cela vous gêne.

Tes idées ? Quelles idées ? Les plus hautes qui soient.

Celles qui tendent vers la paix.

Parce que tu crois qu'en laissant l'Allemagne faire ce qu'elle veut, tu

auras la paix ? La France vient de dépenser 6 milliards pour ses armées.

L'Allemagne, 8. Dans 10 ans, tes idées nous jetteront dans une nouvelle guerre.

Eh bien, s'il m'était impossible d'éviter une nouvelle guerre à la

France, au moins, lui aurais-je épargné que vous soyez président de la

République. Ce n'est déjà pas si mal.

Alors n'oublie pas que les idées dignes d'être défendues ne poussent que sur un

seul terreau, l'intelligence.

Tu devrais t'en faire livrer.

Vous êtes en train d'insulter un futur prix Nobel de la paix, monsieur.

Oh, oh, mais félicitations.

Non, quand j'ai appris ça, j'ai été un peu dérouté, je ne te le cache pas.

Comme si on me parlait de marins qui ont le mal de mer, de jardiniers qui

détestent les roses.

de rossignols qui ne connaissent pas Mozart, mais enfin.

On s'y fera.

Non, décidément, je ne regrette pas de ne jamais t'avoir fait confiance.

Alain Clémenceau, vous n'êtes plus rien, et la Terre tourne quand même.

Qu'elle ne tourne pas à ton avantage, c'est tout ce qu'on lui demande.

À la voyure !

Très beau duel,

Président. Bien sûr, c'est vous qui avez touché.

Il y a un petit salon là-bas, allons-y.

Je suis à vous parler.

Qu'est-ce que vous faites là, Marguerite ? Comment ça, qu'est-ce que je fais là ?

Toutes les maisons d'édition ont été invitées, si c'est ce que vous voulez

savoir.

Vous êtes aimable.

Oui, bonjour. Pendant mon avoir parlé, je ne devais pas vous sentir très fier d

'accourir chez ce pantin.

Enfin, vous y êtes bien, vous.

Parce que vous y êtes.

Monsieur le Président. Monsieur le Président. Oui, bonjour.

Vous êtes donc furieux de me voir au travail ? C'est bien vous qui m'avez dit

de faire face, de travailler, de vivre.

Vous êtes donc fâché parce que je vous obéis ? Enfin oui, bon.

En tout cas, au moins, j'aurais dit ce que je pensais.

Ce souteneur.

Ce souteneur ? Briand était dans un bordel et il n'en est jamais sorti.

Quand il prend la parole, on dirait qu'il s'adresse à des tapineuses.

Mais il obscène la voix viscée. D'ailleurs, il parle pas. Il bave.

Dites-moi que vous n'êtes en colère que pour me faire une merveilleuse scène de

jalousie. Oui, bonjour.

Parfaitement.

Parfaitement, je suis jaloux.

Au lieu de perdre votre temps ici, vous feriez mieux de m'écrire.

Pas d'être hier, pas d'être aujourd'hui.

Et maintenant, je sais ce qui vous occupe. Je vous ai écrit hier, aujourd

'hui. Qui puis-je ? Le courrier a du retard.

Si vous ne m'aviez pas écrit le 26, vous me l'auriez dit le 27.

Le fait demeure que le 28, rien de vous n'est venu à moi.

Vous me forcez à brûler vos lettres et les miennes.

Qu'est-ce que vous en faites ? Des coquettes au papier.

Madeleine m'avait prévenu que vous étiez jaloux, possessif et tyrannique.

Le sens de la famille.

Je l'en remercierai.

Faudrait bien, car elle était très en dessous de la vérité.

Mais il se trouve que ça me plaît.

Vos lettres, je les garde et les garderai toute ma vie.

Je les relierai toujours.

Je ne devrais pas vous dire tout ça.

Vous ne m'appartenez pas, même si moi, je vous appartiens un peu.

Beaucoup.

Il ne faut pas craindre de parler avec tendresse.

Je n'y ai jamais été très habile.

Alors c'est peut-être le moment.

de vous dire que je vis ce que je ne pensais plus vivre.

Jusqu'à ce que vous en franchissiez le seuil, ce que j'appelais mon cœur était

le royaume des courants d'air, règne du vide, la seule chose qu'on était sûr

d'y trouver.

C'était de la place.

Vous seuls avez su la combler.

En Vendée, le matin de notre départ, vous êtes venu dans ma chambre déposer

des fleurs.

Et à voix basse, vous avez récité Apollinaire.

Je ne dormais pas, mais je n'ai pas voulu ouvrir les yeux.

Ce jour-là, c'est vous qui avez empli mon cœur.

Vienne la nuit, sonne l'heure.

Les jours s'en vont.

Je demeure.

Les mains dans les mains.

Restons face à face.

Alors le voilà.

Enfin. En avant-première spécialement pour vous.

Je l'apporterai demain à votre père.

Et il vous est dédié. Bravo.

C'était bien le moins.

Quoi qui est-il ? Hier soir au ministère, il se disait que le

maréchal Foch préparait un livre qui accuserait votre père.

Qu'il accuserait de quoi ? Je vous répète ce que j'ai entendu.

D'avoir été un mauvais chef de guerre qui aurait négocié une mauvaise paix.

Ce serait un coup de poignard.

Il a aimé Foch.

Et Foch l'a trahi.

C'est pourtant mon père qui lui a obtenu le commandement unique sur les Alliés.

Maintenant, Foch veut réécrire l'histoire et s'attribuer la victoire.

Quand je pense que c'est Clémenceau qui l'a fait maréchal.

Mais alors pourquoi ? Foch n'a jamais admis la suprématie des civils sur les

militaires.

Pour cette raison, mon père l'a écartée des négociations du traité de

Versailles.

Foch ne l'a pas supportée.

Que peut-on faire ? Attendre.

Et être là.

Il se battra.

Il se battra d'autant mieux que vous serez à ses côtés.

Car vous serez à ses côtés, Marguerite.

Le président est parti de toute urgence à Giverny.

Madame Blanche a téléphoné, Monsieur Monet est au plus mal.

Voilà. Oui.

Et votre varguerite ? Elle n'a pas voulu qu'elle vienne.

Vous lui plaisez beaucoup trop.

Et vous avez peur ? Oui.

Je vous ravisse votre ravissante.

Le ciel est clair, c'est le bon moment.

Ne me demandez pas pour quoi

faire.

Pour quoi faire ? Pour travailler

ou pour mourir.

L'hiver doit faire son œuvre.

Vous travaillerez au printemps.

Vous me contrariez.

Merci.

Vous êtes content que je vous contrarie à présent ? Oui.

Parce que je vais mourir en colère.

Nous n'avons jamais cessé d'être en colère.

Et ça ne s'arrêtera pas de si tôt.

Laissez-moi être plus en tête que vous.

Sans votre colère, il n'y aurait pas eu vos cathédrales.

Sans votre rage, pas de nymphéas.

Parce que vous êtes le plus têtu des têtus.

Vous avez révélé à l'humanité ce qu'était la lumière.

Vous êtes ma vieille bête de génie.

Je vous aime, mon vieil ours.

Depuis la mort de Monet, je m'accroche à la vie avec des ongles mous.

Quelque chose avec lui s'en est allé de moi.

Et maintenant mon petit frère Albert et ma merveilleuse Clotilde.

Que se passe-t-il, Marguerite ? Votre mari est venu me voir.

Il m'a rappelé ce que disait Montaigne.

Tous les jours vont à la mort.

Le dernier y arrive.

Nous y voilà.

C'est maintenant mon tour d'aller voir ailleurs.

Notre pacte, Marguerite.

Notre pacte.

Ne m'abandonnez pas.

Monsieur est au jardin. Malgré le froid, il ne veut pas en sortir.

Je suis heureux que vous soyez là, madame.

Monsieur.

Monsieur.

Georges.

Votre lettre m'a fait peur.

Je ne vous y ai pas reconnu.

Avant de partir, Monet m'a embrassé.

en me disant, comme je vous aime,

qui fera de même maintenant ?

Bonjour Albert.

Mon père est là ? Dans le jardin avec Madame Baldensperger. Mais je crois qu

'il vaut mieux ne pas le déranger. Je n'ai pas le choix.

Allez lui dire que je suis là et que je l'attends dans le salon.

Foch me présente comme autoritaire et dominateur.

Jamais à la hauteur de ce qu'aurait mérité la France.

Un vieillard.

Un vieillard dépassé par les événements.

Albert ! Ma plume pour l'encrier, du papier, du papier, beaucoup de papier.

On peut passer sur la ingratitude de l'homme, mais pas sur le mensonge.

Non. Eh bien, Foch, me voici.

Et voilà ma fureur.

Allez. Voilà, monsieur.

Monsieur m'a dit l'autre chose.

La peau de l'ennemi.

Mais enfin, père, Foch est mort depuis un mois.

Oui, mais sa parole est vivante.

Vivante. Et si je ne fais rien, elle va le rester.

Alors je vais lui répondre, publiquement, comme il l'a fait.

Je vais écrire un livre. Et vous, Marguerite, vous allez le publier. J'ai

le titre, il est parfait.

« Grandeur et misère d'une victoire ». Voilà. Alors je vais défendre mon action

politique. Je vais évoquer le risque majeur d'un réarmement de l'Allemagne.

Et bien sûr, je vais rappeler à Foch qu'après le chemin des dames, Tout le

monde demandait sa tête et que je ne l'ai pas donnée.

Voilà. Alors voilà.

Voilà ce que j'écris.

Où seriez-vous à cette heure, mon pauvre

maréchal, si je n'avais pas mis ma poitrine entre vous et

vos juges ? Voilà.

Tiens.

T'arrives à lire ? J'ai l'habitude de vous déchiffrer.

Et je constate que votre plume vengeresse a presque troué le papier.

J'aurais préféré qu'elle troue le bonhomme.

Bon, Madène, je vais envoyer Albert chez toi pour prendre la machine.

Tu taperas au fur et à mesure. J'appellerai Pietri en renfort.

Il faudra retrouver les documents sur la guerre, les preuves, les archives sur la

paix. J'en ai brûlé tellement quand j'ai quitté le pouvoir.

Alors il faudra trouver ce qui reste.

Et je ne veux aucune imprécision sur ma contre-attaque. Aucune.

Alors, Marguerite, Marguerite, ma très douce, vous ne m'en voulez pas si je

vous fais défaut ? Votre ardeur me fait plaisir, mais elle m'inquiète aussi.

Vous savez que vos médecins ont ordonné du repos.

Mais médecin, ils savent me parler de diabète et du Rémi, ça fait pas une

conversation ! Médecin... Il

est dans un état...

J'ai peur qu'il nous fasse un coup de sang. Ne vous inquiétez pas, Marguerite.

Chez lui, la vigueur passe toujours par la colère.

Foch a été un grand soldat, mais c'est un petit homme.

Petit, petit, petit.

Tout petit.

Petit. Petit.

J'ai rejoint plus tard Clémenceau, parti en Vendée, se reposer après avoir

terminé son livre.

Sa santé déclinait.

Il n'en parlait jamais.

Mais je le voyais souffrir et cela me déchirait.

La fatigue, ou peut-être le temps qu'il savait compter, le rendait plus tendre

et toujours plus aimant.

Le ciseau porte de l'éternité, Marguerite.

De là, on voit mieux les choses.

Ce que j'éprouve pour vous ne me quittera plus.

C'est un amour qui ne finira pas.

Vous êtes le plus haut, le plus grand sentiment de ma vie.

Ce fut notre dernière parenthèse enchantée avant Paris et cette nuit

sinistre où le téléphone sonna à 1h45 du matin.

Il a voulu être enterré près de son père.

à quelques kilomètres de sa maison natale de Vendée, sans cérémonie, sans

mondanité, sans discours ni ministre.

Je l'entends encore dire, pour mes obsèques, je ne veux que le strict

nécessaire, c'est-à-dire moi.

Pas de prêtre, aucun hommage.

Il a décidé de tout, et comme toujours, nous lui avons obéi.

Je donnerai tout pour que demain, après demain, arrive une lettre de Georges,

une lettre égarée dont je bénirai le retard.

Ce qu'il me reste à vivre, je le consacrerai à la mémoire de Georges

Clemenceau.

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