All language subtitles for Очаровательная_проказница_fr

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Original subtitles

Oh mon dieu, c'est chaud.

Merci.

Alors, qu'est-ce qu'on va faire demain ? Allons voir.

Je pense qu'on devrait aller aux montagnes, où il fait plus froid.

Oui. Si on a le temps d'adapter un peu. Merci.

Merci.

Kirsten, qu'est-ce qu'on va faire ? Je veux juste goûter cette tarte.

C'est absolument délicieux.

Incroyable. Donc, vraiment, essayez.

S'il vous plaît.

Oui ? Ah ça c'est le Montpellier, c'est le même indicatif

? Oui, c'est le 67.

Merci. Pas rien.

On peut vous aider ? Descendez tout de suite et donnez-moi cette photo.

Oh, soyez gentil. C'est pour moi.

Descendez ou je viens vous chercher.

Je viens.

Ce jour-là, pour Marianne et Nicolas, n'était pas tout à fait un jour comme

les autres.

Allez, donnez-moi ça.

Elle est nulle, votre photo.

Qui vous envoie ? Je travaille pour moi.

Vous savez...

Je connais des gens qui paieraient très cher.

Ça veut pas d'histoire. Combien ? Très cher.

C'est un prix.

100. 100 francs ? 100 sacs.

Était-ce pour tromper leur attente qu'ils se jouaient ainsi la comédie ? Ou

pour se masquer leur appréhension de ce qui allait venir tout à l'heure ? Et

pour Marianne ?

Cette anxiété absurde, sans qu'on se précise.

J'appelle la police.

Ça va être la taule et c'est tout ce que vous avez gagné.

À votre place, j'éviterai.

Vous essayez de me faire peur, en plus.

Vous savez quelque chose ? Je sais.

J'ai pas l'argent sur moi.

On peut s'arranger ? Vous voulez venir faire un petit tour dans ma chambre ?

Oui. Je suis sûr qu'on peut parler avec vous. Pourquoi était-elle si inquiète

tout à coup ? À cause de cette invitation chez les freins offerts ? Qui

s'était décidé si vite ? Comme sur un coup de tête.

Je veux un café.

Bien sûr.

Prenez ma tasse. Et ça, vous l'aimez pas trop.

Un petit peu de sucre ? Jamais de sucre.

On a déjà dû vous le dire.

Vous avez de beaux yeux. Vous savez que les vôtres ne sont pas nobles.

Qu'est-ce que vous attendez ?

C'est lui ? Oui, c'est Nathaniel.

Dormi.

Tout va bien ? Vous avez bien dormi ? Impeccable.

Prenez soin.

Non, prenez votre temps.

Je vais m'envoyer un jeu dans la cour.

Marianne, va bien ? Très bien.

Allez, viens.

Porbus.

Balthazar Porbus.

C'est l'homme qui a changé leur vie.

Il y a déjà quelques mois.

J'arrive peut-être un peu tôt.

Je n'avais plus près que je ne pensais. Je te connais, t'as encore roulé comme

un malade.

C'est vrai, je m'ennuyais de vous. Enfin, quand je dis vous... Tiens, la

voilà.

Avant tout...

Porbus est chimiste. Vous êtes resplendissante.

Merci.

Et une simple petite formule peut apporter parfois beaucoup d'argent.

Voilà comment on devient collectionneur de maisons, de femmes, de tableaux.

Oui, c'est de tableaux qu'il va être question.

Nicolas est peintre.

On y va en voiture, c'est bon ? La porte à côté, vous êtes sûrement passé devant.

Et Marianne ?

On ne voit que ça dans le paysage depuis Barbera. Rien n'aime Nicolas.

Vous êtes impatients ? Moi non, c'est Nicolas qui est excité comme une puce.

Faut pas exagérer quand même.

Je suis bien au-dessous de la vérité.

En fait, comment est-ce que vous venez depuis mon pays ? Après un taxi.

Bien sûr, c'est le seul moyen.

Tu vois, par là, c'est la route de Prades.

Et de l'autre côté, plus loin, on va vers Bixalou.

Le paysage t'inspire.

Tu as amené du matériel ? Rien du tout, je ne peux pas travailler à l'heure.

Le maître va être déçu.

Tu sais qu'il aime beaucoup ce que je fais.

Il a autant de curiosité pour toi que toi pour lui.

Vous êtes fâchée, Marianne ? Je suis jalouse.

Plus on s'approche, moins Nicolas s'intéresse à moi et plus il pense à

votre offre à nous faire.

C'est vraiment un génie.

Je cherchais un bouquin sur lui, j'ai rien trouvé.

Il y en a eu un.

En 74, on était plus vieux.

Elle date de quand, sa dernière expo ? Elle n'était pas encore née, chère

petite demoiselle.

Je me demande comment on peut vivre là-dedans.

On peut très bien, bien sûr.

Après ma prochaine expo, je t'en achèterai une plus grande que ça.

Moi, je ne vivrai jamais dans un truc comme ça.

Je changerai la vie.

S'ils sont de l'autre côté, peut-être qu'ils n'entendent pas.

Mais si, mais si, on entend très bien. Ils sont peut-être... C'est pas moi.

Mais c'est Magali.

Tu as drôlement grandi.

Est-ce que tu sais où sont monsieur et madame ? Au nom de ce porbus, j'essaie d

'attraper Justine.

Pour lire tout, je m'enfile dans son chat.

Justine !

Lise ? Edouard ? Vous êtes là ?

Lise

? Edouard ?

J'ai des françoises pour la tarte.

Il n'y a que moi qui sait le faire.

Bonjour, Marielle.

Vous êtes montée à pied de l'auberge ? Vous devriez mourir de soif. Qu'est-ce

que je peux vous offrir ? N'importe quoi, du moment que c'est froid.

Je me débarrasse.

Françoise, on peut pas quelque chose avoir ? T'es pas venu dans ta belle

voiture bleue ? Je suis venu dans ma belle voiture rouge, toute neuve.

Ah, rouge.

Il paraît que les gens qui ont des voitures rouges paient l'assurance plus

cher. Première nouvelle.

Et pourquoi ? Parce que rouge, ça prouve qu'ils sont dangereux.

Franchement, Marianne.

Comment ? Je suis dangereux ? Je sais pas.

Je connais pas assez.

Oui, il est.

Pour qui ? Surtout pour toi.

Ça, je m'en souviendrai.

Vous aimez les livres ? Oui.

Ça dépend desquels.

Les anglais, les romans anglais, en particulier.

Merci.

Ça, c'est une édition originale ou pas ? Ça, il faut demander ça à Frémont.

Je lui demande qu'est-ce qu'il fabrique, d'ailleurs. Je l'ai vu pourtant rappeler

ce matin.

Attention, c'est plein de poussières, ça.

J'aime bien la poussière.

Vous êtes un vrai bibliophile.

Non, c'est ce qu'il y a dedans qui m'intéresse.

Marie-Eule, elle t'écrit bien.

Nicolas, je t'en prie.

C'est vrai, vous écrivez.

Non. Oui.

Un peu pour moi.

Mais non, pas seulement pour toi. Nicolas, j'admire ça.

Moi, je peux même pas faire un carton style.

Je me suis fâchée avec plein d'amis à cause de ça. Avec moi, entre autres.

Là, tu comprends.

À matin ! Je fais quoi, alors

?

Qu'est-ce qu'il peut bien foutre ? Il n'a peut-être pas du tout envie de me

voir.

Où c'est que ça va ? Ah, c'est là.

C'est le salon des chemers.

C'est celle que je préfère.

Parce qu'elle ne me sert à rien.

C'est beau.

C'est impressionnant.

Il y a des photos aussi.

Non, il n'y a que Frédéric-Claire et moi.

À part ça, non.

C'est pas tellement le réjeu.

À propos, dis-nous, qu'est-ce que tu as fait d'Edouard ? Je sais pas, il a

disparu juste après le déjeuner.

C'est bizarre.

On serait pas mieux d'eux.

C'est moi qui l'ai fait.

Avant, c'était un jungle ici.

Un jungle de...

On vous a fait ça. L'or, l'oreille, je fais ça.

Et l'oreille rose.

Vous avez dû compter sur Panova.

Ça serait toujours la veine.

Merci, Françoise.

Oui.

Est-ce que Magali

pourra rester toute l'heure ? Elle va s'asseoir dans le salon.

Ah oui.

Est-ce que vous avez vu le monsieur par là ? Non. Il est peut-être à l'atelier.

Sûrement pas.

Il nous a oubliés, tout simplement.

Il en est capable.

Quand il pense à quelque chose, il oublie tout le reste.

Heureusement, pour la plupart du temps, il pense à rien.

On est peut-être mal tombés, non ? Ah non, j'ai rien vu.

Ça y est, tu l'as attrapé.

Dis donc, Balthazar, par hasard, on m'a donné un truc du savon

arsenical.

Pour traiter les petites bêtes. C'est pas dangereux, ça ? Je peux le toucher ?

Tu utilisais quoi, avant ? Du DDT. Du DDT et du savon mélangé.

On continue, et puis on balance ton savoir sonical.

Mais c'est la vraie technique, ancienne, paraît-il.

Je m'en fous.

Je tiens encore à toi.

Je veux pas qu'on te retrouve un jour dans la petite pièce du haut, avec la

langue toute noire.

Pourquoi ? Parce que tu mets tout le temps ton doigt dans la bouche. C'est

pas vrai.

Excuse. J'ai une oeuvre.

C'est une question professionnelle.

Balthasar, vous n'avez peut-être pas dit.

Ah, mais ce n'est pas trop tôt.

Magali.

Donne ça à ta maman.

Attends. Tiens, laisse ça sur mon bureau.

Merci.

Mais quel jour sommes-nous ? Lundi.

Oui, lundi.

J'ai complètement oublié, mademoiselle. Bonjour, c'est Marianne.

Pardonnez Marianne, pardonnez-moi. Voilà, tu connais.

Ah ! C'est là.

Complètement oublié.

Incroyable.

Honteux, tu veux dire.

Inexcusable.

Oh, quelle chaleur.

Bon, on ne va pas rester là à pleurer.

Oui, je sais bien pourquoi vous êtes là.

Ben, vas-y.

Au moins, il le ferait.

Venez.

Il se passe quelque chose de bizarre, Nicolas.

Je te jure qu'il se passe quelque chose de bizarre.

Un séjour, je vais mettre une table d'orientation aussi, avec une lunette d

'approche. Oui, avec une fente pour les pièces de livres. Comme ça, pendant un

quart d'heure, on peut regarder tout le paysage.

On s'en fout bien du paysage. Hein, Nicolas ? On va passer devant, je vous

serai en tout fait mis sur l'impatience. Je vais passer par là.

C'est ici.

On dirait une église.

En réalité, c'est une ancienne grange.

Les écrits étaient en dessous.

Quel travail tu fais dans un atelier comme ça ? Hein, Nicolas ?

Moi, ça fait des mois que je suis arrivé ici.

C'est vrai.

Tu es devenu atrocement pari aussi.

Vous savez pourquoi j'ai oublié que vous veniez ? Parce que...

Est-ce que j'avais peur ? Peur de vous ? De nous ? Oui, de vous, vous me prenez

pas mal.

Lisez-moi, on était arrivés ici à un état de stabilité parfaite, on pourrait

dire le bonheur.

Vous arrivez, le malheur commence.

Tu es complètement piqué.

Je n'accuse personne, vous n'êtes pour rien, moi non plus.

D'ailleurs, pour vous aussi, l'irréparable est arrivé.

T'as bu, hein ?

Tu es allé chez le Russais et tu as bu.

Vous passez notre porte, vous nous amenez le trouble et la perturbation,

mais vous aussi, vous, c'est malheureux.

J'admire votre travail, mais je n'ai jamais voulu être indiscret.

C'est vous qui m'avez invité.

Bien sûr, bien sûr.

Vous voulez voir, vous voulez savoir.

Vous êtes curieux de ma peinture plus que moi-même, c'est bien ça ? Oui, c'est

bien ça.

Il n'y a rien de récent.

Rien pour toi, vieille canaille.

Allez-y, venez.

Les plus vieilles sont là.

Venez là-haut aussi.

C'est là où c'est le bordel.

Je rentre pas.

Vous voulez pas monter en haut ?

C'est plus joli.

Ça c'est la

vraie

histoire. J'avais 12 ans.

Allez-y, cherchez.

Celui-là, c'est quoi ? C'est pas mal, c'est quelqu'un d'autre.

C'est là.

Elle sent comme moi.

Celle-là, elle est extrême.

Pas mal, mais c'est rien.

Il n'y a pas le sang.

Si je vais au bout, il y a le sang sur la toile.

Tu pousses un peu, là, tu ne crois pas ? Pas du tout.

Dans la belle noiseuse, on voit vraiment le sang.

Qu'est-ce que c'est, la belle noiseuse ?

Ça fait cinq ans que tu n'en as pas parlé, au moins.

Ça m'a échappé.

Celui-là, je l'aime bien, non ? La belle noisette, on peut la voir ? Elle n

'existe pas, c'est une idée. C'est un projet que j'ai laissé tomber.

Mais si, elle existe.

Quoi ? Mais si, elle existe.

Elle doit même être précis.

Pourquoi est-ce que vous l'appelez la belle noisette ?

Comme ça.

C'est le nom de guerre d'une courtisane du XVIIe siècle, Catherine Lescaut.

Elle a eu une existence insensée.

En lisant sa vie, j'ai eu envie, pas une bosse que moi, c'est du tableau.

Je l'ai vue comme ça.

C'est trois heures du matin.

J'arrivais pas à dormir.

À cause de moi.

Tu peux rire, tout ça, c'est de ta faute.

Moi.

La belle noiseuse, c'est toi.

Ça veut dire quoi, exactement, noiseuse ? Ça vient de noise.

Comme d'en chercher noise.

Vous savez ça, vous ? Oui.

J'ai vécu quatre ans au Québec quand j'étais petite, et là-bas, on disait, c

'était une noiseuse, c'était rien qu'une noiseuse.

C'est ça, la querelleuse.

La belle chieuse, quoi.

Alors, elle existe, cette tableau ? Non ! Je vous ai dit non.

Si, c'est vous. Ne vous faites pas trop chier. On peut peut-être dîner, non ?

C'est prêt.

Moi, je crois que je pourrais pas pardonner à Nicolas s'il me laissait

dans le but.

Vous l'aimez ? Offrez-nous. La façon de questionner, c'est embarrassant.

C'est bon signe.

C'est une que je m'intéresse.

Elle joue sans nous.

Mais bon.

Le Chaim.

Allez-y, allez-y.

Il est bon le Château Viguelard.

Merci. Merci.

Merci. Les moriers aussi sont charmants.

C'est dommage que le père n'ait pas poussé sa femme devant le TGV.

Mais après, il s'est pendu chez lui, dans la maison là-haut.

La duchesse d'Uzès, on dit ça, duchesse d'Uzès, l'avait

offerte. D'ailleurs, tous les enfants, on finit par mal tourner.

Les enfants sont allés aux écoles agro.

Il en avait douze.

Donc, vous aimez Nicolas.

Et lui aussi, il vous adore.

Ça se voit au milieu de la figure.

Ne fâchez pas, il est toujours comme ça.

Ne fâche pas, j'écoute.

Vous accepteriez qu'il fasse passer sa peinture avant vous ?

Vous

accepteriez de le perdre pour un tableau ?

De toute façon, si Nicolas n'allait pas jusqu'au bout, je le perdrais, je le

quitterais.

Pourquoi est-ce qu'on devrait se perdre ? Nous voulons la vérité dans la

peinture, la vérité est cruelle.

Tu m'as pas perdu.

J'ai failli.

Hein ?

Attends,

dis-le, c'est comme ça.

ça va ?

Qu'est-ce que j'ai fait de mes lunettes ?

Oh,

pardon ! Ah, je sais.

Je les ai oubliées dans l'atelier.

Je viens avec toi.

Je peux m'appuyer sur toi, Nicolas ?

J'ai les jambes en coton.

Attendez, je vais vous aider.

Qu'est-ce qu'il est arrivé ? On ne sait rien.

Il est un peu épileptique ou quelque chose.

Je voudrais vous poser une question.

Qu'est-ce que vous faisiez avant de rencontrer votre mari ? Je voulais être

architecte. Mais je n'étais pas douée.

Pourquoi ?

Je pensais que ça ne doit pas être facile tous les jours de vivre avec un

homme comme vous. C'est complètement insupportable.

Je suis chieuse aussi.

On s'arrange.

De toute façon, je ne pourrais pas vivre autrement.

Vous n'aviez pas d'autres projets ? Mon projet, c'était de vivre avec lui.

Ça n'a pas été si facile.

Mais vous savez, je bricole moi aussi.

Moi, je veux pas bricoler.

On a déjà publié des choses que vous écrivez.

Oui.

Juste un livre pour enfants pour les 13-14 ans.

Ça raconte quoi ? Ça m'intéresse, j'adore les livres pour les enfants.

Bon, c'est l'histoire de la fille d'un diplomate dans un poste de dictature

militaire et la fille tombe amoureuse du fils du dictateur. Ça fait une

révolution.

Ça s'appelle un secret défense aux yeux d'or.

C'est une charisse, hein ? Non, c'est complètement con.

Mais c'est juste pour me faire la main et puis parce que j'en ai marre de faire

des petits boulots pour vivre.

Et puis parce que je veux pas dépendre de Nicolas.

Il y a un an, Nicolas et moi, on était pareils.

Il croit toujours qu'on est pareils.

Vous voulez pas un peu de tarte avec moi ? Non.

Merci.

Depuis sa première expo, y a quelque chose qui a changé.

Faut que je me déforme.

Moi, je trouve que c'est lui qui a l'air fragile.

En tout cas, tôt ou tard, entre lui et moi, ce sera la guerre.

Je le sais.

Je le sens.

Je comprends.

Je connais.

C'est lui qui a gagné la guerre.

Personne n'a gagné.

On a gardé chacun nos blessures.

On a fait la paix.

Le traité est solide.

Il est béton.

Ah, le voilà.

On peut retourner au précédent.

Attends.

Tu n'as pas un petit remontant, ici ? T'as l'intention de te faire héberger

pendant la nuit, ça ? Non, je suis attendu.

Je suis très attendu.

D'ailleurs, maintenant, je me sens très bien.

Je n'aime pas rester ici.

J'ai déjà assez de mal à y venir.

Si je vois une toile récente, la souffrance qui s'y trouve, c'est à peine

supportable. Pourtant, il fait frais, ici.

Le silence.

Le silence ? Vous n'entendez pas la forêt ? Le bruit, le murmure, tout le

temps.

C'est comme la mer.

C'est comme la mer.

C'est comme le bruit fossile de l'univers.

C'est le bruit des origines.

La forêt et la mer mêlée, c'est ça la peinture.

Vous ne pensez pas ? Non, je ne pense pas.

Ce n'est pas pour moi.

Pour moi, la peinture, c'est le trait.

Couleur qui tranche.

Un jaune cadmium, un rouge éclatant.

Quelque chose de net, de fini.

Oui.

Moi, chaque fois que j'ai eu le sentiment de faire une toile achevée,

bien au point, je me suis dit qu'il fallait

encore un effort, essayer d'aller encore un peu plus loin, courir

le risque.

En allant plus loin, ça vous est jamais arrivé de démolir une toile, de l'abîmer

? C'est arrivé plusieurs fois.

Il faut courir des risques.

Tout le monde n'est pas fait pour les risques.

Pour être un venteur.

Je pense que tous les artistes, même les moins doués, doivent courir des risques.

Ah non, pas ceux qui ne sont pas faits pour ça.

Alors ceux-là, qu'est-ce qu'ils doivent faire ? Ils doivent aider les autres.

Tu devrais te remettre à peindre.

J'ai plus la patience.

Ça m'atterrisse plus, moi.

Il me faut le chef-d'oeuvre ou rien.

Pourquoi ne répondrais-tu pas à la belle noiseuse ? C'est impossible.

C'est Élise.

C'est trop tard.

On va fouler une fois la catastrophe, ça va.

Pourquoi pas ?

Pourquoi pas Marianne ? Avec Marianne ?

C

'est vrai, avec Marianne, c'est peut-être faisable.

C'est plus que faisable.

C'est elle.

Ce que vous voulez, c'est que Marianne pose pour vous.

Ça pourrait être intéressant d'essayer.

Vous vouliez partir quand ? Normalement en dessous d'un jour.

Rien n'est fixé.

Il va pas aller votre temps. Pensez-y.

C'est d'accord.

Elle posera pour vous.

Il va falloir que je prenne congé.

J'ai encore 120 bords d'affaires.

Mais quand vous aurez fini, je vends le tableau. Et moi, je l'achète.

Au prix du marché, nous.

Je l'ai, là. Elle s'appelle comment, cette fois ?

Natacha.

Je suis sûre que... C'est pas vrai, elle s'appelle pas Natacha. Embrasse-la quand

même pour moi. Je compte là-dessus.

Allez, adieu, ma belle.

Au plus tôt, à bientôt. À très bientôt.

Bonsoir, Marianne. Au revoir.

Au revoir.

On va peut-être pas tarder non plus.

Vous aussi, vous prenez la fuite ? On vous verrait au moins avant que vous

partiez, non ? Oui.

Oui, bien sûr.

À demain, Marianne.

Au revoir.

Quoi il a dit à demain ? Frais de fer ? Bah oui, frais de fer. Il m'a dit à

demain, Marianne.

On revoit demain ? Je pense que ça intéresserait beaucoup que tu poses pour

lui.

Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Il m'a demandé si tu accepterais de

poser pour lui.

Et t'as dit oui.

Ouais, j'ai répondu oui.

Marianne ?

Marianne, tu as rendez-vous avec elle demain ? Rendez-vous, c'est pas le mot.

Ils sont sympathiques, ces jeunes gens.

Ils disent quelque chose, tous les deux.

Ils sont bien, oui.

Et lui, il a beaucoup de talent.

Ah oui, plutôt.

Très, très passionné.

Il m'a pas ce que de donner l'envie de m'y remettre.

Tous les deux, ils m'ont donné le goût.

Il y a longtemps que j'avais pas fait de... Je crois que je vais

essayer de nouveau.

On est marre des autoportraits.

Pourquoi pas ? Moi, c'était une bonne idée.

J'ai la peine.

J'ai compris

Écoute.

D'abord, tu n'es obligée à rien.

Ah bon ? Je te remercie.

J'aimerais bien que tu me laisses le temps de t'expliquer.

M'expliquer quoi ? Comment je dois poser ?

Je me doute que ce sera à poil.

Je les ai vus, c'est pas dur.

C'est pas ça que je voulais dire.

C'est peut-être pas ça que tu voulais dire, mais me dis pas que t'en savais

rien.

T'as vendu mon cul, Nicolas.

Écoute, Marianne.

Ce qu'il veut faire avec toi, c'est autre chose qu'un simple portrait.

C'est beaucoup plus.

J'ai peut-être eu tort, mais j'ai pensé qu'il fallait absolument l'aider.

Même si c'est le chef-d'œuvre absolu, t'avais pas répondu à ma place.

C'est le chef-d'œuvre absolu.

En tout cas, ça peut l'être.

C'est la belle-noiseuse.

Un projet qu'il a laissé tomber il y a dix ans, et c'est avec toi qu'ils

veulent le faire.

Mais moi, j'en ai rien à foutre.

Il est ridicule, ton frein au fer.

Ce que nous voulons, c'est la vérité en peinture.

La vérité est cruelle. Il faut du sang sur la toile.

Et toi, tu marches, pauvre minable.

Arrête.

Regarde-moi.

Merde !

On

en reparlera demain.

D'accord ?

Je t'aime, mon amour.

Bonjour, j'ai rendez-vous avec monsieur Frenelfer. Entrez, suivez-moi.

Bonjour. Bonjour.

Vous voulez du café ou du thé ? Du café, s'il vous plaît.

Asseyez-vous.

Je vais travailler. Tu viens avec moi, on va mettre des yeux aux compagnies d

'éducation.

Je suis peut-être venue un peu tout le temps.

vous avez fini ? oui

Merci.

C'est toujours pareil, je ne retrouve jamais rien à sa place.

Essayez-vous de vous voler comme vous voulez.

Vous avez des cibles.

Voilà.

Merci.

Ça peut commencer comme ça, pas d'importance.

Ça peut commencer par n'importe quel bout.

Je vais redresser les bras.

Regardez-moi.

Bien en face.

Je ne sais pas si Nicolas décide.

Il y en a qui préfèrent attaquer la toile tout de suite.

Le saut dans l'inconnu tout de suite.

Chacun son truc.

Vous pouvez vous lever ? Approchez-vous, s'il vous

plaît.

Vous pouvez enlever vos cheveux, s'il vous plaît.

Je peux avoir un pinceau ? Merci.

Reculez un peu.

Sur le poteau, là.

Voilà.

Regardez-moi comme tout à l'heure.

Ne me la fixez pas, ça me gêne.

Excusez-moi, vous trouverez un peignoir là-haut, derrière le rideau.

Vous pouvez avancer d'un pas.

Ça ne vous ennuie pas de joindre les mains derrière votre dos.

Je pensais pas du tout que vous viendriez.

Bonjour.

Est-ce que... Est-ce que Mme Frenon-Fleur est là ? Vous venez avec

moi.

Faut pas faire attention, c'est parce que je suis à l'abri qu'on voit le lion.

C'est là-haut.

C'est où

? Ah ouais.

C'est où ?

Bonjour.

J'ai eu peur. J'ai cru que c'était de la police.

Ce sont des espèces protégées, vous savez.

Tu risques la prison.

Et Magalie, c'est presque un des fonds d'amour de mineur.

Marion est avec votre mari ? Bien sûr.

Magalie, j'ai pas besoin de toi. C'est pas une état.

Vous pouvez m'aider.

Vous pouvez tenir l'aide.

Plus ouverte, s'il vous plaît.

Celui-là, il va me donner du mal.

Frénofer.

Il y a longtemps que... Après vous, il a eu beaucoup de modèles.

Fréno ? Non, c'est la première fois depuis des années.

Vous êtes tout pâle, même un peu vert.

Ne vous inquiétez pas.

Renaud, c'est un gentleman.

Vous n'avez rien à craindre de lui.

Ce n'est pas de lui que j'ai peur.

Je n'aurais jamais dû.

Je ne sais plus ce que je dois faire.

Il n'y a plus rien à faire.

C'est trop tard pour demander si vous allez laisser des plumes.

Donnez-moi l'aile.

Tachez-le.

Vous allez l'abîmer.

Qu'est-ce qui vous arrive ? Venez par là.

Moi aussi, j'ai une

petite bosse.

Vous m'avez cognée hier.

Je la sens.

Ils en ont pour combien de temps ? Je ne sais pas.

Peut-être toute la journée, peut-être 25 minutes, c'est fini.

Et vous, il vous faut combien de temps ? Je travaille d'après-photo.

Et la première fois, quand j'ai épousé pour lui,

vous connaissiez depuis longtemps ? Je ne connaissais pas du tout.

Je faisais ça pour payer mes études.

Il était tellement... tellement séduisant que je suis tombée tout de

suite.

Mais réellement, je suis tombée. J'ai tout renversé.

Table, tabouret, les couleurs, tout.

C'est lui qui m'a aidée à me réveiller.

Moi, j'ai rencontré Marianne dans le métro.

Il y a trois ans.

Elle était vraiment sur le point de se jeter dessous.

Je lui ai parlé, et on s'est plus quittés.

C'est très romantique, ça.

Oui, très.

Vous savez ce qu'il disait hier ? Quand il a demandé à Marianne si elle était

prête à me perdre pour un tableau.

Mais... Il parlait à tort et au travers. Vous n'avez pas remarqué ça ? À travers.

Ah non ?

À travers.

À tort et à travers.

Ah oui.

À tort et au travers.

Je pourrais pas supporter qu'il lui arrive quelque chose.

Au début, c'était elle qui avait besoin de moi.

Maintenant, c'est le contraire.

Si elle était plus là, tout serait détruit.

Ce que je suis et ce que je fais.

C'est pas comme ça qu'elle est là.

On peut l'attendre, c'est ça ? Non, je vais pas l'attendre.

Excusez-moi.

Excusez-moi, mais j'ai des fourmis.

C'est fini alors.

Bon, ben, au revoir.

Peut-être à pas.

Comment à pas ? A demain ici ? Je croyais que...

Parce que ça s'est pas bien passé.

Vous pensiez que j'allais vous laisser filer ? C'est comme ça, vous êtes aussi

gênés que vous.

Beaucoup plus, mais... paralysés.

Je vous attends demain à 10 heures.

C'est trop tôt ?

Voir.

C'était pas bien. Si, si, c'était très bien. Le cauchemar total.

Pour rien.

Et lui, Edouard, qu'est-ce qu'il a dit ? Lui, il trouve ça normal. Il dit que c

'est marrant.

Attendez.

Il vous a demandé de revenir.

Oui.

Mais je suis pas venue pour ça.

Je suis pas faite pour ça.

Marianne, je vous en prie.

Essayez. Vous savez pas à quel point c'est important pour lui.

Non.

Je sais pas.

Oui, je sais.

Revenez demain.

Mais je comprends pas pourquoi il a besoin de moi.

Il s'est trompé, il veut pas l'admettre.

C'est du temps perdu. Je suis sûre que non.

Sûre. Je l'ai senti tout de suite.

Et pour vous aussi.

Ça serait intéressant.

Vous verrez.

Nous accompagne, c'est bon.

Vous n'avez qu'à entrer par cette porte.

C'est toujours ouvert.

Pas besoin de sonner.

Bonsoir.

C'est difficile.

Oui, c'est difficile.

Salope ! Sérieusement, tu ne savais pas revenir ? J'aurais été la chercher,

je n'aurais pas laissé partir.

Elle t'intéresse tant que ça ? C'est pas le mot, elle me tarabuste.

Tarabusque, c'est le dire.

T'as... T'as quoi ? Buste, buste, buste... Ah, la buste ! Salope ! Je t

'ai... Je t'ai sûre ! T

'es en promenade ?

J'ai marché.

Ça fait longtemps que t'es rentrée ? Non, non, ça fait cinq minutes.

Alors ? Alors quoi ? C'était bien ? C

'était mieux que bien.

Ça veut dire quoi ? J'ai jamais connu ça.

C'est un magicien, ce type.

Il va à l'essentiel tout de suite.

Ce que j'ai vécu aujourd'hui, c'est unique.

Tu te fais de moi ou quoi ? Tu dis ça pour faire chier ? Si la vérité te fait

chier, c'est ton problème.

Il a fini ? Tu veux rire ou quoi ? J'y retourne demain.

Demain matin à 10h.

Merci.

Pas de sucre.

Donnez-moi... Enlevez votre collier.

Je me sens comme un débutant avec vous, voilà.

Je me sens comme des élèves d'académie.

Commencez par le dos.

Votre assise, votre aplomb.

On va voir comment vous vous tenez. Tout tournez-vous.

Là.

Droite. Les mains sur les hanches.

Je relève mes cheveux.

Non, c'est pas la peine. Vous les dégagez simplement.

Mais tenez-vous droite.

Vous êtes bien chez nous.

On ne vous a jamais appris à marcher avec une machine à coude sur la tête.

Faites comme si...

De droite, comme si vous étiez au plafond.

Ça fait mal.

C'est que c'est mieux.

Vous appuyez.

Combez-vous. On revient à votre colonne vertébrale. Les bras tendus.

La main en avant.

Voilà.

Comme ça.

Comme ça, je vais avoir une crampe.

Vous l'avez ou vous ne l'avez pas ? Non, je ne l'ai pas, mais je vais avoir.

Quand vous l'aurez, vous me le direz.

Vous pouvez faire porter votre poids sur l'autre pied.

C'est la nuque qui me tire.

Oubliez-la.

Autrefois, on attachait les modèles.

On les suspendait aux poignets, aux chevilles, pour qu'ils gardent la pose.

Je m'en fous bien de la pose, c'est autre chose que je veux.

À

quoi

vous pensez, là, en ce moment ? À votre amoureux, Nicolas ? Non.

Ça y est, là j'ai une crampe.

Ça va bouger.

Retournez-vous, je veux pas voir votre figure.

Vous en voulez un peu ? Je ne sais pas comment vous faites, moi je pourrais en

manger dix.

Je ne suis pas très jambon.

Vous connaissez Rebecca ?

Un sculpteur.

Il est mort il y a quelques années.

Dans une avalanche en Norvège.

Avec son seul modèle.

Jamais entendu parler.

Il a fait deux ou trois choses pendant un an.

Dans le marbre.

Une résurrection, surtout.

Il aurait pu devenir un très grand.

C'est pas mal.

On va voir quelque chose.

Possession, possession.

Ils pensent qu'ils se touchent une possession.

Ils ne savent pas que la possession est impossible.

Il faut tout lâcher, ça qui fait peur.

Sous-titrage ST' 501

Irène.

Elle s'appelait Irène.

Rebecca Irène.

Une fille bizarre.

Un peu folle, je crois.

Je l'ai connu avant lui.

Comme ça, vous le ressemblez un peu.

J'ai du la peine.

Cette pose, exactement.

Une de mes premières toiles.

C'est troublant, la mort.

Parce que toutes les filles, les modèles avant Lise, je les ai oubliées.

Elles avaient tellement...

Toutes,

je les ai dragues dans la rue.

À chaque fois, à supplice.

Ça marchait ? Elles acceptaient ? Presque toujours.

Il y en avait une, elle m'acceptait.

Florence.

Flo.

Je l'ai gardée longtemps.

À cause d'un truc qu'elle avait.

Elle avait une indifférence... provocante, presque insultante.

Allongez-vous.

Nue, elle avait l'air habillée.

Habillée, elle avait l'air nue.

Tout le contraire de Lise.

Et Lise ? Elle avait aussi abordé dans la rue ? Non.

Dans un café, pas de l'Odéon.

Elle avait le dos nu.

C'était en avril, elle gralotait des dents.

Il pleuvait à seau.

Je lui ai mis ma baisse sur les épaules.

Alors elle m'a dit,

Mettez-le là.

Non, attendez.

Elle vous a dit quoi ? Qui

? Lise.

Elle vous a dit quoi, la première fois ? Qu'elle posait pour se faire du fric.

J'aime les coïncidences.

Je sais pas si ça a été thune. Elle n'avoue jamais.

Elle nous prenne les doigts raides.

En tout cas, j'ai d'abord eu envie d'elle avant d'avoir envie de la

peindre.

Et j'ai eu peur pour la première fois.

La peur est devenue le moteur de ce que j'ai fait.

Un changement de vitesse comme un tourbillon.

Je suis devenu aveugle.

Une peinture tactile.

Comme si c'était... Comme si c'était mes doigts qui voyaient, qui se dirigeaient

tout seuls.

C'est ça que je cherche.

C'est ça que je veux.

Oui, c'est ça, c'est ça.

C'est peut-être là que je suis...

Vraiment devenue la pâte.

Alors pourquoi ? Pourquoi j'ai pas continué ?

J'en aurais cravé.

Où elle ? D'ailleurs...

Ça suffit comme ça.

Ça s'est reposé tout le temps.

Voilà.

Là,

voilà.

Tu as l'air triste.

C'est à cause de ton fiancé.

C'est pas mon fiancé, j'ai pas de fiancé.

Et Joseph Pégouille, qui habite à Tréhoudy.

Je le vois plus, je l'aime plus.

D'ailleurs, il est parti.

Il est parti loin ? À sa messe.

Oh là ! C'est au moins trois kilomètres.

Mais qu'est-ce que t'as ? Tu vas pas pleurer ? C'est le produit qui me pique

les yeux.

Tiens, viens par ici pour me tenir le perchoir.

Tu sais, une fois, j'ai eu...

Un très gros chagrin, mais vraiment très très gros. À vous, à cause de quoi ? Oh,

c'est pas grave, à cause de quoi ? À cause de mon amoureux. Ah, mais c'est

fait nous faire. Mais non, j'avais ton âge.

Alors, qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai pris de la pâte à modeler et j'ai fait

un bonhomme avec.

Je lui ai mis une mèche de cheveux de mon fiancé et j'ai commencé à lui

enfoncer les aiguilles dans le corps.

À la première, je me sentais...

mieux et au 33e, j'allais vraiment bien.

Et lui ? Une fiancée ? Je n'ai jamais entendu parler.

Mais je suis sûre qu'il est mort à 33 ans.

Comme Jésus-Christ.

Ce n'était pas Jésus-Christ.

Je vais vous casser, moi.

Je vais vous faire quitter votre corps.

Sortir votre petite carcasse.

Je pensais que c'était déjà fait depuis longtemps.

Vous pensez, vous imaginez que je vais me contenter de ce que vous m'avez fait

? Je veux savoir, voir ce que vous avez dans le corps.

Et pour ça, je dois rester dans cette position ? Vous n'êtes pas libre.

Et moi non plus.

Comme ça.

Et comme ça.

Le nombre de jouets que j'ai mis en pièces quand j'étais enfant.

Je veux le voir, moi.

Le nombre de modèles que j'ai épuisés à force de les désarticuler.

Ils disent un jour que je lui ai démis l'épaule.

Moi aussi. Non, je fais pas mal.

Le corps tout entier.

Pas des morceaux de corps.

Vous foutez vos seins, vos jambes, votre bouche. Je veux plus.

Je veux tout.

Le sang, le feu, la glace qui sont dans votre corps.

Je vous les prendrai.

Je les ferai sortir.

Je les mettrai sur ce cadre-là.

Là. Là.

Sur ce blanc.

Je veux savoir ce qu'il y a à l'intérieur, à l'envers de votre petite

surface.

Je veux l'invisible.

Non, c'est pas ça.

Je veux...

C'est pas moi

qui veux.

C'est la ligne, le trait.

Personne ne sait ce qu'est un trait.

Je cours après, moi.

Je cours, je cours, je cours, je cours.

Je vais où ? Au ciel, pourquoi pas ?

Pourquoi un train ne crèverait pas le ciel ? Tout ce que vous voulez, mais moi

j'en peux plus. Ça fait de commencer ! Plus de seins, plus de

ventre. Plus de cuisses, plus de cul.

Les tourbillons.

Les galaxies.

Le flux et le reflux.

Les trous noirs.

Le grand oeil bruit des origines, c'est l'avantage de Paris.

C'est ça que je veux de vous depuis le début.

Je vais vous émietter, vous disperser.

On verra bien ce qui reste quand vous aurez tout quitté, tout oublié.

Vous en faites pas, vous retrouverez tout à la sortie.

Je sais pas si vous en voudrez encore.

Vous êtes vraiment infect.

Je suis rien, moi.

Je fais rien.

Je veux rien. Je vous l'ai dit, c'est le tableau qui veut.

Vous et moi, on est embarqués dedans.

Ça va devenir un tourbillon, une cataracte, un maelstrom.

Plus vite, plus vite, plus vite.

J'ai plus rien à voir, j'ai rien à sentir.

Mac 1, Mac 2, Mac 3.

Vous n'avez pas les oreilles qui bourdonnent ? J'ai plus d'oreilles.

C'est très bien.

C'est bien, malheureusement.

C'est presque ça, presque.

Il faut juste... C

'est ce que je vous

raconte.

C'est moi.

Je suis désolée, c'est pas vous, c'est moi.

Ecoute Julien, si je te dis que je ne peux pas rentrer, c'est que je ne peux

pas. Il faut que tu me rendes ce service.

Non, je ne veux pas l'appeler parce que je préfère que tu ailles à la galerie.

Il t'aime bien, ça passera mieux.

Tu lui dis ce que tu veux, tu inventes.

Il fera les photos la semaine d'après, c'est tout.

Ça va comme ça peut.

C'est Marianne et c'est pas Marianne.

Elle vit sa vie, c'est tout.

Écoute, tout ce que je te demande, c'est de t'occuper de ces catalogues, d'accord

?

Tu peux continuer ? J'ai tant mis longtemps.

Une éternité, un petit quart d'heure.

Je rêvais qu'il y avait un énorme chat sauvage qui était pendu à mon dos.

Excusez-moi, je... Je ne vous avais pas vu. Annoncez-moi.

C'est Edouard qui...

Je

vous ai pas dit de tourner la tête ?

Allô ? Est-ce que tu vois quelque chose ?

Oui, je crois.

C'est vraiment ça que tu veux ?

Edouard ? Oui ? Edouard, je peux pas rester.

Françoise a besoin de moi.

Il faut que je parle.

C'est vous qui lui avez demandé de venir.

Ça ne vous regarde pas.

Pourquoi ? Pourquoi quoi ? Pourquoi vous avez abandonné

? Abandonner quoi ? Le tableau.

Votre foi avec Lise.

Ça peut vous faire.

Lise, c'est pas bon. Mais c'est bien lui.

C'est bien ce tableau-là que vous voulez recommencer.

Je peux jamais recommencer.

Vous foutez pas de moi.

J'ai bien le droit de savoir ce que je fous là, à poil devant vous.

J'ai besoin de vous.

Pourquoi moi ? Pourquoi moi,

puisque c'était Lise ?

Vous êtes trop curieuse. Vous voulez tout savoir, tout de suite, avant tout

le monde.

Avant que les choses soient arrivées.

Et plus savoir qu'après.

Et encore.

À quoi je vous sers ? Puisque c'est pas moi que vous voulez peindre. Vous me l

'avez dit.

C'est pas vous et c'est vous.

C'est vous plus que vous.

Plus que tout ce que vous imaginez de vous.

Si le tableau est vrai,

ça vous.

Je comprends pas.

Moi non plus.

Et tant mieux.

Oui, mais moi, j'ai besoin de comprendre.

Comprendre, savoir.

Personne ne le veut vraiment.

Personne. Si forte que vous soyez. Je suis forte.

Je crois.

Est-ce qu'on verra ? Vous voulez me faire fuir.

C'est ça que vous essayez de faire depuis le début. Non, je veux que vous

vous défendiez.

Faut qu'on soit forts, vous et moi. Tous les deux, jusqu'au bout.

Je commence à vous voir.

Je commence.

Mais tenez-vous droite.

Vous voulez qu'on arrête ? Je crois que ça vaut mieux.

Ça va pas.

Je sais pas.

Je peux sûrement dire quelque chose de tout ça.

Vous m'aimez pas, moi.

J'ai cru au déclic, à un moment ou deux.

Au miracle, mais non.

J'ai déjà fait ça cent fois. Je peux encore le faire, un peu mieux, un peu

moins bien, mais à quoi bon ? Je préfère crever.

Vous arrêtez trop vite.

C'est vous qui me dites ça.

Vous m'avez dit que je devais me défendre. Si vous arrêtez maintenant, je

penserai que c'est moi, que c'est ma faute.

C'est pas vous, c'est moi. Je vous ai saoulé de paroles.

Tout ce que je suis à coca-bac va faire assez.

Non.

Il y a moi.

Je compte aussi.

Tout à l'heure, vous m'avez fait tellement mal.

Un moment que je n'arrivais plus à respirer.

Et plus non plus.

Là, il y a quelque chose qui s'est passé.

On peut aller plus loin.

Plus loin, oui.

Ça m'appointe.

On ne peut plus revenir en arrière.

Mais... Si c'est lui que je ne peux plus atteindre,

autant laisser tomber.

Vous m'avez embarqué.

Dites ce que vous voulez, mais vous m'avez forcé à partir avec vous.

Vous pouvez pas me laisser comme ça, toute seule, dans le vide.

Vous avez peur.

Plus moi.

Je serai là demain matin.

Vous êtes sûre qu'elle était de si mauvais poil hier soir en sortant ? Ça a

l'air de vous faire plaisir.

Je croyais que ça vous intéressait que je fasse le modèle pour Frénofer.

Je croyais que vous aviez envie de voir le tableau.

Là, j'ai changé d'avis.

C'est surtout Marianne que je vais voir.

En personne.

Je vais rentrer le plus vite possible.

Ne vous pressez pas trop.

Pourquoi vous dites ça ? Parce que je connais la musique.

Si Frédo s'est mis en tête, tu... Pardon.

Écoute.

On laisse tomber. On rentre.

Non, Nicolas, on rentre pas.

Eh bien, écoute, t'attends.

De toute façon, on peut pas s'éterniser ici, j'ai du travail à faire.

Eh bien, t'es libre, mais en tout cas, moi, je rentre pas.

Au revoir, Alice.

À demain.

Merci.

Dis donc, elle avait l'air décidée ce soir.

Eh oui, ça lui tient à cœur.

Je me demande d'elle pourquoi.

Vraiment, je me demande.

J'aurais rien pour qu'elle le soit.

J'ai du l'air remué dans tous les sens.

Dans tous les sens, dans tous les sens.

Pour rien exagérer.

beaucoup de travail. Je m'en suis rendue compte.

Ne fuyez pas.

Dis-moi, ça fait longtemps que tu n'as pas travaillé comme ça.

Il faut que ça soit un truc important.

Qu'est-ce que tu veux dire important ? Tu sais très bien ce que je veux dire.

C'est ça.

Tu sais ce que je pense ? Je

crois que tu joues avec cette fille.

Tu t'en fous de la mettre en danger.

Tout de suite les grands mots.

Tu dramatises tout.

Quelquefois, freiner ou tuer est insupportable. Quelquefois, Alice, tu me

fais vraiment chier. Et toi, tu...

Bonjour.

Bonjour.

Ne vous pressez pas trop.

Je crois qu'Edouard dort encore.

C'est pas grave, je vais l'attendre dans l'atelier.

Vous pouvez lui dire que je suis là ? Bien sûr.

Marianne, oui ? Faites attention.

À quoi ? Freinefer fait passer son travail avant tout.

Ça peut faire des dégâts.

Sur les jambes.

Merci.

J'essaierai de me défendre.

S'il veut peindre votre visage, refusez.

Excusez-moi, maintenant.

Vous voulez du café ? Non merci.

J'ai déjà pris mon petit déjeuner à l'hôtel.

J'ai mangé deux poissons.

J'ai dit j'ai mangé, mais j'aurais aussi bien pu dire j'ai chié. Ça vous aurait

sans doute autant intéressé.

Mais je trouve tout à fait intéressant.

Il n'y a pas besoin de... Regardez-moi.

En face.

C'est la seule chose que vous ayez oublié de faire.

Aidez-moi.

Attention.

De toute façon, vous travaillez d'habitude, ça vous regarde.

Laissez-moi être un peu comme je suis.

Laissez-moi trouver mon...

Ma place.

Mon mouvement.

Mon temps.

Si ça va pas après, on arrête.

Vous savez, quand je suis entrée ici la première fois, j'ai tout de suite pensé

à la chapelle de la pension.

J'étais très mal en pension et en même temps très bien, parce que tout était

défendu.

Tous les matins, je voulais rester comme ça, blottie, avec des frissons de fièvre

terribles.

Comme ça.

Vous

êtes

où ? Je suis là.

Je vous écoute, je vous regarde.

Ensuite, elles en ont eu marre, elles m'ont virée.

Pourquoi est-ce qu'avec vous, j'ai envie de continuer ? C'est pas tout à fait la

même chose.

Non.

Non.

Et la fièvre ?

Toute la nuit.

Comme avant Nicolas.

Les cauchemars.

Nicolas, il n'a rien fait pour vous.

Là, il me hait. Il est persuadé que j'ai tombé dingue de vous.

Un coup.

Un coup et un salaud.

Mais surtout un con.

Non.

Surtout un salaud.

Je sais pas.

En tout cas, tout ça, c'est sa faute.

T'as un peu la mienne ici.

Mais non.

Il avait besoin d'un prétexte.

Non, c'est pas vrai.

Je suis injuste.

Je crois qu'il est tout fier de ne pas être pour rien dans une œuvre de

Frénofer ou quelque chose comme ça.

Il n'a pas pensé qu'il pouvait tout foutre en l'air.

Pourquoi il n'y a qu'un oiseau ? Arrêtez de faire semblant.

On dirait un chat devant un oiseau.

Je suis en train de vous

dire que ma vie s'arrête.

Que tout est cassé entre Nicolas et moi.

Et que je sais même pas comment c'est arrivé.

C'est le seul homme avec qui je pouvais vivre.

Tous les autres, je leur crache à la gueule.

Vous compris ? Qu'est-ce qu'il y a là

? Je

ne sais pas quels sont vos rapports avec Lise, mais... Nicolas...

Les couleurs... Ah non !

Ça vous regarde pas. Mais pourquoi vous avez bougé le geste ? Le regard, c'était

juste là.

J'ai presque terminé.

C'est un fruit.

Cher corbeau délicieux.

Et ça ? C'est le fameux poison ? Rassure-toi, je m'en sers pas.

Mais je le garde parce que c'est ancien. Tu trouves ça joli ?

Ah, le col vert.

On dirait tout à fait une peinture de Audrey.

Je crois qu'il y en a une comme ça au musée Fabre, dans l'escalier.

La tête en bas.

C'est vrai, les animaux poussent aussi.

Dis-moi une chose.

J'étais au courant pour Fresno.

Au courant de quoi ? Tu avais compris qu'il avait l'intention de recommencer

la noiseuse avec cette fille.

Il te l'avait dit.

Et alors ? Est-ce qu'il peut arriver de mieux ? Non ? Je sais pas.

Ça l'a rendu tellement malheureux, la première fois.

On peut pas se préserver tout le temps, Alice.

Ça te va bien de nous dire ça.

C'est facile pour toi.

Tu arrives quand tout est fini, tu ramasses le morceau.

Sauf quand c'est moi qui me fous la gueule par terre.

Ça m'est arrivé, hein ? Oui, la dernière fois au dîner. Non, je parlais pas de

ça. Tu sais très bien ce que je veux dire.

Le passé, le passé, Balto.

Appelle-toi Balto.

Appel-lui Balto.

C'est lui qui t'a parlé du tableau ? Tu l'as vu ? J'ai vu quelque chose.

C'est-à-dire ? Je te déteste.

C'est pour ça que tu es venu.

Pour savoir où ça en est.

Visite d'amitié, du parent.

Plus fou au cul que toi, ça n'existe pas.

Arrête. J'aurais pu téléphoner.

Je suis là.

J'avais très envie de te voir. Oui ? Tu le sais très bien.

Alors pourquoi tu restes pas pour dîner ? Je veux pas voir Edouard. Pas tant qu

'il a pas fini.

Et puis, je dois être ce soir à Grenoble.

Tu crois qu'il est sur la bonne voie ? Fous le camp, rapace, ou je trompe pas.

Quand tu veux.

N'oublie pas, je suis là samedi, quoi qu'il arrive.

Ce serait bien qu'Edouard puisse vous montrer quelque chose.

Tu veux me dire à toi-même ?

Excusez

-moi, vous êtes M. Frenofer ? Balthazar Porbus, bonjour.

Il n'est pas là, mais voici Mme Frenofer.

Bonjour, mademoiselle.

Vous voulez parler à mon mari ? Non, je cherche Nicolas.

Nicolas Vartel.

Je crois qu'il est venu chez vous. Vous savez pas où je peux le trouver ? Je

crois qu'il est à l'auberge du village.

Je sais pas.

Merci. Au revoir.

Je suis Julienne.

Je suis sa sœur.

Faut en avoir un peu ?

Encore.

Alors,

je

vais vous poser une devinette.

Qu'est-ce qui marche dans un chemin creux qui

ne se repose jamais et qui revient jamais en

arrière ? Je sais pas.

C'est vous ? Non.

Pas vraiment, non.

C'est moi ? Non, pas vraiment non plus.

Faut pas exagérer.

Je vous donne ma langue rouge.

C'est un fleuve.

Une rivière.

Ah oui.

Évidemment, un fleuve.

Vous êtes déçu ? Non.

On est toujours déçu quand on a la solution.

C'est ça parce que vous croyez que quand j'aurai fini, vous serez forcément déçu

? Moi ?

Non.

J'attends rien.

J'ai perdu complètement la notion du temps.

Je pourrais avoir 100 ans, je pourrais être un bébé.

J'ai l'impression d'être dans un souterrain. Il n'y a pas de lumière, pas

de pluie, pas de vent, pas de soleil, pas de froid, pas de chaud.

Il y a juste une toute petite lumière tout au bout qui vacille.

Je vous ai retrouvé.

Non, je vous ai reperdu.

Pourquoi vous avez encore bougé ? Moi, j'ai bougé.

Mais naturellement, c'est de ma faute, c'est ça ? Oui, c'est vous qui avez

bougé.

Comment j'ai... Mais non, tenez, mettez-vous là. Vous étiez comme ça.

Là, comme ça. Et moi, j'étais... Où j'étais ? J'étais là.

Non, non.

Quoi ? J'étais où ? Là ? Là. Non. Comment ? J'étais comme ça ? Là ? Non.

J'étais là ? Non.

Là ? Là, j'étais là.

Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Dites-moi.

Ne bougez pas.

Regardez-moi. J'étais là.

Qu'est-ce que j'étais ? Quoi ? J'étais où ? Non, mais j

'étais où ? Mais non ! Non, écoutez, mais

arrêtez ! Où est-ce que j'étais ? J'étais... Non, sois

sérieux, écoutez.

Soyez fiers, on a du travail.

Allez, hop, tiens.

Je suis là, où voulez-vous que je sois ? Arrêtez de bouger ! Oh ! Ah non, non,

non, ne bougez pas.

Ne fâchez.

Est-ce qu'on a téléphoné pour moi ? Nicolas ? Jules ? T

'es incroyable, toi.

J'ai pris le risque que tu me fasses la gueule.

Enfin, en même temps, je pensais que tu serais pas trop fâché de me voir.

Ben, t'as gagné.

C'est arrangé pour la galerie.

Je m'en fous de la galerie.

Raconte-moi tout, alors.

Vous pouvez vous reposer.

J'ai envie de dormir.

Dormir ici ? Ici, certainement pas.

Mais à la maison, c'est très possible.

Il y a des chambres pour les amis.

Bon appétit.

Monsieur Bartel ? Téléphone pour vous.

Marie ? C'est toi ?

Non, non, c'est pas la peine.

Il reste de la froid, c'est mieux.

C'est joli ça.

Je crois qu'il y a des jolies choses à l'intérieur aussi.

Celui-là, je suis sûre que ça vous irait très bien. Non, je n'aime pas les

bijoux. Vous n'avez jamais porté un comme ça ? Essayez.

Attendez, je vais vous le mettre.

Je vous ai dit non ! J'en ai marre que vous me tourniez autour.

Je ne suis pas une poupée.

Je sais pas ce qu'il m'a pris.

C'est rien.

C'est rien.

Il est faux.

Je ne vais pas tout de suite.

Tu vas ? Je vais à l'atelier, ne m'attends pas.

Qu'est-ce que tu fous ? Ça fait au moins une heure que je t'entends muer dans

tous les sens.

J'arrive pas à dormir.

Moi non plus.

Cette chambre... Ça me rappelle trop la rue de l

'Échiquier.

En plus grand.

Plus haute plafond.

Qu'est-ce que je pouvais détester ce studio.

T'as pas toujours dit ça.

Ah mais Dorian, tu l'adorais cet endroit.

T'es dégueulasse, c'est pas vrai.

J'aurais pas dû venir te voir.

Je t'ai rien demandé.

T'avais rien de mieux à faire ? Si.

J'avais infiniment mieux à faire.

Mais je choisis toujours le pire.

Toi.

Tu sais quoi ? J'ai trouvé du travail.

Mais il était temps.

Tu sais où ? Devine.

Moi, je te manque jamais.

Tu cherches jamais à savoir comment je vais.

Tu m'écris jamais.

Arrête.

De toute façon, je te crois pas.

T'as rien trouvé du tout et tu vas nulle part.

Mais... Lundi, fille. Toi, je suis partie et tu me reverras jamais.

C'est où ça va, Linton ? Aux antipodes.

Tu me croyais pas capable, hein ? Ça fait deux mois que je lui jette le coup.

C'est un chantier énorme, archi bien payé.

Tu peux pas me faire ça, Ju.

Alors ça, tu vois, c'est un moment qui vaut de l'or.

Je regrette pas d'être venue.

Tu fais ce que tu veux.

Ça tombe mal, ce temps.

Bah oui, tu supportes pas la solitude.

Qui la supporte ? Moi.

Arrête de t'angoisser, Nicolas.

Marianne va pas te quitter comme ça.

Tu la détestes.

C'est vrai que je lui filerai bien mon billet d'avion.

Bon, tu vas être content.

En fait, je suis pas sûre de partir.

Je veux pas l'utiliser, ce billet.

T'es déçu, hein ? Non.

Mais si c'est à cause de moi... Non, sur toi, c'est pas du tout à cause de toi.

C'est ce type qui me propose le boulot.

Il est amoureux de moi, ça me fait chier.

Mais si c'est bien payé.

Ben vas-y, mets-moi sur le trottoir pendant que tu y es.

Je sais pas ce que j'ai voulu dire, mais merde.

Tu penses encore à ce coup de téléphone ? J'ai même pas le courage d'aller voir

ce qu'il se passe chez les freins de fer.

C'est pas dur.

Alors pour toi ? J'y vais, moi.

Demain, j'y vais.

Hum !

Il y a du café.

Je suis passée dans l'atelier.

J'ai vu.

Oui, je sais.

Je suis désolée.

Comme je ne t'ai pas trouvée ce matin.

Ne t'excuse pas.

Ça t'embête ? C'est un travail en cours. Je n'aime

pas...

Oui, je sais.

Mais tu peux me dire une chose.

Depuis quand, pour un travail en cours, tu as besoin de détruire un autre

travail en cours ? C'est pas...

Ancien, d'accord.

Abandonné, d'accord. Mais il y avait ma gueule dessus.

Et moi, je l'aimais.

Il fallait que tu m'effaces.

Mais c'est pas toi qui l'as effacée.

Comment tu appelles ça ? Tu m'as remplacée, oui.

Tu as remplacé ma gueule par une paire de fesses.

Tu me donnes du café ?

Je ne peux même pas ne pas le faire.

Je ne peux pas avancer dans ce travail si je garde des souvenirs, des regrets.

Tu veux que je le fasse ? Et tu me crois ou tu ne me crois pas.

Ça va coûter.

Je m'en doute.

Quelle mauvaise nuit tu as dû passer.

Très inconfortable, à tout point de vue.

Tu crois que je te fais une scène de jalousie ? Tu attends que ça se passe.

Mais non.

Seulement, il y a dix ans, quand tu as commencé ce que tu viens de bousiller,

tu te rappelles.

On n'est pas sortis de l'atelier pendant une semaine.

On dormait sur le petit matelas.

Il n'y avait plus de jour.

Tu te rappelles.

Justement, c'est ce genre de sourire que je ne veux pas mettre là.

À ce moment-là, tu avais encore plein d'idées, plein de courage.

Tu sais ce que j'ai pensé quand je t'ai vu endormi devant le tableau ce matin ?

Je ne veux pas le savoir.

Eh bien, je vais le lire quand même.

Et puis non, tu as raison.

Je ne te dirai pas.

C'est curieux.

Il te résonne de plus en plus.

Tu te rends compte ? Ça fait dix ans que tu t'es arrêtée. C'est à ce moment-là qu

'il fallait aller au bout.

Et toi, tu as eu la trouille.

Moi, j'étais d'accord.

J'étais prête à tout accepter.

Parce qu'on s'était retrouvées.

C'était même plus fort qu'avant.

Tu veux dire plus fort qu'avant Balthazar ? Mais on s'en fout de Porbus.

Il a souffert plus que toi.

Et il souffre encore.

Je te parle de toi et de moi.

Ce que tu as fait, c'est que tu nous as diminués.

Tu nous as dégoûtés de nous-mêmes.

Tu n'as pas le droit de dire ça.

Pourquoi ?

Parce qu'on a eu une belle vie ensemble.

De bonheur, comme tu dis.

Mais le bonheur, à ce prix-là, c'est triste.

C'est triste, Frano.

Regarde-toi.

C'est... C'est... C'est ça que tu as pensé ce matin ? Comment ça passe ?

Je suis triste parce que tu n'es plus jeune.

Tu n'as plus la force.

Il y a dix ans, ce tableau, c'était le début d'une aventure.

Mais maintenant, ce n'est pas un nouveau début.

C'est la fin.

Mais sa foi de mort.

Comment veux-tu que je te le dise ? Tu t'es menti pendant dix ans. C'est facile

de continuer.

Tout le monde le fait.

Je continue si tu veux. Mais arrête, Lise !

Un jeu cruel.

Mais je suis comme ça.

Cruel.

Tu s'en aperçois seulement maintenant.

Pas de mollesse.

Ne perdez pas cette tension que vous avez tout à l'heure.

Vous regardez ?

Il dit qui ? Il dit qu'il se sent pris au piège.

Qu'il a accepté une sorte de contrat, je comprends pas bien.

C'est pour ça que je voulais vous parler.

Il est inquiet pour Marianne.

Il croit qu'ils vont avoir une... Comment on dit ? Une affaire.

Quelque chose.

Je crois qu'il se trompe.

Mais il a raison d'être inquiet.

Fréno doit être en train de terminer son tableau.

Ça vaut peut-être mieux que Marianne ne le voie pas quand ça sera fini.

Pourquoi ? Qu'est-ce que ça peut faire ? Frénofer ne la protégera pas.

J'étais longtemps son modèle, son modèle préféré,

même unique.

D'abord,

C'est parce qu'il m'aimait qu'il a voulu me peindre.

Et puis ensuite...

Ensuite,

c'est parce qu'il m'aimait qu'il n'a plus voulu me peindre.

C'était moi ou la peinture.

C'est ce qu'il m'a dit.

Je comprends pas.

C'est quand même pas une question de vie ou de mort.

Pourquoi pas ? Il paraît que quand on se noie, on voit défiler toute sa vie.

Tous les souvenirs oubliés en une fraction de seconde.

Est-ce que c'est possible d'arriver à saisir toute une vie sur

la toile d'un tableau ? Comme ça, avec juste des traits de peinture.

Ça semble incroyable, mais... c'est ce que ferait nous faire rechercher.

En tout cas.

Vous voulez dire que c'est quelque chose... d'impudique ?

Oui, c'est ça.

Impudique.

C'est pas... c'est pas le corps qui est impudique.

C'est pas le nu.

Vous laissez le tabac.

Retournez votre visage.

Regardez-moi.

Levez votre main.

Vous me tournez là.

Voilà. C'est complètement différent.

Non, c'est plus précis.

Vous cherchez quelque chose ? Quelque chose que vous avez vu ? Je sais.

C'est terminé ? Peut-être.

Je peux regarder maintenant.

C'est fini.

Vous allez me le dire.

Qu'est-ce que tu as ?

Maman, je t'aime. Je t'aime.

Je t'aime. Je t'aime.

Qu'est-ce que tu fous là toi ? Nicolas il est où ? Il est sorti, il était pas

très bien.

Et bah tant mieux, tu diras que je suis pas bien. Qu'est-ce que tu vas faire ?

Je fous le camp, je fais mes bagages. Tu veux partir sans parler à Nicolas ?

Écoute Julienne, t'es pas mariée avec Nicolas alors je t'ai longtemps

supportée à cause de lui.

Mais maintenant tu te mêles de tes affaires et tu nous fous la paix ! Et si

Nicolas me voit pas, il se souvient de toi.

Ta gueule Marguerite ! Et moi tu crois que je t'ai supportée facilement ?

Quand on s'est retrouvés à trois, dans six mètres carrés, et que je n'osais pas

rentrer tôt parce que j'avais peur de vous trouver en train de truc.

Je me suis dit, c'est pas grave, on va trouver une solution, ça va s'arranger.

La solution, je l'ai trouvée, je me suis tirée.

Ce que ça m'a coûté, il n'y a que moi qui le sait.

Alors tu ne vas pas quitter Nicolas comme ça.

Je ne peux plus rester avec lui.

Je ne l'aime pas assez.

C'est pas vrai Juliane, si tu voyais.

Je me tire avant que tout le monde découvre. Qu'est-ce que t'en as à foutre

de tout le monde ? C'est dans ta tête tout ça.

C'est pas dans ma tête.

Je l'ai vu.

Une chose froide et sèche.

Écoute, je sais pas de quoi tu parles.

Mais si tu veux plus de Nicolas, tu lui dis. Tu le laisses pas comme ça.

Tu peux pas.

Arbose-toi alors.

Attends au moins une nuit.

C'est ça.

Demain est un autre jour.

Tu peux dormir dans ma chambre si tu veux.

Alors, tu as réussi à t'échapper ? J'ai attendu que maman s'endorme.

Mais si elle se réveille ? Elle ne se réveillera pas.

Sauf si elle tombe. Elle est seule dans le monde.

Elle est belle.

C'est la demoiselle ? Oui.

Maintenant, écoute.

Toi et moi, on n'a pas le même âge. Mais on va partager un secret.

Tu sais garder un secret ?

Oui ? Tu le sais ?

Tu aimes bien ?

Rien de moins.

C'est ça le souper ?

Voilà.

Tiens, tiens.

C'est comme les lettres de Joseph.

Elles sont toutes rangées dans une boîte à chaussures que j'ai planquée

dans la serre, au fond du potager, derrière les vieux arrosoirs.

Quand il pleut, j'aime bien aller là-bas pour les relier.

Ça sent bon là-bas quand il pleut.

Oui, c'est ça, tu vois.

Qu'il pleuve ou qu'il pleuve pas,

il faudra pas que t'ailles la regarder jamais.

Le secret, notre secret, c'est que tu l'as jamais vu, je t'appelais.

Qu'il n'existe pas.

T'as compris ? Oui, monsieur Frédoff.

Il faudra le garder longtemps ?

Toujours.

Même quand je sèche le lac.

Lise.

Des étoiles filantes.

Fais un vœu.

C'est un peu tard pour faire un vœu.

Pourquoi tu dis ça ? Parce que je n'attends plus rien.

C'est ce que j'ai pensé ce matin, quand je t'ai vu endormi dans l'ételier.

J'ai pensé que tu étais mort.

Et moi aussi.

Je suis mort.

C'est un drôle d'amour, quand on couche ensemble pour la première fois dans un

tombeau.

Mais je voulais bien savoir, après un tel épuisement,

est-ce qu'elle reste morte ?

Bon, nous y voilà.

Ce n'était pas le moment le plus agréable pour moi.

Je porte mal l'idée que quelque chose soit fini.

Vous attendiez peut-être autre chose, Marianne ? Moi aussi, en un sens.

Une bâture finie, c'est un peu comme un nouveau-né.

Il faut du temps pour comprendre qui elle est.

Qu'est-ce qu'elle sent ? Et voilà, j'ai plus le temps.

C'est mon premier tableau posthume.

C'est beaucoup plus cher.

C'est très beau ce que tu as fait.

Tu parles du tableau ? Je parle du tableau.

Du vrai tableau.

Et puis aussi, de ce que tu as fait.

J'espérais te surprendre.

Tu me surprendras toujours.

Toujours.

Je peux avoir une cigarette ? Vous fumez trop, Marianne.

J'aime bien noircir les branches.

Maintenant, Marianne a remis son masque.

Ou elle en a pris un autre.

J'aime beaucoup votre soeur.

Vous avez de la chance d'avoir quelqu'un comme elle ? Je sais pas si j'ai de la

chance, mais j'en aurais besoin.

Mais non, tout va aller très bien.

Une histoire qui dure depuis trois ans, ça se casse pas en trois jours.

Vous croyez ? J'en suis sûre.

Alors, qu'est-ce que vous en pensez ? C'est beau, mais j'y comprends rien.

Vous n'aimez pas la fête moderne ? C'est vrai.

À part le Titien, j'aime rien.

C'est du Titien, ce que j'ai fait.

Quentin,

t'as eu ce que tu voulais ? Je ne voulais rien d'autre qu'un tableau.

Je l'ai.

Reprends un peu de champagne.

Les chaînes.

Les chaînes.

T'es encore là, toi ? Qu'est-ce que t'attends

pour te remettre au travail ? Que le temps se remette au gris. C'est bien que

j'ai besoin d'une bière parisienne.

Il n'en a pas besoin.

Je vais vous poser une question.

Quand vous disiez que vous cherchiez la vérité en peinture, c'est toujours vrai

? Vous dites ça en ami ou

en ennemi ? Je crois qu

'un peintre n'a pas d'ennemi.

Sauf ses mauvais tableaux.

Et comment je dois le prendre, Nicolas ? Comment vous voulez.

Je continuerai toujours à vous admirer, mais... Je vous plains aussi.

Je voudrais pas finir comme vous.

Sur une comédie.

Restez comme vous êtes.

Je vous aime bien.

Ça ne me dérange pas.

Non, ce n'est pas ça qui me... Je comprends.

C'est difficile pour moi aussi.

On aime tous les deux quelqu'un qui fera toujours passer tout le reste avant

nous.

C'est la vie.

Non, c'est une vocation.

Votre frère a un talent extraordinaire, vous savez.

Il m'a dit qu'il vous doit beaucoup.

Mais il ne sait pas à quel point je crois en lui et aussi à quel point j'ai

de l'amitié pour lui.

Je n'ai jamais osé le dire, vraiment.

C'est quelqu'un de tellement pudique.

Nous n'avons pas eu le temps de faire connaissance l'autre jour.

Ça me ferait vraiment plaisir de dîner un soir avec vous et lui.

Voilà.

Cette histoire va bientôt finir.

J'ai pas de mots.

C'est un pâtissier. Ce qui se dit en mots, ça ne compte pas.

Tu as raison.

On va parler chiffres.

Ce que Marianne est devenue après, on ne saurait pas ce soir.

Marianne ? C'est moi.

C'était moi.

Je ne vous ai pas cru l'autre matin, quand vous avez essayé de me prévenir.

C'est pas grave.

Vous voyez, j'ai eu peur pour rien. Non, vous aviez raison, c'était moi qui étais

inconsciente.

Je ne le suis plus.

C'est ce que je voulais vous dire.

J'ai fait les bagages.

On me comparte tout pour éviter la faune.

On pourrait faire un détour par l'Espagne.

Barcelone.

Montserrat.

Sous-titrage ST' 501

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