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Madame, qu'est-ce qui vous amène dans un coin aussi isolé ? Les souvenirs.
Les yeux.
Je n'avais jamais entendu parler de ce patelin.
Les enfants des yeux, ça ne vous dit rien ? Non, rien du tout.
Action ! Qu'est-ce qu'il y a ?
Silence ! On ne bouge plus.
Je suis si inquiète pour vous, Miron.
Inquiète de quoi ?
Il ne peut plus rien nous arriver.
Si.
D'être oublié.
Dans 20 ans, 30 ans, ou plus.
Qui se souviendra de vous ? De toi, des enfants ? C'est ce que tu veux, c'est
comme ça.
Le temps finit toujours par tout effacer.
Il ne faut pas.
Pas cette mémoire-là.
La cour, levez-vous.
Vous pouvez vous asseoir.
L'audience est ouverte. Je vais demander maintenant à ce qu'on fasse entrer l
'accusé.
Monsieur le Président, à compter d'aujourd'hui, mon client a décidé de ne
plus paraître au procès.
Les conditions dans lesquelles il est expulsé d'Olivier et embarqué dans un
avion malgré lui pour la France, s'apparentant à ses yeux à un
enlèvement, mon client refuse de cautionner plus longtemps par sa
présence ces audiences qui, selon lui, se déroulent en toute illégalité. Enfin,
monsieur le Président, vous ne pouvez pas laisser faire ça !
Il faut contraindre Barbie à venir assumer ses crimes devant le tribunal.
L'article 320 du code de procédure pénale vous y autorise. Maître, je
connais le code aussi bien que vous. Monsieur le Président, Madame Slatin, ma
cliente est venue témoigner face au bourreau qui a déporté non seulement son
mari, mais aussi tous les enfants qu'elle protégeait.
N'allez-vous même pas la laisser témoigner devant un siège vide ? Devant
un siège vide ? Devant un siège vide ? Monsieur le juge...
Mais Barbie a organisé la rafle du 6 avril 1944.
Tout le monde le sait, tout le monde le dit. La cour ne pourra pas se contenter
de mon dit.
Vous en doutez bien.
Le dossier a besoin d'être solide.
Madame Zlatin, je ferai tout mon possible, je vous l'ai déjà dit.
Maître Klarsfeld, qui est avocat de certaines parties civiles, dépense aussi
toute son énergie à trouver des preuves que la défense ne pourra pas contester.
Je vais contacter ce maître Klarsfeld et me mettre à chercher avec lui.
Quitte à y passer mes jours et mes nuits.
C'est pas
un endroit pour
faire la lessive, là.
La liste d'un mon fils est ouverte, monsieur.
Vous êtes étranger ? Papier. Vous aussi, madame, s'il vous plaît.
Polonais ? Et juif, je suppose, hein ? Je vous remercie, madame. Vous pouvez
circuler. Nous sommes juste passagers ici.
Nous allons à Bordeaux prendre bateau pour les États-Unis.
Le soir, nous avons chambre de hôtel.
Bon, vous allez quand même nous suivre.
Allez, prenez-moi tout ça, vous nous suivez. Monsieur l'agent, vous n'avez
pas le droit de faire ça, enfin, ils ont rien fait d'illégal.
Si, sur le territoire français, être un juif, étranger, sans avoir de domicile
fixe, c'est illégal.
Allez, allez, toi et ta marmaille, maintenant, vous montez tous là-dedans.
Allez, hop, on y va. Mais vous les emmenez où ? Allez, allez. N'insistez
pas, madame, vous allez vous attirer des ennuis. Allez, vous allez voir, on va
vous trouver un bon petit hôtel.
J'ai honte.
Honte de moi, de ce pays qui nous a accueillis.
Je ne le reconnais plus.
Qu'est-ce qui se passe, mon amour ? Explique-toi.
La police a arrêté une famille de juifs polonais sous mes yeux.
Je n'ai rien pu faire.
Il n'y avait sûrement rien à faire, malheureusement.
Tu sais, mes yeux sont parfaits.
Cette année, je crois que je vais rentrer au catalogue des races
françaises. Non, mais attends, je rêve !
Je te parle d'arrestation sommaire et tu me parles de tes oeufs ? Enfin, dans
quel monde tu vis ? Un monde prévisible et maîtrisable sur lequel j'ai tout
pouvoir.
Non, non, tu vis en France et en 1941.
Les gens dont je te parle ont été arrêtés uniquement parce qu'ils étaient
juifs et polonais comme nous il y a 15 ans.
Mais t'as oublié d'où on vient, t'as oublié qui on est.
Non, j'ai pas oublié, mais qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Maintenant, nous
sommes Français.
Le gouvernement de Vichy a dit qu'il protégeait les Français.
Tous les Français.
Ah oui.
Tu veux savoir ce qu'il fait, ton gouvernement ?
Tiens, regarde ça.
De nouvelles lois contre nous, les juifs.
Comme si les interdictions de l'année dernière, ça leur suffisait pas.
Ah, et en prime, si tu veux savoir, ils commencent à réviser certaines
naturalisations. Alors, tu vois, si ça continue, il se pourrait très bien qu'un
jour ou l'autre, ce soit nous qui soyons aussi embarqués par la police.
17 heures, fermeture.
17 heures, fermeture.
Votre carte d'identité !
Votre carte d'identité ! Votre
carte d'identité !
Votre carte d'identité ! Votre carte d'identité ! Votre carte d'identité !
Votre carte d'identité
!
Vous me souhaitez peut-être aller à la pharmacie, hein ? Qu'est-ce que vous en
pensez, mademoiselle de coste ? Oui, bien sûr.
Vous inquiétez pas, c'est très superficiel.
Je vais avoir une cicatrice ? Non.
La plaie est très belle.
Ça va cicatriser tout seul, puis c'est presque sec.
Vous êtes médecin ? Infirmière.
Enfin, j'étais.
J'ai plus le droit d'exercer maintenant.
Voilà, on va mettre une petite compresse, vous gardez ça, puis on va
laisser sécher à l'air.
Merci.
Et vous faites quoi maintenant ? J'ai mon mari, il est ingénieur agronome, il
a un élevage de poules pondeuses.
Autrement, le reste du temps, je peins ou je m'ennuie.
C'est formidable ce qu'ils arrivent à faire maintenant.
Votre carte d'identité en dirait une vraie.
Marie-Louise de Coste, c'est un très joli nom et ça vous va très bien.
Ouais.
En tout cas, mieux que Léa Feldblum par les temps qui courent.
Léa ? Et vous venez d'où, Léa ? De Belgique.
On a fui en 40 avec mes parents.
Mais... Depuis, ils sont morts tous les deux à six mois d'intervalle.
Je suis vraiment désolée.
Bon.
Je vais y aller maintenant.
Si j'ai bien compris, vous avez un peu de temps libre.
Pourquoi vous ne viendriez pas travailler avec moi, Lozé ? Lozé ? C'est
quoi ? D'avoir de secours aux enfants.
Qu'est-ce
qu'il y a ? Tu es nerveuse ?
Non, mais c'est Richard, il fait de mon boucher. Bah, tu plaisantes. Avec tous
les enfants qu'il a aidés à faire sortir des camps, on a besoin de volontaires.
Oui.
Ah,
il est là. Bonjour, Fanny.
Oh, bonjour.
Bonjour. On a rendez-vous avec Monsieur Richard.
Oui, il vous attend.
Très bien. Je me suis ?
Alors comme ça, Léa m'a dit que dans une autre vie, vous aviez été infirmière ?
En tout cas, non, non, j'ai pas grossi.
Alors ? Comment tu me trouves ? Ça me va toujours ? Miron, je te parle.
Quoi ? Ça me va toujours.
Divinement bien.
Puis un vieil uniforme de la Croix-Rouge, c'est indémodable. Sans
compter qu'en plus, là, il y a cette petite odeur de naphtaline.
Grossi personnage, hein ?
Il y a quand même quelque chose que je comprends pas.
Ils t'ont engagée comme quoi, Lozé ? Comme assistante sociale ou comme
infirmière ? Comme assistante sociale.
Mais avec la mission qu'ils m'ont confiée, j'ai l'impression que j'aurais
plus confiance en moi habillée comme ça.
Un uniforme, ça en impose toujours un peu, non ?
Bonjour. Je viens pour la livraison.
Vous êtes l'ami de Léa ? Attendez.
Vous faites plus jeune qu'en photo.
Suivez-moi.
Oh, putain de la marmaille !
Bonjour.
C'est à vous tous ces enfants ? C'est tout comme, oui.
Ça vous
va ? Jeanne Verdavoir, ça vous va ? C'est le nom d'une amie de ma mère qui
est morte il y a 20 ans et Fourmis, c'est une ville du Nord dont la mairie
et les archives ont brûlé.
Toute vérification est impossible.
Vous êtes nouvelle.
Alors, vous entrez ou vous n'entrez pas ?
Montez ! Bonjour, je suis l'administrateur.
Je crois que c'est à vous que je dois remettre les certificats d'hébergement
des enfants que je dois récupérer.
Cinq certificats, ça fait cinq enfants.
C'est la préfecture de l'Hérault qui vous les a fournis ? Oui.
Bon, l'époque.
Au nom de l'État, certains préfets font parquer ici des juifs étrangers pour ne
pas qu'ils s'incrustent en France.
Et quelques temps plus tard, d'autres préfets les font lâcher dans la nature.
Allez comprendre.
De quoi sont marseillais ? Typhoïde, dysenterie, paludisme, qu'est-ce que j
'en sais ? Vous n'avez rien pu faire pour les aider.
Tu fais pas de miracle.
Ici, en principe, c'est un camp de transit.
De passage, quoi.
Pas un camp d'hébergement.
Or, certains réfugiés sont là depuis des mois. Avec la surpopulation, forcément.
Pourquoi vous les libérez pas ou les laissez mourir ici ? S'ils sont assignés
à résidence ici, c'est pour éviter qu'ils ne se mêlent à la collectivité
nationale.
L'État fait le maximum pour libérer ces gens.
À la seule condition qu'ils quittent la France.
Quitter la France ? Mais avec quel argent ? Vous savez pas que les comptes
des Juifs sont bloqués ?
Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ?
Oh, qu'est-ce que c'est froid ici.
Mais encore, aujourd'hui, ça va, parce que l'hiver, quand la tramontaine s'y
met, c'est glacial.
L'été, c'est encore pire, il y a de la poussière partout, on ne peut plus
respirer. Voilà, notre local de Lausée est juste là.
Donnez-moi votre gamine.
C'est tout ce qu'ils mangent ? Il n'y a pas que eux qui crèvent de faim.
Nous non plus, les gardiens, on n'a pas grand-chose à manger, ni à fumer, d
'ailleurs. Si vous voulez, je peux vous apporter de la nourriture et un peu de
tabac la prochaine fois.
C'est très gentil de votre part.
Un service en valeur neutre, bien sûr.
Ça va de soi.
Vos collègues ont déjà rassemblé tous les enfants que leurs parents veulent
faire sortir.
Je ne peux en prendre que cinq.
Il va falloir choisir.
C'est bien passé
? Ça s'est passé.
Allez, vous venez avec moi les enfants ? Vous allez voir un bon lit et une bonne
soupe vous attendent au foyer.
Encore merci.
Allez vous reposer, vous en avez besoin.
Léa, occupez-vous d'elle, je crois qu'elle est un peu jetouée.
Ne vous inquiétez pas, j'ai besoin des enfants.
T'aurais vu leurs yeux qui m'imploraient.
J'aurais tellement voulu les sortir tous de là.
Je sais, moi aussi je suis passée par là.
Mais qui en est pour décider du destin des enfants ? Qui doit vivre ? Qui doit
peut-être mourir ? Ne pense pas à ceux qui sont restés, mais plutôt aux cinq
que tu as sortis de l'enfer.
Je te jure, j'aurais jamais cru que la vie dans ces camps était aussi horrible.
Pourtant, j'ai été en prison.
Ça avait rien à voir avec ça.
Toi, tu as été en prison ? Oui, quand j'avais 16 ans, en Pologne.
Je militais au Bund.
J'ai été arrêtée pendant une manifestation.
Résultat, un an de prison.
Et sans jugement, même pas un interrogatoire.
C'est quoi, le Bund ? C'est un parti de travailleurs juifs.
Je sais pas pourquoi j'étais là-bas.
Peut-être simplement pour m'opposer à mes parents.
Un an de prison à 16 ans, ça doit laisser des traces.
Ça t'embête si je mets de la musique ? Non, pas du tout.
C'est où, ça ? Jérusalem.
C'est beau, hein ? Voilà où se trouve notre avenir, Sabine. La Palestine.
Créer un pays neuf dont les Juifs seraient citoyens à part entière.
Non.
Moi, c'est ici que je veux être citoyenne. En France.
Pas là-bas.
Tu connais la rumba ? C'est une danse à la mode.
Je ne sais pas l'avancer. Tu vas voir. Ne regardez pas. C'est facile.
Ils ne disent rien. Des mots en dessous.
Des vieux sourds comme des peaux.
Allez, en dessous.
Sa peau.
Balance.
Tu rentres tard.
Tu dors pas.
Je t'ai un peu inquiet.
Tu sens l'alcool ? J'ai eu une journée difficile et j'ai eu besoin d'un
remontant.
T'es passée à la préfecture ? Non.
Tu comptes y aller quand ? J'y passerai pas.
La loi oblige les juifs à se faire recenser, Sabine. Tous les juifs.
Oh, Miron.
Tu fais ce que tu veux, mais je n'irai pas me faire recenser.
Il faut qu'on soit en règle si on ne veut pas avoir d'ennuis. Si on fait ce
qu'ils veulent, qu'on finira par en avoir des ennuis.
Ne dis pas n'importe quoi.
La loi, c'est la loi. Ça, c'est la loi des boches.
Bonne nuit.
Et pour le tabac, vous n'avez rien pu faire ? Non.
Pour ne pas m'en vouloir, je vais vous demander ça. C'est qu'on n'a pas
vraiment de beau rôle ici.
Il y a quand même plus à planer que vous.
Ce n'est pas moi qui ai demandé d'être affecté dans ce trou, ça s'est trouvé
comme ça.
Un fonctionnaire d'État, ça doit faire ce qu'on lui demande.
Je ne doute pas une seule seconde que vous soyez un fonctionnaire modèle.
Bon, vous faites comme on a dit, vous récupérez vos gosses et on se retrouve à
l'arrière du camp. D'accord.
Sous-titrage Société Radio-Canada
Sous
-titrage Société Radio-Canada
Un, deux, trois, quatre, cinq. C'est bon.
Vous pouvez y aller.
Une fois sortis, qu'est-ce que vous en faites ? Allez-y, on les lave, on les
nourrit, on les protège.
Et on les fait dormir au chaud.
Le contraire de ce que vous la faites subir, quoi.
Tiens, mets-moi ça.
Allez-y, grimpez.
Hop.
Voilà, vas-y.
Allez, aide-lui à monter.
Mais moi j'y connais rien bébé ! Je t'aiderai si tu veux, ma mère est
nourrice.
On s'arrête déjà ? On vient de partir.
C'est bizarre.
On est à l'arrière du camp.
Qu'est-ce que je fais ? Tu la berces en chantonnant quelque chose.
En chantonnant quoi ? Tu sais la chanson de Maurice Chevalier, Valentine ?
Valentine ? Oui, celle qui avait des petits petons.
Non, je ne vois pas. Mais si.
Et aussi des petits tétons.
Mais attends, t'es sûr que c'est pour les bébés ta chanson ? Bah ouais, les
bébés ils aiment bien têter.
Regarde ça, c'est miraculeux.
Ça marche ? Tu vois qu'elle est efficace ma verseuse.
Y'a même pas besoin de la chanter.
Viens avec moi maman, je veux pas te laisser ici.
C'est pas possible mon grand, c'est pas ce qu'il a préféré.
Allez, dépêchez-vous ! La grille est ouverte, on peut passer tous les deux.
Non, tu viendras me rechercher plus tard.
Plus tard ! Allez, vas-y, je t'aime.
Sois fort.
T
'as
failli rater l'omnibus, dis-moi.
Je suis vraiment désolé de ne pouvoir en prendre que trois.
Voilà.
Vous avez passé quelque temps ici.
Ça sera votre école et votre maison. C'est un pensionnat catholique.
On sera tout seul ? On n'aura pas de copains ? Mais si ! Il y a plein d
'enfants ici.
La seule différence, c'est qu'ils sont catholiques.
Catholiques ? Vous savez ce que ça veut dire ? C'est comme juif, mais...
Enfin, non.
Juifs, vous savez ce que c'est. C'est moi.
C'est quand on doit se cacher.
On aura tout le temps de reparler de ça.
Ma sœur, je vous les confie.
Pour tout le monde, ils sont catholiques et ils ont le même emploi du temps que
les autres.
Seulement, vous ne les obligez pas à aller à la messe les dimanches.
Vous vous débrouillez pour que leur absence ne se remarque pas.
Je pars.
Monsieur l'abbé. Oui ?
Je veux savoir si vous pourriez héberger aussi une petite fille.
Comment ? Environ un an. Alors, c'est pas une petite fille, c'est un bébé. Je
sais pas où la placer. Désolé, mais ici, c'est impossible.
Un bébé a besoin de soins particuliers. En plus, nous risquerions d'attirer l
'attention.
Pas de problème ? Non, ça a été, mais je n'ose pas les réveiller.
Il faut qu'ils mangent.
Pas si vite, les gars. Vous allez être malades.
Je vous aurais prévenu.
Elle a bien mangé. Elle était morte de faim.
C'est peut-être mon genre de donner des leçons, mais je ne crois pas que ce soit
une bonne idée. Tu aurais dû laisser à sa mère.
Qui va s'en occuper maintenant ? C'est bien qu'ici, on peut pas aller trop vite
et puis ça sera pareil dans tous les foyers de l'OSI.
T'inquiète pas, je vais te les montrer.
Il y a du rab ? Il y a deux dortoirs. Un pour les filles et un pour les garçons.
Viens, je peux aller la poser sur ton lit. Je crois qu'elle est fatiguée. D
'accord.
Et attention, la frontière entre les deux doit rester étanche.
Je me suis bien fait comprendre, les garçons. Ouais, ouais.
Mais qu'est-ce qu'on irait faire chez les filles ?
Moi ça n'a jamais rien à voir.
Serait-il possible que chacun regagne son lit ? Voilà.
Dans le calme.
Bah, dis donc, on dirait que t'as fait ça toute ta vie.
Rebouteille ton pyjama, toi.
Tu te couches.
C'est l'éducateur en charge des ortoires, lui ? Ouais.
C'est un nouveau, il s'appelle Léon, il est étudiant en médecine.
J'ai peur d'avoir été un peu dépassé par les événements.
Rassurez-vous, ça ne se remarquait pas du tout.
On vous amène trois nouveaux combattants.
Vous pouvez leur donner une place ?
Je
suis très inquiet, Sabine.
J'ai peur qu'on ait un risque de salmonellose.
Si c'est ça, Oelgevald y a un risque d'épisoutis. C'est une catastrophe.
Elle s'appelle Diane.
On va la garder avec nous quelques temps.
Comment ça, quelques temps ? Ses parents sont internés au camp de Rivesaltes et
ils m'ont demandé de veiller sur elle le temps qu'ils viennent la récupérer.
Excuse-moi, mais il me semble que ton travail, c'est de placer les enfants,
pas de les héberger à la maison. Arrête, elle va s'endormir. Elle n'est pas si
fort.
Remarque ? Elle est mignonne.
S'il te plaît, Miron.
Personne ne peut s'en occuper.
Oui.
Mais non.
On ne peut pas la garder.
Mais pourquoi ? Écoute, on rêve tous les deux d'avoir un enfant. Mais un enfant à
nous, Sabine, pas l'enfant des autres.
Mais puisqu'on ne peut pas en avoir.
Écoute-moi.
Ce bébé, si on le garde, on va s'y attacher. Et un jour, il faudra le
rendre à ses parents.
Alors là, on sera malheureux. Très malheureux.
Sans compter que t'es toujours par mon zéparveau. Alors ici, qui va s'en
occuper de cet enfant ? Tu y as pensé ? Tu vas pas abandonner tous les autres
pour ne t'occuper que de celui-là. Je me trompe ?
Je
t'assure, Sabine.
Ce bébé, c'est pas une bonne idée.
T'as sûrement raison.
J'ai essayé de trouver une autre solution.
On l'aime déjà, ce bébé.
Orca, Ben, la souris.
Un de plus, un de moins, ça ne changera pas grand-chose.
Voilà quelques tickets de rationnement pour la nouvelle.
Merci. Vous n'embrassez pas la petite ? Non, non, non, pas.
Au revoir.
Comment s'est passée ton entrevue chez l'avocat ? Bien.
Maître Clarsfeld a sa façon de voir les choses.
Moi, j'ai la mienne.
Mais ce qui compte, c'est qu'il m'ait redonné espoir avec ça.
Qu'est-ce que c'est ? C'est la photocopie d'un telex signé par Barbie.
Elle a été utilisée lors du procès de Nuremberg.
Tu sais bien que je ne sais pas lire l'allemand.
Le 6 avril 44 à 20h10, il informe ses supérieurs du succès de la rafle des
enfants d'Izio.
Si ça, c'est pas une preuve de la culpabilité de Barbie.
Pour les juges, c'est insuffisant.
Quoi ? Mais il lui faut quoi, la justice ? L'original, pas la photocopie.
Et pour l'instant, il est introuvable.
Si c'est fichu, pourquoi tu parles d'espoir ? Klarsfeld a fouillé partout.
Et il pense que le seul endroit où l'on peut encore le trouver, c'est les
archives du Centre de Documentation Juive Contemporaine à Paris.
Maître Klarsfeld est déjà arrivé.
Il vous attend.
Merci beaucoup, mademoiselle.
J'aurais bien aimé vous aider à retrouver ce que vous cherchez, mais je
suis débordée. Les classements, les rangements... Ne vous inquiétez pas.
Nous trouverons bien tout seuls ce que nous cherchons.
J'ai peur que vous ne sous-estimiez un peu la tâche qui vous attend.
Voilà.
Ah, mes latins.
Maître Klarsfeld.
On sera pas trop deux pour fouiller dans tout ça, hein.
Voilà leur dernière trouvaille à ces salopards de Bosch.
On se prenait pas compte de notre bonheur avant qu'ils franchissent la
ligne de démarcation.
Et après les tampons sur les cartes de rassonnement, ils nous préparent quoi ?
Ah bah ils peuvent aussi nous obliger à porter une étoile jaune comme en zone
nord.
Si je vous ai demandé de venir, c'est parce qu'on a un gros souci.
La direction centrale de l'OSÉ a décidé de fermer progressivement tous ses
centres de placement.
Mais pourquoi ? La pression monte, les raves se multiplient. Ils ont peur que
ça devienne des pièges pour les enfants.
C'est un risque.
Et en plus, les choses se compliquent.
Les Juifs arrêtés sont désormais envoyés par train entier vers Drancy.
Et ensuite vers l'Est.
On parle de camps de travail en Allemagne.
Ils veulent aussi fermer notre centre ? Oui.
Sachant que j'ai un autre problème.
Le directeur va partir.
Alors j'ai décidé de vous nommer à sa place.
Moi ? Pourquoi pas Léa ? Elle travaille ici depuis des mois.
Léa a d'énormes qualités, mais elle est beaucoup trop jeune.
Or, les temps qui viennent risquent d'être difficiles.
Et qu'est-ce que vous attendez de moi exactement ? Que vous prépariez la
fermeture du centre en plaçant ailleurs tous les enfants qui s'y trouvent. Tous
les enfants ? D'un coup ? Vous savez très bien que quand on parle d'enfants
juifs, les portes ont plutôt tendance à se refermer.
Débrouillez-vous.
Et en attendant qu'ils soient tous dispersés, personne ne doit savoir que
des enfants y sont encore hébergés.
Personne.
Fais pas cette tête-là.
Je serai absente que trois soirs par semaine.
Écoute, j'ai vraiment pas pu faire autrement.
Richard a assisté, c'est très important, il compte sur moi.
Tu m'échappes.
Ou tu t'échappes, je sais pas exactement.
Arrête de dire de bêtises.
Dès qu'on aura placé tous les enfants, on fermera le centre.
C'est l'affaire de quelques semaines, tout au plus.
Un jeudi ?
J'ai encore 15 enfants à placer, mais alors là, j'avoue, je sais plus.
J'ai abattu toutes mes cartes.
J'ai entendu parler d'un village protestant dans les Cévennes. Il paraît
que la population accepte de cacher des Juifs.
Mais lâche-moi ! C'est le chambon sur l'ignon. Je me suis renseignée, mais
même là-bas, ils savent où les mettre les réfugiés.
Il y a un réseau Garel.
Vous avez pris contact ? Ah oui, je suis en train.
C'est sûr que la Suisse, ce serait le paradis pour les enfants.
Sabine ! Sabine ! Est-ce qu'il y a un bonhomme ?
Je veux pas qu'on m'enlève mon béret pour la photo.
Mais enfin, Coco ! C'est toi le chef ici.
Dis-lui que j'ai le droit de le garder.
On peut pas garder un béret pour une carte d'identité. Bon, je m'en occupe,
Paulette, d'accord ? Écoute-moi.
Je suis d'accord avec toi, il est magnifique, ton béret.
Mais comme Paulette, elle y connaît rien du tout, il faut être plus mal à qu
'elle. Alors, par exemple, tu vas faire une photo avec le béret, puis une photo
sans. Et puis pour la caractéristique, c'est André qui décidera.
C'est lui le chef pour ça.
Qu'est-ce que t'en penses ? Allez, on ne bouge plus.
Au suivant. C'est fini. Vas-y.
Allez les enfants, dépêchez-vous un petit peu s'il vous plaît.
Voilà ma chérie, comme ça t'es belle comme un cœur.
Tu crois qu'il va nous coiffer aussi ? Un petit sourire ? Voilà.
D'accord.
Il va faire une photo avec Béret et une sans.
C'est un miracle.
Comment vous avez fait pour le convaincre ? Bon allez Coco, c'est à
toi, vas-y.
Arrête de bouger. Pardon.
Et toi, qui va te coiffer ? Je vais me coiffer toute seule.
Ah bon ? Non parce que sinon moi je peux toujours t'aider.
Il paraît que j'ai un don pour...
T'as surtout le don de fouetter tes yeux là où il faut pas ? Théo, c'est pas le
moment de faire le joli cuir avec ma fille.
Allez, c'est à toi.
Ouvrez ! Ouvrez ! C'est un ordre ! Attention !
J'ai même déjà un nid d'or ! Arrête de craquer !
Comment tu vas faire, toi ? Tu ne passeras jamais vers ce petit trou.
Ne t'inquiète pas.
Les frisés ne trouveront jamais la trappe dans le carrelage.
Où
sont
les enfants juifs ? Les enfants juifs ? Mais quels enfants juifs ?
C'est un sanatorium catholique ici. Et en plus, il est vide, alors... Où sont
les enfants juifs ? Je ne sais pas. Il n'y a pas de juif ici, je vous dis.
Voyons voir ce que j'ai trouvé.
La lampe ! Vite !
T'inquiète pas pour lui.
Il est fort ton père.
Allez.
Je suis sûr qu'à l'heure qu'il est, il est déjà chez toi.
Je vais raccompagner Paulette chez elle, et puis après, je vais à l'osée.
Toi, il est là, vous gardez les enfants ? Ouais.
Tenez, j'ai pris ça. J'ai bien fait ?
Non
! Non, Paulette !
C'est trop mal à toi !
Il y a quelqu'un ? Salut ! Qu'est-ce qui se passe ? Ils sont où ? Monsieur
Richard a eu vent d'une éventuelle rafle. Il a préféré déménager en
catastrophe. Il a laissé une adresse pour moi ? Non, mais rassurez-vous, il m
'a dit qu'il reprendrait bientôt contact avec vous.
En attendant, qu'est-ce que je vais faire, moi, avec mes 15 gamins ?
Miron ? Je ne t'attendais pas aujourd'hui.
Pourquoi t'as fait ça ? C'est à cause des salmonelles ? Ouais.
À cause de cette saloperie.
Elles sont toutes mortes en un rien de temps.
Toutes ? Miron, je ne suis pas toute seule.
Je suis désolée, j'ai pas pu faire autrement.
Maman, maman !
C'est Claudine, ma petite soeur.
Depuis que maman est arrêtée par la police, elle fait des cauchemars comme
ça toutes les nuits. Toi, tu dors pas.
Tu t'appelles comment ? Mina Haramraner.
Tu sais, Mina, t'as le droit de te reposer.
C'est important de dormir.
T'inquiète pas pour ta soeur, je vais être sur elle.
Tiens.
Je reste avec vous.
Ferme tes yeux et dors.
Il y a plus de foules enivrées par les stipendiés de Moscou, malheureux
Français qui donnent leur aversion pour d'autres Français.
Où cela fait place à des masses unies, foudacons, dans une fraternité
régénérée, pénétrées d'une discipline nouvelle, attentive au redressement du
pays auquel elles consacrent leurs viriles efforts.
Il n'y a plus de grève.
Les ouvriers ont retrouvé le sens de la dignité et de la beauté du travail.
J'ai toujours les 15 enfants sur les bras, moi. C'est absolument mon métier.
Je ne peux rien faire.
On est totalement paralysés.
Toute action officielle de l'OSI est impossible.
Mais qu'est-ce que je vais faire, moi ? Rejoindre la seule zone de France où l
'on peut encore être juif sans risquer d'être arrêté à tout moment.
Et c'est où ? À l'est du Rhône.
Il y a quelques départements où l'armée d'occupation est italienne, pas
allemande.
Vous voulez que j'emmène les enfants là-bas ? Oui.
Vous vous rendez compte ? Le train balève et casque à main.
Et en supposant que j'y arrive, une fois que je suis arrivé là-bas, qu'est-ce que
je fais ? Je débarque dans la nature ? Vous irez jusqu'à Lyon, où un
correspondant de l'OSA hébergera provisoirement les enfants à l'hôtel.
De là, vous prendrez contact avec le sous-préfet de Belay, dans l'un.
Un dénommé Wilser.
Wilser, vous vous souvenez ?
C'est un homme de confiance.
Il vous trouvera un foyer en zone italienne où vous pourrez loger tout
votre petit monde.
Là ? T'es près de la Suisse, ça ? Vous avez tout compris.
Non, et ça durera longtemps.
Parce que moi, j'ai ma vie à Montpellier.
Quelle vie ? Ici, peu de nous aussi, les Juifs français, on sera obligés de raser
les murets de cette terre comme des rats.
C'est ça que vous appelez une vie ?
parce qu'elle a cessé d'être une froide fascine pour les idéologies meurtrières
apportées de Moscou et que, fière de la France, elle travaille pour que la
France, un jour, soit fière d'elle.
Comment ça s'est passé avec Richard ?
Il dit que les autorités ont tout bloqué et que lui et Lozen peuvent plus rien
faire pour les enfants.
Plus rien faire ? On peut pas les garder ici ? Non.
Je vais quitter Montpellier, puis je vais les accompagner d'abord à Lyon, et
puis après en zone italienne.
Très bien.
Je pars avec toi.
Quoi ? Plus rien ne me retient ici.
Ils ont annulé ta naturalisation.
Ouais, j'ai tout perdu, Sabine. Je suis même plus français.
C'est fini.
Je suis devenu un apatride.
Je ne suis plus rien.
Plus rien.
Et moi ? J'ai reçu quelque chose ? Non.
Toi, tu n'as pas eu la bêtise d'aller te faire recenser.
Écoute, on va être forts, d'accord ? Ils ne nous auront pas, je te promets.
Ils ne nous auront pas.
Ni nous, ni les enfants.
Comment tu t'appelles encore ? Jacques Lavier.
Très bien, Jacques.
Alors voilà, ta nouvelle carte d'identité. Et ça, c'est le certificat
de baptême qui va avec.
Tu l'as mis précieusement dans ta poche, d'accord ? Attends.
Pendant le voyage en train, on va faire plusieurs petits groupes.
Toi, tu seras dans un groupe avec Emile et Léon, qui pour l'occasion sera ton
grand-cousin.
Tu comprends ? Compris. Je voyagerai avec Émile et mon grand-cousin Léon.
Parfait. Tu comprends vite, hein ? Allez.
Alors, suivant, tiens, viens, le deuxième frère Ben Guigui.
Regarde-y, moi. C'est quoi ton nom, mon poussin ? Ne m'appelle pas poussin. Ils
meurent tous, tes poussins.
Oui.
Excuse-moi.
Alors, comment t'appelles-tu, mon gars ? Richard Ben Guigui.
Mais non, plus Ben Guigui. Tu te souviens de ce que je t'expliquais tout
à l'heure ? Tu t'appelles toujours Richard, mais pendant quelque temps, tu
vas changer de nom de famille.
À partir d'aujourd'hui, tu t'appelles Laville.
Richard Laville.
Comme ton frère Jacques et ton frère Jean-Claude.
Tu comprends ? Oui.
C'est comment ton nom ? Richard... Laville, Richard.
Richard Laville. Très bien.
Miron, j'ai cousu nos économies dans la douleur de ta veste. Tu te souviendras ?
Il y a quelque chose que tu veux emporter de particulier ? Non.
Qu'est-ce que tu veux que je prenne ?
Ah, dis-moi encore.
Tu t'appelles Richard ? Ben Guigui.
Voilà. Eh ben, c'est pas gagné, hein ? Attention, attention, le
train en promenade de Pierre-Bouféran court en gare. C'est 0-2.
Si ça continue, je vais faire de ma culotte. Je te jure, t'aurais pu prendre
tes précautions.
C'est pas ma chose quand j'ai envie.
Il va se pisser dessus, il va se pisser dessus. Ferme la roue, tu vas nous faire
remarquer.
Vas-y, va pisser, on t'attend là. Mais grouille ! Attendez, hein.
J'aime pas ça.
Ça grouille de poulet et de frisé ici.
Là-bas, les collègues.
Tu crois que les autres sont déjà dans le train ? J'espère, parce qu'ils
partent dans cinq minutes.
Qu'est-ce qu'il fout le petit nœud, là ?
Ça, ça fait drôlement du bien.
Non, mais à force, on va rater le train, là.
Bon, je vais le chercher.
Ce sont les trois loustiques qui sont là-bas ? C'est vous, les cousins du
petit ? Oui.
Qu'est-ce que vous faites dans cette gare ? Vous êtes seuls ? Et vos parents,
ils sont où ? À Lyon.
On prend justement le train pour les rejoindre.
Et vos noms, c'est quoi ?
Arnaud de Grandet.
Comment ? Arnaud de Grandet. Et moi, c'est Théo Grandet.
Raoul Grandet.
Et toi, ton nom, c'est comment ? Moi, monsieur ? C'est Richard Laville.
J'ai même ma carte d'identité et mon certificat de baptême.
Ton certificat de baptême, tiens donc. Fais-le voir.
Faites tous voir vos papiers.
Allez, dépêchez-vous.
Fais voir ça.
Bon, moi, je crois que tout ça, c'est du flan.
D'abord, si t'es baptisé, pourquoi t'es circoncis ? Ah, mais ça, c'est parce qu
'il a eu un phimosis.
Un phimosis, tiens donc. Vous n'avez pas le droit, d'abord. J'ai tous les droits.
Bon, ça suffit. Vous allez tous me suivre aux toilettes et me déballer la
marchandise. Allez.
C'est des bêtements, ça.
Hé, arrêtez-vous ! Arrêtez-vous ! Ne bougez pas d'ici, je reviens.
Allez, vite, on filache.
Non, je me suis laissé d'attendre.
On s'en fout, allez, viens, dépêche.
Non, désobéir, c'est mal.
Il faut peut-être lui dire que le monsieur est bien connu pour couper les
isettes au secrétaire.
Ah non, moi je ne veux pas de ça. Eh bien alors rappelez-vous ! Je
suis
sûr que tu peux la jouer moins grave au deuxième acte. Tu crois ? Tu te
rappelles des indications de guiterie, hein ? N'écoute surtout pas ce sagouin,
il serait capable de te faire jouer N'écoutez pas mesdames comme une
tragédie. Légère, Madeleine Bachelet, soyez légère.
Croyez-en le pauvre Daniel Bachelet que je suis.
Je reviens.
Faites pas de bêtises tous les deux.
Pardon, monsieur.
Excusez-moi.
Guitry ? Il sera ce soir à Lyon ? Ça m'étonnerait. Je crois qu'il est coincé
à Paris.
Le chat n'est pas là, les souris d'un.
Betty ! Je reviens tout de suite, mes chéris.
C'est toi, tu l'importunes avec ta fumée.
Mais non, idiot, c'est pas ça du tout.
Mais où tout va comme ça ? Tu as peur ? Je vais au cabinet, monsieur.
Mais tes parents, ils sont où ? Ah, mon poulet, tu es là !
Ah, pardon, c'est mon fils.
Alors, garnement, je t'ai cherché partout.
Tu n'avais pas besoin de t'inquiéter parce que je t'ai dit que ton père
allait revenir.
Max, ton fils s'inquiète.
Qu'est-ce que tu fabriques ? Oui, bon, si on ne peut plus pisser tranquille,
alors... Allez, viens-toi.
Je ne peux pas m'éloigner une minute sans avoir toujours dans mes baskets.
Pardon, monsieur l'officier.
Je ne peux pas me porter bien loin, quand même.
Les enfants... Pardon.
Merci beaucoup.
Il faut bien s'entraider.
Par les temps qui courent, c'est pas facile de voyager seule avec une famille
nombreuse.
Je sais pas combien de temps ça va me prendre pour aller à la sous-préfecture.
Essaye de les tenir.
T'inquiète pas, je m'en occupe.
Fais attention à toi.
Les enfants !
Buongiorno, signorina.
Que bella. Merci.
Madame Verdavoir ? Oui ? Pardon de vous avoir fait attendre.
Je suis Marie-Antoinette Cogent, la secrétaire du sous-préfet Wiltser.
Bonjour. Si vous voulez bien me suivre. Merci.
Le sous-préfet va vous recevoir dans un instant.
C'est toujours un plaisir de vous voir, monsieur le sous-préfet.
Vous êtes si drôle, mais comment faites-vous à parir de vos bons mots ? J
'ai perdu le rire un jour du mois de mai 1940, mais je le retrouverai assurément
le jour où mon pays retrouvera sa liberté.
À très bientôt, mon cher ami.
Je suis ravi de vous rencontrer, madame.
Moi de même.
Ils sont dans mon bureau, s'il vous plaît.
Marie-Antoinette, vous pouvez nous faire du thé, s'il vous plaît ? Malgré leur
alliance militaire, les Italiens agissent de façon beaucoup plus humaine
que les Allemands, notamment sur le problème des Israélites.
Je sais par exemple qu'ils ont obtenu que la gendarmerie française relâche des
Juifs qu'elle voulait livrer aux Allemands.
J'ai même entendu dire qu'à Nice, des soldats italiens ont gardé l'entrée d
'une synagogue le jour du Grand Pardon.
J'ai du mal à le croire.
Pour autant, croyez bien que je souffre de voir ma patrie envahie, et quel que
soit l'envahisseur.
Alors ainsi, c'est vous, la fameuse Sabine Zlatin.
Vous savez que mon ami Richard ne tarie pas des loges sur vous ? Oui.
Il m'accorde toute sa confiance.
Peut-être un petit peu trop, à mon goût.
Comment s'est passé le voyage avec les enfants ? Ils arrivent à supporter tout
ça ? Leurs parents leur manquent.
Ils font preuve de beaucoup de courage.
Où sont-ils actuellement ? Dans un meublé à Lyon.
L'hôtel moderne.
J'ai réfléchi à votre problème.
Je pense avoir trouvé une solution.
J'ai une maison à vous proposer.
Dans un hameau, non loin d'ici, à Isieux.
Voilà.
On vit debout ? On serait nulle part plus en sécurité qu'ici.
C'est une ancienne colonie de vacances.
Si vous vous y installez, monsieur le sous-préfet a pensé la nommer « colonie
d'enfants réfugiés de l'Hérault ». Ouais, mieux voter à l'identité juive
des enfants.
Vous avez raison.
Merci pour tout ce que vous faites pour eux.
Madame, vos papiers, s'il vous plaît.
Jean-Berge d'Avoie.
Bonjour. Je
nous
ai trouvés Annie.
Voilà la couverture ! C'est
comme
ça
qu'on brosse ? On dépêche pas, ils attendent le saut.
Attention à la pente.
Tiens, tu continues ? Je vais chercher. Ouais, je vais essayer, mais je te
garantirai.
Je vais trouver un moyen de transport.
Une fois retapé, ce sera parfait.
Tu sais quoi ? Je crois qu'on va être heureux ici.
Regardez !
Je viens de trouver une photo que je n'avais pas vue depuis 40 ans.
Il y a peut-être quelques documents concernant la maison des yeux là-dedans.
Je suis désolée, mais on va fermer.
Encore cinq minutes, mademoiselle.
Ça fait des semaines que vous passez toutes vos journées enfermées ici.
Ce n'est pas à vous de faire ce travail, c'est à la justice.
La justice, c'est l'affaire de tout le monde, mademoiselle.
Bien, cinq minutes alors.
Ce ne sera pas nécessaire.
L'original du Telex ? C'est inespéré.
La défense de Klaus Barbie pourra difficilement contester un tel document.
À propos du procès, madame Zlatin, vous ai-je dit que votre témoignage sera peut
-être requis ? J'espère bien, monsieur le juge.
Je veux témoigner.
Alors, tu vois quelque chose ? Tu vas quand même pas me demander toutes les
deux minutes si je vois quelque chose.
Et pourquoi pas ? Parce que si je vois quelque chose, je te le dirai.
Allez Jacques, descends.
C'est à moi maintenant.
Laisse tomber, t'es trop petit.
Et puis va plutôt prévenir, y'a quelqu'un qui arrive là.
Menteur, je te dis ça pour te débarrasser de moi.
Non, enfin prévenir, je te dis, y'a quelqu'un. Qui ça ? Je sais pas, banane,
y'a pas son nom marqué dessus.
Allez, filme.
Regarde. Quand j'aurai l'adresse de ma maman, je l'enverrai.
Je serai très contente.
Tu vas chercher les poêlés ? D'accord.
Sabine, c'est quelqu'un qui arrive.
Chut ! Taisez-vous.
Qu'est-ce qui se passe ? On sait rien.
Bonjour, messieurs.
Qu'est-ce que je peux faire pour vous ? Henri Tissot, maire d'Izieux. Je suis
venu pour une petite formalité administrative.
Le sous-préfet Wiltzer m'a prévenu de la réouverture de la colonie, mais il ne m
'a pas fait parvenir la liste de ses occupants.
Or, c'est la loi, il faut que ce soit consigné dans le registre de présence
municipale l'identité de tous les enfants et adultes qui habitent le
village. Bien sûr.
Alors voilà, on pourrait peut-être rentrer dans la maison pour remplir
cette liste ensemble. C'est vrai que pour l'instant, je n'ai vraiment pas le
temps. Si vous voulez, je prépare la liste et je vous la prendrai à la mairie
dès qu'elle sera prête.
Ah, c'est embêtant, oui.
Vous auriez déjà dû faire ça le jour de votre arrivée.
Alors qu'il est, vous êtes dans l'illégalité.
Et moi aussi, par la même occasion.
Je vous promets que tout sera réglé très rapidement.
Ne vous inquiétez pas, monsieur le maire.
Mais vraiment, là... Bon.
Je compte sur vous.
Le plus tôt sera le mieux.
Vous pouvez dire à vos oies de reprendre leur petite chansonnette.
C'était charmant.
Allez, allez.
Hop,
hop, hop, hop, hop, hop, hop.
Allez.
Allez,
allez, allez, allez, allez.
Allez, hop, hop, hop, hop, hop.
Voilà.
Tu veux essayer ? Je veux bien.
Tiens, mets-toi là.
Ne te fais pas de bilin, c'est rien qu'une vache.
Dis-moi, on dirait que t'as fait ça toute ta vie, toi.
Je l'ai fait chez ma tante. Elle a une ferme. Une ferme ? Où ça ? À Zlaoué. Où
ça ? Dans l'Alsace.
Allez, viens, Emile. Je crois que M. Pertigo, c'est du travail.
Tu dois combien ? Ah, rien du tout. Entre voisins, rien que des souris.
Ah, ça, c'est vraiment gentil.
Allez, on y va.
Merci beaucoup.
Au revoir. Au revoir.
C'est quoi, pas ? Vous avez vu que les gamins, là ?
Oui, les autres, ils sont juifs. Elles les cachent.
Des juifs ? C'est impossible.
C'est des gens comme nous, ça. Et alors, qu'est-ce que tu crois qu'ils ont des
cornes sur la tête ? Ben, s'ils sont comme nous, pourquoi on les emmerde,
alors ?
Oui.
Qu'est-ce que tu fais ? Femme allaitée pour la mairie.
C'est déprimant, la campagne.
Ce silence, la nuit, c'est mortel.
Ça te manque pas, la musique, à toi ? Pas tant que ça, non.
Moi, ça me manque terriblement. C'est comme si j'avais plus de sang dans les
veines.
Allez, viens danser avec moi, Sabine.
Juste deux petites minutes. Laisse-moi, s'il te plaît.
Tu te souviens des pas que je t'ai appris ? Tu vois pas que je suis
occupée, non ? De toute façon, tu es tout le temps occupée.
Tu crois que ça m'amuse ? Si, on est tous ensemble, mais en fait, on est tout
seul.
Et moi, j'en peux plus de cette solitude.
J'en peux plus !
Léa !
Tu
travailles
? Je révise un peu mes bouquins de médecine. J'ai tellement peur de tout
oublier. Quoi ça sert, puisque les juifs n'ont plus le droit d'être médecins ?
Pour l'instant, oui.
Mais un jour ou l'autre, tu verras, je serai médecin.
Et ça, personne ne m'en empêchera.
Qu'est-ce que tu fais ? J'ai envie que tu m'embrasses.
Quoi ? Embrasse-moi tout de suite, sinon après, ça sera trop tard.
Mais enfin, Léa, il y a les enfants.
Mais ils dorment tous.
Oh, mais attendez pour aller.
Pourquoi ? Parce qu'il y a une séance de cinéma gratuite ce soir.
Oh, le chien, tu nous casses les oreilles ! Mais qu'est-ce que t'as à
brailler comme ça, toi ? Y a quoi à l'intérieur ? Bah, qu'est-ce que tu fais
dans cette niche, toi ? Je suis un chien.
C'est une drôle d'idée, ça. Mais pourquoi t'es un chien ? J'ai envie d
'être comme chocolat.
C'est qui ça, Chocolat ? Chocolat, c'est mon chien.
Quand la police est venue chercher papa et maman, eh ben, Chocolat, il l'a même
pas amené.
Je crois que c'est mieux d'être un chien.
Oui,
ben, c'est peut-être mieux. N'empêche que cette niche, on l'a construite pour
lui. C'est sa place.
Et puis, toi, la tienne, c'est avec nous.
Dans la grande niche.
Allez, viens, mon bonhomme.
Allez, viens, on va prendre le petit déjeuner.
Allez.
Je vais aller voir ton os.
Un os ? Je veux du pain et de la confiture.
Tu vas manger tout ça, toi ? Oui.
Bonjour, chère mère.
Bonjour.
Je vous apporte la liste des enfants de la colonie des yeux. La
ville, Grandet,
Vanel...
Que des bons petits Français de souche, quoi.
Nous aurons donc le plaisir de voir tout ce petit monde à la messe dimanche
prochain ? Non.
C'est une colonie laïque, monsieur le maire.
J'aurais dû m'en douter.
Avec toutes les bouches que nous avons à nourrir ici, ces deux béchots ne seront
pas trop. Je ne sais pas comment vous te remercier.
C'est rien, des lièvres ici, il y en a partout.
Tu sais, je peux faire plus encore.
Qu'est-ce que tu veux dire ? Par exemple, vous avoir des cartes d
'alimentation en rab.
Des cartes d'alimentation ? Mais je croyais qu'avec les collabos ou les
résistants qu'ils pouvaient en avoir.
T'es de quel côté ? Il y a du bruit dans la grange.
Lila !
Qu
'est
-ce que tu fais là, toi ?
Tu es toute seule ? Où sont tes parents ? Je vais voir à l'extérieur.
N'aie pas peur, je ne te veux aucun mal.
Tu t'appelles comment ? Je n'écoute pas française.
Tu es allemande ? Polonaise ? Italienne ?
Personne dehors.
Bon sang, mais comment elle a bien pu faire pour arriver ici ? Elle n'est
quand même pas tombée du ciel.
Écoute, on verra ça demain.
Pour l'instant, il faut qu'elle dorme un peu. Je t'en occupe.
Il
t
'est arrivé quand exactement ? Pendant la nuit.
Comment tu t'appelles ? Et t'es toute seule comme nouvelle ou il y en a d
'autres ? J'ai l'impression qu'elle est toute seule.
Pourquoi tu veux pas dire comment tu t'appelles ? Moi c'est Mina.
On dirait qu'elle est muette. Ou sourde.
Peut-être même les deux.
Tu es quoi ? Muette ? Sourde ? Les deux ?
Il fit chez lui un peu la paire à la fin, laissé la prendre son petit
déjeuner tranquille.
Tu en reviens un peu ? Vous avez vu ? En tout cas, elle est pas sourde.
Mon grand-père, il dit que si on prend un courant d'air quand on a la bouche
ouverte, on peut en perdre la parole.
C'est peut-être ce qui lui est arrivé.
Même aux autres enfants, ils ne parlent pas. Et pourtant, je suis sûre qu'elle
comprend.
C'est un mystère, cette môme.
T'as vu ? Sa robe vient de Paris.
Celle-là aussi.
Regarde.
Elle vient même de la zone occupée.
Et apparemment, vu l'état des vêtements, elle a dû passer la ligne de démarcation
comme elle pouvait.
Tout seul ? Les enfants, quand le petit déjeuner est terminé, on ne reste pas
dans le réfectoire, vous le savez. Allez, allez, remontez dans vos
chambres, faire vos lits. Allez ! Mais qu'est-ce qu'elle fait ?
C'est sûrement pas en la regardant comme une bête curieuse que vous l'aiderez à
retrouver sa langue.
Sabine.
C'est sans doute ses parents.
Excuse-nous.
Mais faut bien qu'on sache qui tu es et d'où tu viens, puisque tu veux pas nous
parler.
C'est peut-être pas qu'elle veut pas.
C'est peut-être que tu peux pas.
Attention, attention, arrivez en garde du train en provenance de Lyon.
Bonjour.
Bonjour.
Deux ? Mais je crois que vous deviez en amener quatre.
Ah mais ils sont là, avec tous les autres.
Mais il y en a combien ? Quinze.
Enfin, plus ces deux-là.
Comment vous voulez que je fasse ? La maison n'est pas extensible.
Sabine, on n'a pas le choix. Vous allez bien leur trouver une petite place.
Vous savez quoi ? En vouloir sauver tout le monde, on finira par sauver personne.
Le 13e jour du procès de Klaus Barbie au palais de justice de Lyon.
Cette audience s'annonce dense et éprouvante. En effet, la cour d'assises
va examiner aujourd'hui les circonstances de la rafle des enfants d
'Izieux dans l'Ain. C'était le 6 avril 1944, une rafle ordonnée par l'ancien
nazi. Et la question aujourd'hui est la suivante. Klaus Barbie sera-t-il dans le
box des accusés ? Lui qui jusqu'à présent a refusé d'assister aux
audiences. Y aura-t-il un face-à-face avec Sabine Platin ?
Cette femme qui a aujourd'hui 80 ans et qui, pendant la guerre, s'était donné
une mission, sauver des enfants juifs. Des enfants que seules leurs conditions
de juifs avaient condamné à mort.
Tu ne vas pas flancher si près du but ? Flancher ? Oh non ! Il y a tellement
longtemps que j'attends de me retrouver face à Klaus Barbie.
Tu auras la force d'affronter son regard ? Comment, oui ? Je ferai baisser les
yeux.
Les enfants et moi, nous avons besoin de toi.
Il est l'heure qui nous étions.
Nous sommes toujours là.
Tu es notre voix maintenant.
La cour, levez-vous.
Vous pouvez vous asseoir.
L'audience est ouverte. Je vais procéder à l'appel des témoins cités à
comparaître pour cette treizième audience.
Madame Sabine Zlatin.
Présente, Monsieur le Président.
Madame Paulette Lagisquet.
Présente.
Docteur Léon Reifman.
Présent.
Madame Léa Feldblum.
Madame Feldblum réside à Tel Aviv, Monsieur le Président. Elle n'arrivera
sans doute qu'en cours d'après-midi.
Bien. Greffier, veuillez noter l'absence du témoin.
L'appel étant fait, je vais demander maintenant ce qu'on fasse entrer l
'accusé.
Monsieur le Président, je dois vous informer que mon client refuse toujours
de comparaître au procès.
C'est scandaleux ! Quelle lâche ! Sans lui, il n'y a plus de procès ! Mesdames,
Messieurs, s'il vous plaît, un peu de calme. Enfin, Monsieur le Président,
vous ne pouvez pas laisser faire ça ! Non, laissez mettre.
La personnalité de Barbie a bien peu d'importance. C'est un exécutant.
Ce que je veux, moi, aujourd'hui, c'est faire revivre la mémoire des enfants et
faire entendre leur voix. Dans ce cas, voulez-vous venir témoigner, Madame
Zlatan ?
Désirez-vous vous asseoir ? Non, merci, monsieur le Président.
Je veux témoigner debout. Je vous rappelle qu'en tant que parti civil,
vous n'êtes pas tenu de prêter serment.
Madame, pouvez-vous témoigner de ce que vous savez concernant la rafle du 6
avril 1944 dans le home d'enfants-ci à Isieux, dans l'Ain,
dont vous étiez alors la directrice ? Monsieur le Président,
Mesdames et messieurs les jurés, je tiens d'abord à rappeler que la maison
des yeux, avant d'être un lieu de cauchemar, fut pendant un an un havre de
paix et parfois de bonheur pour les enfants qui s'y étaient réfugiés.
Notre mission à nous, les adultes qu'ils encadrions, était de préserver au mieux
leur insouciance et de tenter de temps à autre de leur faire oublier qu'ils
étaient séparés de leurs parents.
La plus grande difficulté, c'était l'afflux continuel de nouveaux enfants
qui, semaine après semaine, arrivaient chez nous pour fuir l'Allemand.
Au début, nous en avions une quinzaine et puis bientôt une trentaine.
Et puis après, ils furent plus du double.
Alors il devait être difficile de les loger confortablement ou de les faire
manger à leur faim.
Tiens là, contre les deux loups.
Ça va jamais passer.
Donne-moi ça.
Et voilà.
Eh,
les gars, celui-là, c'est une fille, là, des robes.
Je me suis juste trompée, c'est la valise de ma sœur.
Va vite chercher la tienne, gros malin.
Oh, sympa.
Mais qu'est-ce que tu fais ? Il y a eu gourance.
Voilà Alice.
Ici, tu seras bien.
Je peux commencer à ranger tes affaires si tu veux.
D'accord.
Moi, c'est Alice.
Et toi, c'est comment ? Laisse tomber. Vu qu'elle est là, elle n'a pas décroché
un mot.
On ne sait même pas son nom.
Alors comment vous l'appelez ? Ça ne sert à rien de l'appeler puisqu'elle ne
répond pas.
Voilà ce que je peux vous laisser pour les nouveaux arrivants.
Il y a 4000 francs. C'est tout ? Je peux pas plus pour l'instant.
Je vous ferai parvenir un mandat dès que possible.
On en est encore à attendre le précédent, hein ? Oui.
On attend.
Maintenant que l'oseille doit agir clandestinement, on a des grosses
difficultés.
Et nous donc ? C'est bien de cacher les enfants, mais il faut aussi les nourrir,
monsieur Richer.
Comment on fait quand on n'a pas d'argent ? Pas de ticket.
C'est bien.
Je vous ai pas fait un cadeau en vous envoyant ici.
Mais qu'est-ce que ça change ? On va pas revenir en arrière ? Maurice ? Oui ?
Emile ? Tiens.
Mina et Claudine ? On est là.
À qui je la donne ? À moi, c'est moi qui sais lire.
Merci.
Francis ? Marcel ? Mon bonhomme, nous sommes arrivés le 10 à Drancy,
en région parisienne, sous une pluie battante.
On nous a installés dans un immeuble en chantier plutôt vétuste et
inconfortable.
Mon fils, je sais que tu sauras être raisonnable et patient. N'oublie jamais
que tu dois rester, quoi qu'il arrive, un homme libre.
Maman et moi t'embrassons fort.
Espérons te revoir très vite. En attendant, je vous embrasse de tout mon
cœur.
Alice, c'est quoi ce gros chagrin ? C'est le courrier, c'est ça ?
Pourquoi maman ne l'a pas écrit ? Mais elle t'a sûrement écrit, ta maman.
Mais ça met du temps à arriver.
Tu comprends, la pause, ça marche pas bien en ce moment.
Allez, ce sera pour la prochaine fois.
Je sais, je t'ai là, mais plus tu vas retrouver les autres.
Elle t'a pas écrit parce qu'elle est morte, ta mère.
Toutes les mères sont mortes, mortes ! Et tu la reverras jamais, jamais ! C'est
pas vrai, t'es qu'une menteuse, une sale menteuse ! C'est vrai ! Arrêtez !
Et qu'est-ce qui te prend à toi ? Te mettre à parler pour dire des horreurs
pareilles ?
T'habites où, Perla ? À
Paris ? Oui.
19 rue du Faubourg du Temple.
Et tes parents, tu sais où ils sont ? Losey avait donné à maman l'adresse d'un
camionneur qui devait nous amener toutes les deux jusqu'ici.
Seulement, sur la route, il y a eu un contrôle.
Maman a vite compris.
Elle m'a dit saute et sauve-toi.
J'ai sauté et je me suis cachée.
Après, les soldats allemands ont fait descendre maman.
Un des soldats lui a hurlé dessus en allemand.
Seulement, elle ne comprenait pas. Elle criait et elle pleurait.
Alors, il a sorti son pistolet.
Et toi ? Qu'est-ce que t'as fait après ? Je sais pas.
Après, j'étais là.
Ton papa, tu sais où il est ? Il a été arrêté pendant une rafle à Paris avec
mon petit frère, Jaco.
Quelqu'un a dit à maman qu'il s'était parti dans un camp de travail.
Tu peux bien faire comme travail, Jaco.
Il a 6 ans.
Un jour, c'est sûr, il faudra que j'aille les retrouver.
Je pars d'ici.
Pas vivre sans eux.
Bonjour, les enfants.
Vous allez bien ? Qu'est-ce que c'est ? Il y a des bancs et des chaises. Qu'est
-ce que c'est ? C'est l'école.
Gabriel Perrier.
Maintenant que vous savez comment je m'appelle, à mon tour de mettre un nom
sur vos visages.
Aliran.
Aliran.
Maurice Aliran.
Hé, Maurice Aliran, c'est toi.
C'est moi, madame.
Alice Bernardet.
Présente. Mais non, idiot, Alice Bernardet, c'est pas toi, c'est elle.
Bon, ce qu'on va faire plutôt, vous allez vous présenter les uns après les
autres, juste le prénom, ça sera plus simple.
Les noms de famille, ça ne compte pas.
Allez, on commence par vous.
Richard, mademoiselle.
Jacques.
Emile.
Raoul.
Perla. Vers la Goldenberg.
L'énonce à Comte, mademoiselle.
C'est tout ? Oui, c'est pareil pour tout le
monde.
Avant, on avait au moins deux cuillerées.
Mais avant, nous étions beaucoup moins nombreux, mon cher ami.
Il faut apprendre à partager, c'est ça ? Exactement, ça me paraît nécessaire.
D'accord.
Elle va expliquer ça à mon estomac maintenant.
Quand on aura fini de retaper cette grange, on pourrait y mettre au moins 15
lits. Ça nous ferait un peu d'air.
Merde ! Je vois pas ce qu'il y a de drôle. T'as jamais été très manuel, mon
chéri. T'as tellement d'autres qualités.
Faut bien que quelqu'un s'y colle, même si c'est contre nature.
Sabine ? Oui ?
Bonjour.
C'est bien ici la colonie des enfants réfugiés de l'Hérault ? Oui.
Je m'appelle Joseph Braunstein, qui vous amène mon fils.
Bonjour, Charles. Bonjour.
Ah, écoutez, je tiens à vous le dire tout de suite, mais la colonie ne peut
plus accueillir aucun enfant.
Mais comment ça ? À l'osée, on mène... On a fait 200 kilomètres pour venir
jusqu'ici. Ils sont fous, à l'osée.
Déjà, la dernière fois, j'ai pas pu placer les enfants qu'ils m'ont envoyés.
On est au bord de l'asphyxie.
Agamem, plus ou moins, qu'est-ce que ça change ? Je vous en supplie, il faut que
je mette mon fils à la ruée.
Je vous comprends, mais regardez, on est en train de retaper la grange pour en
faire un dortoir.
Je ne pourrais vraiment pas m'en occuper correctement.
Mais j'ai de l'argent.
Je peux payer sa pension. Il ne s'agit pas de ça.
Vous n'avez vraiment pas un endroit où aller.
Madame, on n'a nulle part.
On n'a plus rien, madame.
Plus rien.
Protégez-le, s'il vous plaît.
Je t'aime, mon fils.
Je t'aime.
Je reviendrai te chercher.
Papa ! Papa !
C
'est ton papa.
Il a fait ça pour toi.
Allez, viens.
On va trouver une petite place.
Puis tu vas te faire plein de copains ici.
Viens voir.
Ça y est ! Les Alliés ont débarqué en Sicile !
L'opération a mobilisé 3000 navires et 3700 appareils alliés.
Lors de la première vague d'assaut de l'opération Husky, 3500 parachutistes
américains ont été largués et ont ouvert une tête de pont à la pointe sud-est de
l'île.
Ainsi, la 8e armée britannique, sous les ordres du général Montgomery, a pu
accoster et se diriger vers Syracuse.
A n'en pas douter, harcelée par les troupes alliées, l'armée italienne
finira par être contrainte de capituler.
C'est pas beau, ça ? La queue entre les pattes qui vont repasser les Alpes
léritales. Oui, on les aime bien, mais on les préfère chez eux. Allez, on va
ronder ça.
Je vous sors une petite poire.
Peut-être pas se réjouir trop vite.
Même si les Italiens capitulent, restent encore les Allemands.
Peut-être, mais les Italiens battus, ça serait déjà une partie de la France
libérée. C'est un bon début, quoi.
Les Allemands ne laisseront pas faire.
Oh, tais-toi et bois ça, toi.
Espèce d'oiseau de mauvais augure.
Sous-titrage ST'
501
Madame Zlatan, monsieur le sous-préfet. Merci Marie-Antoinette.
Bonjour.
Bonjour. On sait ce qu'on perd, mais on ne sait pas ce qu'on gagne.
Espérons qu'on n'aura pas à les supporter trop longtemps. Les alliés
progressent en Italie, et qui sait, peut-être arriveront-ils bientôt à
repousser les Allemands.
Si je vous ai demandé de venir, c'est à cause de ça.
Ça a dû être envoyé par un habitant du village ou des environs.
Vous voyez qui aurait pu faire ça ? Non.
J'ai ressenti d'hostilité de la part de personne.
À part peut-être du maire.
Tissot ? Non.
C'est un vichyste convaincu, mais c'est pas son style d'envoyer des lettres
anonymes. En plus, ici et à moi...
Ça doute bien que je connais déjà l'origine des enfants que j'ai moi-même
placés dans son village.
Encore heureux que cette lettre ait atterri sur votre bureau et pas sur
celui de la commandanture.
On n'aura peut-être pas cette chance deux fois.
Désormais, avec la présence des Allemands, ça va m'être difficile d
'assurer votre sécurité.
Qu'est-ce que vous voulez dire ? Je crois qu'il va falloir envisager la
dispersion des enfants.
Oh non ! Cette fuite perpétuelle en avant, ça ne va jamais s'arrêter, ça.
Où voulez-vous que je les disperse ? Le mieux, ce serait de les envoyer en
Suisse. Ils seraient tranquilles là-bas.
En Suisse ? Comment voulez-vous que je les fasse passer en Suisse, moi ? Avec
un lance-pierre ? Je tire sur l'élastique et hop, je les balance un
par un de l'autre côté des Alpes.
J'ai pris contact avec un certain Georges Garel.
C'est un résistant lyonnais.
Il a mis en place un réseau de passage clandestin. Il a un correspondant ici, à
Béné.
Madame ? Bonjour, madame. Je voudrais voir le docteur Nathan, s'il vous plaît.
Mais il n'exerce plus, madame.
D'ailleurs, vous voyez, on a enlevé la plaque.
Adressez-vous à l'un de ses confrères, s'il vous plaît. Mais je ne suis pas
malade. C'est Georges Garrel et le sous-préfet Wilser qui m'ont donné l
'adresse du docteur.
Dans ce cas, entrez.
Si vous voulez bien attendre ici.
Merci.
Madame Zatin ? Je suis vraiment désolée, docteur.
Je me sens ridicule. Ne vous inquiétez pas.
Depuis que la loi m'interdit d'exercer, il n'y a plus personne pour consulter
Servus. Il se trouve que ce journal des sciences parle de mon mari et... Votre
mari est un scientifique ? Oui, il est ingénieur à Grenoble. Enfin, il était.
Et c'est justement grâce à cette bleue de Hollande que le président Lebrun nous
a accordé la naturalisation française.
C'est un bon souvenir.
Alors gardez-le précieusement.
Merci.
Bon, j'imagine que vous n'êtes pas venue uniquement pour picorer dans mes
magazines.
Et vous avez combien d'enfants actuellement ? 42, exactement.
Et depuis le printemps, il ne se passe pas une semaine sans qu'il m'en arrive
de nouveau.
Il faut absolument que je les disperse et je ne sais plus où les placer.
En plus de ça, ça pose d'énormes problèmes d'intendance, d'encadrement.
On est quatre adultes. On ne sait plus où donner de la tête.
Je vous en supplie, il faut absolument que vous m'aidiez à en faire passer en
Suisse. Sinon, je ne sais pas comment je vais m'en sortir.
Le problème, c'est que j'ai une liste d'attente longue comme le bras.
Mais Wieser m'a promis que vous alliez m'aider.
Sécuriser les filières, chercher des lieux d'accueil en Suisse, c'est déjà
pas facile, mais alors trouver des passeurs fiables, c'est encore plus
compliqué. Oui, mais là, il y a urgence.
Et puis ce sont des enfants.
Mais il y a urgence pour tout le monde, madame.
C'est chacun son tour et quand ce sera le vôtre, je vous préviendrai.
Mais ce sera quand ? Pas avant décembre.
Fais quand même une liste de dix enfants.
On sait jamais. Il se peut qu'il y ait une occasion.
Ah, et veillez à les choisir de bonne constitution.
Passer en Suisse, c'est pas une promenade de santé. Un seul traînard et
tout le groupe est en péril.
D'accord.
Alors, j'attends de nouvelles.
Oui.
Au revoir, docteur. Au revoir.
Madame, attendez.
Un service en valant un autre.
J'héberge deux femmes chez moi, des Polonaises.
Leurs maris ont été arrêtés.
Vous n'auriez pas besoin d'un peu d'aide pour les tâches ménagères ?
Tu
sais quoi ? J'ai une envie folle de t'embrasser.
Mais t'es fou, elles ont dû t'entendre.
Et alors ? Entendre, c'est pas comprendre.
En plus, elles parlent pas un mot de français.
Arrête, on veut nous voir.
Maintenant, on ne nous voit plus.
Ah oui, mais...
Et Annette, la petite sœur d'Arthur, Sabine, qu'est-ce que tu regardes ?
Rien.
Juste Léon et Léa qui ont une façon un petit peu particulière de plier les
draps. Tu disais ? Non, je disais qu'il faudrait peut-être mettre Annette avec
son frère sur la liste des enfants partant, non ? Non, elle est beaucoup
trop petite.
Le docteur Nathan a précisé des enfants costauds et endurants.
La route est longue.
On ne peut pas séparer Arthur de sa petite sœur.
Ok, j'y vais.
Qu'est-ce qui se passe ?
Qu'est-ce qu'elle s'est fait ? Elle s'est tordue la cheville.
Tous les dortoirs sautaient sur les lits. Alors évidemment, elle est mal
retombée. On ne peut pas vous laisser deux minutes sans que vous fassiez les
imbéciles. C'est des enfants, Léa.
Et les enfants, ça se surveille. Attends, qu'est-ce que tu veux dire, là
? Viens.
Qu'est-ce qu'il y a ? Elle est fâchée ? Je veux dire que si tu avais été
présente dans le dortoir, ça ne serait pas arrivé.
Non mais attends, j'étais à la lingerie en train de trimer à plier les draps.
Trimer ? Et plutôt que tu étais en train de prendre du bon temps, oui.
Ah, parce que tu m'espionnes maintenant ? Pas besoin.
La prochaine fois que tu te caches sous les draps, ne le fais pas sous mes
fenêtres. Et alors ? J'ai quand même bien le droit de vivre un peu, non ? Tu
as peut-être des droits, mais tu as aussi des devoirs. Et surtout celui de
surveiller les enfants.
Évidemment, pour toi, en dehors de la mission que tu t'es fixée, il n'y a plus
rien ni personne.
Qu'est-ce que tu veux dire, là ? Tu n'as qu'à voir. Avec Miron, on n'a plus l
'impression que vous vous aimez, mais que vous êtes en affaire.
Comme deux simples associés.
Miron n'existe plus. Ton couple n'existe plus.
Il me fait peur que de mal.
C'est même pas une foulure.
Qu'est-ce que tu fais ? Ma valise.
D'ailleurs, tu peux aller faire la tienne aussi, on s'en va. Quoi ?
Attends, comment ça, on s'en va ? Bon, l'autre soir, tu m'as bien dit que tu me
suivrais jusqu'au bout du monde.
Oui, mais... On peut pas abandonner la colonie comme ça du jour au lendemain.
Enfin, Léa, qu'est-ce qui s'est passé ? Bon, Léon, tu pars ou tu restes ? Très
bien. À la radio.
Attends, Léa !
Le pouce, c'est papa.
Celui-là, c'est maman.
Celui-là, c'est Marcel, mon grand frère.
Celui-là, c'est pépé Simon et mémé Sarah.
Et le tout petit, c'est Kiki, c'est chocolat mangé à moi.
Tu ne viens quand même pas m'abandonner ?
Moi, je vais aller me coucher.
Bonne nuit, Léa. Bonne nuit, Miron. Léa.
Je m'en veux terriblement.
Excuse-moi pour cet après-midi.
Cet après-midi ? Qu'est-ce qui s'est passé cet après-midi ? Merci d'être
restée.
qu'on s'habille.
Et pour dire qu'il n'y a pas un français, c'est quel mot ? C'est lapin.
Un lapin. Un lapin.
Et cartoffel ? C'est pomme de terre.
Mais on dit aussi patate.
C'est une patate prête ? Tu vois que t'en fais des progrès en français.
Ah, d'accord.
Merci.
C'est pour être.
Elle est arrivée.
Rien ne sert.
De courir.
Qui c'est Paulette ? C'est la Juliette de nos deux Roméo.
Paulette, je suis contente de te voir.
Est-ce que nous avons qui ? Bon alors Montpellier. Ça va.
Et ton père, t'as des nouvelles ? On a eu une lettre en tout et pour tout mais
ça remonte à plus de trois mois.
Ah.
Vous savez pas où il est ? Il était à la prison de Montluc à Lyon.
Mais depuis maman pense qu'il a été envoyé en Allemagne et c'est pour ça qu
'il ne nous écrit plus.
J'espère que c'est pas plus grave que ça.
Ça nous fait plaisir que tu sois avec nous.
Bonjour, Paulette.
Bonjour, Arnaud.
Et ta mère s'en sort, ça va ? Non.
C'est pour ça, une bouche de moi à nourrir, c'est pas rien pour elle.
Je vous remercie vraiment de m'accueillir.
Miron, as-tu de dire ? On n'a besoin de pas.
Oui, Miron lui a dit.
Bon, je montre sa valise.
Comment tu vas, ma Paulette ? Tu sais que tu m'as manqué.
Menteur. Ah bah si, c'est vrai.
si ma princesse veut bien visiter les étages de son nouveau château.
Allez, t'inquiète pas, il y a mille façons de séduire une femme.
Ressérez-vous un tout petit peu.
Voilà, attendez.
Bougez plus.
Attention. Un, deux, trois.
C'est noté.
C'est que ma femme et moi, on n'est pas du coin.
On est le roi.
Une main devant, une main derrière, qu'on a été obligés de se barrer en 40.
Putain d'exode.
On a voulu nous faire peur avec les boches, mais moi je suis sûr qu'on
aurait pu rester chez nous et s'en accommoder.
Poireau ! Un cajou.
Si j'avais su.
Alors qu'il est, je serais toujours au comptoir de la Bellefontaine.
La Bellefontaine ? Un petit resto guinguette sur les bords de la Meuse.
Oui, parce que mon vrai métier à moi, c'est pas de cultiver des légumes.
Non, non.
C'est de donner du bonheur aux gens, les faire boire, les faire danser.
25 kilos.
C'est noté.
Ah bah dis-donc, il en a pas du boulot.
C'est un gars comme lui qui me faudra la ferme.
Parce que ça fait deux mois que je cherche un commis.
Moi je veux bien travailler chez vous.
Alors on pourrait peut-être trouver un arrangement.
Le gamin vient travailler à la ferme et puis moi je vous fournis gratis sans
légumes.
Hein ? Que vous en dites ? Ça me paraît honnête.
T'es sûr que tu veux ? Oui, mon père est agriculteur.
Ça manque l'odeur de la terre. Alors à la ferme, il sera nourri, logé et
blanchi. Et puis alors deux fois par semaine, je vous ferai une petite
livraison.
Alors, marché conclu ?
Marchez, corpus.
Et comment il s'appelle, ce grand gaillard ? François.
François Loban. Je suis sûr qu'on vient s'entendre tous les deux.
Les Alpes culminent à 4807 mètres. Au sommet du Mont Blanc, sur la frontière
franco-italienne. Un petit peu de calme, s'il vous plaît.
Sur cette chaîne de montagne qui s'étend sur plusieurs pays d'Europe, on recense
128 pics.
de plus de 4000 mètres d'altitude.
Mais taisez-vous ! Taisez-vous ! Taisez-vous ! J'en peux
plus de vous, là ! J'en peux plus !
Gabriel ? Qu'est-ce qu'il y
a ? Oh ! Les enfants ! Ça suffit maintenant ! Allez, calmez-vous !
Je peux plus.
Je suis trop nulle. Mais non.
Les enfants ne cessent d'arriver depuis des semaines et l'effectif de la classe
a presque doublé. C'est normal que vous vous en sortiez pas. J'y arriverai
jamais, j'ai aucune autorité.
Mais si.
Vous savez ce que je pense ? C'est qu'avec le peu de moyens qu'on vous a
donné, vous avez déjà fait des miracles.
Ce vacarme, vous appelez ça un miracle ? Les enfants qui s'amusent et qui rient
par les temps qui courent, on peut appeler ça un miracle.
J'arrive !
Madame la directrice. Bonjour, monsieur le maire.
Nous voudrions parler à votre moniteur, le dénommé Gaston Alexandre de
Meurin. Ah oui, Gaston, oui.
Qu'est-ce qui se passe là ? Et c'est à quel sujet ? C'est un arrêté de
réquisition pour le STO.
Service du travail obligatoire. Vous avez dû en entendre parler ? Ah oui.
Je comprends mieux maintenant.
Quoi donc ? Eh bien, bon, que Gaston vous a quitté comme ça, du jour au
lendemain. Parce qu'il est parti.
Il y a huit jours.
Et sans prévenir.
Enfin, croyez-moi, pour nous, un moniteur de moins, ça compte.
On va quand même faire un petit tour dans la maison.
La confiance règne.
Je vous en prie.
Allez, jetez un coup d'œil là-haut.
Eh, toi.
Dis-moi, petite.
Toi, tu sais où est Gaston ?
Gaston ? Je connais pas de Gaston. Tu sais que c'est pas bien de mentir.
Surtout à un gendarme. Je mens pas.
Gaston ne s'occupait que des garçons.
Gaston Alexandre de Morin ? Non, moi je m'appelle Paul Debré. Et Gaston, il est
où ? Il est parti il y a une semaine.
Montre-moi tes papiers.
Si jamais il venait à l'idée de ce Gaston de Meurin de revenir ou de
prendre contact avec vous, prévenez-nous.
J'y manquerai pas.
Ça peut coûter cher d'héberger un réfractaire.
Tu es sûr que c'est la meilleure solution ? C'est la seule.
Puis en restant ici, je mets toute la colonie en danger. Ça, il n'y en a pas
question.
Où tu vas aller ? Aimée va me conduire dans le maquis.
Je resterai le temps que ça se tasse. Et puis, quand je reviendrai, on se
mariera.
Ça se passera exactement ici.
Et pour la date, il n'y a encore rien de sûr.
On attend les ordres des responsables du maquillage.
Ça peut être dans deux jours ou dans deux mois.
Et toi, l'ingénieur, tu seras prêt ? Je suis spécialiste en galinacée et pas en
explosifs. Oui, mais ce n'est pas une réponse.
Oui, oui, je pense que je serai prêt.
Pareil pour la petite randonnée. Entre.
Tu peux me jouer l'air de Manistana ? Manistana, tu connais pas ? Non.
Oui,
c'est joli.
C'est drôle que tu ne connaisses pas ça.
Tu sais, s'il n'y avait pas eu la guerre, je n'aurais jamais su qu'il
était juif.
Chez nous, à la maison, on n'en parlait pas. Tu n'es jamais allée à la synagogue
? Jamais.
Tu ne connais même pas une prière ? C
'est Dieu, mais comment on peut pas dire son nom ? Vas-y, recommence.
C
'est
bien ! Mais qu'est-ce que ça veut dire ?
C'est un peu compliqué.
En gros, c'est pour dire à Dieu qu'on l'aime.
C'est beau.
Tu pourras m'en apprendre d'autres ? Apprends déjà celle-là.
Je te la ferai réciter demain.
Allez, bonne nuit.
J'allais oublier.
Qu'est-ce que c'est ? Je te les confie.
Prends-en bien soin.
Je veux bien encore un peu de pain.
Où est Perla ? Elle était pas là quand on s'est réveillées.
Vous pensez qu'elle s'est élevée la première ? J'ai un problème, c'est pas
ça.
Je viens rejoindre mon père, Samuel Goldenberg, et mon petit frère, Jaco.
A ceux
que
nous n'avons jamais revus, mais qui sont restés dans nos cœurs.
Et à Sabine, qui a si bien su les faire revivre ce matin devant le tribunal.
Et qu'elle ne doit pas trop boire parce qu'elle doit recommencer cet après-midi.
J'ai apporté ça.
J'ai pensé que ça vous ferait plaisir de les voir.
Mais je ne me souvenais pas que tu avais fait toutes ces photos.
Et celle-là, c'était quand ? Ça ne me rappelle rien.
Ça,
c'était à Noël 43.
Mais t'étais déjà partie dans le maquis.
Je m'en souviens bien.
Mais qu'est-ce qu'ils avaient chanté ?
En attendant l'heure de délivrance, pour l'avenir
nous allons prier Dieu.
Nos monuments, nos flottes, leurs bannières, semblent porter
le deuil de ton drapeau.
François, t'entends-tu la dernière prière de tes enfants
couchés dans le...
Et malgré vous, nous resterons français.
Vous avez pu germaniser la plaine, mais notre cœur,
vous ne l'aurez jamais.
Les enfants, je vous remercie pour ce chant
et croyez-moi, en tant que Lorrain, il me va droit au cœur.
Il n'y a plus ce uniforme.
C'est quelle armée, ça ? Française, sûrement.
Française ? Mais il n'y a plus d'armée française.
Si, grâce à votre présence, ce Noël restera jamais gravé dans ma mémoire,
j'aimais malgré tout le vœu que ce soit pour vous le dernier que vous passiez
loin de chez vous et de votre famille.
Joyeux Noël à tous. Joyeux Noël ! Et maintenant, place au cadeau.
Noël ! À vous de jouer, Marie-Antoinette. Venez les enfants,
venez !
C'est drôle, chez moi, on ne fêtait jamais Noël. C'est normal, Noël, ce n
'est pas une fête vive.
C'est quand même drôlement bien.
Et la petite mère-là, toujours pas de nouvelles ? Non, aucune.
Marie-Antoinette a remué ciel et terre et j'ai moi-même contacté Hoffman, le
commandant de la garnison allemande.
Pourquoi elle a disparu comme ça, toujours ?
Les enfants, s'il vous plaît. Tous les enfants qui partent, c'est l'heure.
Allez, on se prépare.
Je les accompagne.
Ne
faites
pas cette tête de mort. C'est le premier voyage.
Et bientôt, vous allez me rejoindre.
Vas-y, je te suis.
Annette, viens.
Je te les confie.
Prends-en bien soin.
On y va.
Allez, venez les enfants.
Qu'est-ce qu'il fabrique, votre passeur ? Ne s'inquiétez pas, il va arriver, il
ne nous a jamais fait faux.
Et s'il avait croisé une patrouille de boches ? Une nuit de Noël ? Non, ce
matin, non.
Vous savez, les boches, ils sont comme tout le monde, ils réveillent.
Oui. Alors voilà.
Bonsoir. Dis donc, il y en a plus de dix, là ? Il y en a douze.
Je sais, j'avais dit dix, mais... J'ai pas fait séparer les frères des sœurs.
J'ai pas pu faire autrement.
Et puis on avait dit costaud aussi.
Tenez. C'est tout ce que je peux faire, mais... Voilà.
Obligez pas à les ramener.
Je vous en prie.
Il faut les mettre en sécurité.
Je vous en supplie.
C'est pas une question d'argent.
On va faire avec.
Merci.
Bon, levez-vous tous.
Alors, écoutez-moi bien.
À partir de maintenant, je veux plus un bruit.
C'est-à-dire, on parle pas, on se mouche pas, on tousse pas, on pète pas.
Et on rigole pas non plus.
Tu t'appelles comment, toi ? Paul.
Bon, Paul, c'est toi le plus grand, c'est toi qui fais voiture balai.
Je fais quoi ? Tu fermes la marche et tu me bottes le cul de tous ceux qui
traînassent. C'est compris ?
C'est compris tout le monde ? Alors on est parti.
Sous-titrage ST' 501
Tu crois qu'il va y avoir un orchestre ? Je sais pas.
Il tenait une guinguette avant, il connaît peut-être du monde.
Eh ben alors ! Qu'est-ce que je vous avais dit ? Ah, mon métier à moi, c'est
de vendre du bonheur, pas des patates !
Pense
-moi, la bouteille.
Allez, c'est ça ! Et maintenant que le champagne coule à flots !
Allez, serre-nous, et vite ! Prêt, hop, on assoit
! Du champagne, j'en ai pas vu depuis des années.
Où est-ce qu'il a bien pu se procurer ça ? Et avec quel argent ?
Pas toujours comme ça ? Toujours, mais c'est vrai qu'il laisse rien passer.
Si tu veux revenir à la colonie, il n'y a pas de problème, tu sais.
On se débrouillera pour les légumes.
Ne vous inquiétez pas.
C'est pas allé.
Ah ! Eh ben, vous voilà ! Vous n'avez pas eu trop de mal à trouver ? Non,
parce que je commençais à me faire du souci.
En tout cas, vous n'arrivez plus pour le champagne.
Attendez, attendez, attendez.
Non, mais les frisés, il vaut mieux toujours les avoir avec que tout.
Pas vrai ?
Bon allez.
Brosite ! Bon faut trancher maintenant, qu'est-ce qu'on fait ?
Ça veut pas forcément dire qu'il est collabou.
Attends, il invite des boches à ses petites fêtes, elle va taper ça comment
toi ? Elle fait peut-être juste du marché noir.
Voilà, et les boches ce serait comme qui dirait des relations d'affaires. Je t
'assure, c'est plus ou moins ce qu'il essayait de nous faire comprendre à demi
-mot. Des relations d'affaires ? Non mais toi Miron, tu ferais des affaires
avec les Allemands ?
Ça veut bien dire qu'il n'est pas clair, ce Berton.
Moi, je dis que laisser David chez lui, c'est dangereux. Mais le retirer de chez
lui, c'est dangereux aussi.
Ça va lui paraître suspect, lui mettre la puce à l'oreille.
Non, mais Miron a raison, Sabine. Retirer David de chez ce type, c'est
prendre un gros risque.
Bien.
Bonsoir, tout le monde.
Ah, bonsoir, Aimé.
Tu veux rentrer ? Non, non. On va faire une petite belote et il nous manque un
joueur. Tu viens ?
une belote ben oui une belote tu sais bien celle qu'on a prévu de faire depuis
longtemps ah oui pardon j'arrive à plus tard
Vite ! Ah, Nisari ! Ah oui, oui, ça vient.
Ça rime à quoi de jouer les petits soldats ? Est-ce que tu te rends compte
qu'en ce que tu fais, tu mets en danger cette maison ? Y'a aucune raison de s
'inquiéter, on ne risquait rien.
On ne risquait rien ? Mais comment tu peux en être si sûr ? Les prisons et les
fosses communes sont pleines de gens qui pensent comme toi qu'on ne risquait
rien.
Mais si on t'avait arrêté et interrogé, comment tu peux être sûr que t'aurais
pas parlé de nous, de cette maison ? Bon écoute, avant tu me reprochais de ne pas
assez m'engager dans cette guerre, maintenant tu me dis que j'en fais trop.
Faudrait savoir.
Notre devoir c'est de sauver les enfants, pas de jouer les héros.
Bonjour, docteur. Si notre étudiant en médecine avait été là, on ne vous aurait
pas demandé de venir. Ne vous inquiétez pas, ça me manque tellement d'exercice.
Les démangeaisons se situent où exactement ? Les avant-bras, les
poignets, les doigts.
C'est par là. On les a isolés dans la grange, au cas où. Très bien.
Bon, plus contagieux, il n'y a pas.
C'est quoi ? Une infection due au sarcopte.
La gale.
Aïe.
Je vais mourir, docteur ? Pas tout de suite, non. Je pense qu'on devrait
réussir à te sauver.
Merci, les enfants.
Alors bien évidemment on maintient la quarantaine.
Vous désinfectez toute la maison, lavez toutes les affaires, vous leur
appliquerez une crème matin et soir sur les parties lésées. Je vous écrirai quoi
acheter en pharmacie.
Paulette, tu peux aller en ville acheter des médicaments ? Ah bah j'irai avec
elle, comme ça ce sera plus sûr.
Non, ce qui est plus sûr c'est que tu restes ici.
Paulette, elle n'est pas juive, elle ne risque rien.
Ah ouais, décidément c'est vraiment la prison ici.
Théo...
Et qu'est-ce que tu fais là ? Je me suis évadé.
Allez, laisse-moi ta place.
Tu m'attends là, je reviens tout de suite.
Bonjour mademoiselle.
Qui veut mes belles pommes de terre ? Allez, qui veut mes belles pommes de
terre ? Attention,
un joli petit sourire. On ne bouge plus.
Eh, petite fesse !
... ... ...
...
Madame, qu'est-ce qui se passe ? Ils prennent des otages.
Pourquoi ? Il y a eu un attentat cette nuit.
Ce sont des bijoux auxquels vous teniez ? J'ai besoin d'argent pour nourrir les
enfants.
Comment faites-vous ? Rien ne semble vous affecter.
Si tu pleures, personne ne pleurera avec toi. Si tu ris, tout le monde rira avec
toi. Vieux proverbe polonais.
Moi, j'arrive même plus à sourire.
J'ai la peur au ventre. Mon passeur s'est fait arrêter.
Je suis à la merci d'un interrogatoire où il finirait par craquer.
Peut-être le plus pédant pour vous, ce serait de passer aussi en Suisse. J'y
pense. Et vous aussi, soyez vigilante.
Cette rafle de la Gestapo dans les locaux de l'UGIF à Chambéry peut vous
mettre en danger.
Pourquoi ? Vous pensez que la colonie est mentionnée dans le registre ? J'en
sais rien, mais l'étau se resserre.
Il vaudrait mieux disperser les enfants et quitter la maison d'ici.
Mais pour aller où ? Bon, bien voilà.
Vous n'avrez pas pouvoir vous aider davantage.
Merci quand même pour tout ce que vous avez déjà fait, docteur.
Soyez prudents.
Vous
pouvez
garder votre manteau, docteur Nathan.
On va devoir ressortir.
Bonjour. Bonjour.
Il nous reste 46 enfants à placer, je crois qu'on a fait le tour de toutes les
bonnes volontés de la région.
Et l'archevêque de Chambéry ? Il veut pas mélanger enfants juifs et les
enfants catholiques dans ses pensionnats.
Heureusement que l'abbé Prévost était moins figé dans ses principes.
T'as raison, il faudrait peut-être reprendre contact avec lui.
J'ai reçu l'aide de maman.
Papa a été fusillé.
Faut que je rentre à la maison.
Je peux pas laisser le monde tout seul.
Victor, André, dépêchez-vous, on doit y aller, je vous attends.
Faut que tu sois prudente, hein.
Y a de plus en plus de contrôles, alors dans les gares, les trains, tu penses ?
T'inquiète pas, je ferai attention.
Tu comptes rentrer quand ? Au-dessus de deux ou trois jours. Moi, j'aurai déposé
les enfants chez l'abbé Prévost et puis j'aurai vu Richard.
T'es déjà levé, toi ? Oui, je veux dire au revoir à Paulette avant qu'elle
parte. Elle est où ? Elle est allée récupérer du linge.
Et puis dis-lui de se dépêcher, on va rater le train.
Faut pas vous gêner.
T'es où ? Je te cherchais.
Comme elle te trouvait pas, je lui disais au revoir pour toi.
Toi, tu perds rien pour attendre.
Allez, Foulette, il faut y aller maintenant.
Je vous aime.
Je vous oublierai jamais.
Allez, hop, à toi.
Et hop là ! Allez, madame.
Qu'est-ce
qui se passe, Sabine ? Rien.
Alors, madame, vous montez ? Oui.
Et si tu as bien le visage, je vais te coiffer.
Léa, quand est-ce que c'est fini la guerre ? Claudine, je t'ai déjà dit d
'arrêter de poser cette question. Tous les jours, tu nous demandes ça. Tu nous
fatigues à la fin.
C'est parce qu'on voudrait revoir maman.
Tu la reverras bientôt, ta maman, ma chérie. Je te le promets.
Lave-toi les dents, j'arrive.
Tu vois, le loup est sorti du bois.
Qui c'est ? Tes amis Maguiza ? Mes parents.
Ma sœur et son fils.
Il y a eu une rafle dans leur immeuble et ils ne savent plus où aller.
Sabine est là ? Non, elle est partie à Montpellier.
Mais venez.
Entrez, vous êtes les bienvenus.
Merci, mademoiselle.
Qu'est-ce que c'est ? Des bas.
Mais où t'as dédiché ça ? Mais qu'est-ce que ça fait encore là, ça ?
Il est où, ce feignant ? Dans la grange.
François ! Où tu te planques encore ? Oh ! Je t'avais dit de rentrer toutes les
bottes de paille.
J'y suis depuis six heures ce matin, monsieur Berton.
J'ai pas arrêté, je suis épuisée.
Je finirai demain. Oui, mais t'auras fini ta journée quand t'auras fini ton
boulot. Lève-toi !
Vous pouvez me donner tous les ordres que vous voulez, monsieur Bertrand.
Mais surtout, vous ne pouvez pas me toucher. Ah bon ? Et sinon, il va se
passer quoi ? Hein ? Tu me menaces ? Hein ? Tu me menaces, espèce de petit
morveux ? Mais non ! Lâchez-moi, s'il vous plaît ! Parce qu'en plus, t'oserais
lever la main sur moi, espèce de petit salopard.
T'es feignant comme tout ce taras ! Parce que pour faire me prendre pour un
con, j'ai compris depuis bien longtemps.
T'es qu'un sale youpin, comme tous les autres là-haut dans votre putain de
colonie. Hein ? Dis-le ! Dis-le ! Dis-le que t'es un sale youpin ! Non ! Je vais
t'entendre le dire ! Non ! Je suis qu'un sale youpin ! Allez ! Dégage ! Que je
revois plus jamais ta sale petite gueule ici ! Allez ! Vite que ça !
T'avais tant à rien qu'il revienne de sitôt.
De toute façon, si ça lui prenait, nous on serait plus là. Qu'est-ce que tu
racontes ? On va bientôt rentrer et rouvrir la belle fontaine. Et tu vois,
peut-être même qu'on rentrera dans Charleville escorté par les boches. Ah
oui ? Et en quel honneur ?
Pourquoi vous me regardez comme ça ? Quand tu vois Tolé, tu nous rappelles
Martin.
C'est qui Martin ? Notre chat.
Sauf que Martin, il fait beaucoup moins de bruit que toi.
Quand vous aurez fini, vous montrez faire vos lits.
Et ensuite, pour bien commencer les vacances de Pâques, on fera un grand jeu
de pistes.
Sortons les enfants.
Sortons.
Ne vous
inquiétez pas, je suis là.
Allons-y, vite !
Mais vous êtes des monstres ! Ce ne sont que des enfants !
Madame
Camion.
Ils sont durs.
Mais pourquoi les laisser faire ? Tu vas où ? Chercher le fusil. Ça sert à rien,
papa. Ils sont trop nombreux, ils n'hésiteront pas à descendre.
Vous,
là, mademoiselle.
Oui, vous, venez ici.
C'est à vous, ça.
Marie-Louise Descostes.
C'est bien vous ? Vous pouvez rester là.
Je n'arrête que les Juifs.
Fertig machen, zum Abfahren !
Attendez
! Attendez ! Quoi ? Ces papiers, ce sont des faux, je vous le jure.
Mon frère m'en s'est mis à faire le loup, mais je suis julieuse.
Comme vous voulez.
Montez.
On va prévenir
Sabine ! Vite !
Sous-titrage MFP.
France, entends-tu la dernière prière de tes enfants
touchés dans leur...
Merci d'avoir encore pris ces deux enfants, monsieur l'abbé. Je ne fais que
mon devoir, chère amie.
Et pendant huit jours, vous êtes vraiment sûr ? Sûr, sûr, sûr, sûr. J'ai
des départs. Cette fois-ci, je pourrai vous prendre une quinzaine de gosses.
Décidément, on voudra beaucoup.
Et à ce rythme-là, j'espère enfin pouvoir fermer la colonie des yeux.
Bon courage et à la semaine prochaine.
Merci.
Sabine ! Qu'est-ce que vous faites là ? On peut pas sortir demain ? Qu
'est
-ce
qui se passe ? J'ai reçu un télégramme pour vous.
Ça vient de la sous-préfecture de Bel-et.
Ça m'a inquiété.
Odette, c'est parti.
Vous allez où, là, madame ? J'ai une requête à présenter au secrétaire d
'État. C'est très urgent. Vous avez vos papiers ? Oui, bien sûr.
Tenez.
Je vais voir ce que je peux faire, Madame Verdavoir.
Merci.
Vous dites qu'il s'agit d'une erreur ? Une grossière erreur.
Les enfants arrêtés dans cette rafle ne sont pas juifs.
Il faut les libérer.
S'il s'agit d'une erreur administrative, elle sera vite réparée.
Seulement, ça n'a pas l'air d'être le cas.
Qu'est-ce que vous faites ? Ce sont de fausses cartes d'identité, c'est
évident.
Vous n'avez pas le droit de faire ça.
Êtes-vous bien sûr qu'il serait de votre intérêt de le prendre sur ce ton ? C'est
mon intérêt de peu d'importance.
C'est les enfants qui comptent. Dites-moi où ils sont.
Je n'ai aucun compte à vous rendre.
Maintenant, sortez, sinon je vais devoir vous faire arrêter.
Eh bien, arrêtez-moi.
De toute façon, je ne sortirai pas d'ici tant que je n'aurai pas l'assurance que
tous mes enfants me seront rendus. Allez, sortez.
Arrêtez-moi, je vous dis. Allez, maintenant, vous dégagez.
Et estimez-vous heureuse que je ne vous fasse pas jeter en prison.
Quant à vos enfants, ne perdez pas trop de temps à les chercher.
À l'heure qu'il est, ils sont déjà dans un train pour la Pologne.
Personne ne peut plus rien pour eux.
Résumé de l'idée.
Je comprends, monsieur, mais vous n'êtes pas seul dans ce cas. Et si je laissais
rentrer tout le monde ? Je ne vais pas embêter ce genre, juste savoir où est
Perla. Je ne resterai pas longtemps, s'il vous plaît. Alors ne faites pas
trop de bruit, hein. Merci.
Je suis à la recherche de ma fille.
Elle s'appelle Perla.
Vous l'avez vue ? Vous la reconnaissez ?
Je sais qu'elle a tenté de passer la ligne de démarcation avec sa mère, mais
après, plus rien.
Je suis désolée.
J'ai cru, mais... Et
veuillez aussi, elle va dire, déporter, mais
rapatrier. Oui, madame la directrice.
Et surtout, et ça c'est peut-être le plus important, ne leur montrez pas de
pitié excessive.
Bien, madame la directrice.
Et en cas de problème, vous m'appelez.
Je vous encourage.
Madame la directrice, on a des nouveaux arrivants. Je les mets dans quelle salle
?
Léa !
Léa !
À Drancy, on a été séparés.
Il y reste avec Arnalde et Théo.
D'après un soldat russe, ils ont été envoyés dans un camp de travail en
Estonie.
Ils ont été fusillés, tous les trois.
Et sinon, tu sais, j'ai de bonnes nouvelles pour Léon.
Il a... Avec ses études de médecine, il va bientôt ouvrir un cabinet à Dordogne.
C'est bien, non ? C'est bien.
C'est très bien.
Oui.
Et moi, Léa ?
Monsieur le Président, mesdames, messieurs les jurés, voilà comment s'est
terminée l'histoire de la Maison des Yeux et de tous ceux qui s'y étaient
réfugiés.
Aucun des enfants n'est revenu.
Aucun des adultes non plus.
Romy, Léa, qui a accompagné les petits aux portes de l'enfer.
Car dès leur arrivée à Auschwitz, on leur a dit d'aller à la douche.
Qu'ils allaient prendre une douche, monsieur le président.
Voilà ce qu'on leur a fait croire pour qu'ils entrent calmement dans les
chambres à gaz.
Les chambres à gaz dans lesquelles ils ont été assassinés.
Et dont leurs petits corps ne sont ressortis que pour être brûlés dans les
fours crématoires.
Mme Zlatin, je comprends votre colère.
Votre douleur, c'est une histoire vieille de près de 50 ans.
Le temps ne fait rien à l'affaire.
Tous les matins, leur visage défile devant mes yeux.
Barbie a dit pour sa défense qu'il ne s'occupait que des maquisards.
Et les enfants d'Izieux, c'était quoi ? Des terroristes ?
Des résistants ? Non, c'était des innocents.
Monsieur le Président, je ne suis pas venue ici pour chercher une victime
expiatoire. Et je vous l'ai déjà dit, la personnalité de l'accusé est bien peu de
choses par rapport à l'immense tragédie engendrée par les nazis.
Souhaiter que cet homme exprime des regrets durant l'instruction
ou pendant le procès, un repentir par rapport à l'atrocité commise.
Mais je n'ai rien entendu.
Pas plus de sa part que celle du salaud qui a dénoncé la colonie et que la
justice n'a même pas contraint à venir témoigner à ce procès.
Alors ce que j'espère maintenant, pas tant par vengeance que pour l'histoire
et la mémoire, c'est qu'à travers Klaus Barbie soit condamnée une
idéologie qui a définitivement déshonoré l'espèce humaine.
Il est une heure du matin et après deux mois d'audience et des délibérations qui
durent depuis la fin de l'après-midi, La cour d'assises de Lyon va rendre, dans
les minutes qui viennent, son verdict dans le procès de Klaus Barbie.
La cour, levez-vous.
Vous pouvez vous asseoir.
Faites entrer l'accusé.
À la question relative à la culpabilité de l'accusé, dans la rafle de l'UGIF le
9 février 1943,
dans la déportation de 650 personnes le 11 août 1944, la torture, la mort ou
la déportation de nombreux résistants, et enfin dans la rafle des 44 enfants d
'Isieux et de leurs éducateurs, il a été répondu oui.
À la question relative aux circonstances atténuantes, il a été répondu non. Non.
Attendu qu'il résulte de la déclaration de la Cour prise à la majorité de huit
voix au moins qu'il n'existe pas de circonstances atténuantes, à la
majorité, le jury condamne Klaus Barbie à la réclusion criminelle à perpétuité,
le condamne au dépens et lui laisse cinq jours francs pour se pourvoir en
cassation.
Allez, il ne faut pas traîner les enfants.
Maintenant que c'est fini, la vie continue.
Et puis il y a Miron qui nous attend.
Ne laissons pas le temps faire son œuvre d'oubli au lieu de faire œuvre d
'histoire. La justice rendue ou à rendre ne nous exempte pas du principal,
c'est-à-dire de la lutte quotidienne contre les germes d'un mal qui guette
nos sociétés.
Qui peut assurer que sur notre sol même, il ne menace plus ?
Des propos, des insultes, des inscriptions au sacrilège, des
profondations de tombes laissent à penser, selon l'expression fameuse, que
la bête est encore vivante.
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