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- Vous avez attendu longtemps ? - Pas trop.
- Ici, les gens ne s'arrêtent pas. - Avec tout ce qui se passe...
Vous pouvez vous arrêter ?
On l'attend ?
Il a laissé son sac.
- Salut, Francine. - Bonsoir.
Tu ne t'assieds pas ?
La journée a été bonne ?
Et toi ?
Tiens ! Il est en avance.
Qui c'est, celui-là ?
C'est ton destin qui traverse la rue...
On chantait ça à Dubrovnik, une ritournelle.
- On peut manger, à cette heure-ci ? - Ça dépend.
Un sandwich.
Vous préférez pas du chaud ? Une pizza ?
Ah ouais !
Tu me donnes un autre Martini ?
Bonsoir.
Je vous ai appelé. Mayène.
Comme le département, mais avec un seul "n".
Et un accent, sur le 1er "e".
- C'est pour une semaine. - Plus ou moins. Ça dépendra.
- Je peux laisser la voiture là ? - Bien sûr.
Elle ne risque rien ?
Vous pouvez la mettre dans le garage, mais il ne ferme pas.
Bon. Ça ira.
C'est au 1er, la chambre au bout.
Merci.
- Vous êtes perdu ? - Je vais aux 3 Fontaines.
C'est à droite.
C'est mon chemin. Je peux vous déposer ?
C'est tout changé.
Vous allez à quelle adresse ?
Vous allez chez qui ?
- Vous étiez déjà venu ? - Ouais.
Avant tout ça.
Ouais.
Ça fait longtemps, alors. Au moins 10 ans.
C'étaient d'autres maisons.
Qu'allez-vous faire ? Je vous dépose à l'hôtel ?
Non.
Chez Branco, au café, il y a des chambres.
Merci.
- Bien dormi ? - Non.
C'est la chambre ?
Non.
Ah, c'est la campagne, ici !
Et encore, depuis le lotissement, ça a changé. Avant, c'était un trou.
Je sais.
Ah, mais... vous êtes d'ici ?
- Vous êtes venu voir de la famille ? - Non.
- Le café n'est pas bon ? - Mais si, il est très bon.
Bonjour.
Vous avez dormi là ?
Là-haut, c'était la ferme de mes parents, à gauche.
Comment vous vous y reconnaissez ?
L'arbre me sert de point de repère.
Il était déjà là ?
Plus petit.
Il faut que j'aille ouvrir.
Entrez.
C'est incroyable. J'ai toujours des livres qui traînent.
On dirait qu'ils bougent quand on les surveille pas.
Si vous voulez un livre...
Non, merci. C'est gentil.
Pas tout de suite. Plus tard, peut-être.
Bonjour.
- Il a demandé quel livre ? - Qui ?
Le type qui vient de sortir.
- C'est un ami ? - Non.
Ben, alors ?
Mademoiselle...
Je suis officier de police. C'est pour ça qu'il m'intéresse.
Qu'est-ce qu'il a fait ?
Banal. Il est entré dans une banque, armé d'un revolver,
et il s'est fait remettre de l'argent.
C'est ce qu'on appelle un hold-up.
Il a volé combien ?
1,6 million de F nouveaux, environ.
Mais quand ?
Très précisément le 27 avril 1970.
Qu'y a-t-il de si drôle ?
Pardon, mais ça fait plus de 15 ans.
Et je ne vous ai pas dit le plus rigolo.
Lors du hold-up, un flic a été abattu. Un ami.
- Ça vous fait pas rire ? - Il a tué un policier ?
Ils étaient deux.
Selon le tribunal, le tueur, c'est l'autre. Introuvable.
Et lui ?
Il s'en est tiré pas cher. 15 ans de prison.
15 ans. Il n'a pas l'air.
Que voudriez-vous ? Qu'il ait une lampe rouge sur la tête ?
Qu'est-il venu faire ici, d'après vous ?
- Retrouver son enfance ? - Pourquoi pas ?
Vous vivez dans les livres, vous.
Il est revenu chercher l'argent. On l'a pas retrouvé.
C'est peut-être son complice qui l'a.
Vous devriez faire juge.
Vous êtes douée. Moi, je sais. C'est mon métier.
Berger est venu récupérer son butin. Normal.
Tout le monde trouverait ça normal.
15 ans de prison ! Il l'a bien mérité, son fric. Non ?
Peut-être.
Écoutez, j'ai l'air de sortir de la préhistoire avec mes principes,
mais être condamné ne donne aucun droit.
La prison ne rend pas honnête un malfaiteur.
C'est parfois l'inverse.
Oui, mais je voulais pas dire ça. Il n'a pas changé, lui.
Vous comprenez ?
Pas très bien.
Si, si.
Je suis sûr que vous comprenez.
Vous êtes d'où ?
De Toulouse.
J'ai surtout vécu en Allemagne,
avec ma mère. Mon père était américain.
Méfiez-vous, mademoiselle.
Thierry Berger est un criminel.
Il est dangereux pour tout le monde.
- Bonjour. - Bonjour. Elle est de quelle année ?
- 72. - Elle est bien conservée.
Il suffit d'en prendre soin. Un demi.
Combien vous louez vos chambres ?
- Ah, elles sont toutes prises ! - Depuis hier soir ?
Vous faites hôtel, en plus du café ?
Non. Les chambres, c'est à part du café.
- C'est pour dépannage. - "Dépannage" compatriotes.
- Je suis français. - De Belgrade.
Vous voulez voir mon passeport ?
Plus tard, peut-être.
J'ai connu un type dans votre genre. Il était marocain, lui.
Il louait ses chambres à n'importe qui.
Un jour, il est tombé dans un drôle de pataquès.
Il est retourné dans son pays, depuis.
Le type d'hier vous intéresse ?
Tu l'as dit, bouffi !
Je vous dois...
3,5 F.
Qui c'est, ce type ?
Un sale con.
Vous la gardez longtemps, la chambre ?
Bonjour.
Bonjour.
Il y a un sous-sol.
C'est le parking, là ?
C'est ici qu'on met les archives.
Vous partez ?
Non, non. Pourquoi ? Je ne veux pas rester chez Branco.
Un repris de justice, certains n'aiment pas ça.
- Vous allez habiter où ? - Par ici, si je trouve.
- Vous avez une idée ? - Non. Je sais pas.
C'est pour ça que vous venez ?
À tout hasard. Enfin, tant pis.
À bientôt.
- Que voulait-il ? - J'ai pas compris.
- Et son sac ? Il s'en va ? - Non. Il cherche une chambre.
- Branco ne veut pas le garder. - Tiens !
Pourquoi ?
Quand il est arrivé, je regardais les journaux.
- Ceux du hold-up. - Il vous a vue ?
Oui.
C'est pas tellement grave.
- Ça se passe où, les journaux ? - Au sous-sol. Là.
Je peux voir ?
Bien sûr.
Pourquoi vous ne lui trouveriez pas une chambre ?
On plante ça, par ici ?
C'est le goût de la clientèle.
Ils en voient dans les magazines et trouvent que ça fera joli.
Vous êtes M. Mafferty ? Vous faisiez maraîcher, avant.
Qu'est-ce qui vous ferait plaisir ? Un palmier nain ?
Je cherche du travail. Je connais la terre.
On dit ça...
Vous me reconnaissez pas ?
Si. Je te reconnais.
- T'es sorti depuis quand ? - Ça fait 4 jours.
Ils auraient pu te garder. 15 ans, c'est pas long, pour un assassin.
J'ai jamais tué personne.
Tes parents, ça compte pas ?
Quand ils sont morts, j'ai juré de te casser la tête.
Au village, j'étais pas le seul. Mais le village aussi est mort.
Y a pas de place ici, pour toi. Pour personne.
Et moi, j'ai pas besoin de toi.
La sortie, c'est par là.
- Vous allez au village ? - Quoi ?
- Vous me déposez au village ? - C'est amusant.
- À quoi vous jouez ? - Comment ?
Je voudrais savoir à quoi vous jouez.
Vous êtes un des flics qui m'ont interrogé.
J'ai fait mon temps, non ? Je ne dois plus rien à personne.
Et l'argent ?
Vous savez que je l'ai pas. Laissez-moi. Je suis chez moi.
D'accord !
Chez toi ? Mais tu n'as personne, ici.
Tes parents sont morts, la ferme a été rasée.
Tu ne connais plus personne.
Tu n'as plus rien, ici, sauf l'argent. L'argent et moi.
Écoute-moi bien, Berger. Je sais que tu reviens chercher l'argent.
Mais il est sale, cet argent,
plein de sang !
Tu me diras, le sang d'un flic, tu t'en fous, toi.
- Je reviens car j'habite ici. - D'accord. Moi aussi.
Mais je vais te dire, quand tu auras retrouvé l'argent, je serai là.
C'est pas un tribunal qui te jugera. C'est moi tout seul.
Tout de suite. Allez, descends !
Attention les yeux !
C'est par là.
C'est pas très grand, mais la vue est dégagée.
Voyez.
Vous êtes un ami de Francine ?
Oui.
Thierry !
- Mayène, quelle chambre ? - Le 7, au 1er.
- Merci. - Attendez, je le préviens.
Surtout pas.
Oui. Entrez.
- Police ! - Très drôle.
Ça râle pas trop, à Nancy ?
- Ça râle pas, ça se demande. - Quoi ?
Ce que tu fais là. L'enquête est close, non ?
Depuis le temps.
Moi seul dis quand elle est close. Le policier, c'est moi.
- Moi, je fais quoi ? - Tu apprends ton métier.
Il serait temps, non ?
Non ?
Tu le surveilles à distance, c'est tout.
Moi, il m'a reconnu.
C'est mauvais, ça.
- Je l'ai un peu aidé. - Ah !
Il y a une bonne femme, dans le coup.
Une bonne femme ? Avec lui ?
- Non. Plutôt avec nous. - Jolie ?
Après 15 ans de taule, elles sont toutes jolies.
Elle travaille à la bibliothèque.
Une bibliothèque ? Pourquoi pas un ciné-club ?
- À distance aussi, la bonne femme ? - C'est ça, à distance.
S'il récupère le fric, je fais quoi ?
Ne t'affole pas. Ça prendra du temps. Je serai là.
Et ensuite... pan, pan ?
Ça, c'est mon affaire.
- Mademoiselle. - Oui. J'arrive.
Tiens, tu vas le trouver ici.
- C'était celui-là ? - Ouais.
Bonjour. Ça allait, la chambre ?
Oui, oui. Merci. Je voudrais voir les journaux.
- Les journaux ? - Oui. Ça m'intéresse.
Après tout, c'est mon histoire.
Venez.
- Continuez sans moi. Je reviens. - D'accord.
Mais qu'est-ce que vous faites ?
- Je veux vérifier quelque chose. - Vérifier quoi ?
Qu'est-ce que vous venez trafiquer ici ?
- L'argent. - Il vous a dit de me surveiller ?
Qui ça ?
Le flic.
Mais l'argent, je pensais que c'était votre complice qui l'avait.
Qu'est-ce qu'il vous a raconté, au juste ?
Que vous étiez dangereux.
C'est pas bête.
Et vous le croyez ?
Je sais pas.
Francine, on s'en va.
Marie ! Célia !
Venez par là.
Attendez-moi pour traverser ! Frédéric, tu m'entends ?
Soyez gentil, laissez-moi faire mon travail.
- D'abord, vous m'écoutez. - Je me fous de votre argent.
- J'ai rien à voir dans tout ça. - Si.
Non. Si vous pensez que je vais raconter à la police
que vous faites des trous dans mes murs, ça vous regarde.
Bonjour, Francine. Vous êtes occupée ?
Non. J'ai fini avec Monsieur.
Le 2e, j'ai pas pu aller jusqu'au bout.
Dites-moi, Dallas, ça existe en livre ?
Merde !
Dommage que vous ayez pas Dallas.
- Je vous l'aurais pas donné. - Pourquoi ?
Vous n'auriez plus envie de le voir à la télé.
Mais si. Parce que c'est jamais comme on l'avait imaginé.
- Au revoir. - Au revoir.
- Vous m'avez fait peur. - Il faut que je vous parle.
Vous êtes tenace, hein ! Bon. Mais j'ai pas le choix.
Non.
- Vous allez où, là ? - Parler, mais en terrain neutre.
On se connaissait à peine. Il fallait être 2. Un qui surveille,
un qui vole. - Pourquoi on a pas trouvé l'autre ?
Ils cherchaient quelqu'un de vivant, pas quelqu'un de mort.
Et que vouliez-vous en faire, de cet argent ?
J'ai oublié. C'étaient des bêtises, des rêves de gosses.
Et maintenant ?
En 15 ans, j'ai eu le temps d'y réfléchir.
- Vous n'avez pensé qu'à ça ? - Non.
En prison, si on pense trop fort, on attire l'attention.
Et le seul moyen de survivre, c'est de pas se faire remarquer,
de devenir transparent, presque inexistant.
Difficile.
C'est une discipline.
Pourquoi vous me dites tout ça ?
Mayène pense que c'est moi qui ai tué son copain.
Il attend une excuse pour me tirer dessus.
Avoir l'argent en est une.
- Ouais. Une bonne. - Ça en vaut vraiment la peine ?
C'est un risque.
C'est bien, qu'ils l'aient laissé.
C'était la limite de la ferme, quand je suis né. On a le même âge.
Il a drôlement grandi. Avant, j'avais du mal à me cacher dedans.
Moi aussi, je l'aime bien.
L'argent est là ?
Le sous-sol vient à peu près jusque-là ?
Alors ça fait...
1, 2, 3, 4, 5, 6, 7.
Ça fait environ 7 mètres.
Donc ça doit être possible.
Qu'est-ce qui doit être possible ?
De creuser un tunnel en remontant vers les racines de l'arbre.
Vous voulez creuser là-dessous ?
Je ne vois pas d'autre moyen.
Il en a mis un autre.
Qui ça ?
La voiture, là. C'est un flic, j'en suis sûr.
Mayène est parti, mais il y en a un autre. Ne regardez pas.
Bon. On va chez moi.
Venez.
Il est toujours là ?
Ouais.
Il doit s'imaginer des choses.
Il y a un voile de béton, et après, c'est des parpaings.
Il suffit d'en enlever une douzaine, et on creuse un tunnel.
Je cacherai facilement l'entrée avec une armoire.
Je travaillerai la nuit, à cause du bruit.
La nuit, la bibliothèque est fermée.
Il faudra que j'aie les clés.
Et eux ?
Si je passe mes nuits ici, ils croiront qu'on est ensemble.
Ils s'occuperont pas de la bibliothèque.
Ça vous choque, ce que je dis pour nous deux ?
C'est le reste qui me choque : la clé, la complicité, la police.
Et c'est de la folie. Je ne peux pas vous aider et je ne veux pas.
Mais ça fait 15 ans que j'attends. C'est important !
Vous comprenez, 15 ans ?
Avant, j'étais comme vous.
Je croyais qu'on avait besoin de certaines choses précises.
De l'argent, par exemple, de l'amour.
J'étais pas riche, pas belle,
pas trop intelligente.
J'étais sûre que j'allais être malheureuse.
Alors j'ai cherché.
Maintenant, je sais qu'on ne trouve pas.
Ça sera pareil pour vous.
Et vous cherchiez quoi, exactement ?
Je voulais voyager,
rencontrer des gens, avoir des aventures.
Dans une bibliothèque ?
Bibliothécaire, ce n'est pas une vocation, c'est un hasard.
De bibliothèque en bibliothèque, on se retrouve ici.
Toute seule.
Oui. Toute seule.
Votre café va être froid.
Je les ai presque tous faits. Il ne m'en manque que 3 ou 4.
La photo, ça me fait peur.
Pourquoi ?
Tous ces gens immobiles, on dirait un cimetière.
- Ils ne bougent pas. - On descend ?
Vous avez des jolies jambes.
Merci. C'est toujours ça.
- Restez là. - Laissez-moi ! Pas comme ça !
Non !
Non !
Laissez-moi !
Pas comme ça.
Pas comme ça ? Avec de l'amour.
À votre âge, vous y croyez encore ?
C'est à 20 ans, l'amour.
Le seul, celui qui ne dure pas.
On n'a rien compris.
Perdu.
Je m'occupe de celui qui a la valise. Prends l'autre.
J'ai mal.
L'argent...
T'inquiète pas, il est là.
Il y en a beaucoup ?
Il y en a assez, oui.
Tu vois, c'était facile.
Bouge pas.
Bouge pas.
- Thierry... - Oui ?
- On y est arrivés. - Oui.
C'est bien.
Plus rien.
C'est bien ?
Non. C'est bête.
Occupez-vous d'elle.
- Tu veux la suite ? - Non. Un autre.
Tu sais où c'est. Tu vas le choisir toute seule.
Allez, vas-y vite.
Oui. Et alors ?
On est dans une drôle d'histoire, tous les deux.
Une histoire terminée depuis longtemps,
sauf pour l'inspecteur Mayène, mon chef.
Et en quoi ça me regarde ?
Ça dépend de ce que vous avez envie de faire pour Berger.
On peut les laisser s'entretuer, si vous voulez.
Je comprends pas.
Si Berger a caché l'argent, il faut qu'il le rende vite.
- Pas à Mayène, ça serait du suicide. - Non.
Ça serait un meurtre.
Vous voyez ? Vous avez compris.
Un monsieur travaille ici, quand vous n'êtes pas là ?
Non. Tu sais que je suis seule.
Donne-moi la fiche. Je la remplirai plus tard.
- Voilà. - Merci. Au revoir, mademoiselle.
Au revoir.
Il est où, Berger ?
Je ne sais pas.
Bien sûr.
Mais vous êtes fou.
Que faisiez-vous dans la bibliothèque ?
Que vous a dit le flic ?
Que Mayène va vous tuer.
Je suis au courant, ça.
Thierry...
il faut vous en aller.
Sans l'argent ?
Pour hier soir...
Oui ?
Rien. Rien du tout.
- J'ai une question. - Oui ?
- Viens. - Non.
Viens !
Tu as eu peur ? Hein ?
Dis-moi, qui c'était, le monsieur dont tu parlais ? Hein ?
Il aide à la bibliothèque ?
Je ne sais pas.
- Tu l'as vu quand ? - Je sais pas.
Tu sais, si c'est le monsieur que je crois,
c'est un homme très méchant. Tu comprends ?
- Oui. - Très méchant !
Mais n'aie pas peur, je suis là.
Je suis là pour te protéger.
Regarde.
Tu vois ? Hein ?
Alors, tu l'as vu quand ?
Comme tu voudras.
Quand tu l'as vu ?
Allez, viens. Viens.
Francine, t'es là ?
Qu'est-ce qu'il y a ?
Rien. Pourquoi ?
Alors raconte.
- Ils ont passé la nuit ensemble. - "Ensemble" ? Tu veux dire...
Tiens...
Et après ?
Il est rentré chez lui.
Et la bibliothécaire,
où elle est ? - Au café, chez le Yougo.
Ben, on y va ! On commence par elle.
- Y a une chose que je comprends pas. - Tu m'étonnes.
Si on est sur leur dos, il ira jamais chercher son argent.
Erreur. Il faut créer un sentiment d'urgence.
L'affoler, l'acculer à la faute.
Putain ! C'est beau, ça, "sentiment d'urgence".
Pardon.
C'était quoi ?
Du vermouth.
Vous en voulez un autre ?
- Pourquoi il est pas avec vous ? - J'en sais rien.
- C'est pas ce qu'on m'a dit. - Laissez-moi !
Romantique, non ? Un petit tueur qui débarque, comme ça,
comme dans un roman.
Laissez-moi.
Votre bibliothécaire est une bénédiction
pour les amateurs de réinsertion.
Parce que, vous savez,
c'est un problème, la réinsertion.
Un drame.
Vous avez un jeune, il n'a presque rien fait, une peccadille...
une attaque de banque à main armée.
Bien sûr, un flic est tué, mais c'est son métier.
Alors la société colle le coupable en prison,
et les braves gens sont contents.
Mais un jour, il en sort. Et s'il en sort,
c'est pas pour rien, c'est pour recommencer !
Les gens devraient se barricader. Non. On l'accueille,
on lui offre à boire, on lui trouve un logement, une compagne.
Ici, tout le monde a le coeur sur la main.
C'est partout qu'on l'a, son coeur. Pas vrai ?
Ça suffit.
"Ça suffit" ?
Comment ça, ça suffit ?
Vous êtes flic, moi, je suis bistrot.
Vous voulez boire, manger ? D'accord.
Je suis là pour gagner ma vie. Je suis commerçant.
En Yougoslavie, j'étais ouvrier,
je fermais ma gueule. Ici, je suis à mon compte.
Félicitations.
- Et puis ? - "Et puis ?"
La bibliothécaire, comme vous dites,
c'est une bonne cliente, et je l'aime bien.
Vous ne pouvez pas embêter mes clients, c'est contre la loi.
Il a raison, il a raison. La loi.
Il y a le compte ?
Ça t'a plu ?
- J'attends la suite. - Fais-moi confiance.
Il est tard, hein ? Il est là, M. Berger ?
- Il dort. - "Il dort" ?
- Vous êtes sûre qu'il dort ? - Oui.
Je vais voir.
Il dormait.
Bon. Tu prends la voiture, et tu m'attends 2 rues plus bas.
Ah bon, c'est vous ?
Je voudrais te parler.
Ben, je vous écoute.
Viens.
Allez, viens !
On n'est pas des bêtes. On peut discuter.
J'ai un peu exagéré, l'autre jour, hein ?
Je voulais te faire peur.
- C'est raté. - Eh ben, tant mieux.
- Mais à quoi sert la police ? - À faire chier.
C'est pas tellement faux.
Mais pourquoi elle fait chier ?
Car il y a des lois. Et il faut les respecter.
Tout le monde l'oublie, ça. Moi pas.
La police, c'est rien. Ce qui est important, c'est la loi.
Le sentiment de la justice est contraignant, mais c'est nécessaire.
C'est vital !
Vous avez bu ou quoi ?
Berger.
J'aurais pu le tuer, ce con.
Tu saignes ?
Non. C'est pas moi.
Allez, roule !
Restez là, je reviens.
Mais pourquoi il a fait ça ?
Donnez-lui cet argent, qu'il vous foute la paix.
Non.
Ce que tu peux être têtu.
Attends...
Aïe !
À propos,
à la bibliothèque, j'ai fait mettre un verrou.
Comment tu feras pour rentrer ?
Je le ferai sauter.
C'est plus pratique d'avoir la clé.
Qu'est-ce que tu veux dire ?
Rien.
Je disais ça comme ça.
T'as changé d'avis ?
Peut-être.
Pourquoi ?
L'argent, hein ?
160 millions, ça fait rêver.
Je veux pas tant.
- Seulement la moitié. - Quoi ?
Tu as le choix.
Tranquille, César !
Tu vas te taire ?
Tu en as mis, un temps.
Je dormais.
C'est celui-là ?
T'as pas de cric, dans ta voiture ?
Elle crève jamais.
Ah oui, c'est vrai !
Comment ça se passe, là-bas ?
Ils n'arrêtent plus de baiser. Couchés à 9 h, tous les soirs.
Et le matin ?
Elle va à la bibliothèque, et lui fait la grasse matinée.
Tu es sûr que t'en mets pas trop ?
Pense donc !
Il est quand même pas amoureux d'elle.
- T'as besoin d'être amoureux pour... - Il se sert d'elle pour autre chose.
Dans la bibliothèque, tu n'as rien remarqué ?
Si. Des livres.
C'est pas tout ça, il faut que je me tire.
Mais je ne te retiens pas.
On s'appelle ce soir.
Ça te dirait, 160 millions ?
Ça, c'est sûr.
T'as raison.
Il n'y a personne ?
Qu'est-ce que vous voulez ?
Qu'est-ce qu'il y a, en bas ?
Du porno ?
On allume où ?
On pourrait y enterrer 15 personnes.
Il avait raison, le vieux Mayène.
Il avait raison. Mais on lui dira pas.
Il y a 3 solutions. On laisse Berger creuser.
On creuse nous-mêmes. Sans lui.
Je creuse tout seul. Sans vous deux.
C'est du beau travail, bien fait.
Y a plus qu'à tendre la main.
J'ai toujours su qu'un jour, je serais riche.
La lampe, là, il n'y a plus de piles. Vous n'en avez pas une autre ?
Si.
Oh !
Passez-la-moi, enfin...
Eh ben, vas-y, entre !
Doucement, Berger, doucement. Ça me démange, tu sais.
Tu viens souvent ici ? Non. Ne me dis pas.
Laisse-moi trouver.
Allume.
Tu vas encore tirer sur un flic ?
Écoute...
je vais chercher.
Si tu as caché quelque chose et que je le trouve,
tu pourras toujours me tuer.
D'accord ?
C'est fermé.
Écartez-vous.
Allez-y, descendez.
Ben, allez-y.
Rien trouvé ? Vous avez pris des risques, c'est bien.
Maintenant, je vais vous montrer où est vraiment l'argent.
- J'avais laissé l'argent ici. - Où ça ?
Par là, vous vous souvenez, il y avait une ferme.
- Celle de mes parents. - Où est l'argent ?
Là, enterré quelque part.
- On a fait creuser partout. - Partout, les 16 hectares ?
J'avais trouvé un endroit facile à reconnaître pour moi, et voilà.
Vous voyez la colline, là-bas. Vous vous souvenez ?
Elle était pas là, mais là. Ils ont tout chamboulé.
Ils ont fait des canalisations, posé le gaz, l'électricité...
Y a peut-être un type qui arrive pas à payer ses traites
et qui a une fortune sous sa maison. - 160 millions.
80. Ma part.
Et le reste ?
Maintenant, faites ce que vous voulez.
Elle est tellement con, ton histoire, qu'elle doit être vraie.
Envolé, l'argent !
C'est normal. C'est moral.
- Où tu étais ? - Avec Mayène.
- Il ne te lâchera jamais ? - Si. Il va s'arrêter. Il va partir.
Il partira jamais.
Mais qu'est-ce qu'il y a ?
J'ai peur.
J'en ai marre. Je voudrais que ce soit fini.
En 2 ou 3 heures, j'y serai. Je suis déjà dans les racines.
Alors vas-y. Prends ton argent et va-t'en.
Mais il faudra bien que je rebouche.
Alors vite. Dès que tu as l'argent, téléphone-moi.
- De là-bas ? - Oui.
Je viens te chercher. Je t'emmène à la gare.
- Je t'en prie. - D'accord.
D'accord. Calme-toi.
- Elle doit filer, sur l'autoroute. - Je suis venu par la nationale.
Vous pouvez rejoindre l'autoroute. 600 m après le lotissement,
la départementale part sur la droite, et à 8 km, il y a l'autoroute.
- Sur la droite. - Oui.
À 600 m après la bibliothèque.
Chers parents, ici tout va bien.
J'ai lavé la voiture de papa, et...
Afin de parer à toute éventualité,
le GAN vous propose un éventail de contrats automobiles.
- Tu as pris mes affaires ? - Oui.
Tu as les heures de train ?
Non.
Je la mets là. Tu t'en débarrasseras.
T'as pris une valise ?
Oui. Je m'en vais aussi.
- C'est pas ce que tu avais dit. - Non.
Mais je ne peux pas rester.
Ils se douteront que je suis complice.
Mais où tu vas aller ?
La moitié.
Merci.
- Et la voiture ? - Elle est au parking.
De toute façon, ils vont la chercher.
Il vaut mieux que je prenne le train, non ?
Ouais. C'est mieux.
Arrête de trembler.
Adaptation : J.-P. F. pour Eclair Group
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