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Ichi, ni, san, yon.
Demi-tour maté.
Ichi, ni, san,
yon.
Cécile, ta jambe, pas comme ça, tu vas tomber.
J'y arriverai jamais.
Mais si, tu vas y arriver.
Ichi, ni.
3, 2, 1...
Merci à tous.
C'est bon.
Attendez, attendez. J'ai préparé la liste de ceux qui participent à la
finale du championnat des clubs de la région.
Un peu de silence.
Pierre. Super.
Thierry. Ouais.
Marc. Ouais.
Nicolas. Ouais, j'ai ça.
Et Mathieu.
Allez, dans cinq minutes, je ne veux plus voir personne.
Mathieu !
Mais
qu'est-ce qui se passe ? Rien.
Pourquoi tu me parles plus ? C'est à cause du prof ? Qu'est-ce qu'il t'a dit
? Rien.
T'es fâché contre moi ?
En vous voyant pas arriver, je me suis dit encore à Lapin. Et alors moi, les
lapins, j'aime pas.
C'est comme en amour.
Si j'avais su, j'aurais roulé deux fois plus vite. Oh ben non, alors là, pour le
coup, on vous voyait plus du tout.
Vous verrez, c'est calme.
Oh, il y a un petit peu de bruit matin à cause de ceux qui partent travailler sur
Annecy, mais après, dans la journée... Voilà.
Ça vous va ? C'est pas le luxe, mais...
C'est très bien.
La salle de bain est là.
Mamie, mamie ! Mamie, mamie, mais qu'est-ce qu'elle a à crier comme ça ?
Mais qu'est-ce que tu veux ? Cécile, c'est ma petite-fille.
Bonjour Cécile.
Bonjour.
C'est Françoise, elle pleure encore.
Oh, mais qu'est-ce que j'ai fait au bon Dieu ? C'est ma serveuse.
Depuis que son petit copain l'a quittée, elle pleure toute la journée.
Et quand elle pleure, elle fait rien.
Allez, va te changer.
Vous avez déjà vu ça, vous, une fille qui fait du karaté ? Ah oui, bien sûr.
Souvent.
Bonsoir mon chéri.
Est-ce que tu viens pas m'embrasser ?
Ça a marché ?
T'as trouvé du travail ? Non.
T'en fais pas, je vais en trouver.
Simplement c'est un peu long, c'est tout.
Ça je le sais que c'est long.
T'as pas besoin de me le dire.
Le jour où j'ai épousé ton père, j'ai fait la plus belle bêtise de ma vie.
Ouais, mais si tu t'étais pas mariée, je serais pas là.
Y'a que ça qui compte, le reste.
Dis-moi, pour mon anniversaire, ça fait rien si j'ai pas de cadeau.
Pourquoi tu me dis ça ? Parce qu'on n'a pas beaucoup d'argent.
Pour le cadeau, je m'en fous, mais l'argent pour la karaté, il me le faut.
Je ne peux pas, mon chéri.
Mais mon prof, il m'a sélectionnée pour la finale.
Je te l'ai déjà dit, en ce moment, je ne peux pas.
C'est pas juste.
Pour une fois que je te demande quelque chose... Si je pouvais, je te le
donnerais, c'est de comprendre.
Moi, j'en ai marre de comprendre.
Monsieur, pourquoi vous n'êtes pas venu avant ? Parce que je pouvais pas, je
remplaçais déjà quelqu'un. Bah alors, pourquoi on n'a pas eu droit à des
vacances ? Bon, c'était un peu des vacances, non ? Quand on est en classe,
on n'est pas en vacances.
T'as tellement envie de travailler, toi ? C'est parce qu'on voulait dire, on s
'ennuyait un peu, quoi.
Bon, bah moi je vais faire en sorte qu'on s'ennuie pas du tout.
Et si jamais ça arrive, vous me le dites, d'accord ? Bah, si on vous le
dit, vous allez nous engueuler.
Bah non, je vais pas vous engueuler, comme tu dis, je suis pas là pour ça.
C'est vrai, monsieur, que j'ai une super moto ? Oh, mais je vois que l
'information circule vite.
Oui, oui, j'ai une très belle moto.
C'est une quoi ? C'est une 1000 centimètres cubes.
Mais dites-moi, c'est la première fois que je viens par ici, moi.
Qu'est-ce qui pourrait, selon vous, définir la région ? Dites-moi.
Toi qui lève pas le doigt, là.
Moi ? Comment tu t'appelles ?
Mathieu. Alors, qu'est-ce qui peut caractériser Albi sur Chéran, pour toi ?
Y a pas beaucoup de travail.
Malheureusement, là, c'est comme ça un peu partout en ce moment.
Et toi, comment tu t'appelles ? Xavier Boussard.
Alors, dis-moi, Xavier.
Moi, mon père, il travaille à l'usine.
L'usine, c'est celle que j'ai vue en arrivant, c'est ça ? Ouais, y en a qu
'une seule d'usine, ici.
Mon père, il travaillait dedans avant, mais plus maintenant.
Qu'est-ce qu'on fabrique dans cette usine ?
Des trucs pour des ordinateurs, je crois.
Mais il n'y a pas que ça, non ? Quand je suis venu, j'ai vu des prairies, des
vaches, des forêts. On doit bien faire autre chose par ici.
Moi, mon père, il a une fabrique de meubles.
Ici, le fromage, c'est vachement important.
De toute façon, il pense qu'à bouffer, alors.
Vas-y, devolue-toi.
De quoi ? Ah oui, monsieur, on peut changer la date ? Changer quelle date ?
Bah... La prochaine sortie, c'est le même jour que la finale de karaté,
alors... Alors ça, c'est grave.
Qui est-ce qui fait du karaté dans la classe ? Cécile, je sais qu'elle en
fait.
Pourquoi tu veux pas le voir ?
Vous
signez là, s'il vous plaît.
Encore les huissiers.
Vous pouvez regarder si j'ai reçu un virement, s'il vous plaît ?
Non,
y'a rien.
Vous êtes sûre ? Oui, Maria à la Nice, il n'y a rien.
C'est pas normal, on est déjà le 5.
C'est le RMI.
Oui, comme d'habitude.
On peut rien faire, nous.
Mais pourquoi vous ne demandez pas à votre organisme payeur ? Est-ce que je
peux retirer 100 francs ? Vous le savez bien, je ne peux pas, vous êtes à
découvert.
Je suis désolée.
Vous saviez comme j'avais hâte de vous voir arriver.
Les tenir depuis une semaine, c'était très dur. Ah bon ? Pour la cantine, vous
êtes sûr que ça ne vous ennuie pas ? Absolument pas, je vous assure.
Parce que j'ai horreur de m'en occuper. C'est M.
Berthaud et... Ah oui, mais aujourd'hui, ça ne va pas être possible.
Parce que j'ai réservé à l'auberge.
Et j'ai l'impression que je n'ai pas intérêt à poser un lapin.
Ah, vous avez rencontré Dora ? Oui.
Ne vous inquiétez pas, derrière ses airs... Mais pourquoi vous logez chez
Dora alors qu'il y a un appartement de fonction à l'école ?
Parce que la cuisine, les courses, le ménage, c'est vraiment quand même un
truc.
Si vous saviez comme moi aussi, j'aurais hâte de ça.
Allez, on y va ! Allez !
C
'est sûr que si
ta mère, elle paye pas, ton prof, il voudra plus te prendre.
C'est pas normal.
On devrait pas payer pour faire du sport.
T'en fais pas toi du karaté, tu t'en fous ? C'est pas une raison.
T'as qu'à venir avec nous ce soir.
Tu sais combien je me suis fait en une semaine ? Non.
Ouf.
Presque 100 balles.
C'est pas mal.
Vous faites combien ton karaté ? 420 un trimestre.
Qu'est-ce que vous faites là tous les trois ? Non, je fais de même que...
J'ai pas dit que vous aviez fait quelque chose de mal. Pourquoi vous êtes pas à
la cantine ? On pense à rester là.
Et c'est tout ce que vous mangez ? On a l'habitude.
Allez, venez avec moi, on va à la cantine.
On peut pas y aller, monsieur.
Pourquoi ? On a pas de poids payé.
Qu'est-ce qu'ils font, vos parents ? Mon père est chômeur. Y a que ma mère qui
travaille, mais pas beaucoup.
Et toi ? Moi, c'est pareil.
Et toi, Mathieu ? C'est pas pareil, son père, il l'a abandonné.
Qu'est-ce que ça peut te foutre ?
T'as attendu si je récupère ma moto ?
Tiens.
Je vous avais prévenue, Marie.
Maintenant, c'est les huissiers.
Plus vous n'êtes pas solvable, ils feront saisir sur votre voiture.
Sans voiture, on peut rien faire ici.
Vous savez bien que c'est pas dans mon village que je peux trouver du travail.
Est-ce que vous pouvez m'obtenir encore une aide de 1000 francs comme le mois
dernier ? J'ai déjà fait la demande, vous n'êtes pas prioritaire.
Il y a des cas plus dramatiques que le vôtre.
Qu'est-ce qu'il faut pour que mon cas soit plus dramatique ? Que je me suicide
?
Écoutez, je fais tout ce que je peux pour que votre dossier passe en urgence.
Maintenant, pour l'expulsion, ça, je ne peux rien.
Maria.
Vous devriez faire ce que je vous propose.
Placer mon fils dans un foyer, c'est ça ?
Son foyer, c'est moi.
C'est nous deux.
Uniquement nous deux.
Sans domicile fixe, la garde vous sera automatiquement ôtée.
Évitez-lui ce genre de situation. C'est dur pour un enfant.
Qu'est-ce que vous en savez ? Vous avez des enfants, vous ? Qu'est-ce qui est
plus dur, comme vous dites ? Qu'on soit séparés ou qu'on essaie de s'en sortir,
tous les deux ? Qu'est-ce que c'est une éclipse ? Ici,
vous avez la Terre.
Là, c'est le Soleil.
Et l'orange, ça sera la Lune.
D'accord ?
L'orange passe entre le Soleil et la Terre.
Et qu'est-ce qu'on voit là ? Ça fait comme en pleine nuit.
Voilà, ça fait comme en pleine nuit, parce que ça fait une ombre projetée sur
la Terre. Mais comme la Lune est plus petite que la Terre, son diamètre est
plus petit, il y a simplement une partie qui est dans l'ombre, une partie de la
Terre, c'est tout.
Mais si la Lune restait toujours là ? Si elle restait toujours là, dans cette
partie-là, ce serait l'obscurité, c'est-à-dire que ce n'est pas le jour,
ce n'est pas la nuit, il n'y aurait pas de vie possible.
On s'en fout, puisque ça marche bien.
On s'en fout pas vraiment, parce qu'apparemment, à cause de la lumière,
justement, il y a que sur la Terre qu'on trouve de la vie.
On s'en fout pas, Xavier.
Monsieur, c'est l'heure.
Ah, ben dis donc, heureusement que t'es là, toi.
Bon, allez, hop ! Allez, à demain.
Bonjour, je suis la mère de Xavier, Christiane Boussard, enchantée. Bonjour,
bonjour Alain. Je voulais vous voir parce que vous connaissez pas encore
très bien Xavier.
Non mais j'ai vu ses cahiers, c'est bien, y'a pas de problème.
Si y'en avait aucun, ce serait encore mieux, vous pensez pas ? Non mais il va
passer en sixième.
J'espère.
Y'a aucune raison.
Ce n'est pas qu'il ne travaille pas, mais si on n'est pas toujours derrière
lui, on se fait tellement de soucis sans études de nos jours, on pourrait peut
-être en reparler.
Venez à la maison prendre un verre, mon mari serait ravi de vous connaître.
Avec plaisir.
Vous habitez dans le village ? À la sortie du village, sur la route d'Ery.
Vous verrez, c'est la seule maison neuve, vous pouvez pas vous tromper.
Alors, tu viens ou pas ? Ma mère, si jamais elle le sait.
Bah, t'as qu'à pas lui dire à ta mère.
Tu crois qu'on leur dit, non ? On n'est pas fous, ils nous piqueraient tout le
fric. Ok, je viens.
Vous allez où ? Ça te regarde pas.
C'est toujours entre vous, mais c'est nul.
T'es chiante, va jouer avec tes copines.
Je peux venir avec toi ? On va bosser, t'as pas besoin de fric, t'es riche.
Mais si on est quatre, on en aura plus, non ? Ouais, d'accord.
Allez, ok.
Du camembert.
Douze oeufs.
Après, c'est dans l'autre rayon.
Qu'est-ce que c'est ? Des pâtes, du thé, du riz,
du chocolat.
Voilà la monnaie pour vous.
Merci.
Voilà monsieur.
Merci. Je vous l'accroche ici.
Sécurité du magasin.
Veuillez ouvrir votre sac, s'il vous plaît.
S'il vous plaît, mademoiselle.
Suivez-moi.
10, 20, 30.
40, 50, 60, 70... Ça fait 30 francs chacun.
30... Merci.
Peut-être que dans deux semaines, t'auras assez pour payer ta cotisse.
Mais faut pas que tu le dépenses. L'argent, ça part vachement vite.
Tiens.
Et nous, on compte pour du beurre ? Cécile, mais où t'étais passée ? Ça fait
deux heures que je t'attends.
J'étais à l'école avec le nouvel instite.
Ah oui ? Et vous avez parlé de quoi ? Du soleil et de la lune.
Et des vaches et des moutons, c'est ça ? Tu sais où il est, ton instite ? Dans sa
chambre. Ça a 10 ans et ça arrête pas de mentir.
Allez, file, je veux plus te voir. Monte dans ta chambre.
Il est là, mon père ? Oui, il est là.
Et tu ferais mieux d'aller le chercher.
Et puis toi, arrête de pleurer, tu ferais mieux de faire la salle.
Qu'est-ce que je dois faire ? Continuer à me faire entretenir par ma femme ?
Partir du pays pour aller où ? De toute façon, c'est partout pareil, c'est
foutu. Papa, maman veut que tu rentres à la maison.
Va lui dire que j'arrive.
Non, je ne vais pas me faire disputer à cause de toi.
Ces gosses, c'est pire que tout.
Nora, tu me mets ça sur ma note ?
C'est plus une note, c'est une encyclopédie.
Papa, c'est une nouvelle encyclopédie.
Bonjour. Bonjour.
Encore un pantouflard de fonctionnaire.
Est-ce que votre fils est là ? Où voulez-vous qu'il soit ? Dans la
cuisine. Merci.
Évidemment qu'on est au courant de la mairie pour cette vente de cantine.
Vous ne pouvez rien faire.
On a déjà fait beaucoup.
Enfin, ce sont des gosses, on va pas les laisser comme ça, quand même.
Écoutez, on est déjà passé sur six mois d'impayés, alors ce trimestre, on leur
demande une petite contribution, le minimum.
En attendant, ils vont pas à la cantine.
Ça, c'est autre chose. Moi, c'est pas ma faute si les parents bougent pas.
Évidemment, c'est pas votre faute.
Je vais vous dire, les parents, je les comprends.
L'assistance, c'est bien, mais la charité, non.
Vous la connaissez, la frontière entre l'assistance et la charité, vous ?
Qu'est-ce qu'il se passe mon petit chat ?
Pourquoi tu rentres si tard
? C'est ma faute, j'aurais dû te le dire ce matin, il fallait que j'aille à
Chambéry. Il y avait beaucoup d'eau bouteillage.
Maman, tu me quitteras jamais, tu me promets.
Pourquoi je te quitterais ? Qu'est-ce que je deviendrais sans toi ?
Tu as fait tous tes devoirs ? Pas encore.
Je les ferai tout à l'heure, après manger.
T'as vu, j'ai tout préparé.
Pourquoi tu pleures, maman ?
C'est à cause de mes devoirs ? Non, mon chéri, non.
Mathieu... J'ai pas touché l'argent du mois, donc j'ai pas pu faire des
courses.
On va se débrouiller avec ce qu'on a, d'accord ? Mathieu ?
D'où il vient cet argent ? Je l'ai gagné.
Comment ça tu l'as gagné ? Bah avec mes copains. On a fait des courses pour les
gens.
Prends-le.
Ça fait rien pour le karaté.
Je te rembourserai.
Je te promets.
Tu crois qu'elles sont cuites ? T'as voulu t'occuper de tout, tu t'occupes de
tout. Tu pourrais m'aider quand même.
C'est toi qui est italienne, c'est pas moi.
Non, m'embête pas.
Donc, sous la Troisième République.
Tout ça, c'est bien noté. La Chambre des députés et le Sénat forment le
Parlement. Le Parlement élit le Président de la République.
Le Parlement surveille le gouvernement.
Et le Parlement vote les députés.
Très bien.
Bon, maintenant vous prenez vos livres et vos cahiers de calcul.
Page 169.
Allez voir, c'est intéressant, c'est l'histoire d'un paysan qui se chauffe au
fioul.
Et oui, pour se chauffer au fioul, il a besoin de 3000 litres par an.
Monsieur, monsieur, vous m'avez volé mon jeu.
Quel jeu ? C'est le que mon père m'a acheté hier.
T'es sûre que tu ne l'as pas laissé chez toi ? Non, je l'ai montré à Romaric.
T'as bien regardé dans ton sac.
C'est lui qui me l'a pris.
Qu'est-ce que tu dis ? C'est lui qui me l'a volé.
C'est pas vrai, j'ai rien volé.
Pourquoi tu dis que c'est lui qui te l'a pris ? Tout à l'heure, il arrêtait pas
de nous regarder quand on y jouait.
Et ça, c'est une raison suffisante pour l'accuser.
C'est pas vrai, monsieur. J'ai rien volé, je te jure.
Menteur, comme ta mère. Elle aussi, c'est une voleuse.
C'est pas vrai. C'est pas une voleuse.
Menteur, même mes parents, ils l'ont vue.
Je vais t'asseoir, Mathieu.
Il est là-dedans, ton jeu ?
Ramassez ça tous les deux.
Je suis vraiment désolé, Maria.
Si cela tenait qu'à moi, il y aurait longtemps que je vous aurais embauché.
Et si je vous dis que je vais être expulsée si je ne trouve pas du travail
dans les jours qui viennent ? C'est que... la situation
actuelle s'avère plus complexe que prévu. Toujours la même réponse, ça
devient lassant. Vous voulez déjà partir ? Vous avez changé d'avis ? Vous ne me
dites pas que vous n'arrivez pas à trouver du travail ? Vous êtes jeune ?
Vous êtes charmante.
Vous savez que je vous ai appelé plusieurs fois quand j'ai su que votre
mari... Pour du travail ? Je ne sais pas, mais... Si je peux vous aider...
Pourquoi pas ? Vous pourriez peut-être m'inviter à dîner ?
J'allais vous le proposer.
On pourrait en parler.
Puis après, on irait prendre un dernier verre, non ? Bien sûr.
Si ça vous fait plaisir.
Laissez-moi votre nouveau numéro.
Vous en avez changé, c'est ça ? Non, c'est toujours le même et ça fait
longtemps qu'il est coupé.
Tiens, Xavier.
Une seconde.
Mathieu, tu m'attends. Où est-ce que tu jouais ce matin avec Romaric ? Là-bas.
Il arrive, il arrive tout de suite.
Tu peux me les garder cinq minutes ? Oui, bien sûr. Tu vas m'emmener, on va
regarder. D'accord.
T'es sûre que tu ne l'as pas perdue ? Non, je suis sûre que je ne l'ai pas
perdue. T'as bien regardé ? Oui, j'ai bien regardé.
C'est là ? C'est là.
J'étais assise juste ici, en train de jouer.
T'es montée là-haut ? Non, je suis remontée là-haut.
De toute façon, je savais bien qu'elle n'était pas là.
Et ça, c'est quoi ? C'est pas à toi ? Si, monsieur.
Pourquoi t'as dit que c'était Mathieu qui te l'avait volé ? Ça te plairait qu
'on t'accuse quand t'as rien fait, toi ? Non, monsieur.
Pourquoi t'as dit que c'était lui ? Je sais pas.
Tu sais pas.
Tu sais ce qu'on va faire, maintenant ?
Vas-y.
Je l'ai retrouvé.
C'est pas toi qui me l'a volé.
Je me suis trompée.
Qu'est-ce que je fais ? C'est bien.
Va voir ta mère.
Alors, qu'est-ce qu'il s'est passé ? Non, merci.
C'est pas simple. Je sais.
Vous pouvez y aller ? Si on a faim, nous.
Je sais, ouais. Ben justement, venez voir un peu. Écoutez-moi, là.
Pendant que vous êtes à la cantine, il y a trois de vos copains qui ne mangent
pas. Vous êtes au courant de ça ? On sait, monsieur. Avant, ils venaient.
Maintenant, ils ne viennent plus.
Vous savez pourquoi ils ne viennent plus ? Parce que leurs parents, ils n'ont pas
assez de sous pour payer.
Et qu'est-ce qu'ils mangent, alors, monsieur ? Ils ne mangent pas grand
-chose. Ils mangent un bout de pain, une pomme.
Si on se cotisait, ils pourraient venir avec nous.
Et tu prends où l'argent, grosse nouille ? Non, mais des fois, on peut aider les
autres sans argent.
Et comment on fait ?
Oh, il doit bien y avoir une solution, si on réfléchit un peu.
On pourrait les inviter, on pourrait partager.
Ah oui, pourquoi pas.
Si tu veux, on lui casse la gueule. On s'en fout, on est trois contre un. Il y
a toujours sa mère qui l'attend.
Je m'en fous, je me vengerai quand même.
T'es avec quoi, patate ? S'il croit qu'il va gagner à la finale... T'as
donné tout le fric à ta mère ? Je lui ai prêté, c'est pas pareil.
Venez, on vous invite à la cantine.
Alors, c'était bon ? Ouais, delicious.
On pourra revenir demain ? Bien sûr, on pourrait revenir. Et on va rien nous
dire ? Personne ne vous dira rien.
Ouais, cool !
Ma première moto, je l'ai eue à 16 ans. Mais vous vous souvenez, à cette époque,
on était fous, on portait pas de casque.
Et puis le mariage, vous savez ce que c'est ? C'est moi ou la moto, le
chantage. Ne l'écoutez pas, à l'entendre, on dirait que c'est moi qui
l'empêchais de faire de la moto.
Je vous ressers.
Non, merci.
La moto.
Excusez-moi si je parle un petit peu doucement, mais je voudrais pas que
Xavier entende.
Dites-moi, pourquoi vous lui avez fait la morale ? Je lui ai pas fait la
morale.
Simplement, il a... Il a quoi ? Il a accusé un de ses copains qui n'avait
rien fait.
Vous savez, quand je dis que j'ai vu cette femme voler dans le magasin, il
faut me croire, c'est la vérité.
Claude, dis-lui.
De quoi tu parles ? Je ne sais pas ce que vous a dit Xavier, mais... D'abord,
je lui ai jamais dit qu'il avait menti.
Et ensuite, quand je lui ai parlé, c'était seul à seul.
Vous l'avez humilié.
Vous l'avez obligé à s'excuser devant...
Et vous croyez que ça lui a fait plaisir, au petit Mathieu, qu'on traite
sa mère de voleuse ? Devant toute la classe ? Mais moi, j'ai jamais volé,
moi. Ah, vous parlez pas parce que vous ne voulez pas que Xavier entende.
Et pourtant, vous dites devant lui des choses qu'il n'a pas à savoir.
Vous trouvez ça normal ? Mais dites-moi, vous allez pas vous mettre à me faire la
morale, moi aussi ? Hein ?
Excusez-moi.
Vous avez raison.
J'aurais dû faire attention.
Enfin, il faut se mettre à notre place.
Vous savez, j'ai une petite maison au village.
Je l'ai héritée de ma grand-mère.
Et c'est la mère du petit Mathieu qui la loue.
Écoute, Christiane, ça ne regarde que nous.
Ça fait quand même six mois qu'elle n'a pas payé son loyer.
Madame Boussard, vous avez sûrement des problèmes, mais soyez gentille, laissez
les enfants en dehors de ça.
C'est facile, vous arrivez, vous faites votre loi et vous repartez.
Vous savez, dans ma classe, j'ai beaucoup de parents d'élèves qui sont
chômeurs. Et quand les enfants m'en parlent, ça me fait de la peine. Vous
savez pourquoi ?
Parce qu'on leur enlève leurs rêves.
Et moi, je crois que tous les enfants ont droit à une part de rêve.
Vous comprenez ça ?
Mais qu'est-ce que t'as à me regarder comme
ça ? Il a parlé de moi, le prof de karaté ?
Non.
Quand est-ce que tu pourras revenir ? Je sais pas.
T'as gagné combien aujourd'hui ? 20 francs.
Je sais pas beaucoup.
Si t'étais venue, j'aurais eu plus.
Ma grand-mère, elle veut plus.
Cécile ! Cécile ! Viens faire tes devoirs ! Puis faut que tu te changes
! Elle est pas commode, hein ? Ouais.
Salut Mathieu.
Qu'est-ce que tu fais là ? Tenez, monsieur. C'est pour vous.
Qu'est-ce que c'est que ça ? C'est ma mère qui m'a dit de la porter.
C'est l'argent pour la cantine.
Mais c'est payer la cantine.
Tiens, j'ai des copains qui t'ont invité.
Je vais te demander une petite chose, là.
C'était quoi l'argent qu'Alain essayait de cacher ? Tu sais, sur ma moto.
On l'a gagné, celui-là.
On a fait des courses pour les gens.
Et tu fais quoi de tes sous ? C'est pour me payer mon karaté.
Tu fais du karaté ? Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? Parce que je ne peux plus
en faire.
Ma mère, elle a pas de quoi payer.
Elle cherche du travail en ce moment.
Depuis longtemps ? Des mois.
Depuis que mon père est parti.
Avant, c'était vachement bien.
Mais maintenant, c'est un peu difficile.
Des fois, je comprends, mais des fois, je comprends pas.
Allez, viens. Je te raccompagne.
Il n'y a aucune raison pour que vous me rendiez cet argent.
Je n'ai besoin ni de charité, ni de pitié.
Gardez-le, cet argent. Les enfants ont invité leurs trois copains.
Je lui ai dit, mais elle veut pas me croire. C'est la vérité, hein ? Je vous
crois pas.
Pourquoi t'es têtue comme ça ? Mathieu, va dans ta chambre.
Pourquoi ? Mathieu, s'il te plaît.
Pourquoi j'ai retrouvé Mathieu en train de pleurer ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
Ça, c'est pas à moi de le dire.
Écoutez, vous êtes quand même responsable de ces enfants, non ? Qui
vous essayait de protéger ?
Lui, moi ? Qu'est-ce qu'il a appris ? Qu'on m'a vu en train de voler ? C'est
ça, oui.
C'est vrai, j'ai volé.
Vous savez ce que c'est d'avoir un enfant et de ne pas pouvoir lui donner à
manger ? Vous savez, je fais tout ce que je peux pour qu'il ait une vie d'enfant
comme les autres.
Enfin, il y a des choses que je suis obligée de lui dire.
Mais ça, je voulais pas qu'il l'apprenne.
Ça aurait peut-être été mieux qu'il ne le sache pas, oui, mais il fallait
savoir.
En tout cas, ne l'empêchez pas de se faire inviter.
Ça s'appelle la solidarité.
Au revoir.
Pourquoi tu veux pas nous croire ? Moi je l'aime beaucoup mon nouveau maître.
Au revoir.
Au revoir.
Merci. Bon, qu'est-ce que je vous offre ? Rien, merci Dora.
Vous devriez pas rester tout seul, c'est pas bon pour la tête.
C'est bon pour rien d'ailleurs.
J'ai l'habitude maintenant.
Je réfléchissais.
Il y a un petit garçon qui est venu me voir tout à l'heure et qui trouvait que
la vie était difficile.
Il me disait, des fois je comprends, des fois je comprends pas.
C'est à cause de ce qui s'est passé en classe ? Cécile m'a tout raconté.
Moi, je voudrais qu'il se respecte.
Je cherche la solution.
Vous prenez pas un peu trop à cœur votre métier ? C'est un défaut.
Je plaisantais.
Mais qu'est-ce que t'attends pour débarrasser ?
Vous êtes vraiment le genre d'homme qui vous fait regretter de vie.
Merci du compliment.
Monsieur, c'est une vraie caméra ? Eh oui. Non, c'est une cuisinière, t'es
con. Mon père, il a la même.
De toute façon, t'en as toujours tout, alors.
C'est pour quoi faire, monsieur ? Eh bien, chaque année, on fait une photo de
classe. Et là, en plus, on va faire un film.
Un vrai film ? Un vrai film, oui, oui.
Mieux qu'à la télé.
Et on pourra le garder ? Oui, vous aurez chacun une copie.
Mais comment on va faire ? Et bien chacun va faire un reportage sur l
'autre. Moi je voudrais filmer Nathalie.
Pour que ce soit simple, on va faire ça deux
par deux et par ordre alphabétique.
S, A, B, C, B. Qui a un nom qui commence par un A ? Qui on a dans la classe ?
Lannis.
B. Moi.
Ananis Boussard, alors vous vous asseyez tous les deux, voilà, au premier rang.
Si, si, Mathieu, Xavier, allez-y, c'est beaucoup plus simple comme ça.
Curvelier de Launay, ensuite, c'est bien ça, c'est des... C'est pas drôle,
Nathalie et moi, on est toujours à côté.
Oui, mais vous vous suivez par ordre alphabétique, les filles, c'est pas ma
faute, hein.
Ensuite, on a Fleury et Fanière, Fanière et Fleury, voilà, vous vous asseyez
derrière, encore, vous continuez.
Gaillard et Jolimois, les mots Y.
Gaillard, Jolimois...
Monsieur, c'est l'heure.
Allez-y, sauvez-vous.
Monsieur, on va pas rester comme ça tout le temps ? Demain, je change.
Pourquoi, t'es pas bien, là ? C'est pas marrant, votre truc.
Ouais.
Et toi, qu'est-ce que t'en penses ? Vous n'êtes pas fâché ? Pourquoi je serais
fâché ? À cause de ma mère ? Non.
Je trouve même que t'as beaucoup de chance d'avoir une mère comme la tienne.
Ça fait longtemps que t'étais pas venue me chercher.
Où on va ? C'est pas le moment de me poser des questions, monte. Pourquoi, t
'es fâchée ? Non, je suis pas fâchée, je suis fatiguée, c'est tout, monte !
On est, maman.
T'inquiète pas, mon chéri.
On va attendre un moment. Je vois rien à cause de la pluie.
Repose-toi, essaye de dormir.
Après, on rentre à la maison ? Oui, c'est ça. Après, on rentre à la maison.
Maman, réveille-toi!
Maman!
Maman, réveille-toi!
Maman, on rentre maintenant ? Vous ne pouvez pas rentrer à la maison, mon
chéri.
Je ne sais pas si je peux laisser la voiture sur la place.
C'est le meilleur endroit pour qu'elle passe inaperçue.
C'est endormi.
Pourquoi vous avez fait ça ? Vous avez
pensé à Mathieu ? Vous croyez qu'on se suicide avec trois somnifères ? Je
voulais dormir.
Juste dormir.
Une nuit.
Oublier les huissiers, l'argent que je dois, le travail que je ne trouve pas.
Mais pourquoi vous faites tout ça ? Vous voulez coucher avec moi ? Ce matin, un
petit garçon m'a téléphoné.
Il appelait au secours.
Vous êtes sûr qu'on peut vraiment rester là ? C'est un appartement de fonction,
je ne l'occupe pas.
Vous pouvez rester là.
Vous avez bien compris ? Oui ! On fait ça par groupe de ? De ! Très bien, c'est
-à-dire Grégory filme Julie, et Julie... Ah, tu souris.
Julie filme Grégory, d'accord ? Même chose ici, pour Cécile et pour Nathalie,
oui. Monsieur, Nathalie, elle veut pas que je la filme.
Bah, pourquoi tu veux pas ? Je veux pas parler devant les autres.
Bah, écoute, tu peux filmer des paysages.
La rivière, elle est belle, la rivière.
Des vaches, non ?
Bon, et vous deux, vous en êtes où, là ? Pourquoi je peux pas filmer Romaric ?
Lui, c'est pas mon copain.
Bah non, on va pas changer la règle maintenant.
Mais c'est vous qui avez tout décidé.
Moi, j'ai rien décidé. Lui, il s'appelle Alanis.
Toi, tu t'appelles Boussard. A, B.
C'est pas moi, hein.
Qu'est-ce qui te plaît, Mathieu, à toi ? Qu'est-ce que tu voudrais montrer à tes
copains ? Je sais pas.
Si. Y a peut-être quelque chose que j'aimerais leur montrer.
Qu'est-ce que c'est ? C'est quand je fais du karaté.
C'est bien ça.
Ça te va Xavier ? Vous êtes dans le même club tous les deux ? J'irai jamais dans
son club. Il est nul.
Il est jamais content lui.
De toute façon, il va bien falloir que vous travailliez ensemble parce qu'en
plus c'est par vous qu'on commence.
C'est vrai que t'habites à l'école maintenant ? Que ça peut te foutre ?
Tu prends les clés de la maison, tu vas mettre la table.
Si vous venez pour la maison, c'est fini.
J'ai fait changer les serrées. C'est pas pour ça que je viens vous voir.
C'est pour payer vos dettes ? Je peux pas.
Pas encore.
Dès que j'aurai trouvé du travail.
Ça fait six mois que j'entends ça.
Je vous assure que je fais mon possible.
J'attends une réponse.
Peut-être que cette fois-ci, ça va marcher.
Mais rien ne marche avec vous.
Je vous en prie.
Arrêtez la saisie.
Sans voiture, je ne peux rien faire.
Je ne suis pas l'armée du salut, je suis désolée.
Et les traites de ma maison, c'est vous qui allez les payer ? À propos, vous
habitez où maintenant ? J'ai des amis.
Qu'est-ce que tu fais là, Xavier ? Je t'ai demandé d'aller mettre la table.
Tu sais, elle habite à l'école avec Mathieu.
À l'école ? Pourquoi, elle s'est défendue ?
On avait tourné cet après-midi, mais Romaric n'est pas là, Pierre non plus,
Xavier non plus.
Ça c'est ennuyeux parce que c'est Xavier qui devait filmer Mathieu.
Mais on s'en fout, s'ils sont pas là, on a qu'à tourner quand même.
C'est pas gentil ce que tu dis, non, on va attendre d'être tous ensemble pour
faire ça.
On peut parler des images, comment on fait des images, comment on utilise la
caméra, qui est-ce qui peut m'expliquer ça ? Au hasard, Cécile ? Tu sais comment
ça marche ? C'est important de savoir, monsieur.
1000, 1200, 1400, 1600, 1800, 2000, 2200, 2300
francs. Merci.
Ah, et vous avez une lettre aujourd'hui.
Voilà.
Moi, je mets 160 francs.
Là-dedans, il y a les 60 francs que tu m'as prêtés.
Je voulais pas que tu me les rendes.
Quand tu seras majeure, tu feras ce que tu voudras.
Toi, tu as combien ? 50 francs.
Ça fait 210.
Tu crois qu'il va accepter ? Si le mois prochain, je lui donne l'autre moitié,
je vois pas pourquoi il refuserait.
C'est vrai que cette fois, tu vas trouver du travail ? Tu me fais
confiance ?
Bonjour madame. Bonjour monsieur.
Voilà, je suis la mère de Mathieu et je voudrais savoir si je peux payer ce que
je vous dois deux fois. Donc une première partie maintenant et puis l
'autre partie le mois prochain.
Oui, bien sûr. C'est possible. Pas de problème. Merci.
D'accord. Merci beaucoup.
Mathieu ! Aïe, je vais te changer.
Qu'est-ce qui se passe ? On me convoque pour un travail, à Chambéry.
Enfin, c'est juste un entretien.
Mais depuis des mois que je postule, c'est la première fois qu'ils veulent me
rencontrer. Ça va marcher, c'est sûr.
Excusez-moi.
Je devrais pas pleurer, mais ça fait tellement longtemps.
C'est une bonne nouvelle, ça.
Mathieu a repris ses cours de karaté.
Vous vous êtes arrangé, alors ? Oui.
Il a réussi à gagner un peu d'argent de son côté, et puis moi, si j'ai ce
travail... On va fêter ça ? Je vous emmène chez Dora.
Ah non, non, non, il n'y a aucune raison.
Allez, allez, allez.
Ça me fait plaisir.
Un, deux, trois, puis... Un, deux, trois, feuilles.
Hé, pas trop de bruit.
Un, deux, trois, puis... Un, deux, trois, feuilles.
Un, deux, trois, puis... Un,
deux, trois, puis... Merci, Françoise.
Mathieu, ton dessert.
Ouais, ouais, j'arrive.
Un, deux, trois, puis... Un, deux, trois, puis... Et elle ment.
Tu crois pas que je devrais aller lui parler, là ? Laisse-la tranquille, tu
lui parleras demain.
C'est quand il a été licencié que tout a commencé.
Il s'est mis à boire.
Il devenait agressif.
C'est terrible de voir l'homme que vous aimez devenir progressivement un
étranger.
Et puis un jour, il... Il m'a dit que je m'en sortirais mieux toute seule.
Et il est parti.
Et depuis, il ne vous a plus jamais donné signe de vie ?
Mais vous me faites boire, vous me faites parler et vous, vous ne dites
rien.
Vous êtes marié ? Pardon, je suis peut-être indiscrète.
Ma femme est partie.
Avec ma fille.
Bonsoir. Bonsoir.
Excusez-moi.
Bonsoir. Bonsoir. Je peux vous demander quelque chose ? Est-ce que Xavier est
malade ? Absolument pas.
C'est moi qui n'ai pas voulu qu'il aille à l'école.
Il n'était pas le seul d'ailleurs, vous n'avez pas remarqué ? Quelle question,
pas de scandale. Mais quel scandale.
Maria Alanis vole dans les magasins et vous, pas de problème, vous l'installez
à l'école.
Les enfants, vous pouvez aller jouer dans le jardin ? Soyez gentils.
Il y a des enfants qui écoutent, ça vous dérange pas, vous.
Vous vous permettez en plus de me faire la morale.
Vous vous rendez compte de l'exemple que vous donnez à nos enfants.
C'est pour ça que vous l'envoyez plus à l'école.
Mais vous ne comprenez pas que j'en ai assis.
Qu'elle vole dans les magasins encore.
Mais les loyers qu'elle me doit, jamais je les récupérerai. C'est pas du vol ça
? Madame Boussard, j'aurais peut-être dû vous demander l'autorisation avant de l
'installer à l'école.
Alors là c'est complet.
Toi aussi, hein, t'es un beau faucheton.
Oui, oui, on va régler ça à la mairie, tu parles. En attendant, elle est
toujours là.
Christiane, s'il te plaît, il y a du monde, hein. Et alors, j'ai rien à
cacher. Je vais convoquer M. Novak à la mairie.
Pourquoi tu veux le convoquer à la mairie ? Il est là, nous aussi.
Et puis vous, vous le savez bien que l'école, c'est la propriété de la
commune, non ? Vous n'avez pas le droit de décider comme ça, d'y loger n'importe
qui.
Vous n'avez pas assez avec l'histoire de la cantine, non ? C'est de l'abus de
pouvoir, ça, moi je vous le dis.
Et en plus, c'est faire du... C'est de l'abus de pouvoir.
Elle n'ose même pas nous regarder.
Elle nous doit plus de 12 000 francs, elle vient dîner au restaurant.
En rêve.
Je vous souhaite seulement de ne pas être à sa place.
Quant à l'école, c'est obligatoire.
Alors je veux les enfants demain matin, en classe.
Dieu.
Il doit être jaloux des copains que tu n'aies que deux étages à descendre.
Qu'est-ce qu'il y a, Xavier ? Qu'est-ce que je vais raconter à mon maître ? Tu m
'as pas fait de mots d'excuse. C'est pas grave, t'en as pas besoin.
Vas-y vite, tu es en retard.
Elles vont avoir d'habiter ici.
La poulée, ça va venir se chercher.
Mathieu, j'arrête ! Mais c'est pas le moment de faire du karaté, vous deux.
Allez en classe.
Je vous laisse marcher.
Bon, ce matin, je vais vous rendre les rédactions.
Il y a des choses très, très bien.
Cécile et Nathalie... Et cet après-midi, on commence le tournage.
Ouais ! Alors, comme prévu, c'est Xavier qui filme Mathieu. J'ai plus envie de le
faire. Ah non.
Ou tout le monde filme, ou personne.
Alors, tu vois ça avec tes copains.
Tiens, Patou, tu dis... Merci.
Je suis désolée, mais vous ne correspondez pas à ce que nous
recherchons. Pourquoi vous ne marquez pas sur votre CV ? Tout le monde est
informatisé maintenant.
Je suis prête à apprendre.
Vite, je vous assure.
Nous ne sommes pas ici pour former du personnel, enfin.
Même un poste de femme de ménage, peu importe pourvu que je travaille.
Voyez ces dossiers ? Des demandes, j'en ai cent fois plus que je ne peux en
pourvoir.
comme ça faire tomber c'est pas pour de vrai vous êtes prêt
oui ouais allez bien je vois rien tu
fais exprès non non julien il ne fait pas exprès on peut pas rester comme ça
longtemps vous avez intérêt à filmer reposez vous deux minutes ou deux qu'est
ce que tu vois dans ta caméra c'est tout lent et il est où le soleil il est là
Oui, bah tu t'es mis exactement dans le soleil. T'es en plein contre-jour, là.
Avec mon père, ça marche toujours.
Oui, c'est parce qu'il a l'habitude, sûrement.
Une caméra, c'est comme un œil.
Quand vous regardez le soleil en face, quand tu regardes le soleil en face, t
'es ébloui, c'est normal.
Parce qu'il y a trop de lumière.
T'as qu'à changer de place.
Mais ouais, mais si je change de place, il faut moins beau.
Qu'est-ce que tu veux filmer ? Est-ce que tu veux filmer un décor ou Mathieu ?
Ouais. Faut s'adapter, hein.
Voilà, là, ça va, c'est bon, pas trop loin.
Vous pouvez y aller.
Ça, c'est le Yoko Geri.
C'est pas comme ça, tu te trompes.
Pourquoi tu me dis ça ? Qu'est-ce que tu paries ? Qu'est-ce qui se passe encore ?
Tu veux pas me croire que ça c'est le Yoko Geri ? Je vais faire un Yoko Geri
quand même.
Vous êtes sûr ?
C'est vous qui m'avez dit que c'était la meilleure solution.
Alors... Alors... Alors... Tu t'appelles comment ?
Mathieu Alanis. J'ai 11 ans depuis une semaine.
Tu fais du karaté depuis combien de temps ? Trois ans.
Des ceintures quoi ?
Verte et toi.
Moi aussi.
C'est vrai ce que tu dis, qu'on va venir nous chercher, ma mère et moi ? Qu'est
-ce que tu peux répondre ? C'est interdit d'habiter à l'école.
C'est ma mère qui me l'a dit.
Pourquoi c'est interdit ? On fait rien de mal.
Je sais pas, moi.
Et c'est pas moi de répondre.
Mais je filme.
Trois tablettes ! de chocolat ! C'est fou tout ce qu'elle peut bouffer celle
-là ! Dis, comment tu vas faire si tu peux plus rester à l'école ? Confitir de
framboises ! Ça te plaît toi d'habiter à l'école ? Bah ouais, c'est vachement
pratique, je suis juste au-dessus de la classe.
Moi j'ai l'impression de travailler tout le temps.
Mon père il est au chômage, mais on a quand même une vraie maison. Moi aussi
je veux en avoir une de vraie maison, ma mère elle a trouvé un travail ! Ouais !
Génial !
J'ai perdu ma voiture.
Je peux vous rembourser.
Vous voulez vérifier ? Non, ça ira.
Je ne vous dois plus rien.
Vous allez faire comment sans voiture ?
Ça n'a pas marché.
Manque d'expérience, manque de qualification.
Enfin, manque de tout, quoi, comme d'habitude.
Maintenant, ça n'a plus d'importance, je m'en vais.
Vous partez où ? Paris.
Ici, j'ai aucune chance.
Et vous emmenez Mathieu ? Il va dans un foyer à Annecy, on a trouvé une place
tout de suite. Juste le temps que je trouve du travail.
Tu verras. C'est très bien.
Je m'en fous, j'irai pas.
Pour l'instant, c'est la seule solution.
Tu m'avais promis qu'on se quitterait jamais. Mais c'est juste pour quelque
temps.
Tu m'avais promis.
C'est vrai, j'avais promis.
T'es une menteuse.
Écoute-moi bien, Mathieu.
Dès que j'aurai trouvé du travail, je viendrai te chercher.
Je te crois pas. Je te croirai plus jamais.
Mais après, tu verras, tout ira bien.
Tu dis ça, mais c'est pas vrai.
Tu ne m'aimes pas. Tu ne m'as jamais aimé.
Mais tu reviens.
Dieu, je veux plus jamais te voir, plus jamais.
Faut que j'y aille.
Pourquoi c'est dur comme ça ? Tu
te souviens quand on a parlé de l'éclipse ? La lune qui se met devant le
soleil et puis c'est la nuit.
La lumière, elle revient après.
Mais dans la vie, c'est un peu la même chose. Des fois, on est dans la nuit.
Et puis la lumière, elle revient avec les couleurs, avec la chaleur.
La lumière, elle revient toujours.
Allez, vas-y.
Point-virgule.
Des milliers de vaguelettes, après un point-virgule, on met une minuscule,
vous savez, renvoyaient des éclats
de soleil.
Qu'est-ce que t'as, Julien ? Pourquoi il nous a rien dit, monsieur ? Nous, on
était ses amis.
Il a pas voulu vous ennuyer avec ça.
Faut le comprendre.
Si on nous explique pas, on peut pas comprendre.
Bon, je vous explique.
Mathieu, il est parti à Annecy dans un foyer de la DAS.
Mais pourquoi ? Parce que sa mère, elle cherche du travail par ici et puis elle
n'en trouve pas.
Elle n'a plus d'argent pour s'occuper de lui.
Monsieur, les chômeurs, ils sont payés ? C'est mon père qui me l'a dit.
Question c'est à toi.
Mon père, il touche rien du tout. C'est sûr, si on cherche du travail pendant un
certain temps, il arrive un moment où on touche plus d'argent pratiquement.
Donc, on ne peut même pas se loger puisqu'on n'a pas de sous.
C'est pour ça qu'il y a des gens qui couchent dans la rue ? Oui, c'est pour
ça.
Bon, allez, on continue.
Des milliers de vaguelettes renvoyaient des éclats de soleil.
Vous avez vu ce qui se passe chez Cordaz ? 25 licenciements.
Ça va ? Qu'est-ce que je vous sers ? Un verre d'eau, je veux bien, j'ai soif.
Et puis cette fois, c'est pas du petit lait, hein. Ils ont écrémé par le haut.
Quoi, heureux qu'ils ne ferment pas complètement.
Autant tout raser.
En tout cas, ils ne se rendent pas compte de ce que ça représente pour un
village comme le nôtre, ça.
Je veux dire qu'à la mairie, vous n'avez pas bougé le petit doigt.
Pour toucher les taxes professionnelles, ça, on peut défendre les emplois.
Qu'est-ce qu'ils vont devenir ? Et moi, qu'est-ce que je deviens ? J'attends ?
On attend tous ? Quoi ? On se le demande.
Eux, ils licencient et moi, la petite, elle me laisse tomber. Mais je te l
'avais dit.
T'as qu'à m'embaucher avec un beau tablier blanc.
Parfait.
Dites, c'est vrai pour le petit Mathieu ? C'est s'il est rentré en pleurs de l
'école.
C'est vrai, ouais. Sa mère va partir à Paris.
À Paris ? C'est pas encore plus difficile là-bas ?
Mais pourquoi toi ? Oh écoute, à quoi ça sert de te mettre dans cet état ? C'est
injuste ! On s'y attendait un peu, non ? Et c'est tous les faits que ça te fait ?
C'est évident qu'en fusionnant, il n'allait pas conserver deux services de
comptabilité. Ouais, ça c'est bien toi ça.
Tout glisse sur toi.
Tu dis jamais rien, jamais.
Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? La grève ? Maman,
je veux pas être dans le foyer, je veux rester avec vous.
Mais qu'est-ce qui t'a mis ces idées-là dans la tête ?
Bah tu es parti parce que sa mère n'avait pas de travail. Moi je veux pas
vous quitter.
Tu ne quitteras pas.
Je te le promets.
Mon mari a été licencié.
Je sais, je sais, je l'ai entendu dire.
Je suis vraiment désolé.
On voulait pas que Xavier le sache.
Il a tout entendu, il était bouleversé.
Voilà, je voulais vous le dire.
Vous avez bien fait.
Je crois que vous avez trop parlé de ces choses-là en classe.
J'ai pas trop parlé de ces choses-là. Vous savez, les enfants vivent ça au
quotidien.
Si vous voyez Marie à la Nice...
Vous pouvez lui dire que j'aimerais lui parler ? Elle est partie voir son fils,
Annecy.
Elle sera là ce soir, je lui dirai.
Merci.
Mets ta jambe là.
Comme ça.
Tu me tiens trop bien.
C'est pas pour toi.
Vous êtes prêts ? Oui, monsieur.
Allez.
Moi, c'est génial.
On peut pas rester comme ça encore. Vous avez un terrain fumé.
Alors réfléchissez, reclosez-vous Dominique.
Une caméra, c'est comme un œil.
Quand vous regardez le soleil en face, vous êtes l'œil.
Va plus vite, va jusqu'à l'interview.
Comment tu t'appelles ? Mathieu Alanis. J'ai 11 ans depuis une semaine.
Tu fais du carré depuis combien de temps ? 3 ans.
T'as quelle ceinture ? Verte et toi ? Moi aussi.
J'aimerais bien qu'il revienne, Mathieu.
Pourquoi tu veux qu'il revienne ? C'est pas ton copain ? Ma mère m'a dit que s
'il revenait, il irait dans la maison de ma grand-mère. C'est vrai ce que tu dis,
qu'on va venir nous chercher, ma mère et moi ? Euh, on arrête ? Non, non, non,
continuez. Au contraire, il serait content, Mathieu. Il voyait que vous le
regardiez. On s'en fout de le regarder, nous. On veut qu'il revienne.
On voudrait tous qu'il revienne.
Elle vous a parlé, ma mère ? Non, c'est pas à moi qu'elle voulait parler, c
'était à la maman de Mathieu.
Elle vous a dit pour la maison ? Elle m'a pas dit, mais je t'ai entendu à l
'instant. C'est moi qui lui ai demandé.
Même qu'elle a dit oui.
Et que si la mère de Mathieu payait pas, c'était pas grave.
Eh, monsieur, faudrait le dire à Mathieu ! Alors il va revenir ? S'il a une vraie
maison ? Oui, mais c'est gentil d'y avoir pensé, Xavier, mais le problème, c
'est que la maman de Mathieu, elle a toujours pas de travail.
Mon père aussi, il a plus de travail.
Alors t'es comme moi maintenant.
Puis comme moi aussi.
Ça veut dire qu'elle reviendra jamais.
Cécile ! Alors ça sert à rien tout ce que j'ai fait ?
Mamie, il faut que je te parle. C'est pas le moment.
Mais qu'est-ce que tu fais là ? Pourquoi t'es pas à l'école ? Il faut que je te
parle.
Bon alors, tu me dis ce que t'as à me dire et tu me laisses travailler.
Qu'est-ce qui se passe ? Il y a ma grand-mère qui veut vous parler.
Qu'est-ce qu'elle veut ? Je sais pas.
Écoute, passe en dehors, tu lui diras, je suis fatiguée.
Elle va pas être contente.
Pourquoi ? La dis tout de suite, parce qu'après vous allez partir.
Cette idée, c'est la gamine.
Je lui dis, ça sert à rien, elle va à Paris.
Elle a tellement insisté.
Quel rapport avec mon départ ? Je comprends pas.
La fille qui m'aide m'a lâchée.
Après avoir joué les épleurés parce que son copain l'avait quittée, du jour au
lendemain, elle part avec un autre.
Alors comme j'arrive pas à trouver quelqu'un,
j'ai pensé à vous.
Bon.
Vous partez.
Puis entre nous, faire les lits, faire le ménage, faire le service... C'est pas
votre style, hein ? Pourquoi vous dites ça ? Moi, j'ai jamais eu aucune
prétention.
Je suis prête à faire n'importe quoi pourvu que je travaille.
Vous êtes d'accord ? Merci.
Ah non, alors là, des merci, j'en ai entendu toute ma vie. Ça veut pas dire
grand-chose.
Tout ce que je veux, c'est du bon travail.
Ah, Françoise logeait dans le petit studio derrière.
Alors si ça peut vous dépanner, allez venez, je vais vous montrer.
Dora m'a engagée.
Et Mathieu, vous avez pu le voir ? Non, il a encore refusé.
Mais qu'est-ce que c'est que cette brute d'enfant ? Vous allez voir le savant que
j'ai vu passer ? Faire ça à sa mère ? Vous acceptez que je le prenne avec moi
?
Je crois que si je refusais, Cécile aussi ne m'adresserait plus la parole.
Pas vrai, petit monstre ?
d'Albi contre Xavier Boussard de Rumilly.
Mathieu Alanis, premier appel.
Mathieu Alanis, deuxième appel.
Pour le troisième et dernier appel, Mathieu Alanis.
Je me dépends à Jimei.
Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !
30 secondes.
Yame.
Et c'est ma dernière semaine.
Quand vous passerez dans la région, il y a une chose que j'aimerais, c'est vous
loger chez moi.
Et puis je dis pas ça pour avoir un client de plus.
Mais vous en doutez ? Je sais, je sais.
Ça me permettra de vous inviter à dîner, en espérant ne pas être dérangé cette
fois.
Vous savez déjà où vous allez être nommé ? Excusez-moi, Xavier vous a dit ? Oui,
je sais, pour votre mari.
Vous avez trouvé du travail à Rennes, c'est ça ? Oui, Rennes, j'ai eu beaucoup
de chance.
On a mis la maison en vente.
J'ai du mal à m'imaginer.
J'ai toujours habité là, moi.
Excusez-moi.
Vous n'avez pas répondu à ma question ? Non, je ne sais jamais à l'avance où je
serai nommé.
Bon, il ne reste plus que le hasard, là.
Ah non, ils ne vont pas recommencer.
Et vous n'êtes pas assez bagarrés tous les deux, là ?
Je montrais juste à Mathieu que s'il avait mis son pied ici, il aurait eu l
'avantage. Ah bon.
Puis comme ça, t'aurais gagné au moins.
T'as rien compris.
On s'en fout de gagner.
Bah alors à quoi ça sert ?
Pourquoi
tu restes à Londres, maman ? Viens.
Viens.
C'est beau la lumière, non ?
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