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Couronne, branches de sapin, lilas,
ruban et argent sur crêpe noir. C'est bien ça ?
Oui.
Qu'inscrit-on ?
Sur le ruban de deuil.
Je vois.
Écrivez :
"Au grand..."
Non.
"Au plus..."
Attendez.
Écrivez : "À mon cher..."
Faites-vous des enterrements tout simples ?
Attendez une minute, monsieur. Madame est occupée.
Non.
Voilà.
"Son épouse qui l'idolâtrait".
Et vous viendrez avec moi.
Le capiton en maroquin, pas en velours.
-C'est possible. -Et pour le bois ?
Ces événements reflètent la réalité de la fin du XIXe s. en Russie.
Divorcer après un mariage religieux
requérait une autorisation impériale ou une décision de justice.
L'épouse n'apparaissait que sur les papiers de son mari
et ne pouvait voter.
Saint-Pétersbourg 1893
Son épouse...
Il aurait fallu un voile plus épais.
Je ne vous demande pas votre avis.
Je veux que tout le monde voie qui est venu.
Écartez-vous.
Avance. On attend le corbillard.
Allez.
Il a dîné au café Leiner...
Quelle foule.
Ce n'était même pas un général...
Un billet pour les funérailles ?
Un billet pour les funérailles ?
-Combien ? -Ça dépend du nombre.
Le masque mortuaire est fait ?
Oui, Tselinski est venu.
-Ah? Et où est-il ? -Je ne sais pas.
Ils envoient des centaines de médecins en province
pour empoisonner les puits.
-Ils appellent ça "chlorure de chaux". -Faites quelque chose.
Laissez passer la veuve.
Laissez passer la veuve.
Il faut purger la population.
C'est ce Leiner qu'il faut envoyer au bagne.
Laissez passer la veuve.
Ils disent qu'il doit être enterré à Moscou.
Restez ici.
"... Détourne Ta face de mes fautes, et tout mon mal, efface-le
Dieu, crée pour moi un cœur pur, Restaure en ma poitrine un esprit ferme
Ne me repousse pas loin de Ta face Ne m'enlève pas Ton esprit de sainteté
Rends-moi la joie de Ton salut, Assure en moi un esprit magnanime
Aux rebelles j'enseignerai Tes voies Vers Toi reviendront les pécheurs
Affranchis-moi du sang, Dieu de mon salut, et ma langue acclamera Ta justice
Je T'eusse offert des sacrifices, Mais Tu ne veux pas d'un holocauste
Le sacrifice à Dieu est un esprit brisé, et Dieu ne dédaigne pas un esprit brisé
Répands Tes bienfaits sur Sion Rebâtis les remparts de Jérusalem.
Tu agréeras des sacrifices de justice Et on offrira des taureaux sur Ton autel."
Que fait-elle ici ?
Je vous le demande.
Qui l'a invitée ?
Je te hais.
Je te hais.
Je te hais.
Jamais il n'y eut d'amour.
Tu voulais juste te marier.
Et tu es parvenue à tes fins.
Quelle folie m'a pris, alors ?
À quoi a servi
cette vile tragicomédie ?
LA FEMME DE TCHAÏKOVSKI
Moscou 1872
Moins fort.
... merde.
Consternant.
Moi? Consternant? Elle est consternée.
Merci pour votre gentillesse.
Il faut faire cesser les rumeurs que maman répand sur papa.
Maman pourrait déshériter les filles.
Il n'a pas fait de testament.
Maman vit des rentes de la propriété. Sois indulgente avec Antonina.
Ils partagent l'héritage, comme ils se sont partagé Antonina.
Je te sens hésitante, ma chère.
J'ai une faveur à vous demander, madame.
Pouvez-vous me présenter à Tchaïkovski ?
Je souhaite entrer au conservatoire. J'aurais des questions à lui poser.
Encore une lubie.
Venez.
-Tu pars déjà, Piotr ? -Oui.
Merci pour cette belle soirée, ma chère. Je vais me coucher.
Attends, je veux te présenter ma nièce, Antonina Milioukova.
Elle souhaite entrer au conservatoire.
Au conservatoire ?
Pour quoi faire ?
Mariez-vous, plutôt.
Vous voulez dire : "Au plus tôt",
en deux mots.
Mozart, Salve Regina.
Transposez cette mélodie
un ton plus bas pour la fois prochaine.
Écrivez tous les intervalles purs que vous connaissez.
En partant du fa de la première octave. Allez-y.
Ça ne va pas. Recommencez.
Non, arrêtez.
-C'est un passage difficile, monsieur. -Aux orties, alors.
Anatoli, tu as un bémol, là.
Vous comprenez, chers amis, je voudrais que ça sonne comme...
comme... le lever du soleil.
Je voudrais l'adresse de M. Tchaïkovski.
Piotr Ilitch.
Modèles de lettres d'amour
Attention.
-Bonjour, mademoiselle. -Bonjour.
-Antonina Milioukova ? -C'est moi.
C'est pour vous.
Pardonnez-moi
de ne pas vous recevoir comme je le souhaiterais.
Je n'ai qu'une seule pièce.
Ce n'est pas grave, vraiment.
-Je peux ? -Bien sûr.
Vous savez, depuis le premier jour,
je n'ai qu'une envie :
me jeter à votre cou et vous embrasser.
Puis passer ma vie à vos côtés.
Mais de quel droit le pourrais-je ?
Je ne suis pas une admiratrice écervelée.
Pour être honnête, je ne savais rien de votre gloire,
ni ne connaissais vos compositions.
Mais je suis presque un vieillard.
Peut-être vous ennuierez-vous avec moi.
Ce qui m'a plu en vous, je ne le retrouverai chez personne.
Je ne veux plus regarder un seul homme après vous.
Je traverse une passe peu reluisante.
Des difficultés financières me tourmentent beaucoup.
Cela m'empoisonne la vie.
Et paralyse mon travail.
C'est surmontable.
J'ai une assez belle dot : une forêt, sur un terrain non cultivable,
près de la propriété de mon père, dans le district de Kline.
L'endroit est très beau.
Si on a la chance de vendre ma part,
on peut en tirer environ 10 000 roubles.
Merci. La question n'est pas là.
On m'a promis de placer mon argent
avec un rendement de 12 % en gageant la maison.
Mademoiselle Milioukova...
Vous êtes si différent des autres hommes. C'est vrai.
Je ne pourrais être
heureuse
qu'auprès de vous.
Avec vous.
Et je voudrais vous protéger, que personne ne vous importune.
Je suis une jeune fille bien, honnête.
Je ne peux rien vous cacher.
Mon premier baiser sera pour vous.
Ayez la bonté de me pardonner.
Je ne pourrai pas vivre sans vous et me suiciderai sans doute.
Laissez-moi vous embrasser.
Pour me souvenir de ce baiser dans l'au-delà.
Vous me faites peur.
Mlle Milioukova, je ne mérite pas un tel sacrifice.
De plus,
chère mademoiselle,
ne soyez pas si exaltée.
Essayez de...
prendre sur vous.
Votre A.M., pour l'éternité
Il n'est pas mort.
Il s'est incarné en moi.
En moi qui suis morte et enterrée depuis si longtemps.
Mais il est là, en moi,
le pécheur.
Je ne le souhaite pas à mon pire ennemi.
Jamais de sa vie il ne fut mon ami.
C'était mon despote et mon tyran.
Vilipendé par le monde entier,
il ne se vengeait que sur moi,
épanchant sa colère sur moi seule.
Les putes...
Les sales putes.
Tu te rends compte ?
Ces putes.
Elles se moquent de moi.
Elles me disent qu'on ne m'a pas mariée devant Dieu.
Tu vois quelles putes c'est ?
On me torture.
On veut me baiser, tu te rends compte ?
Des inconnus entrent dans ma chambre
et m'empoignent.
Ils m'empoignent, tu comprends ?
Ils frappent.
Ils frappent comme ça à la porte. N'y va pas.
Tu ne sais pas ce que Dieu te réserve.
Va au cimetière.
Va plutôt tout de suite au cimetière.
Je suis sa femme.
Je suis sa femme.
-Qu'est-ce que ça veut dire ? -C'est un bon présage.
Elle est très jolie.
Attention.
Antonina Milioukova
P. I. Tchaïkovski
Mlle Milioukova, votre lettre m'a beaucoup touché.
C'est la stricte vérité.
Je vous aime du plus profond de mon cœur.
Mlle Milioukova...
Il y a une semaine, j'ai écouté un homme me déclarer
qu'il m'aime depuis l'école et m'attend depuis cinq ans.
Mais je ne l'aime pas
et l'ai écouté, indifférente.
Comme vous, à la lecture de ma lettre.
Une jeune fille follement amoureuse.
Mais qui ne le serait pas ?
Mademoiselle Milioukova.
J'ai bien réfléchi.
Je vais vous dire :
je n'ai jamais aimé aucune femme dans ma vie
et me sens trop vieux
pour une ardente passion.
Je n'en éprouverai plus pour quiconque.
Mais, si vous pouviez
vous satisfaire
d'un amour calme,
paisible,
comme celui d'un frère, alors...
je pourrais demander votre main.
Monsieur Tchaïkovski...
Je me dois d'être franc : je suis irritable,
nerveux,
insociable.
Les attentions me sont étrangères
et je ne goûte guère à la vie quotidienne.
J'ai plein de défauts.
Vos défauts ne me gênent pas.
Sans eux, je ne vous aimerais pas si fort.
Il y a une chose que vous ne saisissez pas.
Aucun défaut ne peut me faire cesser de vous aimer.
J'ai peine à supporter ces journées sans vous voir.
Vous êtes si différent des autres hommes.
Je serais comblée d'être simplement à vos côtés,
de vous protéger des importuns.
Cela veut dire...
que vous dites oui ?
Oui.
Je dis oui.
Une promenade? Et puis quoi, encore.
Tu devrais prier pour la santé de ta mère jour et nuit.
Il n'y a qu'elle qui ait besoin de toi.
Elle n'est pas éternelle. Tu ne sers à rien.
Tiens donc.
Qui est-ce ?
C'est quoi, cette mine de déterrée ?
Je suis fiancée.
Tchaïkovski m'a demandé ma main.
Quoi ?
Qui est-ce ?
Pourquoi une telle précipitation ?
Et d'abord, qui est ce Tchaïkovski ?
Un compositeur célèbre à Moscou.
C'est pas à toi que je parle.
Il compose quoi, d'abord ?
Je n'ai rien entendu de positif.
Ni lu, d'ailleurs. Sauf que c'est très moyen, sans grâce aucune.
On est loin de Mendelssohn.
-Il y a des choses bien. -Ne t'en mêle pas.
Continue de la nourrir.
Et pourquoi est-ce si soudain ?
Sans demander la bénédiction de ta mère, te voilà déjà à l'église.
Nous nous aimons. Il est gentil et tendre.
-Il a toute ma confiance. -Tu le connais à peine.
Je le connais.
-D'où le connais-tu ? -Maman, arrête.
Ne contredis jamais ta mère.
À moins que...
tu veuilles faire pareil ?
Pareil que ta sœur ?
Je te pose une question.
C'est tout lui, cette musique.
Mon Piotr.
Je le connais.
Il faut manger, allez.
Il me faut au moins 10 000.
Je peux te donner ma part.
Te la céder.
La forêt vaut 8 700 roubles.
On peut la vendre.
On réunit les parts et ce sera ta dot.
Surtout ne dis rien à notre mère.
Toi, belle jeune fille,
Explique-nous ton amour...
Moscou 1877
Sans mains, sans pieds, sans mère,
pour un kopeck, pour des mains généreuses, je prie Dieu.
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Ce n'est rien. Ça arrive.
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Au nom du Père,
et du Fils...
Rendez continuellement grâces
à Dieu le Père, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ.
Soumettez-vous les uns aux autres dans la crainte du Christ.
Que les femmes le soient à leurs maris, comme au Seigneur.
Le mari est le chef de sa femme,
comme le Christ est le chef de l'Église,
Lui le sauveur du Corps.
Comme l'Église se soumet au Christ,
les femmes doivent se soumettre à leurs maris.
Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Église...
Gloire à Toi, Seigneur.
Heureux ceux qui craignent Yahvé et marchent dans Ses voies.
Du labeur de tes mains tu te nourriras,
heur et bonheur pour toi.
Ton épouse : une vigne fructueuse au cœur de ta maison.
Tes fils : des plants d'olivier à l'entour de la table.
Voilà de quels biens sera béni celui qui craint le Seigneur.
Qu'Il te bénisse et puisses-tu voir Jérusalem dans le bonheur
tous les jours de ta vie.
Tu verras les fils de tes fils. Que la paix soit sur Israël.
... Car nous sommes membres de Son Corps.
Voici donc que l'homme quittera son père et sa mère
pour s'attacher à sa femme
et les deux ne feront qu'une seule chair :
ce mystère est de grande portée.
Je veux dire qu'il s'applique au Christ et à l'Église.
Du reste, que chacun de vous aime sa femme comme lui-même
et que la femme révère son mari.
Longue vie.
Protège-le, mon Dieu.
Fouette, cocher.
Enfants, bonheur et santé.
Donne-moi ton verre.
Drôle de dîner.
On aurait cru un enterrement.
Que vas-tu faire ?
Dormir.
Demain, on part à Saint-Pétersbourg.
Je vais rencontrer son père.
-C'est bien. -Oui, c'est bien.
Aliocha.
Apporte-moi de l'eau.
Merci.
Messieurs, compartiment n°3.
Piotr Ilitch.
Je me demandais...
Je me demandais si c'était toi. Pardon.
C'est bien toi.
En route vers la capitale ?
Oui, pour une semaine.
Sergueï.
Je te présente M. Tchaïkovski, notre meilleur compositeur.
Tu as maigri.
Viens, reste pas planté comme ça.
Pardon.
Voici Sergueï,
trompette de la garde impériale.
Un petit sourire ?
Je l'ai inclus dans notre cercle. Très prometteur.
Permets-moi de te présenter ma femme.
Antonina Tchaïkovski.
-Pardon. -Pardon.
Vladimir, un vieil ami
du temps de mes études de droit.
Ta femme ?
Ma femme.
Piotr, je ne m'en remets pas.
Tu... tu t'es marié ?
Hier.
Hier ?
Madame.
Prince Mechtcherski.
Toi, un mari.
Je n'en crois pas mes yeux.
On est là ensemble.
C'est en désordre.
C'est donc là...
Comment avez-vous fait ?
C'est de la pure sorcellerie.
C'est un célibataire invétéré.
Ne vous dérobez pas. Quel est votre secret ?
Sergueï,
il nous le faut absolument.
Le secret, c'est l'amour, prince.
Incroyable.
"Le secret, c'est l'amour", tu as compris ?
Dès que le train démarre, je viens te retrouver.
Sergueï est là, moi dans la voiture suivante.
Si on m'avait dit...
"Le secret, c'est l'amour."
C'est évident.
Messieurs, le train va partir.
Je t'attends.
Stepan.
La voiture suivante, Piotr.
Merci.
Russki Bazar -Journal pour dames
Où es-tu ?
Laisse.
Où en serons-nous dans un an ?
Saint-Pétersbourg 1877
Demain, on voit Jurgenson, Davydov et Bessel.
Puis on ira au théâtre.
Tu as beaucoup plu à mon père.
D'ordinaire, il est bien plus dur avec moi.
Là, il a même plaisanté.
Que m'ont-ils donc donné à manger ?
Il faut que je travaille.
Je n'en ai ni la force ni l'envie.
Dès notre retour à Moscou, je m'attelle à mon opéra.
Bonjour.
Ce sont des vrais, tes coraux ?
Non.
Grands dieux.
Ma femme porte de faux coraux.
Je n'en ai pas de vrais.
Je n'aime pas ça.
Ils ne sont pas vraiment faux : ils sont faits de fragments.
Une fois qu'ils sont pilés, on en fait comme une pâte,
qui ensuite donne ceci.
C'est M. Tchaïkovski.
Pardon, madame, de vous avoir ôté votre cavalier.
Notre joie prévaut sur l'étiquette.
Mon épouse, Antonina
Tchaïkovski.
Oui, Kotek nous a écrit une lettre.
-Haute en couleur, même. -On était très inquiets.
Je reviens.
Alors, Anatoli, comment ça va ?
Je dois vous dire que gagner sa vie en jouant de la musique
est la chose la plus pernicieuse qui soit.
Tu as enfin compris.
M. Rubinstein m'a prévu un concert.
On compte aller en Europe.
-Barcewicz compte y aller aussi. -On y va tous.
Je ne me plains pas.
Mais vous avez disparu.
Et moi, j'attends toujours
un nouveau morceau pour violoncelle.
Allez-vous nous quitter pour une vie de famille ?
Je comprends.
Je ne veux pas vous retenir.
Madame.
C'est Brandoukov.
Je ne le pensais pas ici.
C'est l'un de tes élèves.
Oui. Anatoli...
Ce n'est pas de ma faute.
On m'avait dit que la forêt se vendrait facilement.
Cette lettre est un coup de tonnerre.
Je ne m'attendais pas à cela.
C'est comme un châtiment.
Je dois finir mon opéra,
mais ces tracas m'en empêchent.
Aliocha.
Maman dit qu'on peut l'hypothéquer sur un an
pour 2 500 roubles.
Je sais que vous escomptiez bien plus.
Je ne suis pas en état de parler de cela.
-Prépare mon lit. -C'est fait.
Ce n'est pas possible.
Il faut payer l'appartement, prendre les eaux,
soigner mon estomac.
Je comptais sur cet argent.
Il va falloir emprunter aux amis, s'humilier...
Pardonne-moi
d'être si rude,
si irritable.
Je suis habitué à être seul.
À n'être responsable que de ma vie, et soudain...
Je ne le suis plus.
J'ai quelqu'un d'autre.
Je ne m'y fais pas.
Il me faut du temps pour...
m'habituer à cette situation.
-Du temps. -Oui, je comprends.
Je te suis entièrement.
Rien que tu fasses ne me contrariera. Je veux juste prendre soin de toi.
Où est ma valériane ?
Moscou 1877
Encore.
Fiche-moi le camp.
J'ai dit : "Fiche-moi le camp."
-Dehors, voleuse. -J'ai rien volé.
-Qui a pris l'argent ? -Lui, peut-être.
Qui ?
-Lui. -Je jure que non.
Cesse de calomnier les honnêtes gens.
Je te traînerai en justice. Dehors.
Maître, j'ai rien volé.
Elle a volé l'argent et n'avoue pas.
Elle dit que, sans elle, l'appartement sera sans surveillance.
Autant m'en occuper moi-même.
Tais-toi.
Maître, j'ai rien volé.
Rien du tout.
Je ne veux plus te voir ici.
J'ai rien volé du tout.
Quelle sale engeance.
Nous allons nous faire photographier.
Je m'absente une demi-heure. Prépare-toi.
Je viendrai te chercher.
Mais ne mets pas ta robe rouge.
Je ne la supporte pas.
Mets-en une plus sombre.
M. Tchaïkovski, asseyez-vous ici.
Essuie.
Studio Diagovtchenko Moscou, 1877
Madame Tchaïkovski, ici.
M'assieds-je aussi ?
Non, mettez-vous plutôt debout ici
et accoudez-vous comme ça.
Faites-nous une belle photo.
Le portrait qu'a fait Panov de mon mari m'a fait de la peine.
Sans faute.
Voilà.
Où dois-je regarder ?
Regardez ce mur.
M. Tchaïkovski le fait toujours.
Au coin, où se trouve l'insecte écrasé. Lui aussi me fait de la peine.
-Où est-il ? -Là-bas.
Un peu plus haut.
Donnez-moi quelque chose.
Un livre, par exemple.
Pouchkine.
Pardonnez-moi.
Range ça.
On ne bouge plus. On ne respire plus.
Quelle nuit paisible J'aimerais tant ne penser à rien
Et respirer à pleins poumons
Et tendre l'oreille
Essayer
En craignant que des mots, des bruits
Que des mots, des bruits
Ne viennent troubler ce calme...
Le trille est à la peine.
Mais mon âme est fébrile Une pensée chagrine l'agite...
-Allez. -Non.
Juste une fois, je vous en conjure. S'il vous plaît.
Une autre nuit m'est revenue à l'esprit
M'est revenue à l'esprit
Une nuit fatale
Une nuit d'adieu
J'aurais alors tendu les bras, implorant
"Dis-moi un mot de compassion
Jette-moi comme avant un regard plein de tendresse
Un regard plein de tendresse
Sans quoi je ne connaîtrai pas le bonheur"
Mais l'avanie m'a lié la langue
À bout de forces, je baisse la tête
Quand l'orgueil à mesure enivrait mon âme
Ce qui était tendresse s'étiolait sans relâche...
Gardez-vous de pécher.
Pas de viande pendant le carême.
M. Botchetchkarov, une rondelle.
Seulement si la rondelle est belle.
Vladimir, faites couler le champagne.
Qui veut des bulles enchanteresses ?
Je vous en supplie.
À ma grande honte,
je ne savais rien de ses succès ni de sa gloire.
Alors qu'il est si célèbre. C'est le plus grand. Je...
-Savez-vous pourquoi il est célèbre ? -Dites.
Pour sa jeunesse, sa couperose et sa santé.
Ma chérie, quel esprit. Toujours brillant.
Sa couperose.
Tu es en verve.
Antonina est assez bonne musicienne.
Au conservatoire, Langer et Albrecht furent ses professeurs.
-J'ai quitté le conservatoire. -Peu importe.
50 roubles le semestre, c'est très cher.
Oui, très.
Durant l'année au conservatoire, je n'ai rien su de sa gloire.
La gloire, allons donc.
Vous voulez du champagne ?
Servez sa femme.
C'est plein de vitamines, allez-y, allez-y.
Difficile pour une jeune fille qui travaille de devenir musicienne.
Et je ne parle même pas d'être un jour célèbre.
Difficile, même, d'enseigner la musique.
C'est peu payé, or il faut bien vivre.
Je n'avais même pas de piano, comment aurais-je connu sa musique ?
Piotr, quel homme heureux.
On vous aime tant,
on vous vénère pour vos...
compositions, votre talent, votre musique.
Le bonheur ne serait que dans la musique ?
Il m'arrive de la haïr.
-Magnifique. -Génial.
Buvons à cela.
Tu veux un conseil ?
Fuis-le. Et vite.
Quel toast génial.
Buvons.
Messieurs, à la santé de Piotr Ilitch.
Piotr...
Arrête...
Tu es à moi, à personne d'autre.
Personne ne t'enlèvera à moi, tu es mon mari.
Piotr...
C'est impossible.
Aliocha.
Un télégramme du théâtre.
Je dois aller à Saint-Pétersbourg.
Je prends le train postal. Aliocha, ma valise.
Quand reviens-tu ?
Je ne sais pas.
Laisse. Tu m'as mis du papier ?
Allez, ne reste pas là. Au revoir.
"Vous avez la Neva Nous avons Moscou
Vous avez Kniajnine Nous avons Ilyine
Vous avez Khvostov..."
"Vous avez des fripouilles Vous avez des andouilles
Des vers imbéciles...
Pour des... indociles.
Pour des putes indociles."
"Vous dites : Ma foi La Russie tournoie,
Se tord encore Et le cocher dort."
Oh, le cocher.
Merci.
Madame Tchaïkovski ?
Où est Piotr ?
Il est un peu souffrant, mais ne craignez rien.
Je suis venu vous parler.
Et Nikolaï aimerait également vous voir aujourd'hui.
Quel Nikolaï ?
Rubinstein.
Rubinstein ?
Me voir ?
Oui, venez.
Apportez la confiture de framboises.
Asseyez-vous.
Madame,
je vous ai déjà dit
que Piotr Ilitch est un peu souffrant.
Qu'a-t-il donc ?
Il fait une dépression.
Nous l'avons emmené chez le Dr Balinski.
Il est formel : Piotr a besoin de calme, de repos.
Sinon, son mal sera irréversible.
Navré de vous interrompre, Anatoli,
mais je pense que nous devons être plus clairs
pour qu'Antonina ne se fasse pas d'illusions quant au futur.
On n'a plus de framboises.
-Groseilles à maquereau, ça vous va ? -Très bien, merci.
Il a de gros problèmes de santé,
de santé mentale, surtout.
Si nous ne stoppons pas la maladie,
il va devenir fou.
M. Rubinstein...
Pardon, mais nous lui devons la vérité.
Piotr Ilitch est un grand musicien, vous comprenez.
Notre devoir est de tout faire
pour que son grand talent, pas encore totalement mûr,
continue de nous offrir des joyaux musicaux.
Pardon.
Tout cela est fragile.
Une crise peut survenir
et le plonger dans la mélancolie.
Et nous perdrons alors un compositeur
dont le talent ne vous appartient pas,
chère Antonina,
mais qui appartient à nous tous,
aux mélomanes, à la Russie
et peut-être un jour au monde.
Nous verrons bien.
Nous nous battrons pour lui.
Antonina...
Chère amie, laissez-le partir.
Il faut qu'il se repose et qu'il finisse son opéra.
Partez en voyage, seule, sans lui.
On peut arranger ça.
D'autant qu'il n'y a rien à faire à Moscou.
Vivez un peu sans lui, on verra après.
Elle peut aller chez votre sœur à...
À Kamenka, chez Alexandra.
L'air y est très bon et la maison est simple et charmante.
Simple et charmante.
Ensuite, à l'étranger.
M. Rubinstein, un peu de thé, quand même ?
Non, merci.
Antonina,
c'est très important pour nous et Piotr.
-Pour Piotr ? -Oui.
Pour Piotr, je suis prête à tout.
Mais pourquoi ne goûtez-vous pas cette confiture ?
Merci pour le thé et la confiture.
La situation est donc clarifiée.
Sur ce, je me retire.
Ne me raccompagnez pas.
Continuez de discuter avec votre beau-frère
et réglez les détails.
Je ne m'attendais pas aujourd'hui
à voir Rubinstein prendre le thé ici.
Arrête de faire ça.
Va sur ses genoux, et vite.
Et écoute bien.
Ça te plaît? À toi aussi ?
Regarde comment bougent ses doigts.
Kamenka, près de Kiev 1877
Tata Antonina est formidable.
-Allez sur la véranda. -Non.
Je ne veux pas.
Alexandra, il est génial,
délicat, gentil, si gentil...
Tu ne le connais pas du tout.
Bien sûr que si.
Je le connais et il a besoin de moi.
Je crains qu'il n'ait besoin de personne.
Si.
Ni de toi, ni de moi.
Juste de sa musique.
Il écrit un opéra. Ça parle d'amour.
De notre amour.
Il est Onéguine, je suis Tatiana.
Tu veux une injection ?
Ça fait passer le spleen.
Ça m'aide à bien dormir.
Sinon, j'ai des insomnies, des migraines.
Toi aussi, tu as des migraines.
Non, je m'en passerai.
Je ne comprends pas pourquoi il ne vient pas me chercher.
Aurais-je fait quelque chose de mal ?
Tu n'y es pour rien.
Comment t'expliquer ?
Il n'a pas du tout besoin des femmes.
Si, il a besoin de moi. Tu ne peux pas savoir.
Si, justement, je sais trop bien.
C'est ici même qu'il m'a juré de changer de voie,
de renoncer à ses penchants, mais non.
Il m'a promis d'être raisonnable.
À quoi rimait cette comédie du mariage ?
S'il me quitte, je ne lui pardonnerai pas.
Antonina...
Quel égoïste. Autant m'achever pour que je ne souffre pas.
Ils ne pensent qu'à eux, jamais aux souffrances des leurs.
-Antonina, je... -Où vas-tu ?
Alexandra, ne m'abandonne pas, toi.
Dieu sera avec moi si tu l'es aussi.
Il voit ma solitude et t'a envoyée vers moi.
Tania,
tu te trompes.
Tu comprends ce que dit cette musique ?
Écoute.
Chère sœur,
Je me suis toujours demandé où je pourrais fuir loin d'elle.
Ça me tuait à petit feu.
Ses souffrances n'étaient rien en regard des miennes.
Elle a cru m'aimer en m'épousant,
puis a tout fait pour gagner mon affection.
Plus elle s'y employait, plus je la...
haïssais.
Et j'ai fini par ne plus pouvoir me maîtriser.
Tu connais la suite.
Je sais le mal que je lui ai fait,
mais je ne passerai pas un jour de plus avec elle. Épargnez-moi ça.
Tu veux la finir toi-même ?
"Pourquoi est-elle venue chez vous ?
Elle veut m'ôter ma famille.
Dis-lui que je lui demande de partir
et, pour toujours,
de nous laisser tranquilles, les miens et moi."
Alexandra...
Dis-moi quoi faire.
Reste un peu chez nous.
Je vais lui écrire, lui dire qu'il est libre,
puis je me suiciderai.
Enlève la nappe, il va pleuvoir.
Antonina...
C'est un bougre.
Je serai franche : c'est mon frère et je l'aime.
Mais c'est un bougre.
Il est né comme ça, rien à faire.
Un "bougre" ?
Piotr n'aime pas les femmes.
Il aime les jeunes hommes.
Il n'a jamais aimé aucune femme. Sauf maman, peut-être.
Il m'aime. Je suis différente.
Écoute, divorce, sinon tu passeras ta vie à pleurer.
Antonina,
bois ça, ça va te détendre.
Comme tu veux.
Allez au diable.
Je ne suis pas assez bien pour vous.
Je ne dois frayer qu'avec des va-nu-pieds comme moi.
Les génies ne sont pas de mon niveau.
Ils m'écraseront de leur magnificence.
Comme cet insecte sur le mur...
Antonina, tu n'y es pour rien.
Je ne le laisserai pas partir.
N'essaie pas de rivaliser.
Mes frères t'empêcheront de l'approcher.
Vous ne me connaissez pas.
Il n'aura pas le piano.
Je leur ai dit : "Pour toutes les souffrances endurées,
c'est un peu de consolation pour elle.
Et moi, son avocat, j'exige..."
Ils ont eu du mal à y renoncer.
Son frère a dit que c'était noble de leur part.
Les salauds.
J'ai tout arrangé.
Tu dois juste
apposer ta signature.
Mme Tchaïkovski
souhaite être complètement libre.
Elle veut ce divorce pour se remarier avec un autre homme.
Moscou 1878
Alors, pour entériner cet accord, il suffit de signer ce document.
Qu'est-ce que c'est ?
Votre plainte
relative au prétendu adultère de votre mari.
Mais non, voyons.
Il n'est pas question que je signe ce document.
Passez-le-moi.
Madame,
c'est une pure formalité.
C'est infâme.
Personne ne l'accuse de rien.
Mais c'est pour pouvoir divorcer.
Je vous rappelle que de ce divorce
découle le versement d'une rente à vie.
C'est la seule condition.
Exposez à nouveau
les propositions que vous lui faites.
100 roubles par mois.
De plus, Piotr Ilitch vous prie de ne pas hésiter à lui demander
de l'argent en plus.
Dans les limites du raisonnable, bien sûr.
Oui.
Ou bien 10 000 roubles en une fois, à condition
de ne plus jamais chercher à recroiser Piotr Ilitch.
Nous estimons cette proposition plus que généreuse.
Ça l'est, effectivement.
Ma très chère Antonina,
cette situation porte sérieusement atteinte à son moral.
Il se sent coupable...
Non, fautif de s'être marié avec vous.
Permettez-moi de continuer.
Il reconnaît son erreur
et affirme une nouvelle fois qu'il ne peut pas
vivre avec vous.
Pourquoi ?
Madame,
ça l'empêche de travailler,
de créer.
Il n'est pas fait pour la vie de famille.
Et donc ?
Pour annuler ce mariage, madame,
il faut soit de solides raisons vous empêchant d'être mariés...
Y en a-t-il ?
Bien sûr que non.
J'aime vraiment Piotr Ilitch et il m'aime aussi.
Alors, il ne reste comme solution que l'adultère.
Je n'ai pas trompé Piotr Ilitch.
Ce n'est pas ce que nous disons.
Nous sommes sûrs de votre chasteté et de votre fidélité.
-Donc... -Donc quoi ?
Si vous êtes sûrs de ma fidélité ?
Donc, si l'un des époux est fidèle,
l'autre ne l'est pas.
Et le tribunal accordera le divorce.
Si vous êtes fidèle, Piotr Ilitch ne l'a pas été
et vous a trompée.
Reconnaissez-le et signez.
Jamais je ne signerai ça.
Nous n'avons pas à le juger, Dieu le jugera.
Bon sang de bonsoir.
Impossible d'être aussi butée.
Nous sommes liés devant Dieu.
Jamais je ne dirai de mal de mon mari.
Il n'a jamais été votre mari, pas un seul jour.
Si.
Si.
Et je suis sa femme.
C'est pour la galerie.
C'était pour faire taire les sales rumeurs.
M. Tchaïkovski.
Madame va réfléchir et prendra la bonne décision. D'accord ?
Peu m'importe ce que vous dites.
Mon Piotr ne peut pas être aussi vil.
Son talent interdit l'infamie que vous insinuez.
Vous aviez dit que vous signeriez.
Exactement, ma chère.
Écoutez donc votre amant.
Messieurs, pas en présence d'une femme.
Pardonnez l'acrimonie de M. Tchaïkovski.
Que va-t-on faire d'elle ?
Jamais ce divorce n'aura lieu.
Je suis la femme de Tchaïkovski.
-Jamais. -Mais c'est un mensonge.
Seul Dieu m'y obligera. Lui seul.
Mais personne sur cette terre.
Ma pauvre petite, c'est horrible, inhumain.
Mon désespoir est tel
qu'il m'oblige à ravaler ma fierté et à vous demander
de m'aider.
Antonina, savez-vous ce qui se disait sur ce mariage ?
Pourquoi il vous avait épousée ?
Pourquoi donc ?
Un jour, il vous aurait surprise dans un bassin
où vous vous baigniez.
Puis, pour laver ce déshonneur, il se serait senti obligé,
comme un honnête homme, de vous épouser.
Non, c'est un mensonge, un odieux mensonge.
Oui.
C'est Nikolaï Botchetchkarov qui l'a inventé.
Moi-même.
On croit mieux les mensonges.
Pourquoi ?
Pourquoi êtes-vous tous si cruels ?
Pourquoi nous avoir séparés ?
Antonina,
vous ne pourrez pas le faire revenir.
Il n'est pas pour vous.
En épousant le soleil, on s'expose aux brûlures.
Vous le savez bien.
Voici mon conseil avisé :
n'abusez pas de la patience de Piotr Ilitch.
Le soleil se lève à l'est et se couche à l'ouest, c'est connu.
Pourquoi le persécutez-vous ?
Laissez le soleil briller tranquillement.
Parce que je ne me laisserai pas détruire par quiconque.
Mais c'est un génie. Les génies peuvent tout se permettre.
Non, pas tout.
Nous, simples mortels, ne pouvons les juger.
Nous ne pouvons que les admirer, en être les témoins.
Vous pourrez écrire plus tard des Mémoires mensongers.
J'écrirai la vérité.
Je raconterai tout.
Ma chère Antonina, vous avez tort.
Il s'est déjà écoulé tant de temps.
Je suis la femme de Tchaïkovski et le serai toujours.
Écoutez-moi, ma chère.
Certaines choses sont impossibles :
un génie ne peut pas avoir mal au ventre.
Un génie naît sous une étoile et meurt mystérieusement.
Un génie n'a pas d'hémorroïdes.
Un génie n'a rien de normal, de banal.
Un génie ne peut pas avoir une femme banale, selon vous ?
Tout à fait.
Fais-les entrer.
Ma chère Antonina,
vous êtes jeune, en bonne santé.
Il vous faut un mari à votre image.
Normal.
À votre disposition.
Vous pouvez choisir la taille et la couleur.
Pour satisfaire toutes les passions.
Déshabillez-vous.
Complètement ?
Oui, complètement.
Encore... à corps.
Un génie peut donc tout se permettre ?
Oui.
Et ça aussi ?
Oui.
Alors, fichez-moi le camp,
M. Botchetchkarov.
Raconte bien toute la vérité,
qu'il t'a utilisée
comme paravent pour cacher ses vices.
Votre mariage était grotesque.
Tout Moscou se moque de toi.
Écris un mot.
Je le ferai passer au chef des gendarmes par sa sœur.
Pour quoi faire ?
Je n'assumerai pas son péché.
Très bien, n'assume pas.
Tu es la bonté même.
J'étais aussi bonne que toi
avant de surprendre votre père avec un laquais en fâcheuse posture.
C'était trop tard : enfants, mariage.
"Ne couvre pas ta famille d'opprobre."
Il faut le traîner en justice.
Elle sera de son côté.
Elle est toujours du côté des hommes.
La femme n'est qu'un nom dans les papiers du mari.
Si tu ne divorces pas,
tu finiras tes jours comme moi : veuve d'un mari vivant.
Avec des enfants volant de leurs propres ailes.
Ta sœur n'a toujours pas de cerveau.
Elle est nulle et courrait à sa perte sans moi.
-Maman. -Je dis ce qui est.
Divorce, Antonina, divorce.
Dieu me l'a donné pour toujours.
Le destin en a voulu ainsi.
On n'échappe pas à son destin.
Imbécile. Tête de mule.
Une vraie femme parvient à ses fins avec n'importe quel homme.
Imbécile.
Antonina.
Mme Tchaïkovski, puis-je vous parler ?
Madame.
Madame.
Une petite pièce.
Regardez ce spectacle.
Accordez-moi une minute.
S'il vous plaît.
Madame.
Un homme est étendu juste devant.
Traîne-le plus loin.
-Bonsoir. Êtes-vous attendue ? -Non.
Enfin, si. Mon mari est là.
-Pardon ? -Je dois le voir.
Permettez-moi, cependant, de...
Messieurs.
Un affront fait à la musique.
-Ce n'est pas si mal. -Effectivement.
La machine joue moins bien que l'homme.
Oui, mais elle joue.
Tout le monde ne peut pas en dire autant.
J'actionne la pédale avec entrain. Fais-je ça bien ?
À quand un orchestre d'automates ?
Vous faites allusion à Hoffmann ?
Je préfère la philharmonie au restaurant.
Vous êtes snobs et conservateurs.
Qui suis-je ?
Qui suis-je pour toi? Dis-moi.
-Une étrangère qui porte ton nom ? -Pardon.
Non.
-Je suis ta femme. -C'est ma faute.
-Je suis ta femme. -C'est ma faute.
Je t'aime, tu m'entends ?
Pourquoi es-tu venue ici ?
On m'a invitée à dîner.
Trois hommes me font la cour.
Mais je ne les vois pas. Après toi, la lumière s'est éteinte.
J'ai loué un appartement
juste au coin de ta rue.
Viens me voir.
Pardonne-moi, mon chéri. Tu m'entends ?
Je sais bien.
Tu ne m'aimes pas et j'en souffre,
mais rien ne me fera cesser de t'aimer.
Je t'appartiens, corps et âme.
Fais de moi ce que tu veux.
Je ne veux rien.
Je ne peux pas vivre sans toi.
Piotr, je peux t'être utile, tu entends ? J'apprendrai.
J'apprendrai.
"Seigneur, bénis Piotr, Ton serviteur.
Oins-le de Ton eau bénite.
Filles d'Hérode, levez-vous, montrez-vous à moi.
Secouez vos cheveux d'or
pour que se répande cette fièvre qui dévore.
Secouez de tremblements Piotr,
le serviteur de Dieu.
Secouez son cœur pour qu'il se consume pour moi.
Pour qu'il ne dorme plus la nuit,
qu'il se languisse de moi le jour.
Qu'il en soit ainsi.
Qu'il en soit ainsi."
Voici une avance de 200 roubles pour 2 mois.
M. Tchaïkovski estime préférable de ne pas vous verser toute la somme.
Si c'est son souhait, je n'ai rien à dire.
Il peut même ne rien donner.
C'est une question de revenus, pas de souhait.
Il n'est pas si riche que vous croyez.
Il versait 3 000 roubles par an à son frère.
C'est celui-ci qui me l'a dit.
Et il perçoit de bonnes sommes des partitions que vous éditez.
Je ne peux pas influer sur les décisions de M. Tchaïkovski.
Je vous transmets juste l'argent.
Et je vous demande de m'épargner les visites de M. Chlykov.
Il se dit votre avocat, mais se comporte fort mal.
Alors épargnez-moi votre surveillance.
Quelle surveillance, madame ?
Vos espions
me suivent partout.
Bon.
Permettez-moi de me retirer.
Au fait...
Il me faut des invitations pour le conservatoire.
Transmettez-lui ma demande.
Écrivez-lui, plutôt.
Je l'ai fait, mais il ne me répond pas.
Pardon.
Attendez.
Donnez ceci à mon mari.
Il faut impérativement qu'il la porte.
Sinon, j'en serai profondément peinée.
Imaginez le ravissement que j'ai eu à la coudre.
Elle n'est pas censée déteindre,
mais ne la portez pas à la première blanchisseuse venue.
-Trouvez une teinturière. -D'accord.
Voilà.
Et aussi...
Dites-lui que je...
J'accepte toutes ses conditions
s'il vit avec moi.
Je ne veux pas entendre parler de divorce,
je ne connais pas de Chlykov.
-C'est un intrigant. -Pardon.
Il agit à mon insu.
Pousse. C'est pas ton premier.
Pas ton premier.
Allez, pousse.
Respire.
Pousse.
Encore une fille ?
Un garçon, cette fois.
Comment l'as-tu appelé ?
Piotr.
Piotr Petrovitch.
En son honneur ?
En l'honneur de qui d'autre? De toi ?
Tu n'es rien pour moi. Lui, c'est mon mari.
Bonsoir.
C'est l'Enfer de Dante.
Aucune musique ne fait autant appel aux sens.
Vous écrivez avec vos nerfs.
Merci beaucoup.
Vous êtes vraiment unique au monde.
Je dois dire que c'est pécher pour une femme que de vous écouter.
Et pourquoi donc ?
Car il y a dans chacun des sons
une once de votre âme.
Pardonne, mon Dieu, Ta pécheresse.
Que faites-vous ?
J'ai tellement envie...
tellement envie...
de vous écouter.
Merci beaucoup.
Merci.
Bonne continuation. Merci.
Venez.
Il fallait vraiment venir écouter.
Merci du fond du cœur.
Ce concert était parfait.
Merci.
N'ayez pas ce regard méchant à ma vue.
Si je vous déplais tant, détournez-vous.
Pardonnez-moi, messieurs.
Pourquoi êtes-vous venue ?
Tout d'abord, merci pour ce concert.
Même si vous dirigez mieux la musique des autres que la vôtre.
-Merci pour le compliment. -Je suis toujours franche.
À notre rencontre, vous composiez Onéguine,
votre meilleur opéra.
Il parlait de nous, de notre amour.
Tous vos opéras suivants sont froids
et décousus.
Ils manquent d'unité.
-Ce qui n'est pas le cas d'Onéguine. -Je ne compte pas...
Ensuite, sachez que j'adresse une requête à l'impératrice.
Vous me versez, certes, une rente,
mais vous êtes malingre et, craignant votre fin,
je voudrais assurer mes arrières
et demande donc une place de proviseur.
Vous m'enterrez déjà ?
Assurer vos arrières, c'est ça ?
Je veux un poste pour me passer de votre aumône.
Et de vous aussi.
Excusez-moi, mais je dois m'entretenir avec madame.
Comment osez-vous faire ça ?
Vous entachez ma réputation à jamais.
La femme de Tchaïkovski qui mendie.
Quelle honte.
Je suis donc ta femme ? Tu viens de le dire.
Vous me discréditez aux yeux de tous.
Je me demande comment.
Tu es misérable...
Si misérable.
C'est parce que tu m'as repoussée.
-Je suis bafouée, humiliée. -C'est abject.
Réfléchissez, si vous le pouvez.
Vous recevez plus de 1 800 roubles par an.
À ce poste, vous toucherez bien moins.
-Et je ne vous donnerai rien. -Et alors ?
Quelle idiotie.
Au moins, je ne vous demanderai plus l'aumône.
Et ne verrai plus l'air mécontent de votre Jurgenson.
C'est grotesque.
Juger l'air de celui qui vous donne l'argent.
Cessez de me l'envoyer.
Il n'est pas votre égal, juste bon à vous servir de laquais.
Il dit être hollandais, mais c'est un youpin.
Hollandais, français, peu importe : un youpin.
Tous ces Jurgenson, Friedrichsohn :
on les connaît bien, ces youpins.
Leur trait principal? La fourberie.
Les gredins qu'il m'envoie me font d'infâmes propositions.
Et vous vous acoquinez avec lui.
Il a toujours une belle place à vos concerts,
et je dois le contempler depuis le perchoir.
Pourquoi es-tu venue ?
Que veux-tu ?
Un procès ?
Pour m'humilier, me détruire ? Que veux-tu de moi ?
Si je vous voulais du mal, je vous l'aurais fait jadis.
Loin de moi l'idée d'entacher votre réputation.
Je ne suis pas malfaisante, bien que vous me haïssiez.
Je veux, Piotr, que tu saches
que tu ne vivras pas sans moi.
Jamais.
Je ne te laisserai jamais partir.
Vipère.
Je n'aime que toi
et personne ne prendra ma place.
Personne.
Un bon concert, n'est-ce pas, messieurs ?
M. Tchaïkovski dirige mieux sa musique, croyez-moi.
Je suis bien placée pour le savoir.
Tu me feras un bel enterrement ?
Oui.
Avec quel argent ?
On n'en a pas du tout.
Je vendrai tout.
Comment vivras-tu ?
J'ai un mari.
Un mari.
"Entrez, courbons-nous devant Dieu.
Entrez, courbons-nous et prosternons-nous devant le Christ.
Heureux l'homme qui ne suit pas
le conseil des impies ou des pécheurs,
ni au siège des railleurs ne s'assied,
mais se plaît dans la loi de Yahvé, mais murmure Sa loi nuit et jour.
Tel un arbre planté près des ruisseaux,
il donne son fruit en la saison
et jamais son feuillage ne sèche.
Tout ce qu'il fait réussit.
Pour les impies, rien de tel..."
"Les mouches sont comme les idées noires :
elles ne me laissent aucun répit.
Elles piquent, bourdonnent et tournoient
au-dessus de ma pauvre tête.
À peine l'une chassée de ma joue
qu'une autre se pose sur mon œil.
Impossible de me cacher :
l'odieux essaim règne partout.
Le livre me tombe des mains,
la conversation s'étiole et s'affadit.
Vivement que le soir tombe.
Vivement qu'arrive la nuit.
Les idées noires sont comme des mouches et ne me laissent aucun répit.
Elles piquent, dardent et tournoient
au-dessus de ma pauvre tête.
À peine en ai-je chassé une
qu'une autre transperce mon cœur.
Me revient alors toute ma vie
vécue si vainement dans mes rêves.
On veut oublier, cesser d'aimer, mais on aime
plus fort et plus douloureusement.
Vivement que la vraie nuit,
la nuit éternelle arrive."
Allez, à 3.
1, 2, 3.
Attendez.
"Non.
Seul celui
qui connaît l'attente du rendez-vous
comprendra combien j'ai souffert
et combien je souffre..."
Voulez-vous poser en manteau ?
Oui.
Moi, j'ai retiré le mien.
Qu'en dis-tu ?
C'est ton cadeau.
J'ai jeté un sort à cette chemise pour que jamais tu ne me quittes.
J'ai vendu mon âme au diable.
Tout cela à cause de toi, Piotr.
Tu sais,
les photographes ne me font plus payer.
La plupart sont même en demande.
Mais, pour les clichés où nous sommes ensemble,
je dois payer la moitié.
Mais ne va pas croire que c'est à cause de toi.
C'est à cause de moi.
Je le sais bien.
On dit que tu es le soleil.
Pourquoi me photographier gratuitement ?
Je n'ai aucun mérite.
Je ne suis qu'une adoratrice du soleil.
On va bientôt commencer.
-Où dois-je regarder ? -Vers l'arbre.
Piotr, regarde.
Regarde ces petits anges.
Voici Macha.
Macha.
Et Antonina.
Antonina.
Et le petit Piotr.
Petit Piotr.
Piotr.
Allez, montre-nous. Les mains sur les hanches.
Glissé, glissé, pas de basque.
Tape des pieds. Allez. Bravo.
Bravo, Piotr.
Vous êtes fait pour la vie de famille.
Vous avez tant d'amour et personne à qui le donner.
J'ai peur de prendre froid aux oreilles.
Viens là.
On va mettre une petite chaise.
Vos ailes s'épuisent à tournoyer dans les cieux.
Quand vous redescendrez sur terre,
ces petites créatures rempliront le vide de votre vie de mortel.
Viens là, Piotr.
Ma vie est telle que je ne pourrai jamais
les retirer de l'orphelinat.
Assieds-toi.
Mais toi, tu aurais pu.
Rajustons ta robe.
Prenez la pose.
On y va.
-Ne bouge plus. -Rajuste ta robe.
Les épaules en arrière.
Il faut surtout que vous vous teniez bien.
Montrez au monde que vous êtes les enfants d'un grand homme.
M. Tchaïkovski.
Un peu de sérieux.
Ce n'est pas moi, c'est Antonina qui gâche la photo.
-Moi ? -Oui, qui d'autre ?
-Je vois. -On reprend.
-C'est encore moi ? -Bien sûr.
Encore ?
Tu entends ?
La fenêtre.
Sautez par la fenêtre.
Le bâtiment brûle. L'escalier est en feu.
Tenez-vous prêts à l'attraper.
L'alliance. Mon alliance.
-Quelle alliance ? -Elle est là-haut.
-Tout brûle. -Mon alliance.
Mon alliance.
-Imbécile. -Non.
Je ne peux pas vous donner plus que prévu.
J'ai un abcès à l'oreille et l'estomac dérangé.
J'ai tout perdu dans l'incendie. Même mon alliance.
J'ai mis tous mes enfants à l'orphelinat.
Ils y sont morts.
Je dois me trouver un logis.
Moscou 1893
Et manger. Je meurs de faim.
J'en suis vraiment désolé.
Vous voulez tous que je disparaisse.
Vous êtes ignobles.
Et ne comprenez pas pourquoi je ne le libère pas.
Signez ce reçu.
Les malheurs s'abattent sur moi depuis qu'il m'a quittée.
Il a emporté mon bonheur avec lui.
Madame, ça suffit.
C'est lui, le coupable
de mes malheurs. Personne d'autre.
Il agonisera dans les affres.
Il souffrira le martyre.
Et personne ne l'aidera.
Personne ne le sauvera.
Parce que je ne suis pas à ses côtés.
Amen, Piotr.
Comme le ciel est noir
Comme la nuit est sombre
Massives, les maisons ferment l'horizon
Je n'ai plus de larmes Je suis seul
Et dans mon âme
Crois-moi, il fait encore plus noir
Encore plus noir
Le ciel était noir
La nuit était sombre
Rappelle-toi, nous étions près de la fenêtre, silencieux
La maison bucolique dormait profondément
Le vent hurlait son courroux sous ma fenêtre
Tu ouvris la bouche
À mi-voix, enflammée
Posas ta main sur mon épaule
Mon cœur se brisait
Et battait lourdement
C'était il y a longtemps
C'était en d'autres temps
Oh. comme le ciel est noir
Oh. comme la nuit est sombre
Massives, les maisons ferment l'horizon
Je n'ai plus de larmes Je suis seul
Et dans mon âme
Crois-moi, il fait encore plus noir
Plus noir
Le compositeur Tchaïkovski est mort du choléra.
Le compositeur Tchaïkovski est mort du choléra.
Le compositeur Tchaïkovski est mort du choléra.
Le compositeur...
Et l'argent ?
Oh, que le ciel est noir
Oh. que la nuit est sombre
Antonina Tchaïkovski ne revit jamais son mari après leur séparation en 1877.
Elle mourut dans un asile de fous à Petrograd le 18 février 1917.
Elle ne put être enterrée rapidement compte tenu du soulèvement en ville.
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