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Comment ça, la guerre est éclatée ? On les a surpris en Belgique. On est en
train de leur mettre la patine, ça.
Il ne se passera rien en France. Ça, j'en étais sûr.
Ça se passe où ? À Jeanblou, à 300 bandes de chez toi.
Regarde, sur ta carte, Gustave.
Bonjour, M.
Couillemoy.
Jean Blou.
La forêt des Ardennes.
Mais là, il n'y a pas de risque.
Nous, on est là.
Dans deux jours, c'est plié. Qu'est-ce que tu dis de ça, Gustave ? Je dis que
si on avait attaqué plus tôt, les villageois n'auraient pas tant d
'embergés. Ils sont tous partis, tous.
Il a fallu que je fasse mon chiffre tout seul, moi. Sans
parler de toutes les pommes que j'ai perdues avec cet hiver pourri. Je
connais le refrain.
Les 5000 bouteilles pour dimanche. C'est-à-dire qu'il faudrait pour ça déjà
me payer mes anciennes commandes.
Je t'ai donné les bons, Gustave.
Les bons, les bons.
Qu'est-ce que tu veux que je te dise, moi ? Les bons, voilà les bons.
Moi, je veux pas du papier, mais des billets.
Dis-donc, oublie pas que je suis courrier de l'état-major.
Je me sers partout et j'ai pas toujours les bons de réquisition.
Allez, je verrai si je peux payer.
Je suis là dans deux jours. On fêtera la victoire, hein ? Salut, Gustave.
Salut, pas craillette.
Salut. Ah, dis donc.
Ça, je reviens pour commencer la guerre.
Camille ? Qu'est-ce que tu fais dans ma chambre ? La vache, elle était dans la
rue. T'as oublié de l'attacher. C'est à toi de t'en occuper.
Mais t'es toujours pas habillée ?
Bonjour, grand-père.
Tu es toute belle, ma petite fille.
Merci.
Étienne, tu iras chercher un kilo de patates dans la réserve des barbiers.
Et un beau lapin dans le clapier des pontelles.
Il ne reste plus qu'à, on a déjà mangé tous les autres. Je le dépiauterai.
Au fait, j'ai eu pas crainte le fourrier.
Celui qui était descendu le mois dernier, il va revenir.
Il faut qu'on finisse la commande pour dimanche.
On n'a plus assez de bouteilles à la distillerie, il va falloir récupérer les
bouteilles qu'on avait vendues aux villageois.
Mais ils nous avaient payés, eux.
Ah, je sais, je sais.
Tiens, tu vois, ça c'est un bon rouge pour douze bouteilles.
On commence par le bar de Jaco.
Je peux la rouler ? Tu mets trop de tabac, tu gâches.
T'entends, l'archouille ?
T'as du feu ?
Je
peux faire le faire, tes galons de l'an dernier, ben, tu les méritais pas.
T'es parti bien trop vite, mon petit Jaco.
En attendant...
Et à réquisition, ton stock de cidre, hein ? Tu peux l'oublier.
Camille, il va paraître que t'es ton petit frère.
Mais cette fois, c'est parti.
Elle a éclaté, la guerre ? Oui, mais c'est très, très loin, en Belgique.
Alors crois-moi, l'état-major m'a encore dit ce matin, il se passera rien en
France.
Et puis si, on a la forêt, elle est infranchissable.
Allez, au boulot !
Arrête ! Camille ! Qu'est-ce qu'il y a ? Arrête d'embêter sa sœur !
Qu'est-ce que c'est que ça ?
Qu'est-ce que vous foutez là, vous ?
Du calme, le couteau, c'est bon, c'est bon, c'est bon.
Bon.
Il y en a un de vous qui comprend le français ? Bonjour, monsieur.
Je peux comprendre que vous soyez sidéré, mais ne vous effrayez pas. Nous
sommes des soldats français.
Des colonies françaises. Je ne suis pas effrayé, mais surpris. Mais vous savez,
moi, je connais les colonies.
Bon, qu'est-ce que vous foutez là, dans mon village ? Où est ton chef blanc ?
Désolé, monsieur, mais sans vous faire injure, je n'ai pas l'autorisation de m
'expliquer avec un simple civil.
Ah oui, ah oui. Ben, tu te trompes.
Parce que je ne suis pas un simple civile, mais un ancien de la première
guerre et de l'état-major. Tu vois, moi, je lui parle tous les jours.
Bon, alors maintenant, tu veux répondre à ma question ? Tu fais quoi ici ? Et où
est ton chef blanc ? Je suis le caporal-chef Malik Ndiaye, 12e régiment
de terreurs sénégalais, 1re division d'infanterie coloniale basée à Verdun.
Les Belges ont tardé à nous appeler cette nuit, donc ça a créé des
embouteillages sur les axes routiers. Mais ça, vous devez déjà le savoir.
Oui. Dans la confusion, nous avons perdu la tête de convoi.
Paru, je vois.
Des égarés ? Eh bien, t'es encore à 300 kilomètres de la trouée de Jean Blou, si
c'est là que tu vas.
Hein ? C'est là que tu vas ou pas ? C'est notre commandant à l'avant du
convoi qui avait les ordres de position. Mais, puisque vous parlez tous les jours
avec l'état-major, vous allez nous aider, monsieur, n'est-il pas ? Oui, il
l'est.
Exactement.
Bon, je vais vous arranger ça.
Ils sont détenus de soldats français.
Mais lui, il est petit.
Ils parlent français, eux aussi.
Enfin, ils ne parlent pas tout à fait comme vous et moi.
Eux, ils parlent le forofifon.
Le forofifon est un français sommaire que vous appelez familièrement petit
nègre.
C'est un créole du français.
Mais le français n'était pas un créole du latin.
On leur a appris dans le cargo, afin qu'ils puissent mieux comprendre les
ordres avec des manuels, et que nous, les officiers, nous puissions mieux les
comprendre aussi.
C'est aussi ce devoir de civilisation qui est important dans notre armée, je
pense. Et ce qui est certain, c'est qu'ils parleront tous bien mieux le
français après la guerre.
Manuel, il faut refaire, tenez.
Aïe. En tout cas, toi tu parles bien, hein ? Merci.
Pourquoi tout le village est vide ? Parce que c'est des cons.
Les alertes de cet hiver leur ont fait peur, mais c'est tant mieux.
On est tranquille ici.
Enfin, on était tranquille.
Je viendrai vous donner les ordres.
J'ai un code 3.
J'ai six tirailleurs du 12ème RTS dans mon village.
C'est ça votre top secret ? J'ai pas le 12ème dans ma zone.
Je vous rappelle demain, 7h, pour vous donner la position.
Ça va pas ou quoi ? Non, mais si c'est le bordel dans votre QGM, moi j'y peux
rien.
Non mais, je les garde pas dans mon village moi.
Qui vous croyez parler, vous êtes en guerre.
Il est plus important que vos tirailleurs.
Mais j'ai pas mes tirailleurs.
Bon bah ils vont partir d'où ils viennent, puisque vous ne savez pas leur
position.
Gardez les tirailleurs.
Et ma petite fille, alors j'en fais quoi ? Vous l'envoyez. On s'ennuie par ici.
Demain, 7h. Bonne journée.
Terminé. Ah oui, c'est ça. Voilà.
Bonne journée.
Voilà. Aigle de merde.
Je te chie sur la tête.
Vraiment.
Avec toi, Jaco, tu m'apportes ça.
Ah, ben ça, c'est le képi.
Ah, enfin!
Il y
en
a où ?
Bonjour, petite oubabe.
Salut, Yama.
Assez dans cet hiver, ils parlaient de ça.
Ils parlaient que les boches, ça leur donne encore plus de rage de les voir
dans nos troupes. Et rapport au...
Au combat de 18.
Mais ils sont dangereux pour nous.
C'est-à-dire que leur caporal a l'air de les tenir.
Mais bon, on sait jamais comment ça peut tourner.
Et ça pisse et ça pisse.
Et voilà. Et ils prêtent la veste.
En 14, dans l'Iran, ça disait qu'ils mangeaient de la chair humaine.
Quoi ? Oui, enfin bon.
Mais on n'est pas peur, Camille.
On n'est pas peur.
Maintenant que je vais être sergent, je leur donne des ordres.
C'est moi qui commande.
Juste, il faut se tenir à l'écart. Et t'en fais pas.
Alors toi, tu vas retourner à la maison et t'y enfermer.
Alors s'il y en a un qui s'approche, tu sonnes la cloche. En attendant, moi,
pour que je fasse marcher la boutique.
Les soldats noirs français sont dans le trait du moulin.
Mais c'est pas des Français !
Mais décolonisé ! Tu sais, le pépé des
soldats noirs, parce qu'ils sont noirs, il m'a dit bonjour.
Pourquoi ils sont noirs ? Pourquoi ? Ça commence putain de putain.
Bon, tu vas plus les voir.
Compris ? Tu sais, il a l'air top top, le pépé des soldats noirs.
Il a des colliers tout pleins, comme les filles. Va les voir.
Mais Etienne, grand-père vient de me dire qu'ils sont pas comme nous. Ils
peuvent te dire bonjour et après être méchants.
Mais t'es encore petit, tu comprends pas tout.
Quand mes copains reviendront, ils seront plus grands que moi ? Un, deux,
trois, hop ! Ah non, ils seront encore petits comme toi.
Bon, promets-moi que tu iras pas aller voir.
Promets-le.
Quoi de moi, quoi de faire ? Si je mange, je vais en enfer.
Il y a besoin pour faire bataille, il y a besoin de faire manière physique.
Comment tu dis physique ? Mondeauque.
Moundouki, comment tu dis combat ? Biltoumba. Comment tu dis je veux au
combat avec les fusils ? Je veux au combat avec les fusils.
Moundouki.
Tu comprends ? Le temps de dire ça, on a perdu la guerre.
Regarde-le, est-ce qu'il a l'air d'avoir compris quelque chose ? Massamba.
Je veux au combat avec les fusils.
Mon camarade.
Gardez-vous.
Gardez-vous.
Gardez-vous.
Gardez-vous.
Tu reviens en arrière tu triches.
Voilà.
L'eau n'est pas bonne.
Ça c'est pour les animaux.
Il y a une fontaine près du moulin.
Merde ! Le lapin !
Pardon, sergent.
Vraiment désolé de vous avoir pris pour un simple civil.
Voyez-vous, parfois les apparences sont tellement trompeuses.
À qui tu le dis ? À vous, sergent.
Ils m'ont demandé de reprendre du service.
Un chef blanc par unité coloniale.
Vous aurez votre ordre de marche demain.
Mon caporal, Kaza, nous devons dormir.
Ne prions pas ce soir dormir dans une maison abandonnée.
Pour mieux reprendre nos forces.
Trop de marche ? Oui. Non, il n'y a jamais trop de marche quand le devoir
nous appelle.
Oui, bien sûr.
Bon, alors maintenant, présente-moi tes hommes.
Lui, c'est Ba. C'est un pèle d'Idaome.
Les meilleurs guides.
Les pèles sont des nomades. Ils sont partout, mais domiciliés nulle part.
Lui, au pays, il était berger.
Ici, c'est le plus jeune.
Il fait le corvée.
Bon. Ces deux-là, ce sont des Mossis.
Des Haute-Volta.
Ils n'aiment pas beaucoup les pelles.
Bon. Et lui, c'est un guerrier de l'ethnie Bambara.
Le plus grand guerrier du Sénégal.
Il ne parle pas le fourreau fifon.
Mais il ne le comprend pas non plus.
Ah.
Eh, ton vieux, là.
C'était déguisé pour aller au bal, non ? Mais c'est trompé d'autobus.
Non, lui, c'est l'armarabou.
Il a fait la grande guerre comme vous.
Lui, il a fait la grande ? Oui, et il est revenu pour prier pour nos frères.
Nous sommes tous solidaires pour défendre la mère patrie, mon sergent.
Où il était ? Au chemin des dames, mon sergent.
Ah oui,
au chemin des dames, c'est pareil.
Alors, il y en a deux qui gardent le camp et les autres, les autres, vous me
suivez.
Pour les cases, c'est non. Pour la bouffe, si vous manquez, vous irez
accueillir les bourgeons.
Il y a un affaire sale, le sergent. C'est rien !
Embouchonné ? Comment ça, embouchonné ? Embouchonné, embouchonné.
Ils en sont capables, ne t'en fais pas.
Il ne faut pas les humilier.
Qui est humilié ici ? Allez, allez, allez ! Non, ils en ont besoin, là-haut.
Pas dans le sabard, alors.
Vous, vous êtes ici.
Alors, il faut tous participer à l'effort de guerre.
C'est un ordre !
Mais non, mais non, mais laisse ton bouquin.
C'est tout de même pas compliqué.
Ben oui, vous savez mettre une cartouche, une cartouche dans un fusil.
Mais qu'est-ce que vous faites avec votre femme ? C'est pas compliqué.
Regardez.
Et voilà.
Ah, voilà, on a compris.
... ... ...
... ...
Sentinelle, il a besoin de faire en manière mirée.
Lui, il a besoin de faire en manière entendue.
Sentinelle, il a besoin de faire en manière mirée.
Lui, il a besoin de faire en manière entendue.
Ça
fonctionne
bien, dis donc.
Quand tu rires, il y a moyen.
Mets-les bien, bien.
Lui, il y a besoin de faire manière à appuyer le corps.
Lui, il y a moyen de faire ses besoins.
Non, il y a besoin de faire manière à appuyer le physique.
Il faut parler fort au fifon.
Je vous demande de parler fort au fifon.
Si chacun parle sa langue, comment vous voulez qu'on se comprenne ? Qu'est-ce qu
'il a dit ? Il a dit que pour être en forme pour le combat, il faut bien
respirer.
Demande-lui, est-ce qu'il est content d'aller au combat ?
La mine, la mine, la mine, la mine, la mine.
Il faut respirer bien fort. Ah voilà, quand Tireriana part de la bataille,
lui, il a besoin de faire manière, respirer bien fort.
Regarde.
Il y a bon Lapin Serzan, hein.
Très bien, ouais.
Tireriana, Lapin Serzan, il y en a bon manger, il y en a bon marcher dedans.
Qu'est-ce que c'est que ça ? Cette musique ? C'était à maman.
Tu sais, c'était un de ses disques.
C'est pas assez cuit ? T'as pas fait mon lit.
Finis de manger, c'est pas grave.
On a eu beaucoup d'émotions aujourd'hui, mais ça s'est bien passé.
T'es pas retournée les voir, Étienne ? Hein ? Tu leur as parlé ? Ah non, moi j
'ai pas parlé.
Et même si on l'avait fait ? Comment ? Non, non.
Il y a des matins, je sais même plus quel jour on est.
Même si je parlerais encore à quelqu'un dans le village.
Ça fait six mois qu'on est seuls ici.
Assieds-toi, Camille.
Je voudrais quitter la table.
Qu'est-ce qui s'est passé ? Rien.
Camille, qu'est-ce qui s'est passé ? J'ai juste dit à l'un d'entre eux où
était la fontaine.
Tu l'as laissée à proche de la ferme ?
Je t'avais dit de sonner la cloche.
Tu t'es pourtant dit qu'ils étaient dangereux.
Mais est-ce que je ne t'ai pas toujours protégé ? Si.
Alors ? Je crois pas qu'il était dangereux, grand-père. Tu veux m
'apprendre qui est dangereux ? On aurait dû partir, nous aussi.
Camille, tu entends ce que tu dis ? Camille, tu voulais partir pour aller
où ?
C'est chez nous, ici.
Je suis né ici.
Vous êtes nés ici.
Vos pauvres parents sont enterrés ici.
Allez, sèche tes larmes.
T'as pas à t'inquiéter, mais ici, on... On risque rien.
Ici, on risque rien.
Ça, tu l'as dit.
S'il y a quelque chose que t'as dit, c'est ça.
Et puis la guerre, elle aura jamais lieu.
Ça aussi, tu l'as dit.
Mais moi, ce disque, je l'ai jamais écouté.
C'était à maman avant.
Et maintenant, c'est à moi.
Et je vais avoir le droit de parler et d'écouter qui j'ai envie.
Eh bien, ça, c'est pas possible.
Reste à table.
Une bonne femme, c'est pas comme nous.
Faut les disputer un petit peu, parce que parfois...
elles font des... Oui, bon, allez...
Yeah ! Yeah !
Ça va ? Ça va.
Ça va,
ça va.
Gustave, Gustave à pas crête.
Gustave à... Je répète, Gustave à
pas crête, Gustave à pas crête.
Merde, merde, merde.
Droite, droite,
droite, droite, à l'avant.
Droite, droite, droite, droite,
droite,
droite, droite, droite,
droite. Section.
Présentez ! Au rapport, commandant ! Ah oui, j'ai plus la liaison, ça arrive de
temps en temps.
C'est peut-être les nuages.
On est trop bas dans le village.
Il t'a pas dit, ton berger, qu'hier, il s'est adressé à ma petite fille ?
Il lui a tourné autour.
Elle était toute remuée.
Elle a eu la peur de sa vie.
Ce n'est pas possible.
Vous vous trompez, sergent.
Ah oui, je me trompe.
C'est des bons soldats, hein ? Tu lis ça à ta main.
Tu vas voir.
Tu vas voir le rapport que je vais faire.
Bas. Bas ! Tu vas parler même tel sergent ?
T'en fais un de moi ! Nous les a dit dans le bateau fumé, pas parler femme
blanche ! Sos retiré, aux arrêts ! Lamine, soggy, bas ! Aux arrêts !
Dépassez !
Il n'a pas le droit de grand-père.
Il n'est pas sergent.
C'est ça.
Où se trouvent les arrêts ? Bon, là-dedans, dans la cabane.
Tu mets ton vieux devant la porte.
Pour les autres, on peut se prendre la radio à l'église et vous venez avec moi
en forêt.
Il y a un point haut là-haut, à deux heures de marche.
Là, on aura... On aura vos ordres.
Dépêche-toi !
Montserrat-Chan !
Mon sergent, je me disais, si on met deux heures pour aller, on prend les
ordres, on met deux heures pour venir.
Si la feuille de route nous fait partir à la tombée du jour, j'ai calculé qu'on
pouvait... Oui, c'est bien.
J'ai trouvé ça. On peut faire 600 bouteilles à la fin de journée, à raison
de 20 secondes par bouteille.
À trois heures et demie, on a tout bouclé. C'est bien.
On va y arriver, c'est déjà.
Pourquoi on vous met dans des prisons d'animaux ?
Le lion.
Ou bien, il y a une autre recette que j'essaierais de bien faire, c'est le
bongo chobi. Ah, je ne connais pas. C'est une sorte de ragoût de poisson. De
ragoût de poisson. De sapac.
Vous connaissez le sapac ? Je connais le sapac. Je ne connais pas bien, mais je
vois ce que ça peut être. Le sapac, c'est la morue.
C'est ça.
Quand on n'aime pas quelqu'un, on le traite de sapac.
Oui.
Les morues, alors.
La morue.
Ah bon, j'avais compris, avec le sapac et les morilles. Non, non, c'est la
morue. C'est vraiment un plat délicieux qui est très apprécié des enfants.
Et pour les plus âgés, alors, qu'est-ce qu'ils mangent ? On les laisse manger
aussi de temps en temps. Oui.
Chers pays de mon enfance, Bercés de tendre
insouciance, Je t'ai gardé dans mon cœur,
Mon village,
Aux clochers, aux maisons sages, Où les enfants de mon
âge,
Vas-y ! Vas-y ! Vas
-y
! Vas-y !
C'est où ? Suis-moi !
Je
m
'appelle
Camille.
Camille.
Ben ? Quoi ben ? T'aimes pas ?
Camille, bas.
Toujours bas.
Pour Camille.
Oui, je t'aime.
Et je te donne ce poème.
Oui, je t'aime.
Dans la joie ou la douleur.
Quand on rentre avant les autres, c'est pas grave.
Tu as raison.
Il n'y a pas pied là-bas, il faut rester au bord.
Ma maman et mon papa sont tombés dans la rivière en voiture.
Ils se sont noyés.
Grand-père, il dit qu'ils étaient saouls en venant d'un bal.
Alors maintenant, on n'a plus le droit d'aller en ville. Grand-père, il ne veut
plus de voiture.
Et ma sœur, elle ne peut pas danser.
Allez, viens.
Viens, la rivière ne va pas commencer.
Viens.
Viens.
Coucou.
Allez, viens.
Pourquoi qu'ils ne vous aiment pas, mon pépé, si vous êtes gentil ? Même les
arbres avalent leur colère.
Les arbres avalent la colère ? Écoute, le vent, il te parle.
Tu sais parler au ciel ?
Ils sont là-haut.
C'est en Belgique.
Peut-être à 100 km.
Loin derrière la forêt.
Plus haut l'antenne.
Plus haut et à droite.
Explique-lui, explique-lui.
Je ne comprends pas.
Plus haut, plus haut au bâton.
C'est ça.
Voilà. Soldats français, vous avez laissé vos femmes à l'arrière alors que
les troupes anglaises s'amusent en Paris.
Dans quels lits sont-elles en ce moment ?
Gustave
? Gustave à Pâquerette ?
Demande des nouvelles du front et position de mes tirailleurs.
Plus haut, toi ! Ah, plus haut, à droite, à droite et plus haut.
Alors,
alors.
Gustave, à pas crête, hein ! Allô ? Allô, on parle ? T'en as en tête, plus
haut, plus haut.
Allô ?
Allez les gars, emmenez ça. Et l'autre avec... Je crois que ça vient un peu de
l'antenne.
Méfie-toi quand on te demande.
Dis-lui.
Il faut bien manier ça, hein ? Dis-lui dans le... Parle-lui sa langue.
Je ne parle pas sa langue. Il ne parle pas sa langue ? Non, je le demande par
le foro fifo. Ah, si.
Moi, je me débrouille mal.
Acabar ol patin.
Hein ? Voilà.
Tu viens d'où ? À Belgique.
Tu vas en Belgique, mais tu viens d'Afrique.
Afrique.
Parle-moi de l'Afrique.
Afrique.
C'est un beau pays.
Je n'y suis jamais allée, mais quand il y avait maman, on allait à Sedan.
Une fois, on est allé au cinéma de Sedan. Il passait Zouzou, un film avec
Jean Gabin.
Zouzou, c'était le nom de Joséphine Baker, une actrice des Folies Bergères.
Noir comme vous.
Enfin, noir.
Noir.
Ouais.
Régime africain ? Je ne sais pas. Je ne lui ai pas demandé si elle avait aimé
après, mais je crois qu'elle avait bien aimé quand même.
Hier, j'ai écouté le disque et c'était bien.
Je dis tout n'importe comment, je parle trop vite.
D'ailleurs, c'est écrit.
J'étais vite dans le rêve, mais avec Gustave au zouzou.
Je gâche tout.
À l'école du Cercle, quand j'étais sélectionné pour aller à l'école de
Saint-Louis, c'était vraiment à la stupéfaction générale. Ma mère était un
peu triste.
Mais bon, il fallait être sélectionné dans cette école de... Sergent ! Mais
sergent ! Qu'est-ce qui se passe ? Mon pauvre ami, je me sens pas... Je me sens
pas bien.
Vous êtes tombé ? Non, j'ai... Dirailleur ! Hein ? On va faire ça.
Je ne me sens pas bien. Il y a besoin de tenir ça bien.
Merci. Levez doucement.
Je ne me sens pas bien. Je préfère être assis confortablement.
Deux heures pour aller, 30 minutes pour revenir.
Faut pas vous vexer, mon sergent.
Tu vois, c'est facile.
Après, je vais t'apprendre à faire du galop.
On va commencer doucement alors.
Garde à vous.
Marchez.
Tiraillez vos camions.
Marchez.
Rampez.
Les gars, moi, ça va beaucoup mieux, maintenant.
Bon, on va aller boire, hein ? Un coup ! Allez, en avant !
En Belgique, notre valeureuse
armée enchaîne les victoires. Jusqu'où va-t-on repousser l'ennemi ? Jusqu'en
Russie, jusqu'en Chine ? Trancez ! Soyez tranquilles, notre beau pays est à l
'abri. Monsieur le sergent, j'ai fait le tour des troupes.
Nous avons vraiment pris du retard avec cette histoire des bouteilles.
Alors, je peux mettre les prisonniers au travail ? Baille d'âme le surer.
Et demain, même si nous n'avons aucune nouvelle, nous partons quand même en
direction de combat.
Ah ben d'accord.
On chargera la charrette avant que vous partiez, c'est tout.
Bon, alors pour les consommations, les gars, alors c'est deux francs.
C'est pas mon bar, il faut que je fasse tourner la boutique, il n'y a pas.
Comment ça, vous nous faites payer les consommations ? Salsa !
Ah non, non, non, non, non, je plaisantais.
Allez, c'est moi qui offre, allez-y, allez, amenez-vous, allez, les verres,
allez. Ah,
écoutez, ah, les bâtons, hop,
hop, hop, hop, hop, hop. Le soldat vit pas trop, le soldat vit pas trop.
Sous-titrage Société Radio
-Canada
Sous-titrage
MFP.
C'est une valse.
Ça se danse à trois temps.
Et à deux personnes.
Regarde. Comme ça.
Mais il faut danser tous les deux, prêts.
Enfin, tout prêts. Viens.
Regarde.
Aïe !
S'il n'arrive pas à tirer vos bouchons, il y a l'état de la guerre.
Fous-moi le camp, voyou ! Vous êtes bâtis le cul ! Bouge pas !
Ouvre ! Camille ! Je ne supporte plus ! C'est la première fois que je suis
heureuse, tu gazes tout ! Je ne suis pas heureuse avec toi ! Tu nous enfermes !
Tu as peur de nous perdre si jamais on quittait le village ? Mais tu as raison,
quand on partira, ce sera pour ne pas revenir !
Comme ça, mon papa, il peut continuer à jardiner.
Il aime jardiner, mon papa.
Tu ne le répéteras pas, c'est notre secret.
C'est notre secret.
Dis, si tu peux leur parler à mes parents, tu peux leur dire que je suis
un âgé ? Ils nous semblent déjà.
Tout à l'heure, quand tu écoutais le vent te parler, tu as vu le visage de
tes parents.
Peut-être que c'était eux qui te parlaient.
Tiens, il faut rejoindre les autres.
Les animaux ont senti quelque chose ? Oui, dépêchons-nous.
Alors, on s'en va ? Tu parles aux animaux, Étienne ? J'étais en train de
parler à papa avec le sorcier. Ils sont passés.
Le sorcier ne t'a rien donné de bizarre à manger ? Ben, non.
Essaye.
Tous les animaux sont partis.
Et même les oiseaux. Il faut faire quelque chose. Bon, écoute-moi.
Je sais ce que j'ai à faire.
Tu n'auras qu'à prier pour les combats. Tes conseils de marabout, gardez pour
les autres. Maintenant, ouvre la porte.
Soldats, bâillons ! Ouvre la porte.
Bon, allez retrouver les autres pour finir d'embouchonner ces bouteilles.
Encore les bouteilles ? On est là pour faire la guerre, non ? Et la guerre,
elle arrive présentement.
Va vers Dieu, ton sergent, il sait même pas écouter les enfants.
Mor ! Mor, très bien.
Mor, toi-même.
Ça veut dire quoi exactement ? Mor, ça veut dire toi-même.
Mor.
J'étais venu vous dire.
Vous demandez avis, en quelque sorte.
Notre marabout, voyez-vous, vous savez, bon, ces gens, ils ont parfois des idées
un peu farfelues.
Notre marabout a l'air de penser que... Les animaux s'en vont, mon sergent.
Est-ce que tu as une famille caporal ? Comment ça, une famille, mon
sergent ? La famille, c'est tout ce qui compte.
C'est le seul bien sur cette terre. Alors on veut faire ce qui est bien pour
elle. Et c'est... C'est bien, voilà.
Alors il... Il faut rester sévère. Tu comprends ? Vous allez bien, Monseigneur
? Désolé, je ne comprends pas ce que vous me dites.
Tu comprends pas ? Si, tu comprends.
Parce qu'on est seul dans le village, mes petits-enfants et moi.
Je peux m'en occuper, tu vois ? Pour m'en occuper tout le temps.
Parce que nous, on emmerde tout le monde.
Qu'est-ce que tu veux de plus ? Et puis alors, vous, d'un seul coup, c'est comme
ça, oui. Vous débarquez.
Et puis maintenant, alors, il faudrait partir.
Ben, c'est vous qui partez.
Vous filez les couleurs, vous les oiseaux, les lapins.
Demandez à ton sorcier.
Monseigneur, vous seuls pouvez donner les ordres.
Pauvre con.
Je suis pas... Je suis pas sergent.
Je suis qu'un deuxième classe de la Grande Guerre.
Vraiment, il y a bien une toit pour... Présenter ? Je vous demande si vous...
Présenter, putain de merde ! Pardon.
Excusez-moi.
Oui, je vous présente, parce que ça, j'aime ça, présenter.
Hein ? Bon, sergent.
Vous êtes bien sergent ?
Tu veux un ordre, c'est ça que tu veux, hein ? Eh ben, je vais te dire, moi.
Tu fous le camp belgique, hein, avec tous ces gars.
Et demain, moi, quand j'ouvre les volets, je vais plus vous voir.
Compris ? Allez, allez, on ferme !
Barre-toi, je te dis ! D'abord !
C'est beau ou c'est quoi ? Je ne sais pas.
Dormez, dormez, demain il va jour.
Grand-père ouvre !
Faut ouvrir ! J'y arrive pas, on est enfermés !
Dépêchez ! Dépêchez !
Sous-titrage FR ?
Oh, je t'en prie. J'habille ! J'habille ! J'habille !
C'est ça, c'est les animaux, c'est ça l'idée.
Camille! Etienne!
Etienne!
Etienne! Camille!
Etienne!
...
...
...
Mes enfants.
Mes petits-enfants.
Tes petits-enfants vont bien.
Ils sont dans l'église.
Tu vas aller les chercher. Il faut que vous partiez tout de suite.
Le soldat Bas va aider à charger la charrette.
Il dit que si le vieux continue à faire chier, il va le bouffer
tout cru.
Les vêtements avec.
C'est quoi ce truc là?
Il faut venir avec nous, grand-père ? Je te le promets.
Dépêchez-vous de charger les bagages et vous pensez nous prendre ici, hein ?
C'est quoi exactement ? C'est un troupeau d'éléphants.
Qu'est-ce que vous voulez que ce soit ? Ce sont les chars allemands qui
arrivent. Ils seront là dans combien de temps ? Ils vont là demain.
Trois, quatre heures.
Mais ils seront là.
Tirez-vous, tirez-vous, tirez-vous ! Quoi ? Vous n'avez aucun ordre à nous
donner.
La fréquence de la radio, c'est quoi ? Oui, mais attends, je m'en occupe.
Dépêche-toi, après on ira chercher des affaires.
Je suis le caporal chef Malik Ndiaye, 12e régiment de tireurs sénégalais, 1re
division d'infanterie coloniale. On tente de vous entendre, caporal. Plus
personne ne répond sur votre pénétrante. Ils ont bombardé les positions de la
frontière et sur tout l'axe routier. Mon recense de force est encore valide. Je
suis ici avec mes 5 soldats, mais une colonne de chars est en approche. Je
demande un ordre. Oui, pour un repli, merde ! Mais dis-le, bordel, dis-le !
Trop tard pour un repli, vous êtes coincés. On a fait sauter tous les ponts
derrière vous cette nuit. S'il se passe le fleuve, rien ne pourra plus les
arrêter. Mais alors, qu'est-ce qu'on doit faire ?
Vous voulez qu'on tienne la position ? C'est un ordre, oui. Mais c'est
impossible ! Impossible ! Tenez cette putain de position. Les tirailleurs
sénégalais sont habitués aux premières lignes. Nous allons contrôler les
hommes. C'est un ordre. Reçu ? Reçu. Mais dans combien de temps est-ce que
vous allez envoyer les effectifs ? Mais qu'est-ce qu'on fait des civils ? Mais
vous les avez pas encore évacués ? Terminé.
Gance-barres.
Vous entendez les gance-barres ?
Il y a un bac sur la rivière à 5 kilomètres.
5 kilomètres d'ici, alors on a le temps.
Allez-y.
Vous, vous pouvez être sergent un jour et pas le lendemain.
Nous, on aura un peu de mal à passer pour des civils.
Viens.
Petit bac.
Je voulais t'offrir un animal de mon pays.
C'est une vache zèbre ?
On s'en va tous ! Hein, grand-père ?
Allez, venez, donnez-moi vos bagages !
Bah, on s'en va
!
Parfois
au fifon !
Marche, soldat.
Marche.
Allez, on s'en va.
Sarcin, garde à vous.
On s'en va.
Allez Camille, dépêchez-vous, on ne peut pas tenir à tous là-dessus.
Tu feras tourner la roue de l'autre côté pour renvoyer la barbe.
Qu'est-ce que tu fais, grand-père ? Arrête ! Mais arrête ! Laissez-vous
porter par le courant ! Allez, allez le plus loin possible ! Vous n'arrêtez pas
! Non, Camille, je vais le chercher ! Je vais le chercher bas !
Va les rejoindre, ils sont sur le fleuve. Et sauve-toi, sauve-toi, va-t
'en. Va rejoindre Camille et tiens, va.
Je ne sais pas
quoi dire.
Ba nous a rejoint sur le radeau.
Il savait bien nager et c'est un bon rameur.
On a pris un fleuve vers le sud et puis on est arrivé à la mer.
Là, il y avait des dauphins et des baleines.
Mais avec Ba, on n'a pas eu peur.
Et puis, on est arrivé en Afrique dans son village.
Là, on a retrouvé grand-père et le pépé des Noirs.
Moi, je suis la princesse du village.
Et Étienne est un très grand magicien.
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