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Vrombissement de moteur

Léger brouhaha

Musique sombre

Ça va ?

Euh, ouais...

Discussion indistincte

Un bus approche.

En fait, j'ai mon bus, là. Réponse indistincte

Non, mais vraiment pas.

Non, mais en fait, j'ai mon bus.

Non, j'ai pas envie ! Lâche-moi !

Je veux pas !

Salope !

La porte se ferme.

Musique triste

Sonnette

Baiser

Je suis désolée.

Impossible de venir plus tôt. Je trouvais personne pour les enfants.

Voilà.

Antoine est arrivé ?

- Oui. Ils sont à l'étage. - D'accord.

Il pleure.

Ils sont dans la chambre.

Porte Le prêtre murmure la bénédiction.

Il soupire.

Ça va ?

Ça va aller.

Baiser Il renifle.

Tu peux rester une minute.

Allez, viens papa.

Allez, viens.

Amen.

Les deux hommes s'éloignent.

Quelqu'un approche.

Quelqu'un ferme la porte.

On approche.

Cloches de l'église au loin

- Elle avait fini par te considérer comme sa fille.

C'est pas si formidable, crois-moi.

Tous ces médocs qu'elle prenait depuis longtemps.

C'est ça qui l'a tuée.

Elle allait très bien.

C'est la maison qui la rendait malade, c'est mon père, c'est cette famille.

Chut.

Mais non, pas chut.

Pas ce soir. C'est le silence qui nous tue.

T'as toujours pas compris ça ?

Mon enfant

La vie vous offrira ses présents

Mais il vous faudra auparavant

Vous conformer au plan

Que j'ai conçu pour vous savamment

Mon enfant

Ne craignez pas les égarements

Je vais vous éclairer brillamment

Je vais vous protéger J'ai pour vous

Un chemin par mes soins tout tracé Porte

Mais, de grâce, écoutez

J'ai tout manigancé

Ne vous tourmentez plus, il ne vous arrivera rien

si vous suivez mes conseils.

Quelqu'un approche.

T'as parlé avec Lili ?

- Hein ? - T'as parlé avec Lili ?

Elle dit que ta mère a pris trop de médocs.

Quelle parano, putain.

Évidemment qu'elle prenait des médocs, elle était malade.

C'est ce qu'on fait pour se soigner, non ?

On devrait s'installer ici.

- Quoi, maintenant ? - Ouais.

- Avec les enfants ? - Oui.

Ça n'a pas de sens.

Et puis, ton père voudrait pas.

On pourrait lui installer

un appartement en bas,

il serait indépendant et nous aussi.

Et puis, tu pourrais refaire la déco, on serait chez nous.

- Refaire la déco ? - Oui,

on va pas vivre dans leurs vieux bibelots.

Et tu crois vraiment ce que tu dis ?

- Si on reprend pas la maison, qui le fera ?

Bob, peut-être ?

Sabine, avec ses trois enfants ?

Et Franck qui est même pas foutu de gagner sa vie.

Parlons même pas de Lili.

Non, il y a pas d'autre solution, Marianne.

Si on reprend pas la maison, elle part en couille et la famille avec.

- Avant, rien que l'idée de travailler avec ton père te rendait malade.

T'as repris sa boîte et maintenant, tu veux vivre ici ?

Avec lui ?

Il ouvre la porte.

Je peux pas, Antoine.

Il referme la porte.

Tu m'entends ? Je veux pas.

- J'ai toujours placé notre entente avant tout.

C'était essentiel pour maman et pour moi

et je suis sûr que pour vous aussi.

C'est pour...

préserver cet équilibre que papa m'a chargé de ça.

Bien sûr.

- J'y ai passé plusieurs nuits depuis la mort de maman. Hein ?

Marianne vous le confirmera. D'ailleurs, je la remercie.

Elle veut bien se charger de papa. Je sais pas ce qu'on aurait fait sinon.

Bah on aurait engagé quelqu'un ?

Quoi, c'est pas vrai ?

Rire Antoine, est-ce que t'es obligé

de nous parler comme à des demeurés ?

On est pas ton conseil d'administration, parle normalement.

On dirait papa, c'est dingue.

- Bon... Voilà, il y a un chèque pour chacun.

Tout a été scrupuleusement

évalué et calculé pour que personne soit lésé.

Tous les comptes

ont été vérifiés. Que personne hésite à dire

si ça lui convient pas.

Quelqu'un veut boire quelque chose ?

Non ?

C'est la tournée d'Antoine.

C'est lui qui rince, aujourd'hui.

Tu as notre confiance, Antoine.

Merci de t'être plongé dans la paperasse et d'avoir soutenu papa,

- ça a pas dû être facile. - Merci.

Pauvre Antoine. Je vais le plaindre.

- Tu crois que ça m'amuse de me charger de ça ?

Que j'ai pas gâché mes week-ends ?

- Ah, bah non, je crois que ça te va parfaitement, oui.

Tu nous vends un énorme sacrifice, mais on sait que t'es ravi.

Les règles du jeu ont été créées

par des hommes comme toi pour des hommes comme toi.

C'est comme ça depuis toujours, je vais pas en plus te remercier.

- Non, désolée, compte pas sur moi. - Qu'est-ce que tu cherches ?

On a passé des semaines à tout éplucher :

l'immobilier, les terrains, les meubles, l'argenterie, les bijoux, les tableaux.

Alors épargne-nous ta parano.

- C'est moi, la parano ? - Tu m'emmerdes !

Tout a été estimé, tout !

Je peux pas te laisser dire que je toucherai plus que vous.

- Le notaire est à ta disposition. - J'en suis sûre,

merci, mais ce serait formidable que tu nous dises...

que t'oses dire que tu nous enfumes depuis le début.

J'ai jeté un œil à ton courrier. T'envisages vraiment de nous faire payer

des "nuitées"...

quand on viendra ici, chez nos parents ?

- Je viens de racheter vos parts ! Donc la maison est la mienne.

Et ce système est une idée du notaire.

- Ah ! - Alors, on peut en discuter.

- Parce qu'on discute, maintenant ?

On a eu notre mot à dire depuis le début ? Non.

Rien ne t'obligeait à acquérir nos parts.

Aucun de nous ne demandait ça.

Il soupire. On pose un objet.

Vous n'avez rien mangé, André.

- Comment veux-tu que je mange ?

Dispute au rez-de-chaussée

André souffle.

La dispute continue.

- Qu'est-ce que c'est ? - C'est rien.

C'est rien.

Je vous le laisse encore un peu.

- Non. - Si vous changez d'avis.

André grogne.

Il souffle.

Porte

On ouvre un tiroir.

On fouille parmi des CD.

Je devrais trouver ça terrible ?

Regarder ces vieilles choses une dernière fois.

"Ma chambre d'enfant".

"Le paradis perdu".

Je m'en fous.

Elle ferme la porte.

Tout ça, ça existe plus depuis longtemps.

C'est plus rien.

De la poussière.

Je plains Lili, tu sais.

Elle a pas compris

que rien ne changerait.

Antoine sera toujours l'aîné,

et elle sera toujours une femme.

C'est sa malédiction.

Il veut tout avoir, elle a raison.

Mais moi, je me fais plus d'illusions.

Je me contente de ses miettes.

Et ce chèque plutôt que cette maison morte,

je le prends volontiers...

- Prends-moi.

Vous êtes pathétiques

avec votre dévotion aveugle pour le vieux tyran.

Vous jouez les enfants modèles alors que vous en voulez qu'à son fric

et à son misérable pouvoir.

Je sais que vous approuvez rien

de ma vie, mais je demande pas la permission,

- je suis libre. - Libre ?

Il rit. Libre ? Mais t'es pas libre, Lili.

T'es folle et tu nous emmerdes.

Encaisse ton chèque et insulte-moi. Tu sais quoi ? Je m'en fous.

- Si papa était pas là, y a longtemps... - Ah, oui, voilà ! Papa !

Mais tu ferais quoi sans lui ?

Antoine, t'es un pantin !

T'es son pantin. T'es rien qu'un lamentable fils à papa.

Lili, ça suffit.

Laisse, laisse.

Écoute, tu fais ce que tu veux

de ta vie de vieille fille hystérique, hein ?

Mais maintenant, ici, t'es chez moi.

Ça te fait rire ? Casse-toi ! Casse-toi !

J'ai entendu.

J'ai très bien entendu. Je prends mon chèque.

Sabine ?

Un petit mot ?

Je sais pas, c'est dommage.

C'est dommage...

Lili soupire.

Porte qui claque

Portière

Vrombissement de moteur

Musique dramatique

Marianne soupire.

Clignotant

On frappe.

Lili soupire.

Tu m'as fait peur.

Lili soupire.

Tu foutais quoi ? Pourquoi tu répondais pas ?

- J'ai fait le tour du département. J'ai pas pu aller plus loin.

Marianne renifle.

J'ai eu peur que tu te tues.

Quand j'avais 15 ans, on a une tante, Lucie,

qui s'est noyée dans l'étang.

Elle s'était mis des pierres plein les poches.

La veille, elle m'avait dit : "Je sers à rien."

Alors j'avais dit à mes parents qu'elle voulait mourir.

Mon père m'a giflée.

Comme si je l'insultais lui.

Antoine t'a pas raconté ?

Non.

Il te cherche partout.

Il est même venu me voir, c'est dire. Il est paniqué.

Cette maison, c'est trop pour moi.

Viens chez moi.

Tu vas pas t'occuper de ce vieillard tyrannique ?

Mais les enfants sont petits.

Je peux pas faire ça.

J'ai pas ton courage, Lili.

Musique mélancolique

Bien dormi ?

Oui.

Baiser

- Je t'aime, mon ange. - Moi aussi.

- Va prendre ton petit-déjeuner.

Marianne frappe.

Cloches de l'église au loin

Votre thé est là, André.

André gémit.

Discussion indistincte

On y va.

Avec Thomas, ça va ?

- Ouais. - Ouais ?

Ça va, ma grande ?

- Oui. - Ça s'est bien passé ?

Oui, ça s'est bien passé.

Ça va ?

Bonjour, Marianne. C'est un plaisir.

- Mon père. - Vous vous faites rare.

- Vous nous oubliez pas ? - Je pense pas que ce soit possible.

- Vous pouvez être fière. C'est devenu une vraie jeune fille.

Cette retraite lui a été profitable. Portière

Bonjour, Mon Père.

- La semaine a été ? - Très bien.

Bonjour, Elena. Ça va, Garance ?

Papa !

Comment ça va ?

Bien.

Je savais pas que tu viendrais.

- Je traîne pas, je repars à Londres. Finalement, on signe demain.

- Bon, je vous raccompagne. - Je peux monter devant ?

Oui, bien sûr.

Je profite de les voir avant de partir.

À tout à l'heure.

Portière

- Je rentre demain après-midi.

Vrombissement de moteur

- On arrive à quatre rouges, deux blancs, deux champagnes.

- D'accord. - Monsieur Antoine a demandé ça.

Une bouteille, c'est six verres. Deux verres de rouge par personne,

un de blanc, deux flûtes...

- Deux verres par personne ? On boit bien plus que ça.

Toujours aussi radin, Antoine.

Baiser Double la dose.

Si je peux aider...

- Tintement - Marianne ?

Vous mettrez la nappe brodée ?

- Faudra lui donner un petit coup de fer. - Oui.

- Annette me dit que Lili ne viendra pas ?

Bah non.

- Vous ne vous entendiez pas avec Lili, c'est ça ?

Bah moi, si...

- Antoine l'a invitée, rassure-moi ?

Elle est ma fille, quand même.

- Elle est la bienvenue, mais à condition d'accepter les règles.

Vous savez que c'est compliqué, André.

Compliqué...

Qu'est-ce que tu comprends à ces règles ?

Rien, certainement.

- Moi, je propose que quand papi partira au ciel,

on l'empaille. Elle rit.

Comme ça, on l'aura avec nous.

On sait jamais, s'il clamse.

- On le laissera dans sa chaise, tu pourras le pousser.

En plus, il sera plus léger.

Parce que tu sais, on vide à l'intérieur.

Je pense que ce serait un bel hommage qu'on pourrait lui faire.

Au milieu du salon.

- Vous êtes cons ! - Oh, ça va !

- Qu'est-ce qu'il y a ?

Ça va pas mieux, le petit.

On charrie sur le vieux, il s'énerve.

T'en as pas marre de jouer le gosse ?

- Ça va... - Tim !

- Oh là là... Laure rit.

T'inquiète pas.

Ils se moquaient de papi.

- Ah ouais ? - Ils disaient qu'il était vieux.

Ils ont dit qu'il était empaillé.

Ils te disent ça pour te faire enrager.

Je veux pas qu'il meure.

Tu sais, il est pas près de mourir.

Ça, tu peux me croire.

Fais-moi un petit câlin.

Allez.

File.

Ah !

Mon chauffeur.

Hé ?

André rit.

Antoine n'est pas là, ce soir ?

On est tous les deux, alors.

- Pas vraiment, non. - Allez, en route.

- Je vous installe, André ? - Oui !

- Papa a dit sept par sachet. - Tu dis quoi, crapaud ?

- M'appelle pas crapaud ! Tu mets trop de dragées.

- On est obligés ? Y a des gens qui mangent les dragées ?

Quatre, cinq...

Six...

Non, personne ne les a jamais mangées,

mais c'est comme ça.

Moi si, j'aime bien ça.

- C'est ma confirmation, c'est pas à moi de faire ça.

Fais un petit effort.

- Ça va, ça sert à rien. C'est juste une corvée de plus.

- T'es pas déjà dispensée de corvées en étant en pensionnat ?

- Attendri - Oh...

Louez leur grand cœur.

Les Casella régalent la paroisse !

J'ai des devoirs.

Non, Laure, tu reviens !

Laure !

Laure monte les escaliers en courant.

Laure !

Je dois bosser, je te dis !

Porte qui claque

Allez, c'est pas grave, on continue.

Musique pesante

Tintement

Marianne ?

Tintement

Marianne, j'ai absolument besoin de sous-chemises.

- Vous avez fini ? - Oui.

Ah, tiens, y a mes lunettes.

Voilà.

Bon...

Merci.

T'as préparé la chambre de ma sœur ?

- Comment ça ? - Bah Marthe.

Tu sais encore qui est Marthe ? Ma peste de sœur.

Oui, très bien.

Bon.

André soupire.

- Ton père me prend la tête : ta tante restera dormir ?

- Papa nous trouve pourris gâtés. Il dit que certains enfants ont rien.

Faudrait mettre des fringues immondes pour pas qu'on soit avantagés ?

Mais on rêve !

Maman, ça l'arrange, à la maison, elle fait exprès d'être moche.

C'est pas moi qui le dis, c'est papa.

Elle fait sa victime, elle fout rien. Annette fait les courses, cuisine...

C'est Annette qui fait tout.

Et elle, elle gueule. Ou elle fait la gueule.

Si j'avais été un garçon, ils auraient jamais eu d'autres enfants.

Elle frappe.

Laure ?

Tu te prépares ? J'ai besoin de toi, aujourd'hui.

- Je vais réviser mes maths chez Elsa. - Oui ?

Papa est OK.

- Ma tante. Rester dormir : non. Préparer une chambre : oui.

Et n'oublie pas, mon train arrive à 15h27.

- Bon les dragées, c'est OK, la chambre de Marthe, c'est bon.

Ah oui, l'enveloppe pour le prêtre. Faut qu'on y pense.

Tu sais ce que tu vas te mettre ?

- Je t'achète une robe en ville ? - Non, j'en ai pas besoin.

Comment tu trouves mon père ?

- En pleine forme. Petit rire

- On a payé le pâtissier ? - Oui, oui, bien sûr.

- Ton père qui réclame après Lili. - Oh...

- Il te fait marcher et tu cours. - On aurait au moins pu l'inviter.

- Certainement pas. Elle remettra pas les pieds dans cette maison.

Le parquet grince.

Tu peux arrêter ?

J'aime pas qu'on me regarde me maquiller.

Le fais pas devant tout le monde.

Bob approche.

- Pas maintenant. - Y a personne, viens par là.

S'il te plaît.

Juste cinq minutes, putain.

- Cinq minutes. - Arrête.

Allez, viens.

Arrête !

Ça fait longtemps que t'es là, Tim ?

Tu me réponds quand je te parle ?

Arrête avec ta console, là. T'as vu l'heure ?

Tu vas le réveiller.

- Il est bientôt 10 h et t'es pas prêt donc tu files.

Tu bouges, maintenant.

Tu vois, tu le réveilles.

Négocie pas, Tim.

- Dépêche-toi. - Je peux prendre ma console ?

- Non, laisse-la, t'en as pas besoin.

S'il te plaît, j'ai envie de la garder.

Comme tu veux.

Je m'en fous.

Musique pesante

Quelqu'un approche.

André, réveillez-vous. C'est l'heure. Sonnette

André gémit.

- Vous m'entendez ? Réveillez-vous. Sonnette

- Personne ne va ouvrir la porte ? - Marianne, enfin !

- Qu'est-ce que tu dis ? - Allez, on y va. Antoine !

- Bob ! La porte ! - J'y vais !

Allez, votre sœur arrive.

- On va aller l'accueillir. - Ma sœur ?

- Pourquoi tu me dis rien ? - Je suis en train de vous le dire.

Porte qui claque

- Ah ! - Coucou !

Bonjour, papa.

Bonjour !

- Bonjour, Marianne. - Ah !

- Bonjour, grand-père.

Ça va ?

Le voilà.

- Ça va, papa ? - Il est en pleine forme.

Il est mal fagoté, mon pauvre frère.

J'ignore ce que fabrique Marianne.

- Soyons miséricordieux. Pour notre Seigneur.

- Prêt à partir, papa ? - Oui... Oui, oui.

- André... - Ah ! Oh !

- Contente de te revoir. Tu as l'air en pleine forme.

- Ça va. - Très, très chic.

Hein, Sabine ?

- Tim était là, tout à l'heure. Ton père aussi.

Ils ont peut-être tout entendu.

- Pleine forme, formidable. - Oh...

- Marthe rit. - C'est pas ce qu'on m'avait dit.

Marianne ?

Quelqu'un approche.

Marianne !

- Ne vous occupez pas de moi, partez devant !

- Tu viens pas avec nous ? - Non,

j'ai deux, trois choses à voir.

- On se retrouve là-bas, alors ? - Oui.

Je peux rester avec toi ?

- Non, tu vas partir avec les autres maintenant.

Je veux rester !

Et moi, je veux cinq minutes toute seule

pour pouvoir respirer sans quelqu'un dans les pattes.

Tim ?

Tim !

Combien ?

- De quoi ? - Combien pour rester avec toi ?

Mais ça va pas ou quoi ?

Ça se passe pas comme ça.

Quelqu'un approche.

Papi t'a donné ça ?

Bon, Tim, ça suffit, on y va !

Allez, file.

Porte qui claque

Musique pesante

Vrombissement de moteur

Musique intrigante

Marianne soupire.

Musique pesante

Porte qui claque

- Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit...

AMEN.

J'ai failli m'inquiéter.

Accomplis pour nous, Dieu, notre Père,

ce que tu as promis dans ton amour.

Que ton Esprit saint vienne habiter nos cœurs,

et nous donne la force

d'être devant le monde des témoins de l'évangile du Christ.

Celui qui règne avec toi

est le Saint-Esprit, maintenant,

et pour les siècles

des siècles.

AMEN.

Nous allons

appeler les confirmants.

Musique d'église

Ô SEIGNEUR

ENVOIE TON ESPRIT

QUI RENOUVELLE LA FACE DE LA TERRE

BÉNIS LE SEIGNEUR Ô MON ÂME

SEIGNEUR MON DIEU, TU ES SI GRAND

QUELLE PROFUSION DANS TES ŒUVRES, SEIGNEUR

LA TERRE S'EMPLIT DE TES BIENS

- Ça va ? Qu'est-ce que t'as ?

Rien.

Chers amis confirmants,

c'est une joie pour nous de vous accueillir

en ce lieu saint

et de vous donner le meilleur dans l'église...

Marianne souffle.

Le don de Dieu.

L'Esprit saint promis par le Christ.

Celui qui vient nous apprendre à être configuré,

à vivre,

à aimer comme le Christ,

nous donner cette plénitude d'amour

qui change radicalement nos vies.

Porte qui claque

Marianne souffle.

Marianne ?

On se connaît ?

Ça va, maman ?

Oui ça va, mon chéri.

Ça va ?

- Je me suis sentie pas bien. - T'es toute pâle.

Je te ramène ?

Oui ? Bah je vais chercher la voiture.

Tu restes avec maman ? T'es sûre, ça va ?

Je me dépêche.

Musique pesante

Musique mélancolique

Portière

Quelqu'un approche.

- Je te le mets là. - Mmh. Merci.

Viens. On laisse maman se reposer.

- Oh non, je veux bien qu'il reste avec moi.

- T'es sûre ? - Oui, il me dérange pas.

- T'embêtes pas maman, hein ? - Oui, oui.

- T'as besoin de rien ? - Non, ça va, merci.

Bon.

- J'y retourne, alors. À tout à l'heure. - Oui, oui.

Sabine ferme la porte.

Sabine s'éloigne.

On frappe.

On ouvre la porte.

Quelqu'un approche.

T'es là, toi ?

Une vraie petite sangsue.

Il me gêne pas.

- Je dois parler à ta maman. Allez, mon grand.

Allez, hop !

Tim ferme la porte.

Vous faites chambre à part ?

Tu baises qui, alors ?

Me dis pas qu'il y a personne. Y a forcément quelqu'un.

Je m'en fous. Tu fais ce que tu veux.

Mais pourquoi je suis là si je peux pas t'approcher ?

Bob s'éloigne.

Bob ouvre la porte.

Quelle époque.

Tout le monde prend des photos en pleine cérémonie.

André grogne.

Le prêche avait pourtant une certaine... profondeur.

Sur le maintien, sur la tenue.

Laure ?

Tu peux aller voir comment va ta mère ?

Vas-y maintenant.

Merci.

J'ai trouvé ça émouvant.

Et il y a plein de choses que je ne comprends pas...

Elle arrive.

Bah ça va mieux.

Pardon.

- T'as faim ? Tu veux manger ? - Non, ça va.

On t'a mis une assiette de côté.

Non, j'ai pas faim.

- Que s'est-il passé ? T'as meilleure mine.

Une bonne nouvelle à nous annoncer ?

Non.

Je vais sur la terrasse.

- Elle a rien mangé, Antoine. Elle a rien mangé.

La famille joue dans le jardin.

Hop là ! Et de deux.

Allez !

- Il travaille du matin au soir ! - Et Victor a mieux à faire.

Mais tu sais bien, André.

- Monsieur se déplace pas ! - Attention ! André !

Tu sais très bien, il t'a prévenu qu'il pouvait pas venir

et il est désolé.

- Je suis désolée pour lui et sa femme. - On est tous désolés !

- Ils viennent d'acheter un business et ils doivent s'en occuper.

- Et quand c'est pour le fric ? Quand c'est pour me faire les poches ?

- Je peux demander pourquoi Lili est pas là ?

- Tais-toi, insupportable bonne femme !

- Quoi ? - Oui, et quant à ton fils,

c'est un nul ! C'est un...

- Mais qu'est-ce qu'il se passe ? - Ça suffit, je reste pas plus.

Allez, c'est ça, va te promener, va !

Prends ton sac, ton bazar, ta casquette, et fais ce que tu veux !

Allez, dégage !

- Calme-toi. - Non, mais...

Oh là là, hé, hé ! Non, mais quelle horreur.

- Occupe-toi de papi. - Un monstre !

- Que se passe-t-il ?

Les enfants ?

Juliette !

Juliette !

On y va.

- Pourquoi ? - Allez, les enfants.

Marthe, attention à la dernière marche.

Merci.

Bouge, tu vois bien que tu gênes.

André grogne.

- Qu'est-ce que t'as ?

T'es tellement étrange.

J'en peux plus, putain.

T'es avec Antoine et moi, je guette le moindre geste, le moindre regard.

Tu vois pas que ça me rend dingue ?

Je t'aime, Marianne.

Même si tu me crois pas.

J'ai jamais dit ça à personne.

Et moi, je t'aime bien, Bob.

Tu devrais vivre ta vie.

Quelqu'un approche.

- Porte - Qu'est-ce qu'on fait des restes ?

Et du foutoir dans la cuisine ?

Je sais pas.

Bon, je vais me débrouiller.

Quelqu'un approche.

Madame.

Madame.

Un monsieur m'a remis cette enveloppe à la grille.

Merci, Annette.

Apparemment, il va faire des photos ici.

Marianne souffle.

Tintement

Tintement

Marianne souffle.

Chasse d'eau

Tu sais, Tim,

faut être exigeant avec soi-même.

Et ça, c'est comme tout le reste, ça s'apprend très tôt.

Alors à l'école, mais pas seulement. On est d'accord ?

Tim acquiesce.

Je déteste la médiocrité plus que tout.

Y a rien de pire.

- Un photographe va venir prendre des photos ici ?

- Oui, je lui ai demandé des photos aériennes du domaine.

Je voulais célébrer les 100 ans de la boîte.

- Il sera là demain, avec son drone. - Trop bien !

Il te dérangera pas,

il va travailler à l'extérieur.

Il vient d'où ?

Bob l'a rencontré dans un festival.

Il lui a confié une campagne pour la boîte.

J'aimerais voir ses photos.

- Mmh ? - J'aimerais bien voir ses photos.

- Ah, bah oui. Je savais pas que ça pouvait t'intéresser.

D'ailleurs, j'aurai peut-être besoin de toi, demain.

Oui, pour ?

- Pour lui montrer la propriété. - Oui.

- Je pourrai voir le drone ? - Bah non, t'as école, demain.

- Bonjour. - Bonjour.

Discussion indistincte

Porte

- Bah voilà, vous voyez le projet. - Oui, c'est très beau.

Je vais visiter la propriété.

Bonjour.

- Marianne, ma femme. - Enchantée.

J'ai entendu parler de vous.

Je reviens. Je vous montre le parc.

- Que voulez-vous ?

D'abord, vous venez à l'église, puis ici.

- Petit rire - Comment ça ?

- C'est votre mari qui m'a invité pour... - On y va ?

Mon père vous racontera ses histoires, ça vous distraira.

Marianne, tu viens ?

Oui, je vous rejoindrai.

Bon...

Suivez-moi.

Le drone vrombit.

Vous me dites, maintenant ?

Vous vous souvenez pas ?

C'était y a 20 ans, mais je pensais que vous vous en rappelleriez.

Me rappeler quoi ?

Mais...

Moi.

Notre rencontre.

Les photos.

Aucun souvenir.

Le drone vrombit toujours.

Pourquoi les avoir déposées ici ?

- Euh... - Vous voulez de l'argent ?

- Non. Pas du tout, non. Ces photos vous appartiennent.

Je sais pas ce que vous cherchez,

mais vous obtiendrez rien.

Le déjeuner est servi à 12h30.

- Mon grand-père a débuté en faisant de la toile de parachute.

Ensuite, on s'est diversifiés,

c'est devenu plus technique que romantique, mais...

on a gardé le goût de l'innovation et du savoir-faire.

Ah.

- J'ai sorti quelques photos aériennes. Si ça vous intéresse après déjeuner.

- Merci. - Je vous en prie, servez-vous.

Certaines années,

on faisait ces photos chaque saison, c'était une sorte de rituel,

mais...

le temps passant, les choses étant ce qu'elles sont,

cette habitude a sombré dans l'oubli. Sameck rit.

- Vous voulez que je vous serve, André ? - Ah oui !

Je vous assure, c'est un pur hasard.

J'ai vu votre photo sur le bureau de votre mari.

Je savais pas que vous aviez épousé un Casella.

Musique sérieuse

J'ai jamais oublié

votre regard.

Arrêtez, ça suffit.

Vous vous rappelez de rien ?

Un homme vous avait insultée à un arrêt de bus.

Vous aviez l'air terrifié.

Je vous ai proposé de marcher pour vous changer les idées.

Vous avez pleuré un long moment et vous m'avez laissé vous photographier.

Votre mère était malade, vous êtes allée la voir.

- On s'est revus peu après... - Elle était morte.

Sameck souffle.

Puis vous avez disparu.

J'ai jamais pu vous donner ces photos.

J'ai tout fait pour vous retrouver.

Je vous ai cherchée des mois.

Mais je connaissais même pas votre nom de famille.

- Dites-moi quand vous avez fini.

Musique mélancolique

Clic de l'appareil

Ils ont racheté des parcelles ici, y a une quinzaine d'années.

C'était plus pour préserver la vue.

Éviter que des pavillons poussent comme des champignons.

Il était où, ce parc ?

Quel parc ?

Celui des photos.

Ah.

Parc Saint-Léonard.

Ils l'ont refait, depuis.

Vous habitiez à côté, c'est ça ?

Rue Laval.

Au 23. Une petite maison.

Mais elle a disparu, depuis.

- Laissez-moi vous rephotographier.

Je sais pas.

On verra.

- Mais au moins, je... Je peux vous demander votre nom.

Votre nom d'avant.

C'est idiot, mais... je me disais que si je l'avais connu,

tout aurait pu être différent.

Je vais chercher mon fils.

Hululement

Quelqu'un approche.

- Ce type a l'air de rien, mais le résultat est là.

Enfin, c'est le drone qui fait tout.

On aurait dû en acheter un, ça aurait coûté moins cher.

Il t'a dit qu'il venait d'ici ?

Hein ? Marianne ?

Ça va ? Qu'est-ce que tu fais ?

Mais arrête !

Mais, Marianne, arrête !

- Embrasse-moi.

- Hein ? - Embrasse-moi.

- S'il te plaît. - Mais arrête.

Bon, Marianne.

- Tintement - Marianne !

J'y vais.

Tintement

Cris d'enfants dans la cour

Porte

La porte claque.

- Je vous prie de m'excuser, asseyez-vous.

Merci.

- Bon, euh... je suis désolée, cela va vous paraître un peu abrupt.

Laure prétend que sa mère est morte à sa naissance.

Elle a répété ça à des pensionnaires, à la surveillante du dortoir,

à certains professeurs...

C'est remonté jusqu'à moi

et quand j'ai convoqué Laure, elle a dit "je sais ce que je voulais dire".

Ce sont des affabulations d'ado,

c'est typique des jeunes de cet âge-là, mais moi, ce qui m'a alertée,

c'est qu'elle a inventé un récit très sophistiqué

qu'elle a inlassablement répété.

Laure prétend qu'elle a été élevée par sa tante Lili, voilà.

Lili ? Bah...

Vous la connaissez, c'est ma sœur, Émilie.

C'est une avocate brillante,

une femme forte.

Ça n'excuse rien,

mais on...

on peut comprendre son influence sur une jeune fille.

Votre sœur a un sacré tempérament.

Laure est prête à reconnaître que sa farce était de mauvais goût.

Une "farce" ?

Tu savais ce que tu voulais dire ?

Dis-nous, que voulais-tu dire ?

- Tu voulais dire quoi ? - Marianne...

- Laure, tu voulais dire quoi ? - Marianne.

C'était juste une image.

Petit rire

- Ta fille me tue et je peux rien dire ? - Écoute, Marianne...

Pardonnez-moi, Ma Mère, j'aimerais m'entretenir

avec Laure, seul. Vous permettez ?

- Oui, allez-y, je vous en prie.

Antoine ouvre la porte.

Discussions indistinctes

Porte

- Merci. - Bonne journée.

Oui.

- Merci infiniment. - Bonne journée.

Bonne journée.

Pardon.

Je retourne en cours ?

- Qu'est-ce que tu lui as dit ?

Bah rien, je lui ai demandé de s'excuser.

Rire surpris

C'est tout ?

- Que veux-tu que je lui dise ?

C'est une ado, elle cherche à se faire remarquer.

Et Lili ?

Quoi ?

- Tu l'as bannie de la famille mais c'est "une femme forte" ?

- Bien sûr. C'est bien là tout le problème.

On y va ?

Coassement

J'étais pas sûr que ce soit ici.

Je connaissais pas cet endroit.

Très joli.

Je venais ici quand j'étais enfant.

Mon père pêchait ici.

Il avait fabriqué un...

un genre de cabanon.

Et il m'emmenait.

Il a disparu, j'avais 12 ans.

Du jour au lendemain, il est parti.

Moi, j'ai continué à venir.

Jusqu'à la mort de ma mère. Après, j'ai cessé.

C'est le 1er endroit auquel j'ai pensé.

Je sais que vous méprisez mon mari.

- Et moi aussi. - Non, pas du tout.

- Vous méprisez que je me sois mariée avec lui.

Mais vous êtes pas le seul, rassurez-vous.

Le fils Casella qui se marie avec une inconnue,

personne n'y croyait.

On pensait que j'étais là pour son pognon.

Alors que c'est faux.

On était follement amoureux.

Lui, il était magnifique.

Il était sûr de lui,

il était sûr de moi.

Marianne rit.

Moi, je me sentais tellement vivante.

Ça me faisait tellement du bien.

Marianne souffle.

Antoine ?

Antoine ! Antoine gémit.

Réveille-toi, c'est maintenant.

- Réveille-toi. - Quoi ?

- C'est maintenant. - Oh putain, t'es sûre ?

Oui, allez, fais vite.

Putain. Quelle heure il est ?

Je sais pas.

Attends. T'es sûre ?

Antoine halète.

Baisers Marianne rit.

- Dépêche-toi ! - Je m'habille.

Antoine !

Qu'est-ce que tu fais ?

- Oh... non, je sais pas. - Tu pries ?

Non, je prie pas.

Je t'ai vu, tu pries à genoux.

C'est un peu spécial, aujourd'hui, non ?

Allez, viens.

Porte

Cris de bébé

- Monsieur Casella, vous pouvez y aller. - Merci.

C'est une fille.

En fait, il priait pour avoir un garçon,

un héritier à qui passer la main, comme son père et son grand-père.

Les choses n'ont plus jamais été pareilles.

Déjà, il a fallu remettre ça.

Tous les jours, pendant des mois.

Mais y avait rien à faire, j'étais vide.

Comme si mon corps s'était mis en résistance.

Il m'a emmenée voir des médecins, prendre des traitements.

Mais rien.

Jusqu'au jour où je suis tombée enceinte.

Il a d'abord trouvé ça suspect.

Mais quand il a appris que c'était un garçon...

Son soulagement était obscène.

C'était ça, le plus blessant.

Mais au moins, j'avais donné un fils à la famille Casella,

l'héritier qu'ils attendaient.

Je pensais que ça changerait les choses.

Bah en fait, non.

Rien ne change.

Rien ne change jamais dans ces familles-là.

Vous avez des enfants ?

Sameck inspire.

Non.

- Eh bien, à l'école, ma fille prétend que je suis morte à sa naissance.

Elle sait pas comme elle a raison.

Quelqu'un prend une douche.

Porte de la douche

Qu'est-ce que tu fais là ?

C'est quoi, ces petits secrets ?

Tu fouilles ma chambre ?

Rends-moi ça !

Ça te regarde pas.

Antoine est au courant ?

- Va-t'en.

Va-t'en.

Musique sombre

Marianne ?

Tintement

Marianne souffle.

Musique sombre

Tintement

Marianne !

Elle souffle.

Tintement

Quelqu'un approche.

André souffle.

Qu'est-ce que tu foutais ?

J'appelle depuis une demi-heure.

- J'étais au téléphone... - Oui, bah...

- Pendant que tu papotes... - Je papotais pas.

- Oui, bah moi, je ne sens plus ma jambe, c'est atroce.

C'est affreusement douloureux.

Je comprends pas, vous la sentez ou pas ?

- Ils me l'ont tous dit : un jour, vous deviendrez paralytique.

Si ça se trouve, c'est maintenant, et toi, tu bavasses au téléphone.

Je vous emmène à l'hôpital.

Quoi ? Tu dis n'importe quoi.

- Non, vous avez certainement raison. Ça pourrait être très grave.

- T'en sais quoi ? T'es pas médecin.

Absolument, je suis même pas infirmière.

Je vous emmène pour ça, vous aurez affaire à des professionnels.

- Ils seront aux petits soins. - Oui... Et s'ils me gardent ?

- Allez, on y va. - Non, non...

Ça revient là, regarde.

Tiens, je sens...

Je sens mes orteils, et puis mon talon, aussi.

On y va quand même.

C'est certainement grave, on va pas prendre de risque.

- Tenez. Prenez votre canne. - Oui.

- Il suffit que vous ne sentiez plus ni vos genoux ni vos hanches,

- après, ce sera trop tard. - Ça va mieux.

- Ça va, là. - Voilà.

Antoine aurait déjà appelé une ambulance.

Oui, ça revient, je sens.

André souffle.

Je vois pas ce qu'ils pourront faire.

Quand on connaît les urgences,

c'est rempli de petits internes nuls.

On demandera le chef de service.

Si tu crois que c'est si simple.

- Bien sûr que oui, vous êtes encore M. Casella.

Portière

Chez les Casella,

les hommes vivent très vieux.

Jamais aucun n'a été dans une maison de retraite.

Ça, c'est leur grande fierté.

Alors que les femmes,

on peut les envoyer en HP.

On les emmène voir le médecin de famille et puis...

ils les envoient...

"se reposer" ou "se mettre au vert".

Il s'est passé quoi dans cette chambre d'hôtel ?

Si on a couché ensemble ?

Non.

Baiser

Il la photographie.

- Tu crois que les choses auraient été différentes ?

Si t'avais connu mon nom d'avant.

Mmh.

J'en suis certain.

Pourquoi j'ai tout oublié ?

C'est comme si depuis Antoine, le reste avait cessé d'exister.

C'est cette maison,

c'est sa famille,

ils m'ont ensevelie. Je me suis laissée engloutir.

Pars.

Pars avec moi.

Mmh.

Oui, mais Antoine...

Il m'empêcherait de voir les enfants.

Je veux pas qu'ils deviennent comme eux.

Viens avec moi.

Je plaisante pas.

- Il se sert un verre. - Qu'est-ce qui t'a pris ?

On l'hospitalise pas à chaque fois qu'il a des fourmis.

Pourquoi tu m'as pas appelé avant ?

Tu t'es précipitée à l'hosto

sans réfléchir.

Même papa n'a pas compris.

Il m'a dit qu'il était à ta merci. C'est ce qu'il m'a dit.

J'en doute pas.

D'après le chef de service,

ils vont le garder, maintenant. Ça peut être trois mois, trois semaines...

Et Sabine s'en va à la fin de la semaine,

- elle a réservé depuis des mois... - On repoussera notre départ.

- On peut attendre. - Pas moi.

Repousser, c'est pas une option.

Je resterai, alors.

- Bah non ! Moi, seul avec les enfants ? Non, j'ai besoin de vacances.

- Pars seul, on se débrouillera. On se relayera.

Ça suffira pour lui faire la lecture et lui donner à manger.

De toute façon, il prétend ne plus pouvoir tenir une cuillère.

Mais à part ça, c'est moi qui invente. Soupir

- Je sais bien que t'en as plus rien à foutre de ce que je dis.

- Sois pas grossière. - Tu sais, c'est tous les jours.

Les enfants, ton père... Parce qu'un Casella peut pas se payer

quelqu'un qui viendrait le laver et l'écouter radoter.

Bien sûr que non.

Ce serait de l'argent jeté par les fenêtres.

Et à quoi serviraient vos femmes ?

Faudrait pas que votre fric les épargne.

Oh, ça va !

Et toi, t'étais où, toute l'après-midi ?

Tu jettes mon père à l'hôpital et t'es injoignable.

Je prenais l'air.

- Si t'as besoin de repos, y a des maisons très bien.

Il souffle.

Tu te rends compte ?

C'est terrible de voir mon père décliner.

Il a pris dix ans. C'est devenu un vieillard.

Je dis pas que c'est simple ni qu'on va gérer ça ce soir...

mais on pourrait s'arranger. Tu m'écoutes ?

Oui, mais je vais me coucher.

Tu veux pas qu'on essaie de voir un peu ?

Demain, si tu veux bien.

Bonne nuit.

Bonne nuit.

Stridulations

Mon ange.

Faut que tu te réveilles.

Musique intrigante

Tu te régales avec ton croissant ?

Mmh.

T'en donneras un peu à ta mère ? Tim acquiesce.

Merci.

Où on va ?

Je dois passer un coup de fil.

Je sais pas, encore quelques heures.

La portière s'ouvre.

À plus tard.

- La portière se referme. - On fait quoi ?

Comment ça, on fait quoi ?

Je sais pas.

Je sais pas ce qu'on fait. On va se balader.

Moi, je voulais aller voir papi.

Aujourd'hui, c'est pas possible.

Mais il est tout seul à l'hôpital.

Moi, je veux pas le laisser là-bas.

Tu veux prendre de ses nouvelles ?

Oui.

Tu lui dis bien qu'on peut pas venir.

Tim acquiesce.

Embrasse-le bien fort.

Papi !

Oui, ça va et toi ?

Oh, faut qu'on vienne te chercher.

Je sais pas, on est sur une route de campagne.

Je sais pas, je vais demander à maman.

On met combien de temps pour rentrer ?

On va pas à l'hôpital aujourd'hui.

Mais moi, je voulais aller voir papi.

Eh ben, je... je sais pas.

Elle dit qu'elle sait pas.

On va tout faire pour être là pour le déjeuner.

Moi aussi, j'ai hâte de te voir.

À tout à l'heure !

Musique sombre

Elle souffle.

Portière

Tu viens ?

- Attends-moi, Tim.

Elle souffle.

Musique triste

Coucou, papi !

- Ah ! Comment vas-tu ?

Ah, madame Casella.

Ça va ? Vous avez besoin

de quelque chose ?

C'est par rapport à votre beau-père ?

Il sortira lundi. Il va bien.

Puis il n'a aucune envie de rester.

Bonne journée.

Hésitez pas, si besoin.

Musique triste

Marianne inspire.

Sonnerie de téléphone

Marianne ?

Non, non, ça m'intéresse pas. Non, merci.

Putain, ils font chier.

Tim,

- maman t'a dit quoi ? - Rien.

- Elle est partie comme ça ? Elle t'a rien dit ?

Rien.

- Annette, vous n'avez aucune idée ? - Ah non,

aucune idée.

Allez. Viens.

On finira après.

Elle peut pas avoir fait une fugue ?

- Une fugue... On parle pas d'une adolescente de 15 ans.

- Faut attendre, elle va revenir. - Attendre, attendre...

Attendre quoi ? Combien de temps ?

Elle est complètement folle.

Je savais qu'elle était fragile, mais là...

T'as bien vu à la confirmation.

Et puis, abandonner Tim à l'hôpital...

Alors qu'il y en avait que pour lui. Tim, Tim, Tim...

Antoine souffle.

Ou elle a une aventure.

- Qu'est-ce que tu dis ?

- Elle est peut-être pas partie seule.

Avec qui ?

- J'en sais rien. Qui te dit qu'elle se tape pas un connard ?

Le photographe ?

Sameck ?

Il rôde autour d'elle depuis des jours.

Bah voilà. Je l'appelle.

Oui, Antoine Casella à l'appareil.

Non, non, je vous appelle pas à propos de vos photos.

Je cherche ma femme

et vous savez où elle se trouve.

Bah oui, "madame Casella" !

Non, mais écoutez, vous...

Me prenez pas pour un con ! Ça pourrait vous coûter très cher !

- Il a raccroché. - Il a dit quoi ?

- Il se fout bien de notre gueule. Il dit qu'il l'a pas vue.

Dans 24 heures, il me suppliera de la reprendre.

Comme la dernière fois.

Antoine souffle.

Antoine approche.

Musique énigmatique

Il souffle.

Laure inspire.

Ça va ?

T'étais où ?

Papa te cherche partout.

Bah dis-moi, t'étais où ?

T'étais chez Lili ?

Je vais partir.

Je sais que tu comprendras.

Car c'est ce que tu me demandes de faire depuis des années.

Je suis pas morte.

Mais je suis là.

Je suis là, mon ange.

Mmh ?

Laure pleure.

Chants d'oiseaux

Pas en approche

M. Sameck ?

Oui ?

Pour vous.

Il prend la lettre.

- Où est-elle ?

Je peux pas vous le dire.

Je suis désolée.

Il ouvre la lettre.

"Ain't Got No, I Got Life" (Rosemary Standley)

Musique mélancolique

Sous-titrage : TransPerfect Media France

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