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Zulu
…
-Abteilung…
Halt !
Abteilung…
Marsch !
Musique sombre
…
-Achtung… Feuer.
Coups de feu
-Frank Friedmayer est mort.
Il avait passé la majeure partie de sa vie à haïr sa jeunesse,
à chercher la mort.
Cette mort qu'il avait enfin trouvée, terrible et solitaire.
La mort d'un assassin.
Depuis bien longtemps,
Frank Friedmayer ne voulait plus vivre.
Depuis qu'il était encore un enfant,
que sa mère venait le voir et disait…
-Voilà mon petit Frank.
Rire
Il est mignon, mon fils, hein ?
…
C'est M. Léopold.
Ton oncle Léopold.
…
Eh ben, quoi ? Tu dis pas bonjour ?
Enfin, qu'est-ce que tu as ? T'es pas content de nous voir ?
- Mais si, maman. - Frank,
tu peux remonter les pendules.
-La danseuse ou le concert ?
- Toutes celles que tu voudras.
Voulez-vous me suivre, Mme lrma ? - Oui.
Minute, Lolo.
Cliquetis du mécanisme
…
Musique douce
…
-Il n'aime que ça.
Il sera horloger.
…
-Il est trop sensible, ce petit.
Il peut rester des heures dans son coin
avec une tristesse… sans rien dire.
- À cet âge-là, vous savez… C'est un enfant.
- Justement, il y a des moments où il n'a plus son regard d'enfant.
Quand il se dispute à l'école…
-Il se dispute ? Pourquoi ?
-Pour vous.
-Pour moi ?
-Oui. Il vous défend.
Ses camarades crient des choses sur vous,
disent des grossièretés, et il se bat.
-Il m'a jamais rien raconté.
-De toute façon, Mme lrma,
vous feriez mieux de venir le voir toute seule.
-Oh… Y a pas de raison.
Léopold est un monsieur très sérieux.
Il veut m'épouser.
- Vous changez trop souvent de monsieur qui veut vous épouser.
Le petit s'en aperçoit.
- Il en souffre. Il vous aime.
-Mais moi aussi, je l'aime.
- Oui, mais lui, il n'aime que vous.
- Au revoir, mademoiselle. - Au revoir, madame.
-Au revoir, chéri.
Sois sage. - Oui, maman.
-Allons-y, Lolo.
Rire
Je reviendrai la semaine prochaine.
- Ils sont partis ? - Oui.
Allume. On n'y voit presque plus.
Et je vais te dire une chose, Frank.
C'est très vilain, d'entrer sans frapper.
-Je ne savais pas.
-Tu le sais, maintenant.
Tiens, voilà les serviettes.
Mets la table.
Le vin est dans le placard.
Et dépêche-toi,
pendant que je monte chercher le jambon.
Sifflet de locomotive
…
Grondement du train
…
Musique intrigante
…
Sonnette
-Frank ?
Ça alors…
Qu'est-ce que tu me fais ?
- Dis, ma chérie, où as-tu mis mon pyjama ?
-Je suis inquiète.
- Il n'est jamais là quand on le cherche.
C'est toujours la même chose. - Cette fois, ce n'est pas pareil.
Ah, le voilà.
Mon Dieu, qu'est-ce que tu as fait ?
-Je suis tombé.
- Mais… tu as pataugé dans la boue.
-La neige était sale.
-Doucement, en passant,
les semaines, les mois, les années,
- eh oui, les années -
ont tout changé dans la petite ville.
Puis ce fut la guerre. Des patrouilles parcourent les rues,
le silence se fait autour des maisons effondrées.
De plus en plus, les gens ont faim et froid.
Il y a des hommes qui font fortune, il y a des lâches et des héros.
Mme lrma n'a pas beaucoup changé en 1 0 ans,
mais dernièrement, elle a commencé à gagner beaucoup d'argent.
Voilà sa maison.
Il y a des tapis, des fauteuils douillets, un bon feu,
et l'on peut manger tant qu'on veut.
Piano
- Je peux poser ce paquet ici ? - Mais oui.
Comment vous appelez-vous ? - Marguerite, madame.
-Non, c'est trop long.
-On m'appelle Moune.
-J'aime mieux ça.
Bertha, c'est déjà la 3e tartine.
-Ben moi, j'ai faim.
-Laisse-la manger, maman.
- Attention. La mode n'est pas aux grosses cuisses.
-Ça peut revenir.
-Venez.
…
Alors, vous avez déjà travaillé ?
-Non, madame.
- Mais vous avez connu des hommes ?
-Ça, oui.
- Donc vous avez travaillé. - Oui, dans un bar.
-Oh…
C'est pas le genre qui me plaît. C'est une maison sérieuse,
et j'exige avant tout les bonnes manières.
-Bien, madame.
- Un monsieur qui s'en va doit vouloir revenir.
C'est ça, se faire une clientèle.
Une porte s'ouvre.
-À bientôt, mon grand.
- Oui, si je suis encore dans la ville.
Au revoir, madame. - Au plaisir, capitaine.
Et merci encore pour votre foie gras.
- Mme lrma, venez voir. On gèle, dans la chambre.
Dans ces conditions-là, le boulot devient impossible.
J'ai eu un mal fou avec le capitaine. Le froid, ça me coupe mes moyens.
- Ah, parbleu, on a laissé éteindre le poêle.
Bertha !
Vous n'avez pas monté le charbon.
- Votre fils a la clé de la cave.
- Ah, c'est vrai. Attendez, mes enfants.
Frank !
Mais où est-il ?
Il est jamais là quand on le cherche.
- Il est dans cette chambre, madame.
-Frank,
réponds quand je t'appelle. - Je sais, je sais.
Qu'elle vienne avec moi chercher le charbon, je descends.
J'avais oublié la clé.
Bertha.
Allez, on y va.
-Mon chéri,
tu sais que je m'inquiète, quand tu sors la nuit.
Rentre pas trop tard. - Peut-être,
puisqu'il y a du nouveau.
- J'ai horreur de ces escaliers.
On est tellement mal vues qu'on se fait insulter.
- Pas à cause de ce qu'on fait, mais du charbon.
Il t'a rien dit.
- M. Holtz, c'est quelqu'un de bien.
La dame du 1 er crache par terre.
-Tant que c'est pas sur toi.
- On m'a traitée de vieille morue. - T'es pas vieille.
- Donc je suis une morue ? - Toi, t'es intelligente.
- Si tu veux pas mal finir, sois gentil.
- Va chercher le charbon. Voilà la clé.
- Tu vas pas m'aider ? - J'ai pas le temps.
- T'as le temps de venir dans mon lit.
-C'est de l'entraînement.
Il sifflote.
…
- Frank sait que Suzie Holtz surveille ses sorties.
Elle vit avec son père dans une chambre sans tapis,
sans feu, sans fauteuils douillets.
Suzie est une jeune fille.
Valse au piano
…
- Salut, Timo. - Salut.
-Merci.
- Y a ton ami Krommer qui t'attend.
…
- T'es ici tous les soirs, maintenant ?
- Tant qu'il y aura des filles comme toi.
- Il a raison, ce jeune homme. - C'est pas vrai.
Tu viens pour bouffer et picoler.
Puis tu manques pas de filles. - Y en a jamais assez.
-Ben, tant mieux.
-Il faisait chaud.
Elle avait de gros seins et des yeux clairs.
Elle minaudait, mais moi, elle m'a pas eu.
En faisant l'amour, je l'ai étranglée.
- Pourquoi ? - Elle savait pour les bijoux.
Et puis… c'est tellement doux.
- Et vous l'avez tuée comme ça ?
- Par les temps qui courent, qui n'a pas tué,
à la guerre ou autrement, par dénonciation ?
-Ça, c'est trop facile.
- Étrangler, c'est pas sensationnel.
On serre un peu, et ça va très vite. Vous vous connaissez ?
- Oui. - Oui, bien sûr.
- Ta combine de couteaux, ça tient ?
- Ma camionnette en est bourrée.
Tu dois voir le dernier modèle.
-Que penses-tu de ce bijou ?
-Ça rentre tout seul.
-Prête-le-moi.
- Pour quoi faire ? - Rien.
-C'est pas né pour rien faire.
-Mettons, pour que je l'étrenne.
-Tu sauras pas t'en servir.
- Tu paries que je te ramène un revolver ?
-Et après ?
Valse au piano
…
Musique inquiétante
…
Une porte s'ouvre.
…
Musique dramatique
…
-Frank ne savait même pas
pourquoi il avait assassiné cet homme.
Peut-être pour le revolver
ou pour se prouver à lui-même qu'il était capable de tuer.
Son geste n'avait aucun sens,
mais le fait que M. Holtz l'avait vu changeait tout.
Maintenant, il y avait Holtz et lui.
M. Holtz, le père de Suzie.
-Ach so !
-Je n'ai rien fait !
-Il n'a rien fait !
Il n'est pas sorti hier.
Vous pouvez demander.
Les voisins l'ont entendu étudier son violon.
- Wenden Sie sich an die Kommandantur.
Schnell.
Raus !
-Un musicien.
Il aurait tué un sous-officier au terminus.
À qui se fier ? - Ils sont fous, ces petits.
- Nous sommes tombés bien bas. Nous méritons la défaite.
Plus de valeurs morales, plus rien.
- Si, monsieur. Il y a des valeurs morales.
Et il y a aussi des patriotes. On vient d'en avoir la preuve.
- On l'a emballé en vitesse. - Viens, filons.
Pauvre type.
-Oh…
-lls ont dit quoi ?
- Le colonel a commencé. Un petit coup de clairon.
- Il avait raison, idiote. - Tu penses comme lui ?
- Tu feras les poivrots sous les ponts.
-Et toi, à Casablanca.
- Je vous en prie, assez, mes petites.
Vous finirez par être désagréables.
Allez vous habiller, plutôt.
Frank. - Quoi ?
- Tu le connais, ce petit violoniste ?
- Je l'ai rencontré 2 ou 3 fois dans les escaliers.
- À quelle heure es-tu rentré ?
Sonnette
Moune, va ouvrir.
Tu étais chez Timo ?
-Mme lrma.
- Bonjour, M. Hamelin. - Je ne reste pas longtemps.
- C'est pas gentil. Vous ne vous plaisez pas avec moi ?
- Mme lrma, vous plaisantez toujours.
-Je vous taquine.
- C'est un client, à cette heure-ci ?
-Non, c'est un flic.
N'aie pas peur, c'est un ami de ma mère.
-Tu peux venir, Frank ?
-Bonjour, M. le commissaire.
-Bonjour, jeune homme.
- Frank, tu devrais servir un petit verre à M. Hamelin.
J'en prendrai un aussi. Un rhum, tiens.
Asseyez-vous. - Merci.
Ces messieurs ont eu du travail, cette nuit.
Un sous-officier a été tué à 1 00 mètres d'ici.
- Nous avons joué aux cartes. J'ai mal dormi cette nuit,
mais nous n'avons rien entendu.
- On n'a pas tiré, on s'est servi d'un couteau.
Merci.
On a volé son revolver.
Il est bon, ce rhum.
- Le meilleur qu'on puisse trouver.
- Ce sont ces messieurs qui dirigent l'enquête, pas nous.
Je sais juste qu'on a trouvé des tracts dans le violon du suspect.
-Encore un petit verre ?
-Non, merci. Je dois partir.
Les gens parlent toujours trop.
Si on les écoutait, on arrêterait tout le monde.
Enfin, il faut faire attention.
Au revoir, Frank. - Au revoir.
- Revenez nous voir. - Oui, entendu. À bientôt.
-Frank…
Tu sais que tu peux tout me dire.
-Donne-moi le revolver.
Pourquoi l'as-tu pris ?
-Il faut le cacher.
La police peut… Je sais pas, moi. - Où l'as-tu mis ?
Où l'as-tu mis ?
-Dans la coiffeuse.
Derrière la glace.
-Pas bien malin.
- Tu vas pas sortir avec ce revolver ?
Où veux-tu en arriver ?
-C'est mon affaire.
-Mais vraiment, tu fais exprès.
Tu veux qu'on t'arrête. Tu cherches le danger.
-Fous-moi la paix.
- Pourquoi me parles-tu toujours sur ce ton-là ?
Qu'est-ce que je t'ai fait, après tout, hein ?
Réponds-moi.
- La réponse nous fait peur à tous deux.
-Moi… j'ai pas peur.
Je peux tout t'expliquer. Tout ce que tu pourrais me reprocher.
-C'est ça que tu voudrais, hein ?
Je te fais des reproches, alors tu m'expliques,
on s'attendrit, on pleure…
Ce serait trop beau. C'est pas fait pour nous deux.
-Comme tu es mauvais.
Ça te fait rien de me voir pleurer ?
- Je t'ai vue pleurer tellement souvent…
L'industriel disait que tu avais la larme facile.
-Madame lrma, c'est un client.
-Faites entrer au salon.
Musique triste
…
- Bonsoir. - Bonsoir, monsieur.
- Nous allons regarder par la fenêtre, maintenant ?
Vous m'espionnez toujours ?
-Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
-Vous vous appelez Suzie.
- Comment le savez-vous ? - J'ai entendu votre père en passant.
- Donc vous m'espionnez aussi. - Oui.
On s'espionne tous les deux. - Pourtant, je suis pas curieuse.
- Moi non plus. Il doit y avoir autre chose.
-C'est ça. Sûrement.
- Je peux entrer chez vous ? - Pourquoi pas ?
Je vais allumer.
-Pas trop quand même.
- Il n'y a pas beaucoup de lumière, ici.
- C'est à vous ? C'est vous qui fabriquez toutes ces fleurs ?
- C'est pas de la fabrication, c'est un art.
On aime beaucoup nos fleurs.
Les jolies filles les portent sur leur chapeau,
comme ça,
ou… comme ça.
- Comment vous arrivez à en faire autant ?
-Les journées sont longues.
- Le feu est éteint. - Il est éteint depuis des années.
- Vous avez pas froid ? - Je fais ma culture physique.
J'ai l'habitude.
-Vous êtes là, Suzie ?
- Je viens de rentrer, monsieur.
C'est M. Limmer. Il partage l'appartement avec nous.
C'est lui qui m'apprend. Il est spécialiste en fleurs.
-Bonsoir.
Bonsoir.
Voilà pour vous. Vous avez travaillé ?
- J'ai terminé les bouquets. J'ai commencé celui-ci.
-Oh, mais je vous félicite.
Ces leucanthemum vulgarls sont très réussis.
-C'est quoi ?
-Les marguerites.
Tenez. En voilà une pour vous.
- Merci. - Allez, au travail.
Nous devons livrer.
- Excusez-moi, mais Mlle Holtz et moi devons sortir.
-Sortir ? Tous les deux ?
-Nous avons une course à faire.
-Mais vous venez de rentrer.
- Elle a oublié un rendez-vous très important.
-Oui, très important.
-Alors je vais commencer, moi.
Et ne tardez pas, Suzie.
C'est pas gentil, de laisser les fleurs seules.
-Bonsoir, monsieur.
-Bonsoir.
-J'aurais pas dû sortir.
-Vous regrettez déjà ?
- Je me demande s'il le dira à mon père.
-Les gens disent jamais rien.
- Mais si. Moi, je le dirais. - Alors ça va.
- Mais où allons-nous ? - Danser.
- Il y a des endroits où on danse, en ce moment ?
-Chez un copain à moi.
C'est à deux pas d'ici,
à l'impasse de la rue Verte.
Valse au piano
…
- C'est cher, ici. - Et après ?
- Je suis pas habillée. - Ça n'a pas d'importance.
Salut. - Salut.
-Des hors-d'œuvre, du foie gras,
des côtelettes, des frites et du vin du Rhin, tu sais lequel.
- D'accord, tout de suite.
…
-Enlève ton manteau, quoi.
…
- Qu'est-ce que c'est, toutes ces femmes ?
-Des filles qui ont faim.
-Ces officiers ?
- Des types qui ont faim de jolies filles.
-Frank, je voudrais m'en aller.
-On va dîner d'abord.
…
-Voilà.
Le reste est en marche.
…
- Ben, mange. C'est du foie gras.
…
Qu'est-ce qu'il était, ton père, avant ?
- Il était critique d'art. Il écrivait des livres.
Nous avons beaucoup voyagé pour visiter des musées.
-Ah.
Mais…
qu'est-ce qu'il fait après le boulot ?
-Il lit.
Des poésies.
Souvent, il m'explique.
-Il sort jamais, alors.
- Non, depuis la mort de mon frère.
- Il est mort à la guerre, ton frère ?
- Non. - De quoi il est mort, alors ?
-Il s'est suicidé.
Il avait 20 ans.
- Frank. - Quoi ?
- C'est important. J'ai à te parler.
- Tu vois bien que je suis pas seul. - Je vois.
Compliments.
Mademoiselle.
…
-Ton père conduit des tramways ?
-Oui. J'ai pas faim.
-Mange, quoi. Mange.
Dis donc, comme changement,
de critique d'art à conducteur de trams…
Et il se plaint pas ?
- Pourquoi me parlez-vous de mon père ?
- Si ça te déplaît, je n'en parle plus.
- Au contraire, on s'aime beaucoup.
J'ai que lui.
Et vous ?
-Moi quoi ?
- Votre père ? - Il devait pas être comme le tien.
- Pardon, je vous ai fait de la peine.
-Penses-tu.
Un type fait de la gymnastique entre les draps et hop, on naît.
-Frank, je voudrais m'en aller.
- On est pas bien ? - Je dois aller au terminus.
…
- Qu'est-ce qui t'a pris de partir si brusquement ?
-C'était plus fort que moi.
Vous avez eu un regard méchant. Je vous aime pas comme ça.
-Tu me verras pas souvent, alors.
-Pourquoi ?
Je vous connais, c'était plus vous.
Je peux l'avouer. Je vous espionne depuis des semaines.
Oui.
Oh… J'ai froid. - Viens contre moi.
- Qu'est-ce que vous cachez, là ?
-C'est un revolver.
-Oh, attention.
- Je m'en suis pas encore servi. J'en ai pas eu l'occasion.
-Voilà le terminus.
Au revoir, Frank. - Viens par ici.
Musique romantique
…
- Félicitations, c'est du 1 er choix. - Oui, mais c'est une pucelle.
- Elle le restera pas, avec toi. - C'est malin.
Tu veux quoi ? - Je suis sur un coup formidable.
Un officier voudrait des horloges et des montres.
Tu m'as parlé d'un horloger où tu as vécu.
-Oui, j'ai connu ça.
- En attendant, le général est décidé à payer très cher.
Je vais lui prendre un gros paquet.
Il lui faut des montres à la pelle.
-Des anciennes ?
-Oui, XVllle. Mais vraies, hein.
Il s'y connaît.
- Des pendulettes avec des personnages ?
J'ai joué avec. Je peux t'avoir ça.
-Que comptes-tu faire ?
- Ça me regarde. Je t'ai jamais bluffé, non ?
-Non. Moitié-moitié.
- Dis, tu rêves ? Je me tape tout le boulot.
- J'amène le client. - J'amène toute la marchandise.
-Vos papiers, messieurs.
- Alors voilà. Carte de tabac, carte d'alimentation,
pain, viande, savon…
-ldentité suffit.
C'est le couvre-feu. Je vous coffre.
-Carte verte.
- Excusez. Bonsoir, messieurs.
- Bon, 50-50, mais il me faut une carte comme la tienne.
- Oh… Je peux en parler, mais je te promets rien.
- C'est à prendre ou à laisser.
-C'est très dur à avoir.
- Les montres aussi. Tu sais ce qui te reste à faire.
- Bon, je m'arrangerai. Viens demain au garage.
-Salut.
- Tiens, reprends ça. J'en ai plus besoin.
J'ai mieux, maintenant.
- Là-bas, ce sera dur ? Y aura du grabuge ?
-Non, ce sont des vieux.
On devra les effrayer. - Oui.
Je tiens pas à me mouiller, j'ai mis assez longtemps à sécher.
- Les caisses sont dans la voiture ? - Oui.
-3, ça te suffit ?
- Oui, d'après ce que je peux me rappeler.
Musique douce
…
Sonnette
…
- Qui est là ? - C'est de la part du Führer.
-Où est Vilmos ?
- Mais monsieur, vous devez savoir qu'il est mort depuis 2 ans.
- Les clés de l'armoire. - Que voulez-vous prendre ?
-Les montres et les pendulettes.
Là, y a plus que vos montres.
Les pendulettes sont à côté ? - Oui. Elles sont là, toujours.
- L'armoire est ouverte. - Fais-nous confiance.
-V'là les pendulettes.
Fais gaffe, c'est du fragile.
- Qui êtes-vous ? Comment savez-vous ?
-Il est mort il y a 2 ans ?
- Il les aimait tant, ses montres. Nous n'avons vécu que pour ça.
-Grouillez.
- Ça va, ça va. - La vieille t'impressionne ?
- Vous permettez ? Je peux m'asseoir ?
- C'est fini ? Tirez-vous par là.
Une porte claque.
Il vaut mieux que vous ne disiez rien.
Vrombissement de moteur
…
Musique douce
…
Musique sombre
…
-Excuse-moi.
- Quoi ? Qu'est-ce que tu veux encore ?
- Je voulais savoir si tu étais rentré.
J'avais tellement peur…
-Pourquoi ?
- Je t'ai vu prendre le revolver avant de sortir.
- Qu'est-ce que ça peut te foutre ?
- Ça doit me faire quelque chose, puisque j'ai pas pu dormir.
Maintenant que tu es là, je suis bien.
- T'as fait combien de clients aujourd'hui ?
- Si tu savais comme j'ai honte d'être ce que je suis…
-Fallait pas faire la putain.
-Facile à dire.
-Allez, vas-y, raconte.
- Oh… Quand on a su que j'allais avoir un gosse,
on m'a chassée de la ferme.
-Et après ?
-Ça a été l'hôpital,
puis un bar,
puis un autre bar,
puis l'hôtel.
-Le gosse était avec toi ?
-Oui, il était avec moi.
Il avait faim, il pleurait toute la nuit.
Il était malade. Il a failli mourir.
-Qu'est-ce que ça t'a fait ?
-Je croyais devenir folle.
Alors je l'ai mis en nourrice. Mais il fallait de l'argent, pour ça.
Alors j'ai recommencé,
dans un autre bar.
Il fallait coucher avec le patron, avec les clients.
Alors voilà.
-Et le gosse ?
- Il est chez des gens très gentils.
Je paye. Maintenant, il est bien nourri.
Si tu savais comme il est beau…
- Un gosse, une femme comme toi…
T'aurais dû le laisser crever.
-Pourquoi tu es toujours blessant ?
Ça te fait plaisir de faire du mal ?
- Pas du tout. Je te dis ce que je pense.
- Moi aussi, je pourrais te dire des choses blessantes.
-Qu'est-ce qu'il y a ?
Où veux-tu en venir ?
- Je peux pas m'empêcher de penser à toi.
J'ai tout le temps peur pour toi.
-Faut pas avoir peur.
Bientôt, j'aurai la carte verte.
-Tiens, ta carte verte.
Pas facile à avoir.
- Signée par le chef de la police ?
- Et par le commandant de la place.
Les patrouilles se mettent au garde-à-vous, mais un conseil :
ne la montre pas trop.
-L'argent.
-Ta part. Tu peux compter.
-Pas la peine.
- Où en es-tu, avec ta petite voisine ?
-Je la pelote un peu.
- T'as pas encore couché avec ?
- Non, mais je sais qu'elle est vierge.
-Ah…
Et ça te dit rien ?
- Tu sais, la pureté et moi, ça n'a jamais très bien collé.
- T'es trop jeune. Tu crois qu'elle est amoureuse de toi ?
- Peut-être. - Je te jure, une poupée
comme ça, toute neuve, à peine formée,
avec ses airs de gamine battue…
Veinard, va. - Moi, c'est pas mon genre.
- Et qu'est-ce que tu comptes en faire ?
-Je sais pas encore.
-Alors, si t'en veux pas,
passe-la-moi.
J'ai peut-être une chance.
-On verra ça.
Valse
…
-1, 2, 3.
1, 2, 3.
Rires
…
- Il faut danser sans compter.
- Ah ? - Mais oui.
…
Colette, tu viens danser ?
- Bien sûr. - Et moi, alors ?
-Avec moi.
…
- Bonjour. - Bonjour, madame.
- On s'amuse bien, chez vous.
- On reste, on reste, et on ne se décide pas à partir.
-Tant mieux.
Colette, Moune. Une seconde, mes petites.
…
Nous ne devons pas faire de bruit.
- Ce sont eux qui ont voulu danser.
- Nous aurons des embêtements, surtout aujourd'hui.
Leur police perquisitionne. - Il faut leur dire.
J'y vais ?
-Non, laissez-moi faire.
Messieurs, excusez-moi.
Votre police est dans le quartier et entre partout.
Il vaudrait mieux…
-Naturellement.
- "Les nazis en Russie".
-Merci de prévenir.
- Tiens… On a bousillé une vieille.
-Où ça ?
- "La police continue ses investigations.
"Les meurtriers connaissaient les lieux.
"lls sont entrés chez Mlle Vilmos la nuit,
"et après l'avoir tuée, ils ont dérobé des montres
"et des pendules."
-Tenez, Colette.
Je vous ai apporté un nouveau pyjama.
Mettez aussi le pantalon.
- Je veux bien essayer, mais Bertha me prend tout.
- Ça m'étonnerait beaucoup qu'elle rentre là-dedans.
Où est Frank ? - Il dort encore, madame.
-Frank, tu peux te lever, tu sais.
-Je suis fatigué.
Mais n'ouvre pas, quoi. Oh…
Qu'est-ce que t'as à me regarder comme ça ?
-Frank, tu as mauvaise mine.
- Je t'ai pas demandé de venir me réveiller.
- Il est 4 h, tu sais. - Je suis pas attendu au bureau.
Je travaille pas, je fais ce qui me plaît.
Sonnette
- On sonne. - Tu veux pas que j'aille ouvrir ?
- La police veut fouiller l'appartement.
- Ceux-là, je vais les virer en moins de deux.
Attends, tu vas voir.
Messieurs, voici ma carte verte.
-Ah ?
C'est bien.
Excusez-nous, monsieur.
Kommen Sie.
-Ça leur a coupé le sifflet.
-Mais d'où as-tu cette carte ?
- Ils fouillent tous les appartements. - Ils cherchent quoi ?
-Ils sont chez les Holtz.
-Je dois entrer
chez vous. - Messieurs, je les connais bien.
- Vous en prenez la responsabilité ? - Oui.
-Alors, très bien.
- Ça fait 4 jours qu'on s'est pas vus.
-J'étais très occupé.
-Je t'ai attendu.
Je te guettais. Je croyais que tu voulais plus me voir.
- Pourquoi ? Si tu veux, ce soir, on va au cinéma.
-Oh…
J'y comptais plus, tu sais.
Au revoir, Frank.
-T'es encore là, toi.
Qu'est-ce que tu me veux ?
-Tu as vu le journal ?
On a assassiné Mlle Vilmos.
Tu te souviens, les montres que tu aimais tant ?
Ben, réponds-moi donc.
Dis-moi que c'est pas toi qui as tué Mlle Vilmos.
Pourquoi aurais-tu fait ça ?
Je sais bien que c'est pas pour voler des montres.
Tu dis toujours que…
que tu es… une crapule.
C'est parce que je suis ce que je suis
que tu veux être une crapule.
Frank, aie pitié de nous deux.
Je sais bien que tu veux pas me répondre.
Tu veux que je souffre. Tu veux te venger.
Tu me pardonnes pas.
Mais je t'en supplie,
ne te venge pas en te détruisant.
Ne paye pas pour moi.
Les autres femmes…
Enfin, celles comme moi,
quand elles ont un enfant, elles l'abandonnent.
Mais moi, j'ai pas pu.
J'ai pas pu.
J'ai préféré lutter pour toi,
et je suis devenue cette femme
que tu détestes,
que tu méprises.
Et pourtant, si tu savais…
Si tu savais comme c'est peu ma faute,
d'être ce que je suis.
Pleurs
…
- J'ai fait les premières constatations.
M. le juge, les meurtriers ont laissé la camionnette dehors.
On a relevé des traces.
- Pourquoi pensez-vous à des familiers ?
- La rapidité d'exécution. Les voisins n'ont rien entendu.
- On n'a rien trouvé sur les lieux ? - Si, une douille.
Et une fleur artificielle, mais ça, c'est pas une pièce à conviction.
Vous voyez ? C'est une marguerite.
-Tu t'es fait belle.
Tu deviens coquette. - Je l'ai toujours été.
Où est la marguerite que je t'ai donnée ?
-Je l'ai perdue.
-Tiens. En voilà une autre.
Je franchirai jamais cette porte-là.
-Qu'est-ce que ça peut faire,
quand on se plaît ?
-Je te plais, moi ?
Tu me l'avais jamais dit.
Il faut dire ces choses-là.
- Si je voulais t'emmener, tu le ferais ?
- Tu voudrais t'en aller ? - Je demande, pour savoir.
Et si je te demandais de coucher avec moi ?
-Moi, je t'aime.
-Tu m'aimes ?
Fallait le dire.
Il faut dire ces choses-là.
Alors tu viendras chez moi dimanche ?
-Si tu veux.
-Pourquoi tu m'aimes ?
- Est-ce qu'on sait pourquoi on aime ?
Tu es le contraire de ce que je croyais aimer un jour.
Peut-être parce que tu es malheureux.
-Malheureux ?
Qu'est-ce qui te fait croire ça ?
-Oh, Frank…
Je suis maladroite.
À chaque fois, je te fais de la peine.
- De la peine ? Tu peux pas m'en faire.
C'est toi qui es malheureuse. - Moi ?
Mais non, pourquoi ?
-Regarde-toi.
Regarde ta chambre glacée, ta robe de 4 sous,
la misère où tu vis.
C'est pas la misère qui rend malheureux.
-C'est quoi ?
Dis-le, puisque tu le penses !
Qu'est-ce qui rend malheureux ? - Tu le sais.
Je voudrais te consoler. - Tais-toi.
-Non. Laisse-moi continuer.
Hier, mon père parlait de toi. Il te comprend.
- Je me fous de ce vieux raté qui conduit des trams.
-Je ne te permets pas.
On n'est pas un raté parce qu'on est pauvre,
on est un raté quand on n'a plus d'espoir.
-D'espoir ?
Mais qui t'a mis ces boniments-là dans la tête ?
On n'est pas un raté quand on a du fric,
du feu dans la cheminée et des belles nippes sur soi.
-Comme je te plains, Frank.
La porte s'ouvre.
-Qu'est-ce qu'il y a ?
-Rien, papa.
Je suis contente de te voir car je suis fière de toi,
toi qui n'as pas de belles nippes sur toi et pas du fric dans ta poche.
-Au revoir.
Musique sombre
…
Il compose un numéro.
…
Allô, Krommer ?
Salut, ma vieille.
Dis, la petite…
Oui, celle qui te plaît.
C'est d'accord, je te la passe.
Oui, c'est sûr, puisque je te le dis.
Alors viens ici dimanche.
-Une lettre ?
Donnez-la-lui vous-même, mademoiselle.
Je n'aime pas me charger de ces commissions-là.
Une lettre pour vous.
-Qu'est-ce que tu fais ici ?
-Frank !
Tiens, Frank.
Frank !
-Quoi encore ?
- Pardonne-moi. L'autre jour, je t'ai fait mal.
Mais des fois, j'ai mauvais caractère.
- Tu vas venir chez moi dimanche ?
- Je peux t'aimer comme ça, mais je t'aime autrement.
-Autrement ?
-Oui.
J'aurais pu me donner sans regrets à un autre.
Avec toi, c'est pas pareil. Je t'aime, Frank,
alors je rêve un peu.
-Allez, ça va. Ça suffit.
- Dis-moi tout ce que tu veux. Je suis ton amie, je comprends.
- Et tu rêves de notre amour ? - Oui, Frank.
Je rêve de notre amour, tu peux pas m'en empêcher.
Je le vois simple, mais avec des bouquets de mariée,
des alliances,
des prières,
puis un jour de noces à la fin.
Pourquoi pas ? Ça peut bien arriver.
-Oui, mais pas avec moi.
Tu t'es trompée d'adresse. Au revoir.
-Frank, je te laisserai jamais.
Tu m'entends ?
Cloches d'église
…
-Tiens, les cloches qui sonnent.
- T'es pas folle ? Ferme la fenêtre, voyons.
…
- Ça me rappelle les dimanches au village.
- Moi, Pigalle et mon homme plein d'argent.
- Toi, tu vois le côté sale. Moi, je suis romantique.
- Ça te va bien, avec le boulot que tu fais.
- Salope, ordure ! - Pas de bêtises.
Dépêchons, les enfants.
Piano
…
Au revoir, Frank.
…
Au revoir, Moune.
Alors tu viens pas ?
-Non, je me sens pas bien.
-On va enfin au cinéma.
- Elle préfère écouter de la musique douce.
Rires
-Assez, assez.
…
Piano
La porte claque.
…
- Ça ne te dérange pas que je reste ici ?
-Pourquoi tu sors pas ?
- Tu sais bien que j'ai la migraine.
-Alors reste là.
Sonnette
-Tu attends quelqu'un ?
-Va dans ta chambre.
-C'est Suzie ?
- Mêle-toi de ce qui te regarde et laisse-moi seul.
La porte claque.
T'es parfumé comme une putain.
-Je sors de mon bain.
Elle est déjà là ? - Non.
- Mais elle va venir ? - Peut-être.
- Tu lui as dit la vérité ? - Non, elle aurait pas marché.
Et puis elle a pas besoin de savoir. Viens par ici.
Voilà le lit.
Tu seras dans le noir. Elle croira que c'est moi
et ce sera toi.
-Mais quand elle s'apercevra que…
-Je suppose
qu'il sera trop tard.
- Tu crois pas que ça pourrait tourner mal ?
C'est surtout pour toi, hein.
- Tu vas pas te dégonfler, non ? Faudrait savoir ce que tu veux.
- Mais elle ? - Elle avait qu'à pas venir.
-Mais dis-moi…
Pourquoi tu me la donnes ?
- Tu m'as bien obtenu une carte, je te passe une fille.
- Mais celle-là, tu m'as dit qu'elle est vierge.
-Et alors, ça te fait peur ?
-À ton âge, tu en as, du vice.
Sonnette
C'est elle ? - Je sais pas.
Passe dans la cuisine.
Fais pas de bruit.
-Frank, qu'est-ce que tu vas faire ?
-Tu vas me laisser ?
Suzie ? - Me voilà.
Comme il fait chaud, chez vous.
Le feu est allumé ?
Tu n'es pas content que je sois là ?
-T'aurais pas dû venir.
- J'ai peut-être eu tort, mais je voulais te voir.
-T'as les mains gelées.
Viens.
-Tu m'aimes ?
-Et toi ?
- Bien sûr. Autrement, je serais pas venue.
- Peut-être que tu m'aimes, mais que tu me méprises aussi.
-Dis pas ça, Frank.
- Tu peux encore t'en aller, tu sais.
Tu vas pas regretter ?
-Non.
Non, je sais que je regretterai jamais.
- Tu sais que je suis capable de tout ?
Des choses les plus moches, les plus atroces ?
-Je t'aime, Frank.
Mon amour pour toi, c'est comme si je savais que j'allais mourir.
- Alors ? - J'accepterai la mort.
-Viens.
- Non. - Viens.
-Non, je t'en supplie.
J'ai honte.
-Je te laisse seule.
Je reviens.
Vas-y, elle est couchée.
-Frank.
Qu'est-ce que tu as fait ?
Regarde-toi. Tu vois pas que tu en crèves ?
- Frank ! Non, laissez-moi ! - Calmez-vous, mademoiselle !
-Frank !
Cris
- Mademoiselle. - Laissez-moi !
- Mademoiselle. - Lâchez-moi !
- Ne partez pas. - Laissez-moi ! Non !
Non ! - Mademoiselle !
-Non !
-Mademoiselle !
Mademoiselle ! - Laissez-moi !
-Ne partez pas, ne partez pas.
-Il s'est rien passé.
- Fous le camp. Pour l'amour de Dieu, fous le camp !
- Laissez-moi, je vous dis ! - Mademoiselle !
Elle est partie comme une folle
dans la rue. Frank, ses souliers.
Et puis son manteau.
Sifflet de locomotive
…
…
Sanglots
-Suzie !
Musique dramatique
…
Sifflet de locomotive
…
Suzie !
…
Suzie !
Suzie !
…
Sifflet de locomotive
…
Suzie !
…
-Vous êtes un misérable.
Sifflet de locomotive
-Timo ? Timo ?
Tu fais quoi ?
-Je ferme, il est tard.
- Un verre. - Non.
- Le dernier. - Viens, tu as déjà trop bu.
- Tu vois ce type ? Je lui foutrai 2 balles dans la peau.
-Avant, tu prendras mon poing.
- Oh oui, c'est ça, des coups.
Des coups jusqu'à ce que j'en crève !
- Tais-toi, tu es noir. Ne crie pas comme ça.
- Crever, il y a que ça de vrai, tu sais.
Parce qu'après, on est tranquille,
et puis on pense plus.
On pense plus, tu comprends ?
- La ferme ! - On pense plus !
-Mais où tu te crois ?
- Dans ta boîte, tu fais du marché noir,
tu vends des filles et tu rentres chez toi, le matin,
et alors là, rideau.
T'as ta femme, tes enfants.
Moi, je peux pas.
Je peux pas faire comme toi !
Je peux pas ! - Tu me dégoûtes !
- Moi, je me dégoûte encore plus.
Qu'est-ce que j'ai fait ?
Hein ?
Qu'est-ce que j'ai fait ?
Si tu savais…
- Je ne veux pas le savoir. Roule.
J'ai déjà assez de saletés par terre à la fin de la journée. Va !
-Mais qu'est-ce que j'ai fait ?
Qu'est-ce que j'ai fait ?
Vrombissement de moteur
-Mon Dieu…
Qu'est-ce que tu as fait ?
-Je suis tombé.
-Mais tu as pataugé dans la boue.
-La neige était sale.
La neige était sale.
-Frank ?
D'où viens-tu ?
Tu as bu.
Entre vite.
- Je me souviens, un soir, tu étais avec ton amant,
l'oncle Léopold.
-Mais qu'est-ce que tu racontes ?
Reviens à toi, voyons.
Frank.
Frank, je t'en supplie.
Je t'en supplie, écoute-moi.
Il faut que tu t'en ailles, tout de suite.
- Que je m'en aille ? Pourquoi ?
-Ce sera peut-être pas très grave.
Quand elle sera guérie, les gens oublieront.
Frank, fais ce que je te dis, va-t'en.
-Non.
- La maison va prendre le parti de cette petite contre toi.
Peut-être que son père va se venger, te tuer.
Il sera dans son droit. Il sera acquitté.
-Son père, me tuer, moi ?
Sonnette
…
-Bonjour, madame lrma.
-Vous, à cette heure-ci ?
-Hélas, oui.
J'espérais ne pas vous trouver ici.
- Pourquoi ? - D'où avez-vous eu cette fleur ?
-Ça vous regarde ?
-Admettons.
-Trouvez-le, vous êtes flic.
- Je ne suis pas seul. Il y a d'autres flics, allemands.
On veut vous parler.
On vous attend.
-Mais alors, on va l'arrêter ?
-J'y peux rien.
Frank.
- On peut pas t'arrêter, avec les papiers que tu as.
-Folgen Sie uns.
- Je vous en supplie. Qu'est-ce qu'il a fait ?
Je vous en supplie. Mais qu'est-ce qu'il a fait ?
Hamelin ? Hamelin, dis quelque chose.
De quoi l'accuse-t-on ?
- Frank voulait que le destin s'occupe de lui.
Il l'avait défié du matin au soir.
Pourtant, il n'avait jamais pensé que cela devait arriver ainsi.
Musique sombre
…
- Nous allons peut-être attendre un peu. Nous sommes en avance.
Chute d'un objet
-Tu dis que ce n'est pas toi ?
Cris de douleur
Sonnerie
-Allons.
-Voici ma carte verte.
-Frank Friedmayer,
père inconnu,
fils d'lrma Friedmayer,
tenancière d'une maison de prostitution.
-Oui.
-Un revolver, un portefeuille.
-25 000 Franken.
-2 photos.
Signez là.
-Venez.
- Voilà. C'est votre cellule.
- Je veux bien, mais où j'irai, moi ?
- Pour le moment, le prisonnier reste là. Il n'y a pas de place.
- Vous êtes prisonnier aussi, vous ? - Oh non.
J'étais concierge de l'école.
Ils m'ont gardé ici, heureusement. Sans ça, je serais dans la rue.
Le pain.
Merci.
Je vois très peu. Enfin, ici, j'ai pas besoin de voir beaucoup.
Je suis tellement habitué à mon école.
- C'est devenu une prison ? - Ah non. C'est pas une vraie prison.
- Qu'est-ce que vous voulez dire ?
- Ou bien on est relâché, ou bien on est exécuté.
Aboiements
…
Il faut que j'aille donner à manger aux chiens. lls m'appellent.
…
- Ce sont des policiers ? - Oui.
Autrefois, c'était les cris des gosses que j'entendais.
Maintenant, ce sont eux.
…
- Comme tous ceux qui perdent leur liberté,
Frank a marqué d'un signe son 1 er jour de prison.
Il ne sait pas de quoi on l'accuse, ce qu'on a découvert.
Il ne sait pas s'il va nier, se défendre ou tout avouer.
L'aube le trouve comme ces malades qui tournent dans leur lit
sans pouvoir dormir.
Pas cadencés
…
-C'est quoi ?
- Quelqu'un qu'on fusille. Vous pouvez le voir
par la fenêtre.
On en fusille tous les jours, juste à l'aube.
-Abteilung…
Halt !
Abteilung… Marsch !
-Avant de passer la grande porte,
l'homme a relevé le col de son veston.
-Oui. lls font tous comme ça.
On a très froid quand cette grande porte s'ouvre.
Harmonica
…
-Achtung… Feuer.
Coups de feu
…
- Vous couchiez avec des filles, chez votre mère ?
-Ça m'est arrivé, oui.
- Vous aviez bien une préférence.
Bertha ?
Moune ?
Colette ?
Une à qui vous racontiez
vos histoires, vos affaires ?
-Non.
- Vous couchiez avec elles et vous ne leur parliez pas ?
- Mettons que je prononçais le minimum de mots.
-Votre mère recevait des officiers,
des fonctionnaires.
Aboiements
…
…
Musique mélancolique
…
- Mais qu'est-ce que vous faites toujours à cette lucarne ?
- Je regarde la maison d'en face.
La femme du 3e étage a ouvert grand sa fenêtre.
Elle est jeune.
Elle va, elle vient. Elle fait son ménage.
Elle est heureuse, sans doute.
Elle doit être mariée, parce qu'elle surveille un berceau.
-Le bonheur, quoi.
- Oui. Il y en a qui le connaîtront jamais.
-Friedmayer, suivez-moi.
-Frank.
-Bonjour, Frank.
-Mon petit, comme tu es…
-Bonjour.
- Ces messieurs m'ont autorisée à venir te voir,
t'apporter des effets.
- Pendant 1 0 jours, on ignorait où vous étiez.
- C'est M. Hamelin qui nous a renseignées.
Voilà du linge.
Tu vas pouvoir te changer, mon petit.
J'ai mis dans la valise ton foulard de laine,
des chemises blanches, des mouchoirs.
- C'est pas la peine. J'ai besoin de rien.
-On a tellement pensé à vous…
- Ah, vous avez eu le temps ? Peu de clients, hein ?
-Tu es toujours le même.
Tu n'aimes pas qu'on s'approche de toi trop près.
Peut-être que tu as raison,
mais moi, je peux pas m'empêcher de le faire.
Pardonne-moi.
- Tous vos amis ont demandé de vos nouvelles.
-J'ai pas d'amis.
- Il y a pourtant des gens qui vous aiment.
- Madame, la visite est terminée.
-Merci, monsieur.
Au revoir, Frank.
-Au revoir, Frank.
Vous savez, Suzie est encore à l'hôpital.
-On dit qu'elle va mieux.
- Mais M. Holtz n'est pas encore rentré.
-Oui, monsieur.
Porte-toi bien.
Fais attention. Couvre-toi.
-Au revoir, Frank.
Vous savez, Suzie est encore à l'hôpital.
-On dit qu'elle va mieux.
- Mais M. Holtz n'est pas encore rentré.
Sirène
-Fliegalarm !
Fliegalarm !
Zu Luftschutzraum !
…
-Encore une alerte.
-Fliegalarm !
Grognements des chiens
…
Aboiements
Explosion
-Venez.
…
Sirène
…
Explosion
Aboiements
…
Explosion
Aboiements
…
Explosion
Tirs de mitrailleuses
…
Explosions
Aboiements
…
-Still ! Still !
Lâche-le !
Explosions et coups de feu
…
-Comment êtes-vous entré ?
Voyons, il faut partir.
C'est défendu.
-Je l'ai vu, Frank.
Il était là.
-Oui.
Il est venu.
-Comme il a changé…
Je l'ai à peine reconnu.
-Il vient d'un autre monde.
-Un autre monde ?
-Oui. L'enfer où il vit,
cette mère qu'il ne peut pas aimer
et qu'il aime quand même.
-Papa…
On aurait dit un mort. - Allons, ma petite fille.
Allez, calme-toi. Dors.
Fais dodo. Allez.
-Qu'est-ce que c'est ? Qui est là ?
- Ne vous affolez pas, madame. On a frappé, j'ai ouvert…
-C'est moi.
-Frank.
- Il y a eu le bombardement, on a fui.
-lls vont venir tout de suite ici.
-Il faut te tirer.
- Allez à la ferme où est mon gosse.
Ils ne vous trouveront pas. - C'est ta seule chance.
-Venez, descendons ensemble.
- Ne vous fatiguez pas. Il y a sûrement des soldats dans la rue.
- Peut-être pas. Bertha,
va voir. - Maintenant ?
-Mais oui, va.
-Bon, si vous voulez.
Attendez ici. Vous allez pouvoir arrêter un évadé.
- Ein Ausreisser ? - Ja.
-Einverstanden.
-D'accord.
- Tu peux descendre, il y a personne.
- On l'a pris. Mme lrma vient de le voir.
-Ça lui apprendra.
-Comment ? C'est toi ?
Tu l'as donné ?
- Il me disait toujours des vacheries. Je l'avais prévenu.
Il faut être gentil avec les gens.
-Frank Friedmayer ?
-Oui.
- Alors… Tu as réfléchi, j'espère.
On t'a laissé du temps, depuis ta fuite.
- Je ne sais pas ce qu'on me reproche. - Tu ne sais pas ?
C'est pourtant sur toi
qu'on a trouvé ceci.
C'est beaucoup d'argent, n'est-ce pas ?
-Oui.
- Eh bien, je veux savoir qui t'a remis cet argent.
- J'en ai reçu de plusieurs côtés. - Tiens, tiens.
Tu l'as mis dans ta poche sans faire attention ?
- Oui. - Non !
Ce n'est pas vrai !
Lève-toi.
Viens voir.
Dis-moi si c'est n'importe quel argent.
Dans le coin droit, il y a de tout petits trous, tu vois ? 1 0.
Il y en a comme ça dans tous les billets qui étaient dans ta poche,
et dans ceux que tu as dépensés.
Eh bien, ces billets ont été volés.
-Pas par moi.
- lls ont été volés dans le coffre de l'état-major,
donc par un officier.
Il faut à tout prix qu'on trouve celui qui les a volés.
Voilà l'affaire.
- C'est pour ça que j'ai été arrêté ? - Oui.
Et maintenant, nous allons parler gentiment.
Assieds-toi.
Cigarette ?
Si tu me dis ce que tu sais,
tu reprendras ta vie d'avant.
Tes sorties le soir, les filles,
tout.
- Je regrette de n'avoir rien à dire.
-Prends garde.
Il faudra bien que tu parles.
- Non. - Tu ne sais pas ce qui t'attend.
-Je m'en fiche.
- Tu as compris, maintenant ?
Tu connais un certain Krommer ?
C'est lui qui t'a remis ces billets. Je suis au courant.
-Pourquoi m'interrogez-vous ?
- Qui les lui a donnés ? Réponds !
- Si j'avais demandé, il aurait rien dit.
- Vous étiez suffisamment amis pour qu'il te parle !
-On n'était pas amis.
- Ne fais pas l'imbécile. C'est dans ton intérêt.
- Je me fous de vos officiers !
-Friedmayer, prends garde !
Je n'ai plus de patience.
- Moi non plus ! Faites ce que vous voudrez !
Je ne sais rien ! Comment vous le faire comprendre ?
- Je te crois pas, Friedmayer ! Tu dois parler !
- J'en ai marre de vous ! Ça, vous le croyez ?
-Friedmayer !
-Non ! Non !
Ordre en allemand
-Alors, ça va mieux ?
T'as passé une mauvaise nuit.
C'est rien. Attends une minute.
-Oh, Frank…
Mon Dieu…
On a bien voulu nous permettre de te voir un peu.
J'ai amené Moune. Elle pense toujours à toi.
Mon petit, il faut que je te parle.
N'aie pas peur.
-J'ai pas peur.
- Frank, ceux que tu croyais tes amis ne l'ont pas été.
Tu me comprends ? Mais moi, des gens m'ont conseillée.
-Qui, par exemple ?
-M. Hamelin.
Je sais que tu ne l'aimes pas. Tu as tort.
-Où veux-tu en venir ?
- Voilà. Il est persuadé que tu t'es laissé entraîner,
mais que tu n'avoues pas. Comme il dit :
"C'est un faux point d'honneur."
-J'ai pas d'honneur.
- Ne dites pas ça. Je sais que vous n'êtes pas
mauvais. - Tu en sais plus que moi.
- Écoute, Frank. Il faut que tu dises toute la vérité.
On en tiendra compte, j'en suis sûre.
J'ai confiance.
- Même quand ils m'auront descendu ?
- Tu crois que je souffre pas assez ?
Moi, je pourrais supporter tout.
Mais te voir là, comme ça,
toi, mon fils…
-Calmez-vous, madame.
- Moune, dis-lui que s'il avoue, il sortira d'ici.
On me l'a promis. Nous le soignerons bien.
- Madame, c'est l'heure. - Oui, monsieur.
- Frank, ne protégez pas ceux qui ne le méritent pas.
Pensez à ce que votre mère a dit.
-Au revoir, Frank.
Tu veux pas m'embrasser ?
-Au revoir, Frank.
- Il y a une autre demande de visite pour vous.
-Pour moi ?
Qui ça ?
- Mlle Suzie Holtz veut vous voir.
- Mlle Holtz ? Ah non, pas ça.
Je ne veux pas la voir. Je ne veux pas !
- Pourquoi refusez-vous de la recevoir ?
-C'est mon droit, j'ai pas envie.
Je m'y refuse ! C'est clair ?
-Non, ce n'est pas clair.
Elle viendra quand même.
- Non, c'est pas possible. Il faut pas.
Je parlerai. Je vais tout avouer, à condition qu'elle ne vienne pas.
-Alors je vous écoute.
Soupir
-J'ai volé les montres
et j'ai tué Mlle Vilmos, la sœur de l'horloger.
J'avais déjà tué un de vos officiers
pour prendre son revolver.
J'ai commis une action beaucoup plus honteuse.
J'ai commis le plus grand crime du monde,
mais celui-là ne vous regarde pas.
Je ne suis pas un exalté, ni un agitateur,
ni un patriote.
Je suis une crapule.
J'ai essayé de gagner du temps,
peut-être pour me sauver.
Mais maintenant,
vous pouvez me promettre la vie,
je n'en veux pas.
Je désire mourir le plus tôt possible,
et maintenant, je ne dirai plus rien,
parce que je ne sais plus rien.
-Bon. Nous arrivons à la fin.
- Alors, il paraît que tu avoues ce qu'on ne te demande pas,
que tu continues à refuser de dire ce qui nous intéresse.
-J'ai dit ce que je savais.
- Pourtant, quand Krommer a touché l'argent,
il n'était pas seul.
Tu étais là.
- C'était pas moi. - Quel intérêt avait-il à mentir,
Krommer ?
-Demandez-le-lui.
-Trop tard. Il s'est pendu.
Il n'y a que toi qui puisses parler, et on te fera parler.
- Je vous jure que je ne sais rien.
-On va voir ça.
Einsatz !
Cris de douleur
…
-Comment ?
L'ordre d'exécution a été donné ?
-Oui, madame.
J'ai les renseignements.
On le fusille demain.
-Mon Dieu…
- Mais vous nous aviez dit qu'il serait gracié.
- Je ne dis pas qu'on ne peut pas le sauver.
-Mais que me conseillez-vous ?
- C'est difficile, mais il y a des cas plus graves
qu'on a pu arranger.
-Je connais beaucoup de gens.
Mais c'est Noël. Où les trouver ? Que faire ?
-Je sais qui il faut voir.
Ce n'est pas quelqu'un d'important. C'est un subalterne.
Ça coûtera beaucoup d'argent. - J'en ai.
Je ferai n'importe quoi. Je vendrai tout.
-Vous avez de l'argent ici ?
-Oui. Attendez.
-Ce subalterne prendra pas
le pognon sans rien faire ? - C'est déjà arrivé.
- Si vous doutez de moi, je m'en vais.
- Non, venez, je vous en supplie.
Colette, tais-toi.
Tenez. On donnera tout ce qu'il faudra.
J'ai confiance, moi.
On va le sauver.
Musique douce
…
-C'est la femme du balcon.
-Par ce froid ?
- Non. Maintenant, elle est à l'intérieur,
avec son mari,
son enfant.
Ils ont mis un arbre de Noël.
-Pour les fêtes, à l'école,
j'allais chercher un grand sapin.
Mlle Clémence passait toute sa journée à l'arranger,
et la nuit, les enfants chantaient autour.
…
-Ça paraît facile, comme ça.
Une femme,
un homme,
un enfant…
et un arbre de Noël.
-Bien sûr que c'est facile,
en temps de paix.
-En temps de paix…
-Friedmayer, c'est pour vous.
-Qu'est-ce que c'est ?
-Peut-être qu'on va te libérer.
-Vous pouvez entrer.
-Frank…
-Suzie.
Je te demande pardon.
- Votre mère est venue voir Suzie.
Elle a essayé de vous sauver, mais vous ne vouliez pas.
-Ma mère est allée chez vous ?
Elle t'a parlé ?
-Oui.
Elle est si malheureuse.
Elle t'aime, Frank.
- Elle n'a pas dû avoir une vie facile.
Il ne faut pas juger, mon enfant.
Il faut savoir pardonner.
-Ma mère, la pauvre…
- On ne vit pas comme on veut.
On vit comme on peut.
J'avais un fils de votre âge.
Il s'est suicidé.
Il voulait être un grand médecin.
Un jour, des produits coûteux ont disparu du laboratoire,
et on l'a surpris en train de dérober un portefeuille.
Pendant qu'on le conduisait au bureau du directeur,
il s'est jeté par une fenêtre, du 5e étage.
Voilà.
Le métier d'homme est bien difficile.
-Merci.
-Frank,
pourquoi ?
-Tu vois, Suzie,
je voulais pas être mieux que ma mère.
Je me suis toujours senti étranger à la vie,
à l'amour.
Je croyais que j'étais pas fait pour ça.
Alors quand j'ai commencé à t'aimer,
j'ai lutté pour être dur, pour être insensible.
Et si je t'ai punie,
et si je me suis puni,
c'est parce que je t'aimais.
-Pleure pas, mon chéri.
-Non, laisse, laisse.
Oh, laisse.
J'ai jamais su pleurer.
Aujourd'hui, c'est comme si c'était nos noces.
On pleure toujours à ses noces.
-Oui, Frank.
Oui, on pleure aux noces.
- Tu te souviens de ta petite histoire très simple avec…
avec tes prières, tes alliances, tes bouquets de mariée.
Tout ça, on ne l'aura pas, mais…
c'est quand même nos noces, hein ?
-Oui.
Oh oui, Frank.
Oui, Frank, nos noces à nous.
- C'est l'heure. La visite est terminée.
-Non ! Non !
Non, Frank !
Pleurs
…
-Il faut partir, Suzie.
Il faut pas avoir de chagrin.
La mort, c'est pas difficile, quand on a eu sa part de bonheur.
- "Sa part de bonheur"…
-Oui.
Un bonheur qu'on n'avait pas rêvé,
qu'on n'avait pas imaginé.
Un bonheur qu'on n'avait même pas mérité.
-Oh, Frank…
Frank,
j'ai… j'ai aimé que toi.
Je t'aimerai toujours.
-Moi aussi, Suzie.
Je n'ai jamais aimé que toi.
-Allons, allons.
- Viens. - Non.
- Allez, viens. - Non.
Non, Frank ! - Viens.
-Non ! Papa !
Non !
-Adieu, Suzie.
-Adieu, Frank.
-C'est ta fiancée ?
-Oui.
Il a fallu que je vive ma vie
en une minute.
Pas cadencés
…
-Frank Friedmayer.
- Qu'est-ce que t'as à me regarder comme ça ?
Tu peux la jouer, ta chanson, maintenant.
-Abteilung…
Halt !
Musique dramatique
…
Abteilung… Marsch !
…
-Achtung… Feuer.
Coups de feu
Sous-titrage : ECLAlR
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