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...
Quelles sont les notes dans cette quinzaine ? Pas très bonnes, monsieur le
curé. Tu n'as pas honte ? Oh non, pas trop. Ton père était un brillant élève,
lui.
Travaille-moi ton catéchisme.
Monsieur l'abbé, je vous demande pardon de vous déranger, mais il y avait ici un
hôtel. Et le patron ? Le patron, c'était un gros monsieur, le père Joseph.
Oui. Mais il est mort.
Et l'hôtel n'existe plus depuis 15 ans.
Depuis la fin de la guerre.
Ça fait justement 15 ans que je ne suis pas revenu ici.
Il y a beaucoup de changements.
Nous avons reconstruit ce qui a été bombardé.
J'ai été évacué avant le bombardement. Vous avez vécu ici ? Oui, pendant la
guerre. Ah, je comprends.
Alors, je voulais revoir les endroits où je m'étais battu.
Enfin, que j'avais... Comment disiez-vous ? Occupé ?
Oui, nous disons occupé.
Excusez-moi, je me rends bien compte que pour vous, c'est une période que vous
voudriez oublier.
Pardonnez-moi, monsieur l'abbé, et au revoir.
comme ce serait facile, comme ce serait bon d'oublier.
Hélas, trop d'événements nous ont marqués, trop de deuil, trop de larmes.
Et ce bruit de bottes, comment pourrions-nous l'oublier ?
Et non plus, non certainement pas oublié.
Madame Armand, sa boutique réquisitionnée, son mari déporté.
Vincent et Fontenelle.
Fontenelle n'a jamais fait ce filon. Il avait rejoint le maquis.
Il est un des rares qui soit revenu.
Ces garçons, je les revois comme si les années 40, c'était hier.
Pauvres gosses chaussés de bois.
Je les connaissais bien tous, même ceux qui boudaient le catéchisme.
Quel destin que celui de Jean-Louis Meynier, d'Olivier Guerbois,
de Robert Borrelli même.
Robert, c'était le moins studieux, le moins sensible en apparence.
Et pourtant...
Avec
les colis qu'on envoie à mon frère, on la saute drôlement à la maison.
Chez nous, heureusement, il y a Manon qui est épicier. Sans ça... Salut.
Salut.
Ça passe une ? T'es dingue, non ? C'est la décade de mon grand-père. Oh, mais
juste une biffe.
Six mois de pourfiture qu'elles m'ont coûté, hein ?
Quand est-ce qu'elle finira leur occupation à la con, alors ? Parce qu
'elle te gêne.
Tu crois que ça m'amuse, moi, de fumer tes mégots ? Allez, à la radio anglaise,
ils disent que ça va plus être long. Il faut bien qu'ils disent quelque chose,
non ? Tu viens écouter le dernier Django ? Faut que j'aille
préparer ma compo. Ta compo, mais t'es ma boule, non ? Ce qu'il faut, c'est
rater ton bac.
Ben, évidemment.
Tant que t'es au BAE, ils peuvent pas t'envoyer en usine en Allemagne.
C'est quoi ton disque ? Nuages.
Allez, viens.
Bonsoir. Bonsoir, M. Broglie. Il y a des travailleurs de force.
Dis donc, Robert.
Tu n'oublieras pas d'aller porter ces bouteilles à Mme Lacroix.
C'est de l'arachide. De l'olive.
Directement de Nice. Un type des pompes funèbres qui fait la lierre tout avec
son fourgon. Je ne peux pas en avoir une, moi aussi.
600, 500 francs vous font pour peur.
C'est les gosses.
Bon, vaut mieux les voir faire du swing que de la politique.
C'est encore des gamins, après tout.
Olivier aussi était un gamin.
Seulement, lui, il n'arrivait pas à s'habituer à cette époque.
Bonjour, mon chéri. Bonjour, maman.
Tu viens goûter ? J'ai une composition de main et il faut que je t'en va. Oh,
viens tout de même dire bonjour, Mlle Froment.
Je leur dirai au revoir quand elles partiront. Sophie est avec elle.
Au revoir.
Nous avons composition demain.
Je l'ai aperçu l'autre dimanche à la messe, votre Olivier.
Il avait l'air bien palichon. Qu'est-ce que vous voulez ? Impossible de le
décider à s'amuser un peu.
Voilà cent fois que les fils Ménard l'invitent à jouer au tennis, mais lui,
sorti de ses bouquins... C'est ça, Sophie, va nourrir notre bûcheur.
C'est une bonne technique.
Tu boudes ? Plus que deux mois avant le bac.
Quand on était petits, ce coin, le jeudi, c'était notre coin à nous.
Tu te souviens ?
Toi,
tu voulais tout le temps jouer à la guerre.
Et la gagner, bien sûr.
Non, parce que c'est drôle de la perdre.
Mais ici, rien n'a changé.
C'est vrai, rien n'a changé.
Il y a toujours un jour pour la lessive et un jour pour le thé des demoiselles
Froment. La terre continue de tourner.
C'est bien ce que je lui reproche.
Pourquoi est-ce que tu as une mauvaise humeur ? Je suis pas de mauvaise humeur.
Je me sens mal à l'aise dans ma peau.
Tu vois, Sophie ? Cette ligne-là, qui tourne autour de l'Europe.
C'est le front.
En Afrique, en Russie, il y a des types qui se battent.
À Kharkov et là, en Tunisie.
Et moi, pendant ce temps-là, je suis ici tranquillement.
Comme si leur guerre à eux, c'était pas aussi la mienne.
Jean-Louis aussi était malheureux.
Malheureux de devoir cacher son bonheur.
Alors ? Pas un chat.
Parce que c'est grand.
Tu es sûr que personne ne vient jamais ? Jamais.
Tu penses, je me suis renseigné.
Avant-guerre, c'était une minaterie.
Le patron est en zone sud.
Comme de toute façon, il n'y a plus rien à moudre.
Embrasse-moi.
Mais non, tu ne penses qu'à ça.
Ah, parce que toi, tu n'y penses jamais ? Aussi, bien sûr, mais quand une fille
se laisse embrasser, il y a tout de suite dix femmes de prisonniers pour la
regarder de travers.
Où est-ce que tu les vois, tes dix femmes de prisonniers ? On est seuls.
C'est comme si on était chez nous.
Dis, tu crois qu'on aura un chez nous un jour ? Je t'ai déjà dit que je ne
voulais pas qu'on parle de ça tant que papa est prisonnier.
On peut bien rêver.
C'est dommage.
Quoi ? Qu'on ne soit pas nés dix ans plus tôt.
Oh, c'est pas sûr.
Mes parents, quand ils parlent de l'avant-guerre, c'est toujours pour se
rappeler des dégueuletons.
Enfin, il n'y a tout de même pas que ça dans la vie.
Qu'est-ce qu'il faisait ton père quand il avait ton âge ? Il voulait faire son
droit, mais il n'a pas pu le faire. Il cause la guerre.
L'autre.
Moi, du temps où ça va, ça va être du pareil au même.
Ça devient une tradition dans la famille.
On passe son temps à ne pas devenir avocat.
C'est immense là-haut.
On pourrait jouer aux gendarmes et aux voleurs.
Dis, pourquoi on ne ferait pas comme Olivier ? Quoi ? Je ne sais pas
exactement, mais il dit qu'il faut faire quelque chose contre les Boches. C'est
facile.
Moi, je pense comme lui. Tu veux devenir gendarme ? Pourquoi pas.
Tu entends des voix ? J'entends la voix d'Olivier.
Si tu es amoureuse de lui, dis-le tout de suite. Il n'est pas question de ça.
Il est question de faire quelque chose contre les Boches.
Je ne te savais pas tellement patriote. Je ne suis pas patriote, mais j'ai envie
de faire quelque chose.
Oui, mais quoi ? Je ne sais pas.
Faire sauter un train, poser des bombes, s'amuser un peu, quoi. Je t'adore.
Salut Borrelli ! Vous serez revenus ! Les messieurs d'Amorton une table ?
Tout le monde est déjà là ? Eh oui, vous êtes les
derniers. Tu crois pas que ça pourrait nous coûter cher cette petite sauterie ?
T'en fais pas, les villes sont camouflées, regarde les journaux.
Ben alors, faites penser peut-être là, quoi.
Après tout le boulot que j'ai eu, si on pense la nuit à faire des gueules d
'enterrement, hein ?
Et regardez, je suis en cheville avec le père du lac. 12 religieuses, ça fait une
demi pour chacun.
Et c'est pas tout, j'ai de quoi boire. Du champagne.
Et du vrai. C'est un mélange de jus de pois chiche, de vinaigre et d'eau de vie
romée. Avec un zeste, mais un zeste de teinture d'iode. De teinture d'iode. Et
oui, pour cicatriser les ulcères que te donnera le vinaigre, tu comprends ? Ça
fait que tu bois du même coup le poison et le contrepoison.
Allez, viens, on danse.
Quand je pense que ça devait être notre maison, nous deux. On peut bien se voir
une fois de temps en temps.
Mais tu vois, c'est pas du tout comme ça que je l'imaginais, notre premier bal. T
'aurais voulu que je mette une robe à traîne ?
Ah, et
maintenant un swing et un vrai. Pas de l'air zatte.
Tiens, mais une sourdine. Faudrait mieux pas meuter les populations.
C'est gentil, tu sais de m'avoir invité.
Comme cavalière, il y avait ou toi ou ma cousine Geneviève.
J'ai choisi la plus jolie.
Tiens, il paraît qu'on lit les pensées comme ça.
Oh, pas la peine.
Les tiennes, je les connais.
Je n'en ai pas l'air.
Si tu mets quelqu'un, Olivier, tu ne le dirais pas.
Peut-être.
Peut-être oui ou peut-être non.
Si monsieur permet.
Monsieur Pernoud.
Vous ne pouvez pas savoir pourquoi vous êtes différent d'un clébard, vous vous
en foutez. Et quand tu la prends sur la gueule, la paire de baffes, de savoir si
t'as une âme ou pas, ça y change quelque chose ? En réalité, Pascal, c'est un
rêveur. Et la brouette, alors, qu'est-ce que t'en fais ? La brouette, c'est les
chintots qui l'ont montée. Pascal, il pourra rien.
C'est pas le moment de rabaisser la gloire de la France.
La brouette, c'est Pascal.
Et la pomme de terre, c'est parmentier.
Et le rutabaga ? Qui sait ? C
'est comme ça qu'on rien dit, ce que mon vieux t'est cinglé.
C'est les
frites ? À cette
heure-ci, ceux qui sont pas à Stalingrad, ils sont chez la grande
Emma. Ici, c'est la police.
Ah ben, les jours de tournée, ça s'en prend d'amande.
Alors on se sauve.
Comme des gosses.
Qu'est-ce qui se passe ici ? Eh, vous, là-bas ! Retirez-vous ! Qu'est-ce que
vous faites ? Vous êtes encore seuls, et vous êtes trop chauds.
Il y a quelqu'un qui s'en va ? Allez, derrière ! Retirez-vous ! Eh, là-haut !
Regardez !
Par là !
Merci. Merci.
Ça va y être.
Le tissu spongieux est surtout abondant au niveau des diaphes.
Les ongles, là, eux, se composent de trois coureurs.
Alors, c'est pour quand ? Ce soir, 10h30 à la minuterie. C'est pas dangereux d'y
retourner ? Il y a un second bâtiment complètement isolé, à l'arrière.
On sera combien ? 7, 8, j'ai mis Stenner dans le coup. Et Borelli ? Bah, lui, pas
question. Ces soirées sont brisées.
Une jase et les petits trafics avec papa.
Parfait. Maintenant, nous allons passer à la chimie.
Duval, dites aux élèves de premier rang d'entrée. Oui, monsieur.
Guerbois et Bory, vous rangez le squelette.
Allez, Philibert, t'as fini ta journée.
S'il pipelait devant sa porte, tu laisses tomber.
Bonjour monsieur Oscar, ça va ce matin ?
Le phosphore doit être conservé et manipulé dans un liquide gras.
Hors de ce liquide, au contact de l'air, il commence à se consommer
et s'enflammer spontanément en dégageant une odeur désagréable.
Alors, messieurs, vous jouez les héros ? On fait ce qu'on peut.
C'est pas d'accord, toi ? Moi, j'ai rien à en foutre.
Si ça vous amuse de risquer la taule pour déchirer des affiches, ça vous
regarde. Mais ne comptez pas sur moi.
Robert ! Voilà, maman.
Salut.
Tu vois, Barilly, il a pas encore compris, lui.
Qu'est-ce que c'était ? Rien, des copains.
T'es sûr que la porte est bien fermée ? Je vais voir.
Ah, Robert.
Tu m'excuseras d'avoir pris ta chambre pour me changer, mais, hein, entre
cousins, on peut se rendre service.
Qu'est-ce qui t'arrive ? Oh, il m'arrive... Il m'arrive que j'ai les
frites au cul.
Ah, ben, c'est gai. Alors, on va tous se retrouver en taule. Et d'un blond
vénitien, ça te va, oui ? Pour bien, sur mes papiers, c'était qu'est que je suis
noir de poil. D'être blond, c'est le seul moyen de leur filer en temps d
'effort. Faudra aussi enlever la moustache.
Tu crois ? Évidemment.
Quelle fâcherie d'époque, quand même.
Quels besoins avais-tu de leur tenir tête ? Ah oui, parce que toi, t'aurais
voulu que je fasse ma valise et puis en avant marcher. T'entends, on croirait
que t'as pris la bastille.
Un loupé, un train, c'est pas un fait d'arme.
Pour loupé celui-là, crois-moi, il fallait en avoir dans le ventre.
Et ceux qui sont là-bas, dans l'estalague, hein ? Si tout le monde
raisonnait comme toi, l'Arlève, ils la verraient jamais.
L'Arlève ? Prisonniers contre 100 mécanos.
Et en plus, ils les envoient dans les usines. C'est une garde.
ou de Dambour fabriquer des montres. Non, moi, je marche pas.
Dans cette dernière déclaration, le président Laval... Le président Laval,
il a qu'à y aller lui-même. Et puis, il emmène le maréchal. Tiens, ça en fera
toujours deux. Oh, comme c'est malin. Sans le maréchal, il y aurait peut-être
plus de France à l'heure qu'il est. Avec nos chers alliés qui passent leur temps
à nous bombarder.
Tu crois peut-être qu'ils font ça pour s'amuser ? On fait pas d'omelettes sans
casser les yeux.
Et si t'allais tout bêtement à la mairie ? Ça peut peut-être encore s'arranger.
Non.
Maintenant que le premier pas est fait, je continuerai.
J'en ai marre de voir une tête de dégonflé chaque fois que je passe devant
une glace.
Un mot de passe.
La France a perdu... Qu'est-ce qu'elle a perdu ? Une bataille, idiote.
Ah oui, la France a perdu une bataille, mais elle n'a pas perdu la guerre.
Vous n'êtes pas en foulée pour trouver ça.
Allez, entre.
Ça va, c'est un copain.
Chic les gars, plein de filles.
On avait dit pas de filles. Est-ce qu'on est venu ici pour s'amuser avec des
gonzesses ou faire du boulot ? C'est moi qui l'ai demandé de venir ici.
Si je suis dans le coup, elle y est aussi.
Alors ce sera ni l'un ni l'autre.
La ferme, Jean-Louis a le droit de parler.
Il a déjà fait des choses rudement bien. On a tous commencé il y a huit jours.
Et alors, t'aurais peut-être voulu qu'on fasse de la résistance en 1927 dans les
bras de nos nourrices, non ? Si on devait faire confiance à toutes les
petites amies de monsieur.
Mais j'ai pas des petites amies, imbécile, j'en ai une.
Faudrait qu'elle prête serment.
Vous vous faites marrer avec votre serment. C'est un truc de boy scout.
Dans le maquis, le poids de serment. Dans le maquis, ils font sauter les
trains. Nous, on colle des papillons.
Mais c'est un commencement.
Et pourquoi on n'essaierait pas de se joindre à un réseau qui fonctionne déjà
? Il y a sûrement des résistants en ville.
Oui, mais c'est pas écrit sur leur nez. Tu nous vois arrêter des gens dans la
rue ? Pardon, monsieur, vous êtes résistant ? Et pourquoi est-ce qu'on
irait s'associer avec des vieux ? En quelque temps, on en fera autant qu'eux.
Plus même.
Alors, le serment, qu'est-ce qu'il faut que je dise ? Vas-y, Jean-Louis.
Je jure sur ce que j'ai de plus cher au monde, que même sous les pires
supplices, je ne livrerai jamais aucun de mes camarades, je ne révélerai aucun
renseignement, et cela sous peine de mort pour trahison.
Je le jure.
Tu as juré ça, toi ? Comment ça commence ? Je jure sur ce que j'ai de plus
cher au monde.
Je jure sur ce que j'ai de plus cher au monde.
Que même sous les pires supplices, je ne livrerai jamais aucun de mes camarades.
Que même sous les pires supplices, je ne livrerai jamais aucun de mes camarades.
Je ne révélerai aucun renseignement.
Et cela sous peine de mort pour trahison.
La fin, je me rappelais.
Alors, on va chez toi, hein ? C'est pas possible, y a maman qui dort.
Oh, ben, ça fait rien. On croit pas de bruit, j'en ai vrai mes godasses. J'ai l
'habitude, tu sais.
Ça, j'en suis sûre.
Je te dis, hé, alors, c'est oui ou c'est non, hein ? Si tu le prends sur ce temps
-là, c'est oui.
Ah bon ? Non ! Non ! Non ! Laissez-moi ! Marcel ! Oh, Marcel
! Marcel ! Oh, non ! Mais non, laissez-moi, je vous dis, mais laissez
-moi ! Salaud !
Arrête ! On agisse !
Oh,
les vaches !
Eh
! Instruction religieuse ! Tu adoreras Dieu seul et tu l'aimeras plus que
tout. Tu honoreras Dieu seul et il aimera plus que nous.
Tu ne prononceras le nom de Dieu qu'avec respect.
Tu sanctifieras le jour du Seigneur.
Tu honoreras ton père et ta mère. Dis donc,
venir au Bayeux un jeudi sans être collé, moi ça me fait tout drôle.
C'est ouvert.
Vas-y, crue-toi. Si l'aumônier s'en va avant nous, ça fout notre alibi par
terre.
Qu'est-ce que tu fous là ? Et toi ? Moi, j'avais oublié un bouquin hier.
Et comme demain, on doit t'interroger en chimie. Ah oui.
Moi, je bricole, tu vois.
J'ai toujours eu une âme de bricoleur. On ne se refait pas.
Qu'est-ce que tu fabriques ? Une boîte pleine d'huile et un morceau de
phosphore. J'ai pas oublié la leçon de Voitrin.
C'est enfantin. Tu refermes hermétiquement.
Et au moment voulu, tu retires l'huile. Et le phosphore doit se mettre à brûler.
Tu vois ? C'est le principe même de la bombe incendiaire.
Et tu crois que ça peut marcher ? On n'a qu'à essayer.
Mais sur quoi ? Sur la commandanture pendant qu'on y est. Sur la boutique
allemande de la place. Mais qu'est-ce qui t'arrive ? Les boches, moi, je
commence à en avoir marre.
Pourquoi ? Ils ont décrété que les coiffeurs n'auraient plus le droit de
vendre de beurre.
Ça va gêner le marché noir de ton père.
Oh, merde.
C'est pas moi qui l'ai pondu, mon père. Ce sera plutôt le contraire.
Alors pourquoi tu veux t'attaquer au Fridolin ? Oh, rassure-toi, va. C'est
pas pour sauver la civilisation.
Seulement, moi, il y a des trucs qui m'agacent, tu comprends ? J'aime pas
être dérangé quand je danse. Et puis me sauver par les toits comme un gamin, ça
me vexe.
Et puis me dire ce qu'on est, alors ça, je suis pas prêt de leur pardonner.
Parce que Clébauche occupe l'Europe, ça, c'est pour mes oignons.
Mais ma collection de disques, c'est sacré.
On ne peut pas parler sérieusement avec toi.
Oh, ben, t'as qu'à me donner des ordres, et puis tu verras.
Des ordres ? Je vais quand même pas me mouiller tout seul, non, je suis pas du
guéclin. T'as qu'à me mettre à l'épreuve.
Je demande pas
Seulement, tu comprends, on n'est pas pareil.
On ressent pas les mêmes choses.
Moi, en 40, j'avais seulement 14 ans.
Et bien, les premiers Allemands que j'ai vus, j'ai eu envie de les tuer.
C'était physique.
Bon, bon, moi, non, c'est pas physique.
Mais tant que ce soit intellectuel.
Mais qu'est-ce que ça peut foutre ? Y a que le résultat qui compte.
Les guerres, dans le temps, on louait des soldats pour les faire.
Ben voilà, tiens, je me mets en location.
Y a preneur.
Hé, grouille-toi, c'est fini le cathé, ils disent la prière.
Mais pourquoi il élabore Elie ?
Parce que Borrelli, pour la théorie, c'est peut-être zéro, mais pour ce qui
est des travaux pratiques, hein, t'as vu ? Il se fait pas trop de bruit.
Mais oui, il suffirait d'un truc comme ça dans un camion.
Les voyageurs Pomantini en voiture ! Les voyageurs Pomantini ! Ah, tu peux
arriver pour le coup dans moi pour vous décider, hein, parce que moi, je passe
jamais le 120.
C'est 33.
Pour ce prix-là, on pourrait avoir au moins un coussin.
Quelque chose.
C'est toi le gaule, tu te mets là.
On aurait été mieux de côté de la gravette. Mais puisque je te dis qu'on
fait partie d'un plan.
T'es prêt ?
Mission
accomplie, maintenant il faut faire vinaigre.
Tout à l'heure, au poil.
Bon, alors deux pour Danny, deux pour toi et deux pour moi.
Avec six bombes, ce sera bien la fin des haricots si ça flambait pas.
Alors écoute, moi je passe le premier et vous, vous me suivez une minute plus
tard. Fais gaffe, hein. T'en fais pas 20.
Les boches, ils me prendront pas.
Ils sont bien trop cloches.
C'était encore jamais arrivé un dimanche. Et naturellement, il faut que
ça tombe le jour où Montigny allait prendre la piquette. Quelle époque !
Même les Anglais ne font plus la semaine anglaise.
Est-ce que vous l'avez vu ? Aidez-moi à descendre, j'ai mal à la jambe.
Une seconde, une seconde, une seconde. Là, ça y est. À vous.
Allez, viens ici.
Bon sang, s'il faut courir après tout le monde.
Tu crois que ça m'amuse d'empêcher les gens de se balader ?
Maintenant,
c'est à nous de jouer.
Pourvu qu'on ne nous voit pas.
S'il y a des gens qui sont pas aux abris, qu'est-ce qu'ils verront ? Deux
amoureux ?
Mais non, Mme Martin. De Galvaudet, c'était pas dans sa nature.
Il était pas coureur, au contraire. Il faut bien qu'il soit quelque part,
pourtant. J'ai mon idée sur ce sujet.
On me l'a mangé.
Mangé votre baby ? Une petite bête si affectueuse ? C'est-tu pas possible ?
Oui, eh ben, les pigeons qui étaient sous le toit de l'hôtel de ville, ils
sont tout de même pas partis volontairement en zone sud.
Hein ? Ouais.
Recule un peu.
À toi, maintenant.
Alors ça va pas mieux, non ? Il est fou, celui-là.
J'ai le cœur qui bat, ça.
Tu es heureuse ? Mince alors.
Viens, on a des rendez-vous à l'intérieur.
C'est du sabotage ! On t'émolit le lycée ! C'est un crime de formal contre la
couture ! Père colonel Porelli ! Aïe, Philibert ! Oh, pauvre Philibert ! On
pouvait pas prévoir que les boches entreposaient des bouteilles d'air
comprimé et que ça exploserait ! C'est moi qui l'ai gêné. Ah non, pas les
fibres. C'est pas terrible.
Seulement qu'on pas qu'après. Des cigarettes, je suis coréocalyptus.
Un paquet de noix pour ton rassaut au chocolat. Hé, toi, Philibert, prends d
'abord. Marche, hop, hop.
Zibi !
Messieurs, j'ai quelque chose à vous dire.
Ce matin, il n'y aura pas cours d'histoire naturelle.
M. Voitrin ne viendra pas.
Mais pourquoi ? Je n'en sais rien.
Il est malade ? Je ne peux pas vous répondre.
Je suis là pour vous prier de prendre soin de ses affaires.
Pourquoi ? Il ne reviendra pas du tout ? Pas pendant un certain temps.
Mince alors, il aurait pu nous prévenir.
Il n'a pas osé.
Ce microscope est à lui personnellement. Oui, et le squelette aussi. C'est un
souvenir d'étudiant, son filibène. Si ça peut vous servir pour préparer vos
examens, je suis disposé à vous les confier. Mais à vous seul.
Il est entendu que vous en prenez la responsabilité.
Merci, monsieur le coordonnateur. Vous êtes libre jusqu'à demain.
Qu'est-ce qui peut bien se passer ? Il est peut-être malade.
Monsieur l'abbé, vous le savez ce qui est arrivé à M. Batra ? Il est malade ou
quoi ? On l'a arrêté.
Arrêté ? Monsieur le proviseur s'occupe de lui chercher un suppléant. Pourquoi
on l'a arrêté ? Je ne suis pas dans les confidences de ces messieurs.
Taisez-vous, je déplore comme vous l'arrestation de votre professeur, mais
ça ne sert à rien de brailler. De toute façon, ni lui, ni ceux qui l'ont arrêté
ne peuvent vous entendre. Mais on ne peut pas tout laisser passer sans
protester. D'accord, Olivier.
Il y a des moments où tendre la joue gauche après la droite est stupide et
inutile. Et pourquoi on l'a arrêté, M. Vautrin ? À cause de l'explosion.
Mais puisque c'est un accident. Enfin, un compteur à gaz qui a éclaté. Ça, c
'est le bruit qui court en ville. Mais ces messieurs de la commandanture ne se
contentent pas de ce genre d'explications.
Ils ont perquisitionné chez plusieurs suspects.
Il paraît que chez votre professeur, ils ont trouvé des tracts, des documents
compromettants.
M. Vautrin faisait de la résistance ?
Ceux qui font de la résistance n'ont pas l'habitude de le crier sur les toits.
Et si cette histoire d'explosion n'avait rien à voir avec lui ? Peut-être
arrivera-t-il à prouver qu'il n'est pas coupable.
Hé, Gobert.
Ah, te voilà.
Ils ont fait une chance avec ce bombardement avant-hier. Oui, notre
alerte à nous, ça n'a fait jamais plus de plus. Allez, tu viens ? Oui.
Je vois
pas d'autre moyen d'enfoncer la porte.
Mon père me laisse faire ce que je veux du camion. Ce serait bête de ne pas en
profiter.
Et c'est long pour se lancer à toute vitesse ? On va voir.
Cramponne-toi.
T'as vu ? Presque 50.
Oui, mais ton histoire de porte-offensives, j'y crois pas. Faut
pourtant bien qu'on le sorte de là, votre train.
Et dire qu'on va risquer ça pour tirer de tôt l'un type qui m'a collé trois
jeudis de suite.
J'ai jamais vu une porte s'ouvrir aussi facilement.
L'oncle de Mercadier, il a une citroën ? Si on pouvait la piquer et la maquiller.
Hein ? Oui, mais notre coup, faut bien le préparer.
Et il va savoir comment c'est foutu, là-dedans.
Où c'est, Paul-Léos Weiss ?
C'est peut-être le premier en dessin, ok ? N'empêche que son plan de la
commandanture à l'année, il est plus précis que le tien.
Alors, une fois le garage et le stock dessin en train de flamber, nous, on
passe à l'attaque.
Oui.
Ah, c'est pas mal, votre truc.
Seulement, il y a un os.
Moi, je veux bien admettre qu'un type arrive à rentrer dans le garage avec
tout ce qu'il faut pour émettre le feu, seulement devant, à l'entrée, il y a des
sentinelles, non ? La voiture sera munie de plaques réglementaires. Des fausses.
On a déjà la peinture, tout ? Oui, on en a devant le siège arrière, on peut être
quatre, cachés, avec des armes.
Et l'allemand pour conduire ta voiture ? Je t'énerve.
Il parle allemand comme un vrai.
Oui, ça tient une boue.
Ça tient une boue, seulement, on n'en reviendra pas tous.
Oh, si t'as la troue, tu peux rendre tes billes.
Toi, tu t'en fous, tu seras au volant.
Mais celui qui fera sauter le stock d'essence, celui qui fera ça, il devrait
le savoir tout de suite.
Tu veux prévenir la famille ? Non, mais enfin, si c'était moi, je voudrais
pouvoir m'habituer à cette idée-là.
Ça doit pas être facile.
Savoir qui sera désigné, ça soulagera les autres, non ? Chaque chose en son
temps. Avant tout, il faut trouver des armes. Et de quoi habiller Stendhal.
Et voilà, la panoplie du parfait petit saboteur. Système breveté SGDG. Au poil.
Génial !
À la place ! Fini !
Quoi
?
Alors j'y vais !
Et fais pas l'idiot.
On a tout pour habiller Schneider, c'est pas le moment de se faire piquer. Faut
encore qu'on trouve des armes.
Et même que ça, George.
Tiens, c'est l'apothée d'Emery.
Feras toujours un wagon-boche, tu rouleras plus.
Aux Français, aux belles contrées, aux terres généreuses que des dieux
complaisants... T'emballe pas, on sait que t'es un poète.
Allez.
Mais c'est Schneider.
Il est drôlement chouette.
Au volant de la voiture, il fera sûrement la blague.
Tiens.
Je savais pas où mon grand-père l'avait caché.
Il était où ? Si je te le disais, tu me croirais pas.
Qu'est-ce qu'on fera d'un troublon pareil au moment de la bagarre ? Et
ensuite, le canon.
Il paraît que ça se fait.
Avec le Ravel vert du Fritz et celui que t'as trouvé chez ton père, ça commence à
devenir sérieux. Alors, commandant, c'est pour bientôt ?
Oui, pour bientôt.
Qu'est-ce qui se passe ? Quelque chose de grave ? Fallait qu'on se parle d
'urgence. Comme à cette heure-ci, la minoterie, c'est pas prudent, alors.
Salut. Bonjour.
Bon, vas-y.
J'ai déjeuné chez mon oncle à midi. Et la semaine prochaine, l'idée, c'est un
Paris pour un congrès de tout bib.
Alors si on veut la voiture, il n'y a plus une minute à perdre. Après, on
tombe dans les examens. Mais ce qu'on risque surtout, c'est que votre train
soit expédié ailleurs.
Alors, on y va ? La voiture, je peux l'avoir que samedi ou dimanche. Tout est
pareil, non ? Si on veut.
Il vaudrait mieux attendre encore quelques jours.
Si c'est toi qui te dégonfle, maintenant ? Idiot, je me dégonfle pas.
Je dis qu'il faut trouver au moins une arme automatique pour attaquer la
commandanture. Avec ce qu'on a, c'est pas suffisant.
Et le meilleur moyen de trouver une mitraillette, c'est de provoquer un
accident et de piquer des armes.
Alors, si vous êtes tous d'accord, on essaie cette nuit, sur la route de l
'aérodrome. Avec un calme d'acier.
Et naturellement, faut pas s'attaquer à un camion ou une voiture.
Mais... une moto.
Vu. Et une fois le type dans le décor, on n'a plus qu'à ramasser sa
mitraillette. Et si le type se tue ? Mais un accident, c'est un accident.
Et on lui laisse une chance de s'en sortir avec une patte cassée. Il y a
cours de dessin ce soir. Pour les parents, ça collerait bien.
Moi, je marche pas.
Moi non plus.
Votre truc, c'est dégueulasse.
Vous êtes un trait, non ? Tuer un type en se battant, ça va.
Mais comme ça ? Mais dis-donc, personne leur a demandé de venir ici. Ils n
'avaient qu'à rester peinards dans leur prusse. Leur prusse ? Tu te crois en 70,
toi ? Enfin, leur Vutenberg, leur Renani, où ils voudront, mais pas ici.
C'était pas la peine de faire tout un cinéma ? Sûrement tout le basse-tringue
pour flancher au dernier moment ? C'est la première fois que je réalise qu'on m
'a vraiment tué, un gars.
Et alors ? Ça te ferait pas plaisir d'en avoir crevé un ?
Si... Si
maintenant je vous disais que je laisse tout tomber...
Tu seras un salaud.
Et qu'est-ce qui nous prouve que tu irais pas voir de la mèche ? On dirait
que ça vous est jamais arrivé à vous d'avoir la trouille.
Dis, Jacques.
Tu vas pas te dégonfler, non ?
Bon.
Ce soir, je t'y appellerai.
Et toi, tu veux ?
Moi aussi.
Mais ça m'empêche pas de trouver votre truc dégueulasse.
Et les pauvres types qui sont torturés, tués ou déportés, tu trouves pas ça
dégueulasse ? Faut prévenir tout le monde.
Je crois qu'il vaut mieux pas s'en tirer tous ensemble.
Je ferai le tour avec ma végane. Au revoir. Au revoir.
Salut.
Alors, ça marche ?
Tu pries vraiment ?
Comme ça, le fil restera tendu.
Allez, venez.
Au point.
Allez, tourne, tourne.
Le rapporteur est très teneux.
Bloquez-vous ! La mitraillette ! Passe-la !
Il
se taille. Il faudrait pas qu'il donne l'alerte.
Il faut défaire le câble et ramasser les vélos.
Qu'est-ce qui se passe ? Il ne tient plus.
Tu prends ce revolver ? On est venu pour ça, non ?
Oh
les gars, regardez !
Passe le moins.
Avec ça puis le squelette de première B, on va pouvoir faire quelque chose de
formidable. Qu'est-ce que tu vas en faire ? Ça c'est pas pour les filles.
D'abord les gars de première, ils te la prêteront pas leur squelette. On leur a
bien shippé leur microscope l'autre fois, alors t'en fais pas.
Fouillez les postes d'aiguillage de l'atelier. C'est mon père qui me l'a
raconté entre un 5 heures. Il était de nuit à la guerre.
Eh bien, ça prouve qu'ils n'ont pas encore de pistes précises.
D'ici qu'ils prennent des otages ? Vaut mieux en finir.
Ce soir, on y va.
Si le stock d'essence brûle comme prévu, les Boches vont s'y précipiter.
On a suffisamment d'armes pour s'occuper des autres.
Mais oui, mais le stock d'essence qu'il fera sauter, on n'a toujours pas décidé.
Ce sera injuste.
Il faut tirer au sort.
Maintenant. Avant la compote ? Pourquoi pas pendant ? Ben oui, le premier qui
tire, je sais pas moi, mettons, la servante au grand cœur, ce sera lui. Ah
oui, la servante au grand cœur dont vous étiez jalouse et qui dort au sommeil.
Celui qui tirera la servante au grand cœur, il ira se panquer dans le garage
si t'en es lui tombé.
Tâchez d'avoir la main heureuse.
Nous vous écoutons.
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, comme celui-là qui conquit
la Toison, et puis est retourné plein d'usages et raisons.
Je... Eh bien, continuez.
Après, je sais plus.
Vous m'avouerez que c'est maigre.
À vous,
Mercallier.
La conscience.
Victor Hugo, parfait.
Lorsqu'avec ses enfants vêtus de peau de bête, échevelés, livides au milieu des
tempêtes, Cain se fut enfui de devant Jéhovah, comme le soir tombait, l'homme
sombre arriva au bas d'une montagne, en une grande plaine.
Sa femme fatiguée, ses fils hors d'haleine lui dirent, couchons-nous sur
la terre et dormons.
Cain, ne dormant pas, songeait au pied des monts.
Ayant levé la tête au fond des cieux funèbres, il vit un œil tout grand
ouvert dans les ténèbres. C'est bien, je vous fais grâce du reste.
À qui le tour ? Meignet ?
Je
suis désolé, monsieur.
Celle-là, j'en sais pas un mot.
Alors c'est le zéro pur et simple.
Je m'excuse, monsieur.
Retournez à votre place.
Meignet, allez, revenez. Je vous redonne une chance.
Je suis bon prince, hein ?
Alors,
ça va, cette fois ?
servante au grand cœur dont vous étiez jalouse, et qui dort son sommeil sous
une humble pelouse.
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
Eh bien, Meignet, qu'est-ce qu'il y a ? Vous ne vous sentez pas bien ?
Tous les élèves sont rassemblés ? Tous.
Mais je pensais que peut-être les plus jeunes.
Certains d'entre eux n'ont que 12 ans.
10 même.
J'ai dit tout le monde ici.
Tout le monde.
Silence ! À vos places !
Je sais, la plupart d'entre vous sont de bons Français, de bons patriotes,
qui veulent éviter à leur patrie, à leur ville, des repressailles.
Cela n'a rien à craindre.
Mais malheureusement, il y a parmi vous de fortes têtes.
Quelle classe m'avez-vous dit avait la responsabilité de ces objets ? La
première B.
Mais ça ne prouve pas qu'ils sont coupables. Et où sont les élèves de
première B ?
Des hommes, presque.
Ils risquent rien, puisque c'est pas eux.
Allez, main décrochée ! Tout de suite ! Mais nous ne sommes pour rien dans cette
bague idiote. Vous ne pouvez pas en parler ! Schneid, Schneid !
Revestions du père.
Un cahier.
De la mère. Elle travaille au magasin.
Vous avez des frères, des sœurs ? Un frère prisonnier.
Empreinte, les pouces.
Votre prénom.
Et sur la route, pensant que ça servirait pour Schneider.
Faut foutre ça en l'air.
Vous croyez qu'il faut les relâcher ?
Cette plaisanterie de mauvais goût, je veux bien l'oublier.
Faisons l'éponge, comme vous dites.
Seulement, il y a plus grave.
Il y a eu dans cette ville un assassinat.
Une enquête est en cours.
Et vous, vous pouvez nous aider à découvrir les coupables.
Peut-être.
Ce casque qui coiffait votre squelette, c'est celui d'un soldat
qui a été tué.
Même numéro matricule.
Vous êtes assez grand pour comprendre ce que cette coïncidence a de fâcheux pour
vous, n'est-ce pas ? Alors, où avez-vous trouvé ce
casque ? Dans quelles circonstances ? Prenez garde.
En refusant de dire ce que vous savez, vous devenez complice.
Patrono.
Yves-Marie Duval.
Que savez-vous de ce casque ? Moi, je sais rien.
Cette blague avec le squelette, c'est pas nous.
Herein.
Herr Oberst, wir haben da was Wichtiges gefunden.
Wollen wir sehen. Kommen Sie mit. Jawohl.
Qui a caché cet insigne ? Ça ne peut être que l'un de vous.
Comme le casque, cet insigne appartenait à ce soldat qu'on a assassiné.
H.S.
Hans Schmüller.
J'avais parlé de complice.
Celui qui avait cet insigne sur lui est probablement un assassin.
Je vous préviens que je vous garderai tous comme otages, jusqu'à ce que les
coupables aient avoué.
Allez, venez !
La planche.
Mercredi.
Rougier.
Schneider. Schnell! Schnell!
Depuis ce matin.
Mes copains, ils les ont lâchés ? Non, ils les ont gardés.
Ils ont perquisitionné chez tous les élèves de première B. Il semble qu'ils n
'ont rien trouvé de compromettant nulle part.
Après tout, il s'agit d'une simple farce.
Une farce ? Un squelette pendu à un réverbère.
C'est bien ça ? Oh, je peux rien vous dire, monsieur l'abbé.
Nous sommes liés par serment.
Il y a autre chose, n'est-ce pas ? Tu sais, je ne t'arracherai pas une
confession de force.
Ici, on écoute sans entendre, si cela peut t'aider.
Toute la journée, je pendais là-bas.
J'imaginais des choses affreuses.
Ce que vous avez fait, c'est très grave ? Oui.
Je voudrais bien aller dire à mes parents que je suis en sûreté, qu'il ne
m'est rien arrivé.
Tiens, la clé de la sacristie.
Tu pourras y dormir en toute sécurité.
Tu es sûr qu'il ne vaudrait pas mieux m'en dire plus ?
C'est à cause du meurtre de cet Allemand
que tes camarades ont été arrêtés, n'est-ce pas ? Réponds.
Oui.
Nous devions attaquer la commandanture ce soir.
Et pour ça, il nous fallait des armes.
C'est moi que le sœur avait désigné pour faire sauter le dépôt d'essence, et puis
c'est moi qui suis libre.
Pas pour longtemps si tu restes ici.
Je peux peut-être t'aider à partir.
Et Dany ? Dany ? Elle était avec vous ? Oui.
Si les Allemands avaient dû s'inquiéter d'elle, ce serait déjà fait.
Vous pourriez pas l'aider à partir, elle aussi ? Son devoir à elle est de rester
ici, avec sa mère.
Après la guerre, si Dieu le veut, vous vous retrouvez.
Espérons qu'ils pourront s'en tirer.
Après tout, les Allemands n'ont peut-être pas suffisamment de preuves si
tes camarades ont la force de se taire.
l'eau se démarre
Moi,
j'en ai marre, j'ai trop faim ! Ta gueule ! Ici, on la ferme ! À quoi ça
sert de jouer aux petits soldats ? On finira bien par se dégonfler, c'est
forcé !
Tais-toi, Ogué.
On a juré le silence, alors complique pas les choses.
Petit, petit, petit, petit.
Petit, petit.
Petit, petit, petit, petit.
Monsieur l'aumônier, vous êtes allemand et je suis français.
Mais nous vivons l'un et l'autre pour le même amour. Eh bien ? Eh bien, je viens
vous conjurer, au nom de la charité chrétienne, de m'aider à sauver ces
pauvres gosses.
La charité chrétienne commande avant tout de ne pas tuer.
Hélas, aujourd'hui, qui l'observe ? Un crime isolé est plus haïssable que les
crimes collectifs, contre lesquels nous ne pouvons rien.
Mais ce sont des enfants, monsieur l'aumônier, des enfants grandis dans la
douceur de vivre et qui, soudain, voient leur pays envahi.
Ils ont des réactions brutales, incontrôlées.
Ce n'est pas à nous de les juger, mais c'est à nous d'essayer de comprendre et
d'avoir pitié.
Je suis capable de pitié, monsieur l'abbé.
Vous comprenez l'allemand ? Un peu.
Et l'avril et le mai et le juin sont partis.
Vous connaissez Hölderlin ? J'ai trouvé ses vers dans le carnet du soldat tué
par vos jeunes protégés.
Vous voyez,
tous les soldats ne sont pas des brutes.
Un ch'melon non plus n'était pas responsable de cette guerre.
Et je ne crois pas que cela soit une consolation pour ses parents d'apprendre
que ces meurtriers étaient des enfants.
Mais qu'ils soient condamnés ne les consolera pas non plus.
Du moins, je l'espère.
Nous vivons des temps cruels, monsieur l'abbé.
Notre devoir est de prier pour que ce carnage se termine.
Si je demande au Seigneur la paix, je ne lui demande pas uniquement la victoire
de mon pays.
C'est ma façon à moi de résister, de résister contre la force.
Et je prierai pour vos garçons avec la même ferveur que je prierai pour Hans
Schmuller.
Où avez-vous trouvé ce casque ? Tu ne veux pas répondre ?
Et c'est un signe, hein ? Lequel d'entre vous a la vie sur lui ? Tu le sais, n
'est-ce pas ? Tu le sais, mais tu ne veux rien dire ! Vous êtes tous
complices ! En refusant de parler, vous aggravez votre cas. Votre silence
obstiné vous perdra tous.
Le soldat qui vous avait tué avait des armes.
Où sont ces armes ? Où sont ces armes ? Où sont-elles ?
Tu vas répondre ? Nous avons tout notre temps.
Mais la patience a des limites.
Qui a pris le revolver ? C'est un signe. C'est l'un de vous qui l'a caché dans le
buffet.
Qui ? Tes petits camarades auront parlé.
Notre enquête avance.
Où sont les armes ? Où est le revolver ? Les yeux me brûlent.
Mais je ne vais pas les fermer.
Ce serait une lâcheté.
Alors j'invente des moyens pour tenir bon.
Cette lampe, je me dis que c'est le soleil. Ça fait mal de le regarder en
face.
Mais comme le soleil, je revirai peut-être jamais plus.
Ils ont beau nous injurier, nous menacer, nous battre, sans une preuve,
sans un aveu, ils ne peuvent rien contre aucun d'entre nous.
C'est dur de ne pas parler.
Jamais. C'est dur.
Mais c'est notre seule chance d'en sortir.
Chaque jour je t'écris une lettre maman.
Une lettre comme la seule fois où je t'ai quitté longtemps.
L'année des vacances à Cabourg.
J'ai déjà neuf lettres pour toi cachées dans la semelle de ma chaussure.
Mais qu'est-ce qu'ils font ? Perquisition.
Ils sont déjà venus une fois.
Mais cette fois-ci, ils fouillent centimètre par centimètre.
Chez les Duval, ils ont arraché tous les papiers des murs et soulevé les lames
des parquets. C'est à se demander ce qu'ils cherchent. Aujourd'hui, ils ont
amené les gosses avec eux. Ils doivent espérer que face à leurs parents, ils
flancheront.
Qu'avez-vous trouvé ? Rien.
Continuez là-haut.
C'est moi, l'un.
Faut pas t'meldung machen.
Aufwärts!
Kennste doch, was?
Debout, petite crapule!
Arrêtez-vous ! Assassins !
Arrêtez
-vous ! Il n
'y a pas de temps pour ça ! C
'est fini !
Robert ! Robert !
Où se trouve-t-il ? L'entrée.
9h30.
9h30.
Laissez-le dans une seule salle. Oui, lieutenant.
La salle est libre.
rentrer chez vous.
Le coupable, c'était moi.
Ils ont trouvé l'arme que j'avais cachée.
Voilà.
Maintenant, pour vous, c'est fini.
C'est pas possible qu'il soit seul à payer.
On était tous dans le coup.
Non.
Vous, c'est pas pareil.
Vous devez continuer.
Mais moi, je peux pas quitter Robert.
Je dois aller jusqu'au bout.
C'est moi qui ai tiré ! Les autres sont innocents ! C'est moi qui ai tout fait !
Et j'aurais voulu en faire cent fois plus ! C'est moi ! Mais c'est moi ! Et
je peux vous le prouver !
Je peux vous prouver que je ne mens pas, que je dis la vérité.
La mitraillette de l'homme que j'ai tué, il est enterré au bout de combien ?
Derrière la cabane des Charbonniers, vous entendez ? Et vous pouvez y aller
voir. Vous voulez me condamner, je m'en fous, mais je ne mens pas.
Je dis la vérité, mais vous entendez ? N'hésitez pas à me la dire.
Mes parents chéris, si jamais cette lettre vous parvient, je veux que vous
sachiez que j'ai pensé à vous jusqu'au bout.
Je meurs pour avoir fait quelque chose d'utile, moi qui me fichais de tout.
Et je meurs satisfait, moi qui aimais tant la vie.
Adieu, maman.
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