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Nous vous pénétrons dans un sanctuaire dédié à la justice.
Nonobstant profané par un meurtre. Bonjour madame la substitue.
Bonjour. Bonjour.
Heure d'arriver sur les lieux.
Commando. Pardon ? Ah oui.
10h45.
Odile Béranger.
Elle était la gouvernante des enfants de la famille Lagrange.
Nous sommes ici dans le bureau du père, Guillaume Lagrange, un juge d
'instruction à la retraite.
Je suppose que la retraite ne veut pas dire retirer du circuit ? Vous lisez
dans mes pensées, commandant. En effet, le juge Lagrange est encore influent
dans les sphères de la magistrature.
C'est un homme bénéficiant de gros appuis au parquet et de surcroît très
riche. Ah, ce qui pour nous veut dire une source d'emmerde.
Vu la nature un peu géronde de la gouvernante, il se peut que ce ne soit
qu'une banale histoire d'adultère. Qui a découvert le corps ? La femme du juge,
précisément, Caroline Lagrange. Elle attend à côté, dans la salle à manger.
Bon courage.
Au revoir. Je me substitue.
Apparemment, on a simplement fouillé ses placards. Il n'y a que des dossiers d
'enquête et des trucs de boulot là-dedans.
Bon, le tueur a certainement cherché un truc lié à un vieux dossier instruit par
le juge Lagrange. Dans ce cas, voyez-vous, capitaine, ce maillet du
juge maculé du sang de la victime montre bien la manière expéditive avec laquelle
le tueur a pu rendre la justice.
J'ai passé toute la matinée avec ma fille Océane à son cours de danse. Elle
y prépare un spectacle de fin d'année.
Et c'est en rentrant tout à l'heure que j'ai... J'ai découvert Odile.
Maman, elle est... Titi.
Titi, ma chérie, il y a eu un très grave accident.
Maintenant, il faut que tu me laisses. Va dans ta chambre.
D'accord.
Océane était très attachée à sa nounou.
Odile était à votre service depuis longtemps.
J'ai engagé Odile, elle n'avait que 17 ans.
Pour s'occuper de mon fils Baptiste, qui venait de naître, puis plus tard... Euh,
oui ? Pour ma fille Elisa. Mais Elisa est décédée il y a quelques années.
Excusez-moi, je ne savais pas.
Est-ce que vous savez si Odile avait des ennemis ou des problèmes dans sa famille
? D'ailleurs, est-ce qu'elle était mariée ? Odile était la bonté même.
Puis étant une enfant de la DAS, nous étions devenus sa seule famille.
Non, on n'était pas mariés. Puis à ma connaissance, on n'avait pas de petite
amie. Elle habitait à l'extérieur dans un studio qui appartient à mon mari.
Mais elle était toujours ici avec nous.
Enfin, surtout avec Océane.
Océane, ma fille, nous l'avons adoptée il y a 10 ans.
Madame Lagrange, Odile était censée venir travailler ce matin ? Oui, elle
devait ranger des papiers dans le bureau de mon mari.
Ensuite, elle devait récupérer Océane à son cours de danse pour l'emmener à l
'anniversaire.
Madame Lagrange, la porte de la cuisine de Nansura Jardin Privatif n'était pas
fermée à clé.
Est-ce que vous pensez que l'agresseur aurait pu rentrer par là ? Peut-être,
mais la ferme manque le soir.
Monsieur Lagrange, je suis le commandant Lemarchand, le procédurier du groupe de
la brigade criminelle que dirige le commandant Scandella.
Et en tant que tel, je mettrai un point d'honneur à ce que cette enquête soit
prontement diligentée afin de retrouver dans les plus brefs délais l'assassin de
votre gouvernante.
C'est insensé.
Odile était une personne exemplaire, honnête, très dévouée.
Qui pouvait lui en vouloir ? Malgré tout le bien que chacun s'accorde à penser d
'elle, voyez-vous, il est parfois difficile de bien connaître une aimable
personne. Je sais, commandant.
40 années d'instruction m'ont appris à ne pas me fier aux apparences. Mais là,
je vous assure...
Odile était une femme exceptionnelle qui avait une vie quasi monacale.
Vous comprendrez, j'en suis sûr, le caractère ansidurier de Maroquette si je
vous demande.
Pour la forme et afin de ne plus vous importuner avec ça, quel est votre alibi
pour cette matinée ? Après le petit déjeuner, je suis sorti marcher deux
heures sur les berges.
Je fais ça chaque matin, toujours entre 9 et 11 heures.
Le cardiologue me l'a conseillé.
Et pour répondre tout de suite à votre deuxième question,
Oui, j'étais seul.
Dans ce cas, passons si vous le voulez bien à la troisième question.
Existe-t-il des éléments, des pièces d'un dossier compromettant qui se
trouvent être enfermés dans l'un des placards de votre bibliothèque et qui
seraient susceptibles d'intéresser un meurtrier ? Non, franchement, je ne vois
pas.
Dans mes placards fourmis d'anciens dossiers dont j'ai fait l'instruction,
mais j'en avais fait des copies pour pouvoir y travailler à mon domicile, c
'est tout.
Autrement dit, venir vous voler un dossier à votre domicile afin de le
faire disparaître ne serait d'aucune utilité pour l'auteur dans la mesure où
les originaux sont au palais de justice et sont donc susceptibles d'être
consultés par tous.
Tout à fait.
Dis donc que vous, monsieur le juge, savez que votre gouvernante serait
présente ici ce matin ? À part moi, ma femme et mon fils aîné Baptiste.
C'est pas possible.
Qui a pu faire ça ? Quelqu'un qui voulait la faire taire.
Quelqu'un qui s'avoue la trouver.
Si on écarte bien sûr la piste du rôdeur. Pourquoi il faudrait écarter
cette piste ? Monsieur Lagrange.
Baptiste.
Qui, hormis vos parents, bien sûr, savait où était Odile ce matin ? Je dis
ça parce que votre père nous a dit que... Mon père ? Comment va mon père ?
Il est assez accablé, comme vous tous.
A mon avis, ça doit être pire pour lui.
Ça veut dire quoi, cette allusion ? Vous savez, mes parents ne s'entendent plus
depuis longtemps.
Mon père a beaucoup vieilli depuis sa retraite et ma mère n'en s'occupe plus
que de ma petite sœur.
Odile, c'était un bonne jouvence pour mon père.
Elle apportait un peu de gaieté et de fraîcheur dans cette maison.
Excusez-moi, est-ce que je dois comprendre par là que, en plus d'être
votre nounou, Odile avait d'autres...
Fonction. Attendez, tout ce que je dis, c'est que mon père aimait sa compagnie.
Et puis quand il a adopté Océane, il avait 60 ans. Il était déjà trop vieux
pour élever un enfant.
C'est Odile qui a tout pris en charge. Mais pourquoi adopter Océane si son
était si vieux ? C'est ma mère qui a insisté.
Un moyen pour elle d'oublier le passé.
Comme si on pouvait oublier le passé.
Quel passé ?
La charmante est décédée d'un hématome cérébral consécutif au coup de maillet
que t'as retrouvé sur place, mon petit Michel.
Ça s'est passé entre 9 et 10 heures, après un petit déjeuner frugal, vu le
contenu du bol alimentaire. Tu veux le détail des menus ? Non, merci, sans
façon, je ne suis rien en appétit.
En revanche, vous pourriez peut-être me dire si cette personne a subi quelque
violence sexuelle, voire un rapport consenti.
Désolé de gâcher ton plaisir, mon petit Michel, il n'y a rien de tout ça.
Vous n'avez pas un amant ? Non, apparemment pas, mais sans doute, voyez
-vous, cette pauvre malheureuse.
N'a-t-elle pas rencontré dans sa vie un homme de votre trempe, Salinas ? Comme c
'est triste.
Mais je ne suis pas perdu pour tout le monde. Pourquoi tu ne m'amènes plus tes
petites collègues ? Tu leur montrerais bien du pays.
Oui, il faut croire qu'elles ne trouvent pas l'envie de voyager en votre
compagnie. Alors arrêtez-vous, Manoumès.
Le café que me fait Jean-Louis tous les matins est tellement dégueulasse qu'il
me reste sur l'estomac toute la journée.
Rien à voir avec le nectar que tu fais toi.
J'en boirais bien tous les jours celui-là.
Moi je veux bien mais ça va te faire le véto.
Tous les jours tu dors pas chez moi.
Oui, d'autant plus que je suis pas matinale comme garçon.
À moins que t'habites à la maison, je vois pas trop comment c'est possible.
Voilà une idée.
Bah oui.
Comme ça ta bibliothèque, moi je pourrais te la construire.
Ah je suis très bricoleur. Ah oui ? Je crois pas.
Quoi ? Tu me fais avoir par un bricoleur ? Oh dis donc, un bricoleur... T'as vu
le bricoleur ? Ah oui ça c'est vrai. Bon.
C'est dommage de pas en profiter.
Bah alors, je ménage quand ? Bah quand tu veux.
Et certains voisins ont même sous-entendu que monsieur le juge était
très proche de la nounou.
Ah oui.
Bon alors peut-être que la nourrice en aura eu marre du jeune bidineux.
Oui, il a raison.
Elle lui fait comprendre, ça le rend fou, il la bute.
Bon en tout cas, la femme du juge n'a rien fait.
Caroline Lagrange a passé la matinée avec sa fille à la danse. Cisco, l
'emploi du temps de la nourrice.
L'emploi du temps de la nourrice.
Donc ce matin vers 8h30, un type l'a vu rentrer dans un immeuble situé à
Montreuil.
8h30. 8h30, soit peu de temps avant son trépas. C'est l'immeuble où habite une
certaine Charlotte.
Sonia, jeune fille qui donne des cours particuliers à la Jeune Océane. Sa mère
me l'a confirmé, mais elle ne sait pas encore ce que sa nounou est venue faire
chez elle à ce moment-là.
Ok, très bien. Bailly, tu verras avec moi, on va vérifier.
Comme vous voyez, j'ai un peu de mal à m'en sortir.
Je n'arrive plus à payer.
Les huissiers sont passés ce matin.
Heureusement, ils n'ont pas touché à la chambre de Charlotte.
J'ai réussi à planquer l'ordinateur.
Oui, justement, M. Saunier, on est là pour lui parler.
Elle devrait pas tarder à rentrer de ses cours.
Elle est en fac de droit, en troisième année.
Elle a que 19 ans.
Je crois qu'elle réussira sa vie mieux que moi.
Comment est-ce que vous en êtes arrivé là ? Avec Charlotte, on vit à Paris
depuis 4 ans seulement. Avant, j'étais dans le lot, j'avais un gîte rural, mais
j'ai dû vendre l'affaire quand ma femme est tombée malade.
Une maladie très dure, un Alzheimer qui lui a coûté la vie.
Ça nous a coûté beaucoup d'argent.
On était montés à Paris pour voir des spécialistes, mais rien n'y a fait.
Monsieur Saunier, est-ce que vous savez pourquoi la nourrice de La Grange est
passée chez vous ce matin à 8h30 ? Elle m'a dit qu'elle venait voir Charlotte
pour lui parler d'horaire de cours particuliers.
Pourquoi est-ce que la nourrice est venue chez vous si tôt ? La Grange
habite à 1h d'ici en métro, elle aurait pu vous appeler.
Ah oui, mais le problème c'est qu'ils m'ont coupé la ligne aussi.
Et le portable de Charlotte, il y a un problème de batterie.
Mais dites-moi, vous connaissiez les Lagranges et leurs nourrices ? Non, je
ne savais rien d'eux avant qu'elles nous se présentent ici.
Mais vous savez, Charlotte donne des cours à plein de gosses des quartiers
chics et moi je ne connais absolument pas les parents. Je lui fais une totale
confiance.
C'est une fille assez mature.
Heureusement, parce que depuis la mort de sa mère... Bonjour.
Bonjour. Bonjour.
J'ai eu un peu ce déluge.
J'ai rien pu faire. Il y a que ton ordinateur que j'avais réussi à
planquer. Ça va s'arranger, papa.
J'en ai toujours sorti.
Je te présente les policiers. Ils sont là pour l'histoire de la nounou, tes
patrons. Ah oui, oui, j'ai appris ça à la radio.
C'est terrible.
Venez dans ma chambre.
Mon père est fatigué.
Merci, monsieur Saunier.
Il est très beau cet ordinateur. Il aimerait bien avoir les mêmes au 36,
mais il n'a pas les moyens.
Oui, j'ai dit aussi à mon père que celui-là était trop cher.
Mais il dit que rien n'est trop beau pour moi.
En fait, j'ai toujours été très couvée par mes parents.
Pas encore plus quand maman est tombée malade.
Tu n'as pas de quoi être fière de toi, Charlotte.
Troisième année de droit à 19 ans, tu donnes des cours particuliers aux
gosses, c'est très bien. Oui.
Dis-moi, en fait, pourquoi Odile est passée te voir ce matin ? Elle voulait
fixer les nouveaux horaires pour Océane.
Comme mon père et moi, on n'a plus le téléphone, elle est passée avant que j
'aille en cours.
Voilà, c'est tout.
Il n'y a rien qui t'a semblé étrange dans son comportement ? Elle n'avait pas
l'air tendue ou tracassée ? Non, elle était comme d'habitude.
Douce, gentille.
C'était vraiment quelqu'un de bien, vous savez.
Oui, Camille, vous pouvez compter sur moi demain soir, j'y serai.
Ben dis donc, on pourrait croire que le marchand est vraiment heureux.
Tu vois, si même le marchand arrive à trouver l'amour, il y a des chances pour
que tu retrouves le tien.
Oui, c'est vrai.
Chez Duneuf, ça perd qui chez la nourrice ? On a retrouvé une photo bien
planquée derrière une rongée de bouquins, une photo d'elle avec le juge
Lagrange, tendrement lassé.
Qu'est-ce que j'avais dit ? Merde, maintenant il faut se coller le juge.
Bon, Michel.
Michel. Oui ? On a la preuve que le juge et la nourrice avaient une liaison.
Ça vous dit d'affronter le magistrat ? Ah... Écoutez, aujourd'hui, je suis prêt
à affronter n'importe qui.
Oui, à ce propos, Michel, cette histoire de passé dont le fils ne voulait pas
parler, vous avez du concret là-dessus ? Oui. Il y a 18 ans, le deuxième enfant
de la famille Lagrange et une petite fille prénommée Elisa a été kidnappée
dans leur hôtel particulier.
Voyez-vous, c'est cette même nounou, Odile, qui la gardait.
Dix années plus tard, la police a retrouvé les vêtements de cet enfant
taché de son sang.
Évidemment, c'est pas très gai.
Effectivement, j'avais une liaison avec Odile.
Mais ma femme Caroline était au courant de cette relation.
Et est-ce que votre épouse l'a supportée ? Oui.
Vous savez, tout a commencé à se dégrader entre nous après le kidnapping
de notre fille Elisa.
Il y a toutes ces années de recherche.
Avant l'annonce de sa mort.
Et puis Caroline a voulu adopter.
C'était une manière d'insuffler à nouveau de l'amour de votre couple.
Elle le croyait.
Mais quand les choses sont cassées... Odine n'a jamais voulu arrêter cette
relation entre vous ?
Non, pourquoi ? Nous nous aimions depuis longtemps.
Odile aurait très bien pu rencontrer quelqu'un d'autre.
Peut-être que toute cette existence passée au sein de votre famille, des
enfants disparus, peut-être que tout cela finit par lui peser.
Odile m'aimait toujours et je ne l'ai pas tué. Je vous conseille de ne pas
commettre d'erreur dans cette enquête.
C'est pour ça qu'on essaie de comprendre, monsieur le juge.
Vous savez, il y a bien longtemps que je ne me fais plus d'illusions.
Au sujet de la compétence des officiers de la crime, c'est d'ailleurs à cause de
l'affligeante incompétence de vos collègues que notre fille est morte.
C'est vous qui avez tué Elisa.
De quoi vous parlez, là ? Renseignez-vous.
Moi, je ne dirai plus rien.
Lefebvre, renseigne-toi pour l'enlèvement d'Elisa. Je veux savoir
quel groupe s'est occupé de l'affaire il y a 18 ans.
Et surtout, pourquoi le juge nous accuse de cette manière ?
Bon, concernant le fils Lagrange, il y a un de ses copains de frère qui l'a
aperçu ce matin dans la rue alors qu'il était censé être en cours.
D'après lui, il y a une histoire de fille là-dessous, une fille que Baptiste
retrouverait en cachette et dont il parlerait à personne.
Peut-être que le fils en pensait aussi pour sa nounou et que ça le rendait
dingue de savoir que son père était encore sur le coup.
Mais moi j'ai du mal à croire ça de la part de la nounou. Ah oui.
Pour ma part, voyez-vous...
Je gâche que la résolution de cette affaire viendra de cette famille
Lagrange qui n'a réussi à survivre depuis toutes ces années que grâce à l
'omniprésence de cette pauvre Odile. La mort de la nounou devrait à terme délier
les langues et nous fournir la solution.
Ok, on verra le fils Lagrange demain.
Là il est tard, c'est bon pour ce soir.
Merci.
Je me moque de savoir où t'étais.
Si t'étais au travail, avec deux maîtresses... Je m'en fiche.
Ce qui compte, c'est que tu sois là maintenant.
J'ai couché les enfants, on a dîné ensemble.
Juste tous les deux, comme avant.
Non, Florence, non.
Regarde les choses en face, on s'entend plus.
On s'aime plus.
Si, on s'aime.
Ça, tu peux pas oublier tout ce que... Tout ce qu'on a vécu ici, il me semble.
Mais regarde-moi.
Je t'excite plus ? C'est pas ça, Flo, tu sais bien.
J'aime les enfants, j'aime la vie qu'on a vécue, mais...
Je suis la mémillée, presque à poil devant toi.
J'ai préparé un dîner, je prête à tout pardonner, et toi tu me balances que
tout ça, ça n'a plus aucun sens ? T'es vraiment qu'un bel enfoiré. Bon, ça
suffit maintenant.
Je vais demander le divorce.
Je t'en supplie, tiens, ne fais pas ça.
J'appellerai demain mon avocat.
Et évite de crier, s'il te plaît.
Qu'on ne fasse pas supporter ça aux gosses.
Mais comment ça, quel sentiment j'avais pour Odile ?
Je l'aimais comme ma mère, c'est tout.
Et avec le temps, ces sentiments quasi-maternels se seraient pas
transformés en sentiments amoureux ? Non.
Ce que je supportais pas, c'est que mon père sorte avec elle.
Et ici, à part Océane, tout le monde était au courant.
Mais personne ne disait rien.
La famille me dégoûte.
Mais par contre... Ce que faisait Odile, ça, ça vous dégoûtait pas ? Vous
comprenez rien.
Si Odile couchait avec mon père, c'est qu'elle a passé ses 18 dernières années
à se culpabiliser.
Parce qu'elle était avec Elisa, le jour du drame.
Vous voulez dire que Odile a sacrifié sa vie et est couchée avec votre père
uniquement pour se racheter aux yeux de votre famille de l'enlèvement d'Elisa ?
Alors vous voyez pourquoi est-ce que je serais allé la tuer.
Depuis la disparition de ma soeur, plus personne ne s'est occupé de moi.
Il a fallu que je grandisse avec le spectre d'Elisa qui nous avait tous
bousillés.
Puis Océane a été adoptée.
Et finalement, la seule personne pour qui vous ayez continué d'exister dans
cette famille, c'est Odile.
Mais dites-moi, dites-moi, pourquoi il n'est pas nous avoir dit que hier matin,
vous avez quitté la fac ? J'étais avec une fille.
Enfin une femme.
Mariée.
Mais je veux pas lui faire de tort, je peux pas vous dire qui c'est.
Oui, mais si vous dites rien, c'est à vous, vous allez faire du tort.
Bon. Il faut revoir la mère Lagrange, savoir si oui ou non elle acceptait la
liaison de son mari avec la nourrice.
Elle a peut-être un alibi, mais rien ne l'empêche d'avoir commandité le meurtre.
Bailly, tu l'as convoqué ? Personnellement, je ne veux pas qu'une
femme d'un tel rang se soit résignée à engager un tueur professionnel.
Moi aussi.
Et j'ai du mal à imaginer le fils en train de dessouder sa nounou.
Surtout pour des raisons sexuelles.
Pourtant, il nous cache un truc.
Je ne suis pas passionné que ce soit juste l'identité d'une femme mariée.
Maï, qu'est-ce que t'en penses ? Euh... Je vais divorcer.
Voilà, je... Je voulais que vous le sachiez.
Enfin bon, maintenant la vie continue, hein.
On peut retourner au boulot.
T'es sûre que tu veux pas prendre quelques jours ? Non, merci.
D'ailleurs, je vais aller interroger Caroline Lagrange.
Devinez la douleur d'une femme trompée, c'est un truc que je peux bien ressentir
aujourd'hui.
Depuis la disparition d'Elisa, j'ai vu mon mari décliner peu à peu.
J'ai même cru qu'il attendrait un séjour.
Et la liaison avec Adil lui a redonné.
Un peu de courage.
C'était ça ou la mort.
C'était pas trop difficile à supporter pour vous ? Vous avez des enfants ? Oui,
deux. Vous les aimez ? Je les adore.
Bon, imaginez qu'on vous en tue un.
Vous verriez qu'après, pour sauver le reste de votre famille, vous seriez
prête à tout.
Dites-moi, est-ce que Odile était d'accord ? Après tout, votre mari a peut
-être un peu insisté pour en arriver là, non ? Ça s'est fait naturellement.
Odile avait beaucoup de tendresse pour mon mari.
Et Baptiste, là-dedans, qu'est-ce que vous avez fait pour votre fils ?
Oui, Baptiste a payé le prix fort de la disparition de sa sœur.
Mon mari et moi, nous l'avons un peu délaissé.
Heureusement, Odile, justement, était très présente pour lui.
En gros, tout le monde était content et personne n'a aucun mobile.
Mais voyez-vous, madame Lagrange, nous, la piste du rôdeur, on n'y croit pas
trop. Vous voyez vraiment personne dans votre entourage qui aurait pu faire ça ?
Écoutez, depuis quelque temps, des sommes
disparaissent de mon portefeuille.
J'ai refait mes comptes et là, depuis un mois, on m'a prêt à peu près 3000 euros.
Et à votre avis, qui aurait pu les voler ? Je pense à la jeune fille qui donne
des cours particuliers à Océane, Charlotte Saunier.
Vous avez des preuves ? Mais un jour, je l'ai surprise dans la salle à manger
près du buffet où je range souvent mon portefeuille et elle était très mal à l
'aise.
Elle m'a dit qu'elle admirait le buffet, qu'elle le trouvait très beau.
Visiblement, elle mentait.
Au revoir, Charlotte Saunier, pour vérifier les allégations de la mère
Lagrange.
Comme le père de Charlotte est dans une merde financière noire, sa fille a peut
-être voulu soulager cette famille bourrée aux as en leur piquant un peu de
pognon.
La brave nounou attentive à tout découvre que Charlotte vole sa patronne.
Le jour du meurtre, elle se pointe chez les Sauniers pour s'expliquer avec
Charlotte. La jeune fille retrouve Odile dans le bureau du juge.
Odile, la seule de lui rendre l'argent, la rencontre vire au drame, voilà.
C'est une hypothèse envisagée, oui.
Ça va ? Qu'est-ce que je vais devenir ? T'inquiète pas, Florence.
On est tous là avec toi.
Moi aussi, je suis là, tu le sais.
Allez, viens.
Je vous répète que je regardais le buffet.
C'est un beau meuble, je l'admirais.
Ça fait des semaines que tu donnes des cours à Océane chez Lagrange. Le buffet,
tu le connaissais, non ? J'aime admirer ce qui est beau.
Oui, on peut admirer le beau et en prendre ombrage.
Alors pourquoi ne pas soulager cette famille riche de quelque argent ? Vous
vouliez aider votre père ? Mon père m'a toujours élevée dans le respect du droit
et de la morale.
Je préférais mourir que de lui montrer un jour que je suis devenue une voleuse.
Oui, mais réviser seul, c'est partiel. Sur un banc du square, c'est un tout
petit peu léger, comme à Libye, non ? Personne n'aurait pu t'apercevoir de
toute la matinée.
Non, je n'ai rencontré personne.
Charles, t'as l'air de nous cacher quelque chose, mais quoi ? Madame
Lagrange, j'aimerais que vous lui parliez pour la mettre en confiance.
Son père n'a plus d'argent, sa mère est décédée.
Vous pourriez lui faire croire que vous la comprenez.
Que vous êtes de son côté.
Je pense que ça l'aiderait à parler.
Je peux vous aider à trouver l'assassin ? Vas-y.
Je suis vraiment désolée pour tout ce qui arrive, Madame Lagrange, mais je
vous jure, je n'ai rien fait. Je ne vous ai pas volé.
Mais quand bien même, je ne t'en voudrais pas.
Bon, on va vous laisser cinq minutes.
On revient.
Bah, elle va y aller où ? Elle est à côté, elle se repose.
J'ai appelé un médecin, il lui a filé des calmeaux.
Elle est vraiment secouée.
Bon, je me moque de l'argent, Charlotte.
Si tu m'en avais demandé, je t'en aurais prêté. Je comprends que tu veuilles t'en
tirer avec ton père.
Je suis sûre que tu voulais pas faire de mal à Odile, mais ne t'inquiète pas, mon
mari te trouvera un bon avocat.
Mais non, mais arrêtez de croire ça, je vous dis que je vous ai rien volé.
Comment tu as osé t'en prendre à Odile ? Mais pourquoi tu as fait ça ? Pourquoi
tu as fait ça à vous ? Mais pourquoi tu as fait ça ? Mais pourquoi ? On ne croit
pas que tu vas t'en tirer comme ça.
Et on ne s'adhéra pas. On n'a pas à se payer.
On tue ma fille et maintenant tu voudras faire accuser mon fils ou mon mari ?
Mais à vous ! Alors taisez-vous, Madame Lagrange.
Tu vas devoir payer pour ce crime.
Arrêtez ! Je vous en prie. Ça va, je n'ai pas d'ordre à recevoir de vous.
Vous étiez là pour l'inciter à parler, pas pour l'accuser de meurtre.
Maintenant, si elle a fait quelque chose, on n'en tirera plus rien.
Je n'ai pas de conseil à recevoir de gens qui ont tué ma fille.
Putain, mais c'est pas vrai. Qu'est-ce que la crime a fait à cette famille ? Il
est temps de le faire.
Elle s'en est occupée. Elle aura demain tous les dossiers d'enquête de l'époque.
En attendant, il va falloir remettre en confiance Charlotte.
S'il vous plaît.
Les mots de Mme Lagrange ont très certainement dépassé sa pensée.
C'est une femme au chagrin intarissable depuis la mort de sa petite fille,
Elisa.
Alors il faut la comprendre.
Je la comprends, mais elle ne devrait pas m'accuser pour autant.
Je ne lui ai rien volé.
Je le jure.
Mais alors qui ? J'imagine mal son mari, la décésure de quelques milliers d
'euros.
Et je vois mal la fidèle la dévouer au deal, tenter de la spolier.
J'ai déjà vu le fils Lagrange.
Baptiste.
Traîné justement du côté du buffet de la salle à manger.
Pourquoi Baptiste veut le retien de sa mère ? Un soir, j'étais venue donner un
cours à Océane.
Et je l'ai entendu appeler une amie au téléphone.
Ils se disputaient et il lui disait qu'il ne pourrait plus avoir d'argent.
Je suis sûre que c'est pour cette fille qu'il volait sa mère.
Alors, il nous faut entendre demain le fils Lagrange, savoir s'il est notre
voleur, et puis savoir qui est sa mystérieuse et vénale amie. J'ai fait
libérer Charlotte.
Sur ce, je vous quitte. Bonne soirée. Ah bon ? Bonne soirée ? Il y a une pêche,
lui.
C'est l'amour, sûrement.
En tout cas, viens.
Moi, des fous d'amour, ce n'est pas contre un tout petit peu de tendresse.
Je suis triste pour ma collègue, capitaine Bailly.
Et si désemparée, elle est dite divorcée.
Heureusement, nous n'en sommes pas encore là.
J'ai vu tant de couples se déchirer dans le cadre de mes enquêtes que je...
Faut-il que l'amour finisse toujours ainsi ? Est-ce qu'on doit s'empêcher d
'aimer avant d'en arriver là ? La raison m'a si souvent imposé de penser cela.
Et ce soir, Michel ? Que vous dicte votre raison ? Ce soir, je me moque de
la raison.
Je me moque aussi de ce que je pourrais ressentir demain matin parce que je me
moque de demain.
Seul l'instant compte.
Je n'imaginais pas que vous puissiez être un amant aussi éblouissant.
J'ai même cru à un moment que c'était un autre homme qui était dans mon lit.
Cet homme à l'allure hiératique et froide, coincé dans ses conventions et
ses manières délicieusement pédantes.
Je regrette de vous avoir blessé.
C'est simplement que je suis un peu en retard.
Je savais bien avant cette nuit qu'il n'y aurait pas de lendemain.
Je l'ai toujours su.
Là, je le trouve un peu injuste.
C'est pour ça que je n'ai pas répondu à vos mots d'amour cette nuit.
Pour ne pas vous embarrasser.
Pour vous permettre ce matin de fuir, comme vous êtes en train de le faire.
Je suis vraiment désolé.
Vraiment. Ne le soyez pas.
Cette déclaration...
Un autre l'entendrait un jour ?
Oh,
vous avez raté une belle fête, le marchand !
Il y a beaucoup vu, beaucoup pleuré, mais beaucoup ri aussi.
On l'a laissé à 6h du matin chez elle. J'espère que ça aura bien fait chier son
connard de mari.
Dites-moi Michel, c'est bien la première fois que vous oubliez votre nœud ? Non
mais faites gaffe parce qu'à vous balader comme ça quasi à poil, vous
allez finir par attraper froid. Ne vous inquiétez pas, pour moi j'en ai toujours
un de rechange au 36.
Ah bah c'est très bien ça de prendre ses précautions, non ? Baptiste, vous n
'êtes pas là pour le vol de l'argent de votre mère ?
Il n'y a pas de vol mère-fils, de toute façon, il y a ce qu'on appelle une
immunité familiale.
Par contre, si vous avez buté Odile de peur qu'elle vous dénonce à vos parents,
là, je vous colle 20 ans en taule.
Odile n'aurait jamais fait ça.
Elle m'aimait comme son fils.
Puis elle savait ce que j'endurais chez moi.
Même si elle avait su, elle n'aurait rien dit.
Vous avouez donc être l'auteur de ces vols.
Pardon ?
Je vous conseille de parler, jeune homme.
Ouais.
C'est moi qui ai volé ma mère.
Je sais que c'est mal.
Mais je l'ai fait pour cette femme qui s'intéresse à moi.
Avec elle, j'ai l'impression de revivre. Oui, bon, c'est bon. Allez.
C'est qui cette femme mystérieuse ? Une femme mariée.
Enfin, elle est en instance de divorce. C'est une amie de mes parents.
Elle a besoin d'argent, mais je vous en prie, soyez discret.
La discrétion est...
Notre appanage.
Et puis merde, vous n'avez qu'à m'accuser du meurtre d'Odile.
Je me fous de ce que pensent mes parents.
J'en ai rien à foutre de leur réputation.
De toute façon, je n'ai jamais été aimé dans cette famille.
Alors c'est ça, foutez-moi en tôle.
Tiens, idéal pour le mal de crâne. Ou alors une bonne bière.
Ben non, va pas les cacher alors.
Merci pour la soirée d'hier. C'était très sympa.
Je t'en prie, pas de soucis.
Le fils Lagrange est hors de cause. Sa maîtresse vient de confirmer son alibi.
Mais surtout, ils se sont vus le matin au café où de nombreux témoins les ont
croisés. C'est vrai que c'est dingue. Le môme était prêt à s'accuser. Tout ça
pour foutre sa famille dans la merde.
Et tout ça parce qu'un jour, il a 18 ans, on a kidnappé sa petite sœur.
En fait, sa fèvre, il y a quoi dans ce putain de dossier ? C'est pas très
reluisant pour la crime.
Le kidnappeur, avant de s'enfuir avec le bébé, avait ligoté la nounou après lui
avoir fait jurer de ne pas donner son signalement avant qu'il obtienne la
rançon des parents.
Et alors, Audi l'a parlé au flic ? Non, c'est un flic du 36 qui a bavé auprès d
'un journaliste.
Avant même l'appel du ravisseur. Résultat, bien que la presse était déjà
au courant, le type a paniqué.
Et il a jamais appelé Lagrange, c'est ça ? Et c'est 9 ans plus tard qu'on a
retrouvé dans les bois les habits d'Elisa tachés de sang.
C'était bien son ADN. Fais voir.
Donc sans ce con de flic, ils auraient pu le choper. Alors tu m'étonnes que les
Lagrange puissent pas nous saquer, nous ? Jean-Louis ? Qu'est-ce qu'il y a ?
Une photocopie du portrait robot du ravisseur qu'Odile a dû faire à l
'époque.
Regarde la cicatrice sur la joue. Ça te rappelle pas quelqu'un ? On dirait
Saunier, le père de Charlotte.
Si Saunier est le kidnappeur de la petite Elisa, nul doute que la nounou l
'aura reconnue l'entrematin en venant frapper à sa porte.
Et Saunier, forcément, à son tour.
On va passer de là avec une seule solution.
Foncer chez le juge et buter Odile.
Avant même qu'elle ait eu le temps d'appeler la police.
C'est ridicule.
À l'époque, je vivais dans le lot.
J'avais monté une petite affaire, comme je vous ai dit, une petite rurale. Et je
vivais là-bas, peinard, avec ma femme et ma fille.
On vous a découvert une jeunesse un peu délinquante, quand même.
Un peu de voiture, escroquerie aux assurances.
Vous vous êtes un peu essayé à tout avant le kidnapping.
Et alors, ça va me poursuivre toute ma vie, ça ? Tuer un bébé, mais vous êtes
dingue ou quoi, non ?
Je vais pas te lâcher, Sonia.
Je vais dépouiller ta vie depuis ton entrée à la crèche.
Et je vais trouver ce que je cherche. Fais-moi confiance.
Nos collègues sont déjà en train d'auditionner votre employeur actuel.
Un restaurateur du Sud-Ouest a un certain à la borde.
Ce qui paraît, c'est un ami de 30 ans.
Ah oui ? Et alors ? Et alors, ça en serait des choses, un ami de 30 ans, non
?
Si Sonia, je le connais, ça fait une paie.
On a partagé notre dépucelage avec une charcutière de Bergerac.
Une fille élevée au conflit de canards.
Elle avait une de ces conversations, je vous dis pas.
Merci. Votre restaurant ici, vous l'avez ouvert en mars 87.
Oh putain ! Oh putain, cette fête qu'on t'a fait, dis-donc ! On a foutu un tel
bordel que j'ai failli fermer le jour de l'ouverture. Forcément, l'ouverture d'un
restaurant, ça se fête. Parlez.
Et votre ami Saunier était remonté du lot pour être avec vous ? Ah oui, mais
sans sa femme et sa gosse, parce qu'il n'avait plus le sou à cause des travaux
qu'il faisait dans le gîte.
Alors lui, il est venu en voiture et je l'ai hébergé quelques jours.
Notre passage à Paris, à la période des faits, à proximité, nous avons vérifié
du restaurant de votre ami avec le domicile des Lagranges.
Et surtout, enfin, votre ressemblance étonnante avec le portrait robot, dressé
par cette malheureuse nounou. Tout cela ne plaît de guère en votre faveur,
monsieur Saunier.
Écoutez, j'ai tué personne.
On s'est renseigné sur ton gîte.
C'était pas une affaire terrible, terrible.
T'avais dû te saigner quand même pour emprunter aux banques.
Avoue qu'au moment du kidnapping, un petit peu d'argent liquide devrait
arranger tes affaires. Alors cette fois, t'as vu grand.
Fini les arnaques minables et les vols de bagnole.
T'as kidnappé un gosse.
Ah mais moi je suis sûr qu'au début tu voulais faire ça bien.
T'aurais rendu l'enfant pour ne pas avoir obtenu la rançon.
Seulement, des fuites ont précipité les événements.
L'affaire devenue médiatisée t'a pris peur.
Et t'as préféré te débarrasser du bébé avant de disparaître. C'est bien comme
ça que ça s'est passé, non ?
Non, tout ça, c'est des conneries.
Pourquoi vous parlez d'une affaire vieille de 18 ans ? Je pensais que...
Enfin, même si j'avais fait une chose pareille, il y a une prescription, au
bout de 10 ans, non ? C'est comme ça que vous dites, non ? C'est exact.
Vigoureusement exact, monsieur Saunier.
Seulement, voyez-vous, dans le cas présent, la police a retrouvé les habits
de la petite Elisa, 9 ans après les faits.
L'instruction ayant ainsi de nouveaux éléments...
À charge, c'est comme si l'enquête devait repartir de zéro.
Moi, je ne suis pas très bonne en calcul, mais là, c'est relativement
simple.
L'affaire ayant été relancée il y a neuf ans, il nous reste encore un an avant la
nouvelle prescription.
Vu les éléments qu'on a, on devrait boucler le dossier avant ça.
Il faut dire qu'on ne pourrait pas trouver de mieux comme élément.
Puisqu'on t'a, toi, maintenant, le meurtrier.
Et vous, les crimes d'enfants me révoltent particulièrement, monsieur
Saunier.
Moi qui suis pourtant un fervent partisan du droit, je regrette qu
'aujourd'hui vous en ayez autant.
Je me dois pourtant de vous les rappeler, et puisque désormais vous êtes
en garde à vue, vous avez le droit, un avocat, vous avez le droit d'obtenir la
visite d'un médecin et vous avez le droit de prévenir un membre de votre
famille. Votre fille, Charlotte, par exemple.
Alors... Vous l'avez retrouvée, vraiment, vous l'avez retrouvée ? Vous l
'avez retrouvée ? C'est incroyable, 18 ans après.
Vous êtes certain que c'est l'assassin de ma fille ? Tout à fait, mais il y a
de fortes chances, oui.
Faites en sorte de ne pas le rater cette fois.
Vous avez des éléments solides ? Assez, oui.
Tout porte à croire que Sonia, découverte par votre nourrice, aura été
la tuée pour l'empêcher de parler.
J'ai vérifié dans mes placards. En fait, un seul dossier a disparu.
Celui sur l'enquête concernant Elisa.
Il était archivé ici depuis 18 ans. Et si Sony l'a emporté, c'est sûrement qu
'il se doutait qu'on ferait le rapprochement entre le meurtre et le
kidnapping.
Et le hasard a voulu que Charlotte, sa propre fille, travaille chez vous.
Qu'est-ce qu'il y a, Bailly ? Même la
grange. C'est bien Elisa, là, sur cette photo ? Oui, bien sûr.
Pourquoi ?
Tu fais mieux de tout avouer, insonnier.
Ton repentir aux assises te fera gagner quelques années.
Parce qu'un meurtre d'enfant, logiquement, c'est perpète.
Sans compter que Charlotte va devoir affronter l'horreur.
Elle va devoir comprendre que vous avez organisé cet enlèvement dans le seul but
de vous procurer de l'argent afin de l'élever mieux.
Elle.
Alors parlez, soignez, parlez. Pour que votre fille ne croie pas que vous n'êtes
qu'un monstre.
Écoutez, c'est moi qui ai kidnappé cette petite.
C'est moi, mais c'est pour ma femme que j'ai fait ça.
Parce qu'on venait, nous, de perdre notre bébé.
Il est mort à la naissance.
Bien. Donc, votre bébé meurt et vous en kidnappez un autre.
Le jour de l'accouchement, ma femme, il y a 18 ans, elle était seule à la
maison. J'étais parti pour un fer à Paris.
Je crois qu'elle n'a jamais accepté la mort de son bébé.
Elle n'a jamais rien dit à personne et puis elle est allée le déclarer vivant à
la mairie.
Le bébé, c'est un garçon ou une fille ? Une petite fille.
Quand je suis arrivé à la maison, elle était comme une folle avec son bébé mort
dans les bras.
J'ai essayé de la raisonner, mais il n'y avait rien à faire.
Vous savez, on a eu beaucoup de mal à avoir cet enfant.
Elle savait qu'elle ne pourrait pas en avoir d'autres.
J'ai moi-même enterré mon bébé dans le jardin.
Je n'avais plus qu'une idée en tête, c'était de voir ma femme avec un bébé
dans ses bras, mais vivant.
Une petite fille pour la remplacer.
En regardant le pêle-mêle des photos des Lagranges, je me suis rappelé celui qu
'il y avait dans la chambre de Charlotte.
Il y avait une photo de Charlotte, bébé, je l'ai remarqué parce qu'elle avait une
tâche de vin sur la tête.
C'est le même bébé avec la même tâche de vin qui est en photo chez les Lagranges.
Charlotte et Elisa sont la même personne, c'est évident.
Pourquoi Sonia aurais-tu la nourrice ? Pour l'empêcher de raconter aux
Lagranges ce qu'elle venait de découvrir ? Ça, c'est à Sonia de nous dire la
vérité.
Pourquoi le bébé des Lagranges ? Ça, c'est un hasard.
C'était moins risqué pour moi de faire ça dans une grande ville.
Un jour, j'ai vu passer cette nounou avec le bébé dans ses bras.
C'était tout près du resto de mon copain.
Je l'ai suivi. Après, je ne sais plus.
Comment se fait-il que la police n'ait découvert que bien des années plus tard
les vêtements d'Elisa souillés de son sang ? Parce qu'à un moment, elle a
saigné du nez. C'était rien de grave, mais elle en avait partout.
Et je me suis dit que la police allait donner son signalement, alors je lui ai
expliqué des affaires neuves, et puis j'ai jeté les autres dans un bois, puis
voilà, c'est tout.
Vous auriez vu la tête de ma femme quand elle a vu le bébé.
Et c'est comme ça qu'Elisa est devenue Charlotte ? C
'est pour ça que vous avez tué Odile ?
Parce qu'elle avait tout compris ? Je n'ai tué personne.
Quand Odile est venue à la maison, j'ai bien compris qu'elle me reconnaissait,
mais je me suis demandé ce qu'elle allait faire.
Et après, j'ai appris qu'elle avait été tuée.
C'est tout.
Alors, je crains fort, monsieur.
Si on n'y est qu'à ce stade de l'histoire, vous parveniez à nous faire
croire ça.
Oui, mais pourtant, c'est la vérité.
Je n'ai tué personne.
Évidemment, il reste une hypothèse. L'autre jour, Caroline Lagrange nous a
dit qu'elle avait vu Charlotte devant son buffet.
Et si Charlotte s'était reconnue sur une des photos du pêle-mêle.
Et alors ? En admettant qu'elle ait compris et qu'elle ait commencé à
chercher, pourquoi elle n'en a pas parlé directement à Lagrange ? Au lieu de tuer
leur nounou.
On a trouvé ce dossier sur l'enlèvement d'Elisa dans ton sac à dos.
Tu l'as volée pour pas qu'on fasse le rapprochement avec le meurtre ? Hein ?
Et c'est aussi pour protéger Sonia ? Ton père ? Tu as tué Odile ?
Je croyais pas que je me suis reconnue sur les photos.
Mais j'ai vite compris.
Cette histoire a obsédé Odile depuis 18 ans.
Un jour, elle m'avait tout raconté.
Vas-y, lavez. Je peux adorer votre véritable identité.
Pour tout le monde, Elisa était morte.
Mais pas pour elle.
Elle gardait espoir.
Comme elle me voyait tout le temps fouiner partout dans la maison, un jour,
elle a fouillé mes poches.
Et elle a trouvé une photo de moi, bébé, dans les bras de mon père.
Alors, elle a voulu en avoir le cœur net.
Et elle est passée chez toi, le jour du drame.
Et là, elle a reconnu le kidnappeur.
Elle m'a donné rendez-vous chez les Lagrange.
Je l'ai retrouvée dans le bureau du juge.
Elle m'a montré tout le dossier.
Elle m'a dit que cette famille était brisée depuis 18 ans à cause de ce
monstre qui les avait tués.
Et elle t'a obligée à tout raconter aux Lagrange, c'est ça ? Je lui ai dit que
je ne pouvais pas faire ça.
Que mon père était un homme bien.
Qu'il m'avait aimée pendant toutes ces années avec ma mère.
Vous savez que Sony risque toujours la perpétuité pour cet enlèvement. Vous ne
vouliez pas qu'il finisse ses jours en prison.
Je voulais bien me rapprocher de ma vraie famille, mais... Plus tard.
Vous comprenez ? Je voulais attendre un an.
Encore un an.
Et obtenir la prescription pour mon père.
Oui, mais Odile, elle, elle a pas voulu attendre.
Elle portait la culpabilité de cet enlèvement depuis 18 ans.
Attendre encore si t'es au-dessus de ses forces ? Alors toi t'as paniqué ?
J'ai pris le maillet sur le bureau du juge.
Je voulais tout de suite appeler la police.
Je suis désolée, je voulais pas faire ça.
J'avais pas le choix.
Elle m'a pas laissé le choix.
Alors j'ai frappé.
Je vais frapper.
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