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Ça rapporte la boulangerie.
Bonjour madame la substitue. Bonjour commandant, bonjour.
Pour vous, des ennuis en perspective si vous tardez à régler cette affaire.
Votre victime, Pierre Germain, 45 ans, un boulanger de quartier qui était en
passe d'effet à fortune.
Je vous laisse.
Pardon.
Si vous mangez dans Paris, ce n'est que le début.
N'importe quoi, mon pauvre vieux.
J'ai bien peur que ce soit la fin.
Bien, victime de type européen, on mesure environ 1 mètre 80.
L'hémorragie importante, vraisemblablement consécutive à un coup
porté au niveau du bas-ventre, à environ 5 cm de l'appareil génital.
La main droite est repliée sur le manche d'une arme blanche, vraisemblablement un
couteau de cuisine.
Le teint général du cadavre...
Faites apparaître une cyanose avancée qui peut faire remonter la mort à une
dizaine d'heures en amont.
Allez, allez.
La porte était grande ouverte, j'ai fini par entrer et j'ai vu Pierre.
Dites-moi, 8h du matin, c'est très matinal pour une petite visite entre
voisins, non ? Il fallait qu'on parle des travaux dans la cour.
Et Pierre avait des horaires décalés.
La nuit, entre 2 et 6 heures, il assurait la fabrication de la baguette
Germain, puis il contrôlait les expéditions, avant de rentrer chez lui
vers 8 heures pour se changer.
Je reconnais qu'il ne prenne pas cette peine.
Il rentrait ici se reposer vers 15 heures.
Ensuite, il allait contrôler la fournée de 17 heures. Il rentrait pour dîner, il
dormait 3 ou 4 heures avant de repartir pour la fournée du matin. Un vrai
marathon. Très bien, je vous remercie.
Ah, oui, alors ? Alors quoi, j'ai dormi chez le fèvre. Sauf que je voulais aller
chez toi pour prendre une douche et me changer, mais pas les clés. Oui, ça va.
Bien sûr. Pour te montrer que je ne suis pas rancunier, quand même, j'ai quelques
informations sur la victime.
Germain. Il n'avait pas de famille, mais il avait une compagne et associée.
Disons de Régine Cotte.
Très bien. Tu serais pas si pro, je t'aurais déjà viré, je peux te le dire.
Bon, on a une piste.
Les ouvriers qui travaillent dans la cour nous ont signalé qu'hier, vers 15h,
une jeune fille était sortie de chez la victime. Très bien.
Rien de plus précis ? Apparemment, elle était en larmes et puis elle s'enfuit en
courant. Ok, bon, Cisco, tu te refais une beauté et puis tu vas avec le fèvre
à l'entreprise de Germain essayer d'en savoir un peu plus sur le bonhomme, d
'accord ? On va rejouer un peu plus tard avec Bailly.
Ça fait 25 ans qu'on vivait ensemble.
Madame Cotte ?
Quand est-ce que vous avez vu Pierre Germain pour la dernière fois ? Hier
soir.
Je suis rentrée pour dîner avec lui, puis je suis repartie au bureau.
Il était quelle heure ? 20h30 ? Non, 21h.
Ça vous arrive souvent de passer la nuit sur votre lieu de travail ? Parfois,
oui.
Je m'occupe de la comptabilité, du personnel, de la gestion des six
boulangeries. La semaine n'y suffit pas.
Comme Pierre était de congé hier soir, j'ai voulu le laisser seul pour le
laisser se reposer.
Excusez-moi, mais... La vie de couple, dans tout ça... Pierre et moi, on a fait
un choix.
On a tout sacrifié à l'entreprise.
Maintenant qu'elle est en plein essor et avec un gros succès médiatique en prime,
pourquoi est-ce que vous ne levez pas le pied ? Vous savez, tout ce qu'on
possède, on le doit encore aux banques, on n'a pas droit à l'erreur.
Mais de toute façon, tout ça n'a plus d'importance.
Madame Cotte, hier après-midi, votre compagnon a reçu la visite d'une jeune
femme, Brune.
Grande, avec les yeux clairs.
Est-ce que ça vous dit quelque chose ? Pierre, ne me trompez pas si c'est ce
que vous imaginez.
Une de nos stagiaires devait lui apporter des bordereaux de comptes à
signer. Luna Bellevaux.
C'est une fille adorable.
Ça fait six mois qu'elle est chez nous et je suis sûre qu'elle n'a rien à voir
dans tout ça.
Je vous remercie.
Oui.
Oui, Bellevaux.
Oui, Luna Bellevaux. Oui, j'ai compris, Vanille. Merci.
À plus.
Ciao.
Oh là, attends.
Je te rappelle que tu ne m'as pas offert de petit-déj ce matin et que ces
brioches sont très belles.
Dis donc, il va falloir que je me calme un petit peu, moi, parce que c'était les
retours chez Jean-Louis et chez toi.
Très bien, j'en suis, moi.
Je ne sais pas, peut-être que tu pourrais...
Je pourrais ? Non, rien.
Bonjour.
Lieutenant Lefebvre, capitaine Siskowski, brigade criminelle. Je vous
attendais.
Là, c'est la recette du matin.
25 000 balles.
Un chiffre qui aurait fait plaisir à Pierre.
Vous travaillez ici depuis combien de temps, madame ? Mon prénom, c'est Marie
-Louise. Mais ici, tout le monde m'appelle Malou.
Vous connaissez bien Pierre Germain ? Je me souviens du jour où il a débarqué ici
comme apprenti.
C'était un gosse tout gentil, tout timide.
Et puis, la petite Régine est arrivée.
On aurait dit deux pigeons à roucouler tous les deux.
Mais ça les empêchait pas de bosser, hein ? Ah non ? Et puis, quand le père
Buran a pris sa retraite, ils ont repris l'affaire et voilà.
Vous savez où on peut trouver une certaine Luna Bellevaux ? Ah, la petite
stagiaire Quentin ? Elle travaille dans les bureaux à côté de la boulangerie.
D'ailleurs, j'étais étonnée de la voir ce matin.
Pourquoi ? Hier, elle n'avait pas l'air dans son assiette.
Elle était partie faire une course après le déjeuner. Elle est revenue toute
bizarre vers 15h30, mais elle n'est pas restée travailler.
Elle vous a dit ce qu'elle avait ? À moi, non.
Mais à Benoît, le frère du patron, sûrement. Ils se fréquentent depuis
quelque temps, tous les deux.
Bref, je ne sais pas ce qu'elle lui a raconté, mais il a filé comme un fou sur
son engin, là.
Attendez, à sa bécane, comme il dit.
Mademoiselle Bellevaux, qu'est-ce qui s'est passé exactement hier après-midi
au domicile de Pierre Germain ?
Il a signé les papiers que je lui ai apportés et je suis repartie.
Oui, mais ça, vous l'avez déjà dit.
Je suis désolée.
Ce qui est désolant, mademoiselle Bellevaux, c'est que vous soyez une des
dernières personnes à avoir vu la victime vivante.
Comme nous savons que votre rendez-vous ne s'est pas très bien passé, ça fait de
vous la première suspecte dans une affaire de meurtre.
Mais moi, je lui ai rien fait.
Pourquoi ? Il vous a fait du mal ?
Répondez, mademoiselle.
C'est dans votre intérêt.
Très bien, Luna.
Vous allez me répondre par oui ou par non, d'accord ? Est-ce que vous vous
êtes disputé avec M.
Germain à propos du travail ou d'autre chose ? Est
-ce qu'il vous a frappé ? Est-ce qu'il
vous a... touché ?
Il vous a forcé à le toucher, c'est ça ? Il vous
a violé ? Bon, mademoiselle Bellevaux, pour les besoins de l'enquête,
on va être obligés de vous faire examiner par un médecin.
Ah non, je vous en supplie.
Ne vous inquiétez pas, tout va bien se passer, je vais venir avec vous.
Quand Boulanger est monté au ciel entre 20h et minuit, une hémorragie qui l'a
pratiquement vidé de son sang, un seul coup porté à l'arme blanche juste au
-dessus des parties génitales, je peux te dire qu'il a eu le temps de se rendre
compte qu'il partait pour le grand voyage.
Épargnez-moi vos euphémismes poétiques et de surcroît inutiles.
Ce qui n'a pas arrangé ces affaires, c'est que vu l'ambiance de la plaie, l
'aspect des contours, la position du corps, on sait que notre bonhomme a
tenté d'extraire le couteau.
Oui, en même temps, s'il était arrivé, on était finis pour autant.
Vous m'avez envoyé soulagé. Quoi d'autre ? Aucune trace de lutte.
Ce qui veut dire qu'il a été surpris par le geste de son meurtrier.
Amondin Blavide, de sa meurtrière.
Extrapolation non scientifique.
Mon cher Salinas, je m'en tiendrai donc à ça.
Pour moi, c'est une histoire d'adultère qui a mal tourné.
Enfin, j'espère me tromper, parce que mourir pour si peu, c'est quand même
dommage. Mon cher docteur Salinas, je serais tenté de vous mettre en garde.
En tenant de tels propos, vous risquez fort un jour de vous retrouver à la
place de vos chers clients.
Je sais que c'est difficile pour vous, mais ces examens étaient nécessaires.
J'ai appris la nouvelle à la radio, ça va ?
Bonjour.
Bonjour madame.
Commandant Scandella et capitaine Bailly, brigade criminelle.
Nous avons interrogé votre fille dans le cadre de l'enquête concernant la mort de
Pierre Germain.
Elle nous a dit qu'elle habitait encore chez vous.
Est-ce que vous pouvez nous dire à quelle heure elle est rentrée de son
travail hier ? Vers 16h.
Et après ? Je veux dire, plus tard dans la soirée, qu'est-ce qu'elle a fait ?
Elle a dîné avec moi, elle a un peu regardé la télé, elle est allée se
coucher. À quelle heure ? Vers 22 heures. Je ne comprends pas pourquoi
vous mêlez ma fille à tout ce drame.
Luna ne vous a rien dit en rentrant dans la boulangerie hier ? Qu'elle était un
peu fatiguée.
Madame Bellevaux, est-ce que vous auriez quelques minutes à nous consacrer ? Qu
'est-ce que c'est que cette histoire ? Luna, qu'est-ce que tu as été leur
raconter ? Je n'ai rien dit, maman.
Je te le jure.
Alors pourquoi vous venez me dire que ma fille s'est fait violer ? Parce qu'on
pense que c'est ce qui s'est passé, madame.
Alors vous, vous l'emmenez faire des examens alors qu'elle ne vous a jamais
dit qu'elle s'était fait violer. Elle n'a pas nié non plus.
Madame Bellevaux, c'est certainement insoutenable pour vous d'imaginer que
votre... Je n'imagine rien.
Je suis certaine qu'il ne s'est rien passé.
Luna, dis-leur qu'il ne s'est rien passé.
Il ne s'est rien passé.
Vous voyez ? Madame Bellevaux, votre fille avait l'air traumatisée.
Et les ouvriers qui étaient dans l'appartement de M. Germain ont été très
clairs.
Est-ce que oui ou non, ils ont vu ma fille se faire violer ? Madame
Bellevaux, est-ce que vous trouvez que votre fille a l'air dans son état normal
? Enfin évidemment, vous n'arrêtez pas de la terroriser avec vos questions.
De lui faire dire des choses fausses.
C'est vous qui l'a manipulée.
Comment on peut être aussi bornée ? C'est sa mère.
Elle ne se rend pas compte qu'en réagissant comme ça, elle enfonce encore
plus sa fille.
Ou alors elle la protège.
Si Luna s'est fait violer par Pierre Germain, ça lui fait un mobile pour le
meurtre. La vengeance.
Tu veux dire qu'elle nous aurait menti sur toute la ligne ?
Que non seulement elle serait au courant du viol de sa fille, mais qu'en plus
elle l'aurait poussé à nier.
Pas de viol, pas de mobile.
Donc, zéro soupçon sur la gamine.
Enfin, ton hypothèse est aussi valable pour la mère.
Pas de viol, pas de mobile pour tuer le violeur de sa fille.
De toute façon, à mon avis, même si on a vu juste, la gamine ne dira rien tant
que sa mère est là pour lui laver le cerveau.
Non, parce que je vous ai dit guitariste, pas pianiste, alors si vous
cherchez... Bah demandez à quelqu'un qui sait, alors, sinon il... Non, ça fait
une heure, voilà, tiens. Il nous fait tous les studios d'enregistrement de
Paris. Il a l'intention de vous lancer dans le musical, Gabizan Zizkovski ?
Non, là, j'aurais pour le coup plus de chance de retrouver Benoît Germain.
C'est le frère de la victime.
Il est musicien, mais il travaille à la boulangerie à mi-temps, comme
enfourneur. Oui, et en fait, d'après Malou, j'ai... Non, pas vous.
D'après Malou, la vendeuse de la boulangerie, j'aurais vu, il est parti
comme un fou.
Ah oui, après avoir parlé à sa petite amie, une certaine Luna, voilà.
Et un voisin de la victime l'a croisé vers 18h, il l'a bousculé, il a garé sa
moto dans la cour et il avait la foudrage.
Un enfourneur de pain, artiste à 16h, qui de surcroît est le frère de la
victime avec laquelle...
Il s'est corrigé le jour même du meurtre. Et nous voilà un suspect plus
qu'honorable.
Non, des secondes. Oui, un suspect honorable si on arrive à mettre la main
dessus, le marchand, parce qu'il n'a pas dormi chez lui. Et le copain, là, voilà,
qui déberge en ce moment, qui est un tout petit peu mou du genou, en effet,
est incapable de nous dire dans quel studio d'enregistrement il a passé la
nuit.
Bon, les mecs de l'UMG pensent comme nous à propos du viol présumé de Luna.
Une griffure de 3 cm en haut de la cuisse gauche, dû sûrement à une bague.
Pierre Germain portait une chevalière à l'annulaire droit.
Pas d'autres traces de violence sur le reste du corps. Il n'y a pas eu d
'éjaculation, mais des traces d'hymène ont été retrouvées dans le vagin.
Ah, addiction ? Luna a bien eu un rapport et c'était son premier.
Oui, mais ça ne veut pas dire pour autant qu'il y ait eu viol.
D'autant que d'après nos infos, Pierre Germain était un homme droit, généreux,
amoureux de la même femme depuis 25 ans, aimé de tous ses employés sans
exception.
Nonobstant, voyez-vous, moi je crois qu'un homme dont la perfection confine à
la sainteté, mais qui néanmoins vient d'être...
assassiné montre bien qu'il ne fait pas l'unanimité, que vous semblez subodoré
avec une conviction touchante, lieutenant Lefebvre. Mais je subodore
parce qu'on peut être un type bien et se faire des ennemis.
Pas Pierre.
Il aurait été incapable de faire une chose pareille.
Et puis il n'était pas coureur. En 25 ans, il ne m'a jamais trompé. C'est
justement pour ça qu'il a préféré vous expliquer ce qui s'était passé entre lui
et Luna.
Il vous a dit qu'il avait perdu la tête, qu'il avait fait une énorme erreur.
Et ils pensaient que vous l'aimiez suffisamment pour les pardonner. C'est
ridicule. Madame Cotte, d'après nos infos, Pierre Germain vous a téléphoné à
la boulangerie à 15h10.
Juste après le départ de Luna.
Pourquoi ? Si ce n'est pour vous raconter très exactement ce qui s'est
passé.
On se téléphonait plusieurs fois par jour. Comment voulez-vous que je me
souvienne ? Cherchez bien.
Écoutez, je sais pas ce que Luna vous a raconté, mais elle a pas pu accuser
Pierre d'avoir abusé d'elle.
Vous semblez bien sûr de vous.
On a toujours eu de bons rapports avec elle.
On lui avait même promis de l'embaucher définitivement à l'issue de son stage.
Apparemment, le jour du meurtre, ses bons rapports se sont un peu dégradés.
Plusieurs personnes ont témoigné de l'état dans lequel se trouvait Luna en
sortant de chez vous.
Est-ce que vous avez une idée de ce qui s'est passé ? Je sais pas.
Peu de temps après le départ de Luna, Pierre Germain a reçu la visite de son
frère, Benoît, qui se trouve être aussi le petit ami de Luna.
Oui, ça va.
Si la petite est allée raconter à cet imbécile que Pierre venait de la violer,
il a dû la croire. C'est la bonne entente avec votre beau-frère.
Ça fait néant.
Un parasite avec une gueule d'ange.
C'est aussi comme ça que son frère le voyait ?
Pierre a quasiment élevé Benoît après la mort de leur mère.
Il lui a donné un travail, il lui prêtait un studio.
Vous croyez que Benoît lui en était reconnaissant ? Rien du tout. Il
méprisait Pierre parce que c'était un manuel.
Madame Cotte, croyez-vous capable Benoît Germain d'avoir tué son frère sous le
coup de la colère ? Je le crois capable de n'importe quoi.
Bon, on va aller vérifier ça tout de suite.
Parce qu'il attend, là, à côté.
Il faut dire ce qui est.
Mon frère a toujours été là pour moi, il m'a toujours aidé.
Il croyait en mon talent.
Je croyais que c'était un manuel dépourvu de toute sensibilité
artistique.
Vous faites chier.
Pourquoi je l'aurais tué ? Je sais pas, parce qu'il aurait violé votre petite
amie, par exemple.
J'ai eu un coup de chaud quand j'ai vu Luna rentrer de chez Pierre.
Je voulais rien me dire, mais moi j'étais comme vous, je pensais qu'il l
'avait violée.
J'y suis allé.
Quand mon frère m'a juré qu'il s'était rien passé... Vous l'avez cru ? Je sais
pas.
Il avait pas l'air net, mais je le vois pas faire un truc pareil, surtout pas à
Luna.
Tellement... tellement adorable, tellement pure.
Tellement adorable et pure qu'elle ferait perdre la tête à n'importe quel
homme, y compris votre frère.
C'est pour ça que vous y êtes retournés dans la soirée pour le tuer.
Mais ça va pas, non ? Si, si.
Dites-moi, M. Germain, vous avez dit que...
À l'heure du crime, vous étiez enfermé dans un studio d'enregistrement avec des
potes musiciens. Or, ces potes musiciens, eux, nous ont affirmé qu'à
22h30, vous êtes absenté deux heures, après quoi vous êtes revenu complètement
bourré.
Ce qui fait à votre compteur, zéro alibi, immobile.
J'ai pas tué mon frère, d'accord ? Je suis innocent.
Oui.
Mais... Vous avez fait quoi entre 22h30 et 0h30 ? J'ai picolé.
Je me suis fait 3-4 barres.
J'avais besoin d'être seul pour réfléchir.
Luna, Pierre, cette merde.
Je peux pas croire qu'il ait fait un truc pareil. Pas lui, pas mon frère.
Ce garçon a l'air d'aimer sincèrement la jeune Luna.
Même s'il avait eu l'intention de la venger en supprimant son frère, sa
veulerie l'en aurait empêché.
Oui, enfin, c'est pas ce qu'en pense sa belle-sœur.
Enfin, Régine Côte, elle est pas très claire non plus.
Elle refuse de croire que Pierre Germain ait pu violer Luna.
Et en même temps, elle a pas l'air convaincue qu'il se soit rien passé pour
autant. Oui, ça doit pas être évident d'imaginer l'homme qu'on aime et qu'on
vient de perdre en violeur.
En même temps, je sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression qu'elle nous
cache un truc sur lui et sur leur couple.
Et 25 ans de vie commune, forcément, il y a des hauts et des bas.
Bon, demain, Cisco, le fèvre, vous irez à la boulangerie pour essayer d'en
savoir plus sur les tourtereaux.
Et Cisco, tu feras la tournée des bars où Benoît Germain est censé être passé
hier soir. D'accord ? Bon, je le libère, mais on ne perd pas de vue.
Allez, je me casse, je suis de babysitting.
Ah !
Dis-moi...
Ça te dirait d'aller manger un petit morceau ? Ah oui, comme ça après je t
'emmène à la maison et ça permet à Scandella de se retrouver en famille.
Ah non, c'est pas du tout pour ça que je te dis ça.
Non mais c'est pas pour ça non plus que je te propose de dormir avec moi.
Attends, alors parce que là, on va dîner ensemble parce qu'on fait plaisir de t
'inviter, comme ça déjà, et après on voit ce qu'on fait.
Voilà. Et on dit que les nanas sont compliquées ? C'est pas nous qui sommes
compliqués, moi.
Viens, viens, viens.
Fais gaffe, Nat. Tu vas réveiller Théo, là. Eh ben, tant mieux.
Faut que je lui annonce la bonne nouvelle.
Antoine est arrivé ? Il s'est endormi avec son fils.
Bon, papa.
La maladie de Théo est beaucoup moins grave qu'on pensait. Elle va évoluer
beaucoup plus lentement que prévu.
Alors, bien sûr, il va avoir besoin de soins, mais pas de traitements lourds ou
d'opérations.
C'est génial, non ? Ouais, c'est génial, ouais.
C'est ton grand-ponte qui t'a raconté ça ? Bon, papa, mon grand-ponte, comme tu
dis, c'est LE spécialiste de l'ostéogénèse imparfaite.
Y a personne au-dessus de lui.
C'est quoi cette médecine de merde, Nat ? Bon, qu'est-ce qu'il te prend, là ?
Écoute, Nat, en un mois, mon petit-fils a subi plus d'examens médicaux que toi
et moi dans toute notre vie.
Alors, on les a balancés des diagnostics épouvantables, et comme ça, du jour au
lendemain, tout d'un coup, la vie est belle, c'est ça ? Non, mais papa, les
médecins qu'ils avaient vus tôt n'étaient pas aussi doués que celui-là.
Quand on sait rien, on se tait, on dit rien.
D'accord ? C'est pas la peine d'affoler toute une famille.
J'ai réagi comme toi tout à l'heure.
Mais tout ce qui compte maintenant, c'est que mon fils aille mieux.
Hein ?
T'as raison, excuse-moi.
Bon, vas-y, l'ouvre le champagne alors.
Toi, t'as pas assez dormi.
À qui la faute ? Ah, mais j'assume, hein.
Même qu'on devrait faire ça plus souvent.
Tu veux ma mort ou quoi ? Bonjour, Malou. Bonjour.
Ah, ça va pas.
J'ai connu mieux.
Vous aussi, vous avez une petite mine ? La première depuis 20 ans.
Quand je suis arrivée ce matin, j'ai réalisé que Pierre ne reviendrait plus.
Du coup, je me demande si j'ai envie de revenir moi aussi.
Et la baguette Germain, ça va continuer, non ? Ça ne sera plus pareil.
Régine, ce n'est pas une tante, vous savez.
Jamais contente, toujours à critiquer. On n'en fait jamais assez pour elle.
Mais comme le patron est parti, il ne sera plus là pour nous défendre, alors
je ne vous dis pas.
Mais vos patrons se disputaient souvent à propos du travail ? Disons qu'ils ne
voyaient pas les choses de la même manière.
Pour Pierre, ce qui comptait, c'était l'humain et l'amour du boulot.
Régine, elle a un tiroir caisse à la place du cœur.
Alors des fois, entre eux...
Ça faisait des étincelles.
Ils ont quand même réussi à deux, non ? Oh, la célébrité, l'argent, c'est elle
qui a voulu tout ça.
Pierre, lui, c'était par amour pour elle qu'il se prêtait au jeu.
Mais ces derniers temps, j'ai comme l'impression qu'il n'avait plus trop
envie de jouer avec elle.
Mais qu'est-ce qui vous fait dire ça ? Bellebrune avec un chignon sur la tête.
J'ai vu Pierre un jour en grande discussion avec elle.
C'était le genre de femme avec qui on ne fait pas que discuter, si vous voyez ce
que je veux dire.
Tu penses que moi ? Ah ben oui, une belle brune avec un chignon sur la tête.
Elle ressemble à la dame que j'ai vue un jour avec Pierre, c'est vrai.
Un chignon pareil, ça se remarque.
Mais bon, je ne peux pas affirmer que c'est elle.
Bah quoi que si c'est pas elle, c'est peut-être son sosie.
Cette personne se trompe, je ne connais pas le patron de Luna.
Quelle est votre profession, madame Bellevaux ? Secrétaire. Avant je
travaillais à Lyon et puis je suis partie et j'ai pas retrouvé d'emploi
depuis. Et comment vous faites pour vivre ? J'ai un oncle qui m'a laissé un
peu d'argent après sa mort.
Je sais pas grand chose mais avec Luna on est habitué à se contenter de peu.
Pourquoi est-ce que vous avez quitté Lyon pour monter à Paris ? On avait
envie de changer d'air.
Vous savez, avec ma fille, on a connu beaucoup de galères.
Et puis je veux qu'elle s'en sorte, elle le mérite.
Je suppose que c'est ce que vous avez dit à Pierre-Germain quand vous êtes
allé le voir, après que Luna vous ait raconté qu'elle était harcelée par son
patron.
En fait, vous avez essayé d'éveiller sa compassion, c'est ça ? Pas du tout, qu
'est-ce que vous racontez ? Pierre-Germain n'a rien voulu entendre.
Luna est rentrée du bureau, elle vous a raconté ce qui s'était passé.
Alors vous avez attendu qu'elle s'endorme et...
Vous êtes allée tuer l'homme qui avait violé votre fille.
Votre cœur de mère a parlé avant le reste.
Même s'il l'avait violée, je ne l'aurais pas tuée.
J'aurais pris Luna dans mes bras, je l'aurais consolée et je lui aurais
conseillé d'oublier.
Oublier un viol ? Vous vous rendez compte de ce que vous dites ? Oui, selon
vous, j'aurais dû la pousser à porter plainte contre un homme qui a sa photo
dans les journaux et sur lequel on fait des reportages à la télévision grâce à
son succès.
Vous savez très bien ce qui se serait passé.
Ce n'est pas lui qu'on aurait jugé, c'est elle.
La petite stagiaire qui a guiché son patron et qui n'a que ce qu'elle mérite.
Il n'y a pas de justice pour les gens comme nous, alors venez pas me faire des
leçons de morale.
Est-ce que vous voulez qu'on vous raccompagne ? Non, je vais me
débrouiller toute seule, comme d'habitude.
Vous avez déjà vu des employés aimer des patrons qui refusent de les augmenter ?
Ils disent que ça y est, qu'on roule sur l'or, alors
qu'on se bat.
Qu'on se batte au jour le jour, Pierre et moi.
Oui.
Cependant, c'est à vous seuls que les employés de la baguette germain
adressent leurs reproches, non à votre compagnon.
Pierre avait d'autres choses à faire que s'occuper des râleurs.
C'était à moi de les gérer.
Vous-même, vous vous disputiez souvent avec votre compagnon.
Vous croyez pas qu'il en avait marre ? Aurait-il pu se
défouler de sa rage en violant votre jeune stagiaire ? Un mobile
suffisant pour désirer son trépas.
Au décès de M.
Germain, vous héritiez de la totalité de l'entreprise par testament.
Mais vous êtes ignoble ! Pierre et moi, on s'aimait ! On a du mal à vous croire,
Mme Cotte.
Vous savez ce que c'est qu'une fécondation in vitro ? J'en ai subi
quatre ! Avec tout ce que ça suppose, ce contraint de douleur, et tout ça pour
faire un enfant avec un homme que je n'aimerais pas ?
Où avez-vous subi ces interventions ?
Ça ne vous regarde pas.
Elle a si, ce sont des faits que nous devons vérifier.
Docteur...
Docteur Berthier est ma gynécologue.
Merci.
Ah, un témoin affirme avoir vu il y a trois jours votre mari en compagnie d
'une femme brune qui pourrait être la mère de Luna.
Impossible.
On ne connaît pas cette femme.
Bon, j'ai fait la tournée des bars où Benoît Germain est allé picoler.
Il est sorti du dernier ivre à mort, mais alors... Ça a quand même laissé un
créneau d'une heure pour aller buter son frère et revenir au studio pour
rejoindre ses copains.
Ok, Benoît Germain a été paumé, il s'est bourré la gueule.
Mais même très amoureux de Luna, à sa manière, il aimait son frère.
Et je le vois pas retourner le buter, moi. Et toi ? Vous connaissez la
meilleure ? Le docteur Berthier, la gynéco de Régine Cotte.
C'est aussi la gynéco de Ludi Bellevaux.
Elles ont le même gynéco, et alors ? Si elles ont le même, c'est parce que
Régine a conseillé Elodie de prendre le sien.
C'est la gynéco elle-même qui me l'a dit.
Ah bah merde alors.
C'est pour ça que Régine était mal à l'aise en nous balançant le nom de sa
gynéco ? Elle voulait pas que ça se sache.
Non
seulement
les deux femmes se connaissent, mais en plus elles se font des cadeaux.
Des cadeaux que même mon meilleur pote à moi m'a jamais fait.
Oui, oui.
Quoi ?
Hein ? Quel cadeau ? Une voiture.
Une voiture ? Ouais.
J'ai consulté les comptes bancaires d'Elodie Bellevaux.
Elle est parfaitement incapable de s'acheter une voiture neuve.
C'est une histoire d'héritage. D'abord, c'est du pipeau.
Et elle touche le RMI.
Par contre, j'ai pensé à prendre sur la place d'immatriculation l'adresse du
concessionnaire. J'y suis allé.
Et là... Attends, c'est quand même pas Régine qui lui a payé.
Dans le nid.
Dis-moi toi que le chèque de banque qui a servi à acheter la voiture est signé
Régine Cotte.
La carte grise est au nom d'Elodie Bellevaux.
Alors attends, ça, le témoignage de Malou, la gynéco en commun, plus la
fille d'Elodie qui travaille pour Régine, fait beaucoup d'échanges entre
deux soi-disant inconnus, non ? Oui, enfin, ça ne dit rien de plus sur la
relation qui les unit.
Ah, au contraire.
Comment, Jérôme ? Ah non ! Oh, les vilaines ! Et si on vous dérange, vous n
'avez qu'à le dire.
Écoute, pourquoi Elodie et Régine essaieraient de nous faire croire depuis
le début qu'elles ne se connaissent pas ? Parce qu'elles sont amoureuses l'une
de l'autre et elles ne veulent pas que ça se sache, voilà.
Non mais la gynéco a confirmé, pour les cas de fécondation, il vit trop de
régine. Tu crois que c'est parce qu'elle ne pouvait pas avoir d'enfant qu'elle
est devenue lesbienne ? Elle n'en pouvait plus, elle change de bord.
Pourquoi pas, c'est possible.
Bien sûr, parce que toi, demain, si t'apprends que t'es stérile, tu vas
devenir homo.
Je ne vois pas le rapport.
Parce qu'il n'y en a pas.
Bon d'accord, dans les faits, tout concorde. Sauf que moi, je ne vois pas
du tout ces deux bonnes femmes ensemble.
Alors écoutez, moi, je suis séduit.
Non, non, non.
Par l'hypothèse, cela va de soi.
Pierre-Germain avait découvert votre liaison amoureuse avec Mme Bellevaux et
la supportait mal.
Vous suppliez de la quitter.
Vous menacez d'une rupture dont vous sortiriez perdante.
Étant l'image de marque...
De votre entreprise ? Il s'estimait indispensable à la poursuite de sa
croissance. Il était-il remplaçable ? Vous ? Non.
Difficile comme choix, hein ? Oui.
Soit vous quittiez la femme dont vous étiez éperdument amoureuse, soit vous
vous abandonniez les fruits du travail de toute une vie, et vous avez gardé les
deux.
Et vous avez tué Pierre Germain.
Sans Pierre, je sais pas ce que je vais devenir.
Il était pas seulement l'homme de ma vie, il était mon moteur.
Je n'avais besoin de personne d'autre dans la vie que lui.
Alors pourquoi ce cadeau d'une voiture de près de 25 000 euros à Elodie
Bellevaux ? Ok.
Je pense que votre garde a vu.
On vous donnera la réponse à la question.
Bon, elle se fout de notre gueule, elle nous met dans le bateau.
D'autant qu'il me paraît relativement aisé de dissimuler une relation secrète.
T'inquiétez-vous ? C'est des conneries tout ça, ça tient pas debout.
C'est l'ancienne patronne d'Elodie quand elle bossait à Lyon il y a 7 ans.
Vous pouvez me répéter ça, Madame Béranger ? Je dis, c'est que
Mademoiselle Bellevaux a sûrement arrêté de travailler pour s'occuper de son
deuxième enfant.
Je l'ai croisée quelques temps après dans Lyon.
Elle était enceinte, je crois, de 8 mois.
Mais vous êtes sûre qu'elle était enceinte ? J'ai 5 enfants, je sais
reconnaître une grossesse de 8 mois.
Pourquoi ? Parce qu'Elodie Bellevaux ne nous a jamais parlé de cet enfant.
Parce que cet enfant, apparemment, n'existe pas.
Non, j'ai quand même pas la berlue.
Non, elle était bien enceinte.
Madame Bellevaux, nous, on ne croit pas trop à cette histoire, mais...
Le collègue masculin, il s'y croit à fond.
Alors, elle veut nous départager ? Est-ce que vous avez une relation
amoureuse avec Régine Cotte ? C'est ridicule, je ne connais pas cette femme.
On se doute pourtant que vous avez rencontré Pierre Germain.
Est-ce qu'il voulait mettre un terme à cette relation ?
Est-ce que c'est pour ça qu'il a perdu la tête et qu'il s'en est pris à votre
fille, Luna ? Dans ce cas, on pourrait comprendre que vous ayez décidé de tuer
Pierre Germain. Mais j'ai tué personne, je ne connais pas ces gens, je vous dis.
Madame Bellevaux, arrêtez de nous prendre pour des imbéciles.
Régine Cotte vous a envoyé chez sa gynéco.
Elle a engagé Luna comme stagiaire et elle vous a offert une voiture.
Il y a bien une raison.
Laquelle ? Très bien.
On change de sujet.
vous avez eu il y a 7 ans à Lyon ? J'ai pas eu d'enfant. On a des témoins qui
vous ont vu enceinte.
J'ai fait une fausse couche.
Nom de l'hôpital ? Je sais plus. Nom du père ? Qui ? Nom du père de l'enfant.
Répondez maintenant.
Je sais plus, c'était il y a longtemps.
Ça fout de notre gueule.
Pourquoi elle cache cet enfant ? Elle l'aurait tué ? Pas nécessairement.
Elle a pu s'en défaire, l'abandonner.
Pour l'avoir vendue.
Alors d'un côté, on a Régine qui va chez un gosse. De l'autre, une femme qui perd
son enfant en route comme par magie. Et on sait que Régine a fait un très beau
cadeau à Élodie.
Cela tend à nous conforter, voyez-vous, dans l'idée que cette relation que nous
imaginions, sa fille, qu'entre ces deux femmes, n'était en fait qu'une relation
commerciale. Élodie, qui a déjà porté et vendu un enfant il y a sept ans, s'est
prêtée à le faire de nouveau pour Régine Cotte et Pierre Germain. Pris du gosse.
Une voiture neuve. Il y a quand même d'autres moyens pour faire un enfant que
de faire appel à une mère porteuse.
D'abord, tout le monde sait très bien que c'est interdit par la loi.
C'est peut-être glauque de faire appel à une mère porteuse, mais apparemment, c
'est plus répandu qu'on ne pense.
Regardez le nombre de sites internet avec des annonces.
Comme quoi, même en France, il y a un marché.
À mon avis, cette histoire de commande d'enfant, ça a forcément un rapport avec
le meurtre de Pierre Germain.
Certes, il y a un lien.
Patrick, cependant, la raison pour laquelle Pierre Germain aurait porté
atteinte à l'intégrité physique de la fille de la future mère biologique de
son enfant.
Tuer le père de son futur enfant, ça n'a pas de sens.
Angou, on vient de faire un pas en avant, un pas en arrière.
Ok, très bien.
Demain matin, je convoque Régine Cotte et Elodie Bellevaux.
Qui veut venir boire un verre avec moi ? Moi.
Ah, vous aussi Michel.
C'est là qu'on voit la richesse de nos vies personnelles.
Bon ben.
Tu viens ? Il y a un problème ? Je ne peux pas dormir chez toi.
J'ai oublié mon rasoir chez Jean-Louis.
Je crois que ce serait plus simple si... Si je laissais chez moi.
Et quelques affaires, puis peut-être avec toi en prime.
Quoi faire ? Je ne sais pas, mais... Tu n'as pas le sentiment que...
Qu'on pourrait vivre un petit bout de truc ensemble.
Un genre d'histoire.
Comme des gens normaux.
T'es la fille qui a la vision la plus noire du couple que je connaisse et...
Tu veux que je tombe dans le panneau ? Quel panneau ? Écoute, c'est vrai, j'ai
traversé de mauvaises passes. J'ai été déprimé.
C'est vrai.
Mais maintenant, ça va très bien.
Très bien.
Assez, en tout cas, pour...
que tu ne sois pas obligé de me proposer la vie à deux.
Non mais t'es con quoi.
Pas suffisamment en tout cas pour te croire sincère.
T'as pitié là, moi je... Non mais tu crois quand même pas que je te propose
de vivre avec moi par pitié ? Je sais pas.
Je sais pas.
J'espère juste que t'as pas couché avec moi pour m'en vanter le moral, c'est
tout. Ah mais bien sûr que si.
Mais tu penses bien, dès que j'ai pitié d'un mec je couche avec.
C'est plus fort que moi les paumés comme toi, ça m'excite.
Je vous en prie.
Je n'ai rien à vous dire de plus qu'hier.
Je n'ai pas tué Pierre.
Je l'aimais.
Mais nous n'en doutons pas, Madame Cotte.
Et c'est aussi la raison pour laquelle vous avez confié à Elodie Bellefaux le
soin de porter à votre place un enfant.
À défaut d'être accusée directement du meurtre qui nous occupe, votre silence.
Peut-être interprété comme une preuve de complicité, alors pensez-y.
C'est vrai.
Mélodie devait porter notre enfant à Pierre et moi.
Après l'échec des fécondations in vitro, on était désespérés.
On savait qu'on avait peu de chances d'adopter.
Mais il faut croire que c'était notre destin de ne pas avoir d'enfant.
Les examens pratiqués par le docteur Berthier il y a un mois nous ont appris
qu'Élodie ne pouvait plus tomber enceinte.
À 37 ans ? Elle a développé une maladie qui fait qu'elle est déjà ménopausée.
Mais alors pourquoi lui avoir laissé la voiture que vous lui aviez offerte à la
place de l'enfant ? Parce que...
Élodie est une femme courageuse.
J'ai voulu les aider, elle et sa fille.
Alors laissons la voiture.
Quelle belle générosité.
Vraiment.
Mais il est difficile à admettre de la part d'une femme habituée à discuter le
moindre sou, la moindre dépense.
Pourquoi vous vous acharnez sur moi ? J'ai jamais eu d'autres enfants que ma
fille Luna.
Inutile de vous énerver, Madame Bellevaux.
Régine Cotte vous a balancé.
Et nous, on a fait notre petite enquête sur vous.
Et on sait que vous avez déjà été mère porteuse. Et alors ? Il y a plein de
pays où c'est autorisé. Je vois pas pourquoi j'aurais pas eu le droit de le
faire moi aussi.
Le problème n'est pas là.
Mais j'ai pas eu le choix, si vous voulez savoir.
À 18 ans, je me suis retrouvée seule à élever ma gamine.
J'ai dû me battre.
J'ai préparé un CAP de secrétariat pendant que je travaillais pour des
salaires de misère.
Quand j'ai eu mon premier boulot, j'ai cru que j'allais m'en sortir, et puis
non.
Ils ont déposé le bilan, j'avais plus rien.
C'est à ce moment-là que vous avez eu l'idée de porter l'enfant de quelqu'un d
'autre ? À cette époque-là, j'ai rencontré des gens qui étaient prêts à
tout pour avoir un bébé.
Alors oui.
J'ai vendu mon ventre.
Plusieurs fois.
J'ai pu avoir une vie décente avec ma fille.
Entre ça et la prostitution, vous auriez fait quoi ?
Le message est bien passé, Madame Bellevaux.
Vous êtes innocente comme l'agneau, mais malheureusement, un agneau mêlé à une
affaire de meurtre.
Je ne l'ai pas porté, leur enfant.
Je ne peux plus en avoir.
Vous devez le savoir, ça aussi.
Vous n'avez rien contre moi.
Alors dites-moi, si vous ne pouvez plus avoir d'enfant, pourquoi Régine Cotte ne
vous a pas repris la voiture ? Parce que c'est une femme généreuse.
Régine Cotte nous a donné, elle aussi, cette belle version d'histoire.
C'est très au point, votre petit numéro, à toutes les deux.
Le problème, c'est que nous, on n'est pas très convaincus.
Eh oui.
Et des flics pas très convaincus, ils se racontent quoi ? Des histoires de
suspects qui racontent des conneries. Et donc, qui nous cachent des trucs.
Faites-nous confiance.
On va chercher, fouiller, fouiner.
Ça nous prendra le temps qu'il faudra.
On ne vous lâchera pas.
Et on va trouver.
M'ont laissé la voiture parce que j'ai fait un marché avec eux.
C'est Luna qui devait porter leur enfant.
C'est elle qui a accepté de faire le travail quand elle a su que j'étais
malade.
Vu l'état de votre fille, je ne suis pas sûr qu'elle ait beaucoup aimé faire ce
travail, comme vous dites.
Ne vous inquiétez pas pour elle, elle est comme moi.
La vie lui a forgé le caractère.
Il n'avait aucune idée de ce qu'on a traversé toutes les deux.
Eh bien, expliquez-nous.
Ça nous aidera peut-être à comprendre comment une mère peut en arriver à
laisser sa fille perdre sa virginité pour une voiture neuve.
Oh, une mère courage.
Elle se fout bien de ce que peut ressentir sa fille. Je ne peux pas
croire que Luna soit proposée d'elle-même pour porter l'enfant de
Pierre Germain.
En tout cas, maintenant, on comprend mieux pourquoi elle liait le viol de sa
fille.
Tu parles d'un viol.
Luna devait coucher avec Pierre-Germain. Alors, il y a un problème. Parce que si
Luna devait porter l'enfant, ni Résine Cotte, ni Elodie Bellevaux n'avaient
intérêt à tuer Pierre-Germain.
Ah.
Alors, ça remet au bout du jour la piste du jeune frère.
Il serrait et amoureux transi.
J'ai Luna.
T'as raison. Bon, tu prends le fèvre avec toi et vous allez cueillir Benoît
-Germain. Allez. Le fèvre... Allez, vas-y.
Hey ! Hey Nina ! Ça va, je me suis excusé pour hier soir.
Je voulais pas te blesser. Ah mais t'inquiète pas, tout va bien.
Attends, hey ! De toute façon, ne me dis pas que ta proposition était sérieuse.
Mais je ne te le dis pas. T'imagines bien que j'ai pas de temps à perdre avec
un parasite dépressif qui comprend tout travers et qui prend son piège aux
victimes. Je ne suis pas maso, cisco, je te rassure.
Oh, on est venu pour vous poser des questions, alors vous allez prendre le
temps d'y répondre.
Ça a dû vous faire un choc d'apprendre que votre petite amie allait faire un
enfant avec votre frère.
Bon, mais c'est quoi ce délire, là ? C'est Luna elle-même qui vous l'a dit ?
L'image de la jeune fille pure et vierge a dû en prendre un sacré coup.
Résultat, le soir, chauffée par l'alcool, vous êtes retournée chez votre
enfoiré de frère et vous l'avez supprimée.
Vous déconnez complètement ! Mais Luna aurait jamais fait un truc aussi
sordide, pourquoi elle aurait fait ça ? Vous voulez lui poser vous-même la
question ? Hein ? Allez.
Dis-moi que c'est pas vrai, Luna.
Hein ?
T'as pas fait tout ce qu'il raconte ? Tu voulais même pas dormir avec moi, tu
voulais qu'on se marie d'abord.
Moi, j'étais prêt à attendre, Luna.
J'étais prêt à attendre parce que... Parce que t'étais vierge.
C'est toi.
Mais je t'aime, Luna, tu sais ça, je t'aime.
Je sais que t'es incapable de faire ça.
Regarde-moi, Luna.
Regarde-moi.
Je n'avais pas le choix, Tonton.
Pas le choix.
Je devais le faire.
T'aurais pas pu.
T'aurais jamais pu, Luna. Pas toi. C'est pas possible. T'es trop pure. C'est pas
possible.
Allez. Allez.
Quel merveilleux cadeau votre mère a fait à tous ces couples qui ne pouvaient
pas avoir d'enfants.
Le don de la vie en le payant de son corps.
C'est aussi votre sentiment, Luna ? Oui.
Ma mère fait un très beau cadeau à des gens qui ne peuvent pas avoir de bébé.
Mais... Luna,
quand vous avez décidé de porter l'enfant de Pierre Germain et de sa
compagne... Est-ce aussi un cadeau ? Ou bien est-ce pour obéir à votre mère ?
Elle a sacrifié toute sa vie pour moi.
Maintenant qu'elle ne peut plus porter d'enfant, c'est à moi de le faire.
Alors comme ça, par exemple, si ma femme et moi ne pouvaient pas avoir d'enfant,
vous seriez prêtes à nous aider ? Vous seriez prêtes à nous faire un enfant
uniquement parce que...
Uniquement parce que votre mère l'aurait fait.
Ne touchez pas.
Noli m'est engueulé.
Ne me touchez pas.
Parole du Christ.
L'homme vierge de tout péché a Marie-Madeleine la prostituée.
Vous venez, ma chère enfant, de nous livrer la substance même du drame qui se
jouait le jour du meurtre chez Pierre Germain.
L'après-midi du meurtre, vous vous rendez chez Pierre Germain afin de
remplir le contrat de votre mère que vous avez endossé.
C'est votre première relation sexuelle.
Au début, vous vous laissez faire.
Puis, brusquement, c'est le lieu d'ego.
Cet homme sur vous, votre corps souillé, ne le supportez plus.
Vous interrompez l'acte sexuel avant sa conclusion et vous enfuyez de chez
Pierre-Germain.
Très bien.
Je voudrais que vous écoutiez ce que Luna est en train de dire.
Je pense qu'elle ne le répétera pas.
De retour chez vous, vous vous précipitez dans les bras de votre mère.
Mais celle-ci est toujours convaincue que cet enfant, promis à Pierre Germain
et à sa compagne, représente son salut financier ainsi que le vôtre aussi. Elle
vous engage donc à retourner voir Pierre Germain.
Elle m'a dit que c'était un mauvais moment à passer.
Mais le soir, tu n'arrives pas à t'endormir.
Tu revois sans cesse le regard de Pierre Germain sur ton corps.
Je sais que pour ne pas décevoir ta mère, il va falloir que tu l'affrontes
encore une fois, ce regard.
Alors autant finir tout de suite.
Pendant que ta mère dort, tu retournes voir Pierre Germain. Qui vous ouvre.
Qui vous accueille chaleureusement, persuadé que cette fois-ci, vous...
J'irai jusqu'à l'accomplissement de cet acte sexuel qui vous mettra enceinte.
Vous vous mettez à l'aise, elle commence à vous déshabiller.
Et là vous comprenez que jamais vous pourrez faire comme votre mère.
Elle me disait que j'étais comme elle.
J'étais forte.
Mais c'est pas vrai.
Surtout parce que je voulais pas qu'ils se servent de mon ventre. Je voulais pas
qu'ils mettent un enfant dedans.
J'en voulais pas.
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