All language subtitles for La.Crim.S07E09

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Original subtitles

Il fallait me prévenir que c'était tenu de soirée.

Je n'avais pas prévu.

J'étais surprise au début du premier acte. Pour une fois que je vais à l

'opéra... Pardon, mais alors, moi, je ne pourrais pas vous raconter la fin.

Thomas Gauthier.

Kinésithérapeute. Il a reçu deux coups de couteau. C'est son épouse qui l'a

retrouvé là quand elle est rentrée à 20h.

Commandant ? Messieurs ? Madame la substitue.

L'ordinateur, vous avez regardé ? L'ordinateur était connecté comme nous

sommes arrivés. Ah, très bien.

Bon, l'ordinateur était connecté avant l'arrivée de Ligy. On l'a marqué au 36.

Tenez, vous l'embarquez. Vous vérifiez l'historique.

La victime est en position assise sur le canapé. Deux plaies.

large d'environ 3 cm.

Un coup au niveau de l'abdomen et l'autre au niveau du ventricule gauche,

vraisemblablement donné à l'aide de la même arme, lame effilée, tranchante. Vu

l'angle d'attaque des coups portés, la victime, pour devenir à ce moment-là, n

'avait aucune chance de s'en sortir.

C'est pas possible !

Madame Gauthier, est-ce que vous avez une idée de l'heure à laquelle votre

mari a reçu sa dernière visite ? Non, je ne sais pas.

Assez tard.

On était au-dessus, alors il avait parfois l'habitude de recevoir des

patients assez tard.

Et vous, Madame Gauthier, où étiez-vous en fin d'après-midi ? J'étais en train d

'accompagner mes enfants.

J'ai leurs grands-parents.

Ils doivent y passer quelques jours.

Bailly, pardon, excuse-moi, regarde.

Il y a un bouton rouge, là. T'appuies dessus, ça va marcher. Hein ? Essaye.

Ça arrange pas du tout, hein.

Je sors de chez le divisionnaire. Je l'ai prévenu, hein. Si je suis mutée à

cause de la plainte de Laure Salvin, moi, je me mets en dispo.

Me retrouver dans la police urbaine de proximité après la crime, moi, je

pourrais pas.

Bon, on en est pas là, hein. Pour l'instant, on a d'autres priorités.

Allez.

Non, mais t'inquiète pas, il y a sûrement une solution.

Et puis, une procédure, ça peut s'arrêter avec un bon avocat.

Elle est comment, alors, Salvin ? Enfin, je veux dire, physiquement, elle est

comment ? Je suis con, en plus, c'est forcément un top.

Son mec, il a du goût, il suffit de la regarder.

Oui, enfin, je vois pas bien où tu vas en venir, mais... Je me disais que peut

-être que t'as pas besoin d'avocat et que je pourrais servir de médiateur,

moi. Je peux aller la trouver et la convaincre de retirer sa plainte.

Sérieux. Si t'es d'accord, bien sûr.

Non, mais je sais pas.

Enfin, il faut voir, quoi.

Tu penses quoi, toi ? Euh, là, pas grand-chose.

Je trouve ça un peu... Un peu quoi ? Je trouve ça un peu énorme. Mais non, c'est

pas un peu... Non, enfin, voilà. Non, c'est très bien. On fait comme ça.

Parfait. Bien ! Nos spécialistes en informatique viennent d'obtenir les

aveux de l'ordinateur de Gauthier. Je vous propose donc de venir les entendre.

Trop fort, hein, les mecs du service informatique.

Ils ont réussi à déverrouiller la messagerie de Gauthier qu'il avait

pourtant protégée avec un double code.

C'est pas seulement le secret médical qu'il cherchait à garantir.

L'essentiel des messages, c'est une correspondance entre le kiné et Chloé

Sobel. Ça commence par des appels à l'aide assez flippés auxquels il répond

en essayant de la rassurer.

Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il a réussi.

Regarde, ça change de registre après.

Je suis à toi, jusqu'à la mort.

Pas très pro, tout ça.

Apparemment, elle avait de sérieux problèmes de santé. Ça fait des mois qu

'elle vient le voir.

Certes, mais curieusement, voyez-vous, cette patiente assidue interrompt ses

séances deux jours avant le meurtre.

Voyez-vous même.

La victime tenait son agenda très à jour à partir de là, toujours qu'une séance n

'était prévue.

Et alors moi, j'ai appelé plusieurs patients de Gauthier. Ils sont tous

choqués, le kiné faisait l'unanimité.

Et la seule que je n'ai pas réussi à voir, c'est Chloé Sobel. Et pour cause,

sa mère, Monique Sobel, a lancé un avis de recherche ce matin.

Je crois qu'elle était flippée. Bon, alors il faut se renseigner sur cette

fille et savoir si Madame Gauthier était bien chez ses parents au moment du

meurtre.

Ça lui est déjà arrivé de ne pas donner de nouvelles.

Ma fille travaille beaucoup.

Chloé a monté une petite entreprise de design il y a cinq ans.

Alors forcément, quand on est son propre patron, c'est le moins d'habitude à l

'appel. Et là, ça fait trois jours que je suis sans nouvelles.

Trois jours sans nouvelles à 30 ans, c'est peut-être pas vraiment très

inquiétant.

Chloé est malade.

Oui, elle est très malade.

Une forme aiguë de sclérose en plaques.

et dont l'issue est malheureusement connue, ce sera la paralysie totale.

Alors dans son cas, trois jours sans nouvelles, c'est très inquiétant.

Je suis désolé, je ne savais pas que c'était aussi grave.

Excusez-moi.

Personne ne sait où elle est, ses amis, ses employés. J'ai appelé partout.

Personne ne l'a vue depuis trois jours.

Elle n'est pas retournée ni à son travail, ni dans son appartement.

Son portable ne répond pas.

J'ai laissé des messages partout.

Thomas Gauthier.

Son kiné.

Elle vous a parlé de lui ? Bien sûr que oui.

Elle dit que ces séances la soulagent beaucoup.

Mais pourquoi vous me parlez de lui ? Parce qu'il est mort, il a été

assassiné.

Attendez, je suis désolée pour cet homme.

Mais je vois pas le rapport.

Je vous dis que ma fille a disparu.

Monsieur Gauthier était l'amant de votre fille, voilà le rapport.

Qu'est-ce que vous voulez dire ? Vous insinuez que ma fille aurait pu

assassiner cet homme ?

C'est possible, madame Sobel, mais ce qui est troublant, c'est que deux amants

disparaissent à trois jours d'intervalle.

Que l'un soit mort et l'autre volatilisé.

La fille n'est pas une meurtrière, monsieur.

Non, c'est une jeune femme très malade.

Je vous en supplie, retrouvez-la.

Retrouvez-la.

Je n'ai plus qu'elle.

Thomas était très impliqué dans sa relation avec ses patients.

La plupart étaient de grands malades ou des accidentés, des gens qui souffrent

tant physiquement que moralement. Leur rééducation est très longue et très

douloureuse. Elle crée entre le patient et le praticien des liens profonds qui

dépassent la simple manipulation technique.

C'est sans doute ce qui s'est passé avec cette femme.

J'entends bien, madame, quoique dans ce cas précis, les liens qui…

Cet établi semble plutôt de nature passionnelle.

Croyez bien que si nous n'en avions pas la preuve, nous garderions d'avancer

cette affirmation.

Ce sont les courriers électroniques qu'échangeaient votre mari et

mademoiselle Sobel. Souhaitez-vous en prendre connaissance ? Oui.

Mon amour, j'ai besoin de toi.

Tiens bon, ma Chloé, je suis là. Je t'aime, Thomas. En toi, je...

Sans toi, je ne pourrais plus vivre.

Je ne savais pas.

Je ne savais rien.

Thomas était le seul à pouvoir consulter ses messages.

Et son agenda ? Aucun patient ne prenait rendez-vous aussi souvent qu'elle.

Son agenda non plus, vous ne le regardiez pas ? Je pensais qu'il me

racontait tout, il ne m'a jamais parlé d'elle.

C'est vrai que ces derniers temps, il était...

inquiet, un peu lointain.

Il parlait moins de d'habitude.

Même s'il hésitait à vous annoncer quelque chose.

Ou à prendre une décision importante pour lui.

Ou même pour vous.

Je ne savais rien.

Et même si j'avais su, j'aurais jamais dû le perdre, mes enfants.

Mme Gauthier, pourquoi vos enfants devraient-ils rester chez vos parents ?

C'est un moyen de les...

Maintenir éloigné du foyer, c'est pas une méthode utilisée par les conjoints

pour retrouver un peu d'intimité. Intimité qui s'avère parfois nécessaire,

indispensable lors d'une crise conjugale.

Mais il n'y avait pas de crise conjugale.

C'est vrai, on avait décidé de passer ces quelques jours ensemble.

Mais je vous l'ai dit, Thomas semblait fatigué. Je pensais qu'il avait besoin

de moi.

J'aimerais bien vous croire, madame. Malheureusement, voyez-vous, la

chronologie des événements m'en empêche. Rapport d'autopsie confirme que votre

mari est mort.

Aux alentours de 20h. Or, vos parents ont déclaré que vous avez quitté

Vincennes à 19h. Vous aviez donc largement le temps de vous rendre chez

vous avant le meurtre.

Il y avait des travaux à l'entrée de Vincennes. Je suis restée bloquée dans

les embouteillages.

Sans ça, je serais revenue plus tôt et Thomas serait toujours là.

Même si elle avait été au courant de la liaison de son mari avec Loïs Sobel,

elle savait que ça pouvait pas durer. La maladie aurait vite mis un terme à cette

liaison. En tout cas, elle a pas menti pour les travaux. On refait la voie

Vincennes-Paris, les travaux se font de nuit et commencent à 19h.

Enfin, elle était peut-être au courant.

Si elle a prémédité son coup, ça peut faire partie du processus. Une sorte d

'alibi pas vraiment vérifiable, mais impossible à démonter complètement.

Pour tuer le père de ses enfants, il faut quand même avoir une sacrée dose de

haine.

Ou la certitude de se faire larguer.

Or, je te signale que...

Les apparts à la fameuse et répétitive intuition féminine. Nous n'avons aucun

indice sur une séparation ou un éventuel départ de Gauthier. Non ? Non, non, non.

Ni de billet d'avion, ni de mention nulle part, de confidence des proches,

des patients.

Rien. Rien, en effet, capitaine Siskowski.

Et rien de rien, ça finit par faire beaucoup, voyez-vous. Rien non plus en

ce qui concerne mademoiselle Sobel. Ne trouvez-vous pas étrange que cette jeune

femme, manifestement très éprise, ne réapparaisse pas après l'assassinat de l

'être aimé ?

Il s'est peut-être passé quelque chose entre eux.

Je ne sais pas, moi.

Une rupture, un chantage amoureux, un événement qui éclairerait le meurtre. Il

y a même qui l'expliquerait.

Gauthier refuse de partir avec Chloé Sobel, elle le tue et elle redisparait

dans la nature.

Elle disparaît une fois, elle disparaît deux fois, côté discrétion, bravo.

Elle aurait voulu mettre les enquêteurs sur sa piste, elle n'aurait pas agi

autrement. Non, moi je suis désolée, je n'y crois pas une seconde. Bon, il faut

revoir les proches et les amis de Chloé Sobel, savoir si elle s'est confiée à

quelqu'un.

Et Gauthier, c'est pareil, il faut fouiller dans ses dossiers, savoir s'il

avait pas un patient qui était complètement taré.

Je veux du concret et du neuf. D'accord ? Vite.

Bon, je vous laisse.

Je reviens dans une demi-heure.

Une demi-heure, pas plus.

Allez-y, moi, toi, quand t'as cette tête de faux témoin, je... Je serai le pire.

Ça y est, Blinsky est parti à Amsterdam, l'argent de la cam' est toujours chez

lui. Alors si on veut lui piquer, faudrait s'activer un peu.

Parce qu'à son retour, il pourrait bien en faire qu'une bouchée de ses 200 000

euros. Il suffit qu'il s'offre un gros 4x4, peut-être que plus de luxe, et le

compte est bon.

Espèce d'imbécile.

Tu m'as dit que ton dealer habitait seul, et j'ai appris qu'il hébergeait

ses parents.

C'est le vieillard ! La mère est sourde et le père gâteux.

Cervero, j'ai accepté ce coup à une condition.

Le risque zéro.

Alors on va quand même pas buter deux retraités pour trouver ton pognon.

Mon pognon, il pourrait bien être le tien, 50%.

Foute-moi bien, Cerbero.

Tu le sais.

Mon petit-fils doit se faire opérer aux Stets.

Alors en cas de grabuge, je suis prêt à prendre 10 piges pour lui sauver la vie.

Et le pognon de la cam' sera jamais mon pognon, d'accord ? Ok, c'est bon, c'est

bon, c'est bon.

On branle tes problèmes de conscience.

Moi j'ai besoin de toi pour aller fouiller chez cet enculé.

Alors on trouve le pognon, on partage et je me tire.

Renseigne-toi sur les parents de Blinsky.

Et démarre-toi pour savoir quand Nisky se barre.

Et après on fonce chez Blinsky. Après on verra.

N'hésite pas trop au scandala.

Parce que la maladie, elle hésitera pas à flinguer ton petit-fils. Tu parles

encore une fois de lui, je t'arrasse la langue.

Je dis plus rien.

Je te tiens au courant.

Je t'appelle.

Vite. Ça.

Qu'est-ce que vous faites là, Michel ?

La même chose que vous, commandant. Je me promène.

Une chance que vous ayez un double de clé pour tous les appartements d

'immeubles. Pas avec elle.

Je croirais dans une pub.

Même les pulls sont rangés en fonction des couleurs.

Elle sent du détail. Et celle de bain, alors c'est spartiate.

Juste un savon et un drap de bain.

Ni une brosse à dents, ni un produit de beauté. Rien.

Ben allez-vous sa valise ? Comment ? Sa valise, c'est une valise jaune, avec des

roulettes. Mademoiselle Sobel dit que c'est plus pratique à l'aéroport, elle

la reconnaît tout de suite.

Alors, dix messages.

C'est quand même dommage qu'il faille attendre que le parquet ouvre une

instruction pour avoir le droit de les écouter.

Non mais là, il n'y a rien d'extraordinaire, seulement des gens qui

veulent avoir des nouvelles.

Non mais j'ai pas écouté, j'ai juste entendu.

C'est parce que je fais le ménage deux fois par semaine ici, alors... Bon, elle

a un tiroir plein de photos et pas une seule avec Gauthier. Par contre, avec

lui, c'est un vrai reportage, regarde.

On les voit ensemble sous tous les climats.

Ah mais, ça c'est M. Miller, son associé.

C'est vrai qu'elle avait un associé, mais apparemment, elle n'a plus les

photos. Elle serait passée de l'association à l'union.

Je veux dire, c'est son amant ? Ah ça, je sais pas. Elle est très discrète.

Et Gauthier ?

Thomas Gauthier, vous connaissez ? Non, non.

Dites-moi, je vous comprends très bien, vous n'avez pas écouté les messages de

Mlle Soubelle, et je vous en félicite d'ailleurs, mais vous voyez, comme elle

n'a toujours pas réapparu, et que pour nous les minutes comptent, il serait

bien que vous nous disiez si M.

Gauthier a téléphoné.

Bon, alors, sa mère a laissé cinq messages, M. Miller, trois, et les deux

qui restent, c'est moi qui ai appelé, parce qu'elle n'est pas venue chercher

son courrier, ni hier, ni avant-hier, donc...

Alors non, il n'a pas appelé.

C'est son agenda.

Tous les rendez-vous qu'elle avait à l'hôpital avec le professeur Renoir ont

été rayés.

Ça fait un mois qu'il n'y va plus.

C'est bizarre, non, pour quelqu'un d'aussi malade ? C'est dangereux,

surtout, elle a besoin d'un filier régulier.

Bon, écoute, moi je vais appeler Jean-Louis pour savoir ce qu'on fait

avec tout ça.

Vous, qui dirigez ce grand service neurologique, professeur, sauriez-vous

nous dire s'il est courant qu'un patient mette possiblement un terme à un suivi

thérapeutique qui dure depuis des années ? Oui, cela peut arriver, mais

heureusement, assez rare.

Dans le cas de Chloé Sobel, ce qui est regrettable, c'est qu'elle était très

volontaire et impliquée dans les soins.

Elle aurait pu obtenir de bons résultats.

Pardonnez le béotien que je suis, mais je croyais que la sclérose en plaques

aiguës était incurable.

Oui, mais les progrès de la médecine sont parfois fulgurants.

C'est pourquoi j'incite mes patients à lutter autant qu'ils le peuvent contre

la maladie. Aujourd'hui, il faut le reconnaître, c'est un combat à perdu d

'avance. Mais demain ou dans un mois, qui sait ? J'ai cru comprendre que la

maladie dont souffrent Chloé Sobel est assez invalidante.

Et aussi très douloureuse. Oui, c'est exact. C'est pourquoi nous autres

médecins, nous sommes là pour aider nos patients à supporter la maladie et à

rester en vie le plus longtemps possible.

C'est en tout cas avec cette éthique que j'exerce mon métier.

Pourquoi elle a arrêté de se faire soigner à l'hôpital ? Parce qu'elle fait

partie de ces gens qui supportent mal les contraintes thérapeutiques.

Certains voudraient tout maîtriser jusqu'au bout.

Malheureusement, dans ce type de maladie, c'est impossible.

Paradoxalement, Mlle Sebel cesse de fréquenter vos services pour se rendre

quotidiennement chez son kinésithérapeute, M.

Thomas Gauthier.

D'un point de vue strictement médical, cette démarche manque quelque peu de

cohérence, ne la trouvez-vous pas ? Gauthier était un bon kiné. D'ailleurs,

il a travaillé dans mon service.

Et puis en France, chacun est libre de se faire soigner comme il veut et par

qui il veut.

Maintenant, messieurs, veuillez m'excuser, mais c'est l'heure de ma

consultation.

C'est dingue d'arrêter de se soigner quand on est

malade à ce point.

Quand on a la chance d'avoir un mec comme Renoir, on en profite, non ? Il y

en a qui préfèrent continuer à faire confiance à des charlatans.

Ça me dépasse, moi.

Je ne vous suis pas comme on t'en a, au contraire, je...

Je pense qu'il est fondamental de reconnaître aux malades le droit de ne

pas être en accord avec une thérapie et même de la refuser.

Ah ouais ? Au nom de quoi, s'il n'est pas médecin ? Moi, à tout bide, me dites

de prendre un truc qui est bon pour moi, je le prends, c'est tout.

À ce propos, au sujet de l'opération Théo, vous avez pris une décision ? Oui,

ben, c'est simple.

Il faut les États-Unis pour le soigner et pour le sauver.

Il faut trouver Pognon parce que là-bas, sans Pognon, pas d'opération.

Et sans opération, évidemment.

Avec Chloé, on a monté cette affaire en sortant de l'école de design.

À l'époque, on vivait ensemble.

On pensait même se marier.

Finalement, on s'est quittés il y a trois ans.

Enfin, façon de parler, parce qu'on se voit toujours autant.

Et on continue de bosser ensemble.

Ah bon ? Malgré sa maladie ? Parce que ça doit pas être facile pour elle de

travailler, non ? Je tiens la barre pour elle.

Je peux vous remercier.

À votre place, d'autres prendraient ça plus mal.

Quand vous avez appris qu'elle avait une liaison avec son kiné, Thomas Gauthier,

vous l'avez aussi bien pris ? Elle avait le moral à zéro.

Moi, je pouvais assurer pour la boîte, mais je n'avais pas le temps de m

'occuper d'elle.

Elle finira paralysée, monstrueuse comme perspective.

Alors quand elle m'a dit qu'elle voulait vivre une dernière histoire d'amour, je

la comprends.

Et Gauthier, elle en était folle. Et jusqu'où vous pensez que... Elle

pourrait aller, sa folie, pour lui ? Surtout s'il l'avait trahi, par exemple.

Merci.

C'est pas elle qui a tué Gauthier.

D'abord, elle l'aimait.

Ensuite, si vous connaissiez Chloé, vous comprendriez très vite que c'est pas le

genre de fille à péter un câble.

Elle est plutôt partie se reposer, faire le point.

Elle va bientôt revenir.

Et vous trouvez normal qu'une fille aussi malade que ça disparaisse dans la

nature sans rien dire à personne ? Je vous l'ai déjà dit, c'est une fille

forte. Elle fait ce qu'elle veut quand elle veut.

Personne ne lui impose sa loi.

Si vous le dites.

Tiens, puisqu'on en est là,

vous faisiez quoi, vous, le soir du meurtre ? J'étais à mon bureau,

en train de mettre au point une série de lampes pour le salon de l'île peinte.

Quelqu'un était avec vous ? Non, non, non.

Ah ! Un client est passé me boire pendant la soirée.

Vous pouvez vérifier.

Merde, mes clés ! Tu les aurais laissées sur le tableau de bord comme d'habitude.

Et tu te poses où ce soir ? Tu veux passer à la maison ? Ce soir, je peux

pas. Non.

C'est très gentil, sinon.

Ah oui, très gentil. Mais je vais pas laisser Bailly s'inférer comme ça.

Elle court à la condamnation pénale. Je croyais qu'elle avait mis un avocat sur

coup. C'est trop long, figure-toi.

Moi, j'ai contacté la fameuse Laure Salvin, la prétendue maîtresse, et j'ai

rendez-vous avec elle dans une heure.

Tu perds pas de temps, toi.

Pour être franc, maintenant, là, quand même, un tout petit peu.

Alors, ou t'accélères le pas, ou je prends un taxi. Parce que je veux pas la

faire attendre comme ça.

Parce qu'en plus, il faut que je te dépose.

Non, mais t'es pas gonflé, toi. C'est que...

Ouais, elle t'a paru comment la maîtresse au téléphone ? Elle n'a pas le

genre à vouloir lâcher le morceau en tout cas. Elle est assez secouée qu'un

collègue de Bailly l'appelle.

Ah, mais attends, parce que... Ah oui, c'est la clé de la voiture. Ah, bravo.

Je l'ai cherchée, donc... Allez, en voiture.

Et j'imagine que tu vas user de tous tes arguments pour la convaincre ?

Absolument, oui.

C'est-à-dire que pour Bailly, je suis même prêt à donner ma personne.

Quel sens du sacrifice.

Ecoutez, madame Selvin, je vous comprends très bien.

Ma collègue a pété un câble, elle n'aurait jamais dû faire ça.

Croyez-moi, elle est pressée un sacré savon.

Mais je voudrais que vous sachiez que c'est néanmoins un très bon flic.

Elle a fait ça parce qu'elle est dingue de son mec et qu'elle a eu peur de le

perdre. Elle vous aurait jamais fait de mal, jamais.

Mais je vous rappelle que votre collègue a menacé de me tuer.

C'est une femme dangereuse. Elle était persuadée que son mari l'a trompée avec

vous. Ça l'a rendu folle, vous pouvez comprendre ça ?

Vous êtes peut-être mariée ? Écoutez, ce que ma collègue a fait,

je reconnais que c'est pas bien malin, c'est... C'est usé d'une technique d

'interrogatoire pour faire peur au suspect, voilà.

Mais je vous assure, c'est vraiment une fille géniale.

Vous me permettrez de ne pas être de votre avis ? Mademoiselle ? Non, non,

non, s'il vous plaît.

Attendez, d'abord, c'est pour moi.

Écoutez, c'est vrai, elle vous a fait du tort.

Je me fais peut-être un petit peu l'avocat du diable, mais sans vouloir la

défendre, je la comprends un petit peu. C'est vrai, dans la police, on frôle

plus souvent le pire que le meilleur et... Vraiment, ça tape tout de suite

sur les nerfs et... Et si on n'a pas de quoi être ancré solidement au sol, on

part facilement en vrille.

Voilà, pour Bailly, son ancrage à elle, c'est sa famille et son mari.

Sans eux, elle est paumée. Il s'est rien passé entre son mari et moi, rien !

Puis moi aussi, j'ai mes problèmes.

Je suis seule, divorcée, je me serais très bien passée d'une histoire

pareille. Vous pouvez le comprendre, ça ? Oui, je comprends très bien.

D'autant que... Je sais ce que c'est, parce que... Je sors moi-même d'une

séparation assez difficile.

J'imagine que dans ce genre de situation, vous devez vous sentir le

seul.

J'ai pas, j'ai pas, oui, je me rends compte qu'on n'a pas parlé de vous.

Au revoir, monsieur.

S'il vous plaît.

S'il vous plaît.

Venez vous asseoir.

S'il vous plaît.

Bon, j'ai repensé à cette interruption de protocole hospitalier. Je crois que j

'ai compris.

Pour Chloé Sobel, son histoire d'amour avec Gauthier prend toute la place. Elle

décide de la vivre à fond malgré la maladie.

Une sorte de baroude d'honneur sentimentale et sexuelle, quoi. Non, c

'est pas impossible.

Parce que d'après Miller, le vendeur de lampes, elle était carrément accro. Donc

si le kiné a décidé de se rapprocher de sa femme, peut-être qu'elle a pu péter

un câble. Oui, sauf que moi, je la sens pas très pétage de plomb, Chloé Sobel.

Ah non ? Puis rien ne prouve que Gauthier voulait rompre avec elle.

C'est-à-dire que les dires de la gardienne ont été confirmés. Il n'y a

aucun message de Gauthier sur le répondeur de la demoiselle. S'ils

avaient été encore ensemble, je pense qu'ils se seraient inquiétés de son

absence. Moi, ça me paraît logique, maintenant.

Ce qu'il est moins, c'est le profil psychologique fluctuant de Chloé Sobel.

Il va falloir choisir entre la patiente éperdue d'amour et la femme de tête que

nous décrit Miller.

D'ailleurs, lui, il est clean. Il était bien avec son client, soit du meurtre.

Je suis tout à fait d'accord avec le lieutenant Lefebvre. Nous avons jusqu

'ici privilégié la piste psychologique.

Ne négligeons pas l'aspect médical de la relation Chloé Sobel.

Monsieur Gauthier, j'ai refait le parcours professionnel de Thomas

Gauthier et je l'ai retrouvé dans nos archives.

Trace d'une affaire qui remonte à l'année passée. Un médecin qui avait

abrégé la vie de son patient tétraplégique s'est retrouvé aux

assises. Il y a eu une pétition de soutien à circuler avec en tête le nom

de Thomas Gauthier.

Excusez-moi pour le retard, je suis désolée. C'est pas grave. Bon, je vais

revoir Nathalie Gauthier, elle est forcément au courant.

Oui, oui, dis-moi, c'est bon.

Quoi ? Je veux dire que c'est en train de s'arranger.

Ne t'inquiète pas, je t'expliquerai.

Qu'est-ce qu'il y a ? Mais oui, je suis d'accord pour qu'il l'astigue. Ce n'est

pas normal ce qui est arrivé à ce médecin.

Il a simplement fait preuve d'humanité.

On ne peut pas le condamner pour avoir aidé quelqu'un à ne plus souffrir.

Oui, enfin, en gros, il l'aide à mourir.

Oui, vous avez raison.

D'ailleurs, après, mon mari et d'autres signataires ont été menacés par des gens

appartenant... à un groupe hostile à l'euthanasie.

Ils ont même tenté d'empêcher la clientèle d'accéder au cabinet de mon

mari. C'est la police qui les a évacués.

Et vous ne pensez pas qu'un de ces militants pro-vie aurait pu tuer votre

mari ? Mais non, franchement, non.

Ça faisait plus d'un an qu'il nous avait oubliés et nous... Nous, on avait tourné

la page. C'était pas des moments faciles à vivre.

Justement, il fallait nous prévenir et vite.

À moins que vous n'ayez préféré passer sous silence des pratiques interdites

par la loi.

Chloé Sobel aussi souffrait et elle se savait condamnée.

Votre mari aurait pu la convaincre d'interrompre ses séances à l'hôpital ?

Et puis ensuite l'aider à mourir. Mais non ! Mais non ! Il n'a pas pu faire ça,

c'est impossible ! Il savait ce qui l'encourait. Il ne voulait pas

enfreindre la loi, même s'il la trouvait injuste.

Heureusement qu'il y a une loi, madame Gauthier, heureusement.

Mais tu ne m'as dit pas qu'il ne voulait pas de loi.

Simplement il trouvait celle-ci hypocrite.

Un médecin doit soulager les souffrances. Et comment soulager les

souffrances d'un malade incurable, terrifié d'idée de mourir ? D'un

cancéreux, en phase terminale, qui a tout perdu, jusqu'à la parole ? Tout le

monde a le droit d'avoir une fin digne.

Et pour mourir dans la dignité, on a parfois besoin d'être aidé.

Mais mon mari n'a jamais pratiqué l'euthanasie

Ni dans son cabinet, j'en suis sûre. Très bien.

Asseyez-vous.

J'aimerais connaître la position de Chloé Sobel sur cette question

essentielle de l'euthanasie.

Je m'étonne, voyez-vous, qu'ayant décidé de mettre fin à ses jours, elle n'ait

prévenu personne et n'ait laissé aucun message.

Ça me remercierait peut-être quelque chose.

Il serait probablement judicieux de la rencontrer ailleurs que dans nos locaux.

Le commandant Scandella me semble en ce moment quelque peu irritable sur

certaines questions qui le concernent de très près.

Il serait bon de lui éviter cette épreuve.

Non, celle de la confrontation.

T'aurais quand même pu me prévenir que t'allais la voir.

Ah, écoute, j'ai pas eu le temps, voilà.

Et puis c'était pas gagné en plus. En même temps, ça s'est bien terminé, elle

est d'accord pour réfléchir à sa plainte.

Ah bon ? Moi je trouve, c'est une femme très sympa.

Mais à part des promesses, qu'est-ce que t'as obtenu d'elle ? Elle va la retirer

ou pas sa plainte ?

Attends, deux secondes, elle a déjà fait un grand pas.

Il faut lui laisser le temps.

Ouais, alors elle a travaillé au corps, la belle Salvin.

Enfin, j'imagine que c'est déjà fait.

Mais... secret défense, voilà. Et puis, il n'y a que le résultat qui compte.

On s'en reparlera ? À tout à l'heure. À plus tard.

À tout à l'heure.

Qu'est-ce

qui se passe ?

Qu'est-ce qu'on attend ? Il se passe que le mec qui parle avec Jean-Louis, tu

vois, c'est Cerveron.

C'est un indique pourri des stups.

Et alors ? Et alors, ça fait un moment qu'il tourne autour de lui.

Et j'aime pas ça.

Mais comment ça, pas de nouvelles ? On disparaît pas comme ça ! Qu'est-ce que

vous me cachez ? Pour l'instant, tout espoir est permis.

Madame Sebel ?

J'ai une question délicate à vous poser.

S'il vous plaît.

Chloé vous a-t-elle fait part de son intention de mettre fin à ses jours ?

Votre fille

souffre d'une maladie douloureuse et incurable.

Elle est soignée par un kiné qui y défend.

L'euthanasie, et qui plus est, elle entretient une relation avec lui.

Ajoutez à cela qu'elle a interrompu son suivi à l'hôpital, vous comprendrez qu

'on vous pose la question.

Écoutez, il y a un mois, elle n'en pouvait plus.

Et cette idée lui a traversé l'esprit.

Oui, c'est à ce moment-là qu'elle a interrompu son suivi à l'hôpital.

Mais... À force de discuter avec elle, j'ai réussi à l'en dissuader.

On n'a même pas l'impression d'être en train de prendre ses soins.

Je veux dire, avec le professeur qui s'occupait d'elle, le professeur Renoir,

qu'elle n'ait plus l'air de trop bien supporter d'ailleurs, vous le connaissez

? Non, je ne connais pas le professeur Renoir.

Mais ma fille, elle, je la connais bien.

Alors arrêtez de chercher mes idées à 14h.

Je vous ai dit que ma fille avait choisi de vivre.

Alors vous, vous devez la retrouver.

Faisons tout notre possible.

Écoutez, Madame Sebel, je comprends que tout ceci doit être très éprouvant pour

vous.

Si vous avez besoin d'accompagnement, il ne faut pas hésiter à nous le faire

savoir. Le service en l'habitude.

Moi, j'ai l'habitude d'être seule.

Quand mon mari était encore vivant, il partait pendant des mois sur des

plateformes pétrolières au Gavon.

Il était mécanicien.

Alors je restais seule avec Chloé.

Ce n'était pas facile.

Mais c'est rien.

Rien à côté de la maladie.

C'est affreux de savoir que son enfant va mourir.

Alors pour oublier, je m'intéresse aux autres.

Oui, c'est eux qui me donnent la force d'aider ma fille.

Et le soir de la mort de Thomas Gauthier, j'étais dans une maison de

retraite.

Je regardais tous ces gens si vieux qui allaient mourir.

Et je pensais à Chloé.

Qui, elle, ne connaîtra jamais la vieillesse.

Ah tiens, j'ai retrouvé les militants du mouvement Progris.

Ceux qui sont contre l'euthanasie, tu sais, qui ont menacé Gauthier à

organiser le bricote de son cabinet.

Ah, tu ressembles à quoi ?

Ah bah c'est des bons pères de famille ou des mères au foyer, bien sous tout

rapport à première vue.

Sauf que c'est des vrais enragés qui sont prêts à tout pour faire valoir

leurs opinions, quitte à utiliser la force.

T'as retiré quoi ? Rien.

Tu sais, ils sont surveillés depuis leur coup d'éclat.

Alors, le soir du meurtre, ils ont tous un alibi, sauf une certaine Madame

Richard, qui était la gestionnaire de l'association.

Mais bon, je continue à me regarder.

Bien.

Ah bah on vous a pas attendu, parce que, bon... Ah oui.

Et toi, tu ne devais pas déjeuner avec un pote aujourd'hui ? L'hôpital, ça a

donné quoi ? D'après les employés de l'hôpital, c'est à cause de ses prises

de position en faveur de l'euthanasie que Gauthier a été renvoyé du service du

professeur Hénoir. Enfin, exactement, il a démissionné.

Et curieusement, Chloé Sebel a interrompu son protocole hospitalier

juste après son départ.

Alors voilà ce que nos collègues de l'IG ont découvert dans le grenier caché de

feu. Le kinésithérapeute Gauthier. C'est un petit appareil, certes, mais qui

devrait néanmoins nous permettre d'avancer d'un grand pas dans notre

enquête. Bon, Michel, on n'a pas toute la nuit, là. Allez. Ecoutez, cet

appareil contient un enregistrement, l'enregistrement d'une conversation

effectuée à l'insu de l'un des protagonistes, à savoir le professeur

Renoir, celui qui enregistre, et M.

Gauthier. Roulez.

Vous n'oserez pas, Renoir.

Vous n'irez pas jusque-là.

Même si je refuse de démissionner.

Mais bien sûr que si, Gauthier.

Je fais ce que je veux dans mon service et tous mes collaborateurs me suivront.

Tout le monde insinuera comme moi quand vous avez rodé un soir par la chambre de

107. Et tout le monde insinuera que vous avez aidé ce pauvre vieillard à mourir.

Mais nom de Dieu, c'est faux ! Vous savez ce que je risque avec une rumeur

pareille ? Mais votre carrière, Gauthier, vous serez un type fini.

C'est ça ou vous foutez le camp de mon service.

Vous m'emmerdez depuis trop longtemps, Gauthier. Alors vous foutez le camp,

vous démissionnez ! Gauthier a démissionné. Et que répare ? C'est

pratique.

Maintenant... Allez savoir si à la suite de ça, il n'a pas tenté de faire chanter

le professeur Renoir. Et cet enregistrement était à l'origine de son

décès.

Putain, quand je pense à Renoir, il l'a joué grand seigneur.

Chacun peut se faire soigner comme il veut.

Gauthier est un bon kiné.

Pardon.

L'enfoiré.

Vous m'emmerdez depuis trop longtemps, Gauthier. Alors vous foutez le camp,

vous démissionnez.

Reconnaissez, professeur Renoir, que pour les policiers que nous sommes, cet

enregistrement risque d'éclairer notre enquête sous un nouveau jour.

D'accord, je me suis emporté contre Gauthier.

Mais je ne pouvais pas conserver dans mon service une personne qui professe

des idées diamétralement opposées aux miennes en matière d'euthanasie. Et

balancer des rumeurs sordides sur vos employés, c'est pour vous le seul moyen

de vous en débarrasser, bien sûr. Ça suffit. Vous savez comme moi que cet

enregistrement n'aura aucune valeur devant un tribunal. Je le regrette.

Croyez-moi, vraiment.

Voyez-vous, il nous reste néanmoins la rumeur.

Non, pas celle que vous vouliez propager pour détruire Gauthier. Non, celle que

nous proposons de colporter.

afin de faire comprendre à un maximum de monde quels moyens misérables vous étiez

prêts à utiliser pour briser un homme.

Je doute fort que votre réputation fasse long feu.

En voulant me salir, vous commettez une erreur.

Mes méthodes sont peut-être discutables, mais je vous assure que Gauthier était

loin d'être irréprochable.

Bien sûr, oui.

Même Chloé Sobel a quitté votre service au départ de Gauthier.

Vous ne l'avez pas supporté, et quand il est revenu pour vous faire chanter avec

son enregistrement, vous avez décidé de le buter. C'est faux !

Gauthier est mort sans me parler de cet enregistrement.

Le soir du meurtre, j'étais dans un hôtel à une conférence sur les maladies

orphelines.

Très bien, va vérifier. Pour l'instant, on vous laisse à vos patients.

Vous restez à notre disposition.

Professeur.

Excuse-moi, je suis en retard.

On dîne ici ? On va dîner nulle part.

Avant que je pose mon cul dans un resto avec toi, il va se passer du temps.

Attends, Étienne, qu'est-ce qui arrive là ? Qu'est-ce que je t'ai fait ? Tu

sais qui m'a appelé tout à l'heure ? Laure.

Laure Salvin, tu vois qui c'est ? Ma surdise en maîtresse.

Fais pas cette tête, elle va retirer sa plainte.

T'es malade, ma pauvre, il faut faire quelque chose là.

Qu'est-ce qui t'a pris de la menacer ? Tu vas décimer toute la population

féminine parce que tu penses que je me la tape ? Deux milliards, t'as du

boulot, hein ? T'es pas jalouse, Florence ? T'es cinglée ?

Et les mômes, tu as pensé aux mômes ? Une mère flic et parano, ils font

comment eux avec ça ? Et moi la prochaine nana que je croise, je la

prête bien qu'elle est en danger de mort ? Ou je te laisse faire la peau ? C'est

plus une vie Florence, moi je peux plus.

Tu vas où ? Dîner avec des potes.

Ou ma maîtresse, j'hésite là encore, tu vois.

Étienne, Étienne, t'en vas pas comme ça !

A mon avis, Gauthier a aidé sa patiente à mourir et deux jours plus tard, sans

que les deux événements soient liés, Renoir tue Gauthier pour sauver sa

réputation et sa carrière.

Jusqu'à preuve du contraire, Chloé Sabel est toujours vivante.

Si ce n'était pas le cas, trop de coïncidences relient les morts des deux

amants pour qu'on puisse les dissocier.

Si elle est toujours vivante, elle a très bien pu tuer Gauthier et prendre la

fuite après. Non, Michel a raison.

Rien ne prouve qu'il l'a euthanasie.

Bon, il faut faire vite. On refait une perquise chez Gauthier et on passe tout

au peigne fin, y compris le jardin, d'accord ? Ça y est ! J'ai retrouvé la

gérante de l'association Provie à l'état civil.

En fait, Madame Richard, c'était son nom de jeune fille.

Elle a dû le prendre au cas où les fics remontraient jusqu'à elle.

Mais elle a épousé un certain Sobel.

Et son prénom à elle, c'est Monique.

Monique Sobel, la mère de Chloé. Attends, Monique Sobel, mais il était en

secret contre l'euthanasie ? Attendez, attendez, attendez, attendez.

J'ai la cerise sur le gâteau, là.

Sur le listing des remontées d'appels du portable du professeur Renoir, il y a un

numéro qui revient deux fois le jour du meurtre et c'est justement celui de

Monique Sobel.

Qu'est-ce que vous voulez encore ? Je vous ai déjà dit que je n'étais pas rien

dans le meurtre de M. Gauthier et je n'ai pas que ça à faire.

Nous non plus on n'a pas que ça à faire. D'ailleurs on a perdu assez de temps à

cause de vous.

Pourquoi vous ne nous avez pas parlé des deux coups de téléphone de Monique Sobel

?

Ah, peut-être la connaissez-vous mieux sous le patronyme de Richard, son nom de

jeune fille, Madame Richard, qui s'occupait du mouvement pro-vie contre l

'euthanasie. Oui, on y a pensé en revenant et on s'est demandé pourquoi

Monique Sobel disait ne pas vous connaître. On a conclu qu'elle vous

protégeait, au cas où on aurait compris que vous étiez derrière ce mouvement

militant contre l'euthanasie.

Je rencontrais Monique Sobel il y a quatre ans.

D'ailleurs, c'est elle qui m'a présenté sa fille.

Quand j'ai eu l'idée de ce mouvement, j'ai pensé à elle pour la gérance. Elle

était déjà très militante.

J'avais la conviction qu'il fallait faire quelque chose pour lutter contre

les excès. Est-ce que menacer Gauthier et s'en prendre à sa clientèle, c'était

pas un excès, ça ? Monique Sobel voulait radicaliser le mouvement.

Elle voulait s'en prendre physiquement à ceux qui prenaient l'euthanasie.

Quand j'ai vu que ça dérapait, j'ai quitté le mouvement.

J'ai continué à soigner Chloé. Je n'ai plus revu sa mère.

Dans ce cas...

Pourquoi a-t-elle tenté de vous joindre à deux reprises le jour du meurtre ?

Pour m'insulter.

Parce qu'elle me reprochait de ne pas avoir su garder sa fille dans mon

service.

Elle était dans un tel état de colère que j'ai raccroché.

Elle m'a rappelé en hurlant.

Elle avait peur pour Chloé.

Elle redoutait l'influence que Gautier avait sur sa fille.

Elle savait qu'elle était son amant ? C'est elle-même qui me l'a appris.

Quoi qu'il en soit, elle m'a supplié de contacter Chloé pour qu'elle revienne

dans mon service. J'ai refusé.

J'en avais plus qu'assez de cette histoire qui m'a ramené sans cesse à

Gautier.

Chloé n'était plus ma patiente, je m'en suis tenu là.

Et comment sa mère a-t-elle réagi ? Mal.

Très mal.

Elle m'a traité de lâche.

Elle m'a dit que je n'étais plus digne de son mouvement.

Je lui étais comme folle.

On se retrouve au bureau dans 10 minutes, je préviens les autres.

Très bien.

Un instant, Capitaine.

Je suis là, dans mon bureau, seul à seul.

George Cervero, un indique d'Estube, vous connaissez ? Non.

Mais je sais que Jean-Louis le connaît très bien.

Précisément. J'ai appris par un collègue d'Estube qu'il était grillé chez eux.

Pourquoi ? On soupçonne Cervero de vouloir changer d'activité, cambrioler

ses amis dealers afin de leur soustraire leurs économies relatives à la vente de

la drogue.

D'accord. Bon, de toute façon, je vois pas en quoi ça concerne Jean-Louis.

Capitaine, les Estubes pensent que Cervero est sur le point de...

soulager un dénommé Blinsky, trafiquant de son état d'un pécule conséquent

provenant d'une vente de cocaïne.

N'êtes pas sans savoir, j'en suis sûr, que les commandants de Scandella

rencontrent en ce moment serveurs, n'est-ce pas ?

Michel, je sais qu'il a besoin d'argent et il en

cherche partout pour sauver son petit-fils.

Et vous ? Michel, vous ne croyez quand même pas que le capitaine Siskowski... J

'ai longtemps réfléchi.

Avant de m'ouvrir à vous.

Voilà. Vous êtes son meilleur ami.

Vous êtes donc le seul à pouvoir l'empêcher de commettre une énorme

erreur.

Mais peut-être que tout cela n'est que le fruit de mon imagination fertile.

Vous avez bien fait de m'en parler, Michel.

Même si je reste convaincu que Jean-Louis ne fera jamais ça. J'espère

que vous ne me trompez pas.

Monique Sobel animait bien... Monique Sobel animait bien une soirée dans une

maison de retraite le soir où Thomas Gauthier a été tué.

Mais elle a eu un malaise et elle est rentrée chez elle plus tôt que prévu.

Rien de plus facile à faire que de simuler un malaise.

Fais semblant de se sentir mal, va au cabinet de Gauthier, parce que t'en la

connais. Ok, merci.

C'est l'équipe en perquis chez Gauthier. Ils ont trouvé du curare planqué dans un

flacon d'éther.

Le labo a confirmé.

Il a exaucé le vœu de Chloé Sobel.

Si Gauthier lui a permis de mourir, ça fait une raison supplémentaire à Monique

Sobel de le descendre.

Désespéré après le refus du professeur Renoir de lui venir en aide, et affolé à

l'idée que sa fille puisse mettre fin à ses jours où ne l'ait déjà fait, elle n

'avait d'autre issue que de se retourner contre le responsable de ce geste

définitif.

Je vous en prie.

La vie ne vous a pas épargné.

Madame Sebel, nous en sommes très conscients.

Après la mort de votre mari, la maladie de votre fille et sa décision de refuser

la déchéance, décision que vous combattiez avec force alors qu'un homme

la soutenait, Thomas Gauthier, qui après vous avoir volé l'amour de votre fille,

vous prenait aussi sa mort.

Mais cet homme-là, il ne l'aimait pas.

Il voulait la forcer à mourir.

Moi, je l'aurais accompagné jusqu'au bout, ma fille.

Mais pas lui.

C'est lui qui l'a poussé à mourir. Comme vous n'aviez plus de nouvelles de votre

fille, vous vous êtes persuadé qu'il l'avait encouragée dans son désir de

mourir.

Et seul le professeur Renoir aurait pu vous aider.

Il a refusé.

Alors, lâchés par tous, vous êtes allés chez Gauthier.

Pour comprendre.

Pour savoir.

Où elle était.

Mais... Il n'a rien dit.

Alors vous avez frappé.

Frappé avec le couteau jusqu'à ce que mort s'en suive. Non ! Non, pas ça.

Pourquoi vous me faites mal ? Pourquoi vous m'en voulez tous ? Cette dingue

africaine...

Madame, vraisemblablement ramenée par votre mari du Gabon, fait partie des

objets que nous avons perquisitionnés à votre domicile. Des particules de sang

ont été retrouvées sur cette lame. Elles ont été analysées. Elles appartiennent à

un groupe sanguin, celui de Thomas Gauthier.

Nathalie Gauthier vient d'arriver.

Chloé Sobel est vivante.

C'est portable de Thomas.

Chloé Sobel a laissé un message il y a une demi-heure.

Thomas, mon amour, c'est moi.

Je te remercie pour tout.

Tout ce que tu as fait pour moi.

Je t'aime.

Mais j'ai peur.

J'ai décidé.

Je pars à Genève.

Je vais mourir.

Sois heureux, mon amour.

N'oublie jamais que je t'ai aimé jusqu'au bout.

Préviens la police de l'air et des frontières. Elle est peut-être encore à

l'aéroport.

Et sinon, t'appelles Genève. Vite.

Très bien, faites-la venir.

Elle arrive.

Vos collègues m'ont dit pour Thomas.

Ils ont refusé de me dire qu'il avait tué.

Vous le savez ? Votre mère vient d'avouer.

On s'est aimé.

On s'était aimé très fort.

Mais je n'avais rien de plus à lui donner.

Ma vie n'est plus à moi.

Alors j'ai refusé qu'il gâche la sienne.

Il avait sa femme, ses enfants.

Pourquoi est-ce que vous avez disparu comme ça sans rien dire ?

Je voulais réfléchir.

Je suis restée trois jours dans un hôtel, à peser le pour et le contre,

à dominer mon envie et ma peur de mourir.

Et puis j'ai choisi.

Et Thomas Gauthier ne vous a pas guidé dans votre choix ?

Je savais qu'il avait du curare, je lui ai demandé de m'aider.

Il n'a pas voulu.

Au contraire, il a essayé de me convaincre de continuer.

Il faisait des projets.

Mais la souffrance, au bout d'un moment, on n'en peut plus.

Et puis, je connais ma maladie.

Je sais comment on finit.

Et ça, je ne voulais pas.

Pour moi, mais aussi pour lui.

Mais on ne sait jamais, non ? En même temps, je ne suis pas à votre

place.

Excusez-moi.

Ne croyez pas que ce soit simple de renoncer à vivre.

Mais je veux partir dignement.

J'ai trouvé une association en Suisse qui, en toute légalité, me permettra de

partir comme je le souhaite.

Et puis maintenant que Thomas est mort, je n'ai plus qu'un seul désir.

Le rejoindre.

Ma petite fille, tu vas vivre.

Je vais t'aider, tu verras. Ta maman sera toujours avec toi.

Si tu vis pas pour moi, vis au moins pour lui, pour cette ordure, qu'il soit

pas mort pour rien ! Attendez, deux secondes.

Vous pouvez lui parler si vous voulez.

Je n'ai plus rien à lui dire.

Je te sombrerai ! Je te sombrerai ! Je vais te faire enfermer dans un institut,

tu vas vivre que tu le veuilles ou non ! Tu vas vivre !

Si je vois le doigt de ton ami Cervero pointer vers le ciel, j'ai vu qu'il n

'est pas très content de toi.

Évidemment, vous auriez dû parier, Michel.

Il n'a pas fait de sa connerie.

Dans le fond, je n'en ai jamais douté réellement.

Comment vous étiez au courant ? C'est-à-dire que quand ton meilleur ami

est dans la merde, tu devines vite.

Et quand en plus on a le meilleur procédurier du 36.

Ça aide.

Alors voyez-vous, commandant, j'ai quelques subsides qui dorment sur un

compte. Bien inutilement, ça pourrait vous servir pour votre petit-fils.

Et moi, il me reste encore quelque part de la vente du resto de Mario.

Ah, pas de quoi pavoiser, hein. Pas juste de quoi envoyer le petit

Anamérique.

On va le sauver, ce gosse.

Il peut se mettre à chialer, là.

Ah oui, regardez.

Là, il va chialer, là.

... ... ... ...

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