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"J’avais envie de faire l’amour", pleurnichait Yvonne,
dont la poitrine outrageusement moulée dans une robe de jersey feutrée,
ballottait par-dessus la portière.
Se détournant pour la dévisager,
l’homme constata que le rouge était une couleur bien difficile à porter
et sans un mot, il enclencha la première.
Il savait déjà que dans une heure, Yvonne ne serait même plus un souvenir.
Pardon ?
Il manque trois francs.
La dernière fois, c’était 56.
Le problème, c’est que c’est tout ce qu’il me reste.
Et la carte bleue ?
Il est démagnétisé, votre bidule.
Que puis-je faire ?
Chèque.
Ah, j’ai peur que...
Faut voir avec le chef, alors. Bougez pas.
Combien il te faut ?
Trois francs, c’est idiot.
Ouais. Et ben, l’idiot, ça serait d’y passer la nuit, hein ! Tiens.
Merci, merci beaucoup.
Tenez, ça fait le compte.
Qu’est-ce que je vais dire au chef, moi, maintenant ?
On prend pas l’autoroute quand on n’a pas les moyens.
- Oh ! Oh ! - S’il vous plaît !
Tête de con épluchait les papiers d’Anderson
avec l’application d’un babouin faisant une partie de Mikado.
L’horloge de Grand Central marquait 7h28
et si ce gros plein de minestrone du FBI ne se grouillait pas un peu,
Anderson allait rater l’express de Chicago,
où sa fiancée menaçait une fois de plus de se jeter dans le lac Michigan.
Trois minutes plus tard, Anderson filait vers Chicago
et un misérable connard de flic ritalo-simiesque était retrouvé
incrusté dans le marbre des toilettes de la gare de Grand Central.
Le problème, c’était :
comment un tueur aussi sanguinaire qu’Anderson
avait pu tomber amoureux d’une petite grue de Chicago,
plate comme un filet de sole et avec des pellicules sur les épaules ?
Objectivement, je suis très au-delà du chef d’œuvre.
Ça gaze ?
Oui mais ça gazerait mieux si vous étiez pas en train d’écrabouiller mon magnéto.
On arrête le biniou ? Merci, papa.
Que faites-vous là ?
Non.
Ah. Et pourquoi ça ?
Parce qu’il y a des questions qu’il vaut mieux pas poser
quand on n’est pas de taille à supporter les réponses.
Regarde-toi.
Mais regarde-toi, qu’est-ce que tu vois ?
Rien !
Ah, t’es trop modeste.
Dis que tu vois pas grand-chose, mais rien,
c’est à la limite de la prétention.
Bon. Je m’y suis mal pris. Sortez.
Pardon ?
Sortez ! Dehors ! Faut vous l’épeler ?
- Tu cherches à m’insulter, là ? - Pas du tout.
Tant mieux, parce qu’en général, on ne sort pas dedans.
Justement, j’attends.
Franchement, t’es mal parti.
Je sais pas ce qui me retient...
La peur.
T’as de la chance que je déteste la violence.
C’est ce que j’avais cru comprendre.
Bon. Pour la dernière fois, je vous demande de sortir.
Parfait.
Si vous refusez de quitter cette voiture, je suis pas obligé de vous conduire,
je fais pas taxi !
Dis-moi une chose :...
... par hasard, tu ne te rappellerais pas qui a dit que
là où la victoire est impossible,
il est sot de combattre ?
Jost Van Den...
Ça va pas, non ? Oh ! Vous êtes miro ou quoi ?
Hé, passe en seconde ! Je te pousse !
Jost Van Den Vondel, poète et dramaturge hollandais du XVIIe siècle.
C’est ça, merci, merci. Imbécile heureux, va.
Van Den quoi ?
Et... et vous venez d’où comme ça ?
- Du diable. - Et vous allez ?
Ça, Dieu seul le sait.
Vous faites un pèlerinage, alors ?
Tu es drôle, toi !
C’est vachement coincé quand même.
Vous auriez sans doute plus vite fait à pied.
Je déteste la solitude. Et puis, il va pleuvoir.
Ça m'étonnerait. Ils annonçaient du beau temps.
Si en plus, il croit à la météo...
Mon premier fut acheté par 354 amateurs éclairés,
mais non-identifiés.
L’éditeur de mon 2e déposa son bilan,
si bien que le bouquin fila de l’imprimerie au pilon.
Et quant à mon troisième,
il en est au 1er paragraphe du 2e chapitre.
Et mon tout est un écrivain raté.
Coincé, pas raté.
Oh, joue pas sur les mots.
Le deuxième chapitre, c’est ce qu’il y a de plus dur.
Qu’est-ce que vous en savez ?
T’es marié ?
Euh, oui.
Ça fait longtemps qu’elle te supporte, ton improbable épouse ?
Quinze ans.
Bah dis donc, tu t’es marié en culotte courte, hein ?
Je me suis marié à 20 ans.
Fichtre.
- Des mômes ? - Non.
Pas d’alliance ?
Bah, non.
Ça me rappelle un gus.
Il avait choisi l’anneau exprès un peu large
pour le retirer dès qu’il sortait de chez lui.
Écoutez, mon vieux,
vous êtes bien gentil, mais vous m’ennuyez prodigieusement.
Vous feriez mieux d’aller à pied, vous seriez plus vite rendu
et ça me priverait pas.
J’adore la solitude et mon semblable me fait considérablement chier,
surtout quand il vous ressemble !
Tu t’aimes pas assez, c’est clair.
Moi ? Je m’adore. Ma femme elle-même en est jalouse.
- Elle t’attend ? - Oui.
Enfin, non, pas ce soir.
Pourquoi ça, pas ce soir ?
Oh, mais c’est pas vrai !
Je devais rentrer mardi, j’ai des rendez-vous qui ont été annulés.
Là, vous êtes content ?
Oh, là, là !
- Quoi ? - Tu rentres à l’improviste ?
- Bah, oui. - T’es frappé, mon biquet.
Je m’en doutais mais là, tu me navres.
Elle est comment, ta bourgeoise ?
- Comment ça, comment ? - Physiquement ?
Physiquement, je dirais que c'est...
un petit peu le genre Elizabeth Taylor. En mieux, ouais.
La vie est un tissu d’injustices. Elle bosse, ta Cléopâtre ?
- Mais qu’est-ce que ça peut vous foutre ? - Ça me fout.
Si je peux me permettre et je crois que je peux :
foutez-vous-le quelque part.
Ça te fait rire d’être con ?
En attendant, tu m’as pas répondu à propos de ta femme.
Ma femme vous intéresse tant que ça ?
Et comment ! Elle m’intéresse pas, elle me fascine.
J’en connais plus d’un qui vous aurait déjà foutu leur poing sur la gueule.
T’as de mauvaises fréquentations.
Possible. On fréquente pas toujours qui on veut.
Je dois me sentir visé ?
Y a une heure, on se connaissait pas,
- vous faites éruption dans ma bagnole... - Irruption,
pas éruption. Irruption, avec un "i" et deux "r".
C’est ce que j’ai dit ! Vous faites irruption dans ma voiture,
vous me cassez les pieds et en plus, faudrait que je vous raconte ma vie !
Quand on a une vie exemplaire, on en est fier,
sinon, c’est qu’on a quelque chose à cacher.
- Admettons, ça me dérange pas. - J’en étais sûr.
T’as bien la tête du mec qui se relève la nuit
pour finir le gâteau d’anniversaire de sa femme
en compagnie de la bonne. Je me trompe ?
Doublement.
Je me réveille jamais la nuit et ma femme déteste la pâtisserie.
T’es vraiment au 1er degré. Je me demande comment t’as fait pour écrire.
Je... je vois pas le rapport.
Te fais pas plus bête que t'es, tu veux ?
Quand je m’exprime, j’aime à utiliser des images.
Tu devrais comprendre ça, t'es un littéraire.
Vous savez peut-être plein de choses, mais la littérature,
- c’est pas du tout ça ! - Tiens donc !
Je serais assez curieux de savoir ce que c’est pour toi, la littérature.
À mon avis, si t’en avais la moindre idée,
t’aurais pas abandonné après deux misérables bouquins.
Je fais une pause. J’ai pas abandonné !
Une pause ? Tu crois sérieusement avoir la vie devant toi ?
- Qu’est-ce que vous faites ? - Je me lave.
Avec du talc ?
Si tu te talques énormément, t’as pas vraiment besoin de te laver.
Ah, nom de Dieu !
Elle est pas solide, ta bagnole.
Ça s’est rafraîchi.
Je fais comment pour voir ?
Vous faites appel à votre mémoire,
qui est excellente, d’après ce que j’ai compris.
Ta femme, quand tu lui fais l’amour, tu éteins ou c’est elle ?
C’est bien ce que je pensais, tu la trompes même quand tu la baises.
- Qu’est-ce que tu fais ? - Je vais pisser, je peux ?
Ça y est déjà ?
Vous avez pas envie d’aller pisser, vous ?
- Si. - Bah alors ?
Ça me regarde.
Tu devrais prendre ça aussi. Ça serait plus prudent.
Si j’étais toi, j’essaierais de profiter,
plutôt que de rester dans ma boîte à
remâcher des rêveries d’adolescent arachnéen.
Arachné quoi ?
Boutonneux, si tu préfères.
Ah, d’accord.
Et de quoi devrais-je profiter ?
Mais de tout, mon mignon. La vie, les hasards, moi, par exemple.
Tiens, pour te donner un aperçu :
ton affaire de retour à l’improviste, là, je l’ai vécu, moi, qui te parle,
et ben, je le referai pas deux fois, ça non, j’ai compris,
parce que je te garantis que ça n’a pas traîné.
Vous n’enlevez pas vos mitaines ?
Tu veux que je me foute à poil ?
Qu’est-ce qui n’a pas traîné ?
L’accident, mon pote ! Le truc imprévisible.
Enfin, imprévisible parce que t’es trop con pour le prévoir,
ce qui fait que, tout à coup,
tu te retrouves plein de sang avec la barbaque sur les bras
et une immense envie de vomir. Alors, forcément,
le premier qui respire, tu le massacres.
Si je comprends bien, vous avez été marié, vous aussi ?
Qu’est-ce que tu veux, mon lapin, s'il y avait
que les cons pour faire des conneries,
l’histoire serait sans doute fade.
À propos, t’as un meilleur ami, toi ?
J’ai pas d’amis.
Parce que dans ton histoire, j’y ai perdu ma femme,
mais aussi mon meilleur ami. Et ça, c’est nettement plus coton à remplacer.
Je comprends, mais...
C’est pas assez de comprendre ! Ce qu’il faut, c’est que t’en profites.
Et que si tu dois en passer par là,
que ça t’ait servi à quelque chose de m’avoir rencontré.
Que t’ailles pas comme un ballot te constituer prisonnier.
Parce que moi, je me disais : crime passionnel,
n’ayons pas peur des mots,
1 ou 2 phrases de regret les plus sincères
et hop, ça passe tout seul. Tu rigoles, oui.
Dix ans de trou.
Dix ans de trou ?
- J’ai dit dix ans ? - Ouais.
Alors, c’est dix ans.
Je te raconte pas comment ça incite à la prudence dans les rapports humains.
Tu verras toi-même.
Assis. Assis !
Désolé.
Je verrai rien. Vous avez sûrement du mérite,
mais tendance à tout confondre.
Parce que t'apprendras qu’il y a qu’un monde nous gouverne, toi et moi :
le monde du sexe. Le pognon, la gloire, tout ça, c’est du pipeau.
Mais le sexe, ça, c’est métaphysique !
Regarde Howard Hugues, il s’est enfermé avec ses milliards
et plus personne n’a jamais pu l’approcher.
Il avait compris qu’il suffit de flairer un cul
pour être pris dans un épouvantable naufrage.
C’est un peu simpliste.
C’est toi qui es simpliste, pauvre pomme !
Si tu t’imagines que ta bergère s’est jamais envoyée
en l'air avec le comptable !
Le comptable ? Il est homosexuel jusqu’à l’os.
Comment tu sais ?
Il t’a baisé ?
Tu vois ?
S’il a laissé filer un beau gabarit comme toi,
c’est qu’il a des vues sur ta déesse.
Peut-être même qu’il est en train de se la faire, là, en ce moment,
pendant que le petit mari est sur les routes. Hein ?
Allez, Nelson !
Ce n’est pas un endroit pour toi.
Et hop ! Vive la récup', mon ami.
En fait, la différence entre nous, c’est que vous voyez le mal partout,
tandis que moi...
La différence entre toi et moi,
l’abîme, devrais-je dire, c’est une question de quotient intellectuel.
T’as lu Hegel ?
Euh...
C’est pas grave.
Pas grave, mais je sais qui c’est, hein.
C’est un philosophe allemand.
Et si je ne suis pas absolument, farouchement hégélien,
je suis quand même assez d’accord avec ce monsieur.
Et je vais vous dire pourquoi. Je vais vous le dire.
D’abord, je suis peut-être pas un intellectuel, encore que...
je crois que je pense que j’aurais la faiblesse d’aimer l’être.
Intellectuel.
Mais t’as de la merde dans les yeux. Tu vois pas que tu gênes ?
- Je gêne qui ? - La Fiat, pas Hegel !
Ça fait dix minutes qu’elle essaye de déboîter.
J’allais quand même pas chialer parce que l’autre andouille
s’est pris les arpions dans les draps pour venir s’embrocher sur mon sabre.
Votre sabre ?
Va te faire enculato toi-même !
- Tête de nœud, pignouf, ravioli mal cuit. - Mais arrêtez...
Je t’ai pas dit : j’étais garde républicain.
Je revenais tout juste d’une partouze à Matignon. Oh, tu m’aurais vu...
fringant et harnaché. Oh, j’étais beau comme un cœur.
Attends. Hé, superbe, non ?
Pas mal, ouais.
Dis donc, faudrait voir à faire un peu de benzine, hein, parce que sinon...
Ben, à deux, ça se pousse tout seul.
Je voudrais pas te décevoir, mon chéri, mais...
vaut mieux pas que tu comptes sur moi.
Et pourquoi ça ?
Un grand gaillard comme vous qui ne demande qu’à aider son prochain !
Pacemaker.
La plus infime des contrariétés peut m’être fatale.
Dramatisons pas.
Je ne dramatise pas, je suis un mort en sursis.
Pour vivre longtemps, vivez malade. C’est connu.
On se croirait dans la bagnole d’un nègre !
Justement.
J’ose quand même espérer que t’es pas con au point de te dire de gauche.
Ouvre tes écoutilles, ça va saigner.
- Alors ? - Ouais.
C’est... c'est assez fort. Un peu binaire, peut-être.
Moi, ça me fait triquer, cette musique.
C’est déjà un résultat.
Qu’est-ce qui te fait bander, toi ? Écrire des cochonneries ou les faire ?
Je vous ai déjà dit que pour le moment, j’écrivais plus.
Exact.
- Tu fais quoi, alors ? - Je suis dans le commerce.
C’est vaste, le commerce. Tu vends des armes ?
- Je vends des dictionnaires. - Tu vends des dicos
et madame s’offre au premier venu. C’est du joli ! Vive la culture !
Je vais te dire ce qui te manque,
pour réussir : l'instinct du tueur !
La rage de vaincre ! Tu m’écoutes, ver de terre ?
C’est pas la peine de gueuler, j’ai coupé !
Casse-toi.
Oh, mais dis donc, on fait sa petite colère.
Ça suffit, allez, dégage !
Tu sais que t’es beau, là ? Il te manque que le plumet.
Putain, merde.
On s’est fait piéger, me semble-t-il.
Rendez-moi ça. J’appelle les flics.
Mais faites, cher monsieur, faites.
Allons, mon brave, un peu de nerf. Que diable !
Ah, ça fait du bien un peu d’exercice.
Qu’est-ce qu’on disait, au fait ?
On parlait littérature, non ?
- Qu’est-ce qui se passe encore ? - Un copain.
Le type, là, c’est un copain. C’est fou !
J’en ai pour une demi-seconde.
Hmm ?
C’est grave ?
Le ventilo.
Oh, mauvais, ça.
- Je vous donne ma voiture. - Pardon ?
Le break, là, je vous le donne.
Vous êtes cinglé ?
Vous inquiétez pas pour moi. Je vais attendre la dépanneuse.
- Vous vous foutez de moi ? - Pas du tout.
Vous êtes pressé et j’ai toujours eu envie d’une 4L,
c’est une petite voiture que j’adore.
Mais attendez, vous me donnez les clés de votre voiture
et en échange, vous voulez ce tas de boue ?
Tenez, si vous avez un regret...
Que 2 mecs échangent leurs bonnes femmes, je comprends,
mais alors là, je suis sur le cul.
Pourquoi vous faites ça ?
Y a des réponses qu’il vaut mieux pas poser,
quand on n’est pas de taille à supporter les questions.
Ah, ah...
Je m’en doutais un peu.
Échange de bons procédés.
- Ah ! Vous êtes... - Je sais,
tous les flics de France ressemblent à Delon, sauf moi.
Avec ça, je suis certainement plus convaincant.
Bonne chance.
Alors, ton copain ?
C’était pas lui.
C’est sa voiture qui t’aura induit en erreur.
Voilà, c’est sa voiture.
C’est toujours les détails qui font foirer les grandes entreprises.
T’as un problème avec les clés, toi.
Tu sais que ça devient de plus en plus difficile
d’avoir une conversation suivie tous les deux ?
Pas un qui va me laisser passer, merde !
Vous pouvez pas me lâcher un peu ?
Si tu m’avais posé des questions,
je t’aurais volontiers parlé de ma femme.
Seulement rien ne t’intéresse à part ta petite personne.
Tu comprends, après tout, j’étais peut-être pas l’homme qui lui fallait.
Ça devait être ça.
Mais c’est bien possible.
Elle me l’a jamais montré, mais aujourd’hui,
je me dis que mes manières ont dû la blesser plus d’une fois.
Ça peut te paraître idiot, mais...
quand je la regardais dormir,
j’en avais les larmes aux yeux.
Elle semblait si confiante, si légère.
Un vrai petit pétale de rose.
Vous vous êtes rencontrés comment ?
Fleuriste. Elle était fleuriste.
Au fait, tu m’as pas dit, qu’est-ce qu’elle fait la tienne ?
Elle dirige une maison d’édition.
- Me dis pas que c’est ton patron ? - Si.
Mais t’es dingo, mon pauvre minou. Comment tu vas faire si tu bandes plus ?
Tu vas te retrouver sur le pavé avec tes dicos !
Ça va pas recommencer ! Primo, j’ai pas dit que je bandais plus
et...
Et deuxio ?
Deuxio,
j’ai l’impression que c’est plutôt vous
qui avez des problèmes avec votre virilité,
pour en parler sans arrêt. Le voilà, votre deuxio.
Oh, mais je peux descendre si je t’emmerde, hein ?
Fallait le dire plus tôt.
Très sincèrement, je pensais l’avoir dit.
Aïe.
Ah...
L’humanité se divise en deux camps.
D’un côté, ceux qui crèvent de faim, de l'autre,
ceux qui crèvent de l’indifférence de leurs semblables.
Ave César.
Collègue.
Ça marche ?
Va savoir. Ils s’arrêtent tous, ces cons-là.
Évidemment, ça complique.
Bouge pas.
- La place est chaude. - Bah ?
N’aie pas peur.
- Je vous ai rien demandé ! - C’est un tort.
Lazare n’avait rien demandé et que je sache,
il s’est jamais plaint qu’on l’ait sorti de son trou.
Je me plains pas. Je comprends pas ce que vous...
Écoute.
Faire du stop requiert une certaine force morale
et un sens aigu des rapports humains.
Autant de qualités qui te font manifestement défaut. Allez, grimpe.
Bonne route.
- Qu’est-ce qu’il y a encore ? - Je suis pas tranquille.
Votre histoire de Lazare me fout le bourdon.
Et pourquoi ? Ça n’a aucun rapport !
Lazare est sorti de son tombeau et toi, tu rentres dans un cercueil roulant.
Vous vous trouvez drôle ?
Oh, non.
Si, comme je crois, assumer sa connerie est le début de l’intelligence,
t’es pas sorti du tunnel.
La prochaine fois,
rappelez-moi que je dois vous casser la gueule.
Y aura pas de prochaine fois, petit gars.
J’ai lu le programme et c’est pas dessus.
Putain de bordel, c’est toujours quand on est pressé
que des cons se plantent.
Ah, non ! Pas mon magnéto !
C’est pas comme ça que tu vas arriver plus vite, Duconot.
Tiens.
Non seulement il me gonfle la tête avec ses conneries,
mais en plus, il me pique un magnéto tout neuf.
Moi qui étais de bonne humeur, ça m’apprendra.
Ah ! Bah, il va m’entendre.
- Yvonne, c’est ta maîtresse ? - Quoi ?
Tu vas pas me dire qu’avec la vie que tu mènes,
t’as pas une petite planquée quelque part. Une ou plusieurs.
Je sens que je vais faire un malheur. Écoutez,
je vous ai dit que vous commenciez à m’emmerder,
je reconnais que je me suis trompé.
Non seulement vous faites plus que commencer,
mais encore, vous me faites chier. Et si la nuance vous échappe,
je me ferai un plaisir de vous vendre un dictionnaire.
Je suis pas sectaire : j’en vends aux emmerdeurs et aux chieurs !
Et maintenant, panne d’essence !
Je t’avais dit.
Ah, pour dire, vous êtes très fort !
Pour pousser, vous êtes moins fort.
C’est à cause de ta bourgeoise si t'as arrêté d’écrire ?
Bien sûr que non.
Je trouve navrant de ne pas faire ce qu’on a envie.
Dans mon cas, ce sera pas une perte.
T’as pas le droit de dire ça. Regarde Van Gogh.
Il s’est battu toute sa vie. Et il est mort pratiquement inconnu.
Mais je suis pas encore mort.
Peut-être, mais ça peut venir très vite !
T'es quand même bien jeune pour accepter d’être un raté.
Mais qu’est-ce que vous y connaissez, hein ?
C’est pas parce que tous les gosses de 15 ans
gribouillent un jour un poème
qu’il faudrait culpabiliser de finir assureur ou plombier-zingueur.
N’essaye pas de noyer le poisson.
Jamais vu un poisson se noyer.
C’est pas pour dire, mais le coup du bidon dans le coffre,
c’est pas complètement absurde.
Même si c’est pas pour dire, vous auriez pu le dire plus tôt.
- C’est moi, l’enculato ? - Non, c’est lui.
Eh ben, comme ça, on est trois.
Trois, mais c’est moi qui ai pris une baffe. Merde.
T’as perdu quelque chose ?
Ma carte bleue, je la retrouve plus.
Cherche bien.
Oh putain, j’y suis.
C’est l’autre enflé du péage qui a dû la garder.
Oh, c’est pas vrai.
Mais vous m’avez bien dit que votre principale qualité,
c’était la générosité ?
Je suis vraiment désolé, mon poulet, mais malheureusement,
je suis assez démuni en ce moment.
Ma fortune.
- C’est bien vrai, ce mensonge ? - Hélas.
Eh ben, on va encore rigoler.
Qu’est-ce que vous faites encore ?
J’aère. Au bout d’un moment, j’étouffe des pieds.
Moi, c’est pas des pieds que j’étouffe.
J’ai perdu ma carte bleue,
je viens de laisser en gage ma montre et ma carte d’identité
et j’ai failli prendre une baffe. Et j’oubliais, j’ai plus un seul chèque.
Est-ce que pour deux francs vous accepteriez d’acquérir
ce magnifique dictionnaire franco-italien ?
- Tu veux appeler ta Cléopâtre ? - Ça vous dérange ?
Oh !
J’irais pas jusque-là,
quoique je ne sois pas bien sûr d’être d’accord avec toi.
- Merci. - Ne me remercie pas,
le plaisir de donner est la meilleure des récompenses.
Et je bavarde, et je bavarde.
Je me demande si t’as bien réfléchi à ce que t’es en train de faire.
Bah, allez demander là-bas.
Tu réalises bien qu’en l’appelant, tu choisis de rester dans le doute.
Sans compter que tu risques de la déranger, en pleine nuit.
Vous pouvez pas boire votre café ailleurs ?
C’est quand même pas une heure pour les mondanités.
Allô ? Allô, j’écoute ?
Allô ?
Allô ? Mais parlez !
Je peux avoir une autre pièce ?
Prenez ceux-là. Ils résistent aux chagrins les plus tenaces.
Je peux avoir une autre pièce ?
- T’es tombé sur son mec, c’est ça ? - Merde !
- C’est pas une réponse. - Non, c’est un sentiment.
Plutôt moche comme sentiment.
Si tu l’as, dis-lui bien de pas t’attendre, elle pourrait s’inquiéter.
Allô ? Allô ?
Fin du pèlerinage.
La solitude, ça fait partie des droits de l’Homme.
Et l’assistance aux personnes en danger de ses devoirs.
- Je ne suis pas en danger. - Que tu crois !
Ma cassette !
T’as ma cassette ! Au voleur !
À l’assassin ! Juste ciel, ma cassette !
Je suis perdu, je suis assassiné, on m’a coupé la gorge,
on m’a dérobé ma cassette !
C’en est fait, je n’en puis plus, je me meurs, je suis mort,
- je suis enterré... - Mais vous allez la boucler !
La voilà, votre cassette de merde.
J’ai peur que tu fasses une bêtise.
Un mot de plus et je te jure que j’en fais une. D’accord ?
C’est fou comme tu t’y prends mal.
Tu connais une autre méthode ?
Bien sûr. Un peu de doigté, beaucoup de douceur.
C’est imparable, la douceur.
Bon, très bien. Alors, écoute,
tu vas être très gentil, tu vas te trouver une autre victime.
C’est pas difficile, il y a des victimes partout ce soir.
T’as que l’embarras du choix.
Tu me demandes l’impossible.
Je sais. Je suis terriblement exigeant.
C’est pour ça que je t’aime, moi.
Sans compter qu’avec tes ennuis, je voudrais pas t’abandonner.
J’ai l’impression que c’est surtout mes ennuis que vous aimez.
Alors, je tiens à vous rassurer, tout va bien.
À part vous, je n’ai aucun ennui.
D’ailleurs, vous n’êtes pas un ennui, vous êtes une nuisance !
Qu’est-ce qu’il y a encore ?
La contrariété la plus infime...
La valise, vite !
- C’est ça ? C’est ça ou c'est pas ça ? - Oui.
Vite, un verre d’eau, vite !
Vous voyez bien qu’il est en train de crever.
- Il dit quoi ? - Je ne sais pas.
Vite !
C’est du café !
Et alors ?
C’est mauvais pour le cœur !
- Mais vous venez d’en prendre un. - Justement.
Allez chercher quelqu’un au lieu de rester là !
Tu devrais leur parler plus gentiment.
Vous parlez japonais ?
- Non, pourquoi ? - Vous venez de leur parler en japonais.
Mais non, c’est du vietnamien.
Ah ! Vous vous foutez de moi.
Qu’est-ce qu’il y a ?
À New York, Anderson avait choisi un compartiment désert.
Mais le train venait à peine de s’ébranler
qu'enveloppé dans un grand manteau noir,
un homme s’asseyait sur la banquette d’en face.
L’inconnu avait un ennemi mortel : le silence.
Heureusement pour Anderson, Thierry,
c’était le nom du bavard,
était descendu à Cleveland pour y subir une opération à cœur ouvert.
Ça va mieux ?
Impressionnant, votre truc. Ça vous arrive souvent ?
De temps en temps.
Oh... Un jour ou l’autre, ça sera la bonne.
J’ai dû composer un faux numéro tout à l’heure.
Sans doute.
C’est vite dit. Si son type a décroché la première fois,
c’est normal qu’elle ait répondu la fois d’après.
Tu te fais du mal inutilement.
Vous êtes drôle.
Je découvre après des années que ma femme me trompe
et je devrais prendre ça à la rigolade.
T'as rien découvert du tout !
Ça vous ennuie pas si je mets les nouvelles ?
Ils vont sans doute expliquer ce qu’il se passe.
Vas-y. Au point où j’en suis.
Gaufrettes ?
Merci.
Au chapitre des faits divers,
nous apprenons par une dépêche de l’AFP
que Daniel Varonsky, plus connu sous le nom du grand Seigneur,
a profité de son transfert à l’hôpital de Montargis
pour commettre sa treizième évasion.
Je vous rappelle que le tueur avait déjà réussi à s’évader
lors de son procès, en simulant une crise d’épilepsie.
Ils racontent vraiment n’importe quoi, ces cons.
À quel sujet ?
Varonsky.
C’est pas sa treizième évasion, c’est sa quinzième.
Ah bon, mais comment vous le savez ?
Je le sais.
Quand je l’ai rencontré, il en était à sa 14e, y a qu’à compter...
Vous l'avez bien connu, ce... baron Varonsky ?
Assez bien.
Quand on oublie ce qu’il a fait, c’est un type adorable.
Si ça se trouve, ça fait des années qu’elle me mène en bateau.
Pardon, vous en voulez une ?
Tu veux ma mort ?
Non. Même pas.
Enfin, je veux dire...
j’ai aucune raison de vous vouloir du mal.
"Chaque conscience souhaite la mort de sa voisine."
C’est pas moi qui le dit, c’est Hegel.
Et à son époque, y avait pas de bagnoles.
Merci du renseignement.
Y a quelque chose qui me chagrine.
Ta femme, elle pouvait pas te trouver un job plus sédentaire ?
Pourquoi ? Je voulais pas rester coller derrière un bureau.
T’avais pas envie ou c’est elle qui avait pas envie ?
C’est moi !
Et elle y a trouvé son compte.
C’est clair comme 2 et 2 font 4. T’es cocu, mon minet !
Ça fait pas un pli !
Je me demande même si ça t’arrange pas ça...
Merde !
Mais qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu !
C’est toujours sur moi que ça tombe ! Et merde et merde...
Ah, il y a des claques qui se perdent.
C’est pas de ma faute.
Mais tu te touches ou quoi ? T’étais pas au volant ?
Non. Enfin si. C'est le type, là, dans la voiture, c’est à cause de lui.
Qu’est-ce que tu nous chantes là ? Non, mais t’as entendu, Ginette ?
Je vous assure. C’est le "Seigneur".
C’est ça et moi, je suis la Sainte Vierge, peut-être ?
Arrête de blasphémer, bébé.
Fous-moi la paix, Ginette. Je t’en supplie, fous-moi la paix !
Mais arrête de t’énerver ! Tu sais bien ce que t’a dit le docteur, hein ?
Tu me les brises avec ton vétérinaire !
Où il est passé, ce con ?
Peu après Cleveland, Anderson réussit à s’endormir.
Et comme d’habitude, elle lui apparut fidèle au rendez-vous.
Elle, c’était la reine des préliminaires.
La plupart du temps, elle était brune
et sa bouche finement ourlée exhalait une douce odeur de sexe.
Grâce à elle, Anderson était l’un des rares de sa profession
- à ne pas souffrir d’insomnie. - Monsieur ?
Vous pourriez m’aider ? J’y arrive pas.
Alors, moi non plus. Désolé.
Poussez-vous.
- C’est tout ce que vous avez ? - Oui.
Eh ben, ça continue.
Vous êtes formidable.
Et vous, indulgente.
Il paraît que non.
Qu’est-ce qu’il y a ? Faut pas pleurer comme ça.
C’est ce que je viens de vous dire qui vous met dans ces états-là ?
Qu’est-ce que c’est alors ?
C’est mes chaussures. Elles étaient toutes neuves.
Il vous a dit ça comme ça ?
Oui.
Les hommes sont quand même des salauds.
Non. Y a pas que les hommes.
Quand même.
Et vous ?
Quoi, moi ?
Vous faites partie des hommes, apparemment.
Peut-être, mais je vous aurais jamais dit ça.
Qu’est-ce que vous m’auriez dit ?
Je sais pas, moi.
Dans ce genre d’histoires, chacun a ses torts.
C’est tout ?
Non.
Je vous aurais sans doute dit aussi que je vous aimais toujours.
Je vous aurais parlé de la douceur de votre peau et du...
de votre voix, qui me bouleverse toujours autant qu’il y a...
Six ans.
Qu'il y a six ans.
Et je vous aurais dit aussi que...
c’est bête de se quitter comme ça.
Vous m’auriez dit ça ?
Bien sûr. Non ?
Je m’appelle Martin, comme l’ours.
Moi, c’est Émilie.
C’est joli, Émilie.
C’est très chocolat et confiture.
Ça roule bien, maintenant.
Oui.
Qu’est-ce que vous allez faire après ?
Je sais pas.
C’est drôle.
Quoi ?
À quoi ça tient.
Vous allez où ?
Là.
Ça vous ennuie ?
Non, pas du tout. Au contraire.
Que c’est vilain !
Vous savez, c’est...
Inattendu ?
Un peu, mais c’est bon.
Doucement, doucement...
J’aime votre odeur.
- C’est le cambouis. - Ah non...
Vous faites quoi dans la vie ?
J’écris.
Vous écrivez quoi ?
Des livres.
Tenez.
Qu’est-ce que c’est ?
C’est pour vous.
- Pour moi ? - Ben oui.
Oh... Elles sont magnifiques.
Je peux ?
- Elles me vont ? - Très bien.
Évadé en début de soirée,
Daniel Varonsky a jusqu'à présent réussi à passer au travers des mailles du filet
que la police a tendues sur la région parisienne.
Émilie ?
Ne m’en veuillez pas de préférer conserver le souvenir de ces instants
que nous avons passer ensemble plutôt que ces boucles,
qui, j’en suis convaincue,
iront beaucoup mieux à celle à laquelle elles étaient destinées.
Je vous souhaite beaucoup de succès et tout le bonheur possible.
- Tu rentres à pied ? - Oh non. Non !
Mais vous êtes qui à la fin... pour être toujours derrière mon dos ?
Tu me racontes ?
Quoi ?
Ce qui t’est arrivé.
Il m’est rien arrivé.
Pas à moi !
De toute façon,
je suis bien trop déprimé pour avoir peur de quoi que ce soit.
Fais attention à ma moquette, t’es dégueulasse.
Je sens qu’on va faire une sacrée équipe.
Tu me plais bien.
Si c’est une offre d’emploi, je suis pas sûr d’avoir le bon profil !
La chambre, c’est elle qui l’a payée ?
T’es fatigué, mon grand ?
Dans moins d’une demi-heure, t’es chez toi.
Eh ben, dis donc, ça semble pas te faire plaisir !
Regardez devant vous et allez moins vite au lieu de dire des conneries.
J’essaye de rattraper le temps perdu. Je te croyais pressé.
Le temps perdu se rattrape jamais.
Hou ! C’est ton quart d’heure philosophique.
Chacun son tour.
Merde. Les flics !
Quoi ?
Derrière.
J’en étais sûr.
Ah bon ? Qu’est-ce que t’as fait ?
Moi ? Mais vous plaisantez ?
Avec les flics, le moins possible.
Vous vous arrêtez ?
Évidemment.
Vous êtes très fort.
Tu en doutais ?
Je te trouve bien nerveux.
Pas du tout.
Bonjour, monsieur. Police nationale, contrôle d’identité.
Je vous emmerde !
Était-ce bien nécessaire ?
Ça vous amuse tant que ça ?
C’est pas que ça m’amuse, mais je me sens libéré.
Ah ben, vous avez du pot.
Moi qui suis plutôt libérée, là, je me sens carrément coincée.
Vous avez du feu ?
Oui.
Oh non ! Pas lui !
Dégage !
Mais pourquoi vous l’arrêtez ? C’est moi qui ai dit ce que j’ai dit.
Il a rien fait, lui. Il faut le relâcher et qu’il s’en aille.
Tu veux que je te donne un bon conseil ? Tu te fais oublier, OK ?
Sinon, je te mange tout cru.
Ça gaze ?
Méfiez-vous,
parce qu’avec lui, ça commence toujours comme ça, seulement après...
Après quoi ?
Je me comprends.
Il est mignon votre ami, là.
Je ne suis pas son ami.
Après ce que tu viens de faire, pour moi, t’es un ami.
Qu’est-ce que j’ai fait ?
Tu le sais aussi bien que moi.
Monsieur, s’il vous plaît ?
Y a pas de toilettes.
Ici, tout le monde fait dans son froc.
Mais je vous emmerde à la fin !
Combien de fois je dois vous le dire ?
Tu voudrais pas répéter ?
Je crois qu’il y en a qui n’ont pas bien entendu.
Je veux voir le commissaire.
Ben, c’est pas un problème. Il va être ravi.
Oh là...
Il va en prendre plein la tête, votre ami.
Bah...
ça va lui remettre les idées en place.
C’est si grave que ça ?
C’est toujours grave quand on a des révélations à faire à la police.
Alors, il paraît qu’on a des révélations à faire à propos de Varonsky ?
Je pourrais vous parler en privé ?
Et puis quoi encore ? Tu connais tout le monde ici.
Ah, ben on se retrouve, je vous avais pas vu.
- Ouais. - La dépanneuse a fini par arriver ?
Ouais.
Mais si j’avais su, j’aurais mieux fait de prendre ta caisse.
Quelle caisse ?
La mienne. Il était en rade. Je croyais qu’il vous avait raconté.
Tu voulais lui prendre sa caisse ?
Pas du tout. C’est lui qui voulait me la donner.
Et t’as pas accepté ?
Eh non !
Et pourquoi ?
Parce qu’à force de trop penser, on fait des conneries.
Alors comme ça, tu voulais donner ta voiture à Varonsky ?
Mais non, justement, c’était pour m’en débarrasser.
Te débarrasser de quoi ?
De Varonsky ! Sauf qu’à ce moment-là, je savais pas encore que c’était lui.
Tu vas te foutre de ma gueule encore longtemps ?
Mais, je vous le jure, c’est la vérité.
Je vais te dire la vérité.
C’est pas votre numéro d’équilibriste qui va m’impressionner.
Mais...
Tu veux que je t’arrache la langue ?
Varonsky avait prévu de changer de voiture.
Malheureusement pour lui, il est tombé en panne sur l’autoroute.
Mais c’est pas Varonsky qui était en panne, c’est lui.
Votre Varonsky était dans ma voiture.
Évidemment, ça change tout.
T’as vraiment laissé passer ta chance.
Si ça s’ébruite, j’en connais qui vont se marrer.
Enlève-lui son imper'.
Ça aidera notre camarade à apprécier la situation.
Non, c’est pas lui. Mais c’est pas possible !
- C’est quand même pas Varonsky ? - Ça t’épate tant que ça ?
Mais c’est une catastrophe.
Ah...
Pour moi, non, mais pour toi, je peux comprends que ça te pose un problème.
Vous ne comprenez rien du tout !
Je croyais avoir réussi à m’en débarrasser,
mais là, il va me retomber sur le poil.
Alors,
en mettant les choses au pire, le tribunal va t’offrir...
cinq années de tranquillité absolue.
Attendez. C’est de l’autre dont je vous parle.
Mais quel autre ?
L’homme est un animal triste.
Il a la tête dans les nuages et les pieds dans la merde.
À force, ça lui monte au cerveau.
Oui, c’est possible.
Mais si je devais juger, je paierais pas souvent la pension de mon gamin.
Mentalité de boutiquière !
Et alors ? Vaut mieux être assise sur son fonds de commerce
que couchée sous son patron.
C’est encore moi.
Tu mériterais une bonne déculottée.
Non seulement tu trompes ta femme dès que j’ai le dos tourné,
mais en plus, tu me dénonces !
Mais je vous ai pas dénoncé !
Moi qui le plaignais.
Mais il est à plaindre ! Un type qui se fait ramasser par la 1re fille venue.
C’est insensé, c’est vous-même...
- Moi ? - Oui, vous.
À force de me miner la tête.
Pauvre bouchon, tout ce que j’ai essayé de faire, c’est... Et merde !
J’aurais mieux fait de te laisser croupir dans ton petit confort bourgeois.
Mais c’est quand même insensé !
Vous me surinez sur tous les tons que ma femme me trompe,
j’en viens à faire la bêtise de ma vie...
Tirer un coup, t’appelles ça la bêtise de ta vie ?
Mais mon pauvre minou, j’espère que t’en as fait plein des bêtises comme ça,
c’est excellent pour la santé !
Tu sais très bien ce que je veux dire, j’ai une conscience, moi.
Je suis pas comme certains qui...
Tu sais ce qu’on fait aux balances dans ton genre ?
Je t’ai pas balancé !
Tu crois ?
Tu vois ce que je te disais ?
Je suis désolé, mais c’est pas entièrement de sa faute.
Il a eu peur. Et quand on a peur, on fait n’importe quoi.
Vous êtes trop bon.
À ta place, je m’écraserais.
Et moi, à votre place, je me mêlerais de ce qui me regarde.
Je peux avoir une cigarette ?
Du feu.
La puanteur de l’homme qui se laisse submerger par la peur est pire...
que celle de mille fosses à purin ouvertes en plein soleil.
Tiens, tu vois ? Je suis sûr qu’il a lu Hegel, lui.
Aïe !
Bibliothèque de Clairvaux, La phénoménologie de l’esprit.
Fresnes, L’esprit du christianisme.
Les Baumettes, l’Encyclopédie, les sciences philosophiques.
L’opposition du réel et de la pensée.
L’homme total.
D’où la question de sa liberté réelle.
Oh ! On n’est pas à la Sorbonne, ici.
Eh ben, justement, y a une chose que je pige mal.
Ce qui t’embête, c’est que ta femme te trompe ou que tu l’aies trompée ?
Ça, évidemment.
Tu veux dire, l’avoir trompée sans la preuve formelle de son infidélité ?
Non, enfin ! Mais c’est vrai que ce serait pas du tout la même chose.
Eh ben, rassure-toi, fils, ton problème de conscience,
je vais te le régler en deux coups de cuillère à pot.
Je suis pas sûr d’y tenir beaucoup.
Il faut être sérieux !
Tout à l’heure, tu disais que ta femme était une salope.
Maintenant, tu essayes de te convaincre que c’est une sainte
et que toi, t’es la pire ordure que la Terre ait jamais portée.
Si vous voulez, bien que...
Ah non, je ne veux rien !
Ou plutôt si, ce que je te propose,
c’est qu’on rentre bien sagement tous les deux à Paris
et là, que tu me laisses une heure avec ta femme, rien qu’une heure.
Je te garantie qu’après, tu pourras avoir la conscience tranquille,
si t’en as une.
- Vous êtes fou. - Pourquoi ?
Elle n’est pas du matin ?
D’abord !
Je vous laisserai jamais faire une chose pareille !
T’as bien tort, c’est la seule solution.
Si ta femme refuse, ça sera la preuve que tu espérais.
Sinon, c’est la confirmation de ce que tu redoutes.
Mais là, un de plus ou un de moins...
C’est dégueulasse, mais c’est pas idiot ce qu’il dit.
La pire des tortures est de se sentir coupable.
Surtout pour quelqu’un de sensible comme toi.
Je suis pas du tout sûr de me sentir coupable.
On est tous coupables.
Mais mon petit pote, ça se voit sur ta tronche !
D’ailleurs, la meilleure preuve, c'est que t’aurais pas attendu que je te raconte
comment ma femme s’est conduite pour en tirer argument pour foncer
sur la première pute venue.
Hé, modère ton vocabulaire, tu veux ?
C’était pas une pute.
Et si c’en avait été une ?
Je lui avait données, elle les a laissées.
Elle les aurait gardées si elle était ce que vous dites.
La vie est un tricot de contradictions
dont le patron a été retiré de la vente.
Joli !
Tu devrais comprendre ça, toi qui es dans le commerce.
Je ne suis pas dans le commerce. Je vous les donne.
Oh, c’est vrai ?
Puisque je vous le dis.
Ce garçon est un séducteur né.
Si tu veux mon avis, il ne me séduit pas. Je te préfère de beaucoup.
Si vous voulez mon avis, votre avis...
Tu te crois malin, mais t’es pas meilleur que lui, tu sais ?
Au moins, lui, il s’évade ! À sa façon, il est plus libre que toi.
Vous avez le sens du paradoxe !
Je vais te dire où il est ton problème :
tu manques de légèreté, t’es tout encombré.
Ta femme, tes dicos, ton manteau, ton magnéto...
Tout ça entrave ta liberté de création. Tu comprends ?
Vous. Le commissaire a un mot à vous dire.
Je suis navré, mon doux ange, mais je ne peux refuser d’écouter ce monsieur.
Et moi ? Vous allez me garder longtemps ?
Toi, tu t’armes de patience, OK ?
Oh là... Si tu veux, je peux prévenir ta femme.
Ça va !
Comme tu voudras, c’est toi le chef.
À plus tard.
Avec plaisir !
C’est pas tous les jours qu’on a l’occasion
de rencontrer un homme de qualité.
Quand je pense qu’il a essayé de me faire croire qu’il le connaissait.
Bienvenue à bord !
Vous fumez maintenant ?
Refuser un cigare au commissaire aurait été fort discourtois.
Vous êtes quand même un beau salaud !
Je pouvais pas deviner qu’en plus, t’étais tombé amoureux.
Je suis pas tombé amoureux !
C’est dommage ! Elle avait l’air bien sympathique, cette jeune femme.
Tu fais chauffer le moteur ?
Je réfléchis.
Bigre !
Écoutez.
Je suis faible, vous êtes fort. Je suis lâche, vous êtes courageux.
Je suis lourd, vous êtes léger, je ne sais rien, vous savez tout.
C’est un combat perdu d’avance, non ?
Ma femme déteste les gens mal rasés.
Ah...
Si c’est vrai, tu peux compter sur moi pour la faire changer d’avis.
En fait, la seule différence entre nous, c’est que moi, j’aime ma femme.
Et que vous, personne ne vous aime,
puisqu’en dépit de votre générosité naturelle, vous n’aimez personne.
Vous êtes un vrai maniaque de la propreté.
J’ai rendez-vous avec une dame, non ?
Ben, qu’est-ce que vous faites ?
Tu croyais sérieusement que j’allais coucher avec ta femme ?
D’abord, il s’agissait d’essayer,
puis je comprends pas que vous me posiez cette question,
vous qui êtes si fort.
Eh ben, tu vois, on n’est jamais assez fort.
Tu parles d’un dégonflé !
Vous avez oublié ça.
On manque de vendeurs comme toi.
Vous voulez pas boire un petit café ?
Ce que tu peux être collant !
Tiens, t’auras qu’à le boire en pensant à moi.
Attendez, on peut pas se quitter comme ça.
On a encore plein de choses à se dire.
Effectivement.
Tu embrasseras ton épouse pour moi,
je suis sûr que c’est quelqu’un de très bien.
Je suis content de vous l’entendre dire.
J’ai jamais dit le contraire.
On peut avoir une libido dévorante et être quand même quelqu’un de bien.
- Tu crois pas ? - Oui.
Tes bouquins... Tu les signais comment ?
Ben, par mon nom : Martin.
Martin comment ?
Eh ben, Martin Placard.
Et ça s’étonne !
Tu me vois rentrer dans une librairie et demander le dernier Placard ?
Pourquoi pas "Ringard" tant que t'y es.
Tout le monde n’a pas la chance de s’appeler Hegel ou...
Et alors ? C’est quand même pas sorcier de se trouver un pseudo !
Allez... je te salue, petite tête.
La police ridiculisée.
Arrêté cette nuit même après une nouvelle évasion, l’insaisissable Daniel Varonsky
a une fois de plus faussé compagnie aux policiers.
Ma chérie, je suis rentré plus tôt que prévu. Non...
Ma chérie, j’avais très envie de te revoir, mais...
Ma chérie, nous sommes lundi matin,
je suis au parking, à côté de ta voiture,
mais je crois que j’aurais pas le courage de monter.
Je sais, c’est la pire manière de se séparer,
mais j’aimerais me dire que c’est ma dernière lâcheté.
Crois-moi, j’ai longuement réfléchi, c’est mieux ainsi.
Mieux pour toi, qui n’aura plus à supporter mes ratages successifs.
Et mieux pour moi,
car comme l’écrivait Rilke à sa femme :
"Les œuvres d’art naissent de celui qui a affronté le danger,
"qui est allé au bout d’une expérience."
Aujourd’hui, je me sens prêt à affronter la solitude.
Et j’espère que le livre qui en sortira te plaira vraiment.
Je pars...
mais je t’aime plus que je t’ai jamais aimé.
À Chicago,
Anderson descendit du train accompagné d’une belle brune à la voix douce.
La fille lui avait fait du gringue pendant le trajet
et quoique très amoureux de son filet de sole,
Anderson n’était pas homme à refuser une telle occasion.
Suzie, l'occasion en question,
invita le tueur à prendre un verre chez elle.
Et au matin,
le corps d’une jeune maigrichonne fut retrouvé dans les eaux glaciales
du lac Michigan.
La fiancée d’Anderson avait enfin découvert un traitement radical
contre les pellicules.
Ce fut le dernier méfait d’Anderson
qui, pris de remords, se retira à la campagne pour s’y consacrer
à la rédaction de ses mémoires qui, bien évidemment,
se vendirent à plus d’un million d’exemplaires.
Une fois encore, le crime avait payé.
C’est une maladie d’avoir peur comme ça.
Remarque, t’es pas le seul. Un jour,
j’étais commandant de bord.
A 11 000 mètres au beau milieu du Pacifique,
mon réacteur droit explose.
Bing ! L’avion ingouvernable.
Une vraie pierre. 11 000 mètres en chute libre...
c’est long. D’autant plus que derrière, ça s’égosillait ferme.
Un raffut à plus pouvoir penser. Alors, tu sais ce que j’ai fait ?
Je leur ai fait écouter ça et j’ai plus rien entendu.
Recueillis avant le grand plongeon, qu’ils étaient.
250 pèlerins, 250 cinquante morts.
Et vous vous en êtes sorti ?
C’était pas mon jour. Et hop ! Et hop.
Plus on l’écoute, meilleur c’est.
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