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Bonjour. On ne sait pas encore. Chauffeur de taxi.
C'est une patrouille de police qui a découvert le corps il y a une heure.
Quand on touche à un chauffeur-taxi, c'est tout le métier qui klaxonne. Et
vous pouvez compter sur les médias pour rajouter au vacarme et en mettre une
couche sur la sécurité.
Donnez-moi au courant.
Bien sûr.
Fèvre.
Bien, la victime est allongée sur le dos.
Large et profonde blessure au niveau de la carotide. Le cou.
Fatale aura vraisemblablement été portée avec une lame et filée l'hémorragie
importante vraisemblablement à l'origine du décès.
C'est quoi ça ?
Une empreinte de pneus bien distincte sur le lieu du crime.
Prenez un moulage, s'il vous plaît. Je vous remercie.
En fait, le meurtrier s'est fait passer pour un client, il a commandé la cour
jusqu'ici, là il l'a buté. Ouais, sauf que le lumineux est éteint. Peut-être
que le taxi n'était pas en service au moment du meurtre.
Le téléphone... Merde, le papier, merde ! Allô ? Allô
? Merde, ça a raccroché.
C'est pas grave, ça arrive.
Il y avait un numéro de téléphone, mais regarde, maintenant les deux derniers
numéros sont effacés.
Il est con.
Sinon, il n'y a pas de portefeuille, il n'y a pas de papier d'identité.
Bon, j'ai appelé la compagnie qui est inscrite sur le taxi.
Le chauffeur s'appelait Arnaud Gantier.
Il vivait à Pigalle.
Dis-moi, j'ai l'impression que le fèvre a nué gravement à ta santé.
Fais gaffe, consomme avec modération.
N'inquiète pas, on a consommé qu'une seule fois.
Et encore, je pense que c'est plutôt elle qui m'a consommé, mais bon.
Comme moi.
Comment ça, comme toi ? Laisse tomber. Merde, la porte est fracturée.
Prends pas de risque, il y a peut-être quelqu'un à l'intérieur.
Dis-moi, soit elle était très bordélique...
Soit il a reçu de la visite et pas vraiment amical.
J'opterais plutôt pour la deuxième option, tu vois.
Ah, dis-moi.
Il faisait part dans la photo de famille Gantier.
Regarde.
Taxi et photographe, c'est pas banal comme association.
Le matos non plus n'est pas banal.
La taille de l'appareil, la qualité des photos.
On peut dire qu'on a affaire à un amateur éclairé.
Ouais, t'as raison.
Et à rien porter sur la chose.
Police ! Arrête-toi ou je tire !
Ça va ?
Ça va. Ah putain ! Il a réussi à se barrer, il avait trop d'avance.
Tu l'as vu ? J'ai rien vu du tout.
Bon. J'appelle les J pour avoir relevé l'empreinte.
Non, je peux crever, quoi.
Bonjour, nous cherchons Roger Baron.
C'est le monsieur là-bas. Merci.
Roger Baron ? Oui ? Nous aimerions vous poser quelques questions, vous venez
avec nous ? Le secrétaire nous a appris que vous étiez très lié avec Arnaud
Gantier.
Oui, c'est vrai.
Je pense que cette nuit encore, j'étais avec lui pendant la pause.
À quelle heure ?
Deux heures, puis on est restés ensemble jusqu'à deux heures et demie. Vous n
'avez rien remarqué particulier ? Il était comme d'habitude.
Il devait se retrouver à sept heures après le boulot.
Il n'est pas venu.
S'il avait eu un problème, vous pensez qu'il vous en aurait parlé ? Oui, c'est
sûr. Arnaud, c'est le produit de Jean, a caché ses problèmes.
On se connaissait bien. J'expliquais le métier.
35 ans de taxi, forcément.
Il n'y a rien à savoir, surtout la nuit.
On va recharger n'importe qui.
Monsieur Gantier appliquait cette règle de sécurité ? Pas toujours.
Même jamais.
Non, parce qu'il y a des gens, on se méfie, on les prend pas.
Ils s'en foutaient, ils se trimballaient tout le monde, et n'importe où.
Ça, j'avais prévu qu'un jour, ça tournerait mal.
J'ai des infos sur la victime.
Arnaud Gantier, 30 ans, célibataire.
Né à Marseille où vivaient encore ses parents.
Taxi depuis un an.
Avant, il enchaînait des petits boulots, inconnu des services de police.
C'est des renseignements policiers que je veux pas insérer.
Où il sortait, qui voyait, avec qui il baisait.
Du matos pour bosser, pas pour écrire son épitaphe.
Comment ça, le capitaine Sisco, ce qui n'est pas parmi nous ? Non, Sisco a fait
un détour par les urgences.
Rien de grave. Une rencontre percutante chez la victime.
Bon, entre parenthèses, l'appartement a été mis à sac.
Un homicide suivi ou précédé d'un cambriolage, voilà.
Une combinaison rarement hasardeuse. Notre ami Gantier photographie des
situations déjantées et les malades qui vont avec.
C'est peut-être un de ces mecs qui l'a buté.
On a l'heure de sa mort ? Oui, entre 2h et 4h du matin.
Gantier étant resté avec ses copains en taxi dans un café à Pigalle jusqu'à 2h30
du matin, on peut rétrécir la fourchette.
Estimez l'heure de la mort entre 3 et 4h. Bien.
Nos services techniques ont réussi à décrypter les derniers chiffres du
numéro de téléphone retrouvé dans le blouson de Gantier, et malheureusement
souillé de sang.
Ce numéro correspond à celui d'un magistrat, plus précisément à un juge d
'instruction. Ce numéro a été appelé à deux reprises la veille du meurtre. Et
le dernier appel, celui que j'ai pas pu prendre ? Oui, il provenait d'une
cliente abonnée de la société de taxi dans laquelle Gantier travaillait. Une
certaine Coralie Pardot. Je sentais de la joindre à plusieurs reprises sans y
parler. Bien, Bailly, tu récupères Cisco et vous allez voir Coralie Pardo. Je m
'occupe du juge.
Je peux t'accompagner ? Pardon ? Je peux t'accompagner ? Oui, j'allais te le
proposer.
Pardonnez-moi de ne pouvoir vous accorder plus de temps. Les journées d
'un magistrat, tout comme celles d'un policier, d'ailleurs, devraient avoir
plus de 24 heures. Nous sommes toujours à courir après le temps.
Bonjour, maître. Merci de nous recevoir d'une manière aussi informelle. C'est
très aimable de votre part. La résolution d'une enquête de flagrance,
ça commode mal de certaines lenteurs protocolaires, surtout lorsqu'il s'agit
d'une simple rencontre. De quoi s'agit-il ? On enquête sur le meurtre d
'un chauffeur de taxi, Arnaud Gantier. Est-ce que ce nom vous dit quelque chose
? Bonjour, maître. J'ai respect.
Gantier, vous dites ? Oui, Gantier. Non, je ne vois pas pourquoi.
Parce que nous avons retrouvé le numéro de votre cabinet sur la victime.
Je n'ai pas l'habitude de laisser mon numéro de téléphone avec les chauffeurs
de taxi.
Ça doit être une erreur.
Pourtant, les remontées d'appels... Non, peut-être que la victime vous a appelé
au sujet d'une affaire que vous instruisez.
Écoutez, je vous promets de vérifier dans mes dossiers et de vous avertir si
je retrouve la trace de ce... Gantier. Arnaud Gantier.
Gantier, oui.
Pardonnez-moi, on m'attend pour une reconstitution et je ne suis pas en
avance. C'est nous qui sommes désolés de vous avoir retardé. Merci beaucoup,
monsieur le juge.
Bon. La prochaine fois, tu restes à ta place.
Ce mec est juge d'instruction et pour l'instant, il n'est pas obligé de nous
recevoir ni même de répondre à nos questions.
Tu me laisses faire.
En attendant, quand on lui a parlé de gantier, je ne l'ai pas senti bien.
Alors ok, c'est repris de suite, mais quand même.
Toi aussi, t'as intérêt à te reprendre.
Avec ce genre de pointure, c'est du concret qu'il faut.
Pas du film.
En gros, on évite les ennuis, on laisse tomber le juge. Non, pas du tout. On se
renseigne, on avance, mais pas avec des gros sabots.
Ça tombe bien, je viens d'offrir des bâtiments pour vous. C'est peut-être le
moment de les entraîner.
Attends.
Ouais, Scandre.
Ok, Cisco, on arrive.
On y va.
Coralie Pardo, la fille qui a appelé notre victime, a disparu.
Par contre, le chauffeur du taxi, Baron...
Elle a été aperçue ce matin en descendant chez elle. Allez.
Monsieur Baron, vous confirmez donc les propos de la voisine de Coralie Pardo, à
savoir qu'il vous est rendu vers 10h du matin à son domicile.
Oui, mais il n'y avait personne. Coralie n'était pas là.
Et ce matin, à 8h...
Vous y quoi ? C'était dans mon taxi.
Je venais d'apprendre la mort d'Arnaud par la radio.
J'étais sous le choc comme les autres chauffeurs. Puis on s'est tous retrouvés
à la société.
Pourquoi ne pas nous avoir parlé de Coralie quand nous sommes venus vous
voir ? Je voulais pas que la police lui apprenne pour Arnaud.
Je savais que ça allait être terrible pour elle. Elle l'adorait.
Et puis, elle est fragile, Coralie.
Moi, je voulais choisir les mots. Cette attention vous honore, monsieur Baron.
Malheureusement, Coralie Pardot ne peut ni avérer ni infirmer vos dires pour la
bonne raison qu'elle reste introuvable. A moins que vous ne sachiez où nous
pourrions la joindre.
Pardon ? Non.
Des traces de sang relevées sur la moquette du salon de son appartement
augurent mal de la nature soudaine de sa disparition.
Du sang ? Oui, du sang.
Parce que, toujours selon une voisine, elle a eu une violente dispute cette
nuit avec un homme.
Non ?
Elle a même failli appeler la police et ça s'est soudain arrêté.
Ça c'est la faute d'Arnaud.
Il avait le shit pour se fourrer dans les embrouilles.
J'avais peur qu'il l'entraîne, elle l'aurait suivi au bout du monde.
Ça fait l'air de bien la connaître.
Dites-moi, vous êtes très amis ? Oui, depuis deux ans.
Je l'avais chargée un soir à la sortie du peep show Place Blanche.
C'est là qu'elle bosse tous les week-ends pour se faire un peu de pognon
pour payer ses cours de théâtre.
Oui, elle veut devenir comédienne.
Elle a du talent.
Et puis, bon, on a sympathisé. C'est moi qui l'a raccompagné chaque fois.
Bon, donc, si je comprends bien, cette future actrice était devenue une de vos
régulières. C'est bien comme ça qu'on appelle vos clients habituels ? Sauf qu
'un jour, j'ai pas pu y aller. C'est Arnaud qui m'a remplacé.
Ils se sont tombés fous amoureux l'un de l'autre.
C'était un vrai coup de foudre.
Et... Pardon. Vous n'en avez conçu aucune jalousie ? Je pourrais être son
père. Très drôle.
Très drôle parce que dans son album photo, on a retrouvé ceci.
Une jeune fille comme elle.
Une extravertie, bien dans sa peau.
Ça éveille autre chose que le désir de paternité.
Vous ne trouvez pas ? La fille est morte il y a cinq ans.
Et depuis les gamines de son âge, ça ne me fait mal à rien qu'elle ait regardé.
Et puis ça va, j'ai quelqu'un d'autre dans ma vie.
Une collègue.
On fait le même travail, on a le même âge.
Elle est divorcée comme moi.
Merci bien.
Monsieur Baron, on a découvert le corps d'une jeune fille dont le signalement
correspondrait à celui de Coralie Pardo.
Je serais gré de bien vouloir m'accompagner à l'institut médico-légal.
La morgue.
J'ai un scoop sur le juge Mexière.
Il a 45 ans, marié, deux enfants, sorti major de sa promotion il y a deux ans,
il était juge d'instruction à Bordeaux.
Tu parles d'un scoop ? J'ai pas fini.
Il y a six mois, Coralie Pardo a été témoin dans une affaire que le juge a
instruite. Pas grand-chose d'une sorte de femme agressée dans le quartier
pical. A priori, rien à voir avec notre affaire.
Bon, je récapitule.
On retrouve le numéro du juge dans la poche de Gantier, notre victime, qu'il a
appelée deux fois la veille du meurtre.
Cerise sur le gâteau, la petite amie de Gantier a témoigné à une affaire que le
juge a instruite.
Donc, le juge et la petite amie de Gantier se sont rencontrés.
Ce serait y aller avec de gros sabots que de dire que ça commence à faire
beaucoup.
Bon, on n'a pas encore de quoi s'affoler, mais il faut empêcher le juge
de préparer ses arrières.
Alors ? Là, vous le filez, en finesse, en gardant votre distance si possible.
Vas-y, je te rejoins.
Pardon ? Je te rejoins.
C'est quoi ton problème ? T'es toujours aussi odieux avec les filles avec
lesquelles t'as couché ? Non, simplement avec celles qui ont décidé de se taper
tout le groupe.
Tu te rends compte que c'est le genre de connerie qui peut foutre en l'air une
équipe ? Prends pas ton cas pour une généralité, hein.
Moi j'ai toujours su faire la différence entre le cul et le boulot.
Ah non, est-ce que là tout va bien ? En fait, il manque plus que le marchand,
ton palmarès.
Hein ? En même temps, sur ce coup-là, je parierais à pas ma chemise.
Le marchand... Tiens, j'aurais pas pensé toute seule.
Maintenant que tu me le dis, t'as raison, joue pas ta chemise. Tu
prépondras.
Vous êtes en avance ? Je suis encore en cuisine.
Je n'ai pas encore eu le temps de constater la fraîcheur du produit.
Préparez pas un chef comme vous, nous serons nous contentés d'un encas.
Je te propose du 3 étoiles et tu te satisfais d'un fast-food.
C'est des gens comme toi, mon bon Michel, qui font que le métier se perd.
À part ça, qu'est-ce que je te sers ? L'addition de vos premières
constatations et sans commentaires excessifs, s'il vous plaît. Le client
est roi.
Blessure nette derrière la tête, contusion sur le visage et l'ensemble du
corps retrouvé dans la Seine où il a mariné quelques heures.
T'inquiète pas, le service est compris.
C'est pas elle.
C'est pas Coralie.
Nous allons quand même perquisitionner chez vous, monsieur Barron.
Excuse-moi, papa, je suis en retard.
C'est pas grave.
T'as mangé ? T'as bien beau ? Non, t'es gentille, j'ai pas faim.
T'es une petite mine, toi.
Ça va pas ? Non, ça va bien.
C'est bon.
Enfin, moi, qu'est-ce qui se passe ? C'est quoi, c'est le boulot ? Antoine,
passez le petit.
T'es vraiment flic dans l'âme, je te dis que tout va bien.
J'ai juste pas la frite aujourd'hui, c'est tout.
Bon, ça va, c'est bon, tu peux fichier maintenant, Nat.
T'es jamais contente.
Tu voulais un mec, t'en trouves un, et puis t'en veux plus, et puis t'en veux
encore. Avec ton gosse, c'est la même chose.
Est-ce que tu vas devenir adulte, merde ? Tout va bien, y a pas de problème, d
'accord ? Je me demande juste ce que je fous là.
Nat ! Nat ! Ça va, c'est bon, reste.
Mais pour quoi faire ? Moi, j'ai rien à te dire, et toi, t'as rien envie d
'entendre. Pour une fois, on est synchrone.
Et ça ? Qui c'est qui va le payer ? Ça va, c'est bon, j'arrive.
J'ai une tête de truand, je suis flic.
Vous voulez voir ma carte ?
Dis donc, qu'est-ce qu'il a, Jean-Louis, avec toi en ce moment ? Je le trouve
très, très désagréable.
Non ? T'exagères, il est au top.
Quand il râle pas, il fait la gueule.
Toujours le mot pour déplaire, la formule pour casser.
Sans parler de sa mauvaise foi.
Un vrai chef, quoi.
Tu peux me dire, je sais pas d'aller où, hein ? Est-ce que tu... T'as couché avec
lui ou non ? Pourquoi tu poses la question, puisque tu connais la réponse
? Ah ! T'as couché !
T'as couché avec lui, celle-là, elle est pas mal quand même.
Mais avant ou après moi ? Je croyais que t'étais pas jaloux.
Le juge nous balade, tout ça pour faire de la gym.
Ah bah écoute, c'est jamais mauvais un peu de sport, hein ? Tu me diras pas le
contraire ?
Putain,
bordel, bouge pas ! Lâche ton arbre ! Lâche ton arbre, putain ! Lâche ton
flingue, putain ! Putain, arrache-moi ! Lâche ton flingue !
Putain, y'a erreur sur la personne, lâche ! Merde, le capitaine Siskowski !
Putain, je te reconnais, toi t'es un mec de la BRI ! Oh, hé, Méliscus, votre
Altesse, hein, je vous ai épargné.
Hé, on a failli se payer la crime.
Oh, putain, toujours aussi perspicace, hein ? C'est un plaisir, et à part
emmerder les collègues, vous faites quoi dans le coin ? Bah, on protège un juge d
'instruction qui a reçu des menaces de mort.
Comme on vous a vu débarquer tout outillé, là.
Enfin, c'est pas le hasard qui vous amène ici.
Non, on essaierait une enquête. Une enquête ? Quelle enquête ? Allez, c'est
bon, saute-vous-y. Allez, au plaisir.
Allez. Hé, vous ne présentez pas votre collègue, là ?
C'est pas à nous qu'on refilerait ce genre de p'tit cul !
Si le juge d'instruction se plaint au procureur d'avoir été filé, l'affaire
remontera jusqu'à la chancellerie.
Sans faire preuve d'un pessimisme excessif, il y a fort à parier que le
commandant Scandella sera sévèrement sanctionné.
Si le commandant Scandella est sévèrement sanctionné, moi je quitte la
crime. Moi aussi.
Moi pareil.
Il va sans dire que je suis solidaire.
Je ne sais pas quoi vous dire.
Merci.
En attendant une sanction, on ne va pas rester les bras coincés. Donc, Baron, le
chef à taxi, on en est où ? Je l'ai bien observé à la morgue.
J'ai rendu compte que le corps de la jeune femme n'était pas celui de Coralie
Pardo. Je l'ai senti soulagé, vraiment. Par ailleurs, le laboratoire a analysé
les pneumatiques du taxi de Baron.
Elles ne correspondent pas à l'empreinte que j'ai fait prélever sur place.
J'ai vérifié. Baron a bien une maîtresse, une relation stable qui remet
en cause le mobile de la jalousie.
Alors, cette Coralie Pardo, elle est où ? Ben oui, justement, c'est Michel.
On a lancé un avis de recherche sur elle.
Non, on attend encore.
Bon, et c'est à cause d'un règlement de compte entre truands qu'on protège le
juge Mexière.
Première vue, rien à voir avec notre histoire.
Je suis allée au sex-shop où travaille Coralie, elle en est partie à 6h du
mat', et j'ai récupéré ça. Vierge et putain, elle tient le rôle-titre.
Apparemment, la protégée de Baron ne se cantonne pas qu'au soft, elle donne
aussi dans le hard.
Tu m'étonnes qu'elle ait flashé sur Gantier. C'est tordu.
Oui, ce qu'on est là.
Bien, monsieur.
Allez, je monte.
Oui, tout de suite.
Bon, pas encore mise à pied, mais c'est chaud.
On y va mollo.
On garde le juste dans le collimateur, mais pas de garde à vue avant d'avoir du
concret.
Voilà, bon bah c'est bon pour aujourd'hui, on se retrouve demain.
Bien, bonsoir quand même. Bonsoir.
Eric, on n'est pas des seigneurs ? Oui, des seigneurs.
Moi, Bailly, les problèmes, c'est une chose.
Faut que tu penses à ton couple.
T'es toujours en froid avec ton mari ? Ok, d'accord.
Allez, je te raccompagne.
Ne me regarde plus, je l'exaspère.
Hier soir, je lui ai annoncé que je faisais une mammographie de contrôle. Il
n'a pas moufté. Faut que je lui dise quoi ? Que j'ai un cancer ? Faut qu'il
réagisse.
Bonjour, vous êtes bien sur la message du Ternat ? Laissez-moi un message.
Merci.
Je suis passée chez le médecin.
Ils n'ont pas encore les résultats de ma mammographie.
Tu sais bien que ce labo, ils sont toujours en retard.
Oui.
C'est vrai que ça.
Qu'est-ce que tu veux que je sois d'autre ? Qu
'est
-ce qu'il y a, Florence ? Il y a un problème ? Non.
Non, il n'y a rien.
Je te connais, Florence.
Tu me caches quelque chose, là.
Ne t'inquiète pas, Étienne. Tu me connais, je suis solide.
Merde.
Je t'oublie peut-être, ça.
T'as trouvé un truc ? C'est pas vrai.
C'est un concert ?
Il sait pas, il sait pas, Etienne, il faut attendre.
Pardon, ma Florence.
J'ai pas de détails.
Excuse-moi, excuse-moi.
T'en fais pas, je suis là.
Ben oui, je la connais, Coralie, c'est même une copine. On a tourné plusieurs
fois ensemble, mais ça fait un bail que je ne l'ai pas vue. Mais bon, comme je n
'ai plus travaillé pour Guéry, forcément, on se voit, moi.
Guéry ? Sylvain Guéry, producteur de hard.
Il promet à Hollywood, à toutes ses actrices, pour mieux les exploiter.
Et pas dans des plans clean.
Permettez-moi de vous demander ce que vous incluez dans le terme générique de
plan. Des plans cul.
Dès partout, ce qu'il organise chez lui, ça lui fait de la chair fraîche pour pas
cher. Il fait miroiter des grandes carrières et pas dans le porno. Et
forcément, elles y vont toutes.
Coralie, elle est tombée dans le panneau.
Vous prétendez que Mlle Pardo participait à des soirées libertines ?
Je ne prétends pas, j'affirme. On y était ensemble.
Puis moi, j'ai vite compris. J'ai lâché l'affaire. Puis j'ai changé de
producteur parce qu'avec Guéry, pas de partouse, pas de film.
Et le petit ami de Coralie, vous le connaissez ? Arnaud ? Bien sûr que je le
connais. Oui, il traînait tout le temps sur les plateaux de tournage. On dirait
que ça l'excitait de voir Coralie avec des autres.
Mais Coralie était tellement occupée à réussir qu'elle ne s'en rendait même pas
compte. Elle ne voyait pas que c'était un tordu. Elle ne savait pas qu'elle
allait se retrouver tapant sur le trottoir.
Dieu vous en préserve, mademoiselle.
Je voulais te dire que je suis désolé.
Je ne savais pas pour le fait vrai toi, sinon je n'aurais pas... Non, ce n'est
pas grave, ne t'inquiète pas.
En tout cas, je la trouve incroyable cette fille parce qu'elle...
Elle agit un peu comme un mec, non ? Elle te prend, elle te jette, on fait
pas des montagnes.
En même temps, ça t'arrange un petit peu aussi, non ? Ça m'arrange pas mal, oui.
Y'a pas de pathos, y'a que du plaisir.
Et de ce côté-là, d'ailleurs, elle se débrouille pas mal.
Côté plaisir, je veux dire.
Qu'est-ce que t'en penses, d'ailleurs, toi ? Ça faut reconnaître que... Vous
savez quoi ? Le juge Mexière et le producteur Guéry sont inscrits dans le
même club de gym.
Et ça...
C'est plus du hasard, c'est de la coïncidence.
Ça prouve que la filature a pas été inutile.
On résume, on retrouve le numéro de téléphone du bureau du juge d
'instruction dans le portefeuille d'Arnaud Gantier, dont la petite amie
joue dans les films pornos, c'est ça ? Le producteur de ces films organise des
partouzes auxquelles participent certaines de ses actrices, dont Coralie.
Coralie qui a été témoin dans une affaire instruite par le juge il y a six
mois. Le juge et le producteur de films pornos fréquentent le même club de
remise en forme, ça veut dire qu'ils se sont sûrement rencontrés.
Dans l'hypothèse où le juge aurait participé à ces soirées chaudes.
Coralie aurait pu le reconnaître, ça commence à sentir un tout petit peu le
chantage, tout ça, non ? Je les approuve la méthode, mais Coralie devait en avoir
marre de se faire exploiter.
C'est dit que cette fois, ça allait changer.
Je peux comprendre.
Franchement, le fait que Coralie ait l'air d'une grande fille, personne ne
peut la forcer, elle est une partouze. Il y a des femmes qui n'ont pas le
choix.
Le faire, avant de défiler pour la condition féminine, trouvons-nous un
moyen de croiser le juge.
Oui, car il est vrai, voyez-vous, que ce faisceau de connexion pourtant troublant
ne vous permettra pas néanmoins d'obtenir du procureur le feu vert pour
explorer les comptes bancaires du magistrat, encore moins de le mettre en
garde à vue.
Surtout après l'épisode désastreux de la filature.
Des preuves et non des hypothèses, voilà ce qu'il nous faut. Moi j'ai peut-être
une solution.
Julie, la copine de Coralie, elle aussi elle a participé à ces soirées. Si elle
y a croisé le juge, peut-être qu'elle pourrait le reconnaître.
En faisant mes recherches sur Mixier, j'ai trouvé cette photo.
Alors ça date d'il y a deux ans, mais il n'a pas changé d'un poil. Bon, ça se
tente et ça se prépare.
Michel, je vais avoir besoin de vous.
Je vais vous demander de mener cet interrogatoire et avec le fèvre, on
jouera les troubles faites.
D'accord ?
J'ai déjà dit à vos collègues que je ne connaissais pas ce chauffeur de taxi.
Oui, certes, certes. Et peut-être connaissez-vous l'un de ses proches, un
certain Sylvain Guéry, qui fréquente le même club de remise en forme que vous.
Monsieur Guéry est producteur de films à caractère pornographique. Oui, il est
aussi l'organisateur de soirées collectives, ayant un rapport direct
avec son activité professionnelle.
Je suis marié et père de famille.
Je ne vous autorise en aucun cas à me mêler à toute cette pli. Qui plus est,
sans la moindre preuve, je vais immédiatement en référer à qui de droit.
Non, je serai vous, monsieur le juge. Pardon, téléphone.
J'attendrai un tout petit peu.
Voulez-vous en venir ? D'après cette photo, une jeune femme qui a participé
aux soirées de guéries vous a formellement reconnue comme étant un
membre actif de ce qu'il faut bien appeler des partouses.
Oh, une erreur sans aucun doute.
C'est pourquoi nous vous proposons de lever ce voile d'ambiguïté et nous avons
décidé d'organiser une rencontre avec cette personne, laquelle se trouve
présentement dans l'un de nos véhicules. Il suffit tout simplement de la faire
monter jusqu'ici.
C'est inutile.
Inutile.
J'ai effectivement participé à ces soirées par deux fois.
Je le regrette, bien évidemment.
Je vous concède que cela est moralement condamnable, mais juridiquement cela
relève de la vie privée et ne constitue en aucun cas un délit.
Une des participantes de ces soirées, Coralie Pardo, une actrice de porno,
vous a croisé en tant que témoin dans une affaire que vous instruisiez. Nous
pensons qu'elle vous a reconnu et peut-être photographié, avec la
complicité de son ami, Arnaud Gantier.
Et voyez-vous, il pouvait utiliser ces photos à des fins mercantiles.
Oui, le chantage, c'est un très bon mobile pour un meurtre.
Voire un double meurtre.
Parce que si Gantier est mort, Coralie Pardo, elle, elle a disparu.
Elle me faisait chanter.
Elle avait pris des photos lors de la seconde soirée, je les ai reçues par la
poste. Je n'avais pas le choix, il me fallait payer pour éviter le scandale.
C'est Gary qui est allé au rendez-vous avec l'argent, moi je suis resté chez
moi, ma femme pourra en témoigner.
Vous êtes particulièrement bien placé, voyez-vous.
Pour savoir qu'un individu...
qui ne serait pas magistrat, serait dans des circonstances analogues
immédiatement mis en garde à vue.
Vous n'en avez ni le droit, ni le pouvoir.
Je n'ai rien commis d'illégal.
Contrairement à vous, qui n'avez pas respecté la procédure administrative.
En avertissant votre hiérarchie, voyez-vous, ce que vous avez tout à fait
le droit de faire, vous risquez de la tenir au courant de notre entretien,
lequel, jusqu'à résolution de l'enquête, et voire au-delà, Si votre
responsabilité réelle n'est pas prouvée, vous pouvez rester discret.
J'aurais payé une rançon à la place d'un juge.
Pas mal trouvé, mais un peu gros, non ? Allez, soyons sérieux. En plus, le nuit
de la mort de Gantier, j'ai pas bougé de mon lit.
Vous avez un témoin, monsieur Guéry ? J'en ai deux.
Deux actrices hongroises auxquelles je faisais passer des essais avant de les
engager.
Vous pouvez leur le demander, mais je vous préviens, parle pas un mot de
français. Bon, attends, moi t'es hongroise, vrai ou fausse, j'y crois
pas. Par contre, ce que je crois, c'est que t'as apporté le fric de Mexière et
que t'as buté Gantier.
Attends.
Votre homme en policier, là, il tient pas la route.
Vous avez rien contre moi. Tout ça, c'est du baratin.
J'ai rien à voir avec le meurtre d'Arnaud.
Vous avez pas la moindre petite preuve d'attendre le contraire.
C'est moi passé, je vous dis, mais je dois voir comment on se conduit là.
Merde, demandez-moi. C'est bon, oh, je viens, je viens.
Coralie est chez moi.
Elle est arrivée complètement affolée.
Elle a été tabassée et menacée de mort.
Elle disait que vous êtes là ? Non, elle voulait pas que je vienne. On m'a tout
raconté, les pornos, le partouze, le chantage.
C'est gueulasse, je comprends pas comment elle a pu en arriver là.
Qui est-ce qui vous a arrangé comme ça ? C'est Yérim, mon producteur.
Il est passé chez moi dans la nuit et je venais de rentrer du travail.
J'ai cru que c'était Arnaud alors j'ai ouvert.
Et là il m'a cogné tout de suite.
Il m'a dit qu'Arnaud venait de se faire liquider et que si je fermais pas ma
gueule ce serait mon tour.
Puis il m'a frappée.
Il m'a demandé l'adresse d'Arnaud.
C'est Gary qui a dû tomber sur Cisco le jour.
Où êtes-vous allés ensuite ? C'est Gary qui vous a forcé à le suivre ? Quand il
est parti, je ne savais plus quoi faire.
J'ai flippé.
J'ai pris des affaires et je suis partie à l'hôtel.
J'avais peur, j'avais super peur.
C'est pour ça que je suis revenue ici, parce que je voulais voir Roger.
Faire chanter le juge Mexiaire, c'était une idée à qui ? À vous ou à votre
petite amie ? C'est Arnaud qui voulait.
Mais vous ne l'avez pas empêché.
Mademoiselle Pardo, malgré toute la bonne volonté dont vous faites preuve,
on va être obligés de vous défier devant le parquet pour complicité de chantage.
Voilà.
Bienvenue.
C'est toi.
Allez. Bon, on va arrêter de tourner autour du pot.
Coralie Pardo nous a tout raconté. Alors maintenant, on attend ta version et t'as
intérêt à être à corps. Allez.
J'avais rendez-vous avec Arnaud sur les quêtes saines.
Trois heures.
Je devais lui remettre l'argent du juge et récupérer les négatifs des photos.
J'avais du retard.
Un bon quart d'heure.
Arnaud était déjà mort.
Et ensuite ? Oh ! Qu'est-ce qui s'est passé ensuite ? Il était affalé sur le
siège passager.
Il y avait du sang partout. J'ai pas réfléchi, je suis parti.
C'est fini ? Non.
Alors ça, c'est la déposition de Coralie Pardo.
Ok ? Je cite.
Il m'a dit qu'Arnaud avait été liquidé et que si je fermais pas ma gueule, ça
serait bientôt mon tour.
J'ai juste voulu l'impressionner pour qu'elle se taise.
J'ai paniqué quand j'ai retrouvé Arnaud dans le taxi.
J'étais sûr qu'on allait mettre ça sur le dos.
C'est pour ça que je suis allé chez lui.
On va essayer de voir s'il n'y a rien qui puisse permettre de remonter jusqu
'au juge. Moi, je crois que l'histoire est beaucoup plus simple que ça.
Bah oui, t'es allé au rendez-vous pour filer le fric du juge.
Sauf que ça a mal tourné, hein, quand il en voulait beaucoup plus. Il avait un
filon, il voulait l'exploiter jusqu'au bout.
Il avait d'autres photos.
Et la fois d'après, ça aurait été beaucoup plus cher, donc tu l'as buté.
Et au passage, t'as gardé le fric du juge.
J'avais le fric, pourquoi je l'aurais tué ?
J'ai juste voulu aider un juge, c'est tout.
Un tribunal devra comprendre ça, non ? Un jury d'assises aura beaucoup plus de
mal à vous pardonner d'avoir prostitué, battu, drogué des filles dont le seul
crime était d'être trop naïves.
C'était des putes.
Est-ce qu'on a contre Guéry ? On va pouvoir boucler le dossier.
Je suis désolé de vous contredire, mais j'ai fait analyser le pneu de la voiture
de Guéry et ceux-ci ne correspondent pas.
Un emprunte relevé sur les quais.
Ces traces n'ont peut-être rien à voir avec le meurtre.
J'en conviens.
Mais cependant, voyez-vous, pour qu'il y ait emprunte, il faut que la terre soit
humide. Et pour que la terre soit humide, il faut qu'il n'y ait plus.
Or, les services météorologiques ont enregistré une averse à 2h du matin.
Comme le rendez-vous avait lieu à 3h du matin dans un endroit volontairement
désert, il y a donc de fortes chances pour que la voiture qui a laissé cette
emprunte soit liée à notre affaire.
Brillante démonstration, Michel.
Mais si Guéry n'a pas tué Arnaud Gantier...
Qui l'a tué, alors ? Mexia a très bien pu arriver à Vanguerie et supprimer
Arnaud Gantier.
Même payer quelqu'un pour le faire à sa place.
Mais là, je crois pas. Le juge avait tout intérêt à ce que cette histoire de
chantage soit définitivement enterrée.
Je suis désolé d'insister, voyez-vous, mais cette empreinte, aussi irritante
soit-elle, est intégrée à notre enquête.
Or, même le plus mauvais avocat aura beau jeu de démontrer que la seule
preuve matérielle que nous possédons tend à innocenter son client.
Pour une fois, Michel, je suis d'accord avec vous.
On va conserver Gary au frais.
Une nuit au dépôt va peut-être lui délier la langue.
Comme ex-sière, je ne suis pas mécontent d'annoncer au patron qu'on va le déférer
au parquet pour faux témoignages.
T'es là, toi ? Ouais, j'ai toujours ma clé.
Ça va ?
Puis il faisait froid dans l'escalier.
T'es chez toi, hein ? Je suis content de te voir.
Tu veux un truc à boire ? Ouais.
Tiens. Merci.
Qu'est-ce qui t'arrive, ma puce ? Dis-moi.
Je suis crevée.
Je dors plus.
C'est Théo, il se raye toutes les nuits, il arrête pas de pleurer. Avec Antoine,
du coup, on s'engueule.
Lieutenant, un bébé qui pleure toutes les nuits, c'est pas normal ? T'as vu un
pédiatre ? Il a dit que c'était peut-être les dents.
S'il dit que c'est les dents, c'est son métier.
Non, mais ça va pas être les dents, ça fait plus d'un mois.
Qu'est-ce que tu veux que ce soit ? Non, mais je sais pas, je... Je fais du souci
pour rien, t'as raison.
Allez, ça va aller, c'est parce que c'est le premier.
Tu verras, quand on sera au cinquième, tu l'entendras même plus.
D'accord ? Ça va aller, ma puce.
Allez.
Au risque de paraître vouloir vous déplaire mon acharnement, pneumatique s
'est avéré payant. Et oui, les techniciens du laboratoire avaient tout
simplement omis d'analyser la roue de secours du taxi hors renseignement pris
auprès du garage qui s'occupe de l'entretien du véhicule de Baron.
Celui-ci a bien été victime d'une crevaison la nuit du meurtre.
Oui, bon, crevaison ou pas, ça ne change rien, question mobile.
Baron n'en a toujours pas. Oui, absence troublante qui m'a amené à vérifier la
première audition de Baron. Et comme il en avait fait mention, j'ai contacté son
ex-épouse.
Le couple a divorcé à la suite du décès par overdose de leur fille unique.
Baron, toujours d'après son épouse, s'est senti responsable de n'avoir su,
de n'avoir pu sauver sa fille. Alors il a peut-être tout simplement reporté l
'amour qu'il avait pour sa fille sur Coralie Pardot.
Et s'il était au courant de ses activités, il a pu se sentir investi de
la mission de la sortir de ce milieu haïssable entre tous à ses yeux.
Il n'a pas vraiment d'estime pour Arnaud Gantier de la tenir pour responsable de
la déchéance de Coralie, il n'y a qu'un pas.
Oui, sauf que Baron n'était pas au courant.
Et là, ça tient plus.
Il me reste à vérifier ce point crucial avec Baron.
Je les connais.
Arnaud avait fait venir chez lui pour montrer sa petite collection.
Il en était très fier.
Ce monde de la nuit, sordide et dépravé.
Votre fille le fréquenta elle aussi.
Il a même eu raison d'elle.
Nous le connaissons, nous aussi, pour l'avoir éprouvé à maintes reprises ce
sentiment d'impuissance face aux drames inévitables.
J'ai fait tout ce que j'ai pu.
Ça servait à rien, elle n'entendait rien.
Tout ce qui comptait pour elle, c'était sa drogue et les moyens de se la
procurer.
Elle était naïve, ma fille, pour en rêver et pour ses ordures.
Malheureusement, il y a des gens qui tombent dans la drogue sans qu'on les y
pousse. Non, pas elle.
Non, pas elle.
Et sans ce salaud de dealer qui lui a fait croire qu'il l'aimait, rien de tout
ça serait arrivé.
Un salaud dans le genre d'Arnaud ? Pour vous, c'est lui qui est responsable de
la dérive de Coralie.
Vous ne supportiez pas de voir Coralie se perdre.
Vous ne pouviez pas assister à ce naufrage sans intervenir.
Vous saviez pour Coralie, depuis longtemps.
Vous saviez pour les Partous et pour le reste.
Alors vous avez voulu la sortir de là.
La nuit du meurtre, j'étais dans mon taxi pendant celui d'Arnaud.
Tiens.
Ah Michel, on avait de nouvelles pour vous. La police technique est allée au
garas qui s'occupe du taxi de Baron.
Et la roue de secours a été changée, il y avait une entaille dans le pneu. Ils l
'ont balancée à la décharge.
Voilà, comme ça on n'aura jamais eu le fameux de cette histoire de pneus.
Écoutez, je ne partage pas du tout votre façon de voir les choses.
Non, cette trace de pneus est pour nous peut-être la seule piste qui ne nous
mène pas à l'erreur judiciaire. Michel, si Baron est coupable, ce qui reste
encore à prouver,
il n'est pas prêt de craquer et nous on n'a pas grand chose pour l'amener à le
faire. Donc...
Ça vaut quand même le coup de tester une dernière fois Baron.
Pas avec la manière forte, mais en jouant sur l'affectif. Alors, j'aime pas
ses méthodes.
Vous imaginez s'il est innocent ? Mais t'en es plus sûre, et puis nous non
plus. Moi, je crois que le faire a raison.
Il faut le confronter à Coralie. Il y a qu'elle qui peut encore le faire avouer.
Ok, allez.
Coralie, vous croyez que Roger Baron était au courant que vous jouiez dans
des films pornos et... Et que vous participiez à des partouzes.
C'est possible, ouais.
Quel rapport avec la mort d'Arnaud ? C'est juste pour l'enquête.
Pour comprendre, on a besoin de savoir qui était au courant de quoi.
C'est oui.
Et qu'est-ce qui vous fait croire qu'il était au courant ? Des allusions qu'il
faisait.
Il me mettait en garde comme un père peut le faire avec sa fille.
Merci, M. Baron. Je vous en prie.
Roger, mais qu'est-ce que tu fais là ? M. Baron, Coralie et Pardo affirment que
vous saviez toute sa vie.
N'est-ce pas que vous étiez au courant ? C'était un nogantier qui vous forçait à
jouer dans des pornos et à participer aux soirées de guéries ? Mais non, c'est
moi.
C'est moi seule qui voulait.
Tu sais bien que sans Arnaud, t'aurais jamais fait ça.
Il t'a manipulé.
Mais pourquoi tu continues à le défendre ? Mais c'est la vérité ! Tu veux pas l
'entendre, mais c'est comme ça que ça s'est passé, c'est tout ! Je... Je
voulais y arriver, je voulais réussir.
Arnaud, c'était un mec bien.
Et il respectait les choix que je faisais, c'est tout.
Arnaud, un mec bien ? Mais ouvre les yeux, c'était un monstre ! T'es aveugle
ou quoi ? Aveugle comme votre fille.
Ah, pareil.
Arnaud, c'était un danger pour toi, ce n'était pas un appui.
Écoute, maintenant, il faut l'oublier.
Pensez à ta carrière.
Tu as du talent, tu vas y arriver.
Mais pas comme ça, pas avec toutes ces saloperies.
Coralie, il t'aurait tuée.
Qu'est-ce que tu racontes ? Tu n'as pas pigé ? Qu'avec cette ordure, tu aurais
fini au tapin ? Camé jusque-là comme ma fille ? Non,
rien, vrai.
Si c'était à refaire, Pardon ?
Qu'est-ce que vous referiez
? Le tuer à nouveau ?
T'as pas fait ça, Roger ?
C'est lui.
C'est Arnaud qui m'a montré les cassettes porno.
Il voulait me faire découvrir tes talents cachés, comme il disait.
Il m'a dit que tu partais comme une pute, qu'il voulait te mettre sur le
trottoir avec ses autres gonzesses.
Moi, j'ai voulu te sortir de là.
J'ai voulu faire pour toi ce que j'ai pas fait pour ma fille.
Et vous pensiez faire passer ce meurtre pour une banale agression de taxi ?
C'est pour ça que vous avez fait disparaître le portefeuille ? Une fois
Arnaud disparu, j'aurais pu la commande de nous tout arrêter.
Je voulais te sortir de là.
Je voulais te sortir de toute cette merde.
C'est moi.
D'accord, monsieur le divisionnaire.
J'arrive.
C'est le directeur.
Il veut me voir à propos du juge.
Dans une heure, Michel, on saura si je suis viré.
Non, c'est pas en attendant, là. Gary sera poursuivi et probablement condamné.
Pour violence volontaire et vol avec effraction.
Par rapport à ce que va prendre Baron, c'est rien.
Alors ? Virée.
Oh putain.
Putain d'enfoiré de merde ! Ça va, je déconne.
J'ai seulement un copain d'un blâme.
Voilà. C'est pas bien ce que tu viens de faire là, tu sais. Non, non, c'est pas
bien du tout parce que je viens de bousiller une paire de pompes à 300
euros.
C'est moche ? Oui, c'est moche.
Bon, en tout cas, je voulais vous remercier parce que sans vous, ça aurait
été compliqué.
Donc, merci, il n'y a que ça à dire.
Bon, un blâme, c'est Saint-Rose, non ? Oui ! Ah oui, oui. On y va ? D'accord.
Allez, en tout cas, ça y va. Je m'étonne que tout le monde s'en fout, en fait.
Mais ça te fait rire, toi.
Je sais pas ce que c'est, de toute façon, une paire de pompes, pas trop. Je
sais, mais dis-nous un petit peu.
Donc, c'est rayé, ça te dit quoi ? Dis-nous. C'est rayé, c'est tout rayé.
Non, c'est pas rayé.
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