All language subtitles for la-souris-sur-la-lune.1963

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Original subtitles

Sous-titrage FR ?

Voici la Terre, telle qu'on la voit de la Lune, c'est-à-dire d'une distance de

384 400 kilomètres.

Ce continent, c'est l'Europe, dont la superficie est de 10 millions de

kilomètres carrés.

Et ceci, c'est le grand duché de Fenwick, lequel couvre une superficie de

8 kilomètres sur 5, plus 7 arpents.

Fondé il y a 5 siècles par un Anglais, Sir Roger Fenwick, c'est le plus petit

et le plus rétrograde de tous les pays du monde.

Nous allons assister à la cérémonie du salut aux couleurs par toutes les forces

armées du pays.

Le grand duché de Fenwick est resté fidèle aux traditions britanniques.

On pourrait presque se croire à Londres à l'heure de la

relève de la garde.

Voici la souveraine bien-aimée de ce petit duché.

La royalissime Gloriana XIII.

Voici David Benter, chef de l'opposition loyaliste.

Et voici, premier ministre héréditaire, le contre-opère de Montjoie, l'un des

hommes d'État les moins éminents d'Europe.

Politicien côteleux, il s'est consacré à la défense de la doctrine fondamentale,

selon laquelle ce qui est bon pour lui ne l'est pas nécessairement pour le

peuple.

En sa qualité de premier ministre, Montjoie remplit avec fierté ses devoirs

envers sa souveraine régnante dans les cérémonies officielles.

L'instant le plus pathétique de la fête donnée à l'occasion de l'anniversaire de

la Grande Duchesse est l'émouvante salve tirée par le canon de la division d

'artillerie d'élite.

Le clou de cette bouleversante cérémonie est la revue des troupes, passée par le

Premier ministre.

Précision !

Cheveux

à couper.

Boutons à recoudre.

Ongles sales ! Mais un pays ne peut pas vivre que d'apparat.

Le vin est le sang même du grand duché.

Le pays ne produit et n'exporte que des vins sans prétention, mais fort

agréables, et qui doivent la finesse de leur bouquet à la façon traditionnelle

dont ils sont pressés et mis en bouteille.

Mais cette année-ci se produisit soudain une série de désastres inexplicables.

de baptême sera la destructive

afin de conjurer la crise économique ont

réuni d'urgence les représentants de l'agriculture messieurs il faut nous

rendre à la triste évidence que notre vin hélas ne voyage pas mais votre grâce

Notre vin voyage depuis des siècles. Eh bien, il ne voyage plus. Et même s'il le

pouvait, il ne le pourrait pas, car on l'en empêche. Voulez-vous répéter cela,

Bobo ? Si ça ne vous ennuie pas. Le fait est, votre grâce, que je viens de

recevoir des nouvelles d'Angleterre et d'Amérique.

Ces deux pays interdisent toute importation de nos vins. C'est une

honteuse provocation.

Saisissez les Nations Unies. La dernière cession des Nations Unies s'est trouvée

suspendue à la suite de l'explosion d'une de nos bouteilles à la table

présidentielle.

Voilà, j'ai gagné la partie.

Qu'entendez-vous faire ? C'est dramatique. Si on n'exporte plus nos

vins, nous allons être fauchés. J'ai assisté le 13 à... Ça.

J'ai demandé à notre équipe de savants... Notre équipe ? Oui, au

professeur Coggins, de faire une analyse détaillée de nos crus les plus courants.

Il est bon que chacun poursuive les expériences à sa manière, parce que

chacun d'entre nous a une soif bien légitime de percer le mystère de nos

barriques. Bobo, je crois qu'il est temps pour moi de me rendre au

Parlement.

Messieurs, vous savez tous que notre industrie viticole traverse une crise

grave. Si nos viticulteurs se mettent à barrer les routes, il va falloir nous

décider sans tarder à prendre des mesures rigoureuses pour sauver notre

économie et l'existence même de notre cher pays. Lesquelles ? Il s'agirait d

'installer le confort moderne.

Le confort moderne ? Bien sûr, en installant le confort moderne, nous

attirerons le touriste.

En somme, vous voulez prendre des bains chauds.

Peut-on penser qu'on remédiera à la tragique situation de notre pays par l

'installation de WC privés ? Mais notre XXe siècle exige des lieux privés.

Tout le monde en réclame. Pas moi, c'est anti-hygiénique. À notre sens, c'est une

affaire qu'il faut examiner en conseil privé de cabinet.

Votre gras, je crois qu'il n'existe aucun conseil assez privé pour ça.

C'est bien dommage. Alors on continue.

Bonjour, Cynthia.

Bonjour, oncle Bobo.

Bonjour, oncle Bobo.

Banta, vous connaissez la Constitution aussi bien qu'un autre.

Si vous n'êtes pas de taille à mater votre fille, je vous avertis que je lui

ferai couper la tête.

Que je vous y prenne, que je vous y prenne.

Allons, messieurs, calmez-vous, au travail.

Reprenons.

Pour donner la grandeur nécessaire à notre nouvelle politique,

Mais Bobo...

Est-ce que je n'ai pas lu que leur séduisant président, son nom m'échappe,

a férocement réduit l'aide financière aux pays étrangers ? Le fait est exact,

votre grâce. Mais rappelez-vous que les Américains sont un curieux peuple. Avant

toute chose, ils veulent se faire aimer par les pays non engagés en particulier.

Ils sont prêts à dépenser des milliards pour être populaires.

Je propose donc de demander de l'argent pour construire une fusée afin d'envoyer

un homme dans la Lune.

Une fusée ? On n'a même pas d'argent pour acheter la mèche.

Silence. L'Amérique ne nous prêterait pas un fifre là si nous avions la

moindre chance d'envoyer une fusée quelque part. Mais ces gens-là ne

parlent que de coopération internationale dans le domaine de l

'espace. Et je leur offre une superbe occasion, vous l'avouerez, et sans qu

'ils courent un risque, d'ouvrir leur bourse et de joindre le beau geste à la

parole. Ce pays peut devenir une troisième force. Bien sûr, votre grâce.

Je suis contre.

Il serait indécent et malhonnête d'accepter leur aide sous un faux

prétexte.

Vous demanderiez combien ? Un demi-million de dollars.

Pour eux, c'est une bagatelle.

Le professeur Coquine semble avoir débouché une autre bouteille.

M. le

ministre,

cela veut-il dire que nous sommes en retard sur la Russie pour envoyer un

homme dans la Lune ?

Notre pays n'est pas engagé dans une course à la lune, autant que je puisse

savoir. Puis-je poser ma question autrement ? Bien entendu.

Si vraiment nous faisions la course, serions-nous second ? C'est une bonne

question. Eh bien, je m'en vais vous répondre.

Admettons que ce soit vrai. J'ai l'impression que si l'on faisait une

course, il serait difficile de dire catégoriquement et avec certitude que

nous sommes en tête du peloton.

Ça vous donne-t-il satisfaction ? Non.

Ce pas gigantesque en avant n'est-il pas un pas en arrière ? Dites-moi.

Non, monsieur.

Pardonnez-moi, madame.

Quand l'homme fait la course... Non, quand l'homme entreprend la conquête de

l'espace, chacun des pas faits dans n'importe quelle direction est un pas

dans la bonne direction.

Mais on nous a laissé entendre que vous aviez en fait reçu des messages

provenant du robot, mais que vous n'en parliez pas pour des raisons de

sécurité.

Sans commentaire. Je vous remercie.

Monsieur le ministre, cette insinuation que le robot a envoyé des nouvelles nous

apprend... Grotesque ! C'est un canard. Quoi d'autre ? Von Neidl attend dehors.

Von Neidl ? Qu'est-ce qu'il veut, ce Danny Fritz ? Vous voir, il a l'air

pressé. Bon, qu'il vienne.

Alors, Max ? Monsieur le ministre, nous autres américains, il faut qu'on parte.

Qu'on parte ? Pour où ? Pour la Lune. Si on ne part pas tout de suite, les Russes

vont nous damer le pion. Calmez-vous, Max.

Un cigare. Non, non, non.

D'après nos renseignements, ils ne sont pas plus avancés que nous. Mais enfin,

on est près du but.

On peut partir demain.

Aujourd'hui.

Hier même.

Oui, on peut envoyer un homme là-haut. Mais peut-on le récupérer ? Je ne veux

délivrer que des allers-retours sur cette ligne, Max. Bien sûr, il y a des

risques. La surface même de la Lune, par exemple. Mais ce robot ne vous donnera

aucune indication.

Peut-être en a-t-il déjà donné, Max.

Si la surface lunaire n'est faite que de poussière, ça expliquerait que notre

robot garde le silence. Oui. Eh bien, lancez-en 20 de plus. Vous attendrez 20

ans pour rien. Tant pis. Pour sauvegarder la vie de deux Américains,

Max, je suis prêt à attendre 10 000 ans.

Pas vous.

Non.

On nous envoie un dossier du stade département que l'on vous demande d

'examiner, d'annoter.

Le grand duché de Fenwick. Oh, encore ! Ils veulent qu'on leur prête un demi

-million de dollars. Un prêt ? Alors ce n'est pas mon rayon. Pour faire une

fusée, destinée à emmener un homme dans la Lune.

Vous vous payez ma tête, Wendover ? Moi, monsieur, je ne me permettrai pas.

Le peuple du grand Fenwick n'a pas cessé d'admirer votre président d'avoir

souvent exprimé son désir de voir s'établir une entente sincère entre les

peuples pour l'exploration spatiale.

Il est un peu tordu, ce monsieur mongeois.

Mais il est sincère.

Vous croyez, Wendover ? Combien va-t-on dépenser à quelque chose près pour le

projet Apollo ? Environ 25 milliards de dollars. 25 milliards, et il n'attend de

nous que 500 000 dollars. Le prix d'une combinaison d'astronautes d'occasion, et

il le sait. Oui, mais ils ont le professeur Cokins, monsieur.

Cokins ? Le physicien.

Il a eu son heure de célébrité.

Un savon gâté et un Bec Bunsen, même fait de Paris.

Ses sentiments semblent sincères.

Non, c'est du trembleu, Wendover.

Il faut toujours se défier des manœuvres tortueuses des hommes d'État d'Europe.

Mais pourquoi demanderait-il un prêt, monsieur ? Pour faire installer le

confort moderne. Le confort moderne ? Le chauffage central.

Dans ce cas, proposons un refus courtois. Non, Wendover, c'est non.

Je répète, c'est non. Compris. Nous refuserons leur emprunt pour conseiller

un don par nos services de deux fois ce qu'ils demandent. Ils recevront un

million de dollars.

Mais ils n'en réclament pas plus de 500 000. Que vont-ils faire du surplus ? Ça

les regarde, mon type.

J'avoue que j'y perds mon latin.

C'est pour ça, Wendover, que vous vous restez debout et moi assis.

Le Grand-Duché de Velwick ne peut même pas fabriquer de pétards.

Aussi, les Nations Unies peuvent-elles encourager sans risque leurs recherches

? Ça en fichera plein la vue à tous les pays non engagés qui chanteront nos

louanges. Et ça ne nous coûtera qu'un petit million de nos dollars.

Wendover, ce sera sans doute le plus énorme succès diplomatique que le monde

ait jamais connu.

Et aussi le moins cher.

Maintenant, il est clair que les Américains ne veulent à aucun prix

une collaboration internationale sincère pour les recherches dans l'espace.

En réponse à mon collègue de l'Union soviétique, j'ai l'immense plaisir de

vous annoncer que les États-Unis ont pris la décision de faire don d'une

somme substantielle à un gouvernement européen qui, dans un but purement

scientifique, a envisagé d'envoyer un homme dans la Lune.

Le protocole ne me permet pas de vous révéler de quel pays il s'agit tant que

le chef de cet état n'aura pas été avisé de façon officielle.

Néanmoins, la chose ne saurait tarder.

Bien joué. De première ordre.

Merci Archie. J'ai l'impression que nous avons marqué un point.

Ça cache quelque chose à mon avis. Allez avertir l'intelligence service qu'on

découvre ce que c'est crapule.

Ce qu'il mijote.

Bon, j'y vais.

Ici la voix de l'Amérique.

Ah, les nouvelles.

Le festival international de jazz de Newport.

Oui, notre emprunt alors.

Bonsoir. Grande nouvelle.

Les Américains ont répondu. C'est vrai ? Qu'est-ce qu'ils ont dit ? Oui, quoi ?

Comment quoi ? Quoi ? Qu'est-ce qu'ils ont dit ? Je ne sais rien.

Vous dites qu'ils ont répondu. Non, c'est vous qui l'avez dit. N'avez-vous

pas dit que vous aviez de bonnes nouvelles ? Oui.

Nous en avons un alors. Nous en avons deux.

Deux ? Deux babillards dans la forêt.

De quoi ? Deux babillards.

Qu'est-ce que c'est que ça, des babillards ? Des oiseaux rares, très

petits, qui ne vivent pas en Europe, et j'en ai trouvé deux. Je vais écrire au

Time sans perdre une minute.

Félicitations. Merci.

Des babillards ! Les petits oiseaux n'ont pas l'air de vous ravir. Pourquoi

serais-je ravi par vos maudits babillards ? Allez, des crampés ! Mais

qu'est-ce qui pourrait me ravir, d'ailleurs ? J'attends impatiemment des

nouvelles dont dépend ma carrière, et vous, vous me babillez de babillards !

Je suis navré. Assez !

Je suis désolé, Coquins.

À vrai dire, je crois que je suis fini.

Regardez, cette semaine, des tomates.

La semaine prochaine, des bombes.

Heureusement que mon fils va revenir.

Pourvu qu'il sache s'y prendre avec la jeune génération.

Vous croyez qu'un petit jeune homme réussira là où vous avez échoué ? Ah, il

a tout pour être un bon politicien, Coquins.

Il était à la fois malhonnête et sournois dans sa jeunesse.

Et c'est pourquoi je l'ai expédié en Angleterre.

En cinq ans, il a dû y développer ses qualités.

Que se passe-t-il encore ? Ils ont dû choisir une autre victime pour changer.

Du cran, voyons, c'est pas aussi grave que vous croyez.

Fini, Coquins, le temps où il m'appelait mon joie et merveille.

Mais peut-être bien que mon fils pourra rendre à ces jeunes dévoyés la monnaie

de leur pièce.

Papa, ils m'ont jeté des tomates.

Vincent.

Oui.

Bonjour, papa. Comment ça va ? Oh, pardon.

Père, ils m'ont jeté des tomates, ces voyous.

Ça me paraît évident, regarde-toi.

En voilà une tenue.

Je la porte au collège, papa. Je ne l'ai mise que pour toi. Je l'ai en horreur.

Mais pourquoi est-ce qu'ils ont fait ça ? Qui est-ce ? De jeunes blousons noirs.

Il y en a ici ? Les temps ont changé. Ah si, qu'alors ? Nous vivons à une époque

grave, mon fils.

Tu vas peut-être devenir premier ministre plus tôt que je ne craignais.

Je ne suis pas prêt, moi. Mon choix doit toujours être prêt.

Le père du père de ton arrière-grand-père était ministre à six

ans. Il était anormal.

Possible, mais ce fut l'un de nos plus grands premiers ministres. Papa, je ne

tiens pas à devenir premier ministre tout de suite. Tu seras premier ministre

quand je te le dirai et tu t'en réjouiras.

Ce sont les notes du trimestre.

Non, c'est une lettre pour toi qui vient d'Amérique, je crois. Quel idiot, mais

donne-le-moi !

C'est notre prêt. Papa, mais je l'ai prise à la frontière. Le facteur était

en train de plumer un poulet, alors je me suis dit que ça lui rendrait service.

Oui, c'est ça.

Non, c'est un don. Ces idiots ont marché.

Deux fois ce que je demandais. On est sauvés, sauvés.

Qui a dit ça ? Ah, quel joli coup.

Paix, prospérité, et le tout à l'égout.

Un million pour étudier une fusée ? Un homme dans la lutte ? Papa, mais c'était

pas tant, papa. Pas mal, hein ?

Ça, c'est du beau travail.

Quelle diplomatie, hein ? C'est moi qu'il faut que tu envoies. T'envoyer ?

Où ça ? Là-haut. Là-haut ? Oui, père, il faut absolument m'envoyer. J'ai

terriblement envie d'être astronome. L'heure n'est pas à la plaisanterie.

Mais je ne pars que du fond. Ces fonds sont pour la modernisation.

Plomberie, tuyaux, des bains brûlants.

Mais on t'envoie ça pour faire une fusée, c'est écrit, là.

Ce serait déloyal que cet argent servât de la plomberie. Qu'est-ce que tu dis ?

C'est une trahison.

On ne t'a rien enseigné en Angleterre.

Oh, si.

Un gentleman n'a qu'une parole.

Mon fils, assieds-toi et laisse

-moi t'expliquer.

Ce serait plus malhonnête encore d'utiliser ces fonds pour le motif que j

'avais invoqué.

Les pays qui tiendraient parole perdraient la confiance des autres.

Ça serait tromper le contribuable américain. En Amérique également, le

contribuable est trompé. Il est né pour casquer.

Mais faire de la plomberie au lieu d'étudier les fusées, c'est... Mon cher

enfant, ne comprends-tu pas ? C'est pour le bien du contribuable.

Il n'y aura plus de rivalité dans l'espace.

Le monde deviendra plus habitable et nous aurons de belles salles de bain.

Papa, je ne suis pas d'accord. J'annoncerai ça à la télévision.

Petite causerie à la nation.

Ça va faire trois ans que nous avons ces appareils, servons-nous-en.

Comment commencer ? Chers amis...

Brillant.

Qu'est-ce qu'il va encore raconter ? Je ne sais pas.

Mais quoi qu'ils disent, on s'y opposera.

Parce que si, il n'y a guère autre chose à faire.

Et moi, je lutterai avec vous.

Il faut y aller carrément et combattre cette chose-là.

Salut.

Vous vous souvenez de moi ?

Oui, on vous a envoyé des tomates.

Oh non, non, avant, on jouait ensemble quand on était gosses. Vous vous

rappelez ? C'est elle, la première fille que j'ai embrassée.

On avait six ans quand on s'est fiancés.

À vous de seconder mes efforts pour que le grand duché occupe sa place dans le

monde. Que notre devise soit maintenant, en avant avec le peuple. Le ciel est

notre limite.

Vous suivez l'idée.

Ça s'applique aux fusées ou à la plomberie. Vous êtes très fort.

C'est plutôt mortel ici.

Vous créez un peu de musique ? Bien. Je mets un disque.

Vous êtes d'accord ?

Surveillez bien sur quelle caméra s'allumera la lumière rouge.

C'est l'heure.

Chers amis, ici le grand Fenwick, chaîne nationale de télévision.

Le premier ministre.

Chers amis, c'est la mauvaise caméra. Je tiens à vous parler ce soir. Non, c'est

pas la bonne.

Chers amis, je tiens à vous parler ce soir parce que j'ai des nouvelles d'une

importance capitale pour le futur bien-être de notre pays.

Bien aimé. Certains parmi vous croient qu'à cause de moi, notre grand Fenwick n

'a jamais marché si mal.

Mais à présent, je vous dis que nous remontons ardiment la pente.

Ces temps-ci, j'ai demandé à nos amis des États-Unis d'Amérique

un prêt.

un prêt pour nous aider dans nos heures... dans nos heures d'épreuves.

Voici ce qu'a répondu le Président.

Nous avons volé la main.

Venez avec

nous.

Ne poussons pas de cris et ne faisons pas trop de bruit.

Chers amis, un léger incident technique dans la transmission me force à m

'adresser à vous d'ici.

Ainsi que je vous le disais, ce généreux cadeau à notre pays pour nous permettre

de... pas tant de bruit.

Ainsi que je vous le disais, ce...

Qu'est-ce que...

Qu'est-ce que c'est ? Une fusée.

Les idiots ! Nous voulions du liquide, pas une fusée.

Qu'est-ce que c'est ? D'où est-ce que ça vient ? C'est une fusée

spatiale. Sûrement un rebut de cap canavéral.

Je répète, qu'est-ce que c'est ? Et pourquoi est-ce ici ? Ce n'est

heureusement pas une fusée américaine. C'est une fusée russe, offerte avec les

compliments du président et des peuples de l'Union des Républiques Socialistes

Soviétiques. Pourquoi ? Pourquoi ? Pour faire comme les Américains, tiens.

Serait-ce que le Premier ministre envisage sérieusement l'idée d'envoyer

une fusée dans la Lune ? Ne dites pas d'Hanoï.

Ce n'est pas très parlementaire, Bobo.

Voyons, cette antique fusée qui remonte au temps de la propagande n'a même pas

de moteur et sa capsule spatiale fut conçue pour un chien. Eh bien, ça tombe

à pic. Je conseille au premier ministre d'y monter et de se lancer dans l

'obscurité dès que possible.

S'il n'y a pas de réacteur, comment vous en débarrasserez-vous ? Le professeur

Coquins nous informe que cette fusée a trois étages.

Il nous propose donc de la démonter et de la remonter ensuite dans la tour nord

du château.

Oui, mais pourquoi ? Pour la cacher, pardi.

Il y a une autre possibilité, c'est de la transformer en un vaste réservoir à

eau chaude.

Seulement... Est-ce que vous croyez que les Russes apprécieraient ? Sauf si vous

leur dites qu'ils n'en sauront rien.

Donc pour l'Amérique comme pour la Russie, il sera entendu que nous

préparons avec ardeur notre grand voyage spatial.

Alors messieurs, est-ce que c'est terminé ? Dans ce cas, il reste un point

que nous voudrions éclaircir.

Quel est cet engin en fer blanc qui a glissé son nez dans cette auguste maison

? Et comment va-t-on s'en débarrasser ? Allons, les gars, tous ensemble ! Oh,

ish ! Oh, ish ! Oh, ish ! Me tirez, tirez ! Un peu de mer, voyons, tirez

! Allez-y ! Bonjour, les enfants.

Ah non, moi, j'en ai assez, je me reste. Qu'est-ce que vous faites ? Oh, laissez

-le tirer, c'est un mal à part. Me tirez, me tirez donc ! Qu'est-ce que

vous avez dans ce truc-là ? Tirez-la jusqu'au ciel, et après, on pourra...

Oh, oh, oh !

L'ennui, c'est qu'il va falloir faire monter les tuyaux extérieurs en tire

-bouchons le long des murs. Des tuyaux à l'extérieur ? Mais ça va faire perdre la

chaleur. Ah, ça, c'est forcé.

J'ai dit moi, pas mon pantalon.

Oh, Cynthia, tournez la tête.

Ne me regardez pas.

Bon, essayons encore une fois.

Tirez, mais allez-y.

Tirez-nous.

C'est un réservoir d'eau chaude, rappelez-vous.

Si vous croyez que je vais dépenser mes dollars pour avoir de l'eau froide... L

'eau froide, c'est bon pour la santé.

Ah oui.

Si vous ne me donnez pas de l'eau bouillante, moi, je vous... Tiens,

Pessard !

Merde. Tout est barré.

Heureux chien.

Oh, c'est toi, Vincent.

Hein ? Ah oui, bonjour, professeur. Qu'est-ce que tu fais là-dedans ? Eh

bien, je jouais au chien spatial.

Je me donnais l'illusion d'être devenu astronaute.

Tu voudrais vraiment être astronaute, Vincent ? Ah oui, c'est mon rêve depuis

qu'on a lancé le premier Spoutnik.

Chacun de nous a ses rêves.

Puis-je te faire confiance ? Confiance ? Tu ne diras rien à ton père ? Pas tout

de suite, enfin.

Je ne lui dis jamais rien.

Qu'est-ce que c'est ? Viens avec moi. Tu verras un miracle.

Tu as compris jusqu'à présent ? Oui, bien sûr.

La plupart des grandes découvertes scientifiques sont dues à un hasard.

Mais aucune peut être à avoir aussi étrange que celui-ci.

Lequel ? Depuis 15 ans, je cherche une formule pour domestiquer la puissance

nucléaire.

Et vous l'avez trouvée ?

Oui. De quelle façon ? Tiens.

Non, pas avant mon petit déjeuner. Non, non, ceci est l'élément stabilisateur. C

'est notre mystérieux et instable vin explosif du Grand Fenwick.

Je n'arrive pas à le croire. Oh, ça viendra. Ce vin-là contient un étonnant

élément radioactif que je viens de baptiser Pinotium 64.

Chiffre qui est en plus celui de mon âge. Oui, mais ça fait quoi ?

Je vais simplifier les choses pour toi.

Lorsqu'une particule positive de notre Pinotium 64 vient en contact avec une

particule, elle aussi positive, disons de carbone 14, la particule de Pinotium

se transforme immédiatement et très tranquillement en particule négative.

Par conséquent, positif plus positif égale négatif. Bon, maintenant prenons

une particule négative de Pinotium 64.

Le processus de libération de ces particules est évidemment très lent. C

'est pourquoi il ne peut pas y avoir de réaction en chaîne.

Les neutrons libérés ne peuvent pas libérer eux-mêmes l'énergie des matières

employées, ce qui forcément serait le cas de l'uranium.

Tu y es ? Et Vincent ? Vincent ? Tu y es

? Oui, bien sûr. Et ça marche ? Tiens, enlève-toi dans ce camp des labres.

Tiens la statu!

Tiens la bien!

Mais ça bouge!

C'est le commandant qui vous parle.

Maintenant, nous volons à une altitude de 35 000 pieds.

À notre gauche, juste au-dessous de nous, se trouve le Danube.

Et à notre droite, une femme nue qui porte une lampe.

Oh, c'est vous, Cynthia ? Mais qu'est-ce que vous faites ? Oh, eh bien, je m

'entraîne. Pourquoi ? Pour monter sur la chaise électrique ? Non, je m'entraîne

à... Non.

Non, vous allez rire, je vous connais. Dites toujours, ça ne peut pas ne pas

être sérieux pour vous être caché ici.

C'est extrêmement sérieux.

Regardez, devinez.

Vous ne vous entraînez pas pour la course avec ces bottes ? Ce n'est pas

ça.

Regardez.

Je crois que vous êtes complètement dingue. Il y a que les fous qui marchent

sur les mules. Non, les astronautes.

Les astronautes ? Oui, quand je compte partir avec le professeur Cokins.

Vincent ! Vincent ! C'est papa.

Non, Cynthia, ne le limite pas. Je vous en supplie.

Bonjour, Cynthia.

Alors, c'est là que se finance Cash.

Regardez ça, il fait de la boxe.

Où es-tu ? Je n'en sais rien, j'étais venue avec un panier.

Cynthia, écoutez.

Ce petit me tourmente. Je crois qu'il a un grain.

Cette subite passion pour la culture physique, ça n'est pas ça. Vous êtes

très séduisante.

Guidez-le vers des choses plus masculines.

Vous me comprenez ? Eh bien non, je dois dire... Allons, allons.

À son âge, j'avais tout de même mieux à faire.

Je m'étais à un point d'honneur à consoler les dames.

Vous me comprenez ? Qu'est-ce que c'est ?

J'aurais dû l'envoyer au collège, n'importe où, mais pas à Londres.

Il est peut-être encore temps.

Oui, peut-être. Il n'est qu'un peu attardé.

Faites pour le mieux.

Vous comprenez ? Il faut le ramener sur Terre.

Vincent,

ça va mal.

Non, ça va bien.

Je vous présente mes excuses pour vous avoir dérangé un samedi. Moi aussi, j'ai

dû sacrifier ce week-end.

J'ai vu le premier ministre qui pense comme moi que la Grande-Bretagne se

trouve dans une situation grave et qu'il ne faut plus perdre une minute en... Oui

? Ah ! Le thé, sous mes doigts !

Oui, et un samedi après-midi, bravo ! Et où avez-vous trouvé tout ça ? Eh bien,

monsieur, il se trouve que je sais où tout est rangé. Oh, c'est une chance, ça

va, ça.

Splendide.

Excellent élément.

Un homme à suivre de l'initiative. Eh bien, messieurs, prenez du sucre, mais

il n'y a pas de petit gâteau. Il semble que le placard à gâteau est fermé

pendant les week-ends. Il n'y a pas de quoi, mon vieux. On a du thé, c'est déjà

très bon. Merci, Simon.

Où diable en étais-je ? Vous veniez de dire que le placard à petit gâteau était

fermé à clé. Oui.

Non, non, avant cela, je parlais de... Ah, ça y est, je me souviens. Oui, notre

problème. Voyons. Le premier ministre m'a dit qu'il n'y a pas un instant à

perdre. Pourrais-je avoir le sucre ? Je n'en ai pas eu. Oh, je suis désolé.

Donc, j'ai décidé de vous convoquer.

J'étais présent à cette conférence où les Américains ont annoncé qu'ils

donnaient une somme pour certaines recherches.

Cela ne m'a pas plu.

Ça avait l'air trop sincère.

Hugues, vous qui êtes un expert de l'espace, vous avez la parole.

Mon Dieu, un million de dollars pour ce genre de recherche, ce n'est rien.

On a une combinaison spatiale d'occasion pour ça.

Cécile, vous êtes le spécialiste du Fenwick. Comment est-il placé dans la

course pour la conquête de l'espace ? Pas inscrit, aucune ambition.

Excepté ce monjoie qui monterait dans la lune en ballon si on le payait.

Charles, en tant que grand connaisseur des objectifs et des visées des États

-Unis, votre avis ?

Malgré leur déclaration, les Américains n'offriraient pas un sou au Fenwick s'il

avait la moindre chance d'envoyer une fusée quelque part.

Maintenant, vous êtes fixé. Nos éminents spécialistes vous affirment tous que ces

fonds ne peuvent en aucun cas servir pour des recherches. Et je me

permettrais d'ajouter que les Américains savent pertinemment que le reste du

monde soupçonne la chose.

Notre tâche consiste donc désormais à découvrir pourquoi ce million fut donné

au grand Fenwick.

C'est l'euro du MI5.

Eh bien...

Il y a plusieurs années, nous avons pu introduire l'un de nos agents dans les

services de la Central American Intelligence Agency.

C'est exact.

Un joli coup. À Washington.

Selon son rapport, le grand Fenwick emploie et s'effondre en travaux de

plomberie pour le château. C'est déjà plus logique.

Voilà qui est rassurant. Oui, ça tombe sous le sens.

Un peu trop, même.

À notre avis, les Américains ont démasqué notre homme et lui ont

communiqué de fausses informations.

En somme, ils veulent faire croire qu'il s'agit de plomberie. Et c'est autre

chose. Précisément.

En fait, on dirait que nos petits cousins des USA veulent jouer à un jeu

assez vilain. Un double, double bluff.

Comment ? Il y aurait autre chose ? Moi, j'ai bien peur que ce ne soit plus

inquiétant. Fred, faites-nous un exposé. Bien sûr. Voyez, c'est possible.

Les Américains disent que ces fonds sont pour la recherche spatiale. Mais ils

savent que personne n'y croit.

Ils savent aussi... Attention.

Ils savent.

Ils savent aussi qu'on va s'efforcer de découvrir leur véritable raison.

Alors ils ont inventé cette histoire de plomberie. Si l'on croit à ce bobard,

tant mieux. Sinon, eh bien, ils auront réussi à dissimuler la vraie raison. Qui

est ? L'explication la moins plausible aux yeux de tous. Quelle serait-elle,

messieurs ? Que tous ces fonds sont pour la recherche.

En effet, et c'est précisément leur but.

Quelle audace !

Agir comme ça aux yeux de tous, sachant que nous ne pouvons les croire. Nous

sommes sûrs d'avoir raison, mais nous voulons des preuves.

D'où le rôle du MI5.

Il faut envoyer notre meilleur agent au grand Fenwick d'urgence.

À condition qu'il s'y connaisse en fusée.

Il sait pour ainsi dire tout.

Il est Allemand ? Par malheur, le dernier de nos Allemands s'est vendu aux

États-Unis ce mois-ci.

Rassurez-vous, notre homme est un maître du travesti.

Bonjour. Bonjour.

Vous parlez ma langue.

Ici, tout le monde la connaît, mais vous parlez quoi ? Eh bien, votre langue,

pardi. J'étais en train d'observer les oiseaux. Est-ce que vous pourriez me

dire si je suis bien au Grand Fenwick ? Non, c'est juste de l'autre côté de

cette barrière.

Dans ce cas, je pense qu'on va me demander mes passeports, mon nom.

Pas ici, jamais.

Il n'y a qu'à passer.

Ah oui, très primitif.

Merci infiniment.

Oh Vincent, mes babillards ont disparu. Oh que c'est dommage.

Professeur, vous voulez m'aider à me pendre ? Oui.

Oh non, non, non, par les pieds. Et après ça, vous me pousserez de toutes

vos forces et ainsi je pourrai me balancer.

Si tu veux.

Je vois, passe ton pied là-dedans. C'est ça, très bien.

Juste ciel ! Tenez bon, ça s'arrangera. Vous êtes sauvés. Arrêtez ! Vous

entendez ? Arrêtez ! Comment vous sentez-vous, jeune

homme ? Un peu étourdi.

C'est une main médiévale. Que le bruit de votre... Non, j'ai demandé au

professeur Cookins de le faire.

Cookins ? Je m'entraîne, monsieur.

Mais c'est encore... Je m'entraîne pour être astronaute.

Je n'aurais pas dû le dire.

Mais il ne faut pas qu'on sache.

Oubliez ça, s'il vous plaît.

Je suis un chimpanzé. Je m'entraîne pour être chimpanzé, pas astronome. Oui, bien

sûr. Chimpanzé. Bien sûr.

Je ne les vois pas.

Oh, bonjour. Oh, bonjour.

Oui, professeur Cokins. Oui.

Je suis Maurice Fender de la SBPEO.

SBPEO. Je traduis Société Britannique pour l'étude des oiseaux. Eh bien, j'ai

vu votre lettre au Times et je suis venu en toute hâte.

Oh, comme c'est gentil ! Pas du tout, voyons, je meurs d'envie d'étudier ces

balibars.

Balibars ? Babillards ? N'est-ce pas ce que j'ai dit ? Babillards, oui, c'est

très vrai. Vous allez avoir une grosse déception, je le crains, monsieur

Spender. Ils se sont sauvés, temporairement, j'espère.

Oh, quelle tristesse. Ça ne fait rien, nous avons d'autres espèces

intéressantes. Par exemple, jeudi dernier, au bord de la rivière, j'ai

compté sept espèces différentes de merles.

Merles ?

Par ici, c'est plus très loin. D'un instant.

On ne peut pas passer par ici. Pourquoi ? Ne faites pas attention, on pose

seulement une tuyauterie pour la plomberie.

Ce n'est pourtant pas ce qu'on lit. C'est de la politique. Notre

gouvernement veut que les Américains croient qu'on emploie leurs fonds à des

fusées. On continue ? D'un instant, j'allume une cigarette.

Hé, regrette, c'est pas encore prêt. Faudra attendre. Attendre ? Longtemps ?

Trois semaines.

Trois semaines ? Oh, Seigneur.

Il va falloir que je change mes plans.

Oh, professeur. Oui ? Qu'est-ce que c'est ? Mais c'est notre nouvelle

Vespasienne.

Elle sera bien plus intime que celle d'avant.

J'ai l'impression qu'on se modernise à toute allure ici.

Ah oui, ce soir il va y avoir un gala. On va inaugurer notre dernière

installation. Vraiment ? Laquelle ? Celle dont notre premier ministre

caressait le projet.

Le grand confort moderne, ça n'est pas merveilleux ? Mais je veux dire... Ça se

trouve dans la tourneur, là où est la fusée. Bien sûr, ça n'a rien à voir avec

la fusée.

Non, non, bien sûr.

Bonjour,

j'observe les oiseaux.

Je suis bien.

Bonne nuit.

Les citernes sont en place. Dès que je donnerai le signal, on ouvrira les

vannes.

Les chaudières fonctionnent ? Très bien. Bon, vérifiez les citernes.

Toutes les citernes sont au poil. Toutes les citernes sont au poil ? Alors,

toutes les citernes sont en état de marche. Toutes les citernes sont en état

de marche. Pression autoréglée. Attention ! Bon, allez-y !

Circuit

chaudière numéro 2, attention.

Allez-y quand je dirai 1, 10, 9, 8, 7, 6,

5, 4.

Si on prenait le thé, après on repartira à 3.

Ah oui, ça c'est une bonne idée, je commençais à crever de soie.

Personne.

Allons-y.

On va fixer les réacteurs à intervalles réguliers autour de la queue. Je suis

sûr qu'ils se consumeront en vol. Je t'ai pourtant expliqué, Vincent.

Il n'y a combustion que par friction, il n'y a friction que par vitesse.

Et on ne marchera pas vite du tout. Alors commençons ici.

C'est Spender.

Il est blessé.

Comment se fait-il qu'il soit ici ? Professeur, regardez.

Qu'est-ce que c'est ? C'est son briquet.

C'est pas un briquet, c'est un appareil photo.

Tenez un autre.

C'est un espion. Un espion ? Qui a-t-il espionné ici ? Nous, je suppose. C'est

pour ça qu'il disait « babillasse ». Hé ! Vous êtes fou !

Pourquoi m'en empêcher ? Il faut que je me tue, sinon vous le ferez. Pourquoi

vous tuerez tant ? Pourquoi ? Mais c'est le prix que paient les espions, non ?

Ah, donc vous êtes un espion.

Vous espionnez pour qui ? La Russie ? Ah, gardez vos injures ! dans la Grande

-Bretagne. Mais l'Angleterre est notre amie.

C'est dégoûtant, je sais.

Vous ne pouvez pas régner moi.

Tenez-moi agile.

Je ne pense plus rentrer. Je sais qu'on me fera payer cher mon échec. Je vous en

prie, sauvez-moi la vie. Je prends la mèche. Je dirai tout ce que vous voulez

savoir sur le service anglais. Je n'ai pas du tout envie de connaître vos

secrets. Non, je sais, j'en suis sûr.

Des détails inédits et efficaces sur la belle Christine Killer, sur le coiffeur

de la princesse Margaret.

Je connais des faits absolument monstrueux sur un ex-ministre de la

Défense. Alors, relevez-vous et dites-nous pourquoi vous êtes là.

Entendu, merci.

Je cherche des renseignements sur votre fusée lunaire. Vous tombez vraiment

bien. Que voulez-vous savoir ? Vous n'avez donc aucune intention d'envoyer

une fusée dans la Lune ? Oh, si, bien sûr, celle-ci. Le professeur et moi,

nous irons. Nous travaillons jour et nuit pour ça. Oui, nous allions visser

ces trucs-là.

Ce sont des pommes de douche, dites-donc. Ah oui ? Mais je m'en sers

comme réacteur de stabilisation pour corriger l'altitude de la fusée en vol.

Vous saisissez ? Des réacteurs à douche ? Dites-moi, quelle sorte de carburant

utilisez-vous ? Du fluide ou du solide ? Ni l'un ni l'autre. Nous emploierons un

carburant atomique, le Pinotium 64.

Le professeur Cokins l'a isolé. Oui, il provient du vin du grand Fenwick.

Est-ce que ce surprenant projet a l'appui de votre gouvernement ? Oh non,

il ne sait rien. Il croit que c'est un réservoir d'eau chaude. Il va falloir

bientôt l'avertir. Mon père va être fou, il est contre l'espace.

Oui, bien sûr.

Oui, d'accord. Ça ne vous ennuierait pas que je prenne encore quelques

photographies ? Autant que vous voudrez. Merci beaucoup.

Excusez-moi. Bon, allons-y.

Ça y est.

Maintenant, si vous permettez, mon cliché de ces pommes de douche.

Ça y est.

Et à présent, les chaudières.

Non, ne vous en occupez donc pas. Elles n'ont rien à voir avec la fusée. C'est

pour le chauffage. Je sais, mais tous ces problèmes de chauffage intéressent

le ministère.

Pourquoi ? Nous ne sommes pas chauffés.

Eh bien, je crois qu'à présent, ça suffira.

Au revoir, professeur.

Au revoir. Merci infiniment. Au revoir, monsieur.

Au revoir. Au revoir, monsieur.

Ah, j'oubliais.

Bonne route.

Je le crois un peu piqué, professeur. Bon, à mon avis, Vincent, cet homme-là

ne croit pas qu'on va vraiment aller dans la Lune.

Un espion britannique.

Splendide. Je l'attendais depuis longtemps.

Et le voile a reparti au trou, les poches pleines de notes sur notre fusée.

Je ne crois pas.

Peu bizarre.

Parce qu'on lui a dit que ses préparatifs étaient faits pour bluffer

les Américains. Tu as fait ça ?

On croyait que c'était un savant venu voir les babillards, mais nous n'avons

su que c'était un espion. Les Anglais vont le dire aux Américains que nous

traînerons devant la Cour de justice internationale pour malversation et

détournement de fond.

Tu as dit qu'ils savaient qu'on ne faisait pas de fusée spatiale. Mais ils

veulent que les autres le croient. Toute l'astuce était là. Nous sommes coulés.

Sûrement pas si on réussit à envoyer une fusée dans la Lune.

Vous qui faites toujours exploser tout, est-ce qu'on peut provoquer une

explosion dans cette espèce de réservoir russe ? Le russe quoi ? La fusée.

Quel peut être le moyen de faire taire les critiques ? C'est d'envoyer pour de

bon une fusée dans la Lune. Toi, tu fais des progrès. Je vais inviter toutes les

grandes puissances à assister au lancement de notre fusée avec équipage.

Sensationnel. Vincent, l'astronaute, ce sera toi.

Vous les verrez tous la langue pendante.

Tout est en ordre. Le compte à rebours est...

La fusée explose, tragédie, sanglots, et avec de la chance, peut-être est-ce qu

'on pourra obtenir encore quelques fonds. Papa, elle n'explosera pas.

Faites une petite explosion bruyante, mais sans danger. Papa, écoute, on va

vraiment essayer.

Combien de temps faut-il pour monter ce bateau ? Eh bien, déjà un mois.

Parfait, mais attention, il faut que ça ait l'air vrai.

J'envoie les invitations immédiatement.

Sa grâce, la duchesse du grand Fenwick, vous prie de lui faire l'honneur de

venir au lancement de notre fusée.

Je les vois d'ici.

Où est votre patron ? Il fait de la gymnastique, il veut être en forme pour

le week-end. Il se passe des événements graves au grand duché du Fenwick.

Oh, non, c'est un canular. Cela vaudrait mieux, Wendover, cela vaudrait mieux.

Ah, ma cagnette, votre Ivanov.

C'est

une

veste moderne.

Enfin, une veste...

Oh, veuillez m'excuser pour celle-ci.

Je vous expliquerai.

Maintenant, la fusée elle-même. Regardez-la bien. Et voilà les pommes de

douche. Impressionnant, hein ? Il ne s'agit donc absolument pas de recherche

pure. Oh, non, monsieur, pas un instant.

Et ensuite, il y a cette étonnante invitation de la Duchesse.

Non, c'est une erreur. Ils ont imprimé fusée au lieu de musée. Oh, non, non,

non, il ne s'agit pas d'une faute.

Regardez. Ça fait sans doute partie de leur gigantesque bluff. C'est ça, croyez

-moi, monsieur.

Grâce à vous, les Anglais dormiront tous en paix ce soir.

Merci, monsieur.

Chacun fait de son mieux.

Messieurs, bienvenue au grand Fenwick.

Excellence, tout à l'heure vous enverrez bien deux hommes en expédition dans la

lune. Eh oui, le professeur Cokins ainsi que mon propre fils.

C'est une joie et une gloire pour moi.

Cokins, à son âge, c'est bien risqué. En tout cas, ce n'est pas son avis.

Louella, voulez-vous faire sa connaissance ? Il nous reste une demi

-heure avant le lancement.

Il n'est pas dans la capsule à contrôler la mise au point. Oui, c'est ce qu'il

fait. C'est lui l'expert.

Professeur ! Ah, professeur ! Voici les distingués délégués de Grande-Bretagne,

de Russie et des États-Unis.

Enchanté. Ils vont sûrement vous poser quelques questions.

Et même plusieurs.

Regardez ces pommes de douche, c'est ce que Spender disait.

Intéressant, vos stabilisateurs, professeur.

Professeur, on dirait des pommes de douche. C'en est, de très médiocre

qualité, ça se voit d'ailleurs.

Non, professeur, elles vont brûler avant que vous puissiez atteindre McDo.

Ah oui, mais on n'atteindra pas McDo.

Allons, voyons, professeur, la vitesse de libération est de...

De 40 000 km heure.

40 000 km heure.

Je ne compte pas atteindre cette vitesse-là.

Mais cette vitesse est indispensable pour échapper à l'attraction terrestre.

Oh non, erreur. C'est la puissance et non la vitesse qui est importante.

Si vous avez assez de puissance pour échapper à l'attraction terrestre, on

peut marcher à n'importe quelle allure. En théorie, peut-être bien. Mais il faut

aller vite ou la réserve d'oxygène s'épuisera. Pas la nôtre.

J'arrive à régénérer l'air par catalyse de dissociation. Ça vous causera bien du

souci. Qui retransforme le dioxyde de carbone en oxygène que l'on peut

respirer sans risque. En le faisant passer sur des plaques de platine chaud,

on peut renouveler l'air qu'on respire presque indéfiniment. Les Américains et

les Russes en fin d'eau.

Amis disent qu'il faut deux jours pour faire le voyage, pas plus.

Quel temps mettrez-vous ? Environ trois semaines. Nous ne sommes pas pressés.

Oh, veuillez être un peu plus convaincants. Trois semaines vous

plaisantez. Il n'y a que la foi qui sauve.

Allons, messieurs, si vous voulez monter sur le chantier, nous examinerons la

capsule. Le chantier ? Je l'avais bien dit.

Et vous vous tracassez ? Ce cher Spender ne se trompe jamais. C'est une insulte à

l'intelligence. Ce sont exactement les propres paroles de Spender.

Bonjour. Bonjour.

Ça va ? Souhaitez-moi bonne chance. Je n'ai absolument rien à vous dire. Oh,

mais que se passe-t-il ? Et sa rêve de monter dans la lune.

Le comique cosmonaute. Dire que j'avais confiance en vous. Je vous avais un peu

piqué, mais en tout cas sincère.

Pourquoi avez-vous changé d'avis ? Ne jouez pas la comédie.

Ça ne prend pas.

J'ai entendu mon père dire que c'est une scandaleuse escroquerie pour soutirer

plus d'argent aux Américains. Et alors ? Je déteste la malhonnêteté.

Chide, voulez-vous m'épouser ?

Oui, quand vous reviendrez de la lune, Vincent.

À Canaveral, nous avons de bons ascenseurs.

Ah oui, mais vous avez tellement d'embêtements. On monte, on descend, on

monte, on descend. Nous, on fait ça une fois. Excusez-moi, cher ami.

On n'a pas commencé le compte à rebours. On ne fait pas de décompte. On n'a

personne pour ça. On part, c'est tout.

Vous voulez vous voir l'intérieur de la capsule ?

On m'a

chargé de vous donner ça, les toutes dernières vitamines concentrées. Un demi

-centimètre remplace les aliments pour 24 heures. C'est très gentil, mais ce ne

sera pas nécessaire.

Je vois.

Vincent !

Mais qu'est-ce que tu comptes faire avec ces volatiles ? Des œufs sur le plat à

la lait, du poulet rôti au retour.

Ça, c'est le comble.

Je m'en fiche de ce qui arrivera à ces deux lunatiques, mais je ne serai pas

témoin de cruauté envers ces bêtes.

Je sais qu'ils vont les rôtir vivantes, excusez-moi. Alors restez, rappelez-vous

qu'ils n'ont aucune intention de partir.

Dieu veuille vous entendre.

Messieurs, je ne juge pas très utile de vous expliquer ce qui arrivera lorsqu'on

lancera cette boîte de conserve. Vous et nous sommes victimes d'un monstrueux

chantage. Je demande donc qu'on agisse, pour une fois, à l'unisson.

Et plus un... J'appuie à 100%. À la chance.

Votre grâce à son speech.

Je crois que oui.

Je dois l'avoir égaré, mais je sais qu'il est quelque part en lieu sûr.

Eh bien, dans une minute, nous allons avoir l'explosion. Enfin, la mise à feu.

Ne sommes-nous pas trop près si ça n'allait pas ? Le professeur Coquine s

'est formé. Rien de fâcheux ne peut se produire lorsqu'elle va dormir. Si

jamais ça tourne mal.

Splendide.

Il est mort.

Il est mort. Il est mort, mais c'est juste.

Mon défunt époux et moi n'avons pas cessé de penser à nos éleveurs de

pourceaux, à nos fermiers et à leur bien-être.

Vous confondez.

Qu'est-ce que vous dites ? Vous confondez, ce n'est pas ce speech-là.

La lune, l'espace.

Oh oui, bien sûr.

Je ne l'ai pas.

Improvisez, votre grâce. Improvisez.

Improvisez. C'est avec le plus vif plaisir que je viens ici et que je

déclare que ce pont est ouvert.

Pour tout, on peut avoir une bouteille de champagne.

Tous les systèmes fonctionnent, professeur. Je fais le contrôle final.

Quelle heure est-il au Beffois, Vincent?

Il est 10h58, 12 secondes. Non, 13 secondes.

Non, 14. Bon, je crois qu'on peut partir maintenant.

Il faut que je m'attache.

J'ai vu des films sur les astronautes. Le départ est brutal.

L'accélération prend une force effrayante. Et cette force vous soulève.

Si on cherche à s'étendre, on est projeté.

Est-ce que tu prends du lait et du sucre, Vincent ? Oui, du sucre.

Nous partons.

Professeur, nous partons.

Oui ?

J'ai réparé vos bottes et je... Ça, c'est fort.

Comment a-t-il pu faire ça ? Dieu ! Elle s'est arrêtée.

Professeur, on est en panne.

Encore cette vilaine boîte de fer blanc.

Regardez, elle sort de la Tour Nord.

Pas mal.

Très bien joué, vieux. Quel drôle de bruit. Pas réussi comme effet.

Alors ça vient, ça vient. Mais à quoi je vous dis ?

C

'est un trucage. Une illusion d'optique.

On peut accélérer ? Pourquoi faire ? Il faut qu'ils nous voient. Ils sont venus

de loin pour ça.

Qu'est-ce qui se passe, professeur ? J'ai oublié quelque chose.

Bonjour, est-ce que vous m'entendez ? Oui ! Qu'est-ce que vous voulez ? Donner

à manger aux babillards.

Aux babillards ? Dans mon laboratoire, j'ai un poste où je vous appellerai

chaque jour à 8h du matin.

Cynthia, il faut m'attendre. Je reviendrai.

Nous sommes enfin débarrassés de cette horreur.

Spender ne se trompe jamais.

Ici la BBC Home Service.

Voici les nouvelles.

Hier, dans la matinée à 11 heures, la Duchesse du Grand Fenwick a lancé une

fusée et deux hommes vers la Lune. La station de Jodrell Bank vient de nous

confirmer que la fusée suit sa route et atteindra sans aucun doute son objectif.

Ce haut exploit est salué par le monde entier comme l'exemple de la

collaboration internationale dans le domaine de l'espace.

Le carburant nucléaire de la fusée provient du Grand Fenwick.

La fusée elle-même est d'origine russe et toute cette opération a été financée

par les États-Unis. La montre-bracelet que porte l'astronaute Vincent Mongeois

et qui est britannique de fabrication fut achetée par l'homme de l'espace

quand il était à Londres.

Étanche, anti-choc, anti-magnétique, cette montre-bracelet se remonte d'elle

-même.

Un de nos correspondants a visité l'usine de Manchester où elle fut

fabriquée. Les directeurs comme les ouvriers sont fiers et contents qu'un

instrument de précision anglais puisse jouer un rôle vital dans cette

magnifique aventure.

Leurs impressions furent résumées par M. Albert Thorpe, contre-maître de l'usine,

qui a dit « Voici un beau jour pour nous, qu'on ne dise plus que la Grande

-Bretagne est à la traîne du progrès.

» Mais bien sûr, au Grand Fenwick, chacun est fier pour la nation et on n'y

cache pas sa joie dans les milieux officiels.

Répondez-moi !

Répondez ! Vous n'êtes que des traîtres ! Allô ? Allô ? Les Américains ne nous

pardonneront jamais ça, est-ce que vous le savez ? Jamais ! Allô ? Mais pourquoi

a-t-il choisi une heure aussi inhumaine ? 8h du matin.

Allô ? Entendez-vous, espèce de brouillon de la lune ? Le silence.

Aucun signe. Moi, je suis persuadé qu'ils ne reviendront pas.

Aussi, nous reviendrons.

Nous sommes à 8000 kilomètres... Revenez ! C'est compris ?

Remenez, faites virer cette fusée de malheur, remenez ! Sans quoi je vous

fais prendre ! Soyez les babillards, s'il vous plaît ! Les babillards, je

vais les... Les chiffres des computateurs.

Vitesse, 850 km heure. Impact lunaire approximatif 3 septembre à 6 heures du

soir. Le voyage de la fusée aura pris 3 semaines, 2 jours, 3 heures, 27 minutes

et... Excusez-moi, on vous attend dans la salle de conférence, monsieur.

Alors, réveille-toi Vincent, c'est à toi de jouer.

Et réfléchissons.

À toi de jouer.

Oh, professeur, on ne pourrait pas accélérer. Il n'y a plus d'atmosphère et

plus de friction à craindre. Oui, mais il y a des micro-météorites dont on ne

sait presque rien. Si on prend des risques inutiles, on n'aura plus qu'à

aller se faire cuire un oeuf.

Il faut avouer qu'on n'a plus qu'à aller se faire cuire un oeuf. Mais ils ne sont

pas encore dans la Lune.

N'empêche qu'avec deux hommes, ils ont fait 35 000 kilomètres de plus que nous

avec un singe. Le président veut savoir ce que nous, nous comptons faire.

Lançons notre fusée tout de suite et vous verrez que nous y serons en deux

jours, soit deux jours avant eux.

Vous oubliez les Russes, ils ne nous attendront pas.

On devrait renoncer.

La lutte du pot de fer et du pot de terre, c'est un échec assuré, mon cher.

Contentons-nous donc d'avoir lutté pour l'internationalisation de l'espace.

Les Russes l'ont fait aussi, mais ils n'attendront pas. Les Russes, je m'en

balance. C'est ce que pense l'univers qui m'intéresse.

Le grand Fenwick sur la Lune avant l'Amérique, en utilisant les surplus de

leur vignoble.

N'oubliez pas les Russes, eux, ils n'attendront pas.

Messieurs, je suggère un compromis.

On peut calculer l'heure exacte de l'arrivée de la fusée du Fenwick sur la

Lune. Nous prenons le départ et à l'unisson en même temps qu'elle. Nous

dirons ensuite que nous avons envoyé deux hommes à nous dans l'espace au cas

où ceux du Fenwick auraient des embêtements.

Ça, c'est une idée géniale.

Et si jamais les Russes n'attendaient pas ?

Ils ne peuvent pas tenter l'expérience avant deux mois. Tout ça est très joli,

mais si le temps se couvre le jour du lancement. Notre père, Christophe

Colomb, n'a pas attendu le beau temps.

Notre père ? Est-ce qu'il n'était pas italien ? Tout comme l'était mon grand

-père, pas d'objection.

Je vous en prie, messieurs. Ok, von Neidl, vous avez deux semaines. Je vous

donne carte blanche. Mettez tout le paquet. Bien, monsieur.

Je n'oublierai pas, monsieur.

Maintenant,

vous avez deux semaines. Vous entendez ? Deux semaines pour aboutir.

Je n'oublierai pas.

La radio est cuite.

Ce qui signifie ? Rien, sauf qu'à présent, nous ne pouvons plus donner

notre position.

Oh, Clara.

Clara, viens ici, coquine.

Tu as bouleversé mes calculs, Vincent.

Je l'ai juste changé un peu de place.

Accélérer notre allure. On va allunir plus tôt que prévu et sans doute sur la

face obscure.

Gentil, Clara.

Pourvu que ça marche.

Pourvu que ça marche.

On vous a réservé une de ces petites surprises au spatial qui vous fera

plaisir. Von Neidl a forcé la dose de carburant. On sera les premiers là-haut

dans 36 heures. Nos hommes vont planter la bannière étoilée sur la Lune.

Je ne vois absolument rien, professeur.

Ton casque, Vincent.

Et le drapeau.

Professeur, regardez.

Mais d'où sortent toutes ces boîtes de conserve vides ? Ce sont les nôtres.

Elles nous ont suivis dans l'espace.

Quelle honte. Partout où passe la civilisation, les ordures la suivent. Je

plante le drapeau, professeur.

La surface est bien telle que je craignais. Des cratères pleins de

poussière. La lune est un endroit agréable à visiter, mais je n'aimerais

pas y habiter.

Retenez-moi la main.

Ça va ? Maintenant,

plante le drapeau.

Entre deux cratères, ce sera parfait. Le sol a l'air très ferme.

Attends-moi.

Bien, allons, va ramasser des cailloux. Je veux rapporter des échantillons.

Mon joueur, le roi du saut tranché,

Vincent le téméraire.

Vincent, nous avons de l'ouvrage.

Tenez, professeur.

Vincent, je t'ai dit des cailloux.

Comment veux-tu ramener ça ? J'y peux rien. Il n'y a que de la poussière ou

ces gros trucs.

J'aime ça. Je ne peux rien en faire.

Professeur, regardez.

Des étoiles filantes. Il y en a deux.

Ce ne sont pas des étoiles filantes. Je crois qu'on va avoir une visite.

Les États-Unis et l'Union soviétique ex aequo. Oh, venez, allons voir qui c'est.

On peut le mettre là, ça va.

Allez, plante le drapeau.

Je déclare ce sol territoire des États-Unis d'Amérique.

Je déclare ce sol territoire de l'Union des républiques socialistes, soviétiques

et des travailleurs du monde.

Bonsoir. Bonsoir, messieurs.

Le duché de Fenwick vous souhaite la bienvenue sur la Lune.

Montrez vos passeports et vos certificats de vaccination.

Mais qu'est-ce que vous faites ici ? Vous ne deviez arriver que dans 48

heures. Oui, je m'excuse, nous sommes en avance sur notre horaire, messieurs. Je

crois qu'il ne vous faille enlever ces drapeaux, le nôtre déjà planté.

Regardez. Je n'enlèverai jamais notre glorieuse bannière de cette planète.

Niet, niet, niet.

Je ne vous ferai aucun discours, mais notre drapeau restera où il est. Écoutez

-les, Vincent.

Il débarque à peine et déjà nous nous disputons.

Nous, nous ne sommes venus que pour vous aider.

Professeur, qu'est-ce que les russes sont en train de faire ? Oh, je crois qu

'ils construisent un mur.

Oui, camarades, voulez-vous venir jusqu'à notre capsule ? Nous pourrons

étudier la question d'un visa temporaire.

Quel est le but de votre visite et combien de temps comptez-vous rester ?

Vous avez du chewing-gum ? Ainsi, vous êtes venus à 36 heures et nous avons mis

trois semaines. C'est fou ce que la science moderne réussit à faire.

Servez-vous, messieurs.

Du poulet rôti ?

Excusez-nous, le boucher n'est pas passé depuis jeudi.

L'aile ou la cuisse ? Non, merci.

Qu'est-ce que c'est ? Hamburger steak, j'espère.

Et ça ? Bœuf stroganoff. C'est astucieux et très moderne aussi.

Merci, Vincent.

Est-ce que vous ne voulez pas y goûter ? Eh bien, une bouchée par politesse. Bon,

il serait bien étonné chez nous si nous voyions en ce moment.

Ah oui, sûrement.

Ils doivent nous croire morts, sans doute. Car notre radio ne fonctionne

plus. Elle s'est arrêtée juste avant l'impact. Da, da, da, nous la même

chose, rien.

La nôtre aussi est en panne.

Donc, personne ne sait rien, même pas qui sont les premiers. Qu'est-ce que ça

fait ? C'est nous, de toute façon. Si quelqu'un a le droit de dire ça, c'est

vous. Nous étions les premiers à deux heures près, mais dans mille ans, ce

sera sans intérêt.

Oui, vous avez raison.

Ce n'est pas ça qui est important.

Les hommes dont le souvenir restera, ceux que l'on couvrira de fleurs, ce

sont les hommes qui reviendront les premiers.

La gloire, les acclamations, la vénération des foules, le prestige.

Quel horrible mot, prestige.

On est toujours au premier.

C'est triste, c'est honteux, mais c'est comme ça.

Il faudra passer par là. Eh bien, merci pour ce bon repas. Désolé de filer, mais

on a du travail à bord. Il faut qu'on répare notre radio.

Merci encore pour tout. Non, non, vraiment, il faut qu'on parle.

Mais il y a du pouding !

Quel malheur, professeur.

Vous vous frustrez de vos efforts.

Que va-t-on faire ? Que peut-on faire ? Il nous faut trois semaines pour revenir

sur Terre et 36 heures.

Mais il se trompe de capsule.

Non, professeur, quelle catastrophe.

Vous avez passé 15 ans et isolé... Calme-toi, Vincent.

Quand on est né tortue, on renonce à se transformer en lièvre, vois-tu ?

Tu as envie de devenir lièvre, Vincent ? Donne-moi du pouding.

Bobo, vous savez où est passée cette affreuse chose en zinc ? Chut !

Mes amis, il y

a de nombreuses semaines que le professeur Cokins et mon... et Vincent

de Montjoie ont entrepris la plus grande conquête de l'histoire et sont partis

pour un voyage dont ils ne reviendront pas.

Rendons leur hommage aujourd'hui.

ainsi qu'aux quatre autres courageux astronautes, américains et russes, qui,

comme eux, tentèrent ce voyage et qui, eux aussi, périrent dans les vastes

abysses de l'espace.

Bravo, bien dit. C'est fini ? Pas encore.

Est-ce à dire qu'ils ont échoué ? Non, côte à côte, unis par la

camaraderie et la douleur.

Sont venus ici les représentants des plus puissantes nations du globe, non

seulement afin de dévoiler un monument, mais pour faire le serment solennel que

l'humanité ne fisse plus jamais la course au cosmos.

Alors levez vos cœurs et levez vos têtes et contemplez le scale

!

Attendez, excusez notre retard.

Nous avons eu quelques ennuis.

Mon fils, mon fils. Vous avez trouvé nos cosmonautes ? Oui, ils sont là, ils ont

profité de la voiture.

Cynthia ! Coquins ! Qui est arrivé premier ? C'est nous.

Tu as planté le drapeau. Oui, et le russe et l'américain.

Quoi ? Sinistre idiot, il nous fallait la lune, voyons. Comment vous êtes-vous

laissé avoir ? Messieurs, la lune est à nous.

Nous sommes les premiers.

Vous croyez qu'on va vous croire sur parole ? Comment osez-vous douter de ma

parole ?

Jean-Dude, vous êtes le plus grand menteur que la terre ait porté. Spender,

châtiez-le.

Wendower, qu'est-ce que vous attendez ? Provoquez cet homme, insultez-le.

C'est vrai ce que Spender a dit sur les mœurs de l'ancien ministre de la guerre

? Et c'est avec tout mon cœur que je dis, Dieu bénisse cette nef

et tous ses notonniers.

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