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Original subtitles

Cette maison, c'est celle où j'ai grandi.

Elle se trouve en vallée de Chevreuse, dans un mot appelé Montabé.

Il dépend de la commune de Boulay-les-Trous.

Je sais, ça fait toujours sourire.

Située dans l'Essonne, limitrophe des Yvelines, deux départements issus du

démembrement de la Sénéoise au début des années 60.

Elle ressemble beaucoup à ce qu'elle était dans mon enfance, même si les

témoins de cette enfance ont pour la plupart disparu.

Le jardin n'a pas beaucoup changé.

Mais les racines du sapin n'avaient pas encore déplacé les pierres du chemin qui

ressemblent maintenant à un sentier japonais.

Il faut dire que le sapin était beaucoup plus petit alors.

C'était le sapin en pot du premier Noël de ma mère en France après avoir fui l

'effondrement de la Hongrie en 1947.

Les voisins ne sont plus là, ils ont vendu leur verger qui a été loti en

pavillon. D'ailleurs, tout mon tabé, qui dans mon enfance était la campagne, est

devenu une zone pavillonnaire.

Autrefois, j'y connaissais tout le monde.

Aujourd'hui, pratiquement personne.

Ça, c'est le bureau de mon père.

Il n'a pas changé. La table est toujours aussi belle et la chaise toujours aussi

moche. Il avait une machine à écrire allemande noire de marque Erika.

Petit, je venais sur ses genoux et il me montrait une étiquette métallique que j

'étais bien incapable de lire et il me disait, tu vois, là, il y a écrit

interdit aux enfants de toucher.

Ça, c'est la propriété de nos voisins, les Regnaux.

Miraculeusement, rien n'a changé.

Manquent les buissons de Bégonia et le grand tilleul qui se trouvait en face de

la villa style 1900.

On a le droit d'aimer ou pas, sinon tout est là.

Le cèdre du Liban que j'escaladais aussi haut que je pouvais et sur les branches

duquel j'aime encore m'asseoir.

La petite maison qui était habitée par Hélène, la bonne que les Regnaux

amenaient avec eux tous les week-ends pour s'occuper des repas et entretenir

la maison.

Les Regnaux étaient une famille française traditionnelle. Ils avaient

acquis la propriété peu avant la Seconde Guerre mondiale et y avaient passé l

'occupation.

Robert Regnaux, Bob, était avoué. Avec son épouse Geneviève, ils avaient élevé

cinq enfants.

Nos amis, à mon frère Etienne et moi, étaient les enfants de leur fils aîné.

Ils avaient à peu près nos âges.

Jean-Paul et sa sœur Joséphine, Josie.

Nous avons passé notre enfance ensemble dans ce parc qui est le leur.

et où je me sens pourtant chez moi plus que partout ailleurs dans le monde.

J'en connais tous les chemins, tous les arbres.

Ça, selon les contractions de nos jeux de pistes, c'était la première

sapinière.

Ça, c'était la deuxième sapinière.

Ça, c'est la mare.

Autrefois, il y avait un saule pleureur, mais il est mort l'année dernière.

Et c'était un petit pont métallique 1900 qui reliait l'île artificielle au

rivage. Il a disparu depuis fort longtemps.

J'ai vu construire ce tennis.

Il est en couic, d'une matière alors nouvelle, le porosol.

Je me souviens de Bob et Geneviève Regnault l'inaugurant cérémonieusement.

Par la suite, c'est plutôt Jean-Paul, Josy, Étienne et moi qui y passions nos

journées dès la belle saison venue.

Auparavant, nous ne disposions que de ce portique. Il y avait, en plus de la

balançoire, un trapèze, des anneaux, une corde lisse, une corde à nœuds.

Mais rien ne nous plaisait tant qu'escalader le portique lui-même et le

traverser en cochon pendu.

Ça, c'est le potager.

Tout autour, ce sont des poiriers en espalier et devant eux, des premiers

grimpants. Le jardinier entretenait une variété de fruits et de légumes, y

compris des fraises et des groseilles.

Les pommes, il y en avait à l'automne une telle abondance qu'on organisait des

batailles où elles remplaçaient les boules de neige. Il valait mieux les

esquiver.

Les oncles sont morts prématurément.

La famille s'est dispersée.

Au final, Jean-Paul est resté l'un des quelques parents à conserver des parts

de l'indivision et parmi eux le plus actif.

Dès qu'il a un moment de libre, il le met à profit pour tondre, tailler,

élaguer, pour drainer la mare.

Il s'est donné pour mission de préserver, de faire vivre le parc de

notre enfance.

Ici, le temps s'est arrêté.

C'est quoi ? C'est mes chaussettes.

Tu as commandé sur Amazon ? Oui.

Tu connais les conditions de travail navrantes dans les autres pots d'Amazon

? Je ne t'apprends rien.

Et là tu as besoin de chaussettes ? Exactement, oui.

On sera bientôt en mai, tu es confiné depuis deux mois,

l'été arrive et tu as besoin de chaussettes ? Tout à fait.

D'accord.

Tu ne peux pas les acheter dans un magasin ? Non, parce que les magasins

sont fermés.

Non, mais quand ils seront ouverts.

Quand ils seront ouverts, ça sera trop risqué d'y aller.

Et puis de toute façon, il n'y a pas les chaussettes que je veux dans les

magasins.

Ah, mais c'est des falques. On en trouve partout, ça.

Non, désolé, pas ce modèle.

Excuse-moi, pardon, je suis en train de faire mon cours de danse sur Zoom.

J'ai vu que tu avais récupéré le carton qui est arrivé ce matin. Oui, exact,

oui. Ça ne serait pas mes cracottes sans gluten, par hasard ? Ah ben non, ce sont

mes chaussettes.

Ils sont chiants, ça fait une semaine que je les ai commandés.

Bon, je ne vous dérange pas plus, mon cours n'est pas terminé.

Hier, c'était des caleçons.

Et le jour d'avant, des poubelles de salles de bain. Oui, il y a aussi eu un

balai à chiottes. Ah oui ? Et alors ? On n'est pas obligé de vivre toute sa vie

avec les mêmes trucs pourris.

On est dans une vieille maison de campagne, des fois, il faut la remettre

à niveau.

Tu es sûr que ce ne sont pas des achats compulsifs ? Les achats compulsifs ? Ça

te fait du bien à la tête.

Oui, ça me change les idées, quoi.

Ou alors c'est ce que les analystes de marketing appellent « revenge buying ».

Revenge buying ? Oui, tu es confiné, on te frustre de tes désirs.

La société t'habitue à vivre comme un enfant à qui on passe tous ses caprices.

Là, on te brime et tu te venges en te faisant des cadeaux à toi-même.

Je ne sais pas, peut-être.

Un peu comme quand tu as acheté le dernier iPad 13 pouces.

Ah non, mais ça, je l'ai acheté au début du confinement.

Qu'est-ce que ça change ? C'est utile.

Je sais pas, on est coincés dans cette vieille ruine à revivre notre enfance.

Je trouve ça bien de se tenir au courant de ce qui se passe dans le monde.

Et puis tout le monde peut s'en servir.

Tu avais déjà un iPad ? Trop vieux, trop lent.

Oui, je comprends. Maintenant, tu as besoin d'un iPad pour lire le journal.

Oui, le téléphone, c'est trop petit.

Et s'il va pas assez vite ? Sujet. Tu peux résumer ça comme ça.

Mais tu ne le considères pas comme un achat compulsif. Non, pas du tout.

Tu donnes des leçons à tout le monde sur le protocole sanitaire.

Résultat, je vois passer un litre d'eau par jour et la plupart du temps sans

masque. Je respecte les règles de distanciation. Et les colis ? Les colis,

je les pose près de la poubelle dehors.

C'est ensuite logique, quand on va mettre un sac à la poubelle, on risque d

'être contaminé par les cartons. Pas du tout, parce que le virus ne survit pas

plus de 4 heures sur un carton.

Et d'où tu sors ça ? Du site de RTBF. C'est quoi la RTBF ? Radio-télévision.

Belge francophone. Pourquoi la RTBF ? C'est la première chose qui sort quand

tu fais la recherche sur Google subsistance carton coronavirus.

Excuse-moi Etienne, je dois y aller.

J'ai rendez-vous avec ma psy.

A toute. A toute.

Bonjour. Bonjour.

C'est quand même une situation assez étrange d'être confiné là où on a

grandi.

Le matin, quand j'écris, j'écris dans la chambre où j'écrivais quand j'étais

étudiant, même lycéen.

Vous y retournez régulièrement ? Oui, enfin, quelques fois le week-end.

Mais enfin, j'y allais quand même plus souvent du vivant de ma mère.

Elle est morte en 2006.

Enfin, bon, je ne restais jamais très longtemps. Toujours heureux d'en

repartir.

Trop de souvenirs, trop de passé.

Mais aujourd'hui, vous ne vous y sentez pas mal ? Non.

Non, mais j'ai compris un truc.

Que vous n'aviez pas compris avant ? Non.

J'ai compris que j'ai passé mon temps à fuir cette maison.

Au fond, vous aimiez beaucoup, vous me l'avez dit.

Oui.

C'est vrai.

Mais c'est trop lourd, trop chargé, trop dense.

La collection de livres d'art.

Les chefs-d'œuvre, c'est l'histoire de la peinture, les pièces sombres,

les divinités asiatiques grimaçantes.

Enfant, j'étais heureux dehors, dans la nature, mon émerveillement,

quand au printemps arrivent les clochettes dans les sous-bois par où on

passait pour rentrer de l'école communale et dont on faisait d'énormes

bouquets la saison des murs.

puis celle des châtaignes, et puis ce parc.

Ce parc ? Oui, oui, ce parc.

En fin de journée, j'y vais faire du jogging ou du tennis.

Bon, la famille de Jean-Paul s'est confinée ailleurs, du coup je dérange

personne. Donc on peut dire que vous retrouvez vos racines propres, comme au

figuré ? Oui, des racines d'adoption, si vous voulez.

Que vous partagez avec votre frère ? Oui.

Enfin, mon frère a choisi de vivre...

Dans le monde imaginaire, où nous avions trouvé refuge quand nous étions

adolescents. Le rock.

Et il a passé sa vie à l'observer.

Mais maintenant, nous sommes confinés ensemble.

Il a deux enfants adultes.

Il vient de se séparer de sa femme, alors... Il est un peu déboussolé.

Mais je croyais qu'il avait une nouvelle amie.

Oui, mais je ne la connaissais pas. Elle s'appelle Carole. Elle est confinée avec

nous. C'est une page blanche.

Ça devrait vous aider à mettre les choses au clair entre vous. Oui, mais

enfin, ça fait tellement longtemps qu'on ne s'est pas vus plus de quelques jours.

C'est un sentiment étrange de se redécouvrir.

C'est comme si à la fois, on se connaissait trop et qu'on ne se

connaissait plus.

Mais vous avez vécu ensemble, adulte ? Oui, dans les années 90, on partageait

le même appartement, rue Notre-Dame de Nazareth.

À cette époque, nous faisions tous les deux du journalisme. Alors pour mon

frère, c'était musical, et pour moi, c'était cinématographique.

Et puis il y avait notre ami, le cinéaste Laurent Perrin, qui vivait rue

Homer. Bon, c'est tout près.

C'est à cette époque que notre père est mort.

Et depuis ?

De plus, c'est difficile à dire.

La famille est devenue pour mon frère sa préoccupation

principale.

Et moi, j'ai fait d'autres choix.

Bon, eh bien, à la semaine prochaine.

Oui, même arbre, même heure.

Et tu te souviens de la fête chez nous quand on avait failli mettre le feu à l

'immeuble ? Ah bah bravo ! Je suis censée être impressionnée, très fort,

vraiment. C'était il y a très longtemps, enfin je m'en souviens.

Il y avait une sorte de branchée avec un badge royaliste, il y avait la fleur de

lys. Oui, maintenant on dit jeunes gens modernes. Ah non, je crois qu'on dit

aucun des deux.

Il avait quand même envoyé sa clope allumée par la fenêtre de la cuisine.

Oui, ça avait atterri dans un conduit d'aération.

Ça a commencé à cramer, il y avait de la fumée et tout, heureusement.

On s'en est rendu compte. Et c'est à cette fête que j'ai retrouvé Alain

Pacadis. Oui, à l'aube, en train de manger à la petite cuillère une boîte de

raviolis froids qu'il avait piqué dans le placard.

C'est qui Alain Pacadis ? Non,

mais c'est un ami, il écrivait à Libération.

Enfin, il est mort. Ça ne me dit rien du tout.

Plus de vent.

Tu te rappelles de Jean-Luc Besson ? Il avait pris, tu sais, un

appartement avec Dany Rurambuto.

Dany la chanteuse ? Oui, oui, oui, mais enfin, actrice aussi.

Elle était dans l'amour en fuite de Truffaut.

Elle est morte l'année dernière.

Mais pardon, c'est qui Jean-Luc Besson ? Il a à voir avec le cinéaste ? Ah non,

pas du tout ! Il avait créé un label qui s'appelait Dorian. Il a publié toute la

New Wave française de l'époque. Il y avait Artefact, Modern Guy, Suicide

Romeo.

mathématiques modernes. Oui, avec Edwige et Claude Arthaud. Il y avait même les

Rita Mitsouko, enfin, avant qu'ils ne deviennent célèbres. Je connais Marcia

Baila. Marcia Baila, et là, c'était plus... Désolée, le reste, je ne connais

pas. Mais pourtant, je m'intéresse beaucoup à la musique. Enfin non, son

gros coup, c'est d'avoir publié la musique de ton premier court-métrage.

Oui, c'était Jacques Naud qui avait fait la musique, ça s'appelait Rectangle. Ah

bah Rectangle, je connais, ça je connais. Bah oui, c'est un énorme tour.

Enfin bref, donc Jean-Luc Besson s'installe avec Dany et on leur avait

donné un four.

J'entendais...

On n'avait plus l'usage. Or, j'avais oublié un blouson à l'intérieur.

Et il a pris feu quand ils l'ont branché.

Comment tu oublies un blouson dans un four ? Je voulais lui donner, je ne sais

plus. J'avoue que ce n'est pas très mal. Attends, je ne comprends pas. Jacques

Naud, qu'est-ce qu'il venait faire là-dedans ? Non, mais c'était l'ami de

Elie. Je traduis, Elie Médéros.

C'est qui c'est ? Je suis un peu ir.

Attends, attends. C'est pas tellement un culte. C'est toi, toi, mon toi. Tu sais,

à l'époque, tout tournait autour de Ellie.

Les Stinky Toys d'abord.

C'était leur groupe avec Jacques Nau. Ils ont fait deux albums chez Vogue.

Oui. Après, elle a joué comme le premier rôle dans mon court-métrage.

Elle arrivait dans des fêtes. Mais bon, c'était fou. Elle arrivait avec toute sa

bande. Il y avait des musiciens, des journalistes. Il n'y avait pas qu'Adis.

Yves-Adrien. Et puis, Olivia Clavel.

Des bazookas. Et toi, t'étais amoureux d'Elie.

À l'époque, c'était impossible de ne pas être amoureux d'Elie.

Le printemps du confinement a été l'un des plus beaux dont je me souvienne.

Nous avons quitté Paris quelques jours avant la fermeture des écoles pour

trouver une campagne déjà bourgeonnante.

La végétation était en avance et on pouvait déjeuner au soleil.

On suivit plusieurs semaines de beau temps où l'on a vu éclore les lilas.

La glissine des voisins provoquait le saisissement des rares promeneurs

autorisés.

Seul le magnolia d'Ereño, qui avait littéralement pris feu comme une torche,

a été contrecarré dans ses projets.

Il a suffi d'une nuit de gel pour avoir raison de sa floraison extravagante.

Les plus modestes fleurs des champs, les boutons d'or, les bleuets, les

clochettes des sous-bois persistaient intactes à parsemer d'autant de taches

colorées la fraîcheur du pré.

Jour après jour, je m'en suis émerveillé en faisant mon jogging.

découvrant la floraison des pommiers, puis celle des cerisiers, et remerciant

le ciel de m'avoir donné la chance d'être témoin de cette saison

exceptionnelle.

C'est à la sortie du confinement que j'ai découvert que David Hockney, sans

doute l'artiste vivant que j'admire le plus, avait passé ce même printemps non

loin d'ici, en Normandie, et qu'il l'avait peint.

Il en avait livré sur YouTube quelques images faites sur iPad et accompagné d

'un texte bouleversant où il disait le bonheur qu'il avait eu à saisir l

'éclosion du printemps, que nous avions perdu notre lien à la nature.

Cette question m'habitait depuis des semaines.

Je me demandais pourquoi mon art, le cinéma, perdait lui aussi son lien à la

nature. Pas tout le cinéma, bien sûr, mais n'y avait-il pas un chemin possible

dans cette évidence formulée par Hockney ?

La façon dont le cinéma saisit sur les visages les émotions les plus fugitives,

et touche par là à son essence même, ne pourrait-elle s'appliquer aux beautés

éphémères de la nature ? Un cinéaste ne pourrait-il pas faire comme Monet,

descendu au bord de la Seine l'hiver 1879-80, peindre le fleuve quand il

charriait des blocs de glace ? Cela n'aurait pas sa place dans un film ?

Je peux te parler ? Bien sûr.

J'ai observé que quand tu fais tes courses... Je fais les courses pour tout

le monde. J'ai remarqué que quand tu fais les courses pour tout le monde, tu

mets les marchandises directement dans les placards de la cuisine.

Où est-ce que je suis censé les mettre ? Alors, si tu lis la presse... Quelle

presse ? Enfin, si tu suis les recommandations, on dit bien qu'il faut

laisser les marchandises dehors un certain temps, 4 heures minimum.

pour éliminer tout risque de contamination par les surfaces.

Quelles surfaces ? Tout, les emballages en plastique, les boîtes. Et les

laitages ? Oui, les laitages aussi, évidemment.

Je suis désolé, je ne laisse pas les laitages dehors.

Pourquoi ? Parce que je respecte la chaîne du froid.

Comment ça ? J'évite de favoriser le développement des bactéries.

Staphylococque, listeria, salmonelle.

Parce que si tu veux éviter d'interrompre la chaîne du froid, c'est

surtout pour les surgeler.

Je sais pas.

Moi je sais.

Je préfère pas prendre de risques.

On parle de Covid et toi tu me parles de la chaîne du froid. Si on est prudent,

on est prudent pour tout.

L'autre jour, tu as passé toutes les poignées de porte à l'eau de Javel.

Diluée. Tu sais très bien que c'est extrêmement nocif. Bon, moi je veux bien

mettre du vinaigre blanc sur les poignées.

On a commandé six bouteilles, mais ça ne sert strictement à rien. Tu peux

vérifier sur n'importe quel site.

Tu ne déjeunes pas avec Carole ? Non.

Aujourd'hui, elle jeûne.

C'est ce que lui a recommandé sa nutritionniste.

Tu sais, je te demande pas non plus de mettre les sacs en plein soleil. Tu peux

les mettre à l'ombre. Et puis, fais pas si chaud que ça.

Non, je trouve ça trop risqué.

Enfin, le Covid aussi, c'est un risque.

À chacun ses priorités.

Bon, alors tu seras un transigeant sur la chaîne du froid.

Voilà.

Tu sais que notre département est en zone rouge.

Pas dans cette partie de l'Essonne. Ah, d'accord.

Je ne savais pas que l'Essonne était divisée en zones.

C'est un scoop.

Je ne sais pas depuis quand tu as cette information, mais je suis heureux de la

partager. Non, je n'ai pas dit ça.

Je me sers de mon bon sens, pas de mes névroses. Non, mais parce que je me

préoccupe des règles sanitaires au moment de l'épidémie la pire qu'on ait

jamais vécue.

Au moment où la population mondiale est confinée pour la première fois.

Alors c'est une névrose.

C'est moi qui divague.

Je te rappelle que la grippe de Hong Kong en 1968 a fait un million de

victimes et on n'en a pas fait tout ce délire dans les médias. Alors selon toi,

c'est une bonne chose ou une mauvaise chose ? Non parce que c'est bref, un

million de morts, pourquoi s'en préoccuper ? Alors voilà, prenons la

grippe de Hong Kong comme exemple, comme modèle et faisons pareil.

C'est pas ce que je dis.

Mais tu dis quoi alors ? Que toute cette hystérie me semble excessive, voire

caricaturale.

Je peux te dire qu'en termes de cinéma, en tout cas, on sous-évalue complètement

le problème.

Pourtant, il y a d'ores et déjà des réunions pour définir de nouveaux

protocoles sur les tournages. Ça a l'air bien avancé.

Bullshit. Voilà.

Pourquoi vous dites ça ? Je pense qu'on ne peut pas faire des films en

respectant les règles de distanciation. C'est impraticable.

C'est une position extrême et peu réaliste. Mais vous préconisez quoi ?

Moi, rien du tout. Je n'ai pas l'intention de risquer ma santé sur un

tournage. Je peux dire que...

Jamais de ma vie je me suis senti moins cinéaste.

Alors admettons qu'on fasse des films, j'ignore à quelle échéance, encore

faudrait-il que les gens prennent le risque d'aller les voir en salle.

Pas vous ? Surtout pas moi.

Pardon, je te dérange une seconde. Je suis en train de passer la commande sur

le site de l'épicerie bio des Molières, ils livreront en fin d'après-midi.

Mais j'ai besoin de savoir si tu veux des choux raves.

Non, ça va.

T'avais fait une purée avec l'autre jour. Je t'assure.

Ça va.

D'accord.

Je te dérange pas plus.

Bon, excusez-moi, je... Je vous en prie. Vous avez signé la pétition en faveur

des intermittents ? Oui, oui, c'est la moindre des choses. Et puis ça venait de

mon ami Jeanne Balibar.

Mais bon, au fond... Oui.

Vous pensez autre chose, au fond ? Non, non, non. Je pense que la situation des

intermittents est et restera, et pendant un certain temps, désespérée.

et qu'il faut absolument les aider.

Mais bon, rapporté à la dévastation sociale et l'abîme de

misère et de désarroi qui va frapper la société entière et dans le monde entier,

je pense que c'est une goutte d'eau dans l'océan.

Comment voyez-vous le futur ? Moi je vois rien, je suis pas devin.

Non mais je sais juste que...

Les salles de cinéma et les tournages sont des foyers potentiels pour la

pandémie. Et tant qu'elle ne sera pas contrôlée par un vaccin fiable, ça ne

sera pas bon pour nous.

Mais d'ici là ? D'ici là, pour moi, rien.

À part la jonction d'imaginer des nouvelles façons

de faire des films compatibles.

avec les nouvelles données du monde réel. En fait, chacun pour soi.

Oui.

Et que l'industrie aille à sa perte. Mais non, mais l'industrie, elle n'ira

pas à sa perte, rassurez-vous.

Elle se réorganisera à plus ou moins brève échéance, et selon

des valeurs et des règlements qui la rendront d'autant plus rigide, et hélas,

d'autant moins libre.

Ça, c'est la bibliothèque de mon père.

Là aussi, le temps s'est arrêté.

Il faisait relier ses livres en Italie selon un code par genre et par pays.

Marron avec des fleurs de lys pour la littérature française classique, beige

avec de petites étoiles pour la littérature française contemporaine,

jaune c'est le théâtre, peau de pêche c'est l'histoire et noir c'est ce que je

préfère, l'effet d'hiver à travers les âges.

Depuis mon adolescence, je les lis de façon compulsive.

Et puis il a cessé de les faire relier, et il a aussi cessé de les classer, d

'autant plus qu'ils s'accumulaient au-delà de l'espace de rayonnage

disponible.

Ce qui était très envahissant, c'est la collection de l'univers des formes qu

'André Malraux avait créée chez Gallimard, l'équivalent de la Pléiade,

mais pour l'histoire de l'art.

Le premier volume était consacré à Sumer, puis les Hittites, Assur...

Autant de civilisations passionnantes mais donnant lieu aux salles les plus

ennemieuses des grands musées.

Mon père accumulait dans une boîte à cigares les pièces de monnaie qui

traînaient au fond de ses poches.

Et quand la somme était suffisante, il m'emmenait acheter des livres d'art,

cinq rues du pont de l'Audy au stock de Hachette qui diffusait alors Gallimard.

Mon père, publié par Robert Laffont, y bénéficiait d'une remise confraternelle

de 30%.

La dernière fois que je l'ai accompagnée, je devais avoir 13 ans et

on avait acheté deux monographies consacrées à Bonnard et à Vuillard, dont

je me rappelle encore.

D'ailleurs, elles sont là et je les feuillette parfois.

À l'époque, j'étais loin d'imaginer combien leur œuvre, et celle de Bonnard

en particulier, allait marquer mon inspiration future.

Jusqu'à son dernier jour, mon père a tenu à être dans un état de propreté

très minutieux.

Alors, les deux, trois derniers jours, il a pu prendre sa tasse de café

habituelle. Il aimait avoir une tasse de café noir en se levant avec un peu de

pain et de beurre.

Puis, nous l'assayions comme tous les jours sur ce fauteuil, cette chaise à

porteur dont je vous ai parlé.

Et encore deux jours avant sa disparition, il a tenu à aller dans le

jardin. et a commencé un paysage.

Alors nous l'avons porté dans le jardin, nous essayions de ne secouer trop cette

chaise à poster, et notre monteur le gassait un peu, il disait, mais allons

plus vite, allons plus vite. Alors nous allions plus vite, puis nous l'avons

déposé là où il nous a dit de nous arrêter, et puis il a changé d'avis,

nous sommes allés un petit peu plus loin, et puis il a regardé les oliviers.

Il a regardé des oliviers, j'ose dire qu'il s'est perdu dans les oliviers,

mais il souffrait, il souffrait terriblement.

Et de temps en temps, lui qui ne se plaignait jamais, laissait même échapper

un tout petit gémissement.

Et puis on a placé la toile sur son chevalet devant lui, et on a ouvert la

boîte de couleurs, la palette était toute prête, je l'avais préparée moi

-même, je savais très bien, c'était l'époque justement de la grande économie

de couleurs, très peu de couleurs, la palette bien propre.

le pinceau qu'on a mis dans sa main, et il a commencé à prendre de la couleur et

à la mettre sur la toile.

Et il a cessé de gémir, son œil s'est éclairé.

Nous sentions que la joie, la joie de peindre était en train de le posséder.

Et au bout de quelques minutes, il s'est mis à chantonner.

Voilà comment je peux vous raconter la fin de mon père, parce que le reste, le

reste, bien...

Pratt, le chirurgien, notre ami, est venu, s'est occupé, enfin, a essayé de

lui rendre le moins pénible possible ces derniers instants, et puis voilà.

Et voilà, ainsi s'achève notre série de soutien.

C'était quoi ? J'étais dans la pièce d'à côté, j'ai entendu des bribes. C'est un

podcast que m'a recommandé Paul, Jean Renoir.

Le cinéaste ? Ouais.

Pierre-Auguste Renoir était son père, il a écrit un livre sur lui.

Paul dit que c'est un émerveillement.

Ça avait plutôt l'air de parler de la mort.

Il en parle simplement.

Comme il faut en parler.

Je voulais te remercier.

De quoi ? Je sais pas.

De m'avoir accueillie ici, généreusement.

C'était pas évident, c'était pas prévu que je reste.

Pourtant, ça a semblé aller de soi.

Pas vraiment, non. Tu sais, avec Étienne, c'est la première fois qu'on...

qu'on vit ensemble.

Je pensais que vous étiez ensemble depuis longtemps.

Ouais, depuis un moment. Mais clandestinement.

Avant, il y avait sa femme, sa famille. Maintenant qu'il l'a quittée, tout

change. Il faut trouver de nouveaux repères. Tu veux dire qu'il te cachait ?

En quelque sorte, oui.

Tu en as souffert ? Non.

Enfin, il aurait pas fallu que ça dure plus longtemps.

Tu l'aurais quittée ? Ah ouais.

Mais... Tu sais, moi, ça fait pas si longtemps que ça que je vis avec Paul.

Entre un et deux ans, pas plus.

Ah bon ?

J'aurais imaginé que ça faisait beaucoup plus longtemps.

Non. Avant, il vivait seul. Enfin, avec sa fille qu'il avait en garde alternée.

Et là, elle est avec sa mère ? Maintenant, oui. Mais elle était là

juste avant que tu arrives. Elle revient bientôt. C'est pas exactement quand.

Elle manque beaucoup à Paul.

Il avait pris l'habitude de lui faire faire ses devoirs tous les matins.

C'est marrant. Avec Paul, vous avez l'impression d'être ensemble depuis

toujours. Mais c'est fou, j'ai l'impression aussi.

Mais c'est pas le cas.

Moi, j'arrive pas à me sentir à ma place.

Je sors d'un mariage raté, d'un divorce douloureux.

Notre fille est en garde alternée, ça crée des conflits que je déplore et

alors le confinement n'arrange rien.

Elle me manque terriblement.

Vous vous êtes séparées à cause de ton histoire avec Etienne ? Ah non, ça n'a

rien à voir, c'était avant. Au contraire, l'histoire avec Etienne, ça m

'a plutôt sortie du trou.

Oui, mais peut-être, le fait d'être cachée... Oui, j'imagine que ça donne un

complexe, un sentiment d'insécurité.

Tenace.

Tenace, ça se voit tant que ça. Non, mais pas... Non, mais avec Etienne, on a

été heureux, on...

On a voyagé et tout ça, mais si tu veux, c'est la première fois, comment pas, qu

'on peut nous regarder comme un vrai couple.

Je comprends.

J'ai senti ça dans tes yeux. Je voulais te dire que je t'en étais

reconnaissante.

Attends, attends, attends.

Attends, attends, attends.

Vas-y.

Attends, attends.

Ah oui, oui.

Snoopy versus the bread baron. Pas les royal quads, même.

D'où tu le sors ? Si j'ai trouvé par hasard, c'est une population sur iTunes.

Mais ça fait des décennies que je n'ai pas entendu ça.

Ah non, tu l'as entendu plus récemment.

Ah, t'es sûr ? Non, mais c'est Tarantino qui s'en est servi dans Once Upon a Time

in Hollywood.

Ah oui, oui, oui.

C'est la scène là où Leonardo DiCaprio est dans la piscine sur son matelas

gonflable et il l'écoute au casque. Bravo, trop fort ! Ouais, je m'en

souviens très bien parce que j'avais trouvé ça totalement incongru. Oui mais

c'est ça qui est bien, c'est que c'est incongru.

Attention, là j'en ai une collector.

Une collector, attention.

C'est parti.

Ah bah oui, non, mais ça c'est trop facile.

Avec le son du Shiloh, c'est Quintessence.

Ils sont trop mauvais.

Le chanteur était redoutable.

Rajaram. Ça date de quand ? Moi, j'aime bien.

Des années 60, quelque chose comme ça.

Alors là, j'en ai une.

Attention.

Concentrez-vous.

Attention.

Si, c'est Héloïse de Baby Ryan.

T'en es si sûre que ça ? Je connais ça.

Ah non, c'est qui ? C'est un générique de série hyper connu. Non, non, non.

C'est la version de François. Ah non, non, non, ne me fais pas ce coup-là.

Non, non, non, non, non, non.

C'est horrible.

En France, ça va, moi j'adore.

Ça, tu adores.

Non, non, non, s'il te plaît.

Non,

non, non, non, non, non, non.

Non, non,

non, non, non, non.

C'est bon, c'est bon, c'est bon.

J'arrête.

Attends, attends, attends. Tu peux pas mettre l'album de John Prine ? Que j

'aime bien. L'album de John Prine avec les duos, là.

Moi, j'aime Falling in Love Again.

Vous n'avez plus faim ? Non, moi, ça va. Deux salades et du jambon et du fromage,

c'est bon.

Bon, moi, je vais me faire une crêpe.

Il reste de la pâte à crêpes dans le frigidaire.

Je fais chauffer la poêle.

On pensait que... Non, non, mais c'était parfait. C'est juste que j'ai encore un

petit creux.

Tu veux une crêpe, Carole ? Tu crois qu'il est contrarié ?

Non, c'est pas facile de se régler sur les habitudes alimentaires de tout le

monde. On s'en sort plus.

D'autant plus qu'il tient beaucoup à ses crèmes. Ça fait longtemps ? Depuis un

moment, il a pris l'habitude.

Je comprends, c'est comme une thérapie.

Oui, c'est ça. Je crois que je l'ai assez bien réussi.

Jambon-fromage. Vous êtes sûre que vous n'en voulez pas ? Non, mais tu sais, je

ne mange pas de gluten.

Ah, par exemple, oui, bien sûr, tu me l'avais dit.

Tu en veux un petit peu ? Ah non. On ne veut pas.

On va aller regarder un film. Vous voulez qu'on vous attende ? Vous allez

regarder quoi ? Bon, je ne sais pas, peut-être un guiterie.

Mais vous en avez pas déjà regardé plusieurs ? Ouais mais enfin tu sais c

'est une drogue dure pour moi. Ou un Renoir, tu sais on avait dit qu'on

reverrait Elena et les hommes.

Non non merci, je préfère lire avant de me coucher.

Ah à ce propos.

Oui ? Ça vous embêterait de pas mettre le son trop fort ? Bah on ne met jamais

vraiment très fort. On ne met pas fort. Bah oui mais c'est juste en dessous de

notre chambre. Enfin bon c'est pas nouveau Étienne, enfin c'est comme ça

depuis qu'on est enfant.

Je suis désolé, j'ai un peu pris des habitudes de vieux.

Écoute. Il n'y a aucun problème.

Non, non, non, mais c'est moi qui m'excuse. Enfin, on va faire attention.

Bon, hier soir, Carole et moi, on a dû mettre des boules de pièces.

D'autant plus que je n'en mets jamais parce que ça m'angoisse.

Non, mais juste, Étienne, hier soir, on a regardé un film muet.

Je ne sais pas.

C'est que la musique était trop forte.

Oui, oui, mais comme tu m'as fait la remarque hier, on a fait attention de

mettre au minimum.

Voilà, c'était assez bas.

Non, non, mais écoute, on va mettre encore plus bas, je veux dire, au point

où on en est.

Je te remercie par avance de le faire ce soir.

Juste pour savoir, dorénavant ici, on ne pourra plus que regarder des films

muets.

Tu m'avais dit que c'était ce que tu préférais.

Oui, oui, pas non plus exclusivement. En ce moment, j'ai des insomnies.

Voilà, je traverse une période difficile.

Le matin, je me réveille à l'aube. C'est pas marrant.

Bon, écoute, je réglerai au fur et à mesure.

Et puis, quand c'est trop fort, tu sais quoi ? Eh ben, je baisserai. Eh ben

voilà, on fait comme ça. C'est très généreux de ta part. Allez, sinon... Bon

film, du coup.

N'hésite pas à mettre des coups de balai si on abuse. On n'hésitera pas.

Bonne nuit.

Bonne nuit.

Bonne nuit.

Qu'est-ce qui t'a donné envie de lire les lettres d'Éloïse et Abélard ? Arthé

m'a proposé de réaliser un documentaire autour de Mme Bovary. Ah oui ? Elle

évoque l'amour d'Éloïse et Abélard.

Ah, je ne t'avais pas lu.

Pour être honnête, je situais, mais très vaguement.

Moi aussi.

À part ce qu'en dit Villon.

Villon ? Oui, dans la balade des dames du temps jadis.

Où est la très sage Héloïse, pour qui fut châtrée, puis moine, Pierre S.

Bayard, à Saint-Denis ? Quelle mémoire ! Je n'ai pas de mérite.

Il avait été mis en musique par Georges Brassens dans une version très belle.

Je l'ai beaucoup écouté.

En tout cas, je peux te dire qu'Héloïse était tout sauf très sage.

Elle était passionnément amoureuse d'Abelard. Et celui-ci, même après avoir

été victime de la cruelle vengeance du chanoine Fulbert... Châtré et puis

moine. Châtré et puis moine.

Persiste à lui expliquer doctement la primauté de l'amour en Jésus-Christ.

Les lettres d'Éloïse sont sublimes.

Enfin bon, malheureusement, elle n'en a écrit que deux. Bon, ça ne fait pas

beaucoup. Ça ne fait pas beaucoup, mais ça fait partie des merveilles de la

langue française.

Elle parle du désir physique en termes libres et crus.

Elle n'a peur de rien, elle est guidée par sa passion.

Les lettres d'Abélard palissent en regard des siennes.

Je trouve Éloïse généreuse et patiente d'avoir accepté les leçons

singulièrement désincarnées.

D'Abella. Mais c'est beau pourtant ce qu'il écrit.

Ça n'a rien à voir avec la modernité fulgurante des lettres d'Héloïse.

Le livre traînait dans le bureau.

C'est toi qui l'avais sorti ? Oui.

Je voulais relire les lettres de la religieuse portugaise. C'était dans le

même volume.

C'est deux monologues de deux femmes amoureuses qui sont adressées à des

hommes dépassés par le désir de celle-ci et ses abîmes.

Tu le lisais pour une raison particulière ? Oui, j'avais envie de

faire un film en costume avec Christine Stewart.

Alors bon, je cherche des idées. En religieuse portugaise ? Oui, je sais, ça

va pas du tout.

Enfin, c'est quand même plus compliqué que ça.

Si tu veux, ce qui m'intéresse, c'est la circulation entre la vie et le tournage.

À la fois le personnage qu'elle joue et la façon dont ça résonne avec son

destin.

Quel est le problème ?

C'est le fiancé de la religieuse portugaise.

Il est français, il est vraiment trop nul.

C'est un peu comme le hussard anglais dans l'histoire d'Adèle Hache.

Le problème, c'est qu'il est trop indifférent à elle.

Du coup, on s'en fout un peu. D'elle ? Hors de lui.

Il ne reste plus qu'un monologue.

Ce n'est pas suffisant pour faire un film.

Un monologue victimaire en plus.

C'est sublime.

C'est un peu comme du racine.

Mais bon, sans aucun interlocuteur.

Je regrette.

J'aimais bien l'idée de Kristen Stewart en religieuse portugaise. Ah, moi aussi.

Si on faisait une course...

Bonjour, je suis Monsieur Berger, je viens pour la commande.

Bonjour, c'est le quatrième caddie. Oui, oui.

Bonne journée.

Au revoir. Au revoir.

bien se laver les mains.

Se mouiller les mains.

Prendre une dose de savon suffisante.

Frotter paume contre paume.

Exercer un mouvement en avant et en arrière de la paume d'une main sur le

dos de l'autre, puis inverser.

Pour laver les ongles, tourner le bout des doigts d'une main contre la paume de

l'autre, puis inverser.

Séchez soigneusement les mains par tamponnement avec un essuie-mains.

Ça va ? Très bien.

Tu redoutais le retrait de la commande ? Non, mais tu sais, en fait, c'est

impeccablement bien organisé. Ils mettent des masques, eux, le retrait se

fait sur le parking, et puis t'amènes des cageots.

Ouf ! Et puis surtout, ils respectent les distances de sécurité.

Y'a aucun contact.

Et pour payer, tu fais comment alors ? C'est très simple, c'est par virement

bancaire.

Et après, tu fais une lessive avec tes fringues.

Oui, il faut que je sois beaucoup plus sûr.

Dis-moi, Étienne se demandait, tu as eu le temps de passer à la boulangerie pour

chercher du pain et une tarte ? Je ne suis pas psychologiquement prêt pour la

boulangerie. Et puis, je peux m'en passer.

C'est ce qui me semblait. Je me suis dit que c'était un peu dur quand même, la

boulangerie.

Il ira, du coup ? Oui, tu peux lui dire de bien mettre son masque. Oui, il le

met. Et de mettre du gel sur les mains. Il le fait. Autour des poignets. Entre

les doigts. Et entre les doigts.

Merci.

Déjà, ce que je vais faire, c'est télécharger l'application. Oui, et tu m

'appelleras quand tu seras devant ton ordi, je te guiderai. Tu vas avoir

besoin d'un micro.

Mais j'en ai pas, moi, de micro.

Bon, ça, c'est pas un souci, on va t'en faire porter un. D'accord, mais alors,

je te demanderai de prendre toutes les précautions possibles.

C'est pas pour moi, c'est pour mon frère qui est extrêmement maniaque.

Oui, on connaît, on a vu pire.

Un animateur très célèbre, et dont je tairai le nom, a demandé que le livreur

ait des gants, que l'emballage du micro...

soit passé au désinfectant et que le paquet soit déposé sur son palier. Et il

a attendu un jour entier avant de le récupérer.

Voilà, c'est exactement le profil de mon frère.

Tu nous donnes l'adresse, on le dépose devant ta grille, tu le récupéreras

quand tu veux.

Ça rassurera ton frère, pas de problème.

Bon, je te repasse Maxime.

Oui, c'est clair comme ça ? Oui, je suis assez maladroit avec la technique, mais

je devrais m'en sortir.

Oui, c'est important de faire un live à midi. Tu vois l'idée, moi je pensais à

un format type la chanson du jour.

Je dirais que c'est positif, ça donne le sentiment que la vie continue.

Et pour mon émission du soir, on fait des rediffusions ? Oui, alors je pensais

à ta série sur Brian Wilson et les Beach Boys. C'est joyeux, ça donne envie de

danser, c'est ce que demandent les auditeurs.

L'idée, ce serait qu'au début, tu aies un petit échange avec Laura Delaire qui

te précède.

Elle est en live ? Non, non, non, c'est pareil, c'est des rediffs. Elle est chez

elle, mais elle fait un intro et la sortie, on vous connecte et après on

lance ton émission.

Mais tu veux faire ça quand ? Pas tout de suite, plutôt à partir de la semaine

prochaine.

Sinon, t'as des idées pour les jours à venir ? Parce que c'est bien d'être en

actualité. Oui, bien sûr, on pourrait faire un hommage aux victimes du Covid.

David Greenfield, le clavier des Stranglers.

Paul Oakenfold, qui avait produit Primal Scream.

Manu Dibango, John Prine. Bien sûr, oui, enfin, c'est pas ce que j'avais à l

'esprit.

J'imaginais quelque chose qui change les idées.

Mais c'est ton émission, tu fais tes choix.

Oui, je comprends, il ne faut pas que ça fasse trop nécro.

Voilà, c'est ça, exactement.

Pas trop nécro.

Je ferai au mieux.

Écoute, ce qui est formidable avec toi, c'est que tu nous fais découvrir des

artistes à côté des canons trépassés, et puis tu rends tout ça vivant.

Qu'est-ce qu'on fait des phrases

? Je les avais complètement oubliées.

Je pense qu'elles sont un peu nazes.

Je vais faire une compote.

Oui, mais dans quel casserole ? On a cramé la petite, elle était

irratrapable. Oui, je sais, je l'ai jetée.

Je m'en ai commandé des neuves, elles sont arrivées ce matin.

Encore Amazon, c'est du délire. Ah oui, mais justement, j'ai commandé

directement sur le site suédois.

Et j'ai pris une cocotte, tu vois, et une casserole, regarde.

Qu'est-ce que t'as l'intention de faire faire dans une mini cocotte ?

Je sais pas, être en fonte, noir, avec le manche en bois, j'ai trouvé ça joli.

Elle coûtait combien ? 90 euros, plus les frais d'expédition.

T'as dépensé 90 euros pour une mini cocotte dont tu sais même pas si tu te

serviras un jour.

J'hallucine.

J'utilise la petite casserole pour faire les fraises.

Je t'en prie, be my guest.

Bon.

Non, parce que tu reparlais d'Amazon, là.

Tu as un problème avec Amazon ? Oui, j'ai un problème avec Amazon.

Non, parce que les magasins sont fermés.

Qu'est-ce que moi, je peux y faire ? Éviter de faire profiter les profiteurs

de guerre ? Non, mais écoute, c'est quand même pas de ma faute. Si on est en

période de confinement, c'est beaucoup plus pratique, je pense, de faire ses

courses en ligne. On tue les petits commerçants.

Enfin bon, les petits commerçants, ça fait bien longtemps qu'ils ont été tués

par les grandes surfaces.

Ce qui reste ? Et au contraire, je vais te dire, c'est les grandes surfaces qui

ont peur d'Amazon.

Et pourquoi ? Parce qu'ils ont peur.

Ils ont peur que les gens seraient habitués à acheter en ligne ce dont ils

ont besoin.

Ça sert à rien de touiller tes fraises, elles libèrent de l'eau, ça les empêche

de cramer.

Ah.

Pardon.

Et pour les livres, tu as plein d'excellents sites français alternatifs

? Je sais, j'ai trouvé un portail tout en écriture inclusive.

Pour être franc, ça m'a totalement découragé.

Tu as mauvais esprit.

Et puis de toute façon, la plupart de ces sites se renvoient sur des

librairies de proximité qui sont par ailleurs fermées.

On est dans une maison remplie de livres.

Il n'y a pas d'urgence à commander des livres sur Amazon.

Tu as raison de coter ce problème.

Cette bibliothèque m'angoisse.

Pourtant, je t'ai vu piocher dedans.

Il y avait Boileau.

Et pourquoi Boileau ? En fait, je ne me souvenais plus si j'avais lu l'art

poétique ou pas.

Et ? Figure-toi, je ne sais toujours pas.

Les vers ressemblent tellement à des proverbes que... Ce que l'on conçoit

bien s'énonce clairement.

Qu'est-ce qu'ils sont brûlés comme ça ? C'est des fraises.

Tu m'avais dit de ne pas y toucher.

Je ne t'ai jamais dit de ne pas y toucher. C'est ce que tu m'as dit.

Elles sont complètement carbonisées.

La casserole est morte.

Non, tu vas la mettre une nuit à tremper, ça ira très bien. Pas du tout.

Non, mais le fou est totalement calciné, là.

Non, mais... Non, mais... Non,

mais elle est bonne à jeter, hein. Je t'ai pas dit qu'il fallait la laisser

sans surveillance.

Non, mais tu m'avais dit qu'il fallait pas touiller.

Ah, c'est de ma faute, maintenant.

J'ai jamais dit ça. Bah si.

Bon, euh... Tiens, tu t'en serviras pour tes crêpes. Ah, merci.

Oui, je t'en prie.

Oh non ! C'est dégueulasse, ça a un horrible goût de brûlée, je peux le

jeter. T'inquiète pas, la poubelle est là.

Attends, là je t'ai trouvé un site où ils disent que tu peux mettre la

casserole à bouillir avec du liquide vaisselle et du bicarbonate de soude,

apparemment ça marche super bien.

On a du bicarbonate de soude, j'en avais acheté pour faire du pain sans gluten.

J'y crois pas, elle est complètement cramée là.

Essaye de la faire tremper dans du vinaigre blanc, là aussi ils disent que

ça va marcher.

Sinon, il y a un autre site qui te propose de la jeter.

Je trouve pas ça drôle.

Ah ! Ça va ? Autant que ça peut aller dans ce contexte détestable. Mon film

est arrêté.

Je pourrais le reprendre l'été prochain.

Et encore.

Mais sinon, ça va, merci. On est à la campagne. Il fait beau.

Dis-moi, c'est bien ?

La maison des parents de Louis ? Très beau.

Il y a un grand jardin, ils ont installé un trampoline et puis Bride passe ses

journées dessus. Ils font des concours de saut qu'elle gagne tout le temps. Et

puis quand elle gagne pas, elle est grognon le reste de la journée. Mais oh

bah, rien de neuf.

Ça va les devoirs ? Bah pardon, mais mieux que quand elle est avec toi. Qu

'est-ce que tu veux dire ? Tu lui fais travailler son allemand ? Écoute, je

parle pas l'allemand.

J'ai des déclinaisons à faire répéter. Oui bah enfin, je fais ce que je peux.

Elle a du mal à se concentrer, t'es sûr que tu la laisses pas traîner n'importe

comment, n'importe où, sur Internet ? L'école est fermée, elle est confinée, c

'est pas marrant pour les enfants.

C'est vrai que je suis un peu plus souple que d'habitude, voilà. C'est pas

comme ça qu'elle le présente.

Et comment elle le présente, alors ? Elle est très contente avec nous, mais

du point de vue Internet, elle a l'air de considérer que c'est le goulag.

Ce qui me laisse penser que chez toi, il y aura un régime plus souple.

Ouais, enfin, je la laisse chatter en fin de journée avec ses copines.

dans l'esprit de ne pas totalement la désocialiser, ce qui est souhaitable, il

me semble.

Et si elle fait bien ses devoirs, je lui permets de jouer à des jeux sur ma

tablette. Quel jeu ? Je ne sais pas. Je n'ai pas analysé quel jeu, non.

Alors tu passes ta tablette à ta fille et tu la laisses jouer sur n'importe

quel jeu, y compris certains qui pourraient être néfastes ? Écoute, je

crois honnêtement que ces jeux ne sont pas néfastes, mais je vérifierai.

Je te remercie de bien vouloir le faire, oui. Bon, elle est là.

Brice ! Bonjour

mon amour, bonjour !

Salut, pa ! Salut,

comment ça va ? Il est où mon vélo ? Il est... Il est rangé, il est...

Enfin, il est dans l'arrière-cuisine.

Dis pas. Tu peux me commander le tome 22 de la Guerre des Clans ? Enfin, le

mieux, ce serait 22, 23 et 24.

Et pourquoi trois tomes ? Mais est-ce que c'est la fin du cinquième cycle ?

Oui, mais enfin, bon, je t'avais commandé déjà trois tomes juste avant

que t'ailles chez maman, hein. Oui, je sais, le 19, 20 et 21.

Là, j'en suis presque à la moitié du 21.

Oui, mais là, j'y comprends rien.

Il y a combien de tomes par cycle ? Bah, six.

C'est pour ça.

Tu ne peux pas me laisser à la moitié.

C'est trop cruel.

Bon, écoute, je suis sûr qu'il y a une excellente bibliothèque chez les parents

de Louis. Mais c'est des vieux livres.

Tant mieux, mais quel est le problème ? Mais papa, tu ne comprends pas. Il faut

que je finisse le cinquième cycle.

Enfin bon, tu n'as pas envie de découvrir autre chose ? Comme les

royaumes de feu, par exemple ? Non, ça ne me plaît pas.

Mais pourquoi ? Je n'aime pas les dragons. C'est un animal qui ne m

'intéresse pas.

Non, mais je t'assure... Papa ! Je n'assiste pas, mais enfin bon...

Dis papa, quand je rentrerai, est-ce que je pourrais regarder des films sur ta

tablette ? Tu as le droit chez maman ? Elle ne veut jamais prêter son ordi ni

sa tablette. Ah oui, mais moi je crois qu'elle te la prête de temps en temps.

Bah oui, mais elle ne veut pas que je regarde Netflix.

Non, parce que moi je crois que tu regardes quand même.

Comment ? En utilisant mes codes par exemple.

Brite, j'ai vu que tu t'es connectée.

Comment tu le sais ?

Écoutez, il m'envoie des notifications.

Bon, je m'en suis peut-être servi une ou deux fois.

Viens voir, on fait comme avant, d'accord ? Si tu suis bien les cours,

que tu fais bien les devoirs, t'auras le droit de regarder des films, d'accord ?

Netflix ? Non, tu veux pas voir autre chose que Netflix ? Il y a des choses

très bien ailleurs qui pourraient même te plaire.

Netflix ? Bon, allez, un épisode.

Trois ? Non, non, non, un c'est un.

Trois ? Non, écoute, bon, ok, deux.

Ok ? Deux, d'accord.

Dis-donc, c'est redoutable de négocier avec toi.

Je sais. Bon, je te laisse, ils ont commencé le concours sur Antropoline.

Oui, attends, attends, Brite, tu rends bien la tablette à ta maman, hein ?

Commis. Oui.

Brite ! Oui, bah...

J'ai pris l'habitude de faire du jogging dans le parc des Régnaux.

De toute façon, c'est interdit sur les chemins vicinaux.

Là, je ne rencontre personne.

Courir, c'est relativement récent dans ma vie. Peut-être une dizaine d'années,

et encore seulement en été. Le reste de l'année, je ne fais aucun sport.

Plus jeune, je ne savais pas courir. Je n'avais pas de souffle, ou plutôt je ne

savais pas trouver mon souffle. Et je m'épuisais aussitôt.

Et puis à force, j'y ai pris goût.

J'ai trouvé mes repères, j'aime l'effort de courir et j'y arrive mieux que

lorsque j'avais 20 ans.

Ici, à Montabé, j'ai retrouvé des réflexes lointains, par exemple le

chemin autour du parc.

Je descends les marches du potager, je suis les poiriers en espalier, je tourne

à droite vers le portique, je passe derrière le tennis, je descends jusqu'à

la mare, puis je remonte en suivant le grillage, c'est assez raide, et je

rejoins le sous-bois qui me ramène à la villa d'où je reprends le même circuit.

Je fais six tours.

C'était le chemin que je suivais quand j'étais étudiant à Sancier.

Le plus souvent, je travaillais à la salle de lecture de l'ancienne

Bibliothèque nationale, rue de Richelieu, sur mon mémoire de maîtrise.

Il était consacré au feuilletoniste Gustave Lerouge.

Blaise Sandrard lui a dédié un chapitre dans l'Homme foudroyé.

En réalité, il s'agissait surtout des liens intimes entre la poésie symboliste

et le renouveau de l'occultisme en France à la fin du XIXe siècle.

Ça a été pour moi une source d'inspiration quand j'ai fait mon film

Irma Vep ou quand j'ai écrit un essai sur l'œuvre du mage, cinéaste Kenneth

Anger.

Le matin, durant cette seule période de ma jeunesse, j'allais courir avant de

prendre ma voiture pour aller à Paris.

Ça devait être l'hiver, je me souviens du givre, de la vapeur, de l'air que j

'expirais. Je me souviens surtout de l'effort pour remonter de la mare.

Ou mieux, je devais faire deux tours.

J'aimais ça.

Enfin, le matin à l'eau, c'était assez merveilleux, mais je n'ai pas de bons

souvenirs de cette période de ma vie.

Claire, que j'aimais toujours, m'avait quittée et je n'imaginais pas la

remplacer. Elle était irremplaçable.

C'était la première et l'inspiratrice de mes premières tentatives graphiques.

Pourquoi au juste est-ce que je faisais une maîtrise sinon pour en être

débarrassé ? Je ne voulais pas devenir prof.

La peinture était trop solitaire et le cinéma était encore bien loin.

Il y a quelqu'un ?

Oui, exactement.

Je comprends, parce que l'année prochaine, ça sera le deuxième

centenaire de la naissance de Gustave Flaubert, donc il y a une actualité.

Enfin, façon de parler, mais... Pardon.

Mais c'est pas une raison pour parler de Madame Bovary de manière

conventionnelle. Vous voyez, moi, si je fais le documentaire, j'ai...

J'ai besoin de trouver un angle, en fait. S'il n'y a pas d'angle, ça ne m

'intéresse pas.

Je n'ai pas envie de dégrainer des dates.

Telle année, il fait ci, telle année, il fait ça, telle année, c'est le procès.

Les journalistes disent ci ou ça.

C'est un peu l'ennui, non ? Oui,

parce que Sartre pose justement la question, lui, dans l'idiot de la

famille. Qu'est-ce que Flaubert a à nous dire aujourd'hui ? Ça, ça m'intéresse.

Il y a une mallette pour toi devant le portail. Je sais.

Elle stagne là depuis deux jours.

Je l'ai récupérée. C'était un micro pour que je puisse intervenir en direct.

Super.

Justement, est-ce que tu peux me donner un coup de main pour l'installer ?

Carole est en train de faire son yoga.

Oui, bien sûr. Je bois mon café, j'arrive.

Merci. De rien.

Qu'est-ce que je peux faire pour toi ?

Tu veux bien t'asseoir au bureau pour que je règle la hauteur du micro ?

Encore,

encore, encore.

Stop ! C'est bon pour la hauteur, mais je ne sais pas comment tu vas faire pour

le stabiliser.

Il va être pas le bol.

J'appelle le technicien.

Alors ? J'ai fait comme tu m'as dit, mais le micro n'est pas stable.

Bon, écoute, on va déjà voir si ça marche comme ça. Je vais te le tenir.

Qui se souvient des Stranglers, groupe de la première vague punk, défini par

son machisme, parfois graveleux ? Ce qui distingue leur son est l'usage des

claviers, anathème pour leurs contemporains, et inspiré des Doors.

Leur clavier, c'était David Greenfield, victime à 71 ans du Covid, et c'est à

lui que nous allons rendre hommage aujourd'hui.

Stop, stop, stop, je n'entends rien.

Ah ben, j'ai tout fait comme tu m'as dit. J'ai essayé de le maintenir, mais

avec le câble, c'est un peu difficile.

Oui, j'ai vérifié deux fois. Tu lui as dit qu'il n'y avait que deux barres de

Wi-Fi ? Oui, j'ai dit. Elle raccorde du micro.

Je te rappelle que j'ai que deux barres de Wi-Fi.

Oui, c'est sans doute ça le problème.

Tu m'avais dit que ça suffisait.

Si tu te raccordes directement à la Livebox.

Ah non, mais je n'ai pas d'entrée Ethernet sur mon Mac.

Bon, je fais ma petite enquête et je te rappelle.

Je réponds volontiers à vos questions.

Enfin, j'ai quand même beaucoup hésité.

Ah, pour quelle raison ?

Parce que je me sens vraiment très privilégié à une époque aussi sombre, où

il y a tant de gens qui sont frappés par la misère, par la maladie, le deuil, le

chômage. Les gens sont confinés dans des hébergements tout petits, où ce sont

toujours les plus malotis qui sont contraints de prendre les plus grands

risques. Je trouve qu'il y a une forme d'obscénité, si vous voulez, à exhiber

la chance que j'ai d'avoir une maison de famille où je peux me confiner.

Vous pouvez partager avec nous ce qui vous donne de l'espoir.

On en a tous besoin en ce moment.

Honnêtement, en ce moment, il n'y a rien qui me donne de l'espoir.

Je suis sûre que vous avez un morceau de musique à nous conseiller.

Oui, Murder Most Foul de Bob Dylan.

C'est quoi ?

C'est un morceau de 17 minutes qu'il a mis en ligne au début du confinement. Ça

raconte la mort de Kennedy, la fin de l'innocence et comment toute sa

génération a accepté ce désastre en écoutant de la musique.

En tout cas, c'est ma manière de l'interpréter, mais enfin bon, c'est

comme ça que j'ai reçu.

Euh, pardon, je te dérange. Non, non, non, pas du tout. Le camion de la voirie

est passé, ils n'ont pas ramassé notre poubelle. Ah non, mais c'est déjà

arrivé, c'est qu'il doit y avoir un problème, oui.

Je la rentre. Oui, oui, rentre-la, puis je m'en occupe après.

Ça marche, je te laisse.

Excusez-moi.

Je vous en prie, il n'y a aucun problème.

Est-ce que vous avez une lecture à nous recommander ? Alors, sans hésitation, je

dirais le livre de chevet de Seishonagon.

C'est une courtisane du Japon médiéval qui énumérait ce qu'elle aimait, ce qu

'elle n'aimait pas, ce qui la rendait triste et ce qui la rendait joyeuse. Si

vous voulez, c'est comme une sorte d'herbier des sentiments où il y a toute

la beauté, toute la mélancolie du monde.

C'est ce forme de fragment ? Vous l'avez lu en entier ? Non, je ne l'ai pas lu en

entier, mais ce n'est pas destiné à être lu en entier.

C'est un peu comme le Yi-King, si vous voulez, on prend une page comme ça au

hasard.

Ah oui, sinon je vous conseille le « Dit du Genji » de Dame Murasaki.

Tu charries.

Pourquoi ? Tu l'as lu, le « Dit du Genji » ? Euh, pas vraiment.

J'ai projet de le faire.

Ah oui ? Oui.

Depuis longtemps, en fait, j'avais acheté la nouvelle traduction en deux

volumes de René Siffard pour ma mère, et je l'ai récupérée quand elle est morte.

Et elle est morte en quelle année ? Ah, 2006.

J'avoue que j'ai été dégongé par la préface.

Le traducteur, si tu veux, explique pourquoi c'est ennuyeux.

Selon lui, ça n'est pas un obstacle.

Bon.

On se déballe comme ça pour s'échauffer ?

C'est

vrai que ça fait bien de citer le dit du GMJ sur France Culture.

Oui, bon d'accord, ça fait bien.

Mais bon, si tu veux, en ce moment, j'ai beaucoup de mal avec la fiction.

Je ne sais pas d'où ça vient.

Enfin, David Hockney en parle dans un entretien.

Tu ne peux pas parler simplement.

Ce jour, David Hockney a dit ceci, David Hockney a dit cela.

Mais enfin, je l'admire.

Donc je fais attention à ce qu'il dit.

En plus, je ne l'ai pas attendu pour lire des ouvrages historiques et de

vulgarisation scientifique.

sur la génétique qui ont l'air d'être obsédés. Ah oui, non mais... C'est sûr

qu'aujourd'hui, l'épigénétique et l'étude de la paléohistoire à l'aide de

l'ADN, c'est ce qui est littéralement le plus passionnant. Et d'autant plus qu'on

n'en est encore qu'au début, donc ça laisse des perspectives de découverte

mais ahurissantes.

Oui, c'est passionnant. C'est ahurissant.

Hé, tu vas pas me reprendre sur tout, hein ? Sur rien.

Allez. Match ! Je te rappelle que tu as une revanche à prendre.

Arrête de frotter la casserole, c'est exaspéré.

Pas essayé le vinaigre blanc ? Ça fait trois jours que ça trempe.

Il n'y a aucun résultat. Jette-la ! Tu passes ton temps à dire qu'elle est

cacoute. J'y arriverai. Jette-la. On prendra tant que ça pourra.

Mais j'y arriverai. Comment il s'appelle, le voisin ? Lequel ? Celui

qui a le bois où je vais téléphoner.

Monsieur le Malinois.

Monsieur le Malinois.

Grossier personnage.

J'étais au téléphone en pleine séance avec ma psy, il m'a interrompu.

Ah oui, mais tu sais, ça interdit de prendre le chemin vicinal.

T'as le droit maintenant de prendre les chemins vicinaux. Si tu respectes les

distances de sécurité.

Si tu suis le chemin vicinal, tu arrives directement chez le Malinois.

Et là, c'est une propriété privée. Enfin, je t'avais mis en garde.

Non, le type a été odieux. Il m'a demandé qui j'étais, ce que je faisais

là. Du coup, je lui ai répondu d'aller se faire foutre.

D'aller se faire foutre ? Pourquoi tu n'es pas allée téléphoner chez les

Rignots ? Le bois, c'est là où je vais passer mes appels tous les jours. Oui,

mais c'est pas un bois, c'est une réserve de chasse.

Je vais prendre une douche.

Je mettrai la table après.

On s'en occupe.

Je fais quoi, une demi-heure, c'est bien ? C'est ce que je regardais, justement,

sur Marmiton, ils disent 25 minutes à 210.

Sinon, si ça intéresse quelqu'un, je me suis renseigné sur les poubelles.

Ah, c'est super.

Ah oui.

Bon, tu veux que je t'explique ?

Ça me passionne.

Alors, notre poubelle n'est pas aux normes. C'est pour ça que le camion de

la voirie ne la prend pas.

Pourquoi n'est-elle pas aux normes ? Alors, j'ai contacté le SICTOM du

Hurpois. Le SICTOM du Hurpois ? Oui, oui, je sais. On est en vallée de

Chevreuse. Mais alors, pour nos endroits ménagères, on est dépendant du SICTOM du

Hurpois. Le Hurpois, c'est le nom de la région.

SICTOM ?

Oui, un syndicat intercommunal du traitement des ordures ménagères. Si tu

veux, c'est à eux de fournir la poubelle aux normes. Enfin, en quelque sorte, les

poubelles leur appartiennent.

C'est comme chez moi en Côte d'Or. Ils acceptent que les poubelles aux normes,

c'est très strict.

Moi, j'ai commandé, mais ils ne veulent pas livrer à cause du confinement.

Bref, pour nos ordures ménagères, on peut mettre nos sacs dans les poubelles

du voisin.

Parce qu'il n'y a pas de place dans la poubelle du voisin. Attends, il y a

toujours de la place.

Chez... Chez les bourges.

Juste en face.

Excusez-moi, c'est captivant tout ça, mais... Je vais vérifier que le rôti ne

crame pas.

Le problème le plus épineux, c'est les recyclables.

Je ne savais pas qu'on triait, je découvre.

Alors, le camion des recyclables passe tous les vendredis. À mesure où nous on

ne trie pas nos déchets, ou alors on en insu.

On va le faire. J'ai acheté une poubelle avec deux bacs.

Elle doit arriver demain ou après-demain. Comment tu le sais ? Les

transporteurs sont débordés à ce que je lis.

Je le vois sur le tracking.

Par exemple, on voit que la poubelle vient d'arriver en France.

Reste le problème du verre. C'est vraiment un problème ? Tu en es sûr ? Tu

n'as pas vu la quantité de verre juste derrière la cuisine.

Non, pour être franc, je ne vais pas souvent derrière la cuisine.

Enfin, si tu y es allé... Non, mais j'y vais, c'est juste que je ne surveille

pas aujourd'hui.

Bah, viens, je t'emmène. Non, mais je te crois sur parole, je m'en fous des

bouteilles vides.

Non, mais je veux que tu constates.

Viens.

Je ne vous accompagne pas.

Voilà. Ah oui, en effet, c'est impressionnant.

C'est quand même inattendu, ce nouveau voisin qui écoute de la salsa à longueur

de journée.

Surtout à l'heure du déjeuner.

Oui, c'est l'heure où on est dans le jardin.

Il a le droit d'écouter de la musique en déjeunant.

Tu te rappelles, l'année dernière, on était à Cuba pour ton film. Oui, c'était

salsa matin, midi et soir.

On avait décontraversé le hall de l'hôtel.

C

'est beau le

silence.

D'habitude, il y a toujours des avions.

Des voitures dans le lointain, là rien.

C'est magique.

C'est magique.

Ce voisin, qu'on n'écoute pas de la salsa, il dresse des chiens. J'avais en

effet remarqué.

Je dors dans la chambre qui était celle de ma mère.

Nos parents faisaient chambre à part.

Ils ont divorcé quand nous étions enfants, mais déjà avant, ils dormaient

séparément.

Après, ma mère vivait à Paris. Nous, on est restés avec notre père à la

campagne, avec notre nounou hongroise.

On communiquait avec elle uniquement dans cette langue.

Elle n'a jamais appris le français.

Notre mère venait tous les week-ends. De façon métronomique, elle arrivait le

vendredi soir. Elle klaxonnait en arrivant devant le portail pour qu'on

vienne chercher ses sacs.

Et après seulement, elle allait garer sa voiture.

Durant la semaine, sa chambre était inaccessible. Enfin, on n'y allait pas.

On n'avait rien à y faire.

C'était pourtant la plus grande pièce de la maison, de loin.

et celles qui étaient aménagées avec les plus beaux meubles, les plus beaux

tableaux. L'un, assez remarquable, bien que petit et sombre, est un paysage

nordique attribué à Ruisdell, ou alors à Allard von Everdingen, dont il fut l

'élève, on ne sait pas bien.

L'autre tableau, moins intéressant, a néanmoins une histoire dont je ne me

lasse pas.

Mon grand-père milanais, Guillaume Assayas, souhaitait acheter un tableau.

Je pense qu'il l'aurait formulé en termes d'investissement.

Aussi s'est-il adressé à son ami, le directeur de la pinacothèque de Brera.

Celui-ci lui a proposé deux options, l'une plus raisonnable, un placement

sûr, un joli paysage 18e par l'artiste toscan Francesco Zuccarelli, au style

simple, classique et indémodable.

Ou alors un choix plus risqué, celui d'un jeune artiste juif italien installé

à Paris et peignant dans le style moderne de son époque. On aura reconnu

Amedeo Modigliani.

Mon grand-père ne s'est en l'occurrence pas manifesté par son discernement, il a

choisi Zuccarelli.

Peu avant sa mort, ma mère m'avait dit qu'elle souhaitait qu'après sa

disparition, elle disait « quand je serai en Chine, je récupère sa chambre

». Cela m'a pris plusieurs années à m'y décider tellement cette chambre

interdite m'intimidait.

J'ai toujours pensé que les lieux étaient hantés, habités, et celui-là

plus qu'un autre.

Aujourd'hui, je m'y suis habitué, même si je suis incapable de me défaire du

sentiment que j'habite chez ma mère et que cette chambre restera la sienne quoi

que j'y fasse.

Cela signifie-t-il que je me suis réconcilié avec ma mère ? Avais-je

besoin de me réconcilier avec elle ? Peut-être.

Elle regrettait que je n'aie pas eu d'enfant comme mon frère.

Une année, pour Noël, elle m'avait offert un millimètre de charpentier en

cuivre et elle avait ajouté, pour que le message soit clair, que Saint-Joseph

était charpentier.

Or, le destin a fait que ma fille naisse trois ans après la disparition de ma

mère.

Il y a une chambre attenante, c'est devenu une chambre d'enfant.

C'est donc pour être près de ma fille que j'ai fini par adopter la chambre de

ma mère.

Après la théologie orthodoxe avec le père Chrysostome, nous allons passer à

un sujet très différent, le rock'n'roll.

Vous êtes avec nous, Étienne Berger ? Bonsoir, Laure.

Bonsoir, Étienne Berger. Qu'est-ce que vous nous avez concocté ce soir ? Eh

bien, Laure, pour nos auditeurs confinés, un rayon de soleil californien

avec la première partie d'une série consacrée aux Beach Boys.

Vous allez faire des heureux parmi les amateurs de surf.

Pas seulement, j'espère.

Maintenant que les plages sont ouvertes aux baigneurs.

T'es sûr que tu peux pas rester quelques jours de plus ? Ça fait plus d'un mois

que j'ai pas vu ma fille, c'est la première fois qu'on a séparé si

longtemps.

Revenez ici.

Je peux pas, l'école va reprendre, puis j'ai ma maison, mon jardin, il y a mes

parents. Je sais.

Mais toi, tu nous rejoindras.

Pour l'instant, j'ai pas le droit.

Beaune, c'est à plus de 5 kilomètres. C'est toi-même qui dit que les

restrictions vont cesser.

C'est dur d'avoir des certitudes.

Tu aurais pu imaginer qu'on serait confinés pendant 3 mois.

Pendant que je suis pas là, essaye d'être patient avec ton frère.

Mais je suis patient.

Tu prends sur toi ? Oui, je prends sur moi, parce que franchement, il a cette

manière de faire peser ses névroses. Ça va, vous avez juste des visions très

différentes de la pandémie, c'est tout.

C'est moi qu'on puisse dire.

Mais malgré tous ces efforts, je ne veux pas me laisser embarquer dans des

angoisses ineptes.

Ineptes ? Tu ne crois pas que tu exagères un peu ? Non, pas du tout. On

est à la campagne, on respecte les gestes barrières. C'est quoi le problème

? Je ne sais pas. Le problème, c'est qu'on ne connaît rien de cette maladie.

Alors oui, il est ultra précautionneux, peut-être trop, mais bon, quelque part,

je le comprends.

J'ai suffisamment de soucis comme ça, je ne veux pas m'en rajouter.

Tu as parlé à ta femme ? Oui.

Dès qu'on aura le droit de circuler librement, elle ira chercher ses

affaires. Elle les déménagera chez elle en Normandie.

Dis-donc, la tête que tu fais, ça va ? T'es en paix avec ça ? C'est compliqué.

On s'est mariés très jeunes, 25 ans de vie commune, je ne vais pas être tout de

suite en paix.

Tu sais bien comme je dors mal.

Pas quand je suis là.

Oui, pas quand tu es là, mais tu n'es pas assez là.

Je pourrais en dire autant.

C'est la première fois qu'on passe un mois entiers ensemble.

C'est un pas dans la bonne direction.

Un drôle de pas.

Il y a un pas quand même.

Un pas imprévu.

Voir inespéré.

Oui.

Inespéré.

C'est gentil le bouquet que m'a fait Morgane.

Elle a piqué la glycine des voisins.

Et leur jeûner.

Tout le monde était triste que tu partes.

Surtout moi.

Je n'aime pas faire durer les adieux.

Je t'appelle en arrivant ?

Stop ! Quoi stop ? Tu marches pas sur le sol que je viens de laver.

No shoes, sir.

Non, non, je vais juste aller à la cuisine prendre un café. Non, non, non,

mais sérieusement, tu attends que ça sèche.

Oh, non mais quel est le besoin de laver le carrelage de l'entrée ? Je le fais

une fois par semaine le dimanche, au cas où tu ne t'en serais pas rendu compte.

Mais il était propre.

Non, non, non, on entre, on a marché dans n'importe quoi, c'est malsain.

Malsain. Oui malsain, t'es maniaque sur mille autres choses alors ça va, j'ai le

droit de laver l'entrée.

Ah non mais écoute, personne ne dit le contraire.

Bah si, tu le penses sur un ton désagréable.

Total respect.

Bon, hé, ça va, j'en ai ras-le-bol.

Je te fais une remarque, tu fais la gueule, tu t'enfermes dans ton bureau

pendant une heure, ça va ? Moi aussi, je pourrais faire la gueule. Moi aussi, j

'ai des raisons, mais je m'écrase et je la ferme. Vas-y, vas-y, dis, dis,

quelles raisons ? J'ai pas envie d'en parler.

Voilà, je m'adapte à tes manies. Quelles manies ? Enfin, je sais pas, je te

demande juste de laisser les cartons dehors.

De ne pas faire tes courses dans toutes sortes de magasins où les gens ne

portent pas de masque.

C'est extravagant. Eh bien, je le fais, je m'adapte. Là, je lave l'entrée.

Je te demande d'au moins respecter ça. Pardon, mais c'est moi qui ai inventé qu

'il faut laisser les cartons dehors.

Non, parce que c'est des recommandations que tu trouves sur n'importe quel site

de référence.

J'en peux plus de cette part de gars. Je me suis renseigné.

Tu fais pas partie des populations à risque.

C'est surtout les obèses et les vieillards qui ont déjà plusieurs

pathologies. J'en ai marre de subir tes angoisses.

Ça m'oppresse d'être fermé ici. J'ai besoin de me sentir libre, de prendre ma

voiture et d'aller où je veux.

Etienne.

Ça n'est pas moi qui te l'interdis. Mais c'est toi qui le fais peser toute la

journée, c'est tes préoccupations pour ceci, pour cela, ras le bol ! Moi, je

crois en l'insouciance.

D'ailleurs, c'est connu, c'est la meilleure défense immunitaire, plus tu

es serein, moins tu risques de l'attraper.

Là, ce que tu veux dire, c'est qu'il faut cesser de se préoccuper.

De se prendre le chou, oui.

Moi, j'attends le déconfinement pour pouvoir vivre comme j'ai envie de vivre

et pas rendre compte sur ce que je fais, comment je le fais. Désolé, mais ça

suffit. Je suis patient, mais jusqu'à un certain point.

Merde !

Voilà, c'est inutile de hausser le ton, hein.

C'est pas moi qui fais la gueule. D'accord.

Désolé si je hausse le ton, mais faut que ça sorte. Je prends sur moi, je

prends sur moi.

D'accord.

Là, c'est bon.

D'accord. Voilà, c'est dit.

Merci.

Tu as vu, le magnolia a repris.

Ah oui.

Je pensais que le gel l'avait tué.

Toutes les fleurs sont mortes, mais la sève est remontée.

Par contre, les lilas, ils sont en train de faner.

On les aura vus apparaître et disparaître.

Ça m'était plus arrivé depuis mon enfance.

Il a raison.

T'aurais pas dû lui faire la tête.

Non mais attends, j'ai jamais fait la tête.

Bien sûr que si, tu t'es enfermé dans ton bureau.

Ah non mais j'avais du travail.

A l'heure du déjeuner ? Il avait préparé le repas, il avait mis des fleurs, c'est

gentil. Aucune raison de t'énerver. Je me suis jamais énervé.

Je suis juste allé me chercher un café dans la cuisine.

Et maintenant t'attends que le sol sèche.

Écoute, j'y suis allé sur la pointe des pieds avec des baskets, ça va ? Ça lui

fait plaisir d'avoir bien lavé le sol.

Tu t'entends ? Ça lui fait plaisir d'avoir bien lavé le sol, eh ? Stop.

C'est quoi le problème ? Je fais plein de trucs pour la maison, je remarque

personne avec ça. Qu'est-ce que ça va avoir ? Ton café peut bien attendre 10

minutes, il me semble, non ? Non mais c'est pas...

Vous vous chamaillez comme des enfants.

C'est aussi ici, ça fait revenir l'enfance. Oui, mais dans l'enfance, c

'était toi le grand frère et lui le petit frère. Là, vous avez le même âge,

vous êtes deux adultes. Des fois, je me demande. Moi aussi. Je te prie de ne pas

le prendre dans un sens positif. C'est des souvenirs en commun.

C'est des mots hongrois qu'on croyait avoir oubliés.

L'enfance passée à la campagne, ça crée des liens conscients et inconscients.

Toute une vie vécue indépendamment, tu ne penses pas que ça fait de vous aussi

un peu des étrangers ? Des étrangers ? Tu exagères. Pas du tout.

Mais pas du tout. Vous vous êtes construits chacun d'une façon

différente, dans des mondes pas si éloignés l'un de l'autre, mais qui au

fond n'ont rien à voir.

Sans doute.

Parce que vous partagez mille anecdotes de l'enfance, vous pensez que vous êtes

identiques quant au fond.

Mais c'est l'arbre qui cache la forêt.

Ouais.

Enfin...

Quelle forêt selon toi ? C'est la vie, l'existence, le temps, il n'y a rien d

'autre.

Rien d'autre enfin.

T'as envie d'être défini par ton enfance ? Non, non, non.

Donc ? Notre père est mort quand on était relativement jeunes,

on avait 20 ans.

On a dû faire face ensemble.

Bon, et ? Rien, rien.

L'enfance a duré plus longtemps.

Jusqu'à quand ? Jusqu'à ce que mon frère se marie.

Tu veux mon diagnostic ? Oui, oui, parce que ce que tu vas dire m'intéresse.

Rien de plus banal.

D'accord.

Tu fais des crêpes ? Bah oui.

Pour Disney ? Pour ceux qui n'en ont pas marre.

Tu t'en sors ? Oui.

Je n'en pouvais plus de ces portes.

Elles me rendaient cinglé.

Ça fait des années, des trente, peut-être même des décennies.

Et voilà, ça y est, j'ai eu sa peau.

La semaine dernière, ça allait, plus cette semaine.

Ça allait ? Oui, je vivais bien le confinement, ça me rassurait.

Qu'est-ce qui vous rassurait ? L'idée que tout s'arrête,

que je puisse être en toute bonne conscience à l'écart du monde.

En effet, vous auriez pu trouver ça angoissant.

Or, pas du tout. Il y a une telle pression à être dans le cours du monde,

dans son accélération.

que le fait que tout s'arrête a une puissance libératrice.

Ça me faisait penser à l'an 01.

Vous savez ce que c'est ? Pas vraiment, non ? C'est une utopie anarchiste qui

avait été inventée par un dessinateur de Charlie Hebdo, GB.

Le slogan, c'était « On arrête tout, on recommence et c'est pas triste ». Vous

avez l'air à l'aise avec la première partie du programme.

Oui, on arrête tout.

Un peu moins avec la deuxième.

C'est vrai. On dit que le déconfinement va être annoncé, que ce sera progressif.

Mais sauf catastrophe, le gouvernement veut tenir son calendrier.

Mais moi, j'ai aimé le fait d'être dans un temps

arrêté.

J'aimais l'idée de vivre une parenthèse un peu miraculeuse.

Miraculeuse, vous avez dit.

J'aime bien l'idée de recommencer, mais dans le sens tout recommencer.

Mais là, la perspective, c'est de reprendre comme avant, mais avec des

masques chirurgicaux et des gestes barrières.

Ça vous intéresse moins ? Oui, ça m'angoisse.

J'ai eu un accrochage avec mon frère.

À propos ?

À propos de rien de spécial, je pense que c'est plus un symptôme.

Un symptôme de quoi ? Un symptôme de là où on en est.

Et on en est où, à votre avis ? Plutôt de là où j'en suis.

Malgré les angoisses, j'ai aimé le confinement.

Votre frère, non ? Non, vraiment pas.

Il a vécu ça comme une agression contre sa liberté.

Ce n'était pas votre faute. Non, mais enfin bon, comme je prenais la menace au

sérieux, je suis devenu le vecteur du confinement.

Je légitimais le confinement.

Il vient de se séparer de sa femme. Il veut être libre.

Et vous, vous l'empêchez d'être libre.

Moi, non.

Non, mais ce que vous incarnez, surtout si vous le vivez positivement.

Oui, c'était comme une utopie.

Il fallait que ça cesse, cette utopie.

En admettant qu'elle n'ait jamais eu lieu.

Vous avez raison.

Ça n'a pas eu lieu.

L'immobilité, ça ne peut pas être une utopie.

L'immobilité, c'est le néant.

Et le confinement aussi.

Le plus triste dans tout ça, c'est cette pensée que rien ne va changer.

Vous en êtes sûr ?

Hélas, oui.

Vous avez peur du déconfinement ? Oui.

Du point de vue sanitaire ? J'ai peur de vivre dans le monde de la pandémie.

En effet, vous avez l'air terrorisé.

Oui, c'est un peu excessif, terrorisé, mais... Enfin, non, non, c'est pas

excessif.

Terrorisé.

Bonjour.

Bonjour.

Il y en a encore deux.

Je vous les apporte. Bien sûr.

L'épicier est sorti sans son masque. Je pense que c'est grave. Il est vigilant d

'habitude.

Il ne l'avait pas.

Toi, tu avais le tien ? Oui, oui. Bien sûr.

Vous avez parlé ?

En respectant les distances de sécurité.

Enfin, je sais plus, il m'a foncé dessus avec son cageot, j'ai pas eu le temps de

m'écarter, je sais plus s'il a parlé ou pas.

Je me rappelle pas.

C'était en extérieur ? Bon,

écoute, je pense que ça va.

T'es sûre ? Je m'angoisse avec ça depuis tout à l'heure.

Non, enfin, il y a pas de raison.

Enfin, je pense.

Tu penses ? Non, non, mais je suis sûr.

Je voulais te dire... Ouais, je... Que j'avais été heureux d'être

confiné avec toi.

Moi aussi.

J'aurais pas voulu être confiné avec quelqu'un d'autre.

Moi non plus.

Ça fait combien de temps ? Qu'on est confinés ? Non, non, mais je veux dire

confinés ensemble.

Ça fait deux ans.

Enfin, moins de deux ans. C'était 2018.

On n'a jamais vraiment passé de temps ensemble.

Tu étais toujours partie, soit pour des repérages, soit pour des festivals, soit

quand tu as tourné à Cuba.

Tu étais venue à Cuba.

Je suis venue à Cuba, mais pas très longtemps.

C'est un peu comme si le confinement nous avait obligés à vivre ensemble pour

la première fois.

Et c'était probant.

Oui, c'était complètement probant.

On ne s'était jamais dit.

C'est mieux de se le dire.

Bon, alors, grosso modo, ça veut dire qu'on va rester confinés ensemble, même

quand on sera déconfinés.

Je n'ai pas d'autre projet.

Moi non plus.

C'est David O'Kney.

Arrête avec David O'Kney, Jean-Paul.

Stop.

David Okune disait qu'il avait 83 ans et qu'il allait mourir.

Il disait qu'on meurt parce qu'on est né.

Et il disait que le plus important, c'est l'amour.

C'est l'amour.

Parfois, ça peut prendre du temps avant de le comprendre.

Ben là, le message est passé.

Oui. Oui,

il est passé.

Tu peux aller voir papa ? T'attends dans la voiture, j'ai besoin de parler avec

ton père d'abord, tranquille. Mais maman... Maman, tu nous laisses 5

minutes, ok ? Tu l'aides avec son sac ? Oui, je l'ai.

Fais gaffe à Maurice avec le soleil.

Salut Louis.

Salut Paul.

Ça va ? Ça va, ça va.

Enfin, les parents de Louis ont chopé le Covid.

Ah, merde.

Je pensais qu'ils étaient cloîtrés. Comment ça ? Ils sont allés faire les

courses une fois, juste le jour où on avait un rendez-vous de pédiatre à

Paris. Ils avaient mis des masques.

Des masques en tissu que leur avait envoyé une cousine.

Des masques en tissu, je cherche pas plus loin. Je cherche vraiment pas. Leur

résultat, c'est qu'avec un bébé, c'est pas prudent de rester. Il faut qu'on

rentre à Paris.

Ils ont des symptômes ? Oui.

Ils ont de la fièvre depuis deux jours. Ils ont perdu le goût et l'odorat. Mais

t'inquiète pas, on n'a pas été en contact avec eux. On était dans un

bâtiment séparé. J'ai fait un test.

Je suis négative.

Voilà, j'espère que ça va suffire à te rassurer.

Pourquoi tu dis ça ? Je te connais un peu. On a vécu dix ans ensemble.

T'as peur ? Peur ? T'as peur de mourir du Covid ?

Enfin bon, je me méfie du Covid.

C'est une maladie qu'on ne connaît pas, je ne préfère pas la voir.

C'est ce que je te dis.

Entre ça et avoir peur de mourir, il y a quand même une marge.

En tout cas, je peux te garantir que Brite est négative. Ça fait deux

semaines qu'on vit reclus.

Je ne t'en demandais pas tant.

Quand on s'est parlé, tu me demandais si on faisait attention.

C'est normal que je te pose la question.

Donc, je t'ai répondu. Tu n'as pas besoin de lui faire porter son astre

tout le temps.

C'est ce que je voulais savoir.

Après, tu as insisté.

Mais enfin, on a peut-être pas les mêmes critères.

Il faut juste être clair.

Voilà. Pas une raison pour être lourd.

Moi, je suis lourd ? Oui, toi, lourd. Bon, essayons d'éviter ce genre de

conversation. J'ai ni le temps ni l'envie. J'ai rendez-vous chez le

notaire à Paris.

Chez le notaire ? Ouais.

Je vends mon appartement.

Enfin, tu l'as acheté il y a à peine deux ans.

Ben, disons que ça me convient plus depuis qu'à Moritz.

Non, mais c'est sûr.

Un bébé, ça... ça prend de la place et de l'énergie.

Dis-moi, comment ils s'entendent, Brite et Morite ? Très bien.

Elle adore son petit frère.

J'allais s'occuper de lui, comme ça, ça crée un lien.

Vous allez où ? On a trouvé une maison auprès de Saint-Gervais.

Il y a même un jardin où pousse un figuier.

Et comment prévois-tu de faire pour le collège de Brite ? Parce qu'il est près

de chez moi.

Elle prendra le métro.

Elle a 10 ans.

Pour l'instant, il n'y a pas d'école ouverte.

On parle de l'année prochaine et encore.

Et encore ? Il y a bien 6 mois de travaux.

Tu crois vraiment que c'est le bon moment pour te lancer dans ce genre d

'entreprise ? Non, ça, c'est pas le bon moment, c'est sûr.

Mais bon, il faut que j'assure. Et puis, c'est pas évident.

Des jours, je craque.

Je sais.

Bah non, tu sais pas.

T'as pas de problème d'argent.

Mais enfin, quand j'étais jeune, j'en avais.

Mais pas des vrais problèmes.

Non, mais c'est vrai.

J'avais pas d'enfant, donc il y avait pas d'enjeu. Je sais.

Bah c'était ton choix.

J'ai pas fait le même.

Oui.

Et on est bien d'accord, hein ? Trois heures minimum pour les cours en ligne,

tous les matins ? Quels cours en ligne ?

Je n'avais pas ma connaissance.

Alors, excuse-moi, pardon de ne pas être assez précise, je voulais dire les

exercices que les profs mettent en ligne.

Tu les trouves sur le site du collège, t'en as entendu parler.

Oui, je le fais comme toi et je le surveille. Et elle a un dossier à rendre

la semaine prochaine sur Pericles.

Ça, le font à deux en ligne avec sa copine Edvarda.

Pericles.

Je sais.

Moi aussi, c'est ma surprise.

Non mais, tu sais quoi ? Je me demande si ce n'est pas une tactique.

pour me piquer ma tablette et faire soi-disant des facetimes et en profiter

pour aller sur des sites débiles.

On travaille sérieusement. Si tu le dis.

Brite ! Papa ! Tu m'as manqué !

Ça va ? Ça va.

Maman ! Bon, tu feras bien tes devoirs. Tu me promets ? Promise.

Je t'appellerai.

Tu montreras.

Dac.

Bon.

Bon, bah, salut.

Bah, salut.

Non ! C

'était bien avec maman ?

Oui, j'ai vu tous les screams.

C'est tout ? Non.

On a joué au Scrabble et au Monopoly.

Je suis allée faire des courses avec maman et Louis.

Ah oui, c'est quand même pas bien prudent, ça.

Même si on n'attrape pas le Covid, c'est pas très grave.

Personnellement, je préférerais que tu ne l'attrapes pas.

Maman, elle dit que tu as peur de mourir du Covid.

Je préfère éviter de la voir.

Je ne risque pas grand-chose.

Tu m'expliqueras pourquoi. Ça m'intéresse.

Ceinture.

La maison des parents de Louis, ça t'a plu ? De ouf ! Ils sont très gentils.

Ils ont installé un trampoline dans le jardin. Ah d'accord.

On a fait des concours de saut.

Et t'as gagné. Bah bien sûr, c'est toujours moi qui gagne.

On pourrait installer un trampoline dans le jardin, mon tabé. Bah il est trop

petit le jardin. Bah à côté, chez les réunions. Bah oui, mais enfin, c'est pas

chez nous.

Ouais, mais c'est hyper grand, il y aura de la place.

Oui, mais enfin, c'est pas chez nous.

T'as bien pris toutes tes affaires d'école.

J'ai tout pris. Parce que sinon, ta mère, elle va me tuer.

Bon, allez, on y va.

T'as fait tous tes devoirs pour la semaine ? J'ai tout fait avec maman.

Ouais. Mais j'ai surtout un exposé à finir. Oui, je sais, je sais.

C'est sur Pericles, c'est ça ? Pericles ! Non, mais ça va.

Pericles.

Et pourquoi Périclès ? Parce qu'on devait choisir un grand roi. Alors avec

Édouarda, on a hésité avec Ramsès II.

Ah ! Pourquoi vous êtes arrêté sur Périclès ? Bah, il a fait construire le

Panthéon. Hum, tu es vraiment sûr ? Ah, le Parthénon.

Voilà, le Parthénon, oui.

Et Édouarda, elle a visité le Parthénon avec ses parents.

Ah, d'accord.

Sa femme, c'était Aspasie, une femme très libre pour son époque.

Ah bah, tu vois, ça, je l'ignorais. On l'a même accusée de proxénétisme.

C'est vrai, ça ? C'est pas très recommandable, hein ? Tu sais ce que c

'est ? Parfaitement.

Vas-y, explique. C'est une femme qui fait commerce d'autres femmes.

Oui, d'accord.

On peut en effet dire ça, oui. Bravo, hein ? On voulait parler d'Espasie, mais

aussi des Grandes Guerres.

Père Casse, lui, il était stratège.

D'accord.

C'est-à-dire chauffe de guerre.

C'est pour ça qu'il est toujours représenté avec un casque.

Alors là, tu vois, tu m'as impressionné. Il n'y a pas de cause, j'ai lu sur

Wikipédia. Tu pourras m'imprimer des photos sur ce mardi ? Oui, non problème,

ça.

Pourquoi tu t'arrêtes ? Je

voulais te dire quelque chose d'important et que tu dois comprendre.

Et tu ne veux pas le dire au conduisant ? Non.

Ok, je t'écoute.

Ce que je voulais te dire, c'est que j'ai vu un notaire.

C'est quoi le notaire ? C'est la personne à qui tu t'adresses si tu veux

acheter ou vendre une maison.

Un peu comme maman.

Elle est trop bien la maison près Saint-Germain.

J'ai trop hâte, elle est infiguée.

Voilà, tu sais, la maison de Montabé, elle appartenait à ton grand-père. Oui,

tu me l'as déjà dit. C'était un bâtiment de ferme autrefois.

Oui, et quand ton grand-père est mort, la maison est passée à ses deux fils.

Ton oncle Etienne et moi. Donc ça veut dire que tu en as la moitié ?

Exactement. Et j'ai fait un document chez le notaire pour que cette moitié,

elle soit désormais à toi.

À moi ? Oui.

Tu me dis que la maison, elle est à moi ? Oui, enfin, la moitié.

La moitié, d'accord. Ça veut dire que je peux inviter toute la copine que je

veux. Oui, enfin, si ton oncle est d'accord, mais enfin...

En tout cas, pour l'instant, c'est moi, l'usufritier.

Tu m'embrouilles.

Enfin, c'est moi qui suis responsable, si tu veux. Donc c'est avec toi qu'il

faut que je négocie si je veux inviter des copines ? Exact, oui. Je peux

inviter des copines ? Pas avec le Covid.

S'il te plaît, papa.

Non, mais non, je te dis pas avec le Covid.

Quel intérêt alors que tu m'aies donné la maison ? Non, moi je pensais que ça t

'intéresserait.

Et c'est pour ça que tu as arrêté la voiture ? Bon ben je redémarre alors.

Ok.

Ok.

Allez.

De toute façon, je m'en doutais. De quoi ? Qu'un jour, la maison serait à moi.

Oui, il y a tes cousins aussi.

Et mes cousins.

C'est comme ça que ça se passe, non ? T'as raison.

Donc c'est normal.

Oui.

C'est normal.

Dites-moi où, n'en quel pays, effleura la belle Romaine, Archipi, Adane

et Thaï, qui fut sa cousine germaine, Et qu'au parlant cambryon mène, de sur

rivière ou sur étang, Qui beauté eut trop plus qu'humaine, mais où sont les

neiges d'antan ? Qui beauté eut trop plus qu'humaine, mais où sont les neiges

d'antan ?

Où est la très sage Héloïse, pour qui Chadré fut et puis moine, Pierre S.

Bayard à Saint-Denis, pour son amour Husset et Soine ? Semblablement, tout

est la reine, qui commanda que Buridan Fût jeté en un sac en Seine,

mais où sont les neiges d'antan ?

La reine blanche comme Lys, qui chantait à voix de sirène, Berthe au grand pied,

Bietrice à Lys, à Rambourgis qui teint le mène, Et Jeanne la bonne Lorraine,

quand les brûlères tarouant, Où sont-ils vierges souveraines, mais où sont les

nages d'antan ? Où sont-ils vierges souveraines, mais où sont les nages d

'antan ?

Prince nankéré de semaine, où elles sont nées de sept ans ? Que ce refrain ne

vous remène, mais où sont les neiges d'antan ? Que ce refrain ne vous remène,

mais où sont les neiges d'antan ?

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