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Original subtitles

CE RÉCIT EST FICTIF.

AUCUNE PERSONNE OU ÉVÉNEMENT RÉELS NE SONT DÉPEINTS.

Dans le systÚme pénal américain,

le ministÚre public est représenté

par deux groupes distincts mais d'égale importance :

la police, qui enquĂȘte sur les crimes,

et le procureur, qui poursuit les criminels.

Voici leurs histoires.

Vous rentrez tĂŽt, Mme Kiley. Vous avez fait bon voyage ?

Ça a Ă©tĂ© mon plus beau cadeau d'anniversaire de mariage.

Le vol n'a pas été trop long ?

Le retour est toujours trop long, Michael.

- Faites monter les valises. - Au fait, votre fille...

May n'est pas encore sortie, si ? Il est trop tĂŽt.

- Non, je ne l'ai pas vue, ce matin. - Bien.

Qu'est-ce c'est que ce cirque ?

May ?

Qui ĂȘtes-vous ?

- May ? - Mon Dieu.

Allez, debout.

Sortez d'ici tout de suite.

May ?

Andy ?

Monsieur Kiley, j'allais juste...

Commence par t'habiller.

- Andy, qu'est-ce qui se passe, ici ? - May a invité quelques amis.

Mon Dieu !

Lenore ?

Lenore !

Oh non.

Mon Dieu.

- Au début, on n'était que quelques amis. - Quelle heure était-il ?

- Vers 20h30. - Vous ĂȘtes en classe avec May ?

Oui, avant d'aller Ă  la fac de Williams. Je suis en vacances.

Vous étiez là avec une fille ?

Une fille de Dalton. Je l'ai rencontrée ici et on a dormi là.

Vous avez parlĂ© Ă  May, pendant la fĂȘte ?

May était dans sa chambre avec quelqu'un. Je ne sais pas qui.

- Ils se sont disputés. - Vous avez entendu un coup de feu ?

Je ne suis pas resté derriÚre sa porte

et la musique était à fond.

Attendez ici. Comment vont les parents ?

La mÚre a appelé son médecin et le pÚre a appelé son avocat.

J'ai un jeune qui a entendu une dispute dans la chambre de May.

- Et toi ? - Rien.

Ils disent que sa fĂȘte Ă©tait mortelle.

Littéralement.

NEW YORK, POLICE JUDICIAIRE

Ce qui s'est passé hier soir,

ça ne lui ressemble pas.

Avant cette année,

elle n'allait jamais Ă  des fĂȘtes.

On se faisait du souci pour elle.

Les jeunes ont besoin d'une vie sociale

et May était plutÎt...

solitaire.

Jusqu'à l'année derniÚre.

Ensuite,

elle a semblé s'épanouir.

Avant que vous ne partiez en Angleterre...

Il n'a jamais Ă©tĂ© question d'une fĂȘte.

Se droguait-elle ?

Si vous avez trouvé de la drogue, elle n'est ni à elle, ni à ses amis.

Du moins, pas Ă  ses amis proches.

- Vous en ĂȘtes sĂ»rs ? - Oui.

- Elle avait un petit ami ? - May et sa bande,

ils ne sortent plus ensemble comme on le faisait à notre époque.

Vous pouvez nous donner des noms ?

Il y a Chris Landauer.

Elle est dans sa classe.

Et...

Julia Buckley.

Elle a un an de moins.

Vers 20 h ou 20h30,

des amis, des amis d'amis et des inconnus ont commencé à débarquer.

Le portier appelle l'appartement : "Ce sont vos invités ?"

May veut ĂȘtre populaire, alors elle rĂ©pond par l'affirmative.

Jusqu'au moment oĂč elle ne maĂźtrise plus rien.

Un jeune l'a entendue se disputer avec un garçon, vers 23 h.

Une fille, Melinda Suarez, a entendu un coup de feu, 30 minutes plus tard.

- Mais elle a cru que ça venait de la rue. - Et l'arme du crime ?

Un calibre 22 non déclaré. Le labo bosse sur les empreintes.

- Des résidus de poudre ? - Le labo est dessus.

Coup de feu à 23h30. Les parents l'ont trouvée à quelle heure ?

- À 6 h. - Ça fait six heures et demie.

Personne n'est entré et n'a vu le corps ?

La porte était fermée. C'est plausible.

À l'arrivĂ©e des parents, il y avait des corps partout.

Endormis, drogués, éméchés...

Et les polaroĂŻds ?

C'est illégal de les poster sur Internet

mais il n'y a aucune photo de May.

- Ni journal intime, ni répertoire ? - On cherche.

D'aprÚs les gens à qui on a parlé,

May était timide mais tout le monde l'aimait bien.

Elle était drÎle, pas extravagante et un peu naïve.

- Si elle Ă©tait sortie un peu plus... - Elle serait peut-ĂȘtre morte dehors.

Le labo a relevé trois jeux d'empreintes, sur l'arme.

Celles de May, celles d'un inconnu et celles de Maxwell Paris, 23 ans,

qui vient de passer six mois Ă  Rikers pour trafic de drogue.

Comment vous avez atterri Ă  cette fĂȘte ?

Quelqu'un organise une petite soirĂ©e et vous ĂȘtes forcĂ©ment invitĂ© ?

Vous avez apporté les cotillons ?

- Vous m'arrĂȘtez ? - Pourquoi ?

- Vous ĂȘtes restĂ© combien de temps ? - Deux heures.

- À qui avez-vous parlĂ© ? - À May ?

- Qui ? - La maĂźtresse de maison.

On a trouvé cette arme.

Il y a vos empreintes. Vous nous expliquez ?

- Pourquoi sont-elles sur cette arme ? - Je l'avais juste apportée.

Un jeune l'a trouvée dans ma poche et a commencé à la montrer aux autres.

J'ai essayé de la récupérer mais il y avait une blondinette...

Elle vous le confirmera.

- J'étais avec elle, du début à la fin. - Elle a un nom ?

Tout le monde a un nom. Cindy, je crois. Ou Mary.

Bon, vous reconnaissez cette blondinette ?

Oui, c'est elle.

Si ma mÚre apprend que j'étais avec ce garçon...

Parlez-nous de l'arme.

C'était une arme.

- Vos amis portent souvent des armes ? - Non.

J'ignorais qu'il en avait une. Un mec l'a sorti de la poche de son jean.

Et Max n'a rien fait pour l'arrĂȘter ?

Son jean était à l'autre bout de la piÚce.

Je vois.

Vous ĂȘtes restĂ©e avec lui ?

Il ne s'est pas absentĂ© ? MĂȘme pour prendre une biĂšre ?

Non. Je l'ai rencontré dans l'ascenseur.

Je ne savais mĂȘme pas qu'il allait Ă  la fĂȘte.

On n'était pas invités, tous les deux.

Je ne sais pas trop, il ne m'a pas quittée de la nuit.

Il devait avoir peur que je le laisse en plan.

Il ne voulait pas rater une belle occasion.

Écoutez, je sais ce que vous pensez.

Mais si vous voyiez les ringards avec qui je sors d'habitude, au lycée.

Et ce Max, il est passionnant ?

Authentique. Je veux dire, il fait vraiment des trucs.

Comme de la prison.

Écoutez, je suis vraiment dĂ©solĂ©e de ce qui est arrivĂ© Ă  la copine de Billy

mais Max a passé toute la nuit avec moi.

Qui est Billy ?

Billy Fields. C'est lui qui m'a parlĂ© de la fĂȘte.

Il était avec May.

OĂč peut-on le trouver ?

Je ne sais pas.

Au journal Greenwich, sur la 12e rue.

Depuis que c'est arrivé,

on dirait un cauchemar.

Vous pouvez nous raconter ce qui s'est passé ?

Je voulais en parler Ă  quelqu'un.

- Mon ami Louis a dit... - Louis ?

Louis Morse. Il a dit que je devrais le signaler.

- J'avais peur. - Ne vous inquiétez pas.

C'est normal d'avoir peur, face Ă  ce genre de choses.

Je ne savais pas quoi faire.

Je veux dire...

Ce n'Ă©tait qu'une fĂȘte, une fĂȘte normale.

May l'a organisée quand elle a su que ses parents s'absenteraient.

- Que s'est-il passé ? - Je suis arrivé en retard.

J'ai Ă  peine eu le temps d'enlever mon manteau

que Louis m'a poussé dans la chambre de May.

Il avait une arme.

J'ignore d'oĂč elle sortait.

On la regardait, quand May est entrée.

Elle était hystérique.

Elle nous a dit qu'elle avait reçu une lettre...

et qu'elle avait le sida.

Elle pleurait. Elle disait que ce n'était pas juste.

J'Ă©tais en panique. Je n'arrĂȘtais pas de lui demander si elle en Ă©tait sĂ»re.

Elle me répondait que oui.

J'ai pensé que moi aussi, je l'avais.

Elle m'a dit de poser l'arme.

Elle l'a ramassée et le coup est parti tout seul.

Je ne comprenais pas ce qui s'était passé.

J'ai cru que je l'avais tuée.

J'avais peur. Avec Louis, on a filé en douce.

Mon Dieu.

Je m'en veux tellement.

Il attend son avocat, en salle d'interrogatoire.

Elle lui dit qu'elle a le sida, il panique et la tue accidentellement.

- Vous croyez à son histoire ? - Il est effondré.

Mais son ami, Louis Morse, corrobore sa version.

Donc, il y a eu lutte.

Peut-ĂȘtre qu'il a voulu la tuer par peur et qu'elle a essayĂ© de l'arrĂȘter ?

Le légiste va vérifier si elle était séropositive

et si la blessure confirme la version du garçon.

Coffrez Max pour possession d'arme Ă  feu,

inculpez Billy d'homicide volontaire et parlez aux parents de May.

Voyez ce qu'ils savent sur Billy.

Séropositive ? Comment ça ? De quoi ils parlent ?

- On veut juste confirmer... - Ma fille est morte.

Et vous me dites qu'elle...

- Qui vous a dit ça ? - Monsieur Kiley...

Cette personne ment.

Ma fille n'était pas sexuellement active.

Elle a appris Ă  se servir d'un diaphragme, il y a un peu plus d'un an.

Quoi ?

May s'est épanouie tard.

- Elle voulait que je la conseille. - Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ?

Parce qu'elle avait peur que tu réagisses comme tu le fais là.

- Avec qui couchait-elle ? - Je ne lui ai pas demandé.

Que cherche votre coéquipier ?

Il n'en a que pour une minute.

May a-t-elle parlé de se faire dépister ?

Que savez-vous de son ami, Billy Fields ?

Nous l'avons rencontré plusieurs fois.

Il avait l'air d'ĂȘtre un gentil garçon.

J'ignorais que c'était son petit ami.

J'ai trouvé ça dans un de ses livres scolaires.

"May, il faut qu'on parle. C'est trĂšs important. Lana."

Qui est Lana ?

Il y a une Lana Madison, Ă  la chorale.

Mais elles n'étaient pas vraiment amies.

ACADÉMIE PACKARD LUNDI 16 DÉCEMBRE

May, Grace Leonard, une fille de Spence, et moi,

on est toutes sorties avec le mĂȘme garçon.

Moi, ça fait environ un an et demi.

Grace, c'était il y a un an. May, il y a neuf ou dix mois.

- Il a plaqué Grace pour elle. - Qui est ce garçon ?

- Je ne connais que son surnom : Twist. - Savez-vous oĂč on peut le trouver ?

Je ne sais pas. Je ne l'ai pas vu depuis un moment.

- Il va au lycée avec vous ? - Non, il est plus ùgé.

De quelques années.

- Savez-vous oĂč il habite ? - Non, il traĂźne un peu partout.

Alors, oĂč avez-vous...

Chez mes parents.

Ils étaient absents.

Parlez-nous du petit ami actuel de May.

Billy ? C'est un gars timide. C'est plus le genre de May.

Pas comme Twist.

- Je vois mal Billy tuer quelqu'un. - Vous avez une dent contre Twist ?

Eh bien, deux semaines...

Non, trois semaines aprĂšs qu'on a rompu,

je l'ai croisĂ© Ă  une fĂȘte.

Il m'a dit qu'il avait le sida et que je l'avais sûrement, moi aussi.

Ça le faisait rire.

Je pensais qu'il plaisantait,

qu'il disait ça pour se venger, parce que je l'avais plaqué.

Mais il y a deux semaines, j'ai fait un dépistage de MST

et j'ai découvert que Twist disait la vérité.

Je suis désolé.

C'est quoi, déjà, le dicton ?

"Si tu veux éviter les barreaux, tiens-toi à carreau" ?

Voilà comment je me sens, comme si j'étais une sorte de criminelle.

Vous ĂȘtes suivie ?

Oui, j'ai un bon médecin. Du moins, c'est ce que disent mes parents.

Ils peuvent enfin se targuer d'avoir été compréhensifs.

Grace saurait-elle oĂč on peut trouver Twist ?

J'ai essayé de la contacter, pour le lui dire,

mais elle le savait déjà.

Elle est morte.

Du sida.

Une pneumonie, le mois dernier.

Twist est une ordure.

Il s'est mĂȘme vantĂ© de vouloir infecter un maximum de filles,

de vouloir nous faire plonger avec lui.

Le légiste a confirmé que May était séropositive

et l'angle de tir correspond Ă  l'histoire du gamin.

On a sa déposition.

- Le témoin corrobore les faits ? - Oui.

Il a tout vu. J'ai parlé à l'avocat de Billy.

Que savons-nous de ce garçon ?

Tout le monde dit qu'il est gentil et bon élÚve.

L'affaire se présente bien.

On dirait que ça s'est passé comme il l'a dit.

Il a paniquĂ© et le coup est parti. Je suis prĂȘte Ă  passer un accord.

Bien, affaire classée pour Billy. Si seulement tout était aussi simple.

- Et pour l'autre mec, Twist ? - Quoi ?

Il tue des femmes en les infectant délibérément.

Il s'en est vanté.

Il a dit qu'il infecterait le plus de filles possible.

Ne devrait-on pas plutÎt contacter le département de la santé ?

Lieutenant, il est dangereux.

Je ne sais pas.

C'est au moins une tentative d'assassinat.

On va l'obliger Ă  plaider l'homicide volontaire ?

Ce sera compliqué.

Je suis de l'avis de Curtis.

On a un gentil garçon qui a tué accidentellement sa copine

et un mauvais garçon qui infecte sciemment des femmes.

ArrĂȘtez-le. On verra plus tard comment le garder.

Commencez par la clinique oĂč la fille a Ă©tĂ© dĂ©pistĂ©e.

CLINIQUE POUR FEMMES DE MANHATTAN JEUDI 19 DÉCEMBRE

On a la liste des partenaires

de chaque personne qui s'avÚre séropositive.

On les contacte pour qu'ils se fassent dépister,

ils nous donnent la liste de leurs partenaires, et ainsi de suite.

Lana Madison s'est fait dépister ici. Voici la lettre que vous lui avez envoyée.

On espérait que vous auriez retrouvé le garçon qui l'a infectée.

C'est confidentiel.

On a quelqu'un dans la nature qui infecte délibérément des femmes.

Bon, ce que je peux vous dire, c'est qu'au cours des trois derniers mois,

une demi-douzaine de filles séropositives ont donné

des contacts qui se recoupent.

Un homme ?

Testé séropositif, il y a un an et demi.

Il nous faut son nom.

Les rÚgles ne prévoient aucune exception.

Au moment oĂč on parle, il est peut-ĂȘtre en train d'infecter quelqu'un.

Si vous investissiez autant de ressources dans l'éducation sexuelle...

On travaille à la police, pas à l'école.

Et je travaille dans une clinique

qui ne divulgue aucune information confidentielle.

Excusez-moi.

On n'a pas pu obtenir le nom de ce mec.

On ne peut pas le retrouver. Il continue à répandre la maladie.

Les juges n'aiment pas ce genre d'affaires.

Ça soulĂšve un problĂšme constitutionnel : le droit Ă  la vie privĂ©e.

Que faites-vous du droit Ă  la vie ?

Le secret médical est strictement encadré, dans cette ville.

Alors, quoi ?

On arrĂȘte et on le laisse semer la mort

auprĂšs de gamines qui ne cherchent qu'Ă  s'amuser ?

D'accord, je dĂ©pose une requĂȘte.

Je crois qu'on est tous d'accord pour dire qu'il s'agit d'un crime.

J'espĂšre.

BUREAU DE LA JUGE BARBARA KAPLAN MARDI 7 JANVIER

Dans l'affaire Rodriguez, le prévenu a dû faire un dépistage du VIH.

L'État ne demande pas Ă  un suspect de se faire dĂ©pister

mais nous demande de divulguer les résultats à une tierce partie.

Au regard de la vie privée, c'est pareil.

Dansl'affaire Rodriguez ,

le prévenu était accusé d'agression sexuelle.

La victime a demandé le dépistage de son agresseur

pour sa tranquillité d'esprit.

La situation est complÚtement différente.

Si nous n'arrĂȘtons pas cet homme, il infectera d'autres femmes.

Pour l'en empĂȘcher, il nous faut son nom.

Il y a autre chose Ă  prendre en compte.

Le secret médical est ce qui encourage certaines personnes à se faire dépister

et les personnes malades Ă  se faire soigner.

Si le procureur outrepasse le secret médical,

les personnes séropositives fuiront les services de santé comme la peste.

Mlle Ross, si j'ordonne la révélation de ces informations,

la communauté séropositive ne va-t-elle pas penser

que le secret médical n'existe plus ?

L'État en a besoin pour une raison prĂ©cise.

On ne demande pas d'ouvrir chaque dossier, seulement une dérogation pour un individu.

Ça commence toujours comme ça.

Si ça vaut pour un, pourquoi pas pour deux, dix ou 100 ?

L'affaire Rodriguez ne peut pas vraiment servir de jurisprudence.

Dans cette affaire, le suspect avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©.

Dans le cas prĂ©sent, vous voulez lever le secret mĂ©dical pour l'arrĂȘter.

C'est sans précédent.

- Y a-t-il eu un crime ? - C'est ce qu'on cherche à déterminer.

D'oĂč l'importance de lui parler.

Au vu de la gravité des conséquences et de l'urgence de la situation,

je penche davantage pour la protection de la santé

et de la vie des personnes risquant d'ĂȘtre contaminĂ©es,

plutĂŽt que pour un droit qui n'est pas une question de vie ou de mort.

Vous pouvez accéder aux dossiers.

On cherche un jeune du nom de Twist.

Il vit dans cet immeuble mais on n'a pas le numéro de l'appart.

Stark.

Il s'appelle Kenny Stark. Il habitait bien ici.

- Une vraie plaie. - Quel appartement ?

Je ne l'ai pas vu depuis... On est quel mois ?

Il a déménagé ? On doit le retrouver trÚs vite.

Vous connaissez le Village Blues, Ă  deux rues d'ici ?

Vous trouverez facilement. Il travaillait en cuisine.

Merci.

VILLAGE BLUES VENDREDI 10 JANVIER

Oui, il faisait la plonge, quand il avait besoin d'argent.

Je ne l'ai pas vu depuis un bail.

Un vrai Roméo.

Toujours une fille différente au bras.

Jeunes, en plus.

Vous voyez le genre.

Il séduit les filles en jouant les artistes maudits.

Elles sont tellement bĂȘtes.

Elles le voient se shooter et veulent s'occuper de lui.

- Il se drogue beaucoup ? - Ce n'est pas vraiment son truc.

Il fait ça pour se convaincre qu'il n'est pas de la classe moyenne

et pour convaincre les filles qu'il est une ùme tourmentée.

- Vous savez oĂč il vit ? - Par-ci, par-lĂ .

Chez les filles assez bĂȘtes pour l'hĂ©berger.

Comme la fille de l'autre soir.

Elle collait des affiches pour retrouver son chat.

- Lequel, le siamois ? - Le Manx.

Merci.

- Vous avez retrouvé mon chat ? - On cherche Kenny Stark.

Twist.

Pourquoi ? Il a des problĂšmes ?

Vous l'hébergez ?

- Qu'est-ce qu'il a fait ? - Il est lĂ  ?

- Il vient juste de partir. - OĂč est-il allĂ© ?

Il joue dans un groupe. Ils ont un bientĂŽt un concert important.

Peut-ĂȘtre mĂȘme qu'un chasseur de talent viendra les voir

et qu'ils vont décrocher un contrat avec un label.

- Vous devriez les écouter. - On peut aller à leur répétition.

Vous n'avez pas de souci Ă  vous faire.

Au 413 de la 3e rue, au-dessus de la laverie.

Vous ĂȘtes sa petite amie ?

Oui.

Est-ce que Kenny vous a dit qu'il était malade ?

Comment ça ?

Restez ici. Nous reviendrons vous parler.

On cherche Twist.

N'ayez pas peur. J'ai un problĂšme aux yeux.

Je ne vois rien, Ă  part Twist. Je ne vous vois mĂȘme pas.

OĂč est-il ?

Non, bébé.

Je ne mets pas de capotes. C'est mieux sans.

- Police. - Quoi ?

- Debout, on y va. - Pourquoi ?

- Debout. - Kenny Stark,

je vous arrĂȘte pour le meurtre de Grace Leonard

et la tentative de meurtre sur Lana Madison.

- Twist ? - Vous avez le droit de garder le silence.

Tout ce que vous direz pourra ĂȘtre retenu contre vous.

Affaire numĂ©ro 27341, l'État contre Kenneth Stark,

un homicide volontaire non prémédité et quatre tentatives.

- M. Stark, que plaidez-vous ? - Non coupable, M. le juge.

- Nous demandons la détention provisoire. - M. Stark ne s'enfuira pas.

Il représente une menace. Monsieur Stark est séropositif et...

Vous voulez mettre tous les séropositifs dans des camps ?

Non, seulement ceux qui contaminent délibérément les autres.

Depuis le début de l'épidémie de sida,

l'option de la quarantaine a été rejetée systématiquement.

"La possibilité conférée par la loi d'isoler une personne

"dépend de la maladie contagieuse dont souffre cette derniÚre."

- Smith contre Emery. - 1896.

La loi la plus récente en la matiÚre date de 1947.

Mlle Ross vit dans le passé.

M. Margini suggĂšre-t-il d'ignorer la jurisprudence ?

Mlle Ross suggĂšre-t-elle d'ignorer les droits constitutionnels fondamentaux ?

Monsieur Stark n'a aucun droit de mettre les autres en danger.

TrĂšs bien, calmez-vous.

Le prévenu sera placé en détention.

- Ce n'est pas un peu précipité ? - C'est un tueur en série en liberté.

On ne peut pas ĂȘtre prudent et y aller en douceur.

Il ne s'agit pas d'un tueur en série.

Quel est ton seuil ? Deux, trois, six victimes ?

Stark peut infecter et tuer des dizaines, voire des centaines de personnes.

Ce qu'il a fait est clairement un crime.

Dans un monde parfait.

Mais dans celui-ci, en vertu des lois que nous avons...

Juste avant son arrestation,

la police l'a entendu dire Ă  une fille : "C'est mieux sans."

- Sans quoi ? - Il ne voulait pas mettre de préservatif.

Mon Dieu.

Il a dit Ă  une autre qu'il voulait infecter le plus de femmes possible.

C'est un crime, Adam.

Mais est-ce un crime qu'on veut instruire ?

Beaucoup de gens vont voir ça comme le signal

de l'ouverture de la chasse aux malades du sida.

C'est une considération politique.

Politique et peut-ĂȘtre constitutionnelle.

Des personnes meurent.

On a les moyens de l'empĂȘcher. Utilisons-les.

Personne n'a consenti Ă  ĂȘtre infectĂ©.

Le département de la santé s'occupe de ces choses-là.

Ça relĂšve de sa responsabilitĂ©.

Oui, il trace les contacts mais il ne peut pas les arrĂȘter.

Le département de la santé n'est pas la police du sexe.

En plus, ces gamins ne le signalent pas.

- Et tu penses que cette affaire... - Pourrait sauver des vies ?

- Oui. - On ne va pas partir en croisade.

Je ne pars pas en croisade.

On ne peut pas sauver tout le monde d'une balle dans la rue,

tout comme on ne peut pas sauver tout le monde du sida.

On est lĂ  pour poursuivre toute personne responsable de la mort d'une autre.

On risque de faire le jeu des pires préjugés.

Ça va faire la une de tous les journaux et je m'en passerais bien.

Trouvez un accord. Faites ce que vous avez Ă  faire.

Anne Paulsen, cabinet Kagan, Romero & Schoenholtz.

- Je dĂ©fends dĂ©sormais Monsieur Stark. - OĂč est monsieur Margini ?

Il est retourné défendre les prostituées.

- Ça fait rire votre client ? - Pas autant que vos accusations.

- Pourquoi prenez-vous cette affaire ? - Elle joue au golf avec ma mĂšre

qui est sa voisine, Ă  Ardsley.

- Sans parler des honoraires. - Kenny.

- Je ne l'ai pas vue, lors de l'audience. - Elle se fait soudain du souci ?

On ne se voit plus trop, récemment.

Monsieur Stark ne voit plus sa famille, depuis deux ans.

Sa série de meurtres l'occupait à plein temps ?

Bon.

Vous me dites ce qui s'est passé ?

Je peux vous garantir

que ses parents feront tout leur possible pour l'aider.

On propose l'homicide involontaire coupable,

trois à neuf ans, en échange du nom de ses partenaires.

Pour inventer de nouvelles accusations bidon ?

Pour pouvoir prévenir ses victimes.

Ses victimes ? Vous savez que ça ne tient pas la route.

Son irresponsabilité est triste et immorale

mais ce n'est pas un crime.

Je vais demander le non-lieu.

BUREAU DU JUGE ALVIN HOYT JEUDI 16 JANVIER

Monsieur McCoy cherche Ă  criminaliser les relations sexuelles.

Non, je cherche Ă  imposer des sanctions criminelles Ă  un meurtrier.

Quelle que soit son irresponsabilité, monsieur Stark n'est pas un meurtrier.

L'arme qu'il a choisie est inhabituelle

mais elle est tout aussi mortelle qu'une arme dans les mains d'un voleur.

L'intention doit ĂȘtre prouvĂ©e, quand un voleur presse la dĂ©tente.

Monsieur Stark a dit Ă  une de ses victimes qu'il voulait les faire plonger avec lui.

Si vous l'autorisez à poursuivre les personnes séropositives...

Il a sciemment infecté d'autres personnes d'une maladie mortelle.

- Sans avertissement, sans protection. - Ça suffit.

Cette affaire est recevable, M. McCoy, si vous pouvez prouver l'intention.

Je vous autorise Ă  poursuivre

mais n'oublions pas que c'est un sujet sensible.

Vous n'entamerez pas une chasse aux sorciĂšres.

En persistant avec cette affaire, vous crucifiez toute une communauté.

Nous ne crucifions pas une communauté, nous poursuivons un homme.

Qui a le sida.

Aux yeux de la presse et de l'opinion publique...

- Personne ne parle d'homosexualité. - Vous pensez que ça fera une différence ?

Les gens associent automatiquement le sida à l'homosexualité.

La presse Ă  scandale va utiliser cette affaire

pour attaquer tous les séropositifs, ce qui...

- Ce qui inclue... - Oui.

Vous devez penser aux conséquences que tout ça aura.

Donc, on ne doit pas poursuivre un meurtrier

si c'est un chrétien fondamentaliste, parce que les gens pourraient penser

qu'il représente tous les chrétiens fondamentalistes.

C'est bien ça ?

Les tribunaux ne vivent pas dans une tour d'ivoire.

Chaque décision juridique est politique.

Je ne décide pas des affaires que je poursuis

en me basant sur la peur de ce que la presse pourrait en dire.

Je vous ai toujours soutenu, Adam.

Je me suis décarcassé pour vous, à chacune de vos réélections,

et je ne vous ai jamais rien demandé en retour.

Si vous ne faites pas marche arriĂšre,

je vous enterrerai.

Commencez Ă  creuser.

Le juge Al Hoyt s'est prononcé en votre faveur ?

- Depuis quand il a du cran ? - Il a peut-ĂȘtre une petite-fille.

Il est ce qu'on appelle un célibataire endurci.

Vous avez donc votre crime.

Vous pensez que Paulsen accepterait une offre ?

On a réessayé et elle a refusé.

Établissez l'intention.

Peut-ĂȘtre qu'ainsi, son client ouvrira les yeux.

Établissez l'intention.

Cette affaire est politiquement risquée, pour lui.

Ce n'est qu'un bruit de fond. Essaie de l'ignorer.

Commençons par les victimes.

- Lana Madison ? - On a sa déposition.

- La fille du loft ? - On a son accord.

Et la petite amie de Stark, Leslie Crowell ?

Je vais lui parler.

Selon vous, il aurait infecté ces filles ?

Twist n'est pas comme ça.

Je le connais, contrairement Ă  vous.

- Je sais ce qu'il a fait. - Vous savez juste ce qu'elles ont dit.

Que savez-vous d'elles ?

L'une est morte du sida et l'autre est séropositive.

Je n'ai pas le sida.

- Vous avez subi un dépistage. - Tout est normal.

Dans quelle clinique ?

Leslie, c'est important. Faites-vous dépister, je vous en prie.

- En quoi ça vous regarde ? - Je viendrai avec vous.

Parfois, c'est plus facile, quand on est accompagné.

Je suis allée voir Twist en prison.

Ma mĂšre m'a mise Ă  la porte, aprĂšs la mort de mon pĂšre.

Quand j'ai rencontré Twist, il m'a dit

qu'il avait cherché toute sa vie quelqu'un comme moi.

Ma mĂšre et mon pĂšre ne m'ont jamais dit qu'ils m'aimaient.

Depuis quand le connaissez-vous ?

Deux mois.

Comment savez-vous qu'elles n'ont pas été infectées par un autre,

ou par une seringue, et qu'elles accusent Twist ?

C'est comme cette fille, Ă  Central Park, qui lui criait dessus.

À propos de quoi ?

Quand elle l'a vu avec moi, elle est devenue folle.

Elle a dit qu'elle se vengerait et qu'elle lui ferait payer.

Pourquoi ?

- Parce qu'elle Ă©tait jalouse. - Peut-ĂȘtre qu'il l'a infectĂ©e.

Elle n'a rien dit Ă  ce sujet.

Elle a juste dit qu'elle lui ferait payer.

Et elle a réussi son coup, non ?

Vous connaissez son nom ?

Elle a les cheveux chĂątain clair et elle mesure environ 1m65.

Depuis quand ĂȘtes-vous malade ?

C'est juste un rhume, rien de grave. Je n'ai besoin de la pitié de personne.

J'ai déjà assez de problÚmes, avec mes parents.

Vous ĂȘtes sĂ»re que Stark vous a transmis le VIH ?

- Vous pouvez le prouver ? - Oui.

Avec des détails, des partenaires, des dates ?

- Ça risque d'ĂȘtre gĂȘnant. - Parlez-moi de votre rencontre au parc.

- Qui vous a dit ça ? - Vous aviez une raison de le cacher ?

- Non, c'est juste que... - Pourquoi ne pas prévenir la police ?

Parce qu'on aurait cru que je l'accusais de m'avoir infectée pour me venger.

Et c'est le cas ?

Twist m'a transmis cette maladie

et ça l'a fait rire.

Oui, je veux me venger.

Je ne pourrai jamais me marier ou avoir des enfants.

À quoi bon continuer le lycĂ©e ou aller Ă  l'universitĂ© ?

MĂȘme si on n'appelle pas Lana Ă  la barre, Paulsen le fera.

Merci. Ensuite, elle appellera Leslie Ă  la barre.

Pourquoi a-t-elle menacé Stark ?

Pourquoi a-t-elle caché cette rencontre dans le parc ?

Qui d'autre aurait pu l'infecter ?

MĂȘme moi, j'ai un doute raisonnable.

Tu doutes de ce qu'elle dit ?

Je doute qu'un jury la croie, mĂȘme si elle dit la vĂ©ritĂ©.

Si on n'appelle pas Lana Ă  la barre, le jury n'entendra pas la menace de Stark.

- On perd la moitié de notre dossier. - Et on pourrait perdre l'autre moitié.

Une requĂȘte en irrecevabilitĂ© pour le diagnostic de Stark.

Sans preuve qu'il était au courant, impossible de prouver son intention.

COUR SUPRÊME MERCREDI 22 JANVIER

La loi est claire.

Le secret médical est sacré.

La juge Kaplan a déjà accepté que les résultats soient dévoilés.

Je me moque de l'avis de la juge. Continuez, mademoiselle Paulsen.

D'une part,

le secret médical est protégé par l'article 3504 du Code pénal.

D'autre part, le département de la santé de la ville établit clairement

que l'identité des séropositifs doit rester anonyme.

Ce dossier est le seul document dont nous pouvions disposer

pour déterminer l'intention criminelle.

La cour doit faire fi du fait qu'il s'agit d'un rapport médical.

En quoi est-ce différent de toutes autres informations médicales ?

L'État contre Thomas, l'État contre Fonseca,

l'État contre Gearhardt... Dans chacune de ces affaires,

la cour a statuĂ© que le droit de l'État Ă  savoir si un accusĂ© avait le sida

- l'emportait son droit à la vie privée. - Ce dernier est un droit constitutionnel.

Dans ces affaires, le crime n'a jamais été en doute.

Dans la nÎtre, vous bafouez les principes sur lesquels notre pays a été fondé.

Si vous ouvrez cette porte, jusqu'oĂč ira-t-on ?

MĂȘme le Collectif homosexuel de santĂ© est revenu sur ses positions

et se prononce en faveur du signalement de la séropositivité

au département de la santé.

Je me moque de ce que déclare ce collectif.

La question constitutionnelle ne doit pas ĂȘtre balayĂ©e comme si de rien n'Ă©tait.

Le secret mĂ©dical n'aurait jamais dĂ» ĂȘtre enfreint.

Par conséquent, le rapport sur l'état de santé de M. Stark est irrecevable.

Monsieur le juge, je demande le non-lieu.

Sans preuve d'intention, les charges ne peuvent ĂȘtre retenues.

On a la déposition de Lana Madison concernant les menaces de M. Stark.

OuĂŻ-dire. Cette jeune fille aurait pu ĂȘtre infectĂ©e

par n'importe lequel de ses partenaires.

Nous avons l'historique complet de ses relations sexuelles.

Elle a trĂšs bien pu oublier un partenaire,

en protéger un ou mentir.

C'est exact, Mlle Paulsen. J'accepte votre requĂȘte de non-lieu

mais je vais différer l'ordonnance,

pour laisser le temps Ă  monsieur McCoy de faire rapidement appel.

Vous avez 48 heures pour trouver quelque chose.

McCoy, vous ĂȘtes un type bien, alors j'ai Ă©tĂ© gentille.

Laissez tomber ou je vais vous démolir dans la presse.

Vous pensez qu'Adam Schiff appréciera ?

- Une vraie partie de plaisir, hein ? - Génial.

On a 48 heures

pour prouver que Stark sait depuis un an qu'il a le sida

et pour prouver Ă  nouveau l'intention.

- On repart à zéro. - Laisse tomber.

Laisse les 48 heures expirer et mets ça sur le dos du juge.

C'est l'idée de vouloir protéger les gens

des conséquences du sexe sans attache qui te choque ?

Oh, je vois. Je suis vieux jeu, c'est ça ?

- Non, Adam, je dis juste... - Je ne pense qu'Ă  la politique

et j'ai peur que cette affaire me fasse perdre les élections.

Si on avait une chance, je te dirais de foncer,

peu importe les conséquences.

Mais on a dépassé ce stade. Limite la casse.

Je veux d'abord parler Ă  ses parents. Ensuite, on verra.

C'est ça, on verra.

DOMICILE DE M. ET MME STARK JEUDI 23 JANVIER

On est allés voir Kenneth en prison.

Il ne veut toujours pas nous parler.

Mon fils ne fait plus vraiment partie de la famille,

depuis ses 16 ans.

Avant la prison, à quand remontait votre dernier échange ?

Au printemps dernier. Quand était-il venu ?

En avril. Le cornouiller était en fleur.

Il est passé sans prévenir.

Au printemps, quand il a appris qu'il avait le sida.

Vous a-t-il parlé de son état de santé ?

Il est venu vous voir car il était malade, n'est-ce pas ?

M. et Mme Stark, je suis sûr que vous comprenez

qu'il ne s'agit pas uniquement du bien-ĂȘtre de votre fils.

Mais vos questions concernent mon fils.

Votre fils a sciemment infecté d'autres personnes.

Nous ignorons combien.

Nous savons bien de quoi vous l'accusez.

Il faut l'arrĂȘter.

Il ne doit pas ĂȘtre relĂąchĂ©.

Ça fait des annĂ©es qu'on essaie de le faire changer.

S'il est venu vous voir, s'il vous a parlé de son état...

Vous vous en serviriez pour l'enfermer.

Nous lui avons fait une offre.

Ne devriez-vous pas plutĂŽt en parler Ă  mon avocate,

l'avocate de mon fils ?

On est prĂȘts Ă  rĂ©duire le chef d'accusation.

Au lieu de risquer la prison à perpétuité,

il ne purgera que trois Ă  neuf ans.

Notre fils sera peut-ĂȘtre mort, dans trois ans.

MĂȘme si Kenny Ă©tait venu nous voir quand il Ă©tait malade,

pensez-vous qu'on vous aiderait Ă  le mettre en prison ?

Mon fils a eu des problĂšmes.

Je le sais. Et il va mourir.

Comme beaucoup d'autres enfants, si vous ne nous aidez pas.

Vous n'en savez rien.

Vous serez tout aussi responsables de leur mort que lui.

Je vais devoir survivre Ă  la mort de mon fils.

Je n'y arriverai pas, s'il meurt en me haĂŻssant.

Il mourra avec nous, Ă  la maison.

Pas en prison.

J'ai appelé l'assurance des Stark.

Mi-avril, au moment oĂč il est allĂ© chez ses parents,

Mme Stark a contacté la compagnie

pour savoir si son fils était toujours couvert.

Il y a une note dans le dossier.

Donc, il a bien dit à ses parents qu'il était malade.

La mutuelle a dit Ă  madame Stark qu'elle pouvait assurer son fils,

si elle payait une prime et s'il passait un examen médical.

Que Kenny n'a pas passé,

parce qu'il aurait révélé qu'il était séropositif.

- Les parents le savent depuis un an. - Mais ils refusent de coopérer.

Parce qu'ils veulent le protéger.

Au point de payer eux-mĂȘmes pour le soigner ?

J'ai vérifié leurs comptes bancaires et leurs transactions.

Il ont fait des retraits importants, en espÚces, à intervalles réguliers.

Ses parents lui donnaient de l'argent pour l'aider.

On n'en sait rien.

Mais Stark et son avocate ne savent pas qu'on l'ignore.

Soit on se couche, soit on bluffe.

On a parlé à vos parents.

On sait qu'ils ont contacté leur mutuelle pour que vous soyez assuré.

C'est confidentiel. Vous ne pourrez pas le dire au jury.

Ils retirent réguliÚrement de l'argent.

Vous ne pouvez pas prouver que c'est pour lui.

On sait que vous avez utilisé l'argent pour vous faire soigner.

L'avantage de l'argent liquide, c'est qu'il est intraçable.

Dois-je inculper ses parents d'entrave Ă  la justice ?

Et moi, de quoi allez-vous m'inculper ? De complicité par assistance ?

Vous rĂȘvez, McCoy. Ça ne tiendra pas, devant la cour d'appel.

Je retenterai l'année prochaine et la suivante.

Il viendra au procĂšs sur un brancard.

On verra ce que le jury en pensera.

L'entretien est terminé.

On a jusqu'à la fin de la journée pour faire appel.

Je vais aller déjeuner, d'abord. On est vendredi.

On gagnera peut-ĂȘtre du temps en Ă©tant en retard.

BUREAU DU JUGE BARRY ABRAMS VENDREDI 24 JANVIER

Monsieur McCoy, mademoiselle Ross.

Je sais pourquoi vous ĂȘtes ici.

- Laissez tomber. - RelĂącher Stark,

ça revient à relùcher un terroriste en lui donnant des explosifs.

Je comprends votre inquiétude.

Mais pour faire appel, il faut cinq juges.

On est vendredi et il est 16 h.

C'est urgent.

Comment voulez-vous que je trouve quatre confrĂšres

pour siéger à une heure pareille ?

Le sursis du juge Hoyt expire aujourd'hui.

Demain matin, Stark sera libéré.

Vous voulez que je prolonge le sursis jusqu'Ă  lundi ?

À moins que vous ne trouviez des confrùres pour mon appel.

Profitez de votre week-end.

Vous aurez un lundi difficile.

On a deux jours de plus. Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ?

On prouve que Stark savait qu'il avait le sida.

Allons voir sa petite amie.

Peut-ĂȘtre qu'il lui a parlĂ© de son Ă©tat.

Il ne ferait de mal Ă  personne. Je le sais.

Je ne le sais pas, moi.

À mes yeux, il ne semble pas se soucier de qui que ce soit.

Pas mĂȘme de vous.

Ce n'est pas vrai.

Il m'a dit de me protéger.

Que vous a-t-il dit ?

Il a dit que ce n'était pas pour éviter une grossesse

mais parce qu'il était malade.

Vous a-t-il dit qu'il était séropositif ?

Il m'a dit qu'il était malade et qu'il ne voulait pas que je le sois.

Il savait qu'il devait mettre un préservatif

mais je n'ai pas voulu.

S'il était malade, quelle que soit la maladie,

c'était comme si on était mariés.

"Jusqu'à ce que la mort nous sépare."

Il savait qu'il avait le sida. On peut prouver l'intention.

Pas pour la fille décédée.

Mais pour celle qu'il s'apprĂȘtait Ă  infecter quand il a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©.

Tentative de meurtre.

En se basant sur ce que la police a entendu ?

Nouvelles preuves, nouvelles charges.

- Les juges vont avoir la migraine. - Au moins, ça se soigne.

Pauvre Leslie.

Elle pensait l'aider en nous disant combien Stark était prévenant.

Sa seule bonne action va le perdre.

COUR D'APPEL LUNDI 27 JANVIER

Le ministĂšre public abandonne le principal chef d'accusation,

l'homicide volontaire ?

Oui, nous poursuivons l'accusé pour tentative d'homicide volontaire.

TrĂšs bien.

C'est une affaire compliquée.

Je vais vous résumer les circonstances.

Nous sommes au courant des faits.

Ne s'agit-il pas de savoir si vous pouvez établir

l'intention criminelle de l'accusé, au regard de la loi ?

Oui, madame la juge, et nous pensons pouvoir le faire.

Comment ?

M. Stark a dit à sa petite amie actuelle qu'il était malade

et qu'il devait utiliser un préservatif pour la protéger.

Vous en déduisez une intention criminelle ?

AprÚs cette déclaration,

il a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© alors qu'il Ă©tait sur le point

d'avoir une relation sexuelle avec une autre personne.

Et vous savez Ă  quoi il pensait ?

La police l'a entendu dire à sa partenaire qu'il n'utilisait pas de préservatifs.

Quels étaient ses termes exacts ?

"Non, bébé. Je ne mets pas de capotes. C'est mieux sans."

L'intention criminelle peut ĂȘtre dĂ©duite de l'acte lui-mĂȘme,

comme dans l'affaire Stokes,

et il revient au jury d'effectuer cette déduction.

Si l'accusé est relùché, durant le reste de sa vie,

une vie qui peut ĂȘtre tragiquement courte ou indĂ©finiment longue,

combien d'autres femmes va-t-il infecter ?

Vingt ? 50 ? 100 ?

Oui, c'est une affaire délicate.

Oui, elle met la cour au défi de pondérer deux droits :

le droit à la vie privée

et le droit d'une personne, lors d'un rapport intime,

à se sentir en sécurité. C'est le droit à la vie.

Je ne prétends pas juger

si les jeunes femmes qui ont eu une relation intime avec monsieur Stark

auraient dû l'éviter.

Je n'accuse pas les victimes.

Mais ayant décidé, quelle qu'en soit la raison,

d'initier une relation intime avec monsieur Stark,

ces femmes méritent d'avoir la protection qu'elles auraient eue

si M. Stark avait apporté avec lui un couteau, un rasoir ou une arme à feu.

Monsieur Stark a apporté avec lui quelque chose de tout aussi dangereux.

Si la loi ne peut protéger ces femmes, ce serait un échec.

C'est un Ă©chec que je ne suis pas prĂȘt Ă  concĂ©der.

Tout ce que je veux, c'est présenter l'affaire à un jury.

Comme l'a dit monsieur McCoy, il s'agit d'une affaire délicate.

Délicate, tout d'abord,

parce qu'elle affectera l'état d'esprit et l'attitude des individus.

Nous pouvons prédire certaines conséquences.

D'autres, non.

Certains pourraient utiliser nos paroles pour soutenir les plus ignobles préjugés.

D'autres pourraient utiliser nos paroles pour excuser la conduite la plus obscĂšne.

Elle est délicate, ensuite,

parce que les questions qui se posent sont d'une sĂ©vĂ©ritĂ© extrĂȘme,

puisqu'elles touchent aux principes constitutionnels

qui ont forgé notre pays.

Mais cette difficulté ne nous dispense pas de statuer.

C'est justement parce que cette affaire est délicate,

que nous devons nous prononcer avec prudence,

afin de ne pas suivre ou guider la société.

Bien que l'affaire soit complexe, notre tĂąche est simple.

Nous devons appliquer la loi, de maniÚre équitable et raisonnable.

En soupesant les droits de l'individu face Ă  l'intĂ©rĂȘt commun,

nous avons Ă©tĂ© obligĂ©s de statuer de façon Ă  protĂ©ger l'intĂ©rĂȘt du plus grand nombre

face aux intĂ©rĂȘts de quelques-uns.

Le ministÚre public a gain de cause. L'ordonnance de non-lieu est annulée.

Félicitations, vous avez réussi.

Je me sentirai mieux

quand votre client sera hors d'état de nuire.

Ça ne devrait plus ĂȘtre trĂšs long.

Monsieur Stark a été admis à l'hÎpital, hier soir, avec 39,4 de fiÚvre.

Pneumocystose.

Quelle est votre offre ?

La mĂȘme qu'avant. De trois Ă  neuf ans.

On fera en sorte qu'il puisse aller Ă  Bedford.

Ils ont de bonnes installations médicales.

TrĂšs bien, j'accepte.

J'ai parlé aux parents de Stark. Kenny ne va pas bien.

Il lui reste une ou deux semaines Ă  vivre.

Et Lana Madison ?

Jusqu'ici, ça va. Et Leslie n'a pas été infectée.

- Tu suis ça de prÚs. - Oui.

J'y tiens.

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