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- Bonjour. - Esteban, ravie de vous voir.
- Je prends votre manteau ? - Je préfère le garder.
Je vous conduis à votre table.
Je vous en prie.
Je vous aide ?
Je préfère garder ça.
Ça fait plaisir de vous revoir.
Merci.
Vous désirez ?
Une eau gazeuse avec des glaçons et du citron.
- Bonjour. - Comment allez-vous ?
Très bien.
- Vous avez réservé ? - Au nom d'Esteban Martínez, je crois.
- Je prends votre manteau ? - Oui, un instant.
Votre sac aussi ?
D'accord.
Je vous conduis à votre table.
Par ici, je vous en prie.
Bonjour. Comment tu vas ?
- Comment vas-tu ? - Bien.
C'est super !
- Ça fait plaisir. - À moi aussi.
- Bel endroit. - Il te plaît ?
C'est très...
C'est très calme, c'est bien.
Je suis venu l'autre jour et j'ai aimé.
- Tu viens souvent ? - En fait...
Je viens de déménager.
- Madame. - Bonjour.
- Bienvenue. - Merci.
- Vous désirez une boisson ? - Une bière.
Merci.
- Comment tu vas ? - Bien.
Très bien.
Et toi ?
Bien aussi.
- Alors... - On choisit ?
Les verdinas, leur spécialité, sont exquises.
D'accord.
- Le poisson me paraît bien. - T'aimes les verdinas ?
J'aime ça aussi.
- Je vais commander ça. - Très bien.
- Vous avez choisi ? - Oui.
Dites-moi.
Des verdinas ?
Des verdinas et le mérou.
- Parfait. - Merci.
Vous trouvez ? Ça vous semble assez ?
Je crois, oui.
Merci.
T'es très beau !
Merci beaucoup.
Je vais très bien.
Je vais bien, Emilia.
Tu vas bien ?
Oui, je te l'ai dit.
- Tu viens de chez toi ? - Oui.
- Tu travailles tous les jours ? - Du mardi au dimanche.
Je bosse dans un bar.
Ça va.
Je m'y sens bien, dans cet endroit.
Ils te traitent bien ?
Oui.
Et voilà.
Je suis là, bien.
Je vais bien.
Tu es revenu il y a deux mois ?
Je suis revenu.
Pour des raisons personnelles, entre autres.
Je voulais quitter New York, partir de là-bas.
J'en avais assez. Je veux que mes enfants...
Excusez-moi, Esteban.
Désolée, on n'a plus de verdinas.
Il faudrait changer l'entrée.
Voilà la carte.
- Dommage, elles étaient délicieuses. - Désolée.
- Il y a des crevettes... - Des petits pois ?
Vous me conseillez quoi ?
- Le tartare de maigre. - Parfait.
Merci.
J'en étais où ? Oui, mes enfants.
Ils sont contents.
Et Alice, elle,
en tant qu'éditrice, elle peut travailler partout.
Je savais pas. Éditrice littéraire ?
Elle est éditrice de romans.
C'est une femme... Je veux que tu la rencontres.
C'est une femme vraiment
très importante dans ma vie, dans mon évolution.
Et toi, tu es en couple ?
Je suis pas en couple.
Ça me va, je suis bien.
Mais je suis pas en couple.
J'ai une coloc.
On est amies depuis longtemps.
Mais ça va.
T'es venu pour le film
ou pour que tes enfants connaissent la culture espagnole ?
Un peu les deux.
Pour le film, qui doit se passer en Espagne.
Je dois tourner en Espagne à cause du sujet, je te raconterai.
Mais je voulais partir de là-bas et aller dans un endroit...
enfin, être ici.
Être chez moi
et être...
près de toi aussi.
Je te remercie de m'avoir contactée avant de revenir.
Ça en fait, des années.
Treize ans.
C'est très long.
C'est long, oui.
Et...
Rien.
Tu dois te demander pourquoi je t'ai appelée.
Ça m'intrigue pas mal, j'avoue.
Je veux commencer par...
Que sais-tu sur le Sahara occidental, sur le conflit ?
Tu connais sûrement.
C'est un examen surprise ?
Non, c'est pour te présenter l'histoire que je veux raconter.
Il vaut mieux connaître un peu
le cadre.
Le Sahara ?
Je sais que l'Espagne l'a colonisé, les Espagnols sont allés là-bas.
J'en sais peu.
Après la conférence de Berlin, on leur a donné un territoire.
Ils sont partis à un moment donné.
Ils ont laissé ces gens livrés à eux-mêmes.
En résumé, on les a abandonnés.
Comme tu connais le Sahara,
je te raconte le film.
D'accord.
Il s'appelle Désert.
Dans ce contexte historique du Sahara
se déroule le film que je veux
te proposer.
On est en 1932,
l'Espagne est une puissance colonisatrice au Sahara occidental.
Il y a un fort.
Il y a un détachement de l'armée espagnole.
Bernardo est le lieutenant du détachement,
il vient de Madrid.
Une relation se tisse entre ce lieutenant
et Salek, qui est berger
et chef de la tribu sahraouie la plus proche du fort.
Ils apprennent à se connaître,
une très belle relation naît entre eux.
Puis surgit Gabriela.
Gabriela a trente ans.
À vingt ans, elle apprend qu'elle est stérile.
Elle rencontre Bernardo à une fête dans une académie militaire
et six mois après, ils se marient.
C'est un remariage pour lui.
Gabriela sent que c'est l'occasion
de fuir cette ambiance étouffante,
carcérale, à Madrid, d'avoir une aventure
dans le désert et de pouvoir s'épanouir
en tant que femme, entre autres.
Au fait, tu connais Comet ?
Comet ?
- L'acteur ? - Oui.
Pas personnellement.
Il joue Bernardo,
le lieutenant espagnol,
le mari de ton personnage, Gabriela, si tu acceptes le rôle.
Il est super.
- Il est excellent. - Vraiment.
Et il y a Moraza, le capitaine, et Mercedes, sa femme,
joués par Bárbara Luque et Raúl Oyarzún.
- Ça te va ? - Sacré casting !
Il est bien.
C'est une histoire
de trahison, d'abandon.
C'est une histoire d'amour.
Une histoire
de gens incapables de se regarder dans les yeux.
On tourne à Fuerteventura
parce qu'au Sahara, c'est impossible.
Excuse-moi, je suis un peu
bouleversée, surprise.
Ça me bouleverse que tu me le proposes comme ça.
Un verre de vin rouge, s'il vous plaît.
Écoute...
Je peux te dire...
Je peux te dire... C'est très épicé !
- C'est pas épicé. - Si.
En fait, ça va.
C'est pas épicé.
Écoute, j'ai beaucoup regardé
ton travail, tes séries.
- Tes films. - C'est vrai ?
Bien sûr.
Archives secrètes, par exemple.
Où tu joues une policière.
Sans parler de mon avis sur les séries ou les films,
ce n'est pas le propos, là,
je veux dire que,
quand je te vois, je trouve ton approche très intéressante.
Dans cette série, par exemple,
tu t'en sors bien, vu la nullité.
Les gens se donnent à fond,
mais quand le texte est si alambiqué,
si corseté, si médiocre,
si vague, si imprécis,
et que tout le monde parle pareil,
trouver
une lumière, un éclat de vérité,
un éclat
d'imprévisible
me semble très difficile.
Tu y arrives souvent et...
Sérieux, je te mentirais pas là-dessus.
Non, c'est bien.
C'est vrai.
C'est très...
C'est logique, étant donné d'où tu viens.
Tu es la fille d'une actrice
et d'un réalisateur.
Il y a quelque chose dans tes gènes qui fonctionne,
qui est vigilant, qui comprend.
On m'a pas encore donné l'occasion, je pense,
de travailler réellement.
J'en ai servi, des menus du jour !
J'ai travaillé, j'ai fait des choses, bien sûr.
J'en suis pas très fière.
J'ai jamais pu créer d'arc narratif pour un personnage,
j'ai pas pu
travailler un personnage avec des contradictions,
qui ait son identité...
J'ai essayé.
Quand je décroche un rôle, je bosse à fond.
Tu passes des castings ? Tu travailles peu.
Pas mal.
- Pas mal de quoi ? - De castings.
Donc, voilà.
C'est ça, le film que j'aimerais faire.
Que je vais faire.
Et j'adorerais que tu en fasses partie
et que tu joues Gabriela.
Je pense que tu peux faire un excellent travail
et je crois que je peux t'aider.
J'aimerais le faire
parce que je ne t'ai pas aidée.
Je veux dire...
Ce serait bien que je puisse t'aider.
Mais si tu acceptes,
je serai impitoyable.
Je t'en demanderai
autant qu'aux autres acteurs.
- Je m'en doute. - C'est-à-dire beaucoup.
J'en attendais pas moins.
Je sais que tu as du potentiel.
Je voulais te demander une chose.
L'équipe du film sait...
que t'es mon père ?
Elle sait quoi ?
Elle saura ce qu'elle devra savoir.
En tout cas, ce ne sera pas un problème.
Pour moi, peut-être que si.
Je te rassure là-dessus.
Je t'aide, j'aide ma fille, mais...
ce n'est pas au détriment
de l'actrice idéale pour le rôle.
Tu es celle que je veux pour le rôle
et tu es ma fille.
Les gens pensent ce qu'ils veulent.
Évidemment, certains penseront
que tu as été pistonnée.
Et alors ? On s'en fiche.
L'important, c'est qu'on se concentre sur le travail.
On avancera pas à pas et les choses s'emboîteront,
se mettront en place.
Je te remercie.
Je veux seulement réfléchir un peu.
Tu peux comprendre que c'est bizarre pour moi.
Je t'avais perdu de vue.
Bien sûr.
Je vais bien, maintenant,
mais je veux y réfléchir.
Je te remercie de tout cœur, mais je veux réfléchir.
Tu as fini ton... ?
Le mange pas si c'est épicé.
Ça va.
Tu sais à quoi je pensais ?
À notre déjeuner
à Formentera.
En te voyant manger, ça m'est revenu.
On s'était bien amusés, non ?
J'avais pas aimé ton riz.
Je l'avais raté.
Je l'avais pas aimé du tout.
J'avais pas la tête à ça, à l'époque.
Mais j'ai essayé.
Comment va Charo ?
Elle va très bien.
Tant mieux.
Tu vas toujours au cinéma ?
Dis-moi que oui.
Bien sûr, j'y vais.
Plein de gens ont arrêté d'y aller. Dommage.
T'as pas arrêté non plus.
Non.
On pourrait aller au ciné, un jour. Ça te dirait ?
Pour moi,
aller au cinéma avec toi
est l'un des rares souvenirs,
des très rares bons souvenirs que j'ai.
Magnifiques.
Quoi ?
Rien.
Il y a quelque chose.
Je le vois. Je t'ai vexée ?
Je suis contente que tu le voies comme ça.
Pas toi ?
Je sais pas,
on a des souvenirs différents de cette époque-là.
Mais c'est normal, ça va.
Tu manges pas ?
J'ai plus faim.
On peut pas poursuivre la conversation sans savoir de quoi on parle.
Je suis surpris par ta réaction.
C'est une bêtise.
T'as parlé de bons souvenirs de nous au cinéma.
Pour moi, c'est pas des bons souvenirs, mais ça va.
Tu t'en souviens, non ?
De quoi ?
De Kill Bill 2.
- Kill Bill 2 ? - T'as peut-être oublié.
T'es arrivé soûl et défoncé.
Pardon ? Défoncé ?
Tu t'es battu avec des garçons qui étaient devant.
Quoi ?
T'en as blessé un et on s'est fait virer.
Tu t'en souviens ?
En sortant du Roxy,
on devait aller dîner,
mais t'as dû partir.
Tu m'as donné 50 euros pour le taxi.
Je suis rentrée à pied pour passer le temps
et pouvoir dire à maman qu'on avait dîné ensemble.
Pour pas qu'elle me reproche d'avoir cherché à te voir.
Je t'ai couvert.
Tu as fini ?
Que veux-tu que je réponde ?
Rien.
- Tu me balances ça à la figure... - Je te balance rien.
Tu voulais que je te raconte, je te balance rien.
C'est vrai qu'on est allés voir Kill Bill 2
et qu'un ami avait besoin de moi.
Je devais aller le voir pour éviter le pire.
J'ai pas eu le choix.
Je suis revenu, tu étais dans le cinéma.
Après, je t'ai mise dans un taxi
et j'ai payé le chauffeur, qui t'a déposée chez ta mère.
Je n'étais ni défoncé ni bourré
et je n'ai frappé personne.
En plus, c'était au Palafox.
Non, au Roxy.
C'était au Roxy.
J'y suis pas retournée, j'avais trop honte.
Fais pas chier !
Putain !
Tu avais quel âge ? 13 ans ? 12 ans ?
Être défoncé, tu connaissais pas.
Je l'ai su après.
On t'a mis ça dans la tête après.
Non, je te permets pas !
- C'est possible. - Je te permets pas !
Je te permets pas.
Tu fais chier.
Je connais quelqu'un
qui adore fabuler.
Je te dis que je te permets pas.
Je veux savoir d'où ça sort.
C'est la réalité !
Je l'ai vécu. C'est la réalité.
C'est faux.
Emilia, c'est impossible.
C'est jamais arrivé. On te l'a raconté.
On va laisser tomber.
C'est pas arrivé.
- On t'a mis ça dans la tête. - Je vais fumer.
Veuillez m'excuser.
On aimerait faire un selfie avec vous après.
- D'accord. - Si possible.
Avec vous ?
Ne m'appelez pas "monsieur". Esteban suffit.
- Je le garde, j'ai froid. - D'accord.
Pardon.
Pardon, je voulais pas...
- On te le réchauffe ? - Non, j'en veux plus.
Désolée, je voulais pas parler de ça.
C'est rien, je comprends parfaitement.
- Ça va ? - Oui.
L'ÊTRE AIMÉ
Je t'ai empêchée de manger.
Ça va, je mangerai en rentrant.
T'auras le temps de manger à l'aéroport ?
Je vais voir.
- T'as pris un sandwich ? - Je vais voir, maman.
Sinon, tu mangeras en arrivant.
Pour l'hôtel,
je t'appelle ce soir et tu me diras.
Pardon, tu m'appelleras quand tu pourras.
On verra ça.
Oui, bien sûr.
- T'es sûre que ça te va ? - Oui.
C'était un lapsus, une bêtise.
Tu m'interdis de lire le scénario et de t'appeler.
Je savais que t'allais me sortir ça !
C'est vrai ?
- Je suis devenue prévisible. - Ça, oui !
C'est cette sortie.
Je crois pas.
Si. Tu vois rien, maman !
Tes lunettes, c'est pour quand ?
Je les aurai à ton retour.
Oui, c'est celle-ci.
Fais attention à toi.
De l'eau, s'il te plaît.
Allez.
Vas-y !
Attention, ils arrivent.
On se concentre au maximum. Ça va être la bonne.
Les figurants, ne regardez pas la caméra.
10. Le décompte.
9, 8, 7...
C'est parti !
Bordel !
Mon capitaine.
- Qu'en pensez-vous ? - Il est français.
- Alors ? - Ils l'ont amené ici.
- L'avion était à Los Lobos. - En zone espagnole.
En zone espagnole.
Tu me l'as dit.
- Égorgé ? - On l'a trouvé comme ça.
Il faut l'emmener...
Merde.
Clap de fin !
- Désolée. - T'inquiète pas.
Silence, on n'a pas coupé. Clap de fin !
11 sur 3, première.
On a coupé, merci.
Ça va, merci.
Oui, merci.
Merci, Miguel.
Tout va bien vous concernant. Un détail technique.
Quand Bernardo se tourne pour vous regarder,
il regarde d'abord Mercedes, il me faut deux secondes,
et on passe sur toi.
Dis ta réplique une seconde après.
J'ai trop tardé à regarder.
Ça va, je m'adapte.
- Je peux attendre. - Je m'adapte.
Non, c'est une question de mise au point.
Bernardo va vers Salek. Il entend l'information, se retourne.
On est sur Mercedes deux secondes,
puis on passe sur toi.
Non, dis la réplique quand tu veux. Quand tu veux.
Malena !
Viens.
Une seconde.
Dès qu'elle parle,
on la suit, même si elle est floue, et on fait le point.
- Change rien. - Je préfère.
Pablo, on repart du début.
Un détail.
Quand tu arrives, même floue,
regarde les femmes sahraouies,
leur élégance, leurs tenues,
leurs accessoires particuliers.
Gabriela est émerveillée.
- Malgré le cadavre ? - Oui.
Gabriela fait attention à tout.
À tout.
Un peu comme toi.
Pablo.
Non, l'autre.
- On avance bien ? - Non.
Mais Nico va demander une heure de plus.
- Côté caméra, c'était bien. - Oui.
C'est une histoire de texte.
- Emilia... - Quoi ?
J'arrive.
Salut ! Comment tu vas, ma fille ?
Ça va bien ?
En fait,
je t'appelle pas pour pas te déranger.
Mais
tu sais que je suis là.
Quand tu veux, je suis là.
J'ai hâte de te parler.
Allez, bisou.
J'espère que tout se passe bien. Je suis sûre que oui.
Tu dois tout faire très bien.
Avance.
- D'accord. - Avance.
C'est bon ?
Attends, c'est très lourd.
Avance.
Tiens-le bien.
À trois,
on tire.
- Un, deux... - Tu tires pas, toi.
- Et trois ! - Comme ça ?
Je suis forte ou pas ?
Tire !
Allez !
Coupez !
C'est rien, ça va.
T'inquiète pas.
Les bateaux au port tout de suite.
Pablo !
Les cordes doivent être plus tendues.
Jacob, il faut que ce soit plus stable.
On s'était mis d'accord.
Dans les années 30, un mec se comportait pas comme ça.
On en a parlé à Madrid, tu te souviens ?
Je me souviens de tout, pour le meilleur et pour le pire.
- On devrait en reparler. - C'est pas l'endroit.
De l'eau !
- Emilia, reste. - Attends.
- C'est important. - Je t'écoute.
- Même si on en a parlé, écoute-moi. - Vas-y.
Et si je lui parle par signes ?
Comment ça ?
Avec des signes, pour pas qu'ils rient tout le temps.
- Qu'il lui fasse des signes. - Moi, j'y crois.
Ils devraient pas se toucher autant, c'est ridicule.
On peut le faire comme prévu ?
Bernardo est moins bavard.
Me casse pas les couilles !
Je t'ai écouté. L'équipe attend.
S'il te plaît !
D'accord.
- S'il te plaît. - D'accord.
- Ça va ? - Tout est clair.
C'est parti.
Attention, on en fait une autre !
On repart du début.
Si je peux t'aider, tu me dis.
Il fait froid.
Donne-moi deux minutes.
Alors ?
Qu'est-ce que t'aimes pas, Marina ?
Je comprends pas.
Dans le scénario, la scène était très puissante.
Je sais pas si on a obtenu cette force.
Tu peux être plus précise ?
Tu la trouves comment ?
Tu la trouves comment, toi ?
Elle te plaît pas ?
Il manque quelque chose.
De l'intensité, peut-être.
Ou de l'assurance.
Moi, je la trouve bien.
Elle travaille que depuis une semaine.
Ce qu'elle fait, c'est pas simple. Ça va aller.
En plus, c'est trop tard, maintenant.
On tourne depuis deux semaines.
Je regarderai les rushes dès que possible.
Elle va être bien.
Fais-moi confiance.
Je te fais toujours confiance, mon ami.
Comment va ta mère ?
On va tester le son. Dites quelque chose.
Moi ?
Bonjour. Ça va ? 1, 2, 3.
C'est bon.
D'accord. Une seconde.
Allez, c'est parti.
Esteban...
L'Espagne, enfin, de retour chez vous.
Vous sentiez que vous deviez le faire, vous aviez envie de revenir ?
Je ne devais pas le faire, mais l'histoire qu'on raconte
se déroule dans une colonie espagnole.
Le film parle de l'Espagne, c'était donc logique
de le tourner et de le coproduire ici.
J'en suis ravi.
Maintenant, vous êtes installé à Madrid.
Vous êtes revenu pour rester, si je comprends bien.
À quel accueil vous attendez-vous ?
Vos films ont toujours été salués ici,
les critiques sont excellentes,
mais on vous voit comme l'enfant terrible qui est parti.
L'accueil d'un film dépend du film lui-même.
Là, on doit faire le film. Je ne peux pas en dire plus.
Quand vous êtes parti, vous aviez un profil
assez polémique.
Ça pourrait influencer, malgré le temps...
On a déjà répondu.
- On m'a dit de poser... - Merci.
Question suivante.
Alors, parlons de Désert.
Emilia Vera, votre fille, fait partie de la distribution.
On ignorait que vous aviez une fille et qu'elle était actrice.
Quelle est la question ?
Comment Emilia a intégré la distribution ?
Vous l'avez proposée ?
Il y a eu un casting ?
Emilia a intégré le projet du fait de son mérite.
On ignorait que c'était votre fille.
Ça vous regarde, ce que vous êtes censé savoir ou non.
Ce que vous dites ou non, c'est votre affaire.
L'interview porte sur ça ?
C'est comment de travailler avec sa fille ?
Ce monsieur a gagné deux Oscars.
Allons-nous parler de Désert
ou allons-nous faire une interview people ?
Désolé d'insister.
Le distributeur me lâche pas, je sais plus quoi dire.
Il me faut le commentaire audio de Siroco.
Esteban, comment ça va ?
J'étais censé t'envoyer
la musique du thème principal aujourd'hui,
mais je travaille encore la composition
et je suis coincé.
Mais je crois que je tiens quelque chose.
Si tout se passe bien, je compte t'envoyer
quelques premières idées la semaine prochaine.
Peut-être en fin de semaine.
Salut, Olivier. Comment ça va ?
Envoie-moi ça dès que c'est prêt. Merci.
Salut. Je crois que je te vois. C'est possible ?
Pardon ?
Regarde en face. Tu vois un bras qui s'agite ?
Oui, c'est toi.
Ça va ? Comment ça se passe ?
Bien. Je suis morte, mais ça va.
Normal, c'est ta première semaine de tournage.
Demain, je dîne avec les acteurs.
Ça te dit de venir ?
Demain ?
Oui.
On s'est bien amusés la semaine dernière.
Ça renforce l'esprit d'équipe, c'est super.
Qu'en dis-tu ?
Le soir, je suis crevée.
D'accord.
On se parle demain. On se verra sur le plateau.
Repose-toi.
À demain.
Les États-Unis vous soutiennent. Cette conversation mène nulle part.
- Et la France. Ça intéresse personne. - Personne ?
Personne. Sinon, le Sahara serait déjà indépendant.
Il y a du phosphate, du gaz...
Tout le monde donne son avis, alors que tu crèves de faim.
Ça se résout pas en occupant mon voisin qui a faim comme moi.
Ça, c'est démago, ils étaient pas affamés.
- Il paraît. - T'as vu leur état ?
Rien.
Vas-y, dis-le-moi.
- L'échelle de la pitié. - C'est quoi ?
Les Marocains te font pitié, les Sahraouis, encore plus.
Très bien ! Arrêtez de les plaindre, c'est eux qui ont repris les armes.
Ils sont désespérés.
Le monde peut entrer en guerre ?
Tu trouves juste la relation entre le Maroc et le Sahara ?
Les Sahraouis étaient mieux avec vous ?
Ils étaient peut-être mieux tout seuls.
- Seuls et sans eau courante ? - Peut-être, oui.
Vous leur avez posé la question ?
Fallait prendre un acteur sahraoui !
C'était l'idée, mais t'as assuré grave au casting
et t'es beau gosse avec ta perruque.
C'est ça, le sex-appeal.
Esteban...
J'ai une question.
Personnelle.
Vas-y.
Pourquoi le Sahara ?
Indépendamment de ce que traite un film,
il y a toujours un aspect perso.
Je sais pas.
Parfois, on trouve le sujet après avoir tourné le film.
C'est pas très perso,
quatre Espagnols au trou du cul du monde, sous la République.
- Et un berger sahraoui. - Aussi.
Quel serait ton sujet si tu devais faire un film ?
- C'est tout réfléchi. - Alors ?
Mon sujet serait l'importance de l'humilité.
De ton humilité.
Et toi ?
Pareil.
L'humilité, bien entendu.
Et toi ?
Merde ! Je dois réfléchir.
Combien c'est difficile
de vivre.
Putain !
Raconte.
Non !
Lui, c'est son pote, mais il se tait.
On se parle plus beaucoup.
Vas-y, raconte.
C'est pire si on doit l'imaginer.
C'est vrai.
Pour moi, il y a eu empoignade et nez qui saignait.
Tiens, très simple !
C'est vrai ou pas ?
Empoignade et...
Comment ?
C'est ce qu'on m'a raconté.
N'importe quoi. D'où tu tiens tes sources ?
C'est pas vrai ?
Non, c'est lui qui m'a attrapé.
D'abord, c'est lui qui m'a attrapé.
Et après, il est arrivé ce qui est arrivé.
Voilà, je l'ai raconté !
Tu as continué à tourner ?
Bien sûr, on en était à la 4e semaine.
Il avait le visage gonflé, on aurait dit Elephant Man.
Des heures de maquillage, on se parlait pas...
Laurette, l'assistante réalisateur, nous a beaucoup aidés
parce qu'on se parlait pas.
C'était la messagère.
Je disais : "Dis-lui de dire sa réplique et de sortir du cadre."
Et elle : "Il refuse de la dire et de sortir du cadre."
Et ainsi de suite.
Une guerre d'ego démesurés.
Mais on a terminé le film.
Et comment !
Le film est génial.
Et l'acteur est d'enfer.
C'est grâce à Laurette.
Après, elle m'a plus parlé, mystère.
"Mystère" ?
Tu m'étonnes !
J'allais mal, à l'époque.
Mais un coup de boule...
À l'acteur le plus célèbre de France.
Il faut savoir que ce monsieur était un vrai
mufle.
Il était odieux avec les gens, surtout avec son assistante.
Il arrivait en retard sur le plateau, parfois ivre.
Une fois, il m'a empoigné,
il s'est mis à me crier dessus en postillonnant
et j'ai dû me débarrasser de lui.
Tu me crois pas ?
Si, bien sûr.
Dommage qu'Emilia soit pas venue, elle nous raconterait d'autres bagarres.
Qu'est-ce qu'elle a ?
Elle doit être crevée.
Non, elle est concentrée sur le tournage.
Elle est géniale.
Bosseuse, bonne actrice.
Très.
Dis-moi,
Vera est le nom... ?
Vera est le nom de sa mère.
Un café ?
S'il vous plaît !
Bonjour. Je suis Esteban Martínez,
scénariste et réalisateur.
À l'occasion des 30 ans de la sortie de notre premier film,
on m'a demandé de faire le commentaire audio
pour le Blu-ray.
Le film n'a pas très bien marché.
Par conséquent, je suis très content
qu'il ait une deuxième vie.
Je suis donc face à ces images
et je vous accompagne dans ce voyage.
Je fais appel à ma mémoire
tout en tâchant
de ne pas tomber dans la nostalgie.
Deux bouteilles d'eau gazeuse et des glaçons.
Bien sûr.
Je vais voir s'il m'en reste.
Tout allait bien, sauf qu'il s'appelait Gustavo.
Le pauvre !
Mais tout à coup...
Bref, Gustavo et moi, on sort ensemble depuis un mois,
et là, y a du fric qui disparaît.
Je décide de le tester et je laisse 50 euros dans l'entrée.
On dort et, le lendemain,
plus de fric ! Là, je me dis...
Attention !
Gustavo, danger !
Des collègues me disent : "Parle-lui, c'est grave."
Mais moi, j'ai peur de l'accuser à tort.
Moi, hyper gênée :
"Gustavo, le prends pas mal,
mais du fric disparaît."
Gustavo :
"Je suis vraiment désolé,
ça m'arrive avec toutes mes meufs, toujours pareil.
Je suis somnambule !"
Et moi : "Pardon, somnambule et cleptomane, espèce de salaud !"
Honnête.
Je laisse des billets de Monopoly.
La nuit, je dors et j'entends...
T'as eu peur.
Et là, j'ai la trouille, je crois à un cambriolage.
Affolée, je me lève, à poil, tant pis, je sors,
je cours dans l'appart
et, à l'entrée, je vois Gustavo...
Il explosait tout. Je lui dis : "Gustavo, ça va pas ?"
Et le mec...
- Tu l'as réveillé ? - Attends.
Là, je dis : "Gustavo..."
Attends. Et le mec...
Je dis : "Gustavo, viens te coucher."
Je le prends par l'épaule et je l'emmène vers le lit.
Lui : "Où on va ?"
Et moi : "Dans la rue, si tu te calmes pas !"
On se recouche, on dort
et le lendemain, moi : "Tu m'expliques ?"
Lui : "Quand je suis somnambule, je me souviens de rien.
Mais si tu m'as laissé des billets de Monopoly,
je capte que c'est des faux !"
Je l'ai mis à la porte, à poil : "T'es mignon, mais merci !"
Sacré Gustavo !
Il est à éviter, ce Gustavo.
- C'est qui ? - Je te dirai pas.
Il a touché le gros lot avec elle.
Salut, maman. Comment tu vas ?
Moi, je vais bien. Désolée d'avoir tardé à te répondre.
J'étais concentrée sur le tournage et j'ai un peu ignoré le téléphone.
Je suis contente,
heureuse de tourner des choses qui me plaisent.
Ça me fait du bien de travailler
et d'être ici.
Avec Esteban, ça va. Ne t'en fais pas.
Ça se passe bien.
C'est bizarre. Il est très différent, mais tout va bien.
Il fait ses trucs, moi, les miens.
C'est drôle de le voir travailler
et surtout, de voir comment il est avec les gens.
C'est bizarre, mais je vais bien.
Maman veut que tu viennes dîner.
J'arrive.
Tout de suite.
Coupez.
- Coupez. - On a coupé.
La mise au point est pas bonne.
J'ai vu ça.
Lève-toi un peu avant.
- Avant ? - Oui.
D'accord.
On reprend.
Raúl, tu peux aller à la fenêtre ?
On met une marque de mise au point.
Après, on sera prêts à tourner.
Parfait, merci.
Merci, Malena.
C'est parti, attention.
Salut.
Ça va ?
Je dérange pas ?
Silence, s'il vous plaît.
On va tourner.
Salut.
Ça va ?
Moteur.
Ça tourne au son.
On mange à l'heure ?
71 sur 1, troisième.
Clap.
Au cadre ?
Vers 14 h maxi.
Action.
Maman veut que tu viennes dîner.
J'arrive.
Tout de suite.
Coupez.
Raúl.
On reprend du début.
Quand tu regardes ta fille,
je veux que tu sentes que tu as besoin de fuir cet endroit.
Comme si tu étouffais.
Une seconde.
- Attends. - Dis-moi.
- Qu'est-ce qu'il y a ? - Rien.
Comment tu vas ?
Tu manges bien, tu te reposes ?
On reprend !
Oui.
- J'ai quelque chose ? - Non.
Qu'est-ce que tu fais ce week-end ?
Je sais pas.
L'équipe organise un dîner, mais j'ai rien décidé.
Ma famille va venir
et j'aimerais qu'on se voie tous,
que tu les rencontres.
Un truc simple, un café.
Alice adorerait te rencontrer.
Moi, ça me ferait très plaisir.
Je peux te dire après ?
Bien sûr. Fais voir "Je peux te dire après".
- Voilà. - Ça ?
- Oui. - Quoi ?
Fais des trucs comme ça quand tu joues.
On en a parlé, les films d'époque sont souvent empesés.
Tout est rigide, ankylosé.
C'est vrai.
Du genre :
"Monsieur le Juge, le Maire est arrivé !"
Qu'est-ce que je fais ? C'est absurde.
Ce genre de truc,
la poitrine bombée, des mains de pantin.
"Le Maire est arrivé !"
Je veux que tu évites ça.
J'ai compris.
Avec des gestes comme ça,
c'est plus authentique, plus naturel.
Très bien.
Ne me fais pas le Juge, pitié.
Parfait.
Tu me dis pour ce week-end quand tu peux ?
Quand tu peux. Merci.
Merci, Miguel.
- Tout va bien ? - Oui. Merci.
Mets plus fort, s'il te plaît.
Je vais sortir chercher
Tout ce que je désire
Je vais démolir
D'enfer, cette chanson.
Ma maison et tout recommencer
Ils se sont tous déjà cachés
Sous la nuit éternelle
Je sais que le cosmos prend soin
De tout le monde de la même manière
Donne-moi quelque chose ce soir
Cette nuit est spéciale
Je vais parcourir ta maison
Dans l'obscurité
Naissance : 1er mars 1969 (56 ans) Madrid
Compagne : Alice Akerblom
Enfants : Albert Martínez, Paul Martínez
Oscar du meilleur film étranger
Martínez revient tourner en Espagne 15 ans après
César Comet, Bárbara Luque et Raúl Oyarzún à l'affiche de Désert
Le cinéma français défend Martínez : "Ce métier est déjà assez compliqué"
Martínez parle de Désert :
"Ma fille Emilia y participe du fait de son mérite."
Ce que fait ce mec, comment dire...
Il brandit sa bite.
C'est clair. Il brandit sa bite, voilà ce qu'il fait.
Vous nous entendez ?
Pas la peine.
On dit que du bien, Emilia. Vous pouvez venir.
Tout à l'heure.
J'arrive, t'es lourd.
Tu l'as su quand, toi ?
Je me souviens pas du moment précis.
Peut-être quand tu l'as vu gagner un Oscar ?
Ça a sûrement aidé, mais c'était pas à ce moment-là.
Mais t'aimes jouer ?
Oui. Pourquoi ?
Je sais pas.
On dirait que tu t'éclates pas.
C'est vrai ?
Je sais pas.
T'es vexée ?
Mais non.
Je t'explique.
Je le vénère pas,
mais c'est le meilleur réalisateur vivant.
Il a fait un seul chef-d'œuvre : Siroco, son premier film.
Ses cinq premiers films. Locataire, c'est génial.
Locataire est super.
- Son meilleur, c'est Siroco. - Tu l'as même pas vu.
C'est vrai, il a dit ça !
Siroco n'est pas le meilleur. Désolée.
Siroco est exceptionnel.
La façon dont c'est filmé, leur façon de vivre.
Ton père et sa clique. Ils étaient chargés, à l'époque.
Tu as dit "chargés" ?
Plus ou moins chargés que toi ?
D'accord, Emilia.
Et ils se la pétaient.
Maradona, à force de l'appeler "Dieu", tu finis par le croire.
Et on lui pardonne le reste ?
Écoute, Malena, Maradona a niqué plein de gens.
Emilia !
Au fil des années, ton père, l'homme, le réalisateur,
il s'est calmé.
C'est vrai. J'avais la trouille à cause de sa réputation, mais ça va.
Qu'est-ce que tu veux ?
Ton père, c'est une pointure.
Mais on sait tous que dans le passé,
il se défonçait et il se bastonnait.
- Quoi ? - Il s'est battu avec un chef op'.
- Comment tu le sais ? - Internet !
Arrête !
Tout le monde le sait.
Oui, mais c'était une autre époque.
Pour moi, c'est une pointure.
Voilà.
La scène où ils dansent à trois est incroyable.
L'actrice est géniale, je suis tombée amoureuse d'elle.
L'actrice et les autres, c'est pas des pros.
Je sors fumer.
Il fait froid !
Tout va bien ?
J'aime ce vent.
L'actrice de Siroco dont ils parlaient...
C'est ma mère.
- C'est ça ! - Je te jure.
C'est vrai ?
Je te montre.
Regarde.
On est tous les trois. Là, c'est moi.
Elle est actrice, alors ?
Plus maintenant.
Elle a arrêté quand elle a été seule avec moi.
Après, elle a passé des concours.
Ma mère est géniale !
Ça, c'était pendant le tournage de Siroco.
Trop mignons.
D'après Esteban, ça a été le tournage le plus important de sa vie.
- C'est logique. - Pour lui, oui.
Pour ma mère, ça a été un enfer. Il les a rendus fous.
Ils se sont séparés peu de temps après.
Puis il a disparu.
Comment ça ?
Il s'est volatilisé. Je l'ai plus vu.
Je l'ai connu officiellement quand j'avais 9 ans.
J'ai jamais passé autant de jours d'affilée avec lui.
Paul, t'as pris quoi ? Tout ce chocolat !
Mange aussi l'orange, s'il te plaît.
Je pense à plein de trucs.
Quel est mon chiffre préféré entre 5 et 10 ?
Je sais pas.
Tu sais pas ?
Salut, Esteban. Je t'envoie une ébauche de la musique
qu'on veut enregistrer avec l'orchestre. J'espère qu'elle va te plaire.
Attends, mon chéri.
Tu peux compter jusque-là ?
Papa !
Un verre de vin rouge.
Un instant.
C'est trop mignon.
J'adore celui-là.
Fais attention. Ça coule.
- Lequel tu préfères ? - Celui-là.
Il est trop mignon.
La voilà.
Venez.
Ça va ?
Emilia, Alice.
- Enchantée de te connaître. - De même.
Non, merci.
Lui, c'est Al.
Et Paul.
Que vous êtes blonds !
Ils te ressemblent pas du tout.
Moi, je te ressemble plus.
C'est pas vrai ?
Si.
J'adore la glace au citron.
Citron, c'était mon parfum préféré !
- T'en veux ? - Non. Une autre fois.
- Tu le savais ? - Quoi ?
Que le citron était mon préféré ?
Alors ? C'est bon, Paul ?
Ton père, au travail, il arrête pas de dire :
"Pablo !"
"Pablo..." Paul, c'est Pablo, non ?
"Pablo, il faut que je tourne !"
Bref.
Tu viens d'où ?
Je prenais un verre. Pourquoi ?
Emilia, on marche un peu ?
Oui, bien sûr.
Comment se passe le tournage ?
De mieux en mieux.
Super. Tu dois être contente.
Plus ou moins.
Pourquoi ça ?
Il y a des choses plus importantes que le cinéma.
C'est vrai.
On peut pas faire comme si les films réparaient tout.
Tout va bien.
Ils dorment ?
Ils ont dit quelque chose ?
Non, ils sont encore petits.
Tu as dû faire ce genre de chose dans ta jeunesse.
Mais je détestais mon père.
Putain ! Mon réveil a pas sonné.
Ça va, ils ont pas commencé.
Oui, mais ça m'était jamais arrivé.
T'en fais pas.
Pablo, on est là.
Emilia arrive.
- Tu m'apportes un café ? - Noir sucré ?
Oui.
Emilia entre.
Je suis désolée.
C'est pas grave. Ils font la mise en place.
Emilia, t'as fait la grasse mat’ ? T'étais à la fête ?
Quoi ? Vous répétez ?
La scène d'après. T'en fais pas.
On laisse la table comme ça ?
Oui, sans rien dessus.
Désolée, Pablo.
T'inquiète. Il te faut quelque chose ?
- On peut prendre mon manteau ? - Donne. Je m'en occupe.
- Ça va être asymétrique. - C'est mieux. Mets-la là.
Voilà. Bien mieux.
Pablo !
J'entre comment, finalement ?
Tu es dans la cuisine, Miguel te donne le top.
Super. Merci.
Ça va ?
- Personne pour regarder le foot ! - J'y étais.
- Quoi ? - Dis-lui où il était.
Il dansait... Comment s'appelle la danse de ton village ?
La txalaparta.
L'aurresku.
L'aurresku !
La txalaparta, n'importe quoi !
Salut, Emilia.
Le mail que Nico a envoyé...
"Certains se sont plaints du bruit.
Oubliez pas qu'on est dans un hôtel familial.
À partir de 23 h, on doit faire attention."
Moi, le week-end, j'aime faire mes exercices,
réviser le texte, lire, comme Pedro, qui adore lire.
Ça doit être épuisant d'être tout le temps le point de mire.
Épuisant.
On y va ?
On va tourner !
Je me chauffe la voix.
J'aimerais te montrer ce qu'on a fait aujourd'hui.
C'est une séquence très délicate. On garde le silence.
On va commencer à se concentrer.
- Comment ça va ? - Bien.
On n'a pas beaucoup répété. Le texte, vous le sentez comment ?
- Bien. - Pas de problème ?
On commence à tourner ?
J'aimerais essayer certaines choses.
Ça me va.
Bien. Première chose.
Il est vital pour Salek et sa famille
de convaincre cette famille.
Bernardo et Gabriela doivent savoir si ce qu'il dit est vrai.
Ils veulent que ce soit vrai, mais ils doutent. D'accord ?
On commence avec ça. Tournez un peu les chaises.
On tourne.
- Allez, les gars. - Allez !
On va tourner.
Allez-y pour les retouches, si c'est nécessaire.
Et en silence.
S'il vous plaît, silence.
Bilal.
Le café est un peu chaud. Te brûle pas.
D'accord. Merci.
Je prends ça.
Avance un tout petit peu.
Comme ça. Merci.
On dégage le plateau, on va tourner.
Moteur !
- J'ai dit "moteur". - Ça tourne au son.
41 sur 1, première.
Clap.
Au cadre ?
Cadré.
Et action !
Quoi ? Ça te plaît ?
- Oui, beaucoup. - Super !
Je trouve cette prise très belle. Tu es très bien.
Très bien.
C'est bizarre, sans le son.
Oui, mais ça aide à voir le rythme de la scène,
le mouvement de la caméra et le travail des acteurs.
Dans cette prise,
quelque chose se passe en toi et...
Je sais pas trop quoi, mais j'ai l'impression que toi, Emilia,
rien d'autre ne te perturbait.
Tu comprends ?
Tu te sentais comment, à ce moment-là ? Qu'est-ce que tu ressentais ?
J'étais calme, bien, détendue.
"Calme, bien, détendue." Tu vois ?
- C'est vrai. - Bien sûr. Tout est là.
Tout est là.
Je crois que c'est Liv Ullmann qui disait :
"Plus la caméra est proche, plus il faut tomber le masque."
On a tous un masque. Professionnel, émotionnel...
De toutes sortes.
Dans ton cas, j'imagine...
la copine indulgente,
l'actrice peu sûre d'elle, évidemment, logiquement,
la femme bagarreuse,
la fille en colère.
L'important,
c'est que tout ça
ne soit pas présent.
Alors, le personnage apparaît. Notre vécu n'interfère pas.
Tu comprends ?
Notre vécu dissimule, occulte le personnage.
Je comprends. Je sais pas si j'y arriverai...
C'est une question de temps, d'expérience et de patience.
Parfois, ça marche, parfois pas.
L'important, c'est d'être...
en confiance, détendue.
Je suis là pour t'aider si je le peux et si tu en as besoin.
Tu m'aides en me laissant utiliser tes toilettes ?
Bien sûr.
Je voulais te demander pardon.
L'autre jour, je pensais pas que ça se remarquait autant
et j'ai dit des choses que j'aurais pas dû dire.
Pardonne-moi.
Bon, je vais y aller.
Oui, il est tard.
Juste une chose.
Ça me regarde pas, mais...
L'autre jour, quand je t'ai vue sur la promenade,
ça m'a inquiété.
Ça m'a rappelé quand moi, je buvais.
Je buvais pour me débarrasser de mon père.
Je le répète, je sais rien de ta vie. Je sais pas si...
c'est une habitude.
Mais je me souviens aussi qu'au restaurant,
tu avais bu une bouteille de vin.
Je sais pas si c'est quelque chose que tu fais régulièrement.
Ce que je veux dire, c'est que...
boire, c'est une saloperie.
Je peux te le dire.
Ça a l'air marrant,
mais en fait, on s'isole
et on emmerde nos proches.
Je te conseille d'arrêter de boire.
- Merci. - De rien.
Bonne nuit.
J'aime pas ce qui vient de se passer.
Je suis venue ici pour travailler, pour jouer dans ton film,
pas pour être ta fille.
Me parle plus de choses personnelles.
Et nous compare pas.
Je pourrais boire moins,
mais je frappe pas les gens et je pourris la vie de personne.
À demain.
On fait les dernières retouches maquillage et coiffure.
On se dépêche !
Poisson de bon matin...
Bonjour.
Du maquereau au petit-déj' !
On va se régaler !
Il peut rester des arêtes, attention.
Silence, s'il vous plaît.
Allez, l'équipe ! Un peu de nerf.
Silence ! Le réalisateur arrive.
- On peut tourner ? - Oui.
Merci !
C'est parti, on va tourner !
S'il vous plaît, on dégage le plateau.
Merci.
Les assiettes doivent être servies.
Tout le monde en place !
Silence.
Moteur !
Ça tourne.
Ça tourne au son.
67 sur 2, première.
Clap.
Au cadre ?
Cadré.
Et action !
Tu ne dis rien ?
Coupez ! Une autre.
On reprend du début.
Pepa, la caméra a tremblé. Pourquoi ?
J'allais justement voir.
César ! Tu manges pas.
- Si, j'ai mangé. - Non.
Je te vois, tu manges pas.
- J'ai mangé. - Non.
- Esteban, j'ai mangé. - Non.
Mange vraiment. Mâche. D'accord ?
On voit tout. Quand je dis "action",
faites ce que vous avez à faire.
Vraiment. On en refait une.
Esteban !
Mon français, ça va ?
- Quoi ? - Mon français.
Oui, mais tu peux passer à l'espagnol.
Pas la peine.
Allez, l'équipe. En place.
Moteur !
Et action !
Tu ne dis rien ?
Putain ! Coupez.
La caméra a encore tremblé.
Je vais voir ça.
Jacob !
Règle ton mouvement. Ça marche pas.
Pardon.
- Ça va aller. - C'est si dur que ça ?
- Quoi ? - Je te le demande.
- J'ai mangé. - Pas vraiment.
Si, vraiment.
Je te montre sur le combo ?
Mange vraiment, s'il te plaît. Mâche.
Et les enfants ? Ça va, Carla ?
Pablo ?
Ça va ?
Oui.
- Aide-moi avec les enfants. - Oui.
On reprend, s'il vous plaît.
On en fait une autre.
- Je préfère me taire... - Ça sert à rien.
Allez, on se prépare !
On dégage le plateau. Moteur !
- Ça tourne. - Ça tourne au son.
67 sur 2, troisième.
Clap.
Au cadre ?
Cadré.
Et action !
Tu ne dis rien ?
- Coupez ! - On a coupé.
Nom de Dieu !
Jacob ! Je dois tenir la caméra ?
Ajuste ton cadre, s'il te plaît. Putain !
On dirait un débutant.
- J'ai pas mangé ? - Pas avec appétit.
Difficile d'avaler ça à 9 h du matin !
Le prenez pas mal.
Tu dois manger.
À 9 h, à 10 h, à 11 h. À n'importe quelle heure !
T'es un acteur professionnel ?
Oui.
Ça marche.
Les raccords et on tourne.
- Sans raccords ? - Sans raccords, Pablo.
C'est parti, on enchaîne !
Moteur !
- Ça tourne. - Ça tourne au son.
Je vais m'étouffer, il sera content !
Clap.
Et action !
Coupez !
Pardon.
Les gars !
On a coupé.
Désolé, Esteban.
C'est bon, je suis prêt.
Je suis prêt.
On tourne.
En place.
- Tout va bien pour vous ? - Oui.
C'est parti, on va tourner !
Les enfants, on se concentre.
On tourne.
Les gars. C'est bon pour vous ?
Oui, vas-y.
Bien. On y va.
Me faites pas rire, salauds.
- 67 sur 2, cinquième. - Clap.
Au cadre ?
Salaud de maquereau.
Action !
Les gars ! Arrêtez.
Je coupe ?
Lève la perche.
Pourquoi t'as arrêté ?
J'ai rien dit. Continue.
Ça tourne.
Quand vous voulez, vous arrêtez de rire
et on la termine. Quand vous voulez.
Aucune considération pour vos camarades en plein soleil,
qui cuisent pour vous.
Toute l'équipe attend.
Sachez-le, vous, les professionnels.
Ça tourne toujours.
C'est bon ?
Raúl, c'est bon ?
Oui.
- T'es sûr ? - Oui.
Bon.
Non ? Si.
Le prochain qui rigole, je vous jure que je le colle au mur.
Maintenant, coupez.
On tourne.
Parle-nous correctement.
Pardon ?
Pas la peine de parler avec cette violence.
Ça te regarde pas.
Si, ça me regarde.
On tourne, Pablo.
Allez, l'équipe. Nouvelle prise.
On se prépare !
Ça va. Pardon.
Tout va bien ?
- Vous voulez qu'on arrête ? - Non.
T'es sûre ?
Attention, on va tourner. Moteur !
67 sur 2, sixième.
Clap.
Au cadre ?
Cadré.
Et...
action !
Pardon.
Nom de Dieu !
Tu oses couper en pleine prise ? J'y crois pas !
T'as raison. Pardon.
C'est moi qui coupe.
- On est sur les nerfs ! - M'emmerde pas et fais ton boulot !
J'aimerais pouvoir faire une prise aujourd'hui.
- Tu es dans le plan, mange plus. - Je mange pas ?
- Non, une seule fois. - Je vois.
Qu'est-ce que ça veut dire ?
Tu te crois dans une cour de récré ?
C'est un tournage sérieux, Emilia.
Ici, on travaille !
Pardon.
Tu joues ton personnage ?
Oui.
Tu fais ton travail ?
Tu te comportes en professionnelle ?
On va voir ça.
On va tourner.
Attention, on va tourner.
Pablo, c'est rien.
- Esteban, le petit ? - Vire-le.
- Je le vire ? - De la séquence.
Je le vire de la séquence ?
Vire-le de la séquence.
- Où est Pepa ? - Dehors.
Dis-lui de venir.
Pepa, tu peux venir ?
Elle viendra pas.
Elle reste dehors.
Oui, Esteban.
On enlève l'assiette, la chaise. On enlève tout.
La chaise et les assiettes aussi.
On enlève tout. Le petit joue pas.
On fait quoi, Pablo ?
Désolé. Emilia, César, changez de place.
Toi, entre elles deux.
Et toi, César, entre eux.
C'est parti !
Jacob, dis-moi si ça va pour la caméra.
Parfait.
On va tourner.
J'hallucine !
Ça va ?
On y va.
Raquel, c'est pas le moment !
On en fait une autre.
Moteur !
Ça tourne.
Tu ne dis rien ?
Ne coupez pas !
Emilia ! Mange vraiment.
Je veux voir ça.
Trois mètres en arrière.
Jacob, recule de trois mètres.
Raúl, reprends à "Carla aime..."
Tu veux la chaise ?
Non, pas de chaise ! Merci.
Au cadre ?
On tourne.
Et action !
Mange bien.
Mange bien, Emilia.
Mange.
Je dois y croire.
Comme ça.
Emilia, je le répéterai pas. Mange vraiment.
Tu me laisses le temps ?
Mange.
Mange !
Pas comme ça. Avec appétit !
Là, j'y crois pas.
Je dois faire quoi ?
Tiens bien ta cuillère.
Comme ça ?
Prends du poisson.
Mets-le dans la bouche.
Mâche. Avale.
Bien.
On continue. On avance.
Tu ne dis rien ?
Pas maintenant.
Le micro, putain !
On se concentre !
Un instant.
Putain ! On reprend.
Ça va ? Tu peux continuer ?
- Bien sûr qu'elle peut continuer. - Oui, je peux !
Depuis le début.
- Bien sûr que je peux continuer. - Depuis le début.
Depuis le début. On y va !
- Depuis "Carla..." ? - Depuis le début.
Les raccords !
Pas de raccords !
- Elle brille. - Qui ?
Elle !
Peu importe. Fais ça.
C'est bon.
On tourne. Je veux boucler ce plan.
Prends ça.
On continue.
Voilà. Merci.
Continue.
- Tiens bien ta cuillère. - Comme ça ?
Non, pas comme ça. Tiens-la comme une adulte.
Pas comme une gamine. Comme ça.
C'est une jeune femme de la haute société madrilène.
S'il te plaît.
Pas une fille du peuple, comme toi.
Pose la cuillère.
Bien. Recommence.
Prends une cuillerée.
Dans la bouche. Mâche.
Mâche. Avale. Ta réplique.
On continue à tourner.
On continue à tourner. Tim, ta réplique.
Tu ne dis rien ?
Bernardo, s'il te plaît.
Pas maintenant.
Pepa est là ?
À côté.
Désolé.
C'est rien.
Salut.
On peut se parler ?
- On se voit tous dans 30 mn. - Je sais.
Et j'aimerais qu'on prenne un moment pour parler tous les deux.
S'il te plaît.
Un moment.
D'accord.
Entre.
Merci.
Je ferme ?
Non, laisse ouvert.
Salut, Jacob.
Tu nous laisses seuls un instant ?
T'es sûre ?
D'accord.
Bon. Tu es décidée ?
Ou je peux parler ?
Je suis décidée.
Mais on peut en parler. D'ailleurs, je vais commencer.
D'accord.
Je suis désolée.
Vraiment, Esteban. Tu m'as donné une chance incroyable.
J'ai beaucoup appris.
C'est un sale coup, je sais.
J'ai donc attendu la fin de la semaine.
Ça vous laisse le temps de me remplacer.
On trouvera personne un week-end.
Tu trouveras très vite.
Écoute. Merci de t'excuser.
Tout a commencé avec cette journée pourrie.
Ce qui s'est passé ce jour-là est inadmissible.
Journée très difficile, pas ma meilleure.
Je suis pas fier de ce qui s'est passé, je le reconnais.
Mais ça justifie pas ton départ.
Quoi qu'on en pense.
Je sais pas. Je suis habituée à un autre genre de tournages.
Vraiment, Pepa ? Les tournages, c'est comme ça.
Les miens et ceux des autres.
Y a des journées faciles, amusantes, de merde, difficiles.
C'était pas une journée difficile.
Je veux plus jamais revivre ça.
Je comprends. Et ça ne se reproduira pas.
C'est vrai, je te le dis.
Ça dépend de moi. Ça ne se reproduira pas.
D'accord. Si tu le dis.
Je me suis levé il y a une heure
en apprenant que ton équipe et toi, vous partiez trois semaines avant la fin.
D'ailleurs, qu'en pense le reste de ton équipe ?
Ils sont d'accord pour planter un tournage ?
Oui. Rester, c'est accepter ça.
Quoi, "ça" ?
Quoi, "ça" ? À quoi tu fais référence ?
C'est un manque total de professionnalisme et de respect
envers toute l'équipe.
J'ai jamais vu ça !
Je peux pas te laisser faire ça.
Tu peux pas ?
Non.
Très bien.
On en parle en bas.
D'accord. Et pourquoi pas maintenant ?
Tu es dans ma chambre. Et je préfère qu'il y ait des témoins.
Tu as vraiment bien réfléchi à tout ça ? J'arrive pas à y croire.
Tu peux pas comprendre qu'on te dise non.
Là, tu me plantes.
Et j'en suis désolée.
D'accord. Et ?
C'est pas facile pour moi.
Il manquerait plus que ça !
C'est pas facile.
Maintenant, sors de ma chambre.
D'accord.
Mais tu te rends compte que tu laisses 70 personnes sur le carreau ?
- Je le sais. - Tu le sais ? Bien.
Et j'en assume les conséquences.
Sors de ma chambre, s'il te plaît.
Sors.
Il reste trois semaines.
Vous croyez que ce serait...
Bien.
D'accord. Merci.
Oui. Au revoir.
Il a dit quoi ?
- Il tourne jusqu'en avril. - Merde !
Mais il m'a donné un nom intéressant.
- Qui ? - Nakai.
Nakai, oui !
Oui, s'il te plaît. Il me plaît.
Je m'en doute.
Mais Nakai a le même agent que Pepa.
- Et ? - Il viendra pas.
Pourquoi, Nico ?
Il en aura pas envie.
Pourquoi ? Tu le sais ? Tu l'as appelé ?
Tu balances des choses qui n'aident pas. Excuse-moi.
On va lui demander directement. Tu as son numéro ?
Non.
Bon.
Comment on peut l'avoir ?
- Moi, je l'ai. - Donne-le à Marina.
Marina, appelle-le. Dis-lui de venir dès que possible.
Pardon. Dis-lui de venir dès qu'il peut.
- D'accord. - S'il te plaît.
C'est bon ?
Oui. Merci.
C'est bon ?
Je te tiens au courant.
Ce qui est sûr, c'est que les temps ont changé.
Ça, oui !
Tout va s'arranger.
Tu m'as pas raconté ce qui s'était passé.
On en a parlé au téléphone.
Non. Tu m'as parlé de la scène,
mais pas de ce qui s'était passé entre vous deux.
Je sais que ce qu'on m'a dit.
Qu'est-ce qu'on t'a dit ?
Que tout le monde était sur les nerfs.
Et qu'elle avait fait son numéro.
J'étais pas là, donc je demande.
Oui, je vois. C'est vrai, t'étais pas là.
Les choses sont plus compliquées que ça.
- Pourquoi t'es comme ça ? - Comment ?
Je te dis ce que je pense.
Les choses sont plus compliquées.
Quelles choses sont plus compliquées ?
T'es sérieuse ?
La vie
est compliquée.
Et les relations sont compliquées.
Et tu veux pas partager ça avec moi ?
Non. Que dire d'autre ?
C'est ma fille, je l'ai pas vue depuis longtemps
et je veux l'aider.
Qu'est-ce qu'il y a d'autre à...
Je sais pas. Comment tu te sens ?
Comment tu te sens avec elle ?
Je préfère garder ça pour moi, si tu permets.
Je croyais que tes soucis personnels me regardaient.
Ça a été le cas pendant de nombreuses années.
Tu t'en souviens sûrement.
Je crois que parfois, c'est pas mal
que la dynamique change.
Tu crois pas ?
Si, tout à fait.
Je suis trop vieille pour certaines choses.
T'es pas la seule.
Bonjour. À l'aéroport ?
Oui.
Je vous dépose quelque part ?
Non. Je reste.
Bien.
Je te préviendrai quand j'aurai eu Nakai.
D'accord. Merci.
Bon vol ! Merci, Marina.
Bonjour.
- Ça va ? - Et toi ?
Je pose ça.
Il manque du monde ?
Je crois pas.
Apparemment, on est au complet.
Alors... Bonjour.
Il n'y a eu que deux jours d'arrêt, finalement.
Grâce à ce duo merveilleux, Nico et Andrea,
et à la grande Marina Cellier. Ils se sont démenés.
Merci.
Et donc, ça redémarre, on va tourner.
Avec un monstre, James Nakai.
Vous devez être au courant.
Un directeur de la photo...
impressionnant.
Un génie.
Et en plus,
c'est un professionnel.
Ça va être agréable de travailler avec lui, facile...
Venez.
Vous pouvez vous asseoir devant.
Je disais que...
T'inquiète.
Je disais que Nakai est un type génial, très arrangeant.
Il va proposer des choses merveilleuses pour le film.
Mais l'important pour moi, dans cette réunion,
c'était...
de vous remercier, de façon plus personnelle,
pour vos efforts
et pour votre engagement vis-à-vis du film.
D'autant que vos nerfs ont été mis à l'épreuve.
Ça a été compliqué.
Un grand merci à toutes et tous.
J'oublie quelque chose ?
Le pot de 19 h.
Oui, c'est vrai. À 19 h, on organise un petit pot.
Il y aura à boire et à manger pour Nakai et son équipe.
Ce serait super que vous veniez
les saluer.
Demain, on tournera, les présentations déjà faites.
Si possible, évidemment.
D'accord ?
Des questions ?
Vous voulez dire ou savoir quelque chose ?
Merci d'être venus.
On se voit plus tard ?
À tout à l'heure.
"Parle à ton capitaine. Les Français n'auront pas ta pitié."
"Parle à ton capitaine.
Les Français n'auront pas ta pitié."
J'aime bien ce geste.
Ce geste, dans les films, ça fait naturel.
C'est spontané.
Grâce à ça, les acteurs
n'ont pas l'air de pantins.
Qu'est-ce que je fais ?
Je suis ridicule.
C'est pour ça que je réalise des films.
Le geste que tu viens de faire,
refais-le.
Fais voir.
Fais voir ce geste.
J'aime bien ce geste.
Refais-le.
J'aime bien parce que, dans les films,
les acteurs doivent être authentiques.
Avec ces gestes, ils n'ont pas l'air de pantins, rigides.
J'ai un nouveau projet avec lui.
Super.
J'ai pas lu le scénario, mais ça parle d'un enlèvement...
J'ai fait un essai pour cette série.
Quoi ? Tu joueras dedans ?
J'attends la réponse.
- Je croise les doigts. - Moi aussi !
Ce serait top !
Et toi, Marta ?
Je m'arrête, je me marie.
En mai !
On s'est mariés en plein covid, sans fête. On se rattrape.
En faisant la fiesta ?
Ce sera simple,
une fête typique de village.
J'adore les fanfares.
Invite-moi !
- Tu veux venir, mon poussin ? - Si tu m'invites.
Bonjour. Comment ça va ?
Vous avez pu vous reposer ?
- Oui. Et toi ? - Non.
Y avait un de ces boucans, je sais pas qui c'était.
Les Anglais. Ils étaient déchaînés !
C'était ça ?
À la piscine. Ça a fini en bagarre.
Putain ! Je comprends mieux le bruit.
Ça va ? Ça se passe bien ?
- C'est super. - C'est très facile.
C'est très bien.
Le vent vient de se lever,
donc il va y avoir des nuages et du soleil.
On va attendre.
Exactement. Il faudra être patients.
- Tu vas bien ? - Oui.
Comment tu le sens ? C'est un jour important.
Très.
- Ta capitulation. - C'est ça.
Tu le sens comment ?
Bien. J'adore cette séquence.
- Des doutes ? - Non.
Bien.
Alors...
La prod est prévenue,
si vous avez besoin de quelque chose pour l'attente.
D'eau, ou d'autre chose.
Merci.
Merci à vous, comme toujours,
pour votre patience.
J'y vais. S'il vous faut quelque chose, dites-le-moi.
On continue ?
Une chose.
Je sais que l'autre jour, ça a été la merde.
Mais le travail que tu as fait...
Tu as fait un travail impressionnant.
Vraiment.
Allez.
On se voit là-bas. À tout à l'heure.
Cette scène.
Cette scène est celle qui a le plus marqué les esprits.
On a eu beaucoup de mal à la tourner.
Une scène
très difficile.
L'équipe en a bavé.
Surtout les acteurs.
On a passé deux jours enfermés dans cette chambre.
On est tous devenus à moitié fous.
Les images, dans les films, sont gravées pour toujours,
mais ce qui reste, c'est surtout les expériences
qu'on vit en les tournant.
Ce moment nous a marqués profondément.
Ce souvenir reste gravé, lui aussi,
pour toujours, en nous.
C'est quelle prise ?
La troisième.
La troisième.
Je peux entrer ?
Oui, bien sûr.
C'est infernal, dehors.
Mais si tu travailles, je veux pas déranger.
- T'es sûr ? - Oui.
Remets-la au début.
La troisième ?
Oui.
Excuse.
Fais pause.
Je crois que ça va continuer, voire empirer.
Il faut trouver une solution.
On va attendre une demi-heure,
mais sinon, on tourne.
Avec ce vent ?
Oui.
Je peux...
Je peux la tourner sans les dialogues.
Je peux la tourner sans les dialogues et avec le vent.
On attend une demi-heure et sinon, on tourne.
D'accord. Je préviens l'équipe.
Oui, merci.
Merci à toi.
Ça te va, sans les dialogues ?
Bien sûr. Comme tu veux.
Comment tu vas ?
Ça va.
Ça va.
Je suis content d'avoir réglé cette histoire
et que le tournage reprenne.
Toi, comment tu vas ?
Bien.
Il te reste peu de jours.
Deux.
Tu dois avoir hâte de partir.
À vrai dire, oui.
J'ai envie de rentrer chez moi
et de voir ma mère.
Bien sûr.
Regarde, j'ai un sandwich. T'en veux ?
Non, je te remercie.
- Esteban, excuse-moi. - T'en veux ?
Non, merci. Je reviens, on m'appelle.
D'accord.
Il est...
Bon, je veux bien.
Il est très bon.
Tiens. Je te donne une serviette.
Quand on tournait à la plage,
tu as dit quelque chose à César et ça m'a marquée.
Quoi ?
Que tu te souvenais de tout.
Oui.
Malheureusement, c'est vrai.
Alors,
tu es conscient de ce qu'a signifié pour moi
toute cette...
toute cette douleur ?
Il y a...
Il y a beaucoup de choses que tu ignores.
Et il y a des choses de toi que j'ignore.
Qu'on ignore l'un de l'autre.
Par exemple, à l'époque où...
Quand tu étais enfant, ça a été très difficile.
Très difficile. Merdique.
Très difficile.
Et bien sûr, tu as grandi, et c'est tout à fait normal,
en n'entendant
et en ne comprenant qu'une partie.
S'il te plaît, ne fais pas ça.
Pour pouvoir te répondre, je dois t'expliquer.
Oui...
Mais tu dis toujours la même chose et ça ne m'intéresse plus.
- Ma réponse ne t'intéresse pas ? - Si, papa.
Réponds-moi.
Sans histoires. Contente-toi...
de me répondre, c'est tout, s'il te plaît.
Tu es conscient de ce qu'a signifié pour moi
ton absence de ma vie ?
Oui.
Oui, j'en suis conscient.
Je suis conscient du mal que je t'ai fait.
Et ça me pèse beaucoup.
On va faire un essai, le réalisateur arrive.
Tenez-vous prêts.
Tu as vu les rushes de ces derniers jours ?
J'ai tout regardé aujourd'hui.
Et ?
C'est très bon.
On voit pas la différence entre son travail et celui de Pepa.
Il est très bon.
Tu es content ?
Il est très lent.
Mais oui, je suis content.
C'est pas un problème pour moi.
Tu sais,
Emilia est partie hier
et on a parlé
avant son départ.
Tant mieux.
Comment va ta mère ?
Tu as obtenu
une place dans la maison de retraite que tu voulais ?
Oui, c'est réglé.
C'est super.
Il faudrait qu'on parle du montage.
On regarde ?
- C'est la meilleure prise. - Oui, absolument.
Tu la remets avec la musique ?
S'il te plaît.
On regarde.
Coupez !
Ça a été ?
Cool, Raoul !
Coupez !
À la mémoire de RODRIGO SOROGOYEN REVILLA
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