All language subtitles for Paris.Police.1910.S01E01.FRENCH.AD.2160p.WEB.SDR.H265-THESYNDiCATE

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Original subtitles

...

- A Paris, on annonce le retour du préfet Lépine !

- Qui est Marguerite Steinheil ? - Une cocotte.

- On l'interroge ?

- Je m'occuperai

personnellement de Mme Steinheil.

- Police ! Ouvrez !

- Police !

- Antoine Jouin. - Fiersi.

Au rapport. De courtisane à moucharde, la pente est raide.

- Je gagne ma vie.

- Elle te demandera

une chose impossible.

- C'est dangereux.

Pour vous, moi, notre fille.

- Vous êtes qui ?

De la famille ? - Avocate.

Rires moqueurs

- Mort aux juifs !

- MORT AUX JUIFS !

- La roue...

tourne.

- A priori, un suicide, mais...

- La préfecture vous renvoie.

Une police moderne veut des cerveaux, pas des brutes.

- Je vous tuerai. - Vous pressentez

que l'issue sera fatale.

Mais vous restez.

Pourquoi ?

- Elle le méritait.

Aboiements

...

- Vous avez une revanche à prendre. Sur qui ?

Hurlement

Les hommes ?

Respiration haletante

Le vent souffle.

Grincements

... ...

Gémissements

Grincements

... ...

Râle

...

Il sifflote.

...

Gémissements de femme

...

...

...

La porte grince.

Gémissements de femme

...

Musique mystérieuse ...

Gémissements plus forts

... ...

- Euh... Euh...

Musique grave

La femme a du mal à respirer.

... ...

La femme tousse.

- Appelez les secours !

...

- Oh !

Musique inquiétante

...

Musique de suspense

...

- "Volupté, opulence, blancheur.

"Le sucre Borderel me rend plus belle."

Eh ben voilà ! Ca, c'est de la réclame.

Tu mets des beaux seins visibles à 5 m,

et je t'en vends 30 000 de plus.

Je te parle. Tu réponds pas ?

- Je travaille. Je chasse les coquilles.

Toi, tu jactes.

Ils vont oublier le "h" à "Panthéon".

- Toi, tu corriges. Moi, je vends

du papier. Tout le monde aime les gros seins.

Pardon, M. Labruyère. - C'est rien.

C'est vrai.

Le Panthéon en page 2. Le crime impasse Ronsin : page 1.

Hutin est déjà sur place avec un photographe.

- Enfin !

Zola au Panthéon, c'est historique !

- C'est un cadavre sans seins.

Mme Steinheil en a des beaux, paraît-il.

Hein, Antonin ?

- Oui. Comme des melons. Je monte de 100 000.

On a un titre ? - Pas encore.

Il me faut trois portraits de Marguerite Steinheil.

Nécrologie : Adolphe Steinheil, peintre bien connu.

- La triple entente ? - 30 lignes, à la 3. Pas de photo.

- C'est l'Europe ! - Les potins diplomatiques

n'excitent pas le lecteur. Les guerres, oui.

- Accident. - Des morts ?

- Non. Un blessé critique. - Ca vaut trois lignes.

Qu'on ne me dérange pas ! Je dicte un article.

Un effroyable drame. On tape à la machine.

Un forfait stupéfiant et un mystère impénétrable

ont eu lieu la nuit dernière.

Par cette journée ensoleillée de printemps,

la nouvelle d'une tuerie...

a frappé de stupeur la population parisienne.

Brouhaha de la ville, klaxon

Musique de suspense

... ...

Foule mécontente

... ...

A la ligne.

La qualité des victimes s'ajoute au mystère des faits.

Les Steinheil étaient connus dans le monde artistique et politique.

Ce matin, on a retrouvé le mari mort,

étranglé.

La femme, bâillonnée et ligotée.

La mère de celle-ci, morte,

étranglée elle aussi, dans leur hôtel

dévalisé.

On frappe.

- Le blessé est mort.

- 20 lignes de plus à la 3.

Où j'en étais ?

- "... hôtel dévalisé."

- A la ligne, souligné en gras :

les assassins ont disparu. Qui ? Pourquoi ?

... ...

- Laissez passer. Ecartez-vous !

... ...

- Inspecteur Quemener. J'étais un des 1ers sur les lieux.

- Quemener, vous êtes affecté à la sécurité du Panthéon.

Par conséquent, je ne vous retiens pas.

- Bien, monsieur.

...

- Elle était étendue sur le lit.

Toute nue, monsieur.

- Vous avez dit qu'elle était en chemise.

Elle était nue ou en chemise ?

- La chemise était sur le visage. Donc on voyait tout le reste, quoi.

- Comment était ses liens ?

- Elle avait les poings ligotés en arrière, derrière la nuque

et attachés à la tête du lit. Ses pieds aussi

étaient ficelés. C'est moi qui l'ai détachée.

- Facilement ?

- Je sais plus.

Je ne suis pas doué pour défaire les noeuds.

- Madame, que disait-elle ?

- "De l'air ! De l'air !

"De l'air." Elle avait du mal à respirer, je crois.

- C'est tout ?

- Ben...

Elle pleurait. Je comprenais pas grand-chose.

Explosion d'un flash

- Et pour la porte ?

- La porte ? - Mmh.

- Oui. J'ai fermé la porte de service,

hier soir.

- Vous êtes sûr de l'avoir fermée ? - Oui.

Enfin je crois.

- Ce matin, elle était ouverte.

Il n'y avait aucune effraction.

- Je ne comprends pas. - Vous n'avez rien entendu ?

Bruit ? Eclats de voix ?

Vous avez bu, hier ?

- Non.

Musique grave

...

Explosion d'un flash

... ...

Conversations

- Mais c'est une gare, ici !

On ne fait pas des relevés dans un hall de gare !

Et les empreintes sur les portes ! Et les traces de pas !

- Tous ceux n'étant pas directement concernés par l'enquête

sont priés de sortir sur-le-champ.

Les témoins seront convoqués à la préfecture de police

en temps utile.

Merci !

...

Procédons.

- Assommé, puis étranglé.

Aucune trace de lutte, ou presque.

Il est mort où il est tombé.

Explosion du flash

Rebelote. Elle est morte dans son lit. Mais... mais...

mais... mais... mais...

Un : les mains semblent avoir été placées ainsi après la mort.

Un peu comme un rite

funéraire.

Etrange.

Le remords, sans doute.

Deux : la corde aussi a été placée après la mort.

Mmh... Et le cou, aucune marque.

Rien à voir avec le peintre.

Non. Moi je dirais :

étouffement.

Voilà un beau crime !

Double homicide chez Pompe Funèbre.

Mmh ! Du mystère, de l'épouvante, du sexe !

Oh, on va se régaler !

- Ah. M. le juge.

- Enfin, la presse. Je veux dire : la presse va se régaler.

- Mon Dieu, quelle affaire.

Ce pauvre M. Steinheil,

un artiste respecté.

- Vous connaissez la famille ?

Vous avez des toiles de Steinheil, peut-être.

- Un ou deux portraits, des petites choses.

J'appréciais son style, mais nous n'étions pas proches.

- Si j'étais vous, je mettrais tous mes Steinheil à la cave.

- Se trouve-t-on en présence

d'un cambriolage sanglant ou d'un drame de famille ?

Pourquoi Mme Steinheil, séduisante Parisienne

dont la réputation d'élégance n'a d'égale

que son éclatante beauté

a-t-elle été épargnée ?

L'enquête réussira-t-elle à résoudre ce mystère ?

Problème.

Quoi qu'il en soit, voici son témoignage.

- Ma pauvre amie.

- Monsieur le juge.

Oh !

Je suis... soulagée que ce soit vous.

- Ne vous inquiétez pas,

le pire est derrière vous. Vous êtes en vie.

C'est ce qui compte.

Le commissaire principal Cochefert va diriger l'enquête.

- Toutes mes condoléances. - Je connais...

le commissaire. De réputation.

Et vous êtes ?

- Inspecteur Antoine Jouin.

- Comment vous sentez-vous ?

Etes-vous en état de répondre

à quelques questions ?

- Je ne sais pas. Je sais pas. J'ai très mal à la tête.

- Mme Steinheil a été brutalisée, ligotée,

bâillonnée par ses agresseurs.

Vous avez là le tampon d'ouate utilisé

pour la réduire au silence.

Elle a subi un choc émotionnel terrible.

- Ses jours ne sont pas en danger ?

- Non.

Je lui ai fait une piqûre d'eau de mer.

- Très bien. Dans ce cas, procédons.

Nous... - Cet interrogatoire

n'est-il pas un peu prématuré, docteur ?

Dans son état, revivre

les événements... - L'eau de mer va la soulager.

Vous pouvez aider la justice.

Nous voulons arrêter les meurtriers de votre mari

et de votre mère. Je suppose que vous aussi.

- Bien sûr.

Je vous aiderai tant que je pourrai.

- Ce n'est pas votre chambre.

- Non. C'est celle de ma fille.

Oh mon Dieu !

Marthe !

Quelqu'un l'a prévenue ? - Vous voyez bien

que c'est trop tôt. - Non, non.

Non. Je suis prête.

A parler.

Je vous dirai tout.

Il le faut.

Mais je ne veux pas

que Marthe voie ces horreurs. Je vous en supplie.

Promettez-moi qu'ils enlèveront les...

Les corps...

avant que Marthe arrive.

- Ce sera fait. Je vous donne ma parole.

- Où est votre fille, madame ?

- A notre villa de Meudon, le Vert-Logis.

Elle y est avec Maria, la gouvernante.

Nous devions

les rejoindre hier.

Mais j'y pense.

La maison.

La maison aurait dû être vide !

Ils sont venus, car ils croyaient qu'elle serait vide.

- Et... pourquoi êtes-vous restés ?

- Maman était indisposée. Elle s'est sentie mal,

dans l'après-midi, pendant la promenade.

Nous avons reporté notre départ, puis elle s'est mise au lit.

Je lui ai laissé ma chambre.

Je suis passée chez Potin prendre de quoi dîner.

Quelque chose de simple :

un homard mayonnaise, un petit cake,

quelques fruits.

- De quoi avez-vous parlé ?

- Oh, de peinture, comme d'habitude.

Mon mari projetait un nouveau vernissage.

Il s'inquiétait beaucoup de sa cote.

Musique douce

Avec cette mode des impressionnistes.

Succion

M. Steinheil ricane.

- "Je fais des petits pâtés par-ci, je te tamponne la toile par-là."

...

C'est pas de l'art.

C'est une mode,

et...

ça passera,

comme tout le reste.

Il ricane.

Mais quand ? Hein ? - Mmh...

... Mme Steinheil rit.

Après le repas, nous avons pris un grog. Et...

j'ai monté le sien à maman.

Elle se plaignait de ses varices.

Alors je lui ai frictionné les jambes avec de l'ouate.

Musique grave

...

Bonne nuit, maman.

...

Je me suis déshabillée et je suis allée me coucher.

...

- Comment va belle-maman ?

- Ca va, maman ?

- Je dors !

- Elle dort.

- Et vous, tout va bien ?

Votre intestin ne vous fait plus souffrir ?

- Non, non. Tout va bien.

- Bonne nuit. - Bonne nuit.

- Pardon, mais...

pourquoi votre intestin ?

- J'avais eu des coliques la veille.

- Jouin, n'interrompez pas Madame.

Continuez, je vous en prie.

- Je me suis endormie vers 22 h-22 h 30.

Musique grave

Grincement du sol et de la porte

...

J'ai senti quelque chose sur mon visage.

Cris étouffés

On me saisissait les poignets, les chevilles.

J'ai tenté de lutter, de crier,

mais on m'étouffait.

J'ai vu trois hommes, très grands,

et une femme rousse.

Les hommes portaient

de longues blouses noires. On aurait dit...

On aurait dit des robes.

Et des chapeaux mous. Et...

Et ils avaient des barbes.

- De longues robes noires.

Comme des soutanes ? - Oui.

Comme ces vêtements que portent les juifs.

- Des lévites. - Oui.

Des lévites.

- Ah. Ils étaient déguisés en rabbin.

- Je ne sais pas s'ils étaient déguisés.

- Et la rousse ?

- Elle était tête nue.

Elle portait un long paletot noir. Elle avait...

les cheveux rouges crépus,

les yeux noirs, le nez épaté. Elle était ignoble.

- Ont-ils parlé ?

- C'est elle qui a parlé en premier.

Elle a dit : "Pas de chiqué, salope, ou on te fait la peau.

"Ton père vend des tableaux, hein ?

"Où est l'argent ?"

C'est là que j'ai compris qu'ils me prenaient pour ma fille.

Musique grave

La rousse me questionnait.

"Crache, salope. Où est l'argent ? Où sont les bijoux ?"

Je leur ai dit

que tout était dans un meuble de la chambre.

Deux des hommes sont partis...

...

... et j'ai entendu ma mère qui criait,

qui criait : "Au secours !

"Au secours ! A l'assassin !"

Et c'est là...

que j'ai entendu minuit sonner à la pendule.

- Bien sûr, l'heure du crime. - Je crois que j'ai perdu

la tête. Je ne voyais plus rien.

J'entendais ces bruits horribles dans la chambre, dans le couloir.

Et tout à coup, le silence.

Gémissements de peur

Et la rousse :

"Tuez cette garce.

"Pas de témoin !"

Cri étouffé

Mais un homme a répondu :

"On ne tue pas les gosses."

- Cette confusion vous a sauvé la vie. C'est un miracle.

- Et ensuite ?

- Ils m'ont... bâillonnée. Ils m'ont attachée.

Ils avaient les doigts

barbouillés d'encre.

D'ailleurs, tenez, monsieur le juge,

je porte leur trace sur mon corps.

Les assassins m'ont laissé leurs empreintes.

Musique grave

...

- Le Pr Bertillon pourrait peut-être...

- Prélever un morceau de sa cuisse ?

Excellente idée ! Je vais lui proposer.

Il était minuit passé quand les criminels sont partis

en vous laissant seule sur place.

Qu'avez-vous fait ?

- Ce que j'ai fait ?

J'ai essayé de respirer. Voilà ce que j'ai fait.

J'ai perdu connaissance. Je me souviens de rien,

jusqu'à ce que le valet de chambre me délivre.

Ce brave Remy... - Je crois

que ça suffit, maintenant.

- Je vais vous demander un peu de courage.

Ces hommes, vous avez vu leurs visages ?

Vous ne les aviez jamais vus ? - Non.

Attendez !

Il y en a un assez jeune,

il ressemblait à un des modèles qui posaient pour mon mari, mais...

je ne suis pas sûre.

- Ont-ils abusé de vous, madame ?

On ne tue pas les gosses, mais... on peut s'amuser avec.

- Non.

Brouhaha

...

- Votre opinion ?

- Belles jambes. Le reste, c'est du chiqué.

- C'est elle.

Avec un complice, peut-être deux.

- Vous pensez à quelqu'un ?

- Joseph Fiersi. - Non pas lui. Pas son genre.

- J'aimerais savoir où il a passé la nuit dernière.

C'est un de vos proches. Rendez-lui une visite amicale.

Ou vous préférez qu'un autre s'en charge ?

- Je m'en occupe. - Prenez deux hommes avec vous.

- Messieurs !

Foule mécontente

...

- Inspecteur ! Joseph Hun, du "Parisien".

J'aurais une petite question pour vous.

- Antoine ! Un tuyau pour tes amis du "Matin" ?

- Interroge Cochefert.

- Crime domestique ? Pompe Funèbre ? - Cambriolage.

- Fais-moi une fleur. Je te revaudrai ça.

- Couillard, le valet de chambre, a découvert les corps.

Fais-le picoler, et il te racontera tout.

- Merci. - Et me mentionne pas.

- Tu veux pas être célèbre ?

Suis-le. Je m'occupe du valet de chambre.

- S'il vous plaît.

Je suis évidemment

dépositaire de quelques informations

que je ne puis révéler.

- OH !

- Je reste confiant dans les résultats de l'enquête.

- Ah ! Excellent !

- Et je vous réserve une surprise prochaine.

- AH !

Brouhaha

...

- Non, non, c'est terminé. On a... Non...

C'est terminé, maintenant.

Berthier !

Ah. Nous recherchons

trois hommes vêtus de longues robes noires,

accompagnés d'une rouquine aux cheveux crépus.

Quadrillage du quartier, témoignages :

vous connaissez la procédure.

Par ailleurs,

il est possible qu'un ait servi de modèle à Steinheil.

Nous allons donc devoir identifier tous les hommes

ayant posé pour Steinheil au cours des six derniers mois.

Bon courage.

Brouhaha au loin

...

- Où est ma mère ?

- A l'étage, avec son médecin.

Tout va bien. Elle va s'en sortir.

- Qu'est-ce que tu as fait ?

Musique grave

...

Gémissement de douleur

...

Conversations, téléphone

- Monsieur Labruyère !

- Quoi, encore ?

- C'est pour vous.

- Couillard ! Comme une couille.

Ca s'invente pas !

- Une autre absinthe.

- Une absinthe, oui.

"Remy Couillard, jeune homme grand, imberbe

"est au service des Steinheil depuis huit mois seulement.

"Voici son récit tel qu'il nous le fit en un café

"où des petits vieux rentiers tranquilles

"faisaient leur manille dominicale."

*- Excellent.

T'as l'étoffe d'un reporter, Marcel. Passe à la composition.

Et n'oublie pas la photo du Couillard !

- Bichon, du service politique, vous demande.

Il est en ligne avec le patron. - Evidemment.

Ils vont nous emmerder avec le Panthéon.

Foule mécontente à l'extérieur

...

- Nombreux rassemblements place Médicis.

Environ 8 000 personnes. Hostiles.

- Hou ! A bas Zola !

A mort Dreyfus ! Vive la République !

...

- Honte à la France ! Vive l'armée !

Musique grave

- Ils sont en retard.

- Les gens du cimetière m'ont prévenu.

Le cercueil était pourri.

Non présentable.

Il a fallu l'autorisation

de Mme Zola pour placer le corps dans une bière plus neuve.

Voilà la famille.

Avec Dreyfus.

- J'aimerais présenter mes hommages à Mme Zola,

mais je ne veux pas m'afficher avec Dreyfus.

Elle comprendra.

Ensuite, dispersez la foule sans ménagement.

- Pourri ! - Crève !

- Avertissez les brigades de réserve.

Je ne veux pas qu'il reste un seul rassemblement.

- A mort Dreyfus ! Vive la République !

- Je continue de penser, monsieur le directeur,

qu'il faut parler de Zola au Panthéon.

La Steinheil : page 2. - C'est du réchauffé.

Dreyfus fait chuter le tirage avec son nom.

Si on le tue à la cérémonie, là, oui.

En attendant, Pompe Funèbre, c'est plus vendeur.

Grésillements

*- Que veut le lecteur du "Matin" ?

Il prend son café et ouvre son journal.

Il veut que ça croustille, comme un bon croissant.

Il ne veut pas qu'on l'emmerde avec des histoires d'avant-hier.

Le Panthéon en page 2.

- Je ne vous retiens pas.

- J'ai promis à Mme Zola et à ses enfants que la cérémonie

et le défilé se passeraient en bon ordre,

dans la dignité et le recueillement.

J'entends respecter cette promesse.

- N'est-il pas choquant de faire défiler l'armée française

devant Dreyfus ?

- Demain, le Président et le gouvernement seront là.

L'armée défilera, comme c'est l'usage.

Quant à Dreyfus, il a une bonne raison de venir.

Emile Zola était son ami.

(- Impasse Ronsin. Deux morts.)

(Madame Steinheil va bien.)

(Cochefert et le juge aimeraient vous voir.)

Foule mécontente

Musique grave

... ...

- Parlons de la façon de suivre l'affaire Steinheil.

*- Je vous écoute. - Soit l'enquête objective,

confiance en la police.

Soit on fonce dans le tas.

On fait nos recherches. On trouve le coupable avant la police.

*- Un soupçon ?

- Elle. Bien sûr.

Cette putain a tué le Président. C'est presque une récidive.

- A bas les traîtres ! Mort à Dreyfus !

Pourri, Zola ! Pourri !

- Le jour où on la fera arrêter,

je vous garantis un million de tirages.

*- Si vous estimez que ça en vaut la peine, allez-y.

...

- Honte à la France ! - Pourri !

... ...

- Madame Fiersi.

Est-ce que Joseph est là ?

- Joseph ?

- Viens.

- T'es au courant ?

- Comme tout Paris.

Cambriolage ? - C'est ce qu'elle dit.

- C'est une coquine, personne ne la croit.

Vous cherchez le complice. En voyant les cadavres,

vous avez pensé à moi. Pas vrai ?

- Tu travailles pour Pompe Funèbre.

- Pas depuis un moment.

- Comment tu gagnes ta vie ?

- Le magasin marche bien. Les chapeaux sont à la mode.

- T'étais où, la nuit dernière ?

- Tu me demandes sérieusement ?

C'est toi qui demandes, ou Cochefert ?

- Ca fait une différence ?

- Pour moi, oui. - Alors c'est moi.

T'étais où, la nuit dernière ?

- Ici.

Avec ma femme et mes gosses.

On a mangé une blanquette. Il en reste, si tu veux.

- J'aurais préféré le théâtre avec mille témoins.

- Moi aussi, mais j'y peux quoi ?

Je suis casanier. Je me couche tôt.

- Donc t'y es pour rien ?

- Non.

- Tu me le jures ? - Oui. Je le jure.

Sur la tête de ta fille, qui est aussi ma filleule.

Mais si tu continues, je te considère plus comme un ami.

Et si Cochefert a d'autres questions, il peut venir,

au lieu d'envoyer ses garçons de courses.

Musique grave

...

- Il va falloir que tu me suives.

Quelqu'un approche.

Joseph Fiersi siffle.

...

Comme ça...

devant mes gosses.

- Tu me laisses pas le choix.

- Hier soir, vers 23 h...

il y a eu une rixe au café d'en face.

Le patron a viré deux ivrognes.

L'agent de patrouille est intervenu.

Je suis descendu voir : ces cons ont réveillé mes gosses.

Demande au café. Ils m'ont vu.

- Tu pouvais pas le dire plus tôt ?

- J'aime te faire marcher.

J'espère pour toi que c'est un cambriolage.

- Pourquoi ? - Pompe Funèbre

rencarde le préfet Lépine depuis 10 ans.

Ils sont très proches.

Entre ton juge Leydet,

habitué de l'impasse Ronsin,

et le préfet qui a une réputation à défendre...

tes patrons ont de meilleurs mobiles que moi.

...

- Vous voulez l'essayer ?

Une porte s'ouvre et quelqu'un entre.

- Si j'étais toi, je chercherais les bijoux.

- Salut, Julien.

- Bonjour.

- Interroge les Fourgues. C'est ta meilleure piste.

- Irma Barbey.

- Je connais l'adresse.

Il soupire.

Brouhaha de la rue

- Vous deux, retour à la préfecture.

Allez !

Musique grave

... ...

- Je me souviens,

vers 23 h-23 h 30, il est venu discuter avec un agent.

M. Fiersi, on le connaît, dans le quartier.

- C'est ce que je voulais savoir.

...

- Eraflure à la joue.

Et à la main gauche, blessure de défense.

Légères : il ne s'est pas beaucoup battu.

Ecchymose aux deux yeux,

assez fréquent dans les cas d'étranglement.

Le cou :

il porte la trace

de plusieurs sillons superposés et assez profonds.

Nous y prélevons quelques fibres.

A comparer avec celles de la cordelette au microscope.

Identique. C'est bien...

l'arme du crime.

Cause de la mort : strangulation.

- M. Steinheil était surtout peintre de portraits.

Sa clientèle était des plus nombreuses.

Rayez "nombreuses".

Sa clientèle était des plus prestigieuses.

Dans le quartier,

on se souvient que Félix Faure, président de la République,

vint faire dans son atelier de longues séances de poses

et qu'il devint l'ami de la famille.

- Seconde victime :

Mme Japy.

Absence de sillons sur le cou.

L'étranglement est mis en scène.

Informez Bertillon que je confirme, ça lui fera plaisir.

Ne notez pas ceci.

Un début de cyanose apparaît sur le visage.

On suppose donc une suffocation,

impression renforcée par la présence...

d'un tampon extrêmement conséquent.

Elle dégueule

de la ouate.

Ne notez pas cette phrase.

Ben...

Je retire le tampon

afin d'examiner la cavité buccale.

Viens là, toi.

Eh ben...

Ici.

Pince.

Tu...

Mais...

Et merde !

Ne notez pas, bon sang. Je dis "merde" !

Je dis "merde" !

Là,

notez.

L'asphyxie n'a pas été causée par la ouate, mais par le dentier,

que le tampon a repoussé tout au fond de la gorge,

bloquant ainsi les voies respiratoires.

Elle dormait

avec son râtelier.

- Je suis coincé à la préfecture.

L'affaire Steinheil. Cochefert distribue des corvées.

On doit interroger tous les modèles du peintre.

Ca va me prendre la nuit.

Je peux pas. La moitié de l'effectif est au Panthéon.

On est à court de bras.

Ca va, ça va.

Je suis fatigué, c'est tout.

J'ai vu le parrain d'Angel, aujourd'hui.

Dis-lui qu'il l'embrasse.

Moi aussi. A demain.

Conversations joyeuses

...

Cabinet Weidmann & Chauvin.

Je reste en ligne. Merci.

C'est moi. Ca va ?

Weidmann est là ?

*J'arrive.

Musique grave

...

Tu travailles ?

- Oui. Affaire Duchemin.

Parricide.

- Tu perds ton temps. Je l'ai arrêté.

- Je sais.

J'ai lu ton rapport.

Exemplaire.

Sauf l'orthographe.

- Georges Duchemin est un ivrogne qui a tué sa mère pour 400 francs.

Il l'a frappée, l'a étranglée, car elle bougeait encore.

Il lui a tranché la gorge.

Il a vidé son bas de laine et s'est payé des putes.

Quatre, si je me souviens bien.

Il était encore ivre, quand on l'a arrêté. Il a avoué.

J'espère qu'on le coupera en deux.

- C'est entendu. La mort pour les parricides.

Mais que fera-t-on des maris infidèles ?

Musique grave

...

- Je te promets, je vais la quitter.

- La fidélité est la vertu des chiens.

...

Musique de suspense Tic-tac

- 5 minutes avant bouclage.

Il nous faut un titre.

... ...

- "La maison de l'horreur."

- Vulgaire.

- "Pompe Funèbre à Ronsin,

"deux morts." - Jeu de mots. Trop trivial.

- "La veuve

"sanglante." - Diffamation : pas inculpée.

- "Requiem pour un artiste." - Le peintre ?

On s'en fout, de lui.

- C'était un pédéraste, paraît-il. - Encore pire. C'est répulsif.

Eh bien !

... ...

Eh bien !

- "Nuit d'épouvante, de crime...

"et de mystère."

...

- Vendu. Sonnerie

- "Nuit d'épouvante, de crime et de mystère."

Ca, c'est du titre !

- Ca manque de gros seins.

Musique de suspense

Respiration haletante de la femme

... ...

...

Gémissements de plaisir

... ...

...

... ...

...

... ...

...

... ...

...

... ...

- Viens par là, toi.

Viens.

Oh !

Qu'il est beau !

Qu'il est beau, qu'il est beau !

Petit rire du médecin

Celui-là, je le garde pour la faculté.

- Docteur ?

- Monsieur le préfet.

- J'ai lu le compte-rendu de vos 1res constatations.

- Oui.

Je... Je n'ai pas encore eu le temps...

de faire l'analyse toxicologique,

mais l'examen des organes du peintre révèle...

- La cause de la mort est évidente.

- Tout à fait : strangulation, asphyxie.

- Bien. Dans ce cas, je m'interroge sur un point de procédure.

Lorsque la cause

de la mort est évidente,

l'état de santé de la victime n'est pas nécessairement pertinent.

- Pas nécessairement, non.

Toutefois, si la victime avait le cervelet vérolé

par la syphilis, ce serait... - Intéressant

pour déterminer sa moralité et son mode de vie, sans doute.

Mais vous n'êtes pas légalement obligé de le mentionner.

- Non.

Pas légalement, non. - Bien.

- Mon éthique prof...

- Est au-dessus de tout soupçon.

Je vous remercie.

- Au vu de l'état

de son cerveau,

cet homme était fou... à lier.

- Je veux bien vous croire.

Musique de suspense

...

- Cette femme est coupable.

Tout le monde le sait.

Qu'attendez-vous pour la faire arrêter ?

- Des preuves, pour commencer.

Pas des rumeurs sans fondement.

- Le terme "fondement" est bien choisi.

Chez Steinheil, on entrait souvent par derrière.

Plus vous la couvrirez, plus on vous soupçonnera.

- Et si on l'accuse, elle parlera.

- De qui ? De ses amants ? De vous ?

Peu importe.

Elle est trop sale pour qu'on la croie.

Elle lâchera les noms qu'elle veut, le consensus sera le même.

Pompe Funèbre est une catin.

Une meurtrière.

Elle dit n'importe quoi.

- Et si elle est innocente ?

Tonnerre

La femme rit. ...

... ...

Tonnerre

Hurlements

... ...

Tonnerre et pluie

...

- Maman !

- Chut...

Il y a quelqu'un dans ma chambre.

Sanglots

Pas lourds dans l'escalier

Cris de peur

- Remy ! - Oui ?

- Fouillez la maison.

- Entendu.

- Il est ici. Il est ici. Il va nous tuer.

Tonnerre et pluie

Musique de suspense

... ...

Il est ici ! Il est ici ! Il va nous tuer !

Il va nous tuer !

... ...

Grincement et claquement de porte

- Il y a quelqu'un ?

- J'appelle un médecin.

- Reste avec moi. Reste avec moi.

- J'arrive.

Musique grave

...

- Il y a quelqu'un ?

Tonnerre

... ...

Musique de suspense

...

- Docteur Acheray ?

Venez vite. C'est maman. Elle se sent mal.

Pluie

... ...

- Il faut que je trouve un coupable.

Il faut que je trouve un coupable.

Il faut que je trouve un coupable.

...

Tonnerre

... ...

...

- "Nuit d'épouvante, de crime et de mystère !

"La veuve est-elle une survivante ou une complice ?"

Achetez "Le Matin" et vous saurez tout !

- Demain, dans "Le Matin"...

- "Nuit d'épouvante, de crime et de mystère."

Plusieurs vendeurs de journaux crient la même chose.

...

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