All language subtitles for le-plaisir-1952

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Original subtitles

Sous-titrage FR ?

On a cherché divers moyens de vous présenter trois de mes contes.

Moi, j'ai pensé que le plus simple était que je vous narre moi-même ces

histoires.

J'ai toujours aimé la nuit, les ténèbres.

Je suis ravi de vous parler dans l'obscurité, comme si j'étais assis à

côté de vous.

Et peut-être que c'est vrai.

Vous devinez mon angoisse, car ces contes sont anciens.

Et vous êtes terriblement moderne, comme on dit quand on est vivant.

Enfin, nous verrons bien.

Voici la première histoire.

Il y avait bal, ce soir-là, au Palais de la Danse.

Le formidable appel de l'orchestre, éclatant comme un orage de musique,

crevait les murs et le toit se répandait sur le quartier.

La foule entrait comme l'eau dans une vanne diffuse.

Et les habitués du lieu s'en venaient des quatre coins de Paris, gens de

toutes les classes, qui aimaient le gros plaisir tapageur, un peu crapideux,

frotté de débauche.

C'étaient des employés, des souteneurs, des filles surtout, surtout des filles.

Des filles de tout drap, depuis le coton vulgaire jusqu'à la plus fine baptiste.

Des filles riches, vieilles et diamantées qui couraient après leur

jeunesse.

Et des filles pauvres de 16 ans, pleines d'envie de faire la fête, être aux

hommes de dépenser de l'argent.

Des habits noirs, élégants, en quête de chair fraîche, de primeurs déflorées

mais savoureuses, rôdaient dans cette foule échauffée, cherchaient, semblaient

flairer.

Au milieu de cette foule, apparut un homme.

Un homme maigre, vêtu en gomme.

Il avait l'air d'une figure de cire du musée Grévin, d'une étrange et fantasque

caricature du charmant jeune homme des gravures de Moët.

dansaient avec un effort convaincu mais maladroit.

Ils semblaient rouillés à côté des autres en essayant d'imiter leurs

gambales.

Ils avaient l'air percus, lourds comme un roquet joué avec des dévriers.

Tu te laisses bien, toi ? Grande abeille, j'y vais.

Mais frousse.

Viens, vis-toi.

Tu es belle.

Il ne va pas mourir au moins ?

On a besoin de vous, docteur. Un accident.

Là-haut, à gauche.

Et vous n'avez que la seule à traverser, docteur. C'est en danse, là.

Bonsoir, docteur. Vous ne me reconnaissez pas.

L'hiver dernier, à Nîmes, au Vélion, nous avons dansé ensemble.

Et puis la foule nous a séparés.

Ah, et bien, cette fois, elle ne nous séparera pas. Venez.

Je suis ravi de vous avoir rencontré. Vous êtes ravissante.

Venez, asseyez-vous ici et attendez-moi. Vous avez soif ? Georges ! Georges ! Du

champagne, je reviens tout de suite.

Je ne peux pas, je... Enfin... Nous n'avons pas de chance avec les balles.

Je peux avoir une paire de ciseaux, s'il vous plaît ? Une paire de ciseaux, oui.

Salut, monsieur, vous avez des ciseaux ? Oui, monsieur.

Merci bien. Allez, partez-vous. Qu'est-ce qu'il y a ? Vous inquiétez

pas, ça va aller mieux.

Qu'est-ce qui m'est arrivé ? Où êtes-vous ? Je suis là.

Vous allez l'avoir tout à l'heure.

Ne touchez pas, mon Dieu.

Où habitez-vous ? Rue des Chars.

Des âmes.

Rue des âmes.

Des âmes miroles.

De l'autre côté de la rue, au bout de la rue des Poissons-de-Gueule.

Vous pourrez rentrer chez vous si vous vous mettez au lit. Ne bougez pas.

Rue des Amiraux.

... ... ...

... ... ... ... ... ...

C'était une haute maison, d'aspect pauvre.

Une de ces maisons où habite une foule d'êtres guenilleux et misérables.

Un escalier gluant.

Ah, je peux plus.

Allons, allons, encore un peu de courage, je veux bientôt arriver.

Et Primus ? Elle va attendre ? Oui, elle attendra.

C'est encore au-dessus ?

Oui, vous sonnerez deux coups.

Mais votre femme, elle doit être en train de dormir.

Non, elle a des insomnies.

Oh, mon Dieu, qu'est-ce qu'il a encore ? Ça n'est rien, ça n'est rien.

Allez, allez, allez.

Il a été pris d'une faiblesse dans un endroit public.

Dans un bal, naturellement.

Ah, vous savez ? Oh, la la, c'est pas la première fois qu'il prend un billet de

par terre.

Apporte le jibapé.

Vous me rassurez.

Entrez, monsieur.

Il n'a pas dîné pour être souple.

Et puis il a pris une absinthe.

Pour que je ne te donnie pas d'agitation.

Attends, je me jure, il y a trois marches. Ce que je me demande, c'est

pourquoi il tient tellement à dans mon cercle.

Nala,

parlons-en, oui.

Pour qu'on croit jeune sous son masque.

Pour que les femmes le prennent encore pour un godureau.

leur dire des cochonneries à l'oreille, pour se frotter à leur cou, avec toutes

leurs odeurs, leurs poudres, et toutes leurs pommes.

Monsieur... Pouvez-vous m'aider à tirer la manche, s'il vous plaît ? En haut.

C'est ça, oui, monsieur.

Merci.

Voilà.

Ah, les souliers, maintenant.

Ah, c'est plus dur, ça.

Ça y est.

Si vous croyez qu'il se dérangera tout à l'heure pour me faire une place, vous

vous trompez.

Faut que je trouve mon coin, n'importe où.

J'vous y serve.

Alors, il s'en va faire le jeune homme dans les balles.

Dans tous, monsieur.

Et il me rentre au matin devant l'état qu'on n'imagine pas.

Quel démon peut bien le pousser à ça ? C'est le regret, monsieur.

Le regret de ne plus être ce qu'il a été.

Car il aurait eu du succès, cet homme-là.

Plus que tous les ténors et tous les généraux.

Pas vrai qu'il est bien encore pour son âge.

Il a dû faire une bouillotte bien chaude.

Ça vous étonne, ce succès ? Vous ne l'avez pas connu dans ses beaux jours.

Moi, monsieur, quand je l'ai rencontré,

j'ai été prise.

Mais prise comme un poisson à une ligne.

Il a été gentil, monsieur.

Gentil à faire pleurer.

Il m'a emmenée chez lui, puis je ne l'ai plus quittée, pas un jour.

Malgré tout.

Vous êtes mariée ? Oh oui, monsieur, heureusement.

Sans ça, il y a longtemps qu'il m'aurait lâchée, comme les autres.

J'ai été sa femme et sa bonne.

Quel métier faisiez-vous ? Il était pour mes garçons chez Martel, monsieur.

Martel, le coiffeur ? Oui, celui de l'opéra. Celui qui avait toute la

clientèle des actrices.

Je suis allée faire des compresses.

Et plus huppée, je faisais coiffer par Ambroise.

Ambroise ? C'était lui, monsieur.

Ils lui ont donné des courboises. Ils m'ont fait une fortune.

Toutes ces femmes-là sont pareilles.

Quand un homme leur plaît, il faut qu'elle se l'offre.

C'est si facile.

Je l'ai attendu des soirées entières comme ça.

Il est arrivé.

L'œil brillant, leur content.

Il commence à manger, il disait.

Encore une, Denise.

Ah, quel homme.

Il avait besoin de parler, de se ventir.

Il y a des hommes à qui ces choses-là font plus de plaisir à les raconter qu'à

les faire.

Mais, on a été vous chercher, vous étiez en soirée.

Oui, c'est-à-dire que j'étais là-bas.

Ah.

Mais sans doute que vous n'êtes pas marié.

Non. Quand vous serez marié, ça changera.

J'espère.

C'est drôle, un homme. Faut que ça tourne.

Enfin, tout ça, c'était sa jeunesse maintenant.

Il a vieilli.

Ah, monsieur.

Quand j'ai vu son premier cheveu blanc, ce matin-là, j'ai fait mon ménage de bon

cœur.

Comme ça change vite, un homme.

En deux ans, on l'aurait pas reconnu. Il avait perdu sa pêcheur. Les femmes ne

recherchaient plus.

Il s'est mis à courir les balles publiques.

C'est comme une frénésie qui tient.

Oh, je vous m'appelle.

Excusez-moi, docteur, vous avez raconté tout ça, mais il y a des moments où...

Non, mais madame, vous n'excusez pas, je viens de prendre une précieuse leçon.

Monsieur le docteur, donnez-moi votre adresse et aidez-moi, madame, pour aller

vous chercher.

Je ne crois pas que ce soit quelqu'un, Bernard, qui peut vivre encore très

vieux comme ça.

Non, mais monsieur, c'est lui qui vit longtemps.

Il a une amour-dance.

Et le docteur songeait qu'il venait de voir une scène de l'éternel drame qui se

joue tous les jours, sous toutes les formes, dans tous les mondes.

Au palais de la danse.

Ne croyez pas que je n'ai écrit que des histoires tristes.

Voulez-vous maintenant une chose plus joyeuse, plus cordiale et même, disons

-le, plus gaillarde ? Un conte de fées pour grande personne ? C'est une assez

longue nouvelle qui se passe en Normandie.

Elle commence dans une petite ville, un petit port de la Manche, et dans un

quartier qui n'est pas précisément le quartier résidentiel.

Je ne sais pas si je me fais bien comprendre.

C'est l'histoire d'une maison.

Pas une maison de rapport, du moins dans le sens où on l'entend généralement.

C'était une maison, comment dirais-je, je ne voudrais pas vous choquer ni vous

effrayer, enfin, c'était une maison.

Mais c'était une maison très bien tenue.

On allait là chaque soir vers 11h, comme au café, simplement.

Ils s'y retrouvaient à 6 ou 8, toujours les mêmes, non pas des noceurs, mais des

hommes honorables, des commerçants, des jeunes gens de la ville.

Et l'on prenait sa chartreuse en luttinant quelque peu les filles ou bien

on causait sérieusement avec madame que tout le monde respectait.

Madame...

issu d'une bonne famille de paysans, avait accepté cette profession,

absolument comme elle serait devenue modiste ou lingère.

Le préjugé si violent et si vivace dans les villes n'existait pas dans la

campagne normande. Le paysan disait « c'est un bon métier » et il envoyait son

enfant tenir un harem de filles comme il l'eût envoyé diriger un pensionnat de

demoiselles.

Cette maison du reste était venue par héritage d'un oncle.

M. et Mme, autrefois auberistes, avaient immédiatement liquidé, jugeant la

nouvelle affaire plus avantageuse.

Et ils étaient arrivés un beau matin prendre la direction de l'entreprise qui

périclitaient en l'absence des patrons.

C'était de braves gens qui se firent aimer tout de suite de leur personnel et

des voisins.

Monsieur mourut d'un coup de sang deux ans plus tard.

Sa nouvelle profession l'entretenant dans la mollesse et l'immobilité, il

était devenu très gros et la santé l'avait étouffé.

La maison avait deux entrées.

À l'enconnure, une sorte de café-bain nous s'ouvrait le soir aux gens du

peuple et au matelot.

Deux personnes étaient particulièrement destinées aux besoins de cette partie de

la clientèle.

Louise, costumée en liberté et surnommée Cocotte, et Flora, en espagnol,

élite balançoire parce qu'elle se déhanchait outrageusement.

Elles avaient l'air de filles de cuisine habillées pour un carnaval. Elles

poussaient la consommation.

Elle servait avec l'aide du garçon nommé Frédéric, un grand brun, un berbe et

fort comme un bain.

Les trois autres dames formaient une sorte d'aristocratie et demeuraient

réservées à la compagnie du premier, qui se réunissait dans le salon de Jupiter.

Fernande représentait la belle blonde fille des champs.

Raphaël, une Marseillaise, jouait le rôle indispensable de la belle juive.

Rosa ne cessait de boire que pour chanter et de chanter que pour boire.

J'ai du pluie.

On va se croire.

Au-dessus de la porte, brillait une lanterne. Je m'en excuse, mais il est

impossible de vous la cacher.

Elle va d'ailleurs s'éteindre immédiatement, car il faut qu'elle ne

brille plus pour que l'histoire commence.

C'était un soir, vers la fin du mois de mai.

Le premier arrivé, M.

Poulin, marchand de bois et ancien maire, trouva la porte close.

Hé, Dubert ! Où allez-vous ? Mais là-bas, bien sûr.

Vous n'y allez donc pas, ce soir ? Ne vous dérangez pas.

La maison est clamosée.

Parceur ! Je le sais bien.

Mais je ne plaisante pas, mon bon ami.

Je peux bien y aller voir encore une fois avec vous.

Mais je vous assure que c'est fermé.

Mais oui, il y a des matelots en planète.

Il est fermé, et le café aussi.

C'est sûrement bouclé par mesure de police.

C'est des choses que je n'aurais jamais permises, du temps que j'étais maire.

Excusez-moi, monsieur, mais pouvez-vous m'expliquer pourquoi... Non, non, non.

Mais je voudrais juste... Non, non, non.

C'est comme ça que

les guerres commencent. Moi,

je n'aime pas ça.

que nous sommes, mon bon ami. Il est bien, ça n'est pas la peine.

Ce sont des gens anglais qui gagnent comme ça.

Ils ont l'habitude des coups de poing.

Il paraît que chez eux, c'est une sorte d'esprit.

Tiens, tourne-vous. Ah, oui.

Ah, mais c'est vrai que c'est le samedi.

Bonsoir, monsieur.

Bonsoir.

Ah, mon bon ami, j'ai une triste nouvelle à vous annoncer.

Nous venons d'où, vous savez ? Oui, et tout est fermé.

Mais je le sais aussi, j'y suis passé avant.

Mais alors, mon cher, sans indiscrétion, où allez-vous ? Vous connaissez un autre

lieu de réjouissance ? Hélas, non.

Je retournais là-bas, paraît-il, conscience.

Mais puisque vous me confirmez... Eh ben...

Prenons-nous.

La nuit est belle. Oui.

Tout de même, je me demande ce que votre conscience vient faire là-dedans.

Monsieur, vous oubliez que je suis marié, père de famille.

Je ne sors que le samedi.

Vous autres, les célibataires, vous avez de la chance.

Vous allez là-bas quand vous voulez. Parce que nous n'avons pas de foyer, mon

cher.

Croyez-le, la solitude est tragique.

Ah, pire.

Eh bien, promenons-nous.

La nuit est bonne.

Les trois hommes trouvèrent en route le jeune M. Philippe, fils du banquier, un

habitué, et M.

Pimpès, le percepteur.

Ils rencontrèrent encore M.

Dupuis, l'agent d'assurance.

Puis M.

Vasse. Le juge au tribunal de commerce.

Qu'est-ce qu'il y a ? C'est fermé ? Qu'est-ce qui se passe ? Quel

malheur !

Leur promenade les conduisit à la jetée.

C'est beau.

Oui.

C'est beau, cet écume sur la crête des vagues.

Oui.

Le bruit monotone de la mer.

C'est beau.

Ça n'est pas gai.

Non, certes.

Il faut que ça tombe un samedi. Hein ? C'est ton nouveau.

Ah oui ?

Et justement, j'avais si bien dîné.

J'avais mangé des cèpes.

Des cèpes ? À cette époque ? Pas de la région, alors ? Si, si, si, des

environs. Il n'y a pas de cèpes en ce moment dans les environs.

Vous n'empêchez pourtant pas que je les ai mangés.

C'est possible, mais vous ne les avez pas trouvés dans les environs.

Non, ce n'est pas moi, mais c'est ma fille aînée.

Elle a passé deux heures dans les bois pour me rapporter ces champignons.

Elle a passé deux heures dans les bois !

Qu'est-ce que vous avez ? Qu'est-ce que vous avez à ricaner ? Ma fille sait tout

de même bien ce qu'elle fait. Ah oui ? Elle va sur ses 17 ans. Je ne sais pas

sur quoi elle va, mais elle va bien.

Monsieur ! Vous croyez moi, monsieur ? Non, non, non.

Écoutez, monsieur, vous m'insultez la fille.

Et aussitôt, une nouvelle altercation s'éleva entre l'ancien maire, M. Poulin,

et l'agent d'assurance, M. Dupuis, au sujet des appointements du percepteur et

des bénéfices qu'ils pouvaient se créer.

Les propos injurieux pleuvaient des deux côtés. On en serait peut-être venu aux

voies de fait si les autres ne s'étaient interposés.

J'espère qu'il ira voir son avoué de sympa, monsieur.

Parce que ça ne se passe pas comme ça. On ne cherche pas à peine.

On ne pourra pas qu'on discute comme ça. Ça ne vaut rien.

Ça ne vaut rien ? J'étais déjà couché depuis longtemps et je ne me permettais

pas de discuter des actes toujours respectables.

Il faut l'excuser, il est jeune.

Non, je ne crois pas qu'il est jeune.

les esprits étaient aigris par l'ennui.

Et bien, pour un samedi, c'est un drôle de samedi.

Peu à peu, le calme revint sur la cité troublée.

Seul un homme errait toujours, espérant de ces quels hasards.

Mais oui, mais oui.

Fermé pour cause de première communion.

C'est que Madame avait un frère établi menuisier en leur pays natal.

Le menuisier savait sa sœur en bonne position et comme il avait une fillette

qui allait faire sa première communion, il saisit cette occasion d'un

rapprochement.

Donc, le samedi matin, le train express de 8 heures emportait Madame et ses

compagnes.

Qu'est-ce qui vous prend ? J'ai trop chaud, j'ai pas l'habitude d'être si

vêtue. Alors, habillez-vous.

Où donc vous croyez-vous ? Je me crois à chez vous.

Pas d'insolence.

C'est bien une genreur de sac.

Allons, un conflit diplomatique entre la Bolivie et le Chili.

C'est loin, ça.

On craint l'éventualité d'une guerre dans le Pacifique.

Qu'est-ce que ça veut dire, Pacifique ? Ça veut dire la paix.

Je le recontrôle.

Merci, madame.

Voilà, monsieur.

Merci, mademoiselle.

Merci, mademoiselle.

Merci, mademoiselle.

À Belleville, un couple monta.

L'homme, vieux paysan, vêtu d'une blouse bleue, des manches larges serrées aux

poignets, couvert d'un antique chapeau de forme haute.

La femme, reine, en sa toilette rustique, avait une physionomie de

poule, un mécanisme pointu comme un bec.

Surtout qu'elles ne furent plus seules dans le compartiment, ces dames prèrent

une contenance grave pour donner bonne opinion d'elles.

Ma chère, merci.

Il est en voyage.

À Paris.

Mais quelle Marie ? Voyons, cocotte... Marie ? Vous ne le connaissez pas, ma

chère.

Il a des attentions... extraordinaires.

Il m'envoie... Il m'envoie tous les jours des robes, des bijoux...

Même des fleurs.

Nous buvons du champagne à tous les repas.

Il embrasse mes mains.

Il me dit des choses... merveilleuses.

Je vous ai oubliés, malheureusement.

À Bolbec, apparu à la dernière minute, très essoufflé, un monsieur à barbe

noire avec une canne, des bagues et une chaîne en or.

Il était lourdement chargé d'une valise et de nombreux paquets.

Julien, le dentu.

Voyageur. Madame Thélié, qui est... Ces dames changent de garnison.

Monsieur, je trouve que vous pouvez être poli. Pardon.

Je voulais dire, ces dames changent de monastère.

Eh bien, on a quitté sa petite maman.

En bien connaissant, elle est un petit troubrouche.

Quoi, quoi, quoi ? Ils n'osent pas sortir de leur panier.

Ils perdent leur petite culotte.

Ils veulent toujours avoir des petits bretelles.

Ils veulent les petits bretelles.

Ils veulent pas de mes bretelles.

Faites que ces dames en veulent, hein, vos amis ? Qu'est-ce qu'on en ferait ?

Pour offrir à vos amants.

Un amant par dame, c'est le lit de cœur, bien sûr.

Le cœur n'a pas besoin de bretelles.

Vous puissiez le dire, ça.

Ça, c'est dit, ça mérite une récompense. Le cœur n'a pas besoin de promener.

Ça, c'est amusant. Attention ! Voilà la marchandise ! C'est du

jardin ! Et oui, tout en soie ! Toutes les couleurs ! Et les

bleus ! Et voici les bleus ! Et les roses, voici les roses ! Et les

rouges, voici les rouges ! Pour mes yeux les mots ! Pour tes yeux, mais pas pour

vos yeux les mots ! Ah, celles-ci ! Elles sont plus grandes ! Plus

imposantes ! C'est pour qui ? Le patronne ! Le patronne, voilà !

Ils sont venus descendir avec leurs paniers, leurs canards et leurs

parapluies.

La femme était mécontente.

Petites chattes ! Nous allons vous les essayer.

Ah oui ? Non.

Monsieur, pour la dernière fois, je vous rappelle à la décence.

Bon, alors je remballe.

Ah,

j'étais prêt à vous les offrir.

Si vous les aviez essayées. Une rose, hein ? Un taillé.

Tout en soie et de toutes les couleurs.

À l'œil.

Est-ce que vous dites ? Je dis à l'œil.

Allons. Du courage.

Oh, ça vaut le coup !

une grande charrette pleine de chaises et attelée d'un cheval blanc.

J'ai l'habitude d'avoir un chargement si précieux, moi.

C'est plutôt des planches ou vingt-deux-trois cochons, vous savez ce

que c'est.

Oh là là, si on sait.

Ah, mais j'ai dit ça sans malice, hein, parole d'honneur.

Voilà, ça y est.

Bon, eh bien, dis donc, Julien. Oui.

Tu pourrais te mettre à côté de moi.

Et moi ? Eh bien, Mme Rosin pourrait se mettre entre nous deux. Non, non, non,

non, non, non, non, pas du tout, Raphaël. Arrêtez, mettez-vous là.

Et puis Mme Fernande, là, ici. Mme Flora, derrière.

Pour équilibrer, là.

... ... ... ... ...

Des deux côtés de la route, la campagne verte se déroulait.

Les colzins en fleurs mettaient de place en place une grande nappe jaune,

ondulante, d'où s'élevait une saine et puissante odeur, une odeur pénétrante et

douce, portée très loin par le vent.

Et au milieu de ces plaines, colorées ainsi par les fleurs de la terre, la

carriole, qui paraissait porter elle-même un bouquet de fleurs aux

teintes plus ardentes, passait au trot du cheval blanc.

disparaissait derrière les grands arbres d'une ferme pour reparaître au bout du

feuillage et promener de nouveau à travers les récoltes jaunes et vertes,

piquées de rouges et de bleus, cette éclatante chartée de femmes qui fuyaient

sous le soleil.

Ah oui, c'est l'absolution, à cette heure.

Le petit n'est pas avec eux ? Constance ? Pour sûr qu'elle y est.

Moi, je dis que les enfants, il faut qu'ils aient toujours de la religion.

Ça va le temps d'en aller plus tard.

On peut la voir ? Je vais la chercher. Ah non, non, non, non, non, non, non,

non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non,

non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non,

non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non,

non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non,

non, non,

non

C'est gentil de votre part. C'est ma femme, Mme Rivet.

Mme Raphaël.

Mme Flora.

Oh, bon, c'est vous.

Mme Fernand.

Ma femme. Dis donc, dépêche-toi, parce qu'elle a faim. Je vais vous faire une

bonne omelette.

À nous deux.

quand vous n'avez une pointe pareille à la vue.

Et Mme Rosa.

Merci.

Et voilà.

Vous allez pouvoir vous mettre à l'aise, madame.

Venez, entrez.

Entrez, mesdames, entrez.

Oh, vous, les mignons ! Vous, vous ! Voyons, voyons.

Je m'attends de vous voir la fille. Vous la verrez qu'à la collation, à cette

heure.

Dis bonjour à chaque dame.

Bonjour, madame. Bonjour, ma cocotte. Comme elle est jolie.

Bonjour, madame. Comme elle est mignonne.

Bonjour, madame. Bonjour, madame.

Bonjour, madame. Bonjour, mon petit.

Comme elle ressemble à sa mère.

Bonjour, madame. Bonjour. Elle est biquette.

Voilà.

Mon petit chéri, hein ? Juliette, avancez les choses.

On voit que le commerce, il marche.

On va quand même proniquer le commerce, non ? On va parler de péché, histoire de

l'abstention.

Oh, papa le bon Dieu, il connaît bien les choses, allons.

Attention, avant que vous ayez à déchirer. Attendez, pour jeter la

bouche. Lève les bras, ma chérie. Non, mais agraffez-la, avant.

Non, mais c'est... Le pari, c'est vite.

Oh, mais dépêche-toi, non, avec tes épingles. Allez, Fernande.

La place étant restreinte, on avait pris des dispositions pour la nuit.

Rivet dormirait dans l'atelier, sur les copeaux.

Sa sœur et sa femme occuperaient la grande chambre.

À côté, Fernande et Raphaël.

Louise et Flora se trouvaient installées dans la cuisine.

Rosa devait coucher seule dans une soupente au-dessus de l'escalier.

Elle errait dans la maison sans la trouver.

Au fond du couloir.

Ce silence illimité des champs, qui semble presque religieux, enveloppait le

petit village.

Un silence tranquille, pénétrant, et large jusqu'aux astres.

Non.

Je suis toute émotionnée, moi.

Ça me donne des frissons sur la peau.

Tu crois ? Ça fait drôle.

Oui.

Tu dors pas ? Non.

Qu'est-ce que t'as ? T'as peur ? Non.

Qu'est-ce que tu écoutes ? Le silence me casse les oreilles.

Tu peux pas fermer les lèvres. Moi, j'ai le cœur chaviré.

Je peux pas dormir.

Moi non plus.

Oui, mais moi, je suis toute seule. J'ai pas l'habitude.

Tu n'as qu'à aller retrouver le menuisier.

T'es folle, moi, sourde comme ça.

C'est un portrait malheur.

Qu'est-ce que c'est ? C'est moi.

Je viens.

Qu'est-ce qu'il y a ? J'ai peur.

Peur ? J'ai peur sans maman.

Tu veux venir avec moi ? Oui, si tu veux

bien. Comme ça t'auras plus peur.

Allez.

Il n

'y

a

plus peur maintenant

Tu viens ?

Dors

bien.

Ma petite chérie.

Dès 5 heures, Allangélus.

La petite cloche de l'église, sonnant à toutes volées, réveilla ces dames qui

dormaient ordinairement leur matinée entière, seul repos des fatigues

nocturnes.

Le tintement frêle de cloches pauvres montait se perdre à travers le ciel

comme une voix trop faible, vite noyée dans l'immensité bleue.

Le soleil déjà haut rayonnait dans un ciel radieux qui gardait vers l'horizon

une teinte un peu rosée, comme une trace affaiblie de l'aurore.

Les communiants sortaient des portes.

Les parents, tenus de fête avec une physionomie gauche et ces mouvements

inhabiles des corps toujours courbés sur le travail, suivaient leur mioche.

Les petites filles, qui disparaissaient dans un nuage de tulle neigeux,

semblables à de la crème fouettée, se rangèrent sous la cornette de la bonne

sœur.

Tandis que les petits hommes, pareils à des embryons de garçons de café, la tête

encollée de pommade, marchaient les jambes écartées pour le point tâcher

leurs culottes neuves.

C'était une gloire pour une famille, quand un grand nombre de parents venus

de loin entouraient l'enfant.

Aussi le triomphe du menuisier fut-il complet.

Le régiment aîné, patron en tête, suivait Constance.

La troupe se déployait majestueusement comme un état-major en grand uniforme. L

'effet dans le village fut foudroyant.

Allez, allez,

allez !

Vous ne vous dérangez pas ? Je suis trop honoré, au contraire. Toutes ces grandes

dames qui nous apportent les parfums de la ville.

C

'est

le maire.

Oui, c'est notre maire.

Il est bel homme.

Mme Rosa, vous trouvez qu'il est bel homme, vous, notre maînée ? Oh, ça

dépend des goûts.

Je trouve que vous êtes mieux que lui.

Comme la flamèche qui jette le feu à travers un champ mûr, les larmes de Rosa

et de ses compagnes gagnèrent en un instant toute la foule.

Hommes, femmes, vieillards, jeunes gars en blouse neuve, tous

bientôt sans clotaire.

Et sur leur tête semblait planer quelque chose de surhumain, une âme.

prodigieux d'un être invisible et tout puissant.

Au revoir.

Mes chers frères, mes chères sœurs, je vous remercie du fond du cœur.

Vous venez de me donner la plus grande joie de ma vie.

Le festin était servi dans l'atelier sur de longues planches portées par des

traverses. Dans la demeure du menuisier, la gaieté gardait un certain air de

réserve, un reste de l'émotion du matin.

Rivet était en train et buvait autre mesure.

Il répétait pour la quatrième fois le même discours.

Mesdames, moi aussi je veux vous remercier. Mais vous l'avez déjà dit.

Oui, c'est fait, tu sais.

Oui, mais justement, on ne remercie jamais assez tout de suite.

Et c'est pour ça que je veux vous remercier d'être venu à notre petite

fête, comme tu dirais, intime et familiale, en somme.

Et puis d'avoir amené avec vous votre beauté.

Il faut que nous partions.

Ce n'est pas le moment.

Je vous remercie.

Je te remercie d'avoir voulu nous remercier, mais je veux qu'on prenne le

train de 4h moins 5.

Jamais ! Jamais que je serai vivant, tu prendras le train de 4h moins 5.

Parce que d'abord, après le café, il y a la rincette.

Après la rincette, il y a encore une autre petite rincette. Et puis, il y a

le souper.

Il y a des soupers, des rincettes.

Tu comprends, un jour de fermeture passe encore, mais deux, il nous pardonnerait

jamais. Non, mais écoute, donc, Julia, Julia, je te comprends pas, mais écoute,

tout de même, ben, faut que je vous remercie, quoi. Eh ben, tu nous

remercieras plus tard en attelant, là. Tiens, pendant que ces dames vont se

préparer, hein.

Je vous demande pardon ma chérie.

J'ai été la remercier, quoi. Ils ont été si gentils, tout de même.

Je m'en accueille, maintenant.

Je m'en accueille.

Hein ? Non, mais dis donc, Marie, c'était famille. Hein ? C'était

familial, quand même. Non ?

On se remit en route, comme la veille, et le petit cheval blanc repartit de son

allure vive et dansante.

Une lumière folle emplissait les champs noyés de fleurs.

Les femmes n'y résistèrent pas.

Mme Rosin, tout à l'heure, quand je suis monté dans votre chambre, j'avais bu, j

'étais un peu chaud.

Alors, il faut m'excuser pour ne pas me vouloir.

Partir, on n'aurait pas à rigoler. On ne peut pas rigoler toujours, il y a temps

pour tout.

Attention, le train ne va pas partir.

Partir à Poinçon, vous voir.

Attends, je crois que c'est de la plage.

Viens voir, Joseph.

Allez, hop.

Ah oui, mais dis-donc, moi, je suis triste de pouvoir partir.

En voiture ! Voilà ! Bon, ben dis-donc...

J'irai peut-être demain vous voir, le mois prochain. Si tu veux, mais tu ne

prends pas de bêtises.

Allez, au revoir, vieux.

Au revoir, mon oiseau.

Au revoir, mon oiseau.

Au revoir.

A bientôt.

A bientôt ma broussard ! A bientôt ma broussard !

Le même soir, la petite lanterne allumée indiquait aux passants que dans la

bergerie, le troupeau était revenu.

En un clin d'œil, la nouvelle se répandit. On ne sait comment, on ne sait

par qui.

M. Philippe, le fils du banquier, poussa même la complaisance jusqu'à prévenir

par un express M.

Tournevaux, le saleur de poissons.

Un rat, une mauvaise nouvelle ? Non, il a l'air content.

Enlevez la soucière.

J'ai bien M.

Tourneveau, le saleur de poisson ? Oui, même. Tu as une lettre pour moi, mon

gars ? Tiens.

Vas-y.

Qu'est-ce que tu fais ? Qu'est-ce que tu fais ? Tiens, lis-toi, belle.

Venez vite, navire entré au port.

chargement de l'horreur retrouvée. Voilà, voilà, elle sent tout. Elle est

mon manteau, mon chapeau. Mais tu ne m'avais pas dit qu'il y avait un avion d

'une garrée. C'est bien que je ne te confie pas mes soucis, afin de ne pas te

les faire partager.

Bonsoir. Voilà.

Allez.

C'est moi, ici.

Ma serviette.

Allez, bonsoir.

Alors, ces dames sont arrivées ? C'est pas possible, c'est vrai.

Alors, qu'est-ce que je fais ? Vas-y

!

Tourne-vous ! Vite ! Ces dames sont venues. Oui, monsieur.

La madame est là ? Elle est dans son bureau.

Ça s'est bien passé. Oui, M. Tournebourg, c'était de vrais accords.

Mme Ella. Oui, dans son bureau.

Je suis contente de vous voir.

Madame.

Entrez. M.

Tournebourg, je suis contente de vous voir.

Et moi donc, chère madame.

Que de grâce.

Je vous rends des trois mois faits ce soir.

Sinon, la semaine eût été bien sombre. Vous n'avez rien à craindre. Moi, je m

'ennuyais déjà.

Mais, où avez-vous donc emmené votre chargement ? Je veux dire, votre

troupeau charmant. Mais en pleine campagne.

Vous consentiriez ? Aujourd'hui, je veux que tout le monde soit heureux.

Non, je ne crois pas mes oreilles.

Elle s'organisait.

Elle devenait un prépal.

Une véritable fête.

Une tempête de joie naïve et légère soufflait sur la maison Tellier.

À minuit, on dansait encore.

Bien sûr, c'est lui.

Il y a 30 ans que je le connais.

Et puis... Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi il a épousé cette pauvre

femme. Que mon épouse, par bleu.

Par sottise.

Tout de même, il n'y a pas de tout de même.

On est bête parce qu'on est bête.

Pour le couple que tu vois là, l'accident s'est produit d'une façon

spéciale. La petite a risqué le tout pour le tout.

Et quand je dis risqué, qu'est-ce que j'en sais ? Qu'est-ce qu'on peut

affirmer avec les femmes ?

Elles mentent sans le savoir, sans le vouloir, sans comprendre.

Et malgré ça, elles ont une franchise de sentiments et des réactions soudaines

qui déroutent nos raisonnements et qui bouleversent notre programme.

J'ai assisté à leur première rencontre.

À ce moment, Jean Summer hésitait encore entre le paysage et la scène de genre.

Il avait horreur du nu.

Il ignorait que cette jolie fille faisait précisément métier de modèle.

Il fut subjugué par sa façon de marcher, par ce visage enfantin et sensuel, cette

élégance un peu voyante et cette taille divine.

Elle s'appelait Joséphine, ce n'était pas sa faute.

En passant par cette galerie, la petite femme ne se doutait pas que son destin

se décidait.

Et quel destin !

Il devint amoureux d'elle et s'imagina qu'il l'aimait de toute son âme.

C'est là un singulier phénomène.

Aussitôt qu'on désire une femme, on croit sincèrement qu'on ne pourra plus

se passer d'elle pendant tout le reste de sa vie.

Enfin, il crut qu'il l'aimait.

Il lui fit un tas de promesses de fidélité et il vécut complètement avec

elle.

Comment c'est fini, moi ? Idiot, je te tue ! Ça sent de mal si tu gênes ? Mais

alors je me tue ! Oui, toutes les femmes disent ça.

Moi, je le ferai ! En attendant, prépare le déjeuner.

Qu'est-ce qu'il y a aujourd'hui ? De beaux poissons.

Chique, alors ! Des gros ? Je sais pas, j'ai pas ouvert la boîte. Ah !

Des sardines !

On pourra plus digérer les saumons quand j'aurai la rosette.

C'est la vie, mon amour.

Vieillesse, c'est saumon.

Jeunesse, c'est sardine.

Est-ce que tu vas me regarder comme ça ? Je me lasse pas de te regarder.

Parce que tu es ravissante, et puis... Et puis ? Et puis, tu me plais.

Et puis tu m'aimes, j'espère.

Et puis je t'aime.

On pourrait vivre sans moi ?

Je ne crois pas.

Il faut en être sûr.

J'en suis sûr.

J'adore tes gestes.

Tu as une grâce extraordinaire dans les gestes les plus ordinaires.

Quand tu te penches vers moi, quand tu montes en voiture, quand tu lèves le

bras, quand tu me tends la main...

Tu manges des sardines.

J'ai jamais vu personne manger des sardines comme toi.

Pendant trois mois, Jean ne s'aperçut point qu'au fond, Joséphine ressemblait

à tous les modèles.

D'autre part, sa nouvelle manière de peindre lui réussissait.

J'achète le 8. Le 8, s'il vous plaît.

Monsieur, le monde.

Félicitations, ça y est, vendu. Ah, c'est vendu ! Merci, merci.

Il est vendu ! Non ! Il est vendu ! Ah, monsieur ! C

'est ce qu'on va faire.

On va nouer une maison à la campagne.

C'est vraiment une belle maison.

Mais... Pas neuve, une vieille maison de paysans, qu'on va transformer bien

tranquillement. Ça coûte cher, tu sais. Ça fait rien, on se débrouillera.

Puis alors, des arbres, mais tu sais, je vois un arbre, un arbre foudroyé, tu

sais, un arbre foudroyé. Mais c'est pas comme ça, un arbre foudroyé, c'est comme

ça. C'est là-bas, en ma présence, qu'éclata la première scène.

On sait fort bien que la chose vous est déjà arrivée, que le dégoût a toujours

suivi la possession qu'il faut pour pouvoir user son existence à côté d'un

autre être.

Non pas un brutal appétit physique bien vite éteint, mais une incordance d'âme,

de tempérament et d'humeur.

Nous marchions tous les trois dans la forêt.

Et nous nous taisions, pénétrés par la sereine fraîcheur du feu qui semble

traverser le corps, le pénétrer, baigner l'esprit et le tremper de bonheur.

Tout à coup, Joséphine poussa un clé.

Tu as vu le gros poisson qui est sauté là-bas ? Oui, oui, j'ai vu.

Tu n'as pas vu qu'il y avait le dos tourné ? C'est vrai, il fait si bon que

je ne pense à rien.

Alors, il ne faut pas dire que tu l'as vu.

Tu vas à Paris demain ? Je ne sais pas encore.

Tu crois que c'est drôle ta promenade sans regarder ? On parle quand on n'est

pas bête.

Et vous ? Ça repose. On parle tellement que rien dans la vie.

C'est pour moi que vous dites ça ? Pas spécialement, ma petite. C'est pour tout

le monde.

Oh,

écoutez-toi, je t'en prie.

Pourquoi ? Ça te gêne ? Oui. Tu nous gâtes le paysage.

Quoi ? Tu n'as pas toujours dit ça, espèce de muf ! Alors la scène arriva,

la scène odieuse, imbécile, avec les reproches inattendus, les récriminations

intempestives, puis les larmes. Tout y passe.

Et trois mois plus tard, ils se débattaient éperdument dans ces liens

invincibles et invisibles dont une habitude pareille enlace notre vie.

C'est à cette heure-ci que tu rentres ?

qui nous plaignent.

Et moi, pendant ce temps-là, je prépare ton dîner et j'attends ton bon plaisir.

Peux-tu me vendre ta domestique ? Ça te plaît pas, c'est facile.

Oh oui, si tu voudrais que je m'en aille.

Ils se querelaient du matin au soir, s'injuriaient et se battaient.

Tu ne sortiras pas.

Tu ne sortiras pas.

Elle veut travailler.

Elle aime que le travail.

Bon.

Il a besoin de plus en plus d'argent.

Il est bien pris.

C'est peut-être pour un cadeau de rupture.

Ça m'étonnerait. Les peintres ne savent pas rompre.

Ah, ça y est. Vous ne voyez pas ? Oui.

Bravo.

Je ne pouvais pas la chasser, tu comprends.

Tu sais que tu me rends un grand servi, si on a quelqu'un chez toi ? Naturel,

mon Dieu.

Si tu ne me gênes pas, je ne te gênerai pas.

On va bien s'arranger.

Qu'est-ce que tu veux qu'elle fasse ? Pose ton bordel là où tu veux.

Tu l'oublieras, tu l'oublieras aussi.

Je vais t'installer ton lit, là, près de la fenêtre.

Non, non, là, ne te range pas.

Ce n'est pas ta faute s'il est devenu odieux.

C'est peut-être moi qui suis devenu odieux le premier.

Alors c'est toi qui en avez assez.

Tu sais, quand ça commence à finir...

Je m'étais peut-être trompé.

Est-ce par amour ? Est-ce par orgueil ? Elle le cherchait partout.

Personne ne l'avait vue.

Elle l'attendait toutes les nuits.

Un soir, vers 9 heures...

Jean était en train de travailler.

Il se croyait libéré.

C'était elle, non ?

Je l'ai fini. Je ne crois pas qu'il soit là. J'aurais dû me douter qu'il était

ici.

Vous m'avez toujours détestée.

Je ne veux pas de ton argent.

Ni de ta lettre.

C'est pas moi qui suis allée te chercher.

Tu m'as suppliée, tu m'as prise.

Et bien maintenant, garde-moi.

Tu vas tout de même pas t'imposer jusqu'à ma mort, non ?

Laisse

-moi lui parler, je vais lui expliquer.

Il faut

pas

prendre un vieux tragique. Ça sert à rien du tout.

Il vous aime toujours ?

C'est l'histoire classique.

Sa famille veut le marier.

Il est bien obligé de venir.

Est-ce que vous comprenez maintenant ? Je comprends

très bien.

Alors, pas de drame.

Pour moi, je n'entends rien.

Il me dit que tu vas te marier.

Oui.

Si tu te maries, je me tue.

Je te jure que si tu te maries, je me tue.

Eh bien, tue-toi.

Tu as tort de me défier, Jean.

Je me jetterai par la fenêtre.

C'est là-haut.

Là-haut !

Quand on l'a rapporté, les deux jambes brisées, j'ai cru qu'il allait devenir

foudre mort.

Voulait-il réparer dans la mesure du possible, ou bien fut-il touché par ce

geste insensé ? Il l'épousa.

Mais comme la vie était finie pour lui,

il ne lui resta plus qu'à travailler.

Voilà toute l'histoire.

Il ne le salue pas ? Il ne m'a pas pardonné mon intervention, il a eu tort.

Il a trouvé l'amour, la gloire, la fortune.

Est-ce que ce n'est pas le bonheur ? Peut-être qu'il m'avouera que tout cela

est bien triste.

Mais mon cher, le bonheur n'est pas gai.

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