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Répète, mon chéri. Gare du Nord ? À quelle heure ?
8 h ? 8h19.
Bon, d'accord. Oui.
Mon petit cousin ?
Il est là -haut. Il finit le déménagement.
Il est au premier.
Il est en train de boucler la dernière valise.
On nous prĂŞte l'ancien bistrot de Marinette.
Il paraît qu'après ça va devenir une galerie de peinture.
Écoute, on peut bien habiter là un moment.
Quoi ?
Où en sont les amours de Léon ?
Ça, c'est autre chose.
Je t'aime, je t'adore.
À ce soir, mon chéri.
T'en fais une gueule, merde.
- Je fais la gueule ? - Oui, tu fais la gueule.
On était mieux au premier, quand même.
Oui, mais ils ont vendu,
qu'est-ce que tu veux ?
Une minute plus tard, Léon, vous étiez en retard.
- Bonjour. - Bonjour, Doudou.
- Bonjour, Roméo. - Bonjour.
Salut, Léon.
Salut, Léon.
Léon.
Bonjour, M. Albert.
Bonjour, Mme Valentine. Un sauna.
Comme d'habitude.
Léon.
- 70, 80, 90 ? - 100.
Un sauna et un shampoing, s'il vous plaît.
- On la lui laisse ? - Allez.
Ă€ toi de jouer, tombeur.
Par ici.
Vous vous appelez comment ?
Je vous en prie, pas de familiarité.
Je sais pas pourquoi t'es mon pote,
mais t'es mon pote.
Je sens que t'as de l'avenir.
Attends-moi, Édouard.
Léon.
Josette.
Où tu l'as trouvé, ce petit-là ?
Ce petit-là , c'est mon pote, Léon.
Des poules comme toi, j'en larguerais dix pour un Léon.
Tiens, donne de la friture Ă mon pote.
Quoi de neuf, mon loulou ?
- Je m'emmerde. - Trouve-toi une poule.
J'en ai trouvé une.
Et elle s'appelle comment, cette nana ?
Pas de familiarité, s'il vous plaît.
C'est un joli nom, ça.
Elle est gironde au moins ?
- Oui, elle est gironde. - Hein ?
T'as déjà fait quelque chose avec elle ?
Je l'ai regardée.
C'est génial, ça. C'est un peu léger.
Tu sais, mon pote,
les femmes, elles aiment pas les timides.
- Je sais. - Mets-toi Ă leur place.
C'est difficile.
Difficile, c'est pas français. Courage.
Il y en a qui se fatiguent pas pour gagner leur fric.
Cause toujours, laborieux.
Merci.
Il paraît que tu habites en face, au café, chez Marinette ?
Oui.
Bon, allez, salut.
Salut.
Pas mauvais.
Lili.
Lili.
- Bonjour, Valentine. - Bonjour.
- Comment allez-vous ? - Bien, je vous remercie.
Une douche, s'il vous plaît.
Tiens, vous ĂŞtes nouveau, vous ?
Ça fait 12 ans que je suis là .
Ah bon ?
Lili.
Merde, c'est dimanche.
- Lili. - Ouais.
Salut.
Salut.
Qu'est-ce qu'il y a, tu sors, ce soir ?
Non, on sort ce soir.
Léon, tu te rends compte ?
Je me rends compte de quoi ?
Du travail.
Quel travail ?
C'est pas dur, leur truc.
Vous vous appelez comment ?
La familiarité, Léon. Non. Roméo.
Marie.
Je serai prĂŞte dans une demi-heure.
D'accord.
Merci.
C'est bon.
Les deux coudes, le poignet.
Et ça. Vous allez recommencer.
Et je vous vois de face.
C'est bon.
Vous désirez ?
Qu'est-ce qui vous ferait plaisir ?
C'est pour apprendre Ă danser.
Mais oui. Venez vous asseoir près de moi.
N'ayez pas peur.
Que vous êtes timide ! Un si gentil garçon,
comme vous, vous êtes si timide que ça ?
Asseyez-vous près de moi.
Vous savez, j'ai encore mangé personne à Paris.
Alors, qu'est-ce qui vous ferait plaisir ?
Quelle danse vous intéresse ?
C'est le tango.
Le tango ? C'est merveilleux.
Vous voulez danser pour votre plaisir
ou vous voulez danser pour faire...
- Je sais pas encore. - Vous ne savez pas ?
- Je peux aller voir ? - Oui, allez-y.
- Merci, madame. - N'ayez pas peur. Allez-y.
Pendant ce temps, je prépare votre carte.
Oui.
Assez pour aujourd'hui. Merci.
Excuse-moi.
Mais qu'est-ce que tu fous lĂ , toi ?
- Et toi ? Tu m'avais pas dit que... - Toi non plus.
Écoute, je viens de m'inscrire.
Mme Rosy.
Je vais te pistonner, mon pote.
Mme Rosy, c'est Léon, mon vieux copain.
J'ai jamais vu un type aussi doué.
Il exagère, madame.
Allez, tu vas montrer Ă Mme Rosy ce que tu sais faire.
- Je sais rien faire. - Allez.
- Tu déconnes ou quoi ? - Mais si.
- Allez, vas-y. - Venez avec moi.
Faites-moi voir ça. Soyez gentil.
Bien. Mais ce n'est pas du tango, ça.
VoilĂ du tango.
Salut.
Salut.
Alors, les gamines, ça va ?
- Ça va. - Ça va.
- On monte ? - Je ne suis pas libre.
Alors, qu'est-ce que tu fais lĂ ?
T'occupe.
J'aime pas les petits.
C'est pourtant toi que je préfère.
T'as de l'argent ?
Léon, mon petit Léon.
Je ne suis pas votre petit Léon.
Mais si, mon petit Léon.
Mais non, je vous dis.
Tu sais que j'ai maigri ?
Ah oui ?
Tu me prépares un thé ?
Un thé nature, au lait ou citron ?
Nature, mon chéri. Nature.
Mme Lamour ?
Si je vous disais : "Mme Lamour,
"je vous aime", vous me croiriez ?
Oui.
C'est marrant, cette phrase-là , ça marche toujours.
Tu la dis souvent ?
Non, justement, j'ose pas.
Avec moi, tu peux.
Bon, Mme Lamour,
je vous aime.
- Mme Lamour. - Oui.
Vous êtes très en forme, mais...
Mais quoi ?
Vous lisez pas de trop, vous, par hasard, Mme Lamour ?
Pourquoi ?
Parce qu'il y en a, quand ils lisent, c'est...
Mon petit lapin, tu serais pas en train de me dire
que je suis trop vieille pour toi ?
- Non, c'est pas ça. - Alors quoi ?
Ah ben, voilĂ , 57.
Pas de problème.
Ă€ 55, on fait l'amour.
Attention, redressez-vous. La tĂŞte Ă gauche.
Soyez souriant. Ne regardez pas par terre.
Levez bien vos bras. Nous allons commencer.
Vous partez du pied droit en avant en attaquant du talon.
Mettez votre corps au-dessus. Doucement. Pied gauche en avant.
Le corps dessus. Pied droit de côté droit.
Pied gauche en arrière. Très petit. Non, c'est trop grand.
Redressez-vous. Le poids du corps dessus. VoilĂ .
Je vous raccompagne ?
Ah non, je ne danserai plus jamais avec vous.
Léon, tu as encore des progrès à faire.
À toi, Léon.
Slow, quick, quick.
Quick, quick.
Slow. Slow.
Slow, quick, slow.
Slow, quick, quick, slow.
Quick, quick, quick, quick.
Slow. Slow.
Slow, quick, quick, slow.
Slow, quick, quick, slow.
- Comment tu me trouves ? - Pas mal.
Accroche-toi, Léon. Tiens bon la barre, matelot.
Slow, quick, quick, slow.
Regarde, j'ai appris ça aussi.
Slow, quick, quick, slow.
Quick, quick, quick, quick, slow, slow.
À toi, Léon.
Slow, quick, slow. Slow back.
Quick, quick, quick, pause.
- Comment on fait ce pas ? - Après le déboité.
Comment ?
- Bon, tu es en déboité. - Oui.
Slow, quick, quick, dip.
- En arrière. - D'accord.
On peut faire ça ?
Oui.
- Tout de suite en déboité ? - Oui, en déboité.
Quick, quick, quick, quick.
- Ici ? - C'est ça, parfait.
Ça va, M. Georges ?
Traîne un peu sur les slow.
Un peu plus lent sur les slow ?
Traîne sur les slow.
Quick, quick, slow, slow.
Un pas de côté. Link.
Promenade, link. Followay.
Slow, quick.
Chassé à droite.
Quick, quick, sidefoot.
Chassé à gauche.
Contre-check.
- Avec moi ? - Oui, tous les deux.
Un pas de marche.
Progressive link.
Promenade link. Followay.
Pivot. Chassé à droite.
Side foot.
Mme Valentine.
Lève-toi.
Et alors, Doudou, Roméo ?
Licenciés.
Tant mieux, c'était des cons.
Non, Léon, compressions budgétaires.
Et alors ?
T'es pas le meilleur, mais t'es le moins cher.
- Merci, madame. - Et le plus honnĂŞte.
Merci, madame.
J'ai un Brésilien qui m'emmène aux Caraïbes.
Ça pourrait pas être moi ?
Tu sais danser la bossa nova ?
Le tango.
Alors, tu restes ici.
Merci, madame.
Je te paierai plus cher.
Merci, madame. J'aurai mon casier ?
Oui, Léon.
Il y a quelqu'un ?
Un sauna et un shampoing, s'il vous plaît.
Camomille, camphre ou souffre ?
Souffre.
Et une brosse Ă dents et un tube de dentifrice.
Pardon ?
Une brosse Ă dents et un tube de dentifrice.
Merci, Lulu.
- Et en rythme, s'il vous plaît. - Oui, patron.
Quick, quick, slow.
Quick, quick, slow.
Quick, quick, slow.
Quick, quick, slow.
- Vous vous appelez comment ? - Dolly.
- Bonsoir, Lili. - Bonsoir, Léon.
Quand est-ce qu'on s'aimera ?
- Pas aujourd'hui, Léon. - Demain ?
Pas demain. Pas après-demain.
Pas samedi. Pas dimanche.
Lundi ?
Salut, Léon.
J'ai un petit coup de pompe.
Je peux me reposer cinq minutes ?
- Fumée ? - Oui.
J'ai envie, mais j'ai pas d'argent.
Dommage.
- Fumée. - Ouais.
Si c'était à l'œil ?
Mon œil. Non, mais pour qui tu me prends ?
- Léon. - C'est moi.
Des fois, c'est gratis.
Mais faut me séduire.
Le baratin ?
T'es chouette, t'es bien roulée.
Ça me fait des frissons presque partout.
Tes yeux sont beaux.
Ta peau,
ça doit être quelque chose.
Il est pas beau, mon baratin ?
Si, mais c'est pas ça qui me fait fondre.
- C'est quoi, alors ? - J'en sais rien, moi.
C'est des mecs pas ordinaires.
Tu sais, des types qui me font un baratin comme ça,
j'en vois tous les jours.
Ce que j'aime, c'est les gens qui ont quelque chose de spécial.
De bien Ă eux. Tu comprends ?
J'ai rien Ă moi, moi.
Ah si, j'ai ça.
Le tango, ça, je connais. Et j'aime.
Slow, quick, quick, slow. Slow, quick, quick, slow. Slow.
Ben, alors, tu sais ou tu sais pas ? Viens.
Viens danser le tango.
Allez, danse.
Alors ? Pense Ă l'amour.
Ferme les yeux.
Léon, t'es le meilleur.
T'es le meilleur, mais tu fais ça façon musette.
Tu connais la façon argentine ?
Je la connais, mais je l'aime pas.
- Je ne la connais pas. - Apprends-la, c'est plus sexe.
On dansera plus ?
Je sais pas.
Salut, Léon.
Sois pas triste, mon loulou.
Je lui ai dit : "T'es chouette, bien roulée.
"J'en ai des frissons presque partout.
"Ça me fait des trucs que je peux pas dire.
"Tes yeux sont beaux. Ta peau, ça doit être quelque chose."
Après, elle me dit : "Pense à l'amour, c'est malin.
"C'est mou.
"Apprends la manière argentine.
"C'est plus sexe."
Tu vois que ça marche avec toi. Lili ?
Mais ton tango, il me fait rien du tout.
Tu mens.
Non.
Je te rappelle que t'as rendez-vous dans cinq minutes
avec ton professeur.
Je sais, mais je ne sais plus.
Je t'accompagne ? Je suis pas ton manager ?
Slow, quick, quick, slow.
Terminé pour aujourd'hui. Merci.
Essaye d'être aussi bon que moi, bourreau des cœurs.
J'ai plus de partenaire.
J'ai voulu la draguer et elle m'a foutu une baffe.
C'est pas un problème.
Je ne veux pas danser façon musette, je veux façon argentine.
Il y a plus de façon argentine.
- Il y a plus de façon argentine ? - Non.
Le tango a évolué, techniques nouvelles.
Il est beau.
Mais surtout avec ça, il faut danser.
- Avec quoi ? - Avec ça.
Et parfois, ça vient d'un seul coup.
Léon, ferme tes yeux.
Vas-y.
Lili.
Ouais.
Va me chercher Fumée.
Fumée, s'il te plaît.
Il ne m'a pas dit ce qu'il voulait. Il voulait te voir.
Je ne t'ai pas trop manqué ces derniers temps ?
Ça va ?
Ne bougez pas.
Qu'est-ce que vous en pensez, M. Georges ?
Vous irez très loin.
Photo.
La vie est belle. Danser.
Cadeau de la maison.
Tu m'amènes un shampoing ?
Tu veux aussi que je t'emmène le maire ?
Léon, viens me voir.
Quoi ?
J'ai pas mes lunettes. Dis-moi combien je pèse.
Je sais pas lire.
Combien, Léon ?
Tu aimes les mauvaises nouvelles ?
Léon, combien ?
Mince, alors, si je peux dire.
Léon.
Je sais pas lire.
Attention, Léon, tu fais pas le poids, hein ?
Lequel, le vĂ´tre ?
Léon.
Regarde.
55.
55 quoi ?
Tu sais ce qui se passe Ă 55 ?
Non, je sais pas ce qui se passe Ă 55.
Menteur.
Ă€ 55, on fait l'amour.
Ici ? Il faut rigoler, faut rigoler.
Je peux pas, Mme Lamour.
- Pourquoi ? - J'en sors.
Alors, tu m'as trompé ?
Oui, deux fois, avec une fille comme ça.
Léon, moi qui te croyais pur et innocent,
comme un enfant qui vient de naître.
La chair est faible.
Léon, j'avais tant d'espoir.
Comme je vous comprends.
Un bain.
Pourquoi, ta baignoire est en panne ?
Exact.
On se marie quand ?
Quand tu auras changé de métier.
- Quoi, tu rigoles ? - Non.
- Tu viens habiter chez moi ? - Non.
Alors, adieu.
Narcisse.
Tu ne veux pas ton thé ?
Mais si.
Léon, viens voir.
Moi, Robert Pottier, dit Ramon le Gominé, te dis salut.
Salut.
- Le tango, ça va ? - Ça va.
- Les filles, ça va ? - Ça va.
- Le tango et les filles, ça va ? - Ça va.
Le tango, les filles, la santé, ça va ?
Ça va.
Le tango, les filles, la santé, la famille, ça va ?
Non, la famille, j'en ai pas.
Excuse-moi.
Mais non, c'est zéro, ton oversway. Un oversway, c'est dans le velours.
Comme ça. Toi, tu te casses la gueule. Salut.
Je prendrai un centimètre, là ,
car je me sens pas très bien.
Un centimètre.
Ça me semble un peu serré.
Peut-être les épaulettes, non ?
Normal.
On ne peut pas les enlever, non ?
Non, ça va.
Renforcer peut-ĂŞtre un peu ici, non ?
Faut voir.
Ça, un peu large, non ? Qu'est-ce que vous en pensez ?
Un centimètre, peut-être ?
Alors, peut-être prendre un centimètre là , non ?
Non, à cause de la ceinture, ça ira.
- Alors là , je sais pas, c'est... - Élargir un peu, oui.
Bon, ben.
- Tout va bien. - Ça va, ma biche.
Ce soir, pour votre première compétition,
ne pensez pas Ă la victoire et ne pensez pas Ă la danse.
Oubliez tout, si vous le pouvez,
quand vous danserez.
Soyez heureux tout simplement de danser et vous vaincrez.
Bonne chance, mes enfants.
Sont déclarés vainqueurs
des championnats de tango du 20e arrondissement,
Léon et Fumée.
Ils ont bien mérité des applaudissements.
Nous leur souhaitons tous une brillante carrière.
On se marie demain ?
Change d'abord de métier.
Qu'est-ce qu'il a, mon métier ?
Qu'est-ce que tu mets sur ton passeport ?
J'en ai pas,
mais si j'en avais un, je mettrais "garçon de bain, douche, sauna".
C'est un métier, ça ? Non, c'est pas un métier.
Et toi, comment il s'appelle, ton métier ?
Tu veux que je le dise Ă tout le monde ?
Il en a des noms, ton métier.
Non, mais dis, tu peux pas la mettre en sourdine ?
D'ailleurs, c'est pas le métier qui compte.
C'est l'amour.
C'est l'amour, l'important.
Alors, change de métier. Salut.
Tiens.
Fille de joie. C'est gai, comme métier ?
Plus gai que garçon de bain, douche, sauna et plus rentable.
On fĂŞte pas la victoire
avec champagne et tout, et tout, et tout ?
J'ai mon rencard du samedi. Salut.
Le tango, c'est bien, mais ça nourrit pas son homme.
Il paraît que tu t'es inscrit au championnat d'Île-de-France ?
- Oui. - Moi aussi.
Écoute.
Je révise.
Que le meilleur gagne.
Salut, Léon.
Pastis du matin, chagrin.
Pastis du soir, espoir.
- Salut. - Salut.
Salut.
Fumée est retenue par un Chinois.
- Un Chinois ? - Oui.
Elle m'a demandé de la remplacer.
De la remplacer
- pour tout ? - Non, mon chéri.
Seulement pour ta répétition.
Moi aussi, je connais le tango.
T'es chouette, bien roulée.
J'ai des frissons, moi, presque partout.
Bon anniversaire, Léon.
On se déshabille ?
Moi ? Non.
Alors, moi non plus.
Bon, on fait ça à pile ou face ?
Oui.
Moi, je prends face.
Il me reste pile.
Pile.
Bravo.
Ça porte bonheur. On va voir.
Ça te fait rire ?
Bonsoir, ma chérie.
Bonsoir.
Je te le laisse.
Écoute, Léon, j'ai repensé à ce que dit Georges.
On danse pas très bien ces temps derniers.
Si ça continue comme ça, demain, c'est le bide.
J'ai 33 ans, c'est mon anniversaire aujourd'hui.
C'est ton anniversaire aujourd'hui et notre fĂŞte demain.
Bravo, Léon.
Robert Pottier.
C'est moi.
Tu devrais changer ta brillantine.
Tu veux que je te dise ?
Un type comme toi, c'est comme la mort,
ça devrait pas exister.
Mes chers amis,
maintenant, place au tango.
Et tous les candidats qui participent Ă cette grande finale
des championnats d'ĂŽle-de-France de tango
vont avoir la gentillesse de venir sur la piste.
Ă€ vous, candidates et candidats, pour ce championnat d'ĂŽle-de-France.
Et voici maintenant les résultats.
Le nom des vainqueurs de cette grande compétition,
ceux qui représenteront l'Île-de-France
aux championnats nationaux de tango,
j'ai nommé Léon et Fumée.
Léon et Fumée, vainqueurs devant Ramon et Rosita.
Mais vous ĂŞtes en deuil, Mme Lamour ?
Tu es mort, pour moi, Léon.
Je suis mort pour vous ?
Je vois un cadavre dans tes yeux.
Un cadavre ?
Celui de notre amour.
Vous n'ĂŞtes pas gaie, ce matin.
Non, Léon.
Bonjour, Mme Lamour.
Bonjour, Valentine. Un sauna.
Bonjour, Mme Valentine.
C'était bien les Caraïbes ?
Tu es en retard, Léon.
C'était beau, votre voyage, la mer,
- les bateaux ? - T'occupe, Léon.
Au travail.
Allez, au travail.
Vous ne voulez pas prendre votre sauna ?
Non, pas moi.
Mais qui alors ?
Ma fille, qui n'a plus de père et qui va arriver.
Qui n'a plus de père et qui va arriver ?
Elle n'a plus que moi.
Et toi, Léon ?
Moi ?
Elle est vierge.
Vous n'allez pas remettre ça, Mme Lamour.
Alors, après moi, c'est non à ma fille aussi ?
Boldine, Léon.
Vous dansez le tango ?
Non, pourquoi ?
Elle ne danse pas le tango.
Elle peut apprendre.
- Moi aussi, d'ailleurs. - Surtout pas.
Alors...
Salut, Léon.
Je te connais, mais je te reconnais pas.
T'as deux minutes pour moi ?
J'ai toute la vie.
Tout de suite ?
Dans deux minutes.
Non, mais dis donc, tu as l'air très occupé.
C'est exact.
C'est incroyable, je ne peux plus te voir tout seul. Merde.
Mme Lamour, Fumée.
Fumée, Boldine.
C'est bien pour vous faire plaisir.
Mme Lamour, votre fille est exceptionnelle.
Merci, Léon.
Mais c'est toi que j'aime.
Tu crois m'avoir comme ça ?
J'en sais rien moi, j'essaye. Ce soir, tu dors avec moi ?
Dormir chez un type qui me trompe ? Non, mais tu rĂŞves.
Je rĂŞve, moi ?
Vous ĂŞtes libre, ce soir ?
Pas ce soir, j'ai ma chorale.
- Mais demain soir. - Oui, maman.
VoilĂ , elles, au moins, elles sont simples.
Adieu, Léon.
Vous avez perdu votre pantalon.
J'étais parti pour jouer au bowling,
et cette conne de boule est restée coincée.
Et puis mes clés sont dans ma poche droite,
et ma main droite ne peut pas rentrer dans ma poche droite.
Alors, j'ai pensé qu'en baissant mon pantalon,
ma main gauche pourrait rentrer dans ma poche droite.
Mais j'ai pas eu le temps parce que vous êtes arrivée.
Qu'est-ce que vous faites dans la vie ?
J'apprends le français.
Je vous ai vu danser le tango à la télé.
Danser le tango comme vous, c'est vraiment marrant.
Je prends la clé ?
Oui.
Je remonte votre pantalon ?
OK.
Slow, quick, quick, slow.
Slow, quick, quick, slow.
Un, deux, trois, quatre,
cinq, six.
Slow.
Slow. Un, deux, trois.
Slow, slow, slow, slow.
VoilĂ , c'est facile.
C'est facile si on est doué.
Ne vous inquiétez pas, elle, c'est une pute.
Ah oui ?
On se reverra.
Tu arrives toujours au bon moment.
On dit pas de sa femme que c'est une pute.
MĂŞme si c'est vrai.
D'abord, t'es pas ma femme.
Il paraît que t'as pris un abonnement avec Pierrette ?
J'ai pas pris un abonnement avec Pierrette,
j'ai deux tickets tarif réduit.
Qu'est-ce que t'as lĂ ?
- Ma boule. - Tu la lâches jamais ?
Fumée.
- J'ai envie. - De quoi ?
- De... - Danser ?
C'est ça, de danser.
Ă€ tout Ă l'heure, chez Georges et Rosy.
Merde.
Merde, la glace.
Avec ça, Mme Rosy,
mon petit rondé final, il est foutu.
Mais non, mon petit Léon, cette boule n'existe pas.
C'est un rĂŞve que tu fais.
Capricorne ou Taureau,
signe d'eau ou signe de feu ?
Alors ? J'attends, moi. On y va ?
Avec elle ?
Bah, quoi ?
Il y a quelqu'un que ma boule fait rire ?
Parce que celui-là , je voudrais le féliciter.
Parce que c'est vraiment marrant.
Ça va pas, non ?
Excusez-moi, monsieur Georges.
Excuse-moi, j'étais sur un coup.
Mettez un peu plus de cœur dans votre tango.
Le championnat de France est pour demain et non dans six mois.
Et toi ?
Ça te viendrait pas à l'idée ?
Quoi, mon chou ?
Je sais pas, changer de métier ?
Quoi ?
Bon, ça va, j'ai rien dit.
Et comment je gagnerai ma vie, hein ?
Disons que je serai ton unique client.
Tu parles d'une affaire.
Fumée.
Fumée.
Je sens que je vais me fâcher.
Vivre d'amour et d'eau fraîche ?
Non.
Un, deuxième.
Partez.
Léon,
vous ĂŞtes heureux ?
La malédiction, c'est fini.
Oui, c'est fini.
Mais j'ai peur.
Peur de quoi ?
Ma gueule.
Quoi, "ma gueule" ?
Mais il n'a rien.
Mon profil.
Léon.
Vous avez le profil de Louis XIV.
- Louis XIV ? - Oui.
Le Louis XIV du tango.
- Ah bon ? - Oh oui.
- Oui ? - Oui.
En tout cas, je danse.
Je danse le tango.
N'empĂŞche que...
Hein ?
J'ai la trouille.
À l'école,
j'étais toujours le premier
à côté de la porte.
En cas d'incendie.
Je sais pas si vous me suivez.
Dans le tango, tout de suite.
Et si j'étais seul de nouveau ?
Chagrin d'amour.
Mon maître,
il m'a toujours dit :
"Tout pour la danse."
Il faut danser.
Il faut danser.
Il faut rĂŞver aussi.
Il faut rĂŞver, toujours.
Et pour moi, d'ĂŞtre sur une piste de danse
et de danser encore.
Et que ça ne s'arrête jamais.
Eh ben, dis donc, hein ?
Mais qu'est-ce que t'as ?
Je ne crois plus au tango.
Tu n'y crois plus ?
J'y crois plus.
Mais Ă quoi tu crois plus ?
Ă€ l'amour.
Fumée.
Je crois plus Ă rien, Ă rien du tout.
Non, mais t'as pas honte ?
- Salut, Fumée. - Salut.
Salut, Léon.
Bonsoir.
Qu'est-ce qu'ils font là ? On les avait éliminés.
Ils ont gagné en Corse.
- Et comment tu le sais ? - Je le sais.
Léon.
Oui.
J'ai quelque chose de très important à te dire.
Vas-y.
Après le championnat, je pars avec Ramon. Voilà .
Je préférais te le dire, là .
Je m'en fous.
Les histoires d'amour et les autres, ça n'a rien à voir.
Rien Ă voir avec quoi ?
Avec la danse.
Fumée, tu l'as rencontrée comment ?
Comme client.
Tu sais ce que c'est.
Alors, après, tu pars avec elle ?
Oui.
Venise, Singapour, Bangkok.
Bon voyage.
Il fallait mieux te le dire, non ?
Pas forcément.
On est copains, non ?
Oui, on est copains.
Et maintenant, mesdames et messieurs,
voici le championnat de France de tango.
Qu'est-ce que la danse ? Je ne sais pas.
Ou plutĂ´t, il faut danser pour le savoir.
Qui n'a dansé un jour, d'ailleurs ?
Qui n'a dansé un jour, d'ailleurs ?
Moi, j'ai dansé longtemps,
pendant 60 ans, je crois.
J'ai dansé tous les jours. C'est beau.
Je suis sûr que c'est beau.
C'est beau. Je suis sûr que c'est beau.
Et si je parle de danse,
je crois que je parle aussi d'amour.
Je voudrais vous dire une chose,
mais je ne sais si je saurai.
Je peux vous apprendre les pas, les figures,
mais les pas, les figures, ne sont rien sans amour.
Et je puis vous apprendre l'amour ?
Je ne sais.
Adieu, mes enfants.
Ou bien alors,
si vous voulez encore apprendre,
je suis lĂ .
Alors, on se marie plus ?
Non.
Ça fait rien, je vais me marier avec une autre.
J'aime pas partager.
- Ça te dit ? - Oui, ça me dit.
Tu vois.
Ça me dit, mais j'ai un Jules.
Je ne suis pas un bon parti.
Garçon de bain, douche, sauna.
Jusqu'à maintenant, ça me plaît.
Ça me plaît aussi.
Normal.
Ça me plaît, mais je ne veux pas me marier.
- Ce que je veux, c'est... - Je sais.
Ça y est, il est pour toi.
Trop tard.
Quoi ?
Tout est fini entre nous, Léon. Pauvre type.
Tout ça, c'est pas tout ça. Je suis en carafe, moi, maintenant.
Qu'est-ce que c'est, "en carafe" ?
Carafe, c'est la merde.
La merde, maintenant ?
Viens, Léon.
Viens.
Allez, viens.
Léon,
l'année prochaine, toi et moi,
on sera les champions du monde de tango.
Mais qu'est-ce que tu fais ?
C'est comme ça, oversway.
Allez.
Voilà , comme ça.
Allez, comme ça.
Allez, Léon.
Ça suffit.
Léon.
Le tango est mort.
Léon.
Léon.
Léon.
Pour elle, une douche. Après la nuit qu'on vient de passer, hein, chérie ?
Regarde, Léon.
T'as compris, Léon ?
Allez, viens t'asseoir à côté de ton pote.
T'es plus mon pote.
Viens ici, je te dis. Je vais pas te bouffer, merde.
Fumée est une romantique, tu le sais.
Fumée, c'est une conne.
C'est comme ça que tu parles des femmes, toi ?
C'est comme ça.
Avec moi, les romantiques, ça dure pas plus de huit jours.
C'est la règle, je n'y peux rien.
Alors, pourquoi tu me l'as piquée ?
Parce que je savais que tu allais gagner, pauvre pomme.
Je ne serai jamais premier.
Sauf si le premier est absent ou fatigué.
Je savais que j'allais perdre, tu comprends ?
Je ne voulais pas être seul dans la défaite.
Tu comprends ?
Je suis une merde. Une vraie merde.
Toi, t'as quelque chose lĂ .
- Où ça ? - Là , mais il faut l'exploiter.
Le tango, c'est fini.
Fumée m'emmerde. Tu m'emmerdes.
Je m'emmerde.
"Le tango, c'est fini. Je m'emmerde."
Non, mais t'es pas maboule, non ?
Fumée et toi, vous pouvez faire un tas de fric.
Je serai votre manager. Les combines, j'ai ça dans le sang.
Comment tu crois que j'ai gagné en Corse ?
Ça, c'est beau.
Fumée est d'accord. Plus d'amour,
du fric.
Plus d'amour ?
Non, Léon, du fric.
Je vais vous emmener en Angleterre, en Amérique.
Tu parles anglais ?
Non, je ne parle pas l'anglais.
Dis : "Tango."
- Tango. - Tango.
Tango.
Tango.
Tango.
- Tango. - Tango.
- I'm tango. - I'm tango.
Fais pas l'idiot. I'm tango.
- Tango. - Ça ira.
On fera un fric monstre.
On ne fera pas de pognon du tout. Je danse plus.
Mais pourquoi ça ? Pauvre pomme.
- Tu comprends pas ? - Non.
Quand Valentine viendra,
tu lui diras de chercher un autre larbin.
Mais t'es fou, Léon.
Non, je ne danse plus.
Mais réfléchis encore, Léon. Du fric, Léon.
Je suis une merde. Une vraie merde.
Et Fumée t'aime.
Un type qui danse comme toi, il sera jamais seul.
Hein ? Réfléchis.
Sweet Léon.
Sweet, qu'est-ce que c'est que ça ?
Sweet,
ça veut dire "doux" en anglais.
"Doux" en anglais ?
C'est gratis, mais il faut me séduire, tu te souviens ?
T'es chouette, bien roulée.
J'en ai des frissons presque partout.
Ça me fait des trucs que vraiment je peux pas dire.
Tes yeux sont beaux.
Et ta peau, alors, ça doit être quelque chose.
Il est pas beau, mon baratin ?
Si, mais c'est pas ça qui me fait fondre.
- C'est quoi, alors ? - J'en sais rien.
Ce que j'aime,
c'est les types qui ont quelque chose de spécial, de bien à eux.
J'ai rien Ă moi.
Mais si, j'ai ça.
Léon et Fumée, champions d'Europe.
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