Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Czech
Danish
English
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
French
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Italian
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Brazil)
Portuguese (Portugal)
Punjabi
Quechua
Romanian
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
Downloaded from YTS.BZ
Official YIFY movies site: YTS.BZ
Il était là, ton pull.
Les gens les rangent n'importe comment.
Je vais vous aider.
Ils ont joué ensemble hier.
Je m'appelle Eva.
J'habite au troisième étage du bâtiment B.
Merci.
Venez, on va acheter un goûter.
Hé.
Alors, on prend le soleil ?
Tu crois qu'on te reconnaît pas ?
Réponds.
- T'es pas très polie. - C'est ta gueule de salope.
Espèce d'ordure.
Regarde ça, salope.
Qu'est-ce que vous faites ? Stop !
Au secours !
Arrêtez maintenant !
- Ordure ! - ¡Basta!
Ferme-la !
Madame, ça va ?
Arrêtez !
Madame, venez vous asseoir.
Vous voulez que je prévienne quelqu'un ?
Ça va aller, madame ?
Ils sont partis, j'ai rien pu faire.
Ça va, madame ?
- Vous la connaissez ? - C'est ma voisine.
Faut aller porter plainte.
- Faut aller à la police. - Oui.
Ça va mieux ?
Oui, merci.
- Il y a quelqu'un chez vous ? - Non.
Vous allez pas rester toute seule.
Allons chez moi. On préviendra après la police.
Non, pas la police.
- Pourquoi ? - Parce que pas la police.
Brigitte, va jouer avec eux.
- Venez. - Je veux pas vous déranger.
Vous me dérangez pas, venez.
Vous voulez boire quelque chose ?
Je me sens pas très bien.
Vous voulez vous reposer un peu ? Je m'occupe de la petite.
Vous inquiétez pas.
C'est pas la première fois qu'on m'agresse.
Pourquoi on vous agresse ?
Parce que les gens ne savent rien.
Comment vous vous appelez ?
Corinne.
- Elle vit dans notre immeuble ? - Oui.
- Elle dort depuis combien de temps ? - Ça fait 4 h.
Elle ne veut pas aller à la police.
Et elle m'a dit que ça lui était déjà arrivé.
Elle s'appelle Luchaire.
Corinne Luchaire.
Je suis désolée.
Ça va mieux ?
Je prends des médicaments, alors je...
La petite va bien. Je l'ai fait dîner.
C'est mon mari.
Bonsoir.
Je vais rentrer. Merci beaucoup. Corinne.
Lorenzo.
On est arrivés de Santiago l'année dernière. Chili.
Vous travaillez avec les enfants ?
Oui.
Je suis orthophoniste à l'hôpital Saint-Joseph.
Je soigne les enfants qui ont été...
exposés aux bombardements pendant la guerre.
On enregistre.
On dessine.
Merci.
C'est celui que j'avais avant.
Il marche très bien.
Tu le branches.
Parle pas trop près du micro, sinon ça sature.
T'as 2 h de bandes. Je pourrais t'en donner d'autres.
Tu penses récupérer la petite vers quelle heure ?
Je peux la faire dîner.
Oui, d'accord.
Il y a quelques jours,
on a tué mon père.
Il y a eu un procès. Un jugement.
Et on l'a exécuté.
Je voudrais raconter comment on en est arrivé là.
Je vais essayer de trouver les mots.
Je vais pas réussir à tout écrire. On m'a pas appris.
Je vais me tromper sur les dates. Je le sais.
Pourtant, c'est important pour comprendre ce qui s'est passé.
Ça explique tout, les dates.
Même si ça explique rien, ça explique tout.
Je me souviens que l'eau était noire.
Et j'avais peur.
Il y avait un lac,
des montagnes, une forêt.
C'était à la frontière entre la France et l'Allemagne.
Juste après la Grande Guerre.
Je vous demande d'accueillir
notre ami Jean Luchaire.
Bonjour à tous. Guten Morgen.
Il y a quelques années, on a sonné chez moi, un matin.
Et j'ai ouvert sur un homme
qui m'a tendu une main franche et amicale.
Il parlait un français impeccable, presque sans accent.
Lui, le professeur de dessin de Karlsruhe,
et moi, le journaliste parisien.
Merci d'applaudir l'ami Otto Abetz !
Merci à lui.
Il avait aimé nos textes sur la réconciliation franco-allemande
et défendait les mêmes idées que nous dans son pays.
Nous n'appartenions à aucun parti politique
et partageons encore aujourd'hui le même idéalisme.
Préserver la paix dans une Europe tournée vers l'humanisme
et le progrès.
Le progrès, oui !
J'en parle avec autant d'émotion et d'humilité
car il y a ici d'anciens combattants des deux pays.
Ils ont vécu l'enfer des tranchées. La barbarie.
Et je me suis juré alors quelque chose.
Plus jamais ça.
Plus jamais ça !
Car la guerre ne résout rien.
Elle ne fait que préparer la prochaine.
À la table, il y a ma petite fille, Corinne.
Je lui en fais le serment,
elle ne grandira pas dans une Europe encore et toujours déchirée
par les conflits armés entre les peuples.
♪ Joie, belle étincelle divine... ♪
Je voudrais remercier les représentants des associations
qui nous soutiennent, comme les Wandervogel.
Salut, mes amis.
Les Jeunesses Socialistes.
Et nos amis de la L.I.C.A,
la Ligue Internationale Contre l'Antisémitisme,
qui nous honorent de leur présence.
Bon.
La fête continue.
Merci.
Voilà le fameux Otto !
Mes respects.
Tosia, ma belle-mère. Mon père, Julien.
- Enchanté, Otto. - Très heureux.
Merci.
Vous êtes amoureux de littérature ?
Otto veut lancer des traductions de grands romans français.
- Tes amis éditeurs pourraient l'aider. - Ah oui.
Il faudrait venir dîner à la maison.
J'ai parlé de vous à mon ami Baronet, au ministère.
Il distribue les subventions.
Ah, oui. Mais avec plaisir.
- On fera ça. - Hmm.
Mon père a présenté beaucoup de gens à Otto.
Tout un réseau d'écrivains, de journalistes,
d'universitaires ou de politiques.
C'était un amoureux sincère de la France.
Il voulait réconcilier les deux pays, coûte que coûte.
Dans les années 1930, même un journal américain respecté
comme Time Magazine a fait sa couverture avec Hitler.
Il se présentait comme un homme de paix
qui voulait relever l'Allemagne.
On s'aveuglait.
- Willkommen. - Ah !
- Finalement. - Tu vas bien ?
- Très bien et toi ? - Ça va, oui.
- On a rendez-vous au ministère. - Ah.
- Pour les subventions ? - Ça, je sais pas.
Ils t'ont dit combien ?
50 000 idéalement, ça nous sauverait.
Et Corinne va bien ?
Elle est ravie de te voir.
- J'aime bien le format. - C'est vrai ?
- C'est un nouveau papier. - Ça sort bien avec les photos.
Il y a aussi l'atelier typo. Je te montrerai.
Vous êtes bien ici, c'est impressionnant.
Faut que ça tienne.
- Oui ? - Bonjour.
Ils veulent ta signature.
D'accord.
- Suzanne travaille au journal. - Enchantée.
On peut pas la payer, mais elle travaille.
Bonjour.
Ravie de vous rencontrer.
J'ai traduit certains de vos articles.
Donc, vous parlez allemand.
Évidemment.
Vous tirez combien d'exemplaires ?
Ça reste modeste.
3 000, 3 500 ?
- 3 500 par semaine. - Maximum.
Avec ça, on peut pas encore se payer.
Et si le prix du papier continue à monter...
Il faut tenir. Maintenant plus que jamais.
Tous les journalistes de Berlin lisent la revue.
- C'est une référence. - Ah oui ?
Tu crois qu'Hitler va prendre le pouvoir ?
J'ai même pas fini Mein Kampf.
Mais qui l'a lu ? C'est illisible !
Les concepts qui restent flous, la nostalgie de l'Ordre Teutonique.
Puis les Juifs, les Juifs... non.
C'est un fatras d'autodidacte.
- Comment ? - Du vent.
Et son interview. Il est présenté comme un homme de paix.
Les nazis ne sont pas majoritaires.
Ils représentent 30 % des électeurs, pas plus.
On a un gouvernement centriste, pas d'extrême droite.
Mais ils croient qu'en s'y associant, ils pourront la contrôler.
- Ils sont irresponsables. - Ou réalistes.
Comment ça "réalistes" ?
Quelle réalité ?
Celle du peuple allemand,
demande à Otto.
On négocie pas avec l'extrême droite.
- C'est un piège. - Tu préfères la guerre ?
Maintenons le dialogue. Ça se calmera.
C'est dans ce monde-là que j'ai grandi.
Ou plutôt que j'ai pas voulu grandir.
Plus tard, en séchant les cours pour aller au cinéma,
et traîner dans les écoles de théâtre, en me demandant
ce que j'allais devenir.
Corinne Luchaire, essais, prise 1.
Présentez-vous, mademoiselle.
Je m'appelle Corinne Luchaire. J'ai 18 ans.
Enfin, je vais avoir 18 ans.
Je suis née à Paris.
Vous pouvez poser l'ardoise.
J'ai arrêté le lycée.
On m'a renvoyée, parce que...
Vous aviez un problème avec quoi ?
- Le travail ? La discipline ? - La discipline, oui.
Et je voulais apprendre la comédie.
J'ai toujours aimé le cinéma.
Avec qui, vos cours ?
Raymond Rouleau, à Boulogne.
Ça fait un an que j'y vais.
Restez comme vous êtes.
C'est ça que je veux filmer.
Le film, c'est l'histoire d'une jeune fille révoltée
enfermée dans une maison de correction.
Elle a fait quelque chose de mal ? Quoi ?
Coupez !
Corinne Luchaire, essais, prise 2.
Vous êtes tous pareils.
Vous n'y croyez pas, mais je suis innocente !
Vous êtes tous pareils.
Vous n'y croyez pas, mais je suis innocente !
Je n'ai rien fait !
Moi, je n'ai rien fait !
Vous n'y croyez pas, mais ça m'est égal.
Prise 3.
Vous êtes tous pareils.
Encore !
Vous êtes tous pareils.
Vous n'y croyez pas, mais ça m'est égal.
Je suis innocente.
- Innocente ! - Je suis innocente !
Innocente !
Innocente ! Innocente ! Innocente !
Ça m'est égal...
Et je m'en fous !
Vous n'y croyez pas, mais ça m'est égal.
Prise 4.
Vous êtes tous pareils !
Non... Vous êtes tous pareils ! Non...
Vous êtes tous pareils !
Je suis innocente ! Je n'ai rien fait !
Depuis combien de temps êtes-vous à Paris ?
Je suis arrivé de Londres ce matin.
Je vous ai vue une fois, au Bois.
Vous étiez ravissante.
Je vous ai suivie des yeux tant que j'ai pu
parmi les marronniers en fleurs.
Ah, Paris au printemps...
D'ici le printemps prochain, je serai sans doute très seule.
J'avais arrêté le lycée trop tôt. Mes parents me laissaient faire.
"Éducation libre", disaient-ils.
Ils devaient trouver ça moderne.
Je savais que mon père aimait un peu trop
les jeunes actrices.
Peut-être que j'ai eu besoin qu'il me regarde, moi aussi.
Elle fait pas trop petite bourgeoise.
Il courait après l'argent.
Son journal lui rapportait pas grand-chose.
Au contraire.
En fait, j'ai jamais vraiment su.
- Ma fille, Corinne. - Bonjour.
Votre première fois ?
- Oui. - Bienvenue.
Il aimait faire comme s'il pouvait tout se permettre.
Il aimait que je le voie comme ça.
Une robe pour une occasion particulière ?
Non, on voudrait voir ce que vous avez de nouveau.
Tout nous intéresse, pour le jour ou le soir.
Je vous fais confiance.
Pavélia,
un crêpe envers satin
couleur corail.
Lunelle...
- Quoi ? - J'aime bien celle-là.
...couleur parme. Soléane.
un lamé rose poudré.
Vous me suivez ?
Et voici.
Ça vous plaît ?
C'est une robe de jour.
Pour un déjeuner élégant, pour le thé.
T'aimes bien ?
C'est très joli.
Peut-être pas pour le lycée, mais très joli.
C'est parfait avec vos yeux.
Ça, c'est la nouvelle collection.
Ça fera ressortir votre teint.
Que met-on en-dessous d'une telle robe ?
Absolument rien. Ça se porte nu.
Ne vous inquiétez pas.
Voilà.
Monsieur Luchaire ?
C'est une robe du soir. De grand soir.
Ça vous fait une très belle silhouette.
C'est très féminin.
Pas mal.
Il inventait mille raisons pour repousser
les factures et les additions,
en faisant des notes de frais au journal.
Aller au restaurant pour rencontrer les gens utiles.
Serrer des mains. Créer des liens.
Avoir une information.
Jouer à faire partie de ce monde au-dessus de ses moyens.
Il a toujours dépensé l'argent qu'il n'avait pas.
- Mademoiselle. - Merci.
Mais l'argent se vengera.
Pour les robes, on dira à ta mère que c'est un cadeau de Tosia.
Il m'a fait grandir dans une illusion rassurante.
Il aidait les autres, aussi.
Ses amis, comme Otto, qui avait à peine de quoi vivre.
Il venait de s'installer à Berlin avec Suzanne.
Mon père leur commandait des articles de temps en temps.
Que fais-tu ?
Je te regarde.
- Tu attends quelqu'un ? - Non.
- Monsieur Abetz ? - Oui ?
Qui êtes-vous ?
Suivez-nous, s'il vous plaît.
De quoi s'agit-il ?
Ne vous inquiétez pas.
Monsieur Abetz,
on nous a parlé de vous comme un francophile sincère.
Je vais souvent en France, j'y ai de bons amis.
Vous écrivez directement en français ?
C'est ma deuxième langue.
Très bien.
D'après nos informations,
vous êtes très proche des milieux pacifistes...
Je suis correspondant de la revue Notre Temps de Jean Luchaire.
Notre bureau agit en complément des services officiels.
Le sentiment anti-allemand nous préoccupe.
Vos différents contacts pourraient nous aider.
C'est-à-dire ?
Nous aurions besoin de notes sur la presse française,
de comptes-rendus de l'opinion
et toutes autres informations utiles...
Pourquoi n'êtes-vous pas membre du parti nazi ?
Les Français me parlent librement car je n'appartiens à aucun parti.
La situation ici les inquiète...
Vous vivez même avec une Française.
Mlle... Suzanne de Bruyker.
D'après nos informations,
elle a été la maîtresse de ce Jean Luchaire.
Pourquoi me dire ça ?
Ce serait mieux si vous l'épousiez...
Évidemment,
nous voulons soutenir le Cercle Franco-Allemand.
Cela supposerait
d'élargir le cercle de vos relations
et de faire de nombreux voyages.
Il faut conjuguer nos efforts pour maintenir le dialogue.
Oui...
J'ai toujours...
voulu protéger l'entente franco-allemande.
Oui !
C'est une très bonne chose.
Vous êtes encore jeune
et vous pouvez jouer un rôle important pour nos deux pays.
Continuez à être un trait d'union.
L'Allemagne veut préserver la paix.
Faites-le comprendre à vos amis.
Alors, à toi, mon cher Otto,
mon vieux compagnon, te voilà marié
avec la France.
Et la France est très jolie, ce soir.
À l'heure où les orages et la guerre menacent le monde, encore une fois.
Votre amour nous donne confiance. Merci. Santé !
Prost !
À l'amour!
Tu vas tourner un film bientôt ?
Non, j'ai juste passé les essais.
On va voir si je suis prise.
Tu n'as toujours pas de fiancé ?
Je rencontre des garçons, mais j'y arrive pas trop.
On verra bien.
Je n'en présenterais pas un à papa.
Pourquoi ?
- Il serait content pour toi. - Non.
- Non ? - Je crois pas, non.
Je me suis fait engueuler par mon comptable, hier.
Après le numéro de novembre, je sais plus où trouver l'argent.
Les ventes au numéro décollent pas.
Pas assez de publicités, d'abonnements...
Pourtant, on a un lectorat.
L'équipe est solide.
Ça sera ma première faillite.
Il y a des fonds secrets
au ministère des Affaires étrangères à Berlin
pour défendre les idées pacifistes.
Je sais à qui parler.
Corinne, je crois que ton père va pas bien.
Papa ? Respire, je suis là.
- Jean, qu'est-ce qu'il y a ? - Un verre d'eau !
Un verre d'eau, s'il vous plaît !
Quelqu'un peut donner un verre d'eau ?
- Vous pouvez l'attendre ici. - Merci.
Je reviens, ma chérie.
Tu restes là.
Voilà, crachez encore.
Voilà.
Très bien.
Inspirez à fond.
Ne respirez plus.
Là.
Là, et là.
On voit les cavités creusées par le germe.
Le bacille attaque le poumon et creuse des cavités
qui cicatrisent et forment des...
Comme des croûtes. C'est ce qu'on voit, là.
C'est ce qui provoque les saignements dans les crachats
et surtout les poussées de fièvre.
J'ai lu des articles sur la tuberculose.
Je sais que ça se guérit pas.
Ça dépend de chacun.
De votre style de vie.
Plus de cigarettes, plus d'alcool.
Moins de tension.
Combien de temps ?
Ça peut aller vite ?
La recherche fait des progrès, de vrais progrès.
La maladie est héréditaire ?
Certaines études montrent que...
C'est héréditaire, oui ou non ?
J'ai refilé cette saloperie à ma fille ?
C'est possible, oui.
Vous n'avez rien remarqué chez elle ?
De la toux ? Des fièvres ?
Une fatigue anormale ?
- Merci, Docteur. - Au revoir, monsieur.
Merci bien. Au revoir.
Mademoiselle...
Cette maladie faisait peur à tout le monde.
Elle tuait plus de 100 000 personnes par an.
Il n'y avait pas vaccin, pas de traitement.
On vivait avec un goût de sang dans la bouche.
Un goût de mort.
Une menace qui vous lâchera plus.
Bientôt, le monde entier cracherait du sang.
Alors, mon père et Otto
voyageaient beaucoup pour prêcher la bonne parole pacifiste.
Maintenir le dialogue.
L'ennemi,
c'est le communisme russe, pas l'Allemagne.
L'Allemagne, c'est l'Europe, c'est l'Occident.
Il faut maintenir le dialogue avec Hitler.
Continuer à négocier, à discuter.
Faut éviter l'escalade, aussi.
- Faire des concessions. - S'entendre.
Les autres démocraties ont-elles des leçons à nous donner ?
Alors qu'en Amérique,
les Noirs et Blancs prennent des bus différents ?
Ces mêmes Américains
ont tué des milliers d'Indiens
pour avoir un espace vital.
En France, la Terreur a tranché des têtes.
Sans parler de la révolution d'Octobre en Russie.
Chaque révolution a ses horreurs.
C'est une réalité historique.
Il n'y aura pas de projet européen sans une Allemagne forte.
En sécurité.
Vous aussi, vous fuyez l'Allemagne ?
Vous avez bien raison.
Non, il a une mission officielle, culturelle.
Je crois au dialogue plus que jamais.
Vous croyez au dialogue avec Hitler, cher Otto ?
En attendant mieux, parlons avec lui.
On dramatise les persécutions racistes de l'Allemagne.
C'est le poison de la désinformation.
Ne croyez pas tout ce que vous lisez.
L'Allemagne veut la paix.
Mon père ne parlait jamais de politique avec moi.
Il me disait de pas m'inquiéter.
Il voulait me protéger de tout ça.
J'étais encore une gamine qui préférait lire des magazines.
Une actrice débutante qui avait tout à prouver, je le savais.
Allons-y franchement. Ça doit faire vrai.
Elle a raison. Laissez-la faire.
On est prêts, M. Moguy.
Allez-y, Corinne.
- Philippe ? - Oui ?
Salissez bien.
Ça fait des jours qu'elle se cache dans les champs.
- Vous pouvez y aller. - Elle a dormi dehors.
Je fais pas trop petite bourgeoise ?
On va tourner !
- On se met en place ? - Voilà.
Silence plateau ! Moteur !
63 sur 1,
première.
Action.
Très bien, merci.
Approche-toi.
- Allons. - Qui êtes-vous ?
- La directrice. - Je vous connais pas.
Je suis arrivée pendant ton évasion.
Je tourne le dos et on fait des innovations.
On avait changé d'assiettes, mais on mange de la merde.
Cette fois-ci, on change la directrice.
- Raconte-moi ton évasion. - Oh ça va !
Mettez-moi au cachot, au pain sec et au frais.
- Coupez ! - Pain sec et eau...
Applique-toi !
Le texte, c'est pas ça.
On recommence.
- Le texte, Corinne ! - Pardon...
- Annonce. - 63 sur 1,
deuxième.
Action.
Très bien, merci.
Approche-toi, allons.
- Raconte-moi ton évasion. - Oh ça va !
Mettez-moi au cachot, au pain sec et à l'eau.
Vous ne me croyez pas, mais vous...
Coupez !
- Applique-toi ! - Je l'ai...
Au début.
- Annonce. - 63 sur 1, troisième.
Très bien, merci.
- On peut recommencer ? - Au départ.
- Allez. - 63 sur 1,
quatrième.
- Merci pour la comparaison. - Pas de quoi.
Raconte-moi
- ton évasion. - Oh, ça va !
Mettez-moi au cachot, au pain sec et à l'eau.
Faites-moi frapper, comme d'habitude.
Pourquoi t'es-tu enfuie ?
Je suis innocente.
- Innocente ? - Je suis innocente.
Vous ne me croyez pas, mais ça m'est égal !
J'y peux rien, je suis innocente !
La tête sur le billot, je le répéterai.
Je suis innocente ! Innocente !
Qui dit le contraire ?
Je me suis évadée pour protester contre l'injustice.
Et j'en ai assez de pas pouvoir rire.
Marcher au pas, manger comme une chienne...
Ne pouvoir ni parler, ni lire, ni chanter.
Pour un peu, on vous empêcherait de respirer.
On est pas des bagnards !
Coupez !
Bravo, Corinne.
Bravo !
Félicitations !
Bravo !
Changement de séquence. On est bon.
T'as jamais peur.
- T'y vas comme ça. - J'ai peur.
Excusez-moi...
Bravo, c'était formidable.
- Pardon, Philippe Delcourt. - Bonjour.
- On répète demain ? - Oui.
- Demain soir ? - Oui.
- Bonsoir. - Bonsoir.
- Bravo encore. - Merci.
Philippe...
- Je te ramène, on va dîner ? - Oui.
Avec Philippe ?
T'aurais dû me dire.
Continue.
Merci.
Je t'ai pas fait mal ?
T'inquiète pas.
Merci de m'avoir attendue.
J'ai faim.
T'as le temps de déjeuner ?
Oui.
Oublie-le.
C'est déjà fait.
Mlle Luchaire.
Merci.
Mlle Luchaire, par ici.
Tu viens ?
Vas-y toute seule.
- Mais... - Je te rejoins.
- Oh non... - Vas-y.
Bravo !
Bravo !
Je dois parler du metteur en scène qui a changé ma vie.
Léonide Moguy.
C'est un exilé russe qui faisait des films courageux.
Des mélodrames sur des injustices sociales.
Comme l'avortement, la prostitution, les maisons de redressement.
Souvent des portraits de jeunes filles solitaires.
C'était un humaniste, un vrai. Comme mon père.
Je suis innocente !
J'ai eu la chance qu'il me regarde sans a priori
et sans complaisance.
- Il est tard. - Je la fais dîner ?
Non, je vais le faire.
Ça va, l'enregistreur ?
Je me souviens pas de tout, heureusement.
C'est bon ? Ça te plaît ?
Juste avant la guerre,
il y a eu deux autres films avec Moguy.
Et puis d'autres metteurs en scène.
J'essayais de faire des choses différentes.
De changer mon apparence, de prendre des risques.
Souvent des rôles plus âgés.
Mais tout ça avait un sens pour moi.
Je voulais mériter ce qui m'arrivait.
J'allais devenir une vedette.
Comme il y en avait d'autres à cette époque.
Et qu'on oubliera, comme moi.
J'écrivais toujours cette formule :
"À tout de suite."
Peut-être avais-je senti que ça ne durerait pas longtemps.
Mes chers amis,
merci d'être avec nous, ce soir,
au moment où la guerre nous menace.
Je lève mon verre à l'humanité,
aux sentiments humains,
à l'art,
au cinéma,
comme une réponse pacifique à la folie des Hommes.
Et merci
à mes jeunes acteurs.
Merci à toi, Corinne. À ta jeunesse.
Aux films que nous avons faits et que nous ferons ensemble.
À la paix !
J'ai adoré le film.
C'est vrai ?
Oui, c'est un grand talent, cet homme, non ?
Juif ukrainien, c'est ça ?
- Je n'ai jamais dénoncé personne. - Quoi ?
Merci.
- Léonide, voici mon ami, Otto Abetz. - Très heureux.
C'est un grand film.
Impossible, monsieur.
Je sais qui vous êtes.
Votre pays menace le monde.
Passez une bonne soirée.
Léonide ?
C'est pas qui vous croyez.
Ce n'est pas qui tu crois.
Je dois prendre un train demain très tôt.
Je vais rejoindre ma famille.
Fais attention à toi.
Je t'aime beaucoup, Corinne.
Moi aussi, je vous aime.
Tu sais comment on dit
"je suis innocente" en ukrainien ?
Non.
Il répond en ukrainien.
Elle répète.
M. Abetz ?
Oui ?
Suivez-nous.
- C'est une erreur. - C'est intolérable.
Laissez-nous travailler, merci.
Je voudrais
appeler mon ambassade.
Messieurs !
On l'accompagne.
Mlle Luchaire ?
Va avec lui.
- Je peux utiliser ce téléphone ? - Allez-y.
J'ai un arrêté d'expulsion immédiate vers l'Allemagne.
Vous comprenez le français ?
Je comprends très bien, monsieur.
Puis-je parler à ma femme un instant, s'il vous plaît ?
- Un instant. - Allez-y.
- Je t'appellerai demain. - Appelle-moi, oui.
Garandeau, à l'Intérieur, a donné l'ordre.
Il veut rien entendre.
Ils savaient qu'il y aurait du monde.
Ils l'ont fait pour m'humilier.
- Avoir des photos. - Je les laisserai
pas te salir.
Je ne sais pas quand on se reverra, Jean.
Embrasse Corinne.
Elle était magnifique.
- À demain, d'accord ? - Oui...
Le lendemain,
les journaux ont annoncé l'expulsion d'Otto,
en l'accusant d'être devenu un espion.
Un agent de propagande, chargé de tromper les Français
sur les réelles intentions d'Hitler.
Je ne savais même pas
qu'il était conseiller spécial du gouvernement nazi
pour les relations franco-allemandes.
Depuis toujours, il avait voulu éviter l'escalade,
faire la guerre à la guerre.
Rester un trait d'union,
l'ennemi de personne.
Lui, le petit prof de dessin idéaliste,
qui venait camper chez nous, dans le salon
et courait après trois ronds.
Mon père a voulu défendre son ami,
victime d'un complot de la droite nationaliste contre les pacifistes,
accusés de faiblesse, de lâcheté.
Les menaces de la guerre
provoquaient des réaction violentes dans les deux camps.
Du jour au lendemain,
je me suis retrouvée dans un vrai film d'espionnage.
On a même écrit que j'étais la maîtresse d'Abetz.
C'était que le début de ce genre de calomnie.
On m'avait aimée,
il fallait me salir.
L'Angleterre et la France ont déclaré la guerre...
Et pourtant, il allait rien se passer pendant plusieurs mois.
Aucun combat,
un étrange calme.
- Vous allez en faire quoi ? - On saisit tout.
Arrêtez, ne prenez pas les appareils !
Non, laissez !
Machines à écrire, appareils photos
et téléphones.
Vous ne pouvez pas saisir les machines !
On fait comment pour travailler ?
Voilà. Dans ce carton, trois appareils photo.
La liberté de la presse, ça vous parle ?
Laissez-nous travailler, monsieur.
Enfin, il t'avait rien dit, Jean ?
Il a dit qu'il avait payé le loyer et les fournisseurs.
Il a dû mentir.
Je sais même pas où il est.
L'argent, y en a plus.
On va pas sortir le journal ?
Je comprends pas, là.
Ce que pense le soldat,
le peuple de France, tout entier, le pense.
Il avait toujours combattu la guerre.
Maintenant, elle était là,
comme un démenti.
L'échec de toute une vie.
Son journal a fait faillite, il était ruiné,
couvert de dettes.
Alors, pendant un moment, il a disparu.
Il voulait pas qu'on le voit comme ça.
Il s'est caché. Je savais même pas où il était.
On parlait de drôle de guerre parce qu'il n'y avait pas de combats.
On attendait, on y croyait plus.
J'allais avoir 20 ans.
On dit que c'est le plus bel âge de la vie.
Les couples se forment, le soleil se lève,
la robe est étincelante.
On badine, ce matin.
Chère Corinne,
- vous êtes une grande actrice. - Merci.
C'est chez vous, ici ?
Pas vraiment, pas encore.
Des gens qui ont fui avant la guerre,
des peureux, des lâches.
Mais vous êtes quoi, un homme d'affaires ?
Un bandit ?
Non, j'ai été un petit peu banquier.
J'ai été pilote automobile.
Danseur mondain.
Militaire en Syrie.
J'ai dirigé un casino à Honfleur, aussi.
Et je vous épouserai.
Je ne me marierai jamais.
- Ah bon ? - Ah non.
Elle est avec moi, maintenant.
Elle aime plus les hommes. Ils font la guerre.
La guerre de quoi... la guerre du champagne !
Arrêtez avec cette guerre. Où sont les Allemands ?
Et puis soudain, ils étaient là, les Allemands.
Si vite.
Pourtant, on nous avait dit : "Ne vous inquiétez pas,
"on vaincra, parce qu'on est les plus forts."
Mais la France a été agenouillée,
humiliée en quelques semaines.
Ce grand pays qui s'effondre.
- C'est le cœur serré... - La débâcle.
...que je vous dis qu'il faut cesser le combat.
Je me suis adressé, cette nuit, à l'adversaire
pour lui demander
s'il est prêt à rechercher avec moi,
entre soldats,
après la lutte et dans l'honneur,
les moyens de mettre un terme aux hostilités.
C'est un honneur, Monsieur l'Ambassadeur.
- Vous parlez français ? - Oui, bien sûr.
Bonsoir, Madame l'Ambassadrice. Vos appartements privés
sont au 1er étage.
Veuillez me suivre...
Merci.
- C'est pour quoi ? - Nous cherchons M. Luchaire.
C'est de la part de son excellence, monsieur l'ambassadeur.
M. Luchaire est à Vichy, il doit revenir ce soir.
Dites-lui que c'est urgent.
C'est Suzanne.
Otto veut que Jean le rejoigne à l'ambassade, rue de Lille.
Otto est ambassadeur ?
- Notre Otto ? - Hmm.
Celui qu'on a viré de France, comme un malpropre.
Je vais voir si j'arrive à joindre ton père.
Laissez passer.
Merci.
- Monsieur Luchaire ? - Oui.
Vous êtes attendu.
Merci.
Comment je dois t'appeler ?
Monsieur l'Ambassadeur ?
Viens.
Qu'on ne me dérange pas.
Tu as vu Laval à Vichy, on m'a dit.
C'est lui qui m'a fait venir.
Ils savent qu'on est amis.
On est toujours amis ?
Arrête.
Suzanne et le petit sont déjà là ?
Ils doivent être perdus quelque part dans les appartements.
J'ai pas l'habitude de ce luxe, Jean.
Comment tu vois les choses ?
On m'a appelé avant-hier, en urgence,
et on m'a dit que je partais à Paris, avec femme et enfant.
T'imagines.
Peut-être qu'ils enverront
quelqu'un pour me remplacer d'ici une semaine.
Un gouverneur.
Comme en Pologne, où ils ont tout rasé.
C'est devenu une simple province du Reich,
administrée par un gauleiter.
Je veux éviter qu'ils fassent la même chose ici.
Hmm.
Qu'est-ce que t'a dit Laval ?
D'aller voir mon ami Abetz
pour savoir ce que les Allemands ont en tête.
C'est une mission officielle, alors.
Te voilà diplomate.
Toi aussi.
Puis, il a ouvert son tiroir,
il a sorti une grosse liasse de billets pour mes...
comment il a dit déjà...
"mes frais de mission".
Tu as accepté l'argent ?
Évidemment.
Faut bien que je paie mes voyages, que je vive.
Tu sais que je n'ai même pas d'ordre de mission précis.
Ils ne s'attendaient pas à une victoire aussi rapide.
Je crois qu'ils n'ont aucun plan d'occupation.
Si...
Ils vont piller le pays.
C'est pour ça qu'on fait la guerre,
le grand pillage.
Comme en Pologne, justement.
La France, c'est pas la Pologne.
Qu'est-ce que tu as entendu dire, autour de toi ?
À part nos amis, qui accepterait de parler avec nous ?
Avec les paroles du vieux Pétain, les gens acceptent un état de faits.
On lui fait confiance pour...
éviter les combats, faire revenir les prisonniers.
Y a combien de prisonniers ?
Tu as des chiffres ?
Plus d'un million et demi.
Ils veulent les envoyer dans des usines allemandes
pour aider l'effort de guerre.
Tu imagines ?
Des ouvriers, des paysans, des fonctionnaires...
Comment le pays va tourner, sans eux ?
Que ferez-vous d'un pays à l'arrêt ?
Justement,
je dois retourner à Berlin avec un rapport sur la situation.
Et toi, tu pourrais m'aider.
En me donnant des notes.
Faire le lien avec Vichy.
À nous deux, on peut encourager le dialogue, Jean.
Parer au plus pressé.
Après, on verra.
Bonsoir, Jean.
Madame l'Ambassadrice.
Comment vont Corinne, Françoise ?
- Elles sont à l'abri. - Bon...
Dis-nous si on peut vous aider.
C'est gentil.
- Tu les embrasses. - Oui.
Il t'attend.
Et ta santé, ça va ?
Ça me fout la paix.
Je veux pas y penser.
Pas pour le moment.
Je vais avoir besoin de toi, Jean.
Il faut limiter les dégâts.
Je comprends.
Va falloir que je trouve de quoi m'habiller.
Tu connais la méchanceté des Parisiennes.
On s'improvise pas femme du monde.
Tu n'as rien à leur prouver, Suzanne.
Pour eux, on restera toujours des provinciaux, des parvenus.
Maintenant, des envahisseurs, surtout.
Et Jean ?
Je crois qu'il est très malade.
Je n'oublie pas tout ce qu'il a fait pour nous.
C'est quelqu'un de bien, Jean...
de généreux.
Suzanne ?
Je sais pour toi et Jean...
Je sais que vous avez eu une histoire.
Mais ça ne me gêne pas.
C'était il y a longtemps.
J'ai eu ma vie, toi, la tienne...
c'est ce qui a fait la femme que tu es,
que j'aime et que je respecte.
Je suis désolé de t'imposer tout ça.
Je suis à tes côtés, Otto.
C'est ma décision.
- J'arrive. - Oui.
Veuillez me suivre.
Paris était occupé, mais encore étrangement calme.
La vie reprenait, comme avant.
Les Allemands faisaient tout pour se faire accepter des Parisiens.
Être korrect, comme on disait.
- On faisait tout pour les ignorer. - Bonjour.
- On les regardait même pas. - On y va.
Alors, ils avaient baptisé Paris
"la ville sans regard".
Au début de l'Occupation,
je suis retournée chez mes parents.
Je savais que mon père était malade. Je voulais être près de lui.
On ne savait pas si les tournages allaient reprendre.
Il fallait attendre.
Corinne ?
J'arrive.
T'as retrouvé ta chambre de jeune fille ?
T'as vu, on a rien touché.
Je sais pas ce qu'on va manger, tout est fermé.
On va trouver.
On est prêt, mademoiselle.
J'ai attrapé froid, je crois.
Je faisais parfois des photos pour les magazines,
en attendant que les tournages reprennent.
Il fallait que personne sache que j'étais malade.
Ça aurait été la fin de tout.
Hello, Corinne.
Je pourrais avoir un mouchoir ?
Merci.
Okay, we're ready to go?
Perfect.
Vous le savez, le journal a fait faillite.
Enfin, j'ai fait faillite.
Mais les choses ont bougé, la situation n'est plus la même.
L'ambassadeur d'Allemagne est mon ami de toujours.
C'est un secret pour personne.
Il veut une politique
de collaboration loyale et sincère entre les deux pays.
Comment ça, "collaboration" ?
C'est à nous, comme à eux, de le définir
- et d'y trouver notre liberté. - Et "sincère" ?
Tu crois à la sincérité d'Abetz ?
Il veut nous aider, oui.
Éviter le bain de sang,
que le pays tourne, que les trains roulent, que les écoles ouvrent.
Il se met même en danger en voulant nous aider.
N'oubliez pas, les amis,
l'extrême droite s'organise.
Ils investissent dans la presse.
Je veux pas laisser passer ça.
Qui va financer ton nouveau journal ?
Tu dis toujours que t'es ruiné.
Y aura pas d'argent allemand, si c'est ta question.
J'ai fait les fonds de tiroirs,
hypothéqué ce qui pouvait l'être.
La maison de mes beaux-parents.
Avec une équipe resserrée, on peut y arriver.
Selon les calculs de Jérôme.
Le journal appartiendra aux Éditions Lutétia
dont Jean détiendra la majorité des parts
qu'il mettra en garantie auprès des investisseurs.
Vous voulez lire les statuts ?
C'est très bien. Qui sont les investisseurs ?
Y en a plusieurs.
Le principal, c'est Hibbelen.
C'est un Alsacien, un industriel, textile, chimie...
On s'est renseigné sur lui.
Il m'a dit qu'il voulait faire un groupe de presse
avec une maison d'édition, une radio, des journaux.
Il voit beaucoup de monde, en ce moment, dans Paris.
Il est même question qu'il rachète l'agence Havas.
Et politiquement, il se place où ?
C'est un industriel, pas un politique.
Il sait que l'argent va se faire rare pour les journaux,
alors il en profite pour acheter.
Comprenez que je dois protéger mes journalistes,
leur garantir une certaine indépendance.
Sinon, les meilleurs nous quitteront.
Vous êtes très ami avec l'ambassadeur Abetz, on m'a dit.
Il y a aussi un labo pharmaceutique qui fait de l'homéopathie.
Il investira et achètera de la publicité
régulièrement, dans le journal.
L'ambassade nous aidera avec la restriction de papier.
On dépassera les 50 000 exemplaires.
J'ai négocié des tickets de rationnement supplémentaires
pour les ouvriers.
Une cantine gratuite,
et des laisser-passer pour les visites en zone libre.
T'aurais fait un bon communiste.
Je suis lucide,
il faudra ruser avec la censure, mais c'est mon boulot.
Je négocierai directement avec Abetz. Il a besoin qu'on le soutienne.
On m'a demandé de vous remettre ceci.
L'important pour moi, c'est de sortir le journal.
On s'engueule, on s'oppose, mais on le sort.
C'est ça, notre vie.
Sortir le journal.
C'est la mienne.
Sans ça, je vaux rien.
On t'a demandé quoi en échange ?
Je dois laisser une chance au gouvernement de Vichy.
Une période
d'observation du fonctionnement de la collaboration.
On verra ce qu'ils proposent et obtiennent des Allemands.
Ils obtiendront rien.
Il faut se donner une chance.
Ton Hibbelen,
il est payé par les Allemands pour récupérer la presse française.
C'est un prête-nom de l'ambassade.
C'est un jeu de dupes.
Tu es trop intelligent
pour pas le voir.
Tu te trompes.
Jean,
j'espère que tu fais ça pour de bonnes raisons.
Si on discute avec l'envahisseur, on a perdu.
On a perdu, Labarrière. Qu'est-ce que tu dis ?
- Tu ne peux dire ça. - On l'a mérité.
Ton rêve, c'est Blum, les congés payés ?
Mieux vaut Hitler
que les communistes ?
Bah non, un autre chemin
est possible.
Écoute, Jean, je te respecte, mais ce sera sans moi.
Faites attention à vous, les amis.
Désolé.
- Désolé, Jean. - Tu te trompes, Jean.
Ton départ, c'est ta lâcheté,
Labarrière.
Souviens-t'en.
Je pouvais pas payer tout le monde.
La collaboration franco-allemande, ça fait 15 ans que je la réclame.
Si après la Grande Guerre,
la France avait tendu la main à l'Allemagne vaincue,
elle l'aurait saisie.
Aujourd'hui, c'est la France qui est vaincue.
L'Allemagne nous tend la main
en nous offrant une collaboration sincère et constructive.
Beaucoup d'entre vous faisaient partie de l'équipe de Notre Temps,
cette petite revue aux grandes idées pacifistes.
Je suis très heureux de continuer l'aventure avec eux,
avec vous.
Je sais que cette équipe est solide,
animée d'un profond patriotisme
et résolue à servir son pays.
Sur les ruines du passé, il ne s'agit pas de reconstruire,
mais de construire.
C'est pourquoi j'ai choisi ce titre, Les Nouveaux Temps.
Parce qu'il faut accueillir ces nouveaux temps.
Leur donner leur chance.
On prévoit quatre pages sur le modèle du Times.
On veut économiser de la place et donc du papier.
Sept colonnes et un édito politique en première page.
J'ai choisi des caractères classiques.
Pas d'effet typographique tapageur, pas de recherche du sensationnel,
une rigueur ostensible.
On veut devenir le quotidien de référence,
où les autres journaux viendront chercher leurs infos.
Ce quotidien, on en a rêvé toute notre vie.
Alors, il faut savoir saisir sa chance.
Même dans des temps aussi difficiles,
on peut être utiles.
On doit être utiles.
Et le tirage ? On part sur combien d'exemplaires ?
Alors, on va commencer avec 100 000 exemplaires.
Une édition du matin et une du soir, avec la bourse.
On verra si ça prend,
le nombre d'abonnements,
et si les annonceurs nous suivent, évidemment.
Vous connaissez la musique.
Les amis, aux nouveaux temps !
Aux nouveaux temps !
Merci.
- Bah voilà, on l'a fait. - Oui.
On t'a dit, pour Labarrière ?
Quoi ?
Il est parti à Londres.
J'espère qu'il lui arrivera rien.
Pour moi, le courage, c'est de rester.
Ça pouvait plus durer.
Tous ces politiciens véreux, magouilleurs, impuissants...
indignes.
La guerre est notre châtiment pour avoir laissé ce pays moisi
s'enfoncer depuis des années.
Maintenant, c'est à nous de proposer autre chose.
Tu verras.
Cette défaite, c'est une chance aussi.
On a voulu l'oublier,
mais les gens soutenaient Pétain, au début de l'Occupation.
Le héros de Verdun.
On lui faisait confiance pour nous protéger malgré la défaite.
Comme un père, ou plutôt, un grand-père.
En attendant, ma mère avait sa vie de son côté.
Un autre homme, peut-être plusieurs.
Certains étaient même des amis de mon père.
Il le savait.
C'était un couple libre, comme on dira plus tard.
Je jugeais pas mes parents,
ils s'aimaient à leur manière.
Thank you, Corinne.
A little bit more to your right.
That's it. Beautiful, Corinne.
Thank you.
Mademoiselle, pour vous.
Hello, Corinne.
Quelques fleurs... pour ton cœur.
On se marie quand,
- samedi prochain ? - C'est parfait.
Arrête.
- Everybody, we're ready. - Arrête.
Corinne, thank you.
Un aventurier un peu voyou et une danseuse de cabaret.
Quelque chose de suspect, que j'aimais bien.
Et puis laissez-moi vivre.
Ne pas penser à cette maladie.
Cette saleté, cette menace au fond de moi.
Je voulais avoir 20 ans, malgré tout.
M'oublier.
Paris était occupé.
Moi, je n'avais jamais été aussi libre.
Messieurs...
la voilà, Corinne Luchaire.
- Enchantée. - Bravo !
Viens avec moi.
- Mais non... - Oh non...
Corinne !
Évite-les, c'est la Gestapo.
C'est quoi, cette musique ?
Richard Rogers.
- Tu aimes le jazz ? - Bah oui, j'aime danser.
J'ai vu.
J'aimerais te demander quelque chose, mais j'ose pas.
Vas-y, ose.
On m'a dit que tu pouvais aider à obtenir des papiers.
Tu connais beaucoup de gens à l'ambassade.
Qui t'a dit ça ?
Une amie que tu connais, elle est venue ici.
Tamara.
Une petite brune, mannequin couture, chez Rochas.
Oui,
- je vois qui c'est. - J'imagine !
- Elle t'en a dit, des choses. - Oui.
Je ne travaille pas pour l'ambassade d'Allemagne, chérie.
Faut pas dire ce genre de choses.
Messieurs les journalistes,
messieurs les directeurs de journaux,
cette réunion aura lieu toutes les semaines,
afin de vous éclairer pas à pas,
sur notre politique de collaboration.
Et, surtout,
il s'agit d'éviter
toute désinformation.
La désinformation, voilà...
le grand péril de la presse, en ces temps mouvementés.
C'est pourquoi, chaque jour,
nous vous donnerons un document résumant la situation nationale
et internationale.
Libre à vous de le consulter
ou d'utiliser ces éléments de discours dans vos articles.
Je crois
à un échange de bonne volonté.
Je passe la parole à mon ami Ernst Achenbach.
Bonjour, je suis le conseiller aux affaires politiques.
Mon bureau vous sera toujours ouvert.
Aujourd'hui,
je voudrais parler du nouveau statut des Juifs.
Ce ne sont pas les autorités allemandes,
mais le gouvernement français, qui a pris l'initiative.
Nous approuvons, bien sûr, cette politique.
Nous interprétons cette décision comme un signe de bonne volonté.
La presse parisienne du jour.
Et les articles de demain.
On attend Le Petit Parisien et Le Matin.
Luchaire a fait son édito
sur l'attentisme américain.
Le vrai pouvoir d'un journaliste, ce n'est pas ce qu'il écrit,
mais ce qu'il n'écrit pas.
Merci.
Nous croyons à la liberté de la presse
car nous croyons aux débats d'idées.
Peut-être connaissez-vous cette formule :
"Je ne cherche pas à convaincre l'autre qu'il se trompe,
"mais à m'unir à lui,
"dans une vérité plus haute."
Et cette vérité,
est celle d'une collaboration sincère,
entre nos deux grands pays.
L'ambassade va prendre 15 000 abonnements payants à ton journal.
On les diffusera dans les universités, les bibliothèques.
Plus, je ne peux pas, Jean, pas encore.
Je comprends.
J'ai plusieurs petits services à te demander.
Des ausweis pour des proches,
des informations sur des prisonniers...
à qui je peux demander ça ?
Si tu as besoin de quelque chose, passe par Friedrich.
Il fera le nécessaire.
Je te remercie.
Appelez-moi directement.
Ah !
Pas de traces écrites
et le moins possible de personnes impliquées.
D'accord ?
N'hésitez pas.
Je te préviens,
- je suis amoureuse. - Ah...
T'as vu ses petits seins ?
- Et comment elle se donne. - Ouais.
Elle adore ça.
Tu sais qui est son parrain ?
Non.
C'est l'ambassadeur d'Hitler.
Otto Abetz.
Hmm...
Il a Paris dans sa main, le gars.
Il fait ce qu'il veut.
Il fait ce qu'il veut.
Regarde-la, la petite.
Une fille comme ça, t'as pas le droit de la salir.
Vous dormez plus ?
J'ai envie, encore.
On fait quoi avec le nouveau statut des Juifs ?
Qu'est-ce qu'on écrit ?
On commence par publier la liste des nouvelles mesures.
Le recensement, l'aryanisation des entreprises.
Tu veux faire l'édito ?
Y a aussi le...
l'obligation d'un panneau sur les commerces.
Y a les professions interdites.
La magistrature, l'enseignement, l'administration, le cinéma...
Y a une dizaine d'articles.
- Ils ont publié une ordonnance ? - Oui.
Tu veux faire l'édito ou pas ?
De toute façon, la censure nous laissera rien passer.
On savait que ça arriverait.
C'est pas une surprise.
Pétain ne voulait pas que les Allemands lui imposent cette loi.
Il fait du zèle.
Moi, je veux bien faire l'édito, si tu veux.
Y a des mesures que je trouve acceptables.
- Acceptables ? - Oui.
Ça me paraît important
que les lecteurs comprennent cette politique antisémite.
Voilà comment elle s'organise à l'échelle de l'Europe.
Sa cohérence.
On verra plus tard.
- Pas seulement en France. - Plus tard !
Mon édito, c'est Roosevelt.
Les élections américaines. Allez.
Y a toujours eu des Juifs, chez nous.
La famille, les amis,
la femme de mon grand-père, Tosia.
Mon oncle, ma marraine.
Mon metteur en scène, Léonide Moguy.
Je savais qu'ils étaient juifs, mais ça ne faisait aucune différence.
On n'en parlait même pas.
Y a jamais eu des idées comme ça, dans ma famille.
Jamais.
Vous m'appelez dès que vous arrivez à Tours.
Une voiture vous attendra pour passer la ligne.
La maison doit être prête.
Les billets, les ausweis.
Je sais ce que je te dois, Jean.
Mais... pardon,
je n'arrive pas à dire merci.
Pourquoi ?
Parce que ça vient de l'ambassade, d'Otto ?
Dites-le.
L'important, c'est votre sécurité.
Viens, Jean, je veux te parler.
Corinne, elle est connue,
elle est exposée.
Je te demande de la protéger de tout ça.
Je suis son père, je sais ce qui est bien pour elle.
Je vais t'écrire, Jean.
Je préfère t'écrire.
Lisez-le, au moins.
Le Führer sera sensible à cette attention...
Il s'agit de mettre ces œuvres à l'abri.
Elles ont été saisies dans des musées nationaux
ou des collections privées, notamment juives...
Je vous ai apporté une première liste.
L'inventaire est en cours.
Ceci n'est qu'un échantillon.
Le petit.
Un véritable joyau signé Greuze.
Les œuvres saisies seront rassemblées
dans différents châteaux, près de Paris.
Voici une première liste.
Beaucoup ici ne croient pas à la collaboration.
Pour le maréchal Goering, c'est même une erreur stratégique.
Elle limite les réquisitions
et va permettre à la résistance de s'organiser.
La France a accepté toutes les concessions exigées.
Toutes.
Matières premières, biens industriels,
les réquisitions sont considérables.
Et l'État français collabore étroitement.
Quant à la population, elle pense d'abord à sa survie.
Augmenter les réquisitions,
mobiliserait l'opinion contre nous
et pourrait même provoquer un soulèvement.
Or notre intérêt,
c'est que la population reste calme,
attentiste,
et surtout, divisée.
À ce sujet,
je vous ai apporté un livre publié en 1932
par ce général de Gaulle qui appelle à la résistance.
C'est un traité militaire,
Le Fil de l'épée.
Et savez-vous à qui est dédié ce livre ?
Au maréchal Pétain.
Celui qui appelle à la résistance
rendait hommage à celui qui veut la collaboration.
Un pays divisé est plus vulnérable.
Manipulable.
Pour cela,
nous contrôlons par exemple une cinquantaine de journaux.
Vous permettez ?
Ces journalistes viennent de tous les courants d'opinion,
de l'extrême droite à la gauche radicale.
Regardez vous-même.
Nous faisons le même travail avec les radios et les actualités.
Autre exemple,
Les Nouveaux Temps,
le journal de référence.
Modéré donc crédible.
Centre gauche.
Lu par de nombreux décideurs,
politiques et journalistes.
Et son engagement est total
pour la collaboration.
Et pendant ce temps,
vous profitez de la vie parisienne avec votre femme française.
Certains vous accusent d'être trop francophile.
Ma loyauté envers le Führer est totale.
L'ambassade peut devenir un lieu de rencontre
pour les personnalités influentes
qui nous aideront à diffuser nos idées.
La collaboration finira par s'imposer.
D'ailleurs, il n'y a pas de front commun contre nous.
Les résistants sont une infime minorité.
Les Français sont très majoritairement pétainistes.
Que pensent-ils de notre politique antijuive ?
Il existe un antisémitisme "culturel" en France.
Beaucoup de grands écrivains ont écrit des textes antisémites :
Céline, Bernanos, Claudel, Gide, Drieu,
Giraudoux, Blanchot, Brasillach, Rebatet,
Voltaire et d'autres...
Le sentiment antisémite existe en France.
Alors, soutenez ma politique de collaboration
et j'obtiendrai beaucoup des Français.
Je les connais depuis longtemps.
Je peux éviter les combats armés.
Pour le dire simplement :
il vaut mieux une vache à traire qu'une vache à tuer.
À son procès, après la guerre,
Otto essaiera de se défendre
en disant qu'il a joué un double jeu pendant l'Occupation,
qu'il a tout fait pour protéger les Français.
Limiter la casse.
Pour Ciné Mondial, M. Guitry !
M. Guitry, s'il vous plaît !
Regardez-moi !
Plus tard, on nous traitera, mon père et moi, de salauds,
de traîtres à la patrie,
de collabos.
Mais quand est-ce qu'on devient une collabo ?
En allant à des cocktails ?
Peut-être.
Je connaissais beaucoup de gens qui étaient là.
Je les avais croisés avec mon père, depuis l'enfance.
J'étais heureuse de revoir Suzanne et Otto.
J'avais grandi avec eux.
C'était irréel de se retrouver là, tous ensemble,
sous les lustres.
Il y avait beaucoup de monde à ces réceptions.
Il y avait tout Paris, même.
Ce Paris des mondanités,
malgré la guerre, les restrictions.
On y croisait des artistes,
des journalistes,
des affairistes,
ou des chanteurs de charme.
C'était "the place to be", comme disent les Anglais.
78 rue de Lille.
Dans les quartiers chics.
Une ambassade accueillante, rassurante.
L'art de recevoir, à la française.
Un chic moderne,
mais factice.
Y avait des collaborateurs sincères,
mais aussi des fanatiques.
Ou simplement des opportunistes.
Des revanchards sans scrupules
profitant de la guerre pour pousser leurs idées
ou leurs intérêts.
Et surtout,
avoir accès à des femmes
qui ne les auraient jamais regardés avant.
Comme mes amies du cinéma
que mon père m'avait demandé d'inviter à l'ambassade.
Il fallait des femmes, toujours des femmes.
Comme il faut des putains dans un bordel.
Alors, c'est vrai,
j'ai suivi le mouvement sans me poser trop de questions.
Parce que je suivais mon père.
Il pouvait pas me compromettre.
- Mademoiselle. - Merci.
Regarde-les bien,
ils vont tous être pendus.
- Mais c'était qui, cette fille ? - Une actrice que je connais.
C'est une jalouse.
On fait rien de mal, tu sais.
Faut bien qu'on discute, qu'on échange.
Fais pas attention à tout ça, c'est des envieux.
Les gens sont très contents de te voir.
Corinne.
Tu veux visiter ?
C'est un grand secret.
Viens.
Ça, c'est un Renoir.
C'est la femme de son fils, Jean, le metteur en scène.
Et ça,
c'est un surréaliste.
Picabia.
Ils appellent ça l'art dégénéré.
Qu'est-ce qu'ils y comprennent ?
Tu fais encore des dessins, de la photo ?
Peut-être un jour, la guerre s'arrêtera
et je retournerai dans ma chambre noire.
Mais d'où viennent tous ces tableaux ?
Je ne peux pas tout te dire.
Hop...
C'est Egon Shiele.
Pardon,
je ne veux pas te gêner.
Me gêner de quoi ? Ça va, je suis pas une gamine.
J'ai une demande à te faire, mais n'en parle pas à papa.
Ah...
On m'a dit que tu pouvais donner des ausweis
- pour circuler après le couvre-feu. - Ah...
Les dancings clandestins.
Il paraît qu'il y en a partout.
On va passer un petit marché toi et moi.
Je vais te donner des ausweis pour toi et tes amis,
et toi, tu viens de temps en temps à mes petites fêtes.
D'accord ?
M. l'Ambassadeur.
- Merci pour cette soirée. - Merci à vous.
- M. Luchaire. - Merci pour la soirée.
M. Luchaire, au revoir.
T'as vu, tout le monde est venu.
Merci pour ton aide.
Alors à toi, le joyeux campeur devenu roi de Paris.
Ils t'ont dit quoi à Berlin ?
Ils me demandent d'augmenter le volume de réquisitions,
d'avoir une politique plus répressive.
Les Allemands me reprochent d'être l'ami des Français
et les Français, d'être un représentant des nazis.
Augmenter les réquisitions ?
Tu leur as dit oui ?
Tu sais,
quand un diplomate dit oui,
cela veut dire peut-être.
Mais s'il dit peut-être, ça veut dire non.
Et s'il dit non ?
Alors ce n'est pas un diplomate.
Je vais te montrer quelque chose.
Voilà.
La chambre à coucher.
C'est modeste, hein ?
Fais attention ici.
Il y a des Francs,
des Reichsmark,
des dollars.
Je ne sais même pas combien...
Je n'avais jamais vu autant d'argent.
Tu nous revois courir après trois ronds
pour payer nos voyages ?
À qui tu dois rendre des comptes pour tout ça ?
À ma conscience.
Ah !
On vous espérait, on désespérait.
- Princesse. - Bonsoir.
Monsieur Luchaire.
Guy de Voisins pour vous servir.
C'est par ici.
Installez-vous, je vous en prie.
- Vous voulez boire quoi ? - Bonsoir, mademoiselle.
- Du champagne. - Oui.
Oui, du champagne.
- Vous avez vu le spectacle ? - C'était beau ?
Là-bas, sur scène, vous avez Lydia.
Lydia Rogers.
C'est son nouveau numéro.
D'où tu les sors ?
Ça va, ils sont pas méchants.
Ça va, les filles ?
Lydia.
Voilà Jean, explique-lui ton problème.
- Bonsoir. - Bonsoir.
Le spectacle vous a plu ?
Beaucoup, oui.
Que puis-je faire pour vous ?
Guy m'a dit de vous demander, mais je veux pas déranger.
Je veux aller voir mes parents, en zone libre,
mais il faut des papiers compliqués.
Je vais voir ce que je peux faire.
Je vous laisse ma carte. Appelez-moi au journal.
- Je veux pas vous embêter. - Pas de souci.
Merci.
Lydia, c'est ça ?
Lydia Rogers.
Jean, ça va ?
Qu'est-ce qui s'est passé, vous êtes tombé ?
Je vais t'écrire, Jean.
Je préfère t'écrire.
"Mon cher Jean, mon cher fils,
"j'ai choisi de t'écrire car le temps est venu pour moi
"de te dire des choses importantes, à toi, le journaliste.
"Toi, le patron de presse.
Tenez.
"Il y a quelques semaines,
"une liste de livres interdits, a été publiée
"par les services de propagande allemands.
"Cette liste porte le nom de ton ami Abetz.
"On l'appelle 'la liste Otto'.
"Cette liste Otto
"contient bien d'autres noms d'écrivains remarquables,
"qui ont nourri nos lectures et tes apprentissages.
"Cette liste contient aussi un livre écrit par mon épouse,
"ta belle-mère, Antonina Silberstein,
"qui relate les horreurs commises par l'armée allemande,
"en Pologne, avant la guerre."
Tu as lu l'article du Figaro ?
Quel article ?
Ton père a écrit un article.
Enfin...
une lettre.
Une lettre ?
"Tu ne m'as même pas parlé de cette liste.
"Comme si elle n'existait pas.
"Tu as regardé ailleurs.
"Je ne te comprends pas, Jean.
"Je ne te comprends plus.
"L'héritage moral que tu as reçu de nous,
"pourquoi le méconnaître et le trahir ?
"La collaboration ne dénature pas seulement
"les traits d'une politique incertaine,
"elle offre aux âmes fuyantes
"toute licence pour s'engager dans une voie trouble.
"Qu'es-tu en train de devenir, Jean Luchaire ?
"Une âme fuyante ?
"Est-ce la collaboration que tu défends
"ou le pouvoir illusoire qu'elle te donne,
"en dansant avec la trahison ?
"J'espère que tes activités
"te laisseront le temps de réfléchir à ceux que tu aimes
"et que tu entraînes dans ce chaos.
"Ton père."
Tout le monde a lu la lettre de mon père ?
C'est pas à moi qu'il écrit.
C'est à ses amis bien-pensants et ceux de sa femme.
Pour bien montrer à tous qu'il partage pas mes idées.
C'est assez dégueulasse de faire ça, non ?
- Merci pour votre confiance. - Au boulot.
Qu'est-ce qu'il nous reste à...
Il faut reparler de l'Égypte
et de ce qu'a dit de Brinon.
Pour beaucoup de gens, la collaboration,
c'était encore juste un mot.
Mais pour ces journalistes, c'était des milliers de mots,
de phrases, d'articles.
Les Allemands étaient là pour longtemps.
Peut-être pour toujours.
Alors il allait bien falloir trouver comment vivre avec l'occupant.
Et négocier une place privilégiée pour la France
dans cette nouvelle Europe.
L'ennemi commun,
ce sera désormais les Anglais, les gaullistes,
ou le capitalisme juif, comme on a dit à l'époque.
Ce sera ça, le nouveau monde,
les nouveaux temps.
C'était l'hiver.
Il faisait un froid glacial à Paris.
L'Allemagne avait voulu
faire un cadeau hautement symbolique à la France.
Le retour d'Autriche des cendres du fils de Napoléon,
qu'on appelait l'Aiglon.
Cent ans, jour pour jour,
après le retour du corps de l'Empereur, à Paris.
Alors, sur les conseils d'Abetz,
Hitler, lui-même, avait pris cette décision.
Pour encourager cette nouvelle entente
entre les ennemis d'hier.
Je n'ai pas envie d'y aller.
On l'a promis à Otto, ma chérie.
Fais-le pour moi, s'il te plaît, c'est important.
Une voiture de l'ambassade nous attend en bas.
"Regardez, ami français,
"l'Allemagne va enfin réaliser
"le grand rêve européen de Napoléon.
"Et cet ordre nouveau,
"nous allons la construire main dans la main."
"Du sublime au ridicule, il n'y a qu'un pas."
Napoléon.
Abetz avait demandé
que toutes les cloches de Paris accompagnent la procession.
Il avait annoncé à la presse
la présence de Pétain et d'Hitler, en personne, aux Invalides.
La grande histoire en marche
devant les photographes du monde entier.
Ça devait être le baptême de la collaboration.
Mais les dieux en avaient décidé autrement.
Au tout dernier moment,
Pétain a refusé de quitter la zone libre
pour venir à Paris.
Il avait peur des complots, de se faire enlever.
Ou pour faire croire qu'on ne pouvait lui donner d'ordre.
Hitler, lui non plus, n'est pas venu.
Ni Goering, ni Goebbels...
Alors Abetz s'est retrouvé seul dans cette comédie funèbre,
entouré de courtisans, de fantômes.
Et finalement, peu de têtes connues.
Ce soir-là,
je ne sais pas qui a été dupe de cette mise en scène.
Moi, j'ai eu l'impression d'assister à une messe noire.
Abetz était furieux, humilié.
Mais il n'a rien voulu montrer.
On lui avait annoncé, le matin même de la cérémonie,
que ni Pétain, ni Hitler
ne viendraient finalement aux Invalides.
À Montoire, ce vieux con de Pétain a serré la main d'Hitler
et aujourd'hui, il refuse de venir ?
Il est devenu complètement sénile !
Il met toute la France dans la merde !
C'est ça, la France réactionnaire.
La France moisie.
Vous donnez raison à mes adversaires à Berlin.
Ceux qui sont contre la collaboration !
Bravo !
Écoute, Otto, tu as vu la liste des invités ?
Guitry, Lépidon, Verdoux, peut-être même Céline.
Des grands patrons, des éditeurs,
j'ai rameuté toute la presse,
toutes les radios.
Et Corinne, ses amis du cinéma.
À quoi bon tous nos efforts ?
Ça n'aura servi à rien !
Mon plan était simple.
Pétain et le Führer
main dans la main devant le tombeau.
Une image emblématique et puissante.
Et qu'avons-nous ? Rien.
Absolument rien !
Désormais, vous aurez affaire
à Goering et Goebbels !
Ils n'attendaient que ça pour rayer la France de la carte.
C'est pourquoi
nous remercions le chancelier Hitler pour ce geste chevaleresque
qui signe son désir de réconciliation avec l'ennemi d'hier.
Car Napoléon,
lui aussi, était l'héritier d'une grande révolution.
Lui aussi a bataillé contre les réactionnaires.
C'est Napoléon
qui a revivifié les grands mouvements populaires
dont on trouve l'équivalent moderne dans les nationales socialismes
et le fascisme italien.
Gloire à lui.
Et Heil Hilter !
Après la cérémonie, y a même des gens qui diront :
"On a besoin de charbon et on nous envoie des cendres."
- Bonsoir. - Ma fille, Corinne.
- Mes hommages. - Bonsoir.
Lucien Rebatet.
- Enchantée. - Enchanté.
Et Pierre Drieu la Rochelle.
- Mademoiselle. - Bonsoir, enchantée.
Monsieur Louis-Ferdinand Céline.
Bonsoir.
- C'est très gentil d'être là, merci. - C'était formidable.
Très belle cérémonie.
- Vous êtes entrés facilement ? - On était sur la liste.
- Tu nous fais visiter ? - Oui.
Je voudrais faire un petit discours.
Monsieur Céline, je vous écoute.
Merci, monsieur l'Ambassadeur Abetz.
J'ai une annonce
importante à faire,
n'est-ce pas ?
Hitler
est mort.
Il est mort et les gens ne le disent pas.
Il est mort depuis longtemps, en plus.
Regardez.
Il est mort et c'est un youtre qui a pris sa place.
Ça se voit sur le tableau, regardez le nez.
Dehors !
Parce que les youtres veulent prendre toutes les places.
Même celle d'Hitler.
- Bon, écoutez, mon cher Ferdinand... - Oh !
C'est le journaleux Luchaire.
Le père de la gamine.
La blondinette.
De la vedette.
Prisons sans boyaux.
On bouffe à tous les râteliers, à ce qui paraît.
Côté du manche, tu sais ce qu'on dit de toi ?
Il payerait pour se vendre.
Vous croyez ?
Attention, c'est qu'il est prudent.
Il est pas modéré,
c'est un tiède, oui.
Il aime les Juifs.
Y en a même dans sa famille, en plus.
Il a son rond de serviette, ici !
Bon, ça suffit.
Elle est déjà pourrie votre collaboration.
Si jeune et si pourrie !
Un château de cartes !
Politicards foireux !
Valse des pantins !
Valse des pantins !
Exactement !
Vive l'Empereur !
- Ça va ? - Oui, oui, ça va.
J'avais acheté Le voyage au bout de la nuit, en 34,
dans une librairie française, à Munich.
Céline,
c'est un génie.
Un génie français.
Un génie de la langue.
Mais quand il s'égare,
il nous désole.
Mais je condamne ces provocations.
Je veillerai à ce qu'il ne lui arrive rien de grave.
L'Histoire jugera.
Et Corinne,
tu es une grande artiste.
Heil Hitler !
- Ça va pas ? - Je me sens pas bien.
Sieg Heil ! Sieg Heil !
Sieg Heil !
Corinne, prends ça.
T'es sûre ?
Ma chérie, ma chérie...
T'es brûlante.
Ça me fait mal.
Ça me fait mal.
J'ai eu peur.
Les gens m'ont fait peur autour de toi.
La première fois que j'ai vu cet endroit de malheur,
j'ai pensé à un bateau.
Un paquebot qui m'emmènerait loin dans la forêt.
Loin des vivants.
De ma vie de vedette, à Paris.
C'est par ici.
Alors là, vous avez l'oxygène.
Vous avez le crachoir, des serviettes.
Il en manque, je vais en chercher.
Et le docteur Baraché va passer vous voir.
Merci.
C'est comme un hôpital, en fait.
Ça passera vite.
Tu vas respirer de l'air pur, te reposer.
Ils ont les meilleurs médecins.
Si ça va pas, je te trouverai une place ailleurs.
T'inquiète pas.
Toi non plus, t'inquiète pas.
Je reviens.
Et on sait des choses sur l'attentat ?
Y a des morts ?
Non, le mets pas à la une, j'appelle Abetz avant.
Je te remercie.
Il a passé la nuit, là.
Et puis il est parti.
C'est moi qui ai voulu, y avait des attentats à Paris.
On entendait un nouveau mot, la Résistance.
Y avait pas de vaccin contre cette maladie
qui tuait au hasard.
Les hommes, les femmes.
- Les pauvres, les riches... - Tu as développé des cavités...
C'était un carnage.
Une contagion, sans pitié.
Alors il fallait isoler les malades pour freiner l'épidémie.
Les bannir comme des pestiférés.
La guerre,
la résistance ou la collaboration...
franchement, on n'y pensait pas.
On avait notre guerre à nous.
Contre la douleur,
les crachats,
la terreur d'une inflammation
qui vous balaierait en quelques jours.
Prenez votre temps.
Ça va ?
On nous disait air pur, soleil,
repos,
et surtout, nourriture grasse.
Six repas par jour,
de mauvaise qualité,
que je vomissais juste après.
Je me vidais.
Il est bon le pot-au-feu.
J'avais plus de règles.
Mon corps était en train de me lâcher.
Une chaise vide, un matin,
et on comprenait.
On brûlait les vêtements.
Y avait pas de guérison, que des rémissions.
On le savait.
On attendait notre tour.
C'est important de prendre l'air.
Bonjour.
Bonjour.
Je peux m'asseoir ?
Oui.
Je m'appelle Marina.
Corinne.
Bah oui, je sais qui vous êtes.
Vous allez vous ennuyer, ici.
C'est comme dans Prisons sans barreaux.
T'as des cigarettes ?
- On n'a pas le droit. - On s'en fout.
Faut que je fume sinon je vais crever.
Parce que je suis innocente, innocente !
Tu vas voir,
certains planquent des bouteilles pour picoler peinards.
Y en a partout là-haut.
Sous tous les arbres quasiment.
Et voilà.
Bienvenue au bar.
C'est du rhum, fais gaffe.
C'est du rhum.
Du rhum ambré, je crois.
On la laisse là, on est pas des crevardes non plus.
Ça fait quoi un pneumothorax ?
Bah ça fait mal, je crois.
Mais ils te donneront de la morphine.
Ça, ça fait du bien.
Ça, c'est même très, très agréable.
Tu m'en refileras, j'adore.
- Tu es là depuis longtemps ? - Trois mois.
Les Boches viennent pas ici, ils ont peur d'attraper la mort.
On est venus se cacher avec ma famille
pour échapper aux rafles.
Quand on en trouvait, on nous donnait de la morphine.
Surtout la veille d'une opération.
Vous vous mettez sur la table.
La pire de toutes,
on appelait ça un pneumothorax.
On injecte de l'air glacé dans la cage thoracique
pour faire remonter le poumon rongé par l'infection.
C'est sur la peau.
Je vais prendre l'aiguille.
Respirez à fond.
À fond, à fond.
Ne respirez plus.
Je pique.
Courage.
Une.
Une deuxième.
Une troisième, merci.
Et après l'opération,
vous vivez dans la peur de la prochaine.
Le lendemain.
Ça devient comme une vie dans la vie.
Mon corps sera mon ennemi, désormais.
- Ça va ? - Alors, c'est vrai,
pendant tout ce temps, je pensais à ma douleur
et pas à celle des autres.
C'est vrai.
On parle d'une rafle.
De milliers d'arrestations.
Des Juifs étrangers essentiellement.
C'est la police française qui a organisé l'opération.
Ils ont manqué de zèle, d'ailleurs.
Tu ne m'as rien dit.
Je peux pas tout te dire, Jean.
Pas tout.
Ils vont où ?
On les emmène où ?
Dans des camps de travail, des usines...
on a besoin de main d'œuvre.
Les enfants aussi vont travailler ?
On allait pas les séparer de leurs parents.
Qui s'en serait occupé ?
C'était une nécessité politique, Jean.
Et ce n'est qu'une étape.
Hitler veut expulser tous les Juifs d'Europe.
On a étudié un plan pour les regrouper
à Madagascar ou en Palestine.
Leur donner un pays refuge.
Ce sont eux
les responsables de cette guerre.
Tu croyais pas ça, avant.
Je sais, oui.
J'ai changé.
C'est devenu clair pour moi, maintenant.
Les Juifs ne s'assimileront jamais.
Jamais.
Et c'est leur décision donc c'est leur faute.
Ils sont trop contents de leurs différences.
L'opinion n'acceptera jamais cette violence.
C'est pour ça
que la presse doit nous aider, Jean.
Expliquer cette politique.
La faire accepter.
Tu veux aider ta famille,
tes amis...
Tu as raison.
Mais tu sais ce qu'on dit de toi, Jean ?
Céline,
l'agité du bocal,
tu sais ce qu'il raconte partout dans Paris ?
Que tu n'as pas de convictions.
Que tu es enjuivé.
Et c'est déjà remonté jusqu'à Berlin.
Et ça peut nous nuire, à toi, comme à moi.
Comme à Corinne.
Il faut que ton journal soutienne
notre politique envers les Juifs.
Céline est un malade.
Je sais comment lui parler.
Alors fais-le.
M. l'Ambassadeur.
Ils sont arrivés.
Le repas est servi.
Heil Hitler !
Excusez-moi pour le retard.
Jean Luchaire.
- Très heureux M. Luchaire. - Enchanté.
Je voulais vous rassurer, M. Luchaire,
la papier va être livré directement à votre imprimeur.
Il y avait un simple problème administratif.
Je vous remercie.
Et mes employés et ouvriers du journal aussi.
Ils ont besoin de travailler.
C'est monsieur l'ambassadeur qu'il faut remercier.
Votre longue amitié
est un bel exemple de solidarité
franco-allemande.
Très bien dit.
À l'amitié.
À l'amitié.
À l'amitié.
À l'amitié.
"Mon cher Céline,
"avec cette férocité qui est la vôtre,
"je sais que vous me condamnez, désormais sans appel,
"à la catégorie des hommes sans foi, sans courage,
"sans tranchant.
"Vous m'accusez même d'être enjuivé.
"La collaboration est, pour moi, nécessaire.
"Mais je veux la conduire avec intelligence et tact.
"Avec une vision politique
"et non dans l'écume de la haine.
"Sachez que je n'oublie nullement les Juifs.
"Je suis même devenu totalement antisémite
"ce qui n'était pas du tout le cas, il y a quelques mois.
"Ce que vous appelez manque de conviction,
"n'est peut-être que la prudence d'un homme
"qui préfère penser que hurler.
"Je ne vous ferai pas l'injure de répondre à vos invectives.
"Mais je tiens à vous dire ceci,
"je ne suis pas enjuivé.
"J'ai mes yeux, mes oreilles
"et surtout, oui, surtout,
"ma mémoire.
"J'ai vu et j'ai compris.
"Et j'ai changé.
"Enfin, rassurez-vous,
"j'ai, à côté de moi, un rédacteur en chef de grand talent.
"Guy Crouzet
"qui sera particulièrement attentif à ces questions,
"au sein de mon journal.
"Avec toute mon amitié,
"Jean Luchaire."
Je me sens pas très bien...
pardon.
- Je vous en prie. - Y a pas de mal.
Venez.
Vous voulez qu'on appelle quelqu'un ?
- J'espère que ça va aller. - Elle comprend pas.
- Clotilde, tu peux nous laisser ? - Oui, bien sûr.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Il faut qu'on fasse un point.
Il faut que tu connaisses la situation, Jean.
Les ventes ne décollent pas, les annonceurs ne suivent pas.
Il faut de l'argent, maintenant.
Puis il y a les salaires, l'imprimerie, les frais...
Voici un état financier à jour.
Je vais plus pouvoir cacher la situation longtemps.
Sans parler des restrictions de papiers.
Le papier ça ira, Abetz me l'a promis.
Mais...
l'ambassade ne peut pas attribuer une subvention,
une aide ?
Intervenir auprès de la banque ?
Ça se passe plus comme ça.
Autre chose...
il faut faire attention avec les notes de frais.
Si on a un contrôle...
Je travaille.
Je dois négocier avec des gradés allemands.
Les amadouer, obtenir des concessions.
Je m'expose.
Je prends des risques.
Tu comprends ?
Je comprends.
Et j'ai pas à me justifier. J'ai rien à justifier.
Rien !
On bouge pas, comme hier, on y va.
Je pique.
Ouais, parfait.
L'armée allemande recule à Stalingrad.
8 généraux et 45 000 soldats allemands
ont été fait prisonniers.
C'est une nouvelle grande défaite pour la Wehrmacht.
L'Allemagne nazie n'est plus invincible.
Mets-en moi un peu.
Respire, respire.
Mais respire !
Et plus, et plus !
Merci.
Je veux pas mourir trop jeune.
T'inquiète pas.
Vous faites trop de bruit, vous allez vous faire repérer.
Les patrouilles savent qu'il y a un journal dans cet immeuble.
Je peux lire ?
Je sais qui vous êtes, monsieur.
Vous ne devriez pas publier de telles choses.
Dehors, les Allemands fusillent des gens tous les jours.
Ils les torturent.
Il faut faire des phrases plus courtes.
Ramassez vos affaires et allez-vous-en.
À l'avenir, soyez plus discrets.
Vous avez du papier, là.
On ne s'est jamais vus.
Tous les jours, on verse des millions aux Boches
pour payer leurs frais d'occupation.
Ils ne savent pas quoi faire de tout ce cash.
Mais beaucoup de Français ne veulent pas faire du business
avec les nazis.
Alors, on a inventé un système de sociétés-écrans
qu'on appelle "bureaux intermédiaires".
Des gérants de Paris
qui sont entre les fournisseurs français et les Allemands.
Le Français peut dire :
"Je travaille avec des Français, pas avec les Boches."
Ces bureaux prennent un gros pourcentage
sur chaque transaction.
Des centaines de millions circulent
sans aucun contrôle, sans taxes, sans impôts, sans rien.
Alors, c'est ça, ton business ?
Des bureaux intermédiaires ?
J'aimerais bien.
Mais il faut une autorisation des Allemands pour ouvrir un bureau.
Un bureau qui traiterait en direct avec l'armée allemande.
Et pas des petits trafics.
Tu n'apparaîtras nulle part, moi non plus d'ailleurs.
On utilisera des prête-noms, un tas de Russes n'attendent que ça.
L'important, c'est d'avoir une autorisation.
Remettez-lui en main propre.
On les appelait "les comtesses de la Gestapo".
Elles étaient devenues les reines du marché noir pendant l'Occupation.
Elles avaient souvent des noms russes comme la comtesse Tchernycheff,
spécialiste du trafic d'alcool.
Il y avait les princesses Mourousi ou Olinska,
une héroïnomane qui fournissait des filles ou des garçons
aux gradés allemands en échange de services.
Ou la baronne Ivanov qui travaillait directement avec la Gestapo.
Certaines avaient été comédiennes, danseuses nues ou prostituées
avant de se coller à des Russes blancs
qui avaient fui les Bolcheviques.
Elles leur servaient de prête-noms pour les fameux business de Guy.
Il fallait profiter à tout prix.
Se gaver au grand festin offert par la guerre.
Mesdemoiselles.
Mes beautés.
Une très belle surprise.
- Regarde-le. - Je lui ai tout appris.
Mon ami est là-bas.
Merci.
J'ai une opportunité pour acheter un théâtre à Paris.
C'est cher ?
Je t'avance l'argent.
Tu me donnes tes parts en garantie.
Pour Corinne.
Ça lui fera plaisir.
Je veux pas que tu t'approches de ma fille.
Mais si, tu veux.
De toute façon,
t'as pas les moyens de refuser.
Tu t'approches pas de ma fille.
Putain.
Doucement, doucement, doucement.
Tiens, ça va te calmer.
Jean, ça va aller ?
Ta fille, elle sait que t'as des aventures ?
Elle me juge pas.
On n'est pas comme ça.
T'as couché avec elle ?
Tu vas lui gâcher tous les hommes à ta fille.
C'est elle, Marina.
Elle se cache depuis des mois.
Ils voudraient partir au Portugal,
mais on leur a refusé les laissez-passer.
Faut pas donner ce nom, c'est trop dangereux.
On pourra en parler à Otto ?
Oui.
Bonjour.
M. l'ambassadeur m'a dit que vous aviez besoin
- d'un renseignement et d'ausweis ? - Tout à fait.
C'est comme la dernière fois.
Un de mes ouvriers a reçu ses papiers pour aller travailler en Allemagne.
Il faudrait le retirer de la liste, son nom, c'est Bartoldi.
Ça, c'est une famille qui n'a plus de nouvelles de son fils.
Il était à Fresnes.
Le nom, c'est René Morel.
Et ça, c'est une famille
qui est en Haute-Savoie, ils ont besoin de laissez-passer.
Le nom, c'est Bergeron.
Il y a les prénoms et les dates de naissance au dos.
Entendu, je m'en occupe.
Désolée, je dois récupérer mon magnétophone pour mon travail.
On t'a dit qui j'étais, c'est ça ?
Ça me regarde pas.
Je veux pas savoir ce que tu as fait ou pas.
J'avais pas compris.
De toute manière, j'ai tort.
C'est ça ?
Les gens savaient pas, Eva. Moi, je savais pas.
On a su qu'après la guerre, avec ceux qui sont revenus.
On savait pour les rafles, les camps de travail.
On parlait pas d'extermination, de chambres à gaz.
Personne pouvait imaginer ça.
Ton père savait rien, avec les gens qu'il connaissait ?
Il m'en a jamais parlé.
Je le voyais être généreux.
Il rendait des petits services grâce à l'ambassade.
Il distribuait
- des laissez-passer ! - Des "petits services" ?
Ça n'excuse rien.
Mais c'était mon père !
Tu peux comprendre !
Mon père !
- Merci. - Je vous en prie.
"On le sait la responsabilité des Juifs
"dans le déclenchement du conflit,
"apparaît aussi clairement que l'étoile sur leur poitrine.
"Si les Juifs avaient eu une couleur de peau différente,
"les Français de race
"se seraient ressaisis avant que l'Empire israélite
"ne réussisse à s'imposer sur notre sol,
"dans tout le corps social.
"Souvent à des postes de pouvoir."
Jean est au courant de cet édito ?
Il a dit qu'il me faisait confiance.
"Nous ne voyons pas
"ce qu'il y a d'inhumain à imposer un signe distinctif,
"une étoile jaune,
"à une catégorie de gens dont les sentiments, les passions,
"et les intérêts,
"ne sont pas les mêmes que ceux des Français de race."
Ce sera publié ce soir à la une. Merci, messieurs.
C'est avant tout par son courage
et son engagement pour une presse responsable
qu'il s'est imposé comme une grande figure de notre métier.
Je vous demande d'accueillir le nouveau patron
de la corporation de la presse française,
M. Jean Luchaire.
Merci, mon cher Bertrand. Mes chers collègues.
C'est un honneur de devenir celui qui défendra les intérêts
de notre profession.
Vous connaissez ma passion pour le journalisme,
mon engagement sincère dans la politique
de collaboration.
Pour vous, j'ai obtenu des concessions importantes
comme l'augmentation des salaires,
l'ouverture de cantines et de colonies de vacances gratuites,
ou encore une nouvelle mutuelle.
Je voudrais remercier M. l'ambassadeur Abetz,
et ses services, d'avoir été à notre écoute.
À l'écoute des journalistes et des ouvriers
de la presse.
Je vais m'arrêter là
car en plus de collaborationniste, on va me reprocher d'être communiste.
Merci, messieurs, bon travail et n'oubliez pas :
vous êtes l'honneur de la presse française.
Merci.
Goering a dit qu'il ne croyait plus en la collaboration.
Ils ont parlé de me rappeler à Berlin.
Ils croient encore à la guerre après Stalingrad ?
Les défaites en Afrique du Nord ?
La guerre durera, Jean. C'est comme ça.
Non, c'est foutu, Otto.
Tu le sais que c'est foutu.
Mais t'inquiète pas,
les journalistes écriront ce que tu voudras.
Moi, je n'écrirai plus.
Je vais me consacrer à...
mes nouvelles fonctions.
Comment va ta santé, Jean ?
De plus en plus de sang.
Tu vois, je suis déjà puni, on peut plus rien me faire.
Je serai mort avant qu'ils me jugent.
Enfin, qu'ils nous jugent.
Ils ont vu ton dossier médical.
Ils refusent de t'assurer.
Aucune production ne prendra le risque.
Crois-moi, j'ai essayé.
Il faut bien que je travaille.
Que je tourne.
Que je gagne ma vie, même un petit rôle.
Tu fumes encore ?
En attendant, on a des propositions.
De la radio, des photos.
Et un parfum.
- Un parfum ? - Oui.
Je vais pas faire
de la réclame pour un parfum !
Écoute.
Je connais un docteur qui va me faire un faux dossier.
Corinne.
Les gens savent que t'es malade.
Les assurances refusent.
Tu comprends ça ?
On tournait beaucoup de films pendant l'Occupation.
Parfois produits par les Allemands, la société Continental.
Je n'ai pas travaillé pour eux.
Je le savais pas encore,
mais je ne tournerai plus jamais de films.
J'avais une vingtaine d'années et j'étais déjà un fantôme.
Le fantôme d'une actrice.
Avec des taches noires qui rongeaient mes poumons
comme des salissures, des souillures.
J'avais plus le droit de boire d'alcool,
de faire la fête et encore moins de fumer.
Les médecins disaient
que ça pourrait me tuer.
Que c'était suicidaire.
Corinne !
Pourquoi pas ?
Corinne !
Ça va pas ?
Je dois changer mes pansements, ça me fait mal.
Ça va ?
Oui.
- T'as besoin d'aide ? - Non, merci.
Je crois que je t'aime, Corinne.
Non, tu peux pas dire ça.
Tu te prends pour qui
pour me dire ça ? Non !
L'amour, tu me fais pas ce coup-là. Ne bouge pas.
Tu me fais peur, là.
Ça va pas de m'aimer ou quoi ?
Ça va pas de m'aimer ou quoi ?
T'es fou ? Regarde-moi, ça va pas de m'aimer !
- Pourquoi ? - Attends...
Non, va-t'en ! Laisse-moi !
J'ai découvert des articles atroces sur moi
dans la grande presse américaine et anglaise.
On publiait des listes de "mauvais Français".
La copine des Nazis
Qu'il faudra tuer après la guerre.
Le monde entier voyait mon nom entre Pétain, Laval,
Céline et d'autres,
tous ceux de la rue de Lille.
On répétait
que j'étais la maîtresse d'Abetz depuis que j'avais quinze ans.
Que j'étais même la "putain" préférée de Goering
quand il venait à Paris.
La vraie putain française.
Fille d'un collabo.
D'un salaud.
Qu'ils mettent ça au sous-sol.
Faites comme il a dit. Doucement !
C'est fragile.
Tu vas bien ?
Excellence.
Alors,
je laisse ça là.
Je te fais confiance.
J'ai pas de trésor de guerre,
je dépense tout.
Jean, je m'inquiète pour Corinne.
On me dit qu'elle ne travaille plus ?
Je peux faire quelque chose pour elle ?
Elle est très malade.
Elle ne veut plus retourner au sanatorium.
Elle ne peut plus tourner.
Tu crois qu'elle comprend quoi ?
Je sais pas !
Crie.
Ça soulage.
Bravo !
Corinne !
Tu t'es mariée avec lui ?
Sans m'en parler !
Sans en parler à ta mère !
Pourquoi t'as fait ça ?
- Pourquoi ? - Tu m'as dit que tu l'aimais bien.
Qu'il pouvait t'aider avec l'argent.
M'aider avec l'argent de quoi ?
C'est un gangster, ce type !
C'est ton associé, oui ou non ?
Oui ou non ?
On m'a dit qu'avec ma maladie, je pourrais pas avoir d'enfants.
Et il m'a dit que ça changerait rien.
J'avais besoin d'entendre ça.
Excuse-moi.
Finalement, j'ai jamais vraiment vécu avec Voisins.
On est restés ce qu'on était, des camarades.
Des compagnons de lit, de fête.
Il a installé Lydia chez moi.
Un peu plus tard, j'ai appris qu'elle était enceinte.
Il me promettait
que c'était pas lui.
J'ai voulu le croire.
De toute façon, j'aurais cru n'importe quoi.
N'importe qui.
- Die Französische Polizei... - En français.
La police française
nous a fait remonter des informations
sur les liens de Luchaire et de sa fille
avec des milieux affairistes, et même du gangstérisme.
Le rapport est dans le dossier.
Il y a des chiffres, des dettes.
On y apprend que Les Nouveaux Temps a le plus faible tirage
de la presse quotidienne.
Et que Luchaire a maquillé les comptes.
Les subventions ne suffisent plus à lui tenir la tête hors de l'eau.
Continuez, n'ayez pas peur.
Il cherche de l'argent partout. Il dépense beaucoup.
De plus en plus.
Sa fille semble avoir fait
un mariage intéressé.
Avec un escroc en affaires avec son père.
Assez.
On avait un accord très simple entre nous.
Je vous ai fait une avance. Aujourd'hui, je veux voir mon argent.
- Où trouver deux millions ? - Je veux voir les comptes.
J'ai 10% du capital,
- je veux les comptes ! - Y a plus d'argent !
Abetz ne pourra plus vous protéger longtemps.
Lâchez-moi, vous !
- Vous finirez tous fusillés, escrocs ! - Dehors.
C'est vous, l'escroc !
La clé !
En s'en prenant à toi,
c'est moi qu'ils visent.
Ils connaissent tes liens avec ces bureaux de marché noir.
Ils ont tout saisi.
L'argent, les livres de comptes avec les noms, tout.
Il y a ton nom quelque part ?
Je crois pas, je sais pas.
Tu ne "crois" pas ? Jean, ils vont fouiller partout.
Dans nos vies, partout.
La moindre subvention, le moindre virement.
Mais ils ont Voisins.
Il est marié à Corinne, donc ils vont remonter jusqu'à nous !
Pourquoi tu t'es foutu dans les pattes d'un tel pourri ?
Pourquoi tu l'as laissé épouser ta fille ?
Laisse ma fille tranquille, elle t'a rien demandé.
Tu crois ça ?
M. Luchaire.
Au journal.
Moi aussi, j'étais compromise.
Salie.
Abîmée.
By next spring, I should probably be quite alone...
Alors, j'ai fini par ressembler à ce qu'on disait de moi.
La lâcheté.
L'aveuglement.
La tristesse, oui.
Mettez tout ça sur ma note, si vous voulez.
Je passerai payer.
Même si j'en ai plus les moyens.
Oh... Paris in the spring...
Spring...
And now, I'm here...
It's autumn,
but perhaps next spring, the war will be over.
Merci.
Ordures !
Collabos !
Vive de Gaulle !
Collabos !
Vive de Gaulle !
Non, non !
C'est des gamins.
Ça va ?
C'est du sang.
Entre.
Son Excellence.
On t'a cherché partout, Jean.
Il paraît que le journal a payé les loyers de tes maîtresses,
que tu t'es attribué
des salaires délirants.
Quitte à être un des hommes les plus détestés de France,
autant être le plus payé.
Tout doit forcément finir comme ça ?
Dans la décadence ?
Dans la vie, il peut y avoir un ordre.
Un ordre.
Voisins balancera tout pour sauver sa peau.
Et tu tomberas, toi aussi.
Il m'a tout raconté.
Comment il a acheté ta protection.
Les filles.
Tes garçonnières dans Paris.
Le trafic de tableaux, tout le reste.
Tu peux rien contre moi.
Voisins ne parlera plus.
On l'a retrouvé pendu
dans sa cellule.
C'était un parasite.
Un nuisible.
Sa vie ne valait rien pour moi.
Il ne touchera plus jamais Corinne.
On ne peut accepter que tout soit sali tout le temps.
Tu vas bientôt me parler de pureté ?
Je te juge pas, Otto.
Je suis ton ami.
Je continue à croire en l'amitié malgré tout.
Moi, je l'ai accepté depuis longtemps.
Vivre, c'est se compromettre.
Tout le monde n'est pas corrompu.
Labarrière, par exemple, il a rien dit.
Mieux vaut Hitler
que les communistes ?
Le seul nom qu'il a donné, c'est le sien.
Alors, tout le monde n'est pas corrompu.
Quand il faudra se défendre, on pourra pas dire ça.
L'Allemagne allait perdre la guerre.
C'était l'heure
des règlements de comptes.
Pour sauver sa peau, on dénonçait son voisin.
Son ami.
Ceux à qui on devait de l'argent ou qui en savaient trop.
En tant que Français et patriote, je vous l'affirme :
aidons l'Allemagne à battre la vermine judéo-bolchevique !
Il n'y a pas d'autre politique possible !
Adolf Hitler est l'homme providentiel
à qui l'Europe
devra sa survie.
Nous devons tout sacrifier pour l'y aider !
Il n'y a pas d'autre politique possible !
Sieg Heil ! Sieg Heil !
Sieg Heil !
C'est trop froid.
Ça va faire baisser la fièvre.
Chut...
Demain, j'apporterai la morphine à Corinne.
Appelle s'il y a un problème.
C'est qui tes amis ?
Des aviateurs de la base d'à côté.
Des Autrichiens, je crois.
Ils m'ont dit qu'il allait y avoir un débarquement.
T'inquiète pas.
Alors, ça y est ?
Ils vont tous nous tuer ?
À l'ambassade.
La destruction de Paris doit être préparée.
Il faut donc prendre des mesures radicales.
Exécution publique des insurgés.
Dynamitage des ponts de la Seine.
Anéantissement des monuments historiques.
Perdre Paris, c'est perdre la France.
Défendez la ville, jusqu'au dernier homme,
jusqu'à la dernière cartouche.
Ordre du Führer.
"Paris ne doit pas tomber aux mains de l'ennemi,
"ou seulement comme un champ de ruines."
Tel est l'ordre.
Je n'ai jamais vu ce télégramme.
Et je n'ai pas d'autorité militaire.
Compris.
Voulez-vous entrer dans l'Histoire
comme l'homme qui a brûlé Paris ?
- J'ai eu ton message trop tard. - Il faut partir.
Nous vous avons préparé des laissez-passer
pour vous et votre famille.
Et nous pouvons vous fournir une voiture jusqu'en Allemagne.
Corinne part avec nous.
Elle sera en danger ici.
♪ Le vent emporte ma chanson ♪
♪ Qui te dira mon grand amour ♪
♪ Tout au long des jours malheureux ♪
♪ Pour me guider, j'avais tes yeux... ♪
J'ai vu vos films à Salzbourg.
J'ai beaucoup aimé.
Surtout celui avec le militaire.
Je t'attendrai,
- c'est ça ? - Hm.
Je l'attends toujours, d'ailleurs.
♪ C'est la chanson ♪
♪ de notre amour... ♪
Pourquoi vous parlez si bien le français ?
J'ai plus tellement envie de parler allemand.
Ils nous ont menti à nous aussi.
J'ai plus le droit.
Justement, moi non plus, j'ai plus le droit d'être ici.
On s'en fout, c'est pas ça, les choses graves.
Les Alliés vont entrer dans Paris.
On a perdu.
Verboten.
Ja.
On ne trouvait plus de calmants contre la douleur.
La fièvre.
J'avais accepté de mourir.
Et puis, il y a eu ce garçon.
L'aviateur.
Son regard sur moi.
Sa douceur.
Pour la première fois depuis longtemps,
j'ai eu le sentiment d'être respectée.
Protégée.
Et c'était un Allemand, oui.
Enfin, un Autrichien.
Et alors ?
Parmi les pauvres filles à qui des salauds raseront bientôt la tête,
il y avait sûrement des amoureuses sincères.
"L'humanité se lève.
"Elle chancelle encore. Et le front baigné d'ombre,
"elle va vers l'aurore.
"Tout homme sur la Terre a deux faces.
"Le Bien et le Mal.
"Blâmer tout, c'est ne comprendre rien.
"Les âmes des humains,
"d'or et de plomb sont faites.
"L'esprit du sage est grave,
"et, sur toutes les têtes, ne jette pas sa foudre au hasard en éclat.
"Pour le siècle où l'on vit,
"comme on y souffre, hélas.
"On est toujours injuste et tout y paraît crime."
Wolrad voulait m'emmener
vivre avec lui à Salzbourg, la ville de Mozart.
Avoir une famille, une vie,
qu'on appelle normale.
Loin de mon père.
Je ne suis pas allée là-bas.
Je l'ai jamais revu.
Je quitterai jamais mon père.
On avait été dans le mauvais camp.
Alors, il fallait fuir.
En Allemagne, à Sigmaringen.
Je venais d'apprendre que j'étais enceinte.
Ils avaient échoué là, les collaborationnistes.
Sous la protection d'Abetz.
Encore lui.
Certains logeaient dans un grand château.
D'autres s'entassaient dans les auberges du coin.
Une ambiance de fin du monde.
Où on est pendu à ses illusions.
Il y avait des anciens ministres, des gangsters, des miliciens,
des femmes du monde ou des putains.
Ils étaient là, les naufragés de la rue de Lille.
Les maudits.
Danke schön.
Bitte.
On refusait d'entendre les avions des Alliés
au-dessus de nos têtes.
On disait même qu'Hitler avait une nouvelle arme magique :
des fusées qui allaient renverser le cours de la guerre.
Fais attention avec ça.
C'est toi qui dis ça ?
Messieurs, dames, un peu d'attention !
Les Américains ont été repoussés ! C'est écrit dans le journal.
Alors, c'est sûrement vrai.
On va gagner cette guerre !
♪ Nos frères marchent d'un pas assuré ! ♪
♪ Les camarades que le front rouge ♪
♪ Et la réaction ont abattus ♪
♪ Marchent en esprit dans nos rangs ! ♪
Il va pleuvoir.
Va savoir.
Corinne, prépare-toi,
il faut y aller.
- Où sont Suzanne et Otto ? - Ils sont partis.
Faut que je trouve de l'essence.
Qu'est-ce qu'on peut faire ?
Il faudrait de l'eau, mais on n'en a pas.
- La frontière est loin ? - Par là.
Je vous laisse.
- Vous nous laissez comme ça ? - Bon courage.
On va couper par là.
J'en peux plus, j'en ai marre.
Faut qu'on arrête.
Arrête ! Tout est de ta faute.
Pourquoi tu m'as emmenée ici ?
Ça devenait dangereux à Paris.
Dangereux à cause de toi, j'ai rien fait !
Ça va !
On entendait des choses terribles
sur la traque des collaborateurs.
Les violences.
Les exécutions sommaires.
Alors, on a fui comme ça pendant des jours.
Comme des vagabonds.
En dormant où on pouvait.
En Autriche, puis en Italie, je crois.
Il y avait eu trop de souffrances.
Une ambiance de guerre civile.
Bonjour.
Occupez-vous d'elle.
Qu'est-ce que vous faites ?
Vous l'emmenez où, là ?
Vous l'emmenez où ?
Ne la touchez pas !
Ne la touchez pas !
- Comment tu t'appelles ? - La touchez pas !
- La touchez pas ! - Tu t'appelles comment ?
Corinne.
- She's a french actress. - Corinne !
Alors, Mlle Luchaire...
- Corinne ! - Salope.
Allez, Corinne !
On va tourner, Corinne !
- Allez, plus vite ! - Corinne !
- Me regarde pas comme ça ! - Corinne !
Corinne !
Corinne !
- Allez ! - Allez, avance, Corinne !
Allez, plus vite !
La touchez pas !
Allez, ma Corinne !
Capitaine Marino, première armée.
Vous êtes qui ?
On est avec la 88 BI américaine.
Ouais.
Vous faites quoi, là ?
Enlevez-moi ça.
Les brassards.
C'est un ordre.
Bande d'ordures.
On n'a pas libéré la France pour ça.
Relevez-vous, mademoiselle.
Où est mon père ?
Qu'avez-vous fait à mon père ?
Corinne ! Corinne !
Je suis là !
Hitler était mort.
Les cloches sonnaient.
Les vainqueurs allaient écrire l'Histoire.
On allait être face aux visages de ceux qui nous traquaient.
Parfois,
des résistants de la dernière heure, sans honte et sans limites.
Allez, embarquez-moi ça.
Lâchez-moi !
Je peux voir un officier ?
Lève-toi !
Relève-toi !
Vermine !
Allez ! Par là !
Lève-toi !
Lève-toi !
Plus vite !
Collabo, lève-toi !
Lève-toi, je te dis !
Avance !
Abetz a abandonné les collaborateurs.
Ses marionnettes.
Il s'est caché plusieurs semaines en Forêt-Noire.
Il avait mis Suzanne à l'abri,
quelque part, en Allemagne.
Mains en l'air !
Otto Abetz ?
Je m'appelle Philipp Lauman, j'ai mes papiers.
Ça fait trois jours qu'on vous suit, on sait qui vous êtes.
Vous parlez français ?
Je... essayer.
Je travaille avec les enfants, je suis professeur de dessin,
monsieur.
Professeur de dessin...
Oui.
Est-ce qu'on peut s'arranger ?
Peut-être...
discuter.
Otto a été emprisonné, en attendant son procès.
Après la Libération,
on exécutait les collaborateurs les uns après les autres.
On a appelé ça "l'épuration".
Mon père voulait s'expliquer.
Je marchais dans la ville où j'avais grandi.
Une étrangère dans mon pays.
Chez ceux qui ont trahi par la plume,
la trahison était souvent inspirée par l'idéologie,
le fascisme.
Mais chez Luchaire,
elle fut inspirée par la vénalité.
Le goût du lucre et du luxe.
La vanité sociale.
Il ne fut pas un ignorant manipulé.
Ni un fonctionnaire égaré.
Encore moins un soldat pris dans la tourmente.
Non.
Jean Luchaire était un homme de pouvoir.
Un homme qui savait.
Et parce qu'il savait,
il est d'autant plus coupable.
Il avait tout pour faire autre chose.
L'intelligence, la culture.
Les relations.
Mais il a choisi l'ennemi.
Il a choisi l'or.
Il a choisi de trahir.
Collaborer avec l'ennemi, il appelait cela
"parler en bonne intelligence".
On le sait, la lâcheté rend subtil.
Mais l'intelligence avec l'ennemi,
c'est la trahison la plus grave.
Car les mots des salauds
arment le bras des imbéciles.
Alors, on vous dira que Luchaire
était un homme malade.
Que se voyant déjà condamné,
il a voulu "danser" avec la mort.
En goûtant
à toutes les compromissions, jusqu'à l'ivresse.
Mais la mort qui rôde
peut vous élever au-dessus de vous-même.
Et ne pas libérer nécessairement vos plus vils instincts.
La mort qui rôde peut faire de vous un résistant.
Et pas un traître !
On vous dira également
que Luchaire a été un paradoxe.
Qu'il a joué un double jeu avec l'occupant.
Pour mieux défendre, soi-disant, les intérêts de la France.
Comme son grand ami Abetz,
le nazi francophile.
Complice des pires rafles de l'Occupation.
Enfin,
on vous dira que sous la peau du collabo,
il y a l'homme.
Avec ses faiblesses et ses contradictions.
Précipité dans un moment tragique de notre histoire nationale.
Et on prononcera alors le fameux :
"Et moi, qu'aurais-je fait à sa place ?"
Assez de cette morale indigne !
En publiant des textes impardonnables dans son journal,
il a contribué à la démoralisation du pays
et à la banalisation des pensées les plus abjectes.
Elle s'appelle Brigitte.
Au procès, tu vas entendre des horreurs sur moi.
Je viendrai pas.
Et on vous soutiendra que Luchaire n'était pas réellement antisémite.
Qu'il a même aidé des Juifs.
Qu'il en avait dans sa famille, parmi ses amis.
Et qu'il a publié sans conviction
des textes révoltants souvent dictés par l'occupant.
On vous dira également
qu'il a rendu beaucoup de petits services.
Ah, cette prétendue morale
des "petits services".
On obtient un ausweis pour une famille
pendant que des dizaines de milliers d'autres sont déportées
et on a l'impression d'avoir fait
ce qu'on pouvait.
Où est la vérité de Luchaire
dans ces contradictions ?
Oh, ne cherchez pas bien loin.
Dans l'argent.
L'argent,
encore et toujours.
L'horizon fuyant de la satisfaction sans cesse repoussé.
Lui, l'homme de gauche,
qui a laissé pourrir ses idéaux de jeunesse
pour échouer dans un journal complice de l'extrême droite.
Lui, l'humaniste des années 30,
proche des ligues qui luttaient contre l'antisémitisme,
et qui finira par être complaisant
avec les pensées les plus nauséabondes.
Par opportunisme politique.
Par intérêt.
La Résistance pleurait déjà ses morts
pendant que la fille Luchaire
buvait du champagne,
passant des bras d'un gangster à ceux d'un nazi.
C'est ignoble ce que vous dites !
Que savez-vous de ce qui est ignoble ?
L'indignation vous va mal, Luchaire.
Très mal.
Au moment de le juger,
pensez à ceux qui ont refusé
la compromission.
Pensez à ces héros qui ont sacrifié leurs vies pendant que Luchaire
"parlait en bonne intelligence" avec l'ennemi
en déjeunant tous les jours, je dis bien tous les jours,
chez Maxim's.
Ou, quand ces messieurs en avaient marre, à La Tour d'Argent.
Pendant que le pays crevait de faim.
Pensez à Labarrière, et ses frères d'armes résistants,
tombés pour la France.
Pensez à ces otages fusillés,
pendus sous les balcons.
Pensez à ces familles décimées
dans l'horreur des camps d'extermination nazis.
Tous ces gens sont morts.
Et ce traître vivrait ?
Je vous demande le châtiment suprême.
Lavez la France de cette souillure.
Est-ce qu'on devient quelqu'un d'autre
quand on sait qu'on va mourir ?
Je ne sais pas.
Il a regardé sa mort en face.
Et peut-être aussi ses fautes.
En joue !
Feu !
C'est elle ?
Essaye de voir où est l'appartement.
Qu'est-ce que c'est ?
C'est Léonide, Corinne.
Léonide Moguy.
Je suis innocente.
Je suis innocente.
Tu te souviens ?
Bonjour.
Je m'appelle Léonide, et toi ?
Brigitte.
Brigitte, enchanté.
Qu'est-ce que c'est, ça ?
J'aide une amie pour son travail.
Tu fumes encore ?
Au point où j'en suis, ça va changer quoi ?
Comment va votre famille ?
Votre sœur, Hélène.
Elle n'est pas revenue des camps.
Je savais pas.
On savait rien.
Est-ce que tu as cherché à savoir ?
Je n'ai pas de rancœur
contre toi, Corinne.
Je voudrais faire un film avec toi.
Non, c'est fini, tout ça.
On m'a jugée, condamnée à dix ans d'indignité nationale.
Je n'ai plus le droit de travailler.
Si on tourne ailleurs,
en Italie ?
Tu auras le droit de travailler.
Il nous reste le cinéma, Corinne.
Le cinéma.
Eclair by Netgem
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.