All language subtitles for Mio Dio, come sono caduta in basso! (1974) [SubtitleTools.com]

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Original subtitles

MON DIEU, COMMENT SUIS-JE TOMBÉE SI BAS ?

Paris, le 20 avril 1920.

Après cette triste journée, je n'écrirai plus sur tes pages,

cher journal intime, fidèle compagnon de mes tourments.

Aujourdhui, au cimetière du Père-Lachaise,

ma dernière chance de rencontrer le grand amour s'est envolée.

J'aperçois par la fenêtre de ma chambre parisienne,

la tour d’où je ferai le grand saut,

refermant ainsi pour toujours ce bref chapitre terrestre

qu'on appelle la vie.

Ma douloureuse histoire

a commencé il y a douze ans dans ma belle Sicile.

Venez!

Vous allez arrêter ?

Il s'agit d'un mariage, pas d'un enterrement.

Asseyez-vous.

Le père, bien que prévenu, ne s'est pas manifesté.

- Peut-être est-il mort ? - Non.

Car il continue à percevoir ses rentes, et comment!

Une lettre, monsieur le Marquis.

D'où vient-elle ?

- De Sicile. - Mettez-la au panier.

Je lui ai envoyé des télégrammes

dans tous les lieux de plaisir où le mène sa vie de débauche.

Télégramme, M. Le Marquis.

Plus tard, plus tard...

Voilà pourquoi j'ai réuni ce conseil de famille.

Que dit-on à une épouse avant qu'elle approche la couche nuptiale ?

Que lui dirait sa mère qui, malheureusement, n'est plus ?

Du haut des cieux, elle veille sur elle et la protège.

Je sais qu'elle veille sur elle, mais elle ne lui parle pas.

Tante Eccelsa, vous lui avez servi de mère.

Vous savez quel est votre devoir.

Je ne comprends pas, monseigneur.

Une jeune fille ne peut se marier ignorante des choses que ni moi

ni mère Béatrice ne savons.

Ni moi non plus, d’ailleurs.

Une fille innocente est ce qu'il y a de mieux...

Vous, taisez-vous!

Tante Clorinda vit-elle encore ?

- Si les rats ne l'ont pas mangée. - Elle se fait livrer ses repas.

Parfait. C'est elle qui s'en chargera.

Comme je l'envie...

Je ne le permettrai jamais.

Une fleur virginale... Cette pécheresse!

Suffit! Je l'ai décidé.

La tante pécheresse conviendra parfaitement.

Désormais, elle a expié et son expérience sera utile à Eugenia.

Tante Clorinda...

Tante Clorinda! Vous vouliez me voir.

Comme tu es belle!

On dirait un lys.

Un lys virginal.

Laisse-moi t'embrasser.

Pourquoi pleurez-vous tous ? Je suis si heureuse aujourd’hui.

Un jour, tu comprendras. Assieds-toi.

Voilà, je dois te parler comme le ferait une maman.

Ils m'en ont donné l'ordre.

Il est d’usage qu'à la veille du mariage,

une mère parle à sa fille.

Toi qui as été élevée chez les pieuses Carmélites,

tu connais les mystères de l'âme,

mais pas ceux de la chair.

Et c'est de cela qu'ils veulent que je te parle.

Oui, oui...

Je n'avais pas encore trente ans.

Nous dansions la valse. Il êtait beau, il était fort.

Prise par l'ivresse de la musique, je ne me rendis pas compte

qu'il m'emmenait au loin, dehors, sous la lune,

dans le parfum des fleurs d’oranger. Et c'est là...

C'est là qu'il me jeta à terre et me profana.

Et après ?

Et puis ce fut l'extase, si douce,

si divine...

Je sentis un feu qui m'envahissait.

Et ensuite, du sang. Encore du sang.

À prèsent,

tu sais tout. Va, ma fille.

Que Dieu te protège. C'est tout.

Merci, tante Clorinda.

Que t'a-t-elle dit ?

Elle m'a tout dit.

Je n'ai pas tout compris.

Ah, Dieu soit louê!

Toute la noblesse, et même le petit peuple

envahissait ce jour-là la chapelle du couvent où j'avais grandi.

Pour moi, c'était un mariage d'amour.

Au pied de l'autel m’attendais l'homme que j'aimais.

Lequel bien que beau, jeune et riche,

portait malheureusement un nom roturier.

Agenouillez-vous.

Raimondo Corrao, veux-tu

prendre Eugenia di Maqueda ici présente,

pour légitime épouse, selon le rite de notre Sainte Mère l'Èglise ?

Oui.

Et toi, Eugenia di Maqueda, veux-tu prendre

Raimondo Corrao pour légitime époux

selon les rites de notre Sainte Mère l'Èglise ?

Oui.

- Mais il y a un trou. - C'est normal.

- Tais-toi. - Pourquoi ?

Parce que ce trou n'est pas fait pour la tête.

Dépêche-toi de la coiffer.

Alors, à quoi ça sert ?

Attends là.

Soyez gentil avec ma petite fille.

Viens, ma petite. Entre.

Eugenia.

- Ôtez votre peignoir. - Pourquoi ?

Vous devez être fatiguée.

Assez.

Dans ce cas...

Permettez-moi...

Couchez-vous.

Où cela ?

Dans le lit nuptial.

Et vous ?

Et moi... Ici, à côté de vous.

Le sacrement reçu me l'impose.

Je le sais.

Je peux vous embrasser ?

Laissez-moi vous embrasser!

Non!

Qui est-ce ?

Un télégramme! Un télégramme urgent!

Glissez-le sous la porte.

Ah! Tante Clorinda...

Encore...

- Encore. - C'est pas le moment!

Pourquoi ?

Lisez.

- Qui l'a envoyé ? - Votre père, il me semble.

Alors, il est toujours vivant ?

Où est la coiffeuse avec les cariatides ?

Là, pourquoi donc ?

"Ne consommez surtout pas votre union." Qu'est-ce à dire ?

Que quelqu'un cherche à se moquer de nous.

Ça se fait souvent pour la nuit de noces.

Je l'ai fait aussi quand j’étais étudiant.

Une plaisanterie de mauvais goût.

"Restez purs et priez. Stop.

"Annonce de votre mariage parvenue tardivement. Stop.

"Vous êtes frère et sœur. Stop.

"Dans double fond

"tiroir de la coiffeuse aux cariatides

"sont enfermées

"mes mémoires expliquant l'atroce méprise sur ta naissance.

"Signé... Ton père,

"Ruggero di Maqueda."

Un burin et un marteau. Vite!

À vos ordres, excellence.

Un burin et un marteau. Vite!

Un burin

et un marteau pour le marié!

Le marié a besoin d'un burin et d'un marteau.

Vite!

Que se passe-t-il ?

Le marié veut un marteau et un burin.

C'êtait vraiment là.

Ce n'était pas une blague.

Mon Dieu, que d'émotions!

C'est l'écriture de mon père.

Lisez. Je n'en ai pas le courage.

"Ma chère Eugenia,

"un jour peut-être devras-tu lire ces lignes,

"si j'ai le courage de te les confier.

"Nous étions en 1886

"et je m’embarquais pour l'Afrique à la conquête de nouvelles colonies.

"Je laissais en Sicile ma bien-aimée Floridia,

"depuis peu mon épouse et pas encore ta mère.

- Floridia! - Oui, maman.

Cesse de rêvasser.

Elle pense à son Ruggero.

À ce train-là, le drapeau arrivera en Èrythrée après la guerre.

La guerre ? Plutôt une balade africaine, d'après le journal.

"Le destin contraria nos espoirs intrèpides de victoire

"et je n'aurais jamais revu ma douce Floridia

"si Dieu ne m'avait flanqué d'un homme qui, bien que roturier,

"était doté d'un grand sens du sacrifice et dune volonté farouche.

"Antonino Corrao, mon ordonnance

"et fidèle garde champêtre de notre fief."

Il y a un blessé, apportez une civière!

Mission accomplie, mon capitaine.

Merci, Antonino.

Ainsi, votre père doit la vie au mien.

"Alors que je revenais à la vie, un monde meilleur

"s'ouvrait à notre quasi-centenaire tante Cristina de Cefalù.

"Laquelle, même morte, continuait de nous faire subir ses bizarreries.

"Elle menaçait de nous priver de ses immenses richesses

"que nous attendions tous avec une impatience justifiée."

"Carolina Zampella.

"Quant à mes biens, si ce bon à rien de Ruggero

"ne peut pas donner à la famille Maqueda

"un héritier quelconque dans l’année suivant mon trépas,

"ils iront en totalité aux sœurs pieuses du couvent

"de l'Addolorata."

Je vois que l’épouse a rougi.

Peut-être l’héritier se prépare-t-il déjà à affronter la vie ?

"Ce n'était hélas pas le cas. À l'hôpital de campagne, je reçus

"la dépêche télégraphique suivante:

"Le ministère vous accorde le droit de retourner dans la mère patrie

"pour procurer héritier au plus tôt et sauver patrimoine. Oncle Ettore."

Buvez, Don Ruggero. Ceci est le sang de notre terre.

Que Dieu te le rende, Antonino!

Je crois que je vais mieux.

Vérifie, toi aussi, Antonino.

Il me semble que la suppuration a cessé.

Ça s’améliore. Vous allez mieux.

Les jambes vont mieux.

Je ressens parfois

une douleur aiguë à l'aine.

Pardonnez mon ignorance. C'est quoi, l'aine ?

Mon bon et cher Antonino,

l'aine, dans la langue des gens cultivés,

indique la partie du corps humain

où sont accrochées les couilles.

Vous ne les avez plus, mon capitaine.

"Par la main d'un ennemi indigne du nom d'homme,

"j’étais privé de mes ornements masculins."

- Il parle de ses moustaches ? - Oui, et de sa barbe...

"En attendant, accompagné de mon fidèle Antonino,

"je m'apprêtais à rentrer au pays."

Que dirais-tu d'un voyage à Lourdes ?

Don Ruggero, le seul voyage que j'aie fait,

c'est celui-là, en Afrique, pour faire la guerre.

C'est quoi, cet endroit ?

C'est un lieu saint,

renommé pour sa piscine miraculeuse où après s'être immergés,

les estropiés se remettent à marcher et les aveugles recouvrent la vue.

Don Ruggero. Les estropiés, eux, ont toujours leurs jambes

et les aveugles ont encore leurs yeux.

"Arriva, hélas, le jour du retour.

"Acclamé triomphalement par la population,

"j’appréhendais la rencontre

"avec ma bien-aimée Floridia, dans l’intimité de la nuit."

Mon cher époux.

Je vous en prie.

Je vous ai attendu si longtemps.

Prenez-moi. Je suis toute à vous.

Oui.

Mon Ruggero!

Ruggero!

Antonino!

Venez vite! Don Ruggero a un malaise.

Par là, par là!

Sur son lit.

- Par là-bas! - Par là!

Non, par ici!

- Par là! - Non, par ici!

- Par là! - Par ici!

Ruggero!

Je me sens mal.

"Une fois de plus, Antonino m'avait sauvé.

"Prêtextant ma santé fragile, je le fis dormir à mes côtés,

"bien qu'à l’époque, il eut déjà une femme

"et un fils grandelet nommé Raimondo."

Il s'agit de moi!

Alors, comment pouvons-nous être frère et sœur ?

On va vite comprendre.

"Ayant perdu tout espoir d’accomplir mon devoir conjugal..."

De quel devoir s'agit-il ?

Pas de questions. Ècoutez.

"Je dus recourir à un stratagème digne de Boccace."

Comment écouter si vous lisez pour vous ?

Ce sont des choses que vous ne pouvez entendre,

ni savoir, ni comprendre.

Rêves d’or À base de camomille

La Guerre des Gaules Jules César

Mission accomplie, mon capitaine.

Je craignais

vous avoir fait du mal, cette nuit.

Mais je vois sur votre visage qu'il n'en est rien.

Hein ?

J'aimerais tant qu'il fasse à nouveau nuit.

Oui...

Mes respects, Donna Floridia.

Bonjour, Antonino.

Mes respects, Don Ruggero.

"C'est ainsi que Floridia comprit le subterfuge et en fut anéantie.

"Neuf mois après cette funeste nuit, tu naquis, ma chère Eugenia.

"Je gratifiai Antonino d'une coquette somme et il s'en retourna chez lui.

"Ta mère, éprouvée de chagrin, s'en fut vite pour un monde meilleur.

"Avec les largesses

"que je lui accordais pour prix de son silence,

"Antonino devint de plus en plus riche et put envoyer son fils,

"- autrement dit, moi- étudier chez les frères.

"Avec le temps, Antonino devint toujours plus exigeant,

"conscient d’avoir sauvé notre patrimoine,

"jusqu'à ce qu'un banal accident de chasse...

"ne rende justice à cet arrogant et désormais encombrant personnage."

Propos insultants de votre père au mien

que je ne saurais lui pardonner.

"Amer et humiliê, je quittai l’île, décidé à ne plus jamais y revenir.

"Je te confie aux bonnes sœurs de l'Addolorata

"qui ignorent tout de cette supercherie.

"Mais situ rencontres un jour Raimondo Corrao,

"fils d’Antonino, sache que...

"c'est ton frère."

Sœur...

Vous êtes ma sœur.

Et vous, vous êtes mon frère.

Malédiction!

Malédiction!

Tour cruel du destin...

Raimondo, mon cher époux!

Venez vite! Tante Eccelsa!

Où allez-vous ?

Vite! Mon époux a été pris d'un malaise.

Malheureuse!

Qu'ai-je fait ?

Qu'as-tu fait ? Tu me le demandes ?

La nuit de noces, le mari ne peut se sentir mal.

Parfois, l’épouse se sent mal. Bien que ça n'arrivera plus...

Pourquoi ? Expliquez-moi. Quelle confusion!

Eugenia, pourquoi êtes-vous si belle ?

Je l'ignore.

Vous êtes à moi et vous ne pouvez pas l'être.

Dans quel sens ? Je ne saisis pas.

Parce qu'un frère ne peut pas coucher avec sa sœur.

La loi de Dieu et des hommes l'interdisent.

Nous partagerons le même lit. Quel mal y a-t-il ?

La Rote l'annulerait illico. Il n'y a pas eu consommation.

Consommation ?

La boue rejaillirait sur nos familles.

Et le déshonneur sur moi pour cette cruelle blague.

Et l'héritage de tante Cristina irait aux bonnes sœurs.

Non, non... Pas l’héritage.

Seule la mort peut laver cet affront.

La mort de qui ?

La vôtre. Non, la mienne. La nôtre à tous les deux.

Non, pas la mienne.

Car je vois déjà les titres du Journal de Sicile:

"Le plus beau parti de l’île se suicide la nuit de ses noces."

"L’épouse n'êtait pas vierge ?" Même sans point d’interrogation.

Et pour vous:

"Une noble jeune fille se suicide...

"durant sa nuit de noces." Ça arrive, ma foi...

"La virilité du mari mise en doute ?" Et même, point d’exclamation!

Non et non...

J'imagine les commentaires au cercle. "Don Raimondo est impuissant." Moi!

Il me suffit de vous regarder...

Raimondo, vous vous sentez mal ?

Puis-je demander de l'aide ?

Répondez-moi!

À présent, je peux vous contempler.

- Mon Raimondo! - Appelez-moi "frère".

Je craignais que vous ne commettiez un geste fou.

Ce geste contre nature a été commis.

J'ai libéré la chair d'un désir impur.

À présent, je peux vous regarder avec sérénité.

Et même vous embrasser... Sur le front.

Une grâce vous touche. Celle de la pureté, de l'abstinence,

confortée par l'ignorance.

- Non! - Si.

Alors, je ne connaîtrai jamais les mystères de la chair ?

Il fallait sauver les apparences.

Le jour qui suivit cette nuit malheureuse, nous quittâmes

le palais ancestral pour le soi-disant voyage de noces.

Je vous en prie.

Je ne voudrais pas vous déranger.

Je peux ?

Vous permettez ?

Raimondo Corrao, Marquis de Maqueda, Castelvetrano.

Baron Henri de Sarcey, chevalier de la Légion d’honneur,

ingénieur des chemins de fer.

Madame, mes hommages les plus dévoués.

Je resterai le moins de temps possible.

Pourquoi, de grâce ?

Je ne veux pas troubler l’intimité d'époux en voyage de noces.

Comment savez-vous cela ?

C'est évident.

Je le lis dans vos yeux. Je parie que vous allez à Paris.

Oui, mais après avoir visite Rome, Naples et Florence.

L'œil averti avec lequel cet inconnu scrutait

une partie si intime de mon anatomie me remplit de honte

tout en me procurant, je l'avoue, un frisson de plaisir malsain.

Que se passe-t-il ?

Je ne comprends pas.

Un troupeau traverse la voie ferrée.

C'est inconcevable.

Une locomotive obligée de s'arrêter

parce que du bétail traverse la voie!

Veuillez m'excuser, ma chère,

je dois aller aux nouvelles.

Pardon!

Mon mari est curieux de tout mais a une passion pour les trains.

Moi, j'ai une toute autre passion.

Durant une grève, il conduisit une locomotive jusqu'à Messine.

Il ne l'avait jamais fait. Il a été formidable.

Depuis, ça le passionne. Il parle dune expérience enivrante.

Moi aussi, j'ai une passion enivrante.

Ah oui ? Laquelle ?

Les belles femmes... Comme vous.

Il y a des soldats. Des soldats qui poussent le troupeau.

Allez, les gars, allons-y!

Suivez mon conseil.

- Lequel ? - Amusez-vous à Paris.

Je connais le sort des Siciliennes.

Tout le jour à la maison avec des tas d’enfants.

Portant toujours le deuil d'un parent mort depuis longtemps.

- Je compte bien m'amuser. - À Paris, je connais...

C'est affolant!

Les ouvriers agricoles en grève laissent crever de soif les bêtes.

Les soldats interviennent.

Ils les emmènent au fleuve pour qu'elles s'abreuvent.

- Quelle cruauté! - Eh oui, toujours les grèves...

Même chez nous, les mineurs refusent d’extraire le charbon.

D'ailleurs, je leur ai dit:

"Si vous ne descendez plus dans la mine, nous serons sans feu.

"Mais vous, sans feu et sans pain..."

Des coups de fusil et quelques morts rétabliraient l'ordre.

J'ai appris que vous aimiez conduire les locomotives.

Monument phare de l'art gothique.

Voilà, tout est là.

Ceci n'est pas à nous.

Ces fleurs, qui les avait envoyées ? Lui.

Une voix intérieure me disait que c’était lui.

Ça ne pouvait être que lui.

"Ce modeste hommage à la marquise de Maqueda

"n'est pas de moi, mais de Paris qui est une femme.

"Ainsi, M. Le Marquis,

"n'en prenez pas ombrage. Baron de Sarcey." Piètre subterfuge!

- Vous vous sentez mal, madame ? - Non.

Enlevez-moi ça de là!

Ainsi, vous renvoyez mes fleurs ?

Afin qu'il les mette dans l'eau.

Quel plaisir de vous revoir!

J'ai su que vous étiez là, je voulais vous souhaiter la bienvenue à Paris.

Votre épouse est-elle fatiguée du voyage ?

Madame.

- Vous ne vous sentez pas bien ? - Ce n'est rien, rassurez-vous.

J'en suis heureux.

Désemparée, je prétextai un malaise pour ne pas sortir ce soir-là.

Hélas, le lendemain, pour visiter la ville, il était encore avec nous.

Il semblait n'avoir d'autre souci que de troubler ma fragile existence.

Quelle merveille!

Imposante réalisation du génie humain.

Puissante! Audacieuse!

Il faut toujours avoir de l'audace dans la vie.

- Venez! Dépêchons-nous! - Eugenia, je suis là!

Complet! C'est complet!

Eugenia!

Un moment. Un peu d'éducation...

Raimondo!

Eugenia! Je t'attends en bas.

Venez. Abritons-nous là.

Ça ne sert à rien d'attendre sous la pluie.

Entrez là. Voilà.

Je vous aime.

Où allez-vous ?

Un mot de plus et vous aurez mon suicide sur la conscience.

J'admirais ce prodige de la technique moderne.

Partons. L’obscurité m'oppresse.

Oui, partons. Ce spectacle n'est pas convenable pour une dame.

- Bonne nuit, ma sœur. - Bonne nuit, mon frère.

Désormais, nous ne visiterons qu’églises et musées.

Et on expose en public de telles obscénités...

Où va-t-on comme ça ?

Cette femme nue entre ces deux hommes habillés. Ça veut dire quoi ?

La vérité, peut-être... La vérité est toujours nue.

N'est-ce pas vrai, madame ?

Ah, voilà un paysage, juste source d’inspiration

des artistes dignes de ce nom.

Me sentant chanceler, je voulus être forte.

J'alléguai de vagues excuses pour ne plus sortir.

Hélas, même les saines lectures

que m'avait données ce cher monseigneur Pacifici,

ne parvenaient pas à chasser de mon esprit

les horribles pensées, qui, désormais quotidiennement,

m'assaillaient insidieusement.

Ce jour-là, Raimondo et le Français

se rendirent dans un élevage pour admirer des chevaux de race.

Qui est-ce ?

Entrez!

Je ne peux pas ouvrir, je suis enfermée à clé.

Pourquoi sonnez-vous ? Répondez.

Eugenia l

Allô, Eugenia, répondez-moi.

Oh, mon Dieu!

C'est moi. Qui êtes-vous ?

C'est moi, Henri.

Je suis seule.

Je sais. Raimondo est très occupé avec ses chevaux.

Je veux vous voir. Seul à seule.

Accordez-moi cette grâce. Je ne dors plus depuis notre rencontre.

- Je vous aime, Eugenia. - Non!

Vous êtes fou. Allez-vous-en !

Derrière votre hôtel, il y a un grand jardin.

Le Palais Royal.

Dans cinq minutes. C'est d'accord ?

Sous la colonnade, à droite en entrant.

- Jamais ! - Eugenia, vous n'êtes pas heureuse.

Je le sais, je le vois... Êtes-vous heureuse ?

Non. Si ! Si !

Mais vous m'avez rendu malheureux. Il faut que je vous parle.

Vous êtes la plus belle femme que j'aie jamais rencontrée.

- Je vous aime comme seulement... - Taisez-vous ! Raimondo va arriver !

Non, il est pris par ses chevaux.

Jamais je ne viendrai !

Mais moi, je vous attendrai quand même, mon amour.

Ma bouche avait dit "jamais"

et pourtant, je brûlais du désir

de rejoindre cet homme qui m’avait manifesté tant d’amour.

Troublée par ces coupables pensées,

la porte que Raimondo avait fermée à clé me rassurait

Ce qui m’avait rendue furieuse il y a peu,

me réjouissait à présent.

Cette rencontre, ce regard...

Il me sembla que ce prêtre lut au plus profond de mon âme.

Je vis en lui la main charitable qui se tend vers le naufragé.

Vous parlez italien ?

Latin. L'italien, je le comprends un peu.

Mon père, j'ai péché gravement par désir.

Désir... d’amour ?

Oui, mon père.

Ce n'est pas grave. Je t'absous.

Je n'ai rien fait de mal.

Qui vous a ouvert ?

La femme de chambre. Elle est entrée pour ranger.

Je voulais prendre l'air. C'est pourquoi je suis sortie.

Par curiosité.

- Pourquoi m'avoir enfermée ? - Je suis un mari prudent.

Vous n'êtes pas un mari !

Mais je suis votre frère ! Une dame ne sort pas

seule à Paris ! Où êtes-vous allée ?

Vous m'avez déshonoré comme frère et époux.

Beau voyage, intéressant, hein ?

Assez.

Vous êtes contente de rentrer au pays ?

Assez.

Votre gentillesse nous comble.

- Regardez cela... - Permettez-moi, madame.

Je construis des voies ferrées et j'ai beaucoup d'amis,

dont le ministre des Transports. J'ai une proposition à vous faire.

Hélas, nous partons ce soir même.

Justement, cher ami, j'ai une belle surprise pour vous.

Cette nuit, vous allez voyager sur la locomotive "La Rafale".

La plus rapide de France, 120 km/h.

J'ai obtenu une autorisation spéciale.

Ça sera une expérience enivrante.

Vous n'avez rien contre, Eugenia ?

Hein ? Mais non...

Plus fort ! Plus vite !

Alimente ! Alimente !

Nourrissez le monstre insatiable ! L'homme est maître des éléments.

Encore ! Encore !

Pardon, monsieur. Je peux ?

- Qui est-ce ? - Eugenia !

Ouvrez, je viens vous tenir un peu compagnie.

J'ai apporté une bouteille de champagne.

Je ne peux pas.

Pourquoi ? Juste pour vous tenir compagnie.

Très bien... J'attendrai.

Vous entendez combien votre mari est heureux ?

Nous aussi pourrions être heureux.

Un autre aurait dit "Je vous aime". Moi, je vous dis "Je vous désire".

Non !

Nous passerons une nuit inoubliable.

Non !

Ce sera un souvenir merveilleux !

Non !

Les souvenirs aident à vivre. Je vous désire, Eugenia.

Non...

Laissez-moi caresser votre corps dénudé.

Pour moi, ce sera le paradis.

Peut-être que pour vous aussi.

Infâme !

Vous avez entendu ? Il est aussi heureux que nous.

"Tel un tourbillon, son souffle se répand et passe les peuples."

"Satan le grand."

Carducci. Un grand poète italien.

Buvons à l'amour.

Parfait ! À la russe !

Attention de ne pas vous couper sur les bouts de verre, ma petite.

Eh bien, oui ! Essayer une fois puis mourir.

Mourir ? Pourquoi mourir ?

Je vous offre ma virginité. Ne l'abîmez pas.

Vierge ! Vous êtes vierge ?

Pure comme le lys.

Et votre mari, alors ?

Il ne m'a même pas encore touchée.

Mon Dieu, que vous êtes compliqués, vous, les Siciliens...

Stendhal parle d'un mari qui laissa sa femme vierge toute sa vie,

uniquement pour savoir si elle le trompait.

Non, non...

Vous, les Italiens, personne ne vous comprend.

C'est trop compliqué pour moi.

Je vous laisse le champagne.

Et puis, les vierges... C'est trop fatiguant.

Non !

Non ! Je veux mourir !

Contrôleur ! Au secours !

Que se passe-t-il ?

Elle a bu cette excellente lotion capillaire. Ce n'est pas dangereux.

- Elle est seule ? - Son mari conduit la locomotive.

Ah, ils sont bien payés, les cheminots français.

Attenter à ta vie ! Tu es folle. Et pourquoi ?

La chasteté te pèse-t-elle tant ?

Tant de saints l'ont considérée comme une bénédiction de Dieu.

Pour toi, c'est trop lourd à porter.

Lis dans le livre que je t'ai offert pour ton mariage

comment les saintes subirent le martyr pour garder leur virginité.

"Brève est la souffrance mais éternelle sera la félicité",

cria dans son exaltation séraphique, Apollonia, vierge et martyre,

alors qu'elle était déchiquetée par les roues,

précipitée dans le ravin, jetée en pâture aux fauves.

Et Tecla. Tecla,

renonçant à épouser son Timiride, n’hésita pas à affronter,

vêtue seulement dune ardeur mystique,

la férocité dune bande de tigres.

Je suis trop faible pour affronter les périls du monde.

Faible ?

Les 11000 étaient-elles faibles ?

Les 11000 vierges dirigées par sainte Ursule

qui préférèrent la mort à la relation charnelle imposée

par une horde de Huns avides et féroces.

Bienheureuse, la pudique jeune fille qui préféra être amputée des seins

que de céder au concupiscent Quenziano.

Une armée de vierges et de martyres te regarde et te juge.

Filomena, Margherita, Martina, Bebiana,

Barbara, Dorotea, Cristiana, Domitilla, Sinforosa.

Que dis-je ? Ce sont des martyres mais hélas, pas des vierges.

Prie et fais le bien !

Domine ton esprit par la contrition et ton corps par le travail.

Préparez-vous à retourner au palais ancestral comme deux époux heureux.

Notre amour sera pur et spirituel.

Si nous faisons chambre à part, que dira le personnel ?

Au village, je n'aimerais pas qu'on murmure

des choses sur moi. Vous comprenez ?

C'est simple.

On dira que vous avez fait vœu de chasteté

selon les lois de saint Augustin.

Excellente idée.

La Prière dune Vierge

Bonne nuit, Raimondo.

- Bonne nuit, Firmino. - Joyeuse nuit, ma tante.

J'apprends une chose inouïe.

Vous avez fait vœu...

vous et ma cousine Eugenia, de renoncer au lit nuptial.

En effet.

Vous êtes fou.

Une femme pareille !

Le renoncement est parfois plus stimulant que le plaisir.

Avez-vous déjà vu une fleur

plus rare que les autres qui semblait vous dire:

"Ne me cueillez ni ne me profanez" ?

Non.

Elle semble n'avoir été créée que pour l'amour.

- D'Annunzio. Le Plaisir. - Gabriele D'Annunzio ?

Notre plus grand poète.

Ses livres sont immoraux.

En piétinant la morale, l'homme se rapproche du surhomme.

Le Triomphe de la mort. Préface.

Un vœu, c'est sacré.

Elle joue pour vous et vous l'aimez ?

Oui, je l'aime.

Mais je ne dois ni ne peux.

"Je préfère l'amour qui répète: Fais-moi mal."

Peut-être que oui ou non.

Accueille l’imprévu et tout ce qu'il t'apporte.

Il disait "ma sœur" à son amante. Abolis tout interdit.

La volupté aurait eu un parfum d’inceste.

Tais-toi ! Dieu, qu'est-ce qui m'arrive ?

Vous vouliez me tuer.

"Désir et destruction, volupté et supplice ne font qu'un."

Peut-être que oui ou non.

Oui, même le crime est permis s'il donne des émotions.

Pour moi, il n'y a que le vice.

Bonne nuit, cousin. Lisez le Poète.

La marquise arrive !

Soyez sages. Ne faites pas de chahut.

Les gosses, tenez-vous bien. Soyez sages.

Il y en a pour tout le monde. Tenez.

Je suis votre serviteur.

- Tous ces enfants sont à vous ? - J'en ai sept et un en route.

Voici de quoi les habiller.

Je me dédiais à faire le bien

afin de faire taire les désirs de la chair.

Pour faciliter mes déplacements,

Raimondo avait fait venir une voiture automobile de Turin.

Au couvent de l'Addolorata.

À vos ordres, madame.

Hélas, avec elle, vint aussi un mécanicien expérimenté.

Un Toscan nommé Pennacchini,

une personne, qui à priori, paraissait convenable

et capable de rester à sa place.

Je m'étourdissais de prières pour chasser de nouvelles tentations.

Au palais.

Bien, madame la Marquise.

Une odeur insupportable émanait de sa personne.

Une odeur vulgaire et pourtant attirante

dont je ne savais comment me défaire.

À vos ordres.

Veuillez fermer la glace de séparation.

Qui travaille, transpire.

Demain matin, je veux trouver la voiture lavée et astiquée.

Ce sera fait.

Et tâchez de vous laver, vous aussi.

Je tâcherai.

J'aimerais bien monter dans la voiture.

Pourquoi ?

Comme ça... Pour essayer.

Alors, monte.

Oui, je peux ?

- Non, je monte pas. - Pourquoi ?

Parce que si notre patronne me voit, elle me renverra.

Elle te renverra ? Elle est si méchante que ça ?

Pas méchante. Nerveuse.

À cause de ce mariage.

- Ils se disputent souvent ? - Ils peuvent pas.

Lui, il dort ici et elle, elle dort là...

J'en dirai pas plus...

Hé ! Ècoute un peu.

Notre patronne et le patron

on fait le vœu,

juste après leur mariage,

de ne jamais consommer leur union.

Voilà.

Après leur mort, ils seront sanctifiés.

Après leur mort ? Et maintenant ?

Ils baisent pas.

Je serai peut-être longue.

Je suis pas pressé.

Considérez-vous licencié.

Sans faute.

Même mon parfum français

ne parvenait à me libérer de l'odeur âcre et violente de ce rustre.

Le moteur est en panne.

Il faut des bœufs pour tirer la voiture jusqu'au village.

Qu'est-ce qu'on fait ?

Là-bas, il y a une cabane. Tu la vois ?

Pardon... Vous la voyez ?

Ici, il fait chaud.

Dedans, il doit faire plus frais.

Je vais jeter un coup d’œil. D'accord ?

Couche-toi là.

Tu verras comme c'est douillet. Mieux qu'un lit.

- Vous abusez de ma faiblesse. - Oui.

Non !

Tu vas m'aider, oui ? Participe un peu, bordel !

Non.

Pas comme ça !

Y en a marre !

J'y arrive pas.

C'est trop de boulot.

Je laisse tomber !

Non !

On y est !

En homme d’honneur, vous devez quitter l’île.

Je suis pas un homme d’honneur.

Mon Dieu, je suis tombée bien bas.

Infâme !

Infâme, vous m'avez lâchement dupée.

Le moteur n'était pas en panne.

Pourquoi ? Ça a pas plu ?

Tu verras, demain, ça se passera mieux. Allez, monte !

Voici Eugenia qui rentre du couvent.

Je vais lui annoncer la grande nouvelle.

Allez-vous-en, les gamins ! Ôtez-vous du chemin.

Votre mari est un héros !

Les ouvriers de sa mine faisaient grève depuis plus de dix jours,

poussés par trois ou quatre têtes brûlées.

Cette paralysie faisait subir un énorme préjudice à votre mari

et aussi à l'Italie en ces temps d’efforts de guerre.

Il a décidé d'y mettre fin.

Voici Raimondo jaugeant la situation comme un général

devant un champ de bataille.

Puis, d'un pas lent

mais décidé, le voilà qui s'avance sous le soleil à son zénith,

sans armes ni défenses

vers le groupe des mutins menés par 3 ou 4 brutes

qui seraient mieux dans une geôle.

Le lieutenant des carabiniers ordonne à ses hommes de mettre en joue,

mais Raimondo,

entendant les cliquetis, fait signe

que ce ne sera pas nécessaire.

Au travail !

Faites votre devoir.

Après un instant d'incertitude qui parut sans fin,

la foule des agitateurs se mut lentement telle une vague,

se dirigea vers la mine, vers le pain quotidien,

et la grève prit fin.

Excusez-moi, cousin, je suis si émue que je dois me retirer.

Lave-moi, purifie-moi, frotte-moi, nettoie-moi.

Purifie-moi ! Plus fort !

Si vous n'ôtez pas votre chemise, je ne pourrai pas faire mieux.

Me baigner nue ? Jamais !

Vous connaissez ce proverbe:

On naît nu et on meurt nu. Et on se lave nu.

Je ne t'autorise ni conseils ni commentaires.

Ma langue, tais-toi !

Plus fort, plus fort, purifie-moi !

Fort ! Fort ! Purifie-moi !

Enlève-moi ma chemise.

- Jamais ! - Obéis !

J’obéis.

Madame la Marquise, je peux dire quelque chose ?

Le chien qui a déchiré vos habits était un animal bien étrange.

Il ne vous a fait aucune griffure.

Lave-moi, frotte-toi, nettoie-moi.

Vite ! Lave-moi, frotte-moi, nettoie-moi !

Vous avez appris mes exploits ?

J'ai appris.

Je ne vous ai jamais vue si belle.

Qu'avez-vous fait ?

Je n'ai rien fait.

À la vue de la cabane,

une tempête se déchaîna dans mon pauvre cœur.

Aurait-il ou non l'impudence de s'arrêter ?

Il ne s'arrêta point. J'en fus presque déçue.

Poursuivez. Faites votre devoir.

Tu viens ?

Eh bien, oui, je suis venue.

Déjà ?

N'avez-vous pas pitié ? Je me déshonore.

Votre cœur est-il si dur ?

Vous aussi avez une mère.

Ma mère a rien à voir là-dedans. On vient ici pour baiser.

Eugenia, t'arrêtes pas de t'évanouir.

Ma poule !

Réveille-toi !

Autrement, je m'en vais. Pour baiser, faut être deux.

Réveille-toi. Tu sais encore rien de l'amour.

Il faut y mettre du sien.

Ça sera mieux que l'autre fois.

Je t'envoie au paradis. Mais tu te déshabilles toute seule.

Soit ! La mort s'ensuivra.

- Pourquoi ? - Je vous désire.

Bravo. Tu verras qu’après, t'auras plus envie de mourir.

Je n'ose le dire.

Quoi ?

Je voudrais qu'on recommence.

Donne-moi ta main.

Là.

Tu sens comme il est petit ? Embrasse-moi.

Il renaît.

Les voici donc, les mystères de la chair.

Ceux-là et d’autres.

Je les désire encore.

Encore, encore...

Encore une fois.

C'est possible ?

"Avec toutes tes proues, naviguant, rêvant de la colonne de Duilio...

"Qu’éperonnerais-tu d'un autre rostre ?"

- Qui est-ce ? - Le plus grand poète italien.

- Alighieri ? - D'Annunzio.

De son injuste exil en France.

Où il a fui pour dettes.

Un génie ne paie pas ses dettes, monseigneur.

Mes respects, monseigneur.

Vos livres sont à l'index.

J'en suis désolé pour l'Èglise.

De son exil, il nous envoie ses vers et chansons d’outre-mer

qui enflamment les cœurs de nos soldats en Libye.

Asseyez-vous, monseigneur.

Pourquoi ils nous donnent pas l'eau courante au lieu des colonies ?

L'eau ?

Les problèmes de l'alphabet aux ignorants,

de l'eau et des routes dans le Mezzogiorno

peuvent être confiés à n'importe quel géomètre.

Ce sont les grandes entreprises qui font les grands hommes.

Je me sentais indigne d'un tel homme et je me jurai

que je ne céderais plus jamais au désir charnel.

Que jamais plus je ne tomberais dans l'horreur du péché.

Le diable !

Tu es le diable.

"Voici venu le jour de la proue et de la charrue,

"le jour de l’éperon et du soc. Hommes, l'heure est venue !

"Venue comme un typhon par la Méditerranée,

"plus fière que l’étoile sur l’épaule dOrion,

"plus colorée que la messagère des Cieux.

"Et au cri de "Hisse, hisse !"

"C'est l'air tout entier qui n'est qu'un seul drapeau.

"Avec moi, vers le désert ardent.

"Avec moi, vers le désert sans sphinx qui attend l'empreinte,

"le sillon, la semence. Avec moi, la souche fertile s'apprête

"à approfondir à nouveau l'ancienne trace

"dans laquelle toi et ton destin, puisez...

"Avec moi. Là ! Où ? Qui ?

"Combat afin que je puisse unir dans la couronne,

"la feuille de chêne et l'épi de blé."

Ô, fier peuple de Sicile, ce sont là les vers

que le Poète Gabriele D'Annunzio vous envoie d’exil.

Soyez sans pitié, punissez-moi et chassez l'intrus.

Soyez bon, pardonnez-moi et chassez ce plébéien.

- Je ne suis pas digne de Vous. - Eugenia !

Eugenia, où êtes-vous ?

Pardonnez...

Adieu, mon épouse, ma sœur.

Je pars demain pour la Libye.

Les grandes entreprises font les grands hommes.

"Ô, Tripoli, ville de félonie

"tu verras bien que Rome a un talon de bronze

"et que son joug est inflexible..."

Que faites-vous là ?

Je suis tombée.

- En pâmoison ? - En trébuchant.

Vous vous êtes fait mal ?

Trinquons à nos futures victoires.

À vous, les bonnes œuvres, à nous, les grandes entreprises.

Vous tremblez ?

Pour... pour vous.

Ma chère petite épouse.

Je suis votre sœur.

Ma chère petite sœur.

Je reviendrai vite.

Durant mon absence,

lisez quelques œuvres du Poète.

Les romans, surtout.

Dans ma bibliothèque. Je les y ai laissés pour vous.

Merci.

Eugenia ?

Oui ?

Vive la guerre !

Ayez pitié dune pauvre pécheresse.

Je lui confessai mes horribles péchés

et il m'ordonna une longue retraite spirituelle

au couvent de l'Addolorata,

au milieu des bonnes sœurs qui m'avaient élevée.

La pensée qu'à mon retour au palais,

j'allais retrouver l'objet de ma concupiscence

ne cessait de me hanter.

Mais heureusement, notre bon monseigneur s'était occupé de tout.

Vous avez une lettre du Marquis et il y a aussi ceux-là.

Marèchal Nutrizio. Mes respects, madame la Marquise.

Vous désirez ?

Nous avons conduit hier en prison votre... mécanicien,

Silvano Pennacchini, sous l'inculpation de vol aggravé.

- Vol aggravé ? - Exact. Vol d’objets sacrés.

Disparus du couvent où il vous accompagnait souvent,

deux candélabres d’argent ont été retrouvés sous son lit.

En raison de ce délit,

nous voudrions être sûrs qu'il n'a commis aucun autre méfait.

Je verrai, je vérifierai.

Pardonnez-moi, je me sens mal.

Le destin avait voulu que je le revoie.

À l'horloge de la vie, l'heure la plus amère avait sonné.

Reconnaissez-vous en l’accusé votre chauffeur personnel ?

Regardez-le bien.

- Je le reconnais. - L’accusé

vous a-t-il toujours donné satisfaction ?

Toujours.

Puis il y eut des années de solitude.

De mon malheureux amant, on ne sut plus rien.

Je lisais des romans du Poète. Je rêvais.

Madame la Marquise, vous avez une visite !

Comment va ma suicidée ?

- Tu aimes la vie, à présent ? - Non.

Petite idiote !

Après le train, je vais te sauver une seconde fois.

Tout va changer, maintenant.

Je suis en Sicile pour un reportage sur les temples grecs.

Mais je resterai quelque temps.

Assez pour te faire retrouver le sourire.

Des pantalons !

Qu'est-ce que tu lis ?

D'Annunzio ! Je sais tout de lui !

"Un domestique vous escorte jusqu'au vestibule

"et se retire lorsqu’apparaît le Poète.

"Le Poète enfile une robe de chambre

"semblable à une robe de bure de franciscain.

"Il vous baise les deux mains

"et ce baiser... brûle comme le feu.

"Il vous fait asseoir sur une chaise longue

"et se couche à vos pieds,

"il vous prend les mains et les caresse en parlant.

"Il est des paroles plus brûlantes que les plus brûlantes caresses.

"Il les connaît.

"Il est des caresses plus sublimes que les plus sublimes paroles.

"Il les connaît."

C'était en l'an 1914...

Raimondo, revenu couvert de gloire de la guerre en Libye,

avait été élu député au Parlement.

Il partageait son temps entre la capitale et nos terres

et s'occupait fort peu de moi.

J'aimais faire de longues promenades à bicyclette

avec ma nouvelle amie, Evelyn.

C'est ainsi qu'un jour, je voulus retourner à la cabane,

théâtre de mes tristes amours.

Horreur ! Horreur !

- Indigne ! - La chair commande !

- Infâme ! - Eugenia !

Ce n'est pas ce que vous pensez !

Laissez-moi !

Une pauvre paysanne que je ne connais pas.

Vous ne demandez même pas leur nom !

"La chair crie et commande" écrivit le Poète.

Je l'ai lu aussi.

Ma sœur !

J'ai cru à votre pureté, vous êtes pourri.

Où allez-vous ?

Ne me touchez pas. Je pars, je voyagerai.

Pas de scandale. Je suis député au Parlement.

Regardez.

Qu'est-ce ?

Un poison violent.

Les braves en ont toujours sur eux.

Ne me forcez pas à le boire.

Oubliez-moi.

Je ne suis pas faite pour vous, ni vous pour moi.

Je partis, je voyageai...

Je voulus assouvir le seul désir qu'hébergeait mon cœur.

Rencontrer le Poète.

J'abordai les rivages du grand océan, lieu de son exil,

impatiente de le connaître... et de l'aimer.

- Madame, un peu de café ? - Oui, merci.

- Passe-moi le thermos. - On ne le voit jamais avant l'aube.

Non, il chevauche aussi sous la lune.

Il monte à cru.

Installons-nous ici.

Ècoutez ce beau passage d'Alcyone.

"Grâce du ciel, comme suavement tu te mires dans la terre abreuvée

"âme rendue belle partes larmes. Lune naissante dans le ciel

"fine tel un sourcil de jeune fille ou la sève de la nouvelle canne..."

Le voilà !

De là-bas. Il est sorti de là-bas !

Vive D'Annunzio !

Il est nu !

Non, il est en blanc.

Quelle émotion inoubliable !

- Va-t-il se baigner ? - On ne sait pas.

Arriva enfin le jour tant attendu de l'audience.

Rassure-toi, tu es la plus belle.

Oh ! Greyhounds ! Des lévriers...

Ces messieurs dames peuvent entrer. Je vous en prie.

Prenons la chaise.

Monte. Monte !

Là, en tout cas, tu vois bien.

Silence.

Ne t'évanouis pas, idiote. Regarde-le.

Heureux sont ceux qui virent le visage du Poète.

Messieurs dames, l'audience est terminée.

Pourquoi ris-tu ?

Quand je pense à ce qui s'est passé, ça me fait rire. Pas toi ?

Non.

Je n'aurai jamais un fils du Poète.

Ce soir, nous irons à nouveau sur le rivage de l’océan.

Peut-être le reverrons-nous.

Maintenant, il ne viendra plus.

La vie n'a plus de sens, je veux mourir.

Pourquoi mourir ?

"Abolis tout interdit." C'est le Poète qui l'a dit.

Quel interdit ?

Celui-là.

Eugenia !

Eh bien, soit... Essayer même cela et puis mourir.

Ma chère petite Eugenia.

Dans le grand pré de la vie, j'avais cueilli la fleur du plaisir interdit.

De mon pesant sommeil, je m'éveillai accueillie d'un adieu.

Lasse des fatuités qui étourdissent et n'apaisent point,

je retournai à Rome dire adieu à mon époux et frère.

- Vous désirez ? - Le député Corrao est-il là ?

Oui, madame.

- Je suis sa femme. - Veuillez entrer.

Bonjour, madame la Marquise.

Je vous en prie, madame.

Veuillez entrer.

Ma chère et tendre !

Ainsi vous avez décidé de vous retirer du monde...

Je suis lasse de mentir.

Le couvent.

Du couvent, je vous ai sortie, au couvent vous retournez.

Peut-être est-ce juste ? Peut-être est-ce beau ?

Je prononcerai mes vœux.

Je partirai au loin,

en Afrique, en Asie, soigner les lépreux.

Ceci est donc un adieu.

Vous n'avez pas résisté à l’épreuve.

On parle de vous dans le journal.

Je fais honneur à mon nom en servant la patrie comme je peux, humblement.

Est-ce tout ?

C'est tout. Adieu.

Adieu.

Adieu, mon frère.

Laissez un chaste baiser sceller cet arrachement.

Oui, mon frère.

Pitié.

Sœur adorée.

Non !

Vos yeux brûlent de désir.

Non !

Je le vois !

Nous sommes souillés.

Une odeur de putréfaction

qui inspire les brillantes pensées.

- Des pensées coupables. - Qui sont aussi les vôtres.

Le destin nous a unis, qu'il nous pardonne.

- Quoi donc ? - Un amour incestueux.

Non !

Vous avez envie de moi autant que moi de vous.

- Je suis votre sœur. - Mais on peut.

Ça nous est permis.

En piétinant la morale,

l'homme dépasse l'homme et se rapproche du surhomme.

Mon Dieu !

Plus que la chair, d’infinis mystères

que seule une autre chair peut rêvêler.

Ècoute la part bestiale qui hurle en nous.

Elle rit, pleure, se moque, balbutie, se lamente, appelle, ordonne.

Ça nous est permis.

Nous pouvons.

Comment avez-vous dit ?

Que moi aussi, je vous désire.

Mais moi, je vous ai toujours désirée.

Je vous ai toujours aimée.

Eugenia, ma sœur bien-aimée.

Oui, moi aussi je vous désire.

Mon cœur bat, mon sang palpite.

Embrassez-moi !

Je désire une plus grande volupté.

Laquelle ?

La mort.

La mort ?

Quelle mort ?

Grâce au poison que vous aviez.

Vous vous souvenez ? Comme Roméo et Juliette.

Oui. Oui.

Comme Roméo et Juliette.

Quel parfum de violette !

Entrez !

Posez ça là et ne nous dérangez plus.

Vous avez quartier libre. Vous pouvez sortir.

L'encens, la myrrhe et le styrax, précieux parfums d’Orient.

En égale quantité. Comme ça.

Poison ami qui nous conduira vers notre ultime demeure.

Prenez-moi. Je suis à vous.

Que de beauté !

Pour épitaphe, que nous accompagnent pour l'ultime voyage,

ces paroles du Poète:

"Envahis du même délire

"qui agite les amants dune haine charnelle,

"quand désir et destruction

"volupté et supplice ne sont qu'une même fièvre..."

Sonnerie de téléphone.

Ail !

Qui êtes-vous ?

Que voulez-vous ?

Le député Corrao, c'est moi. Mais vous, qui êtes-vous ?

Parlez plus fort...

Monseigneur Pacifici ?

Parlez, oui. Ma mère a été malade ?

Donna Rosalia s'est confessée ?

Quelle confession importante ?

Vous n'êtes pas frère et sœur.

Parce qu'Antonio Corrao qui est le père naturel d’Eugenia,

n'est pas votre père.

Parce que... Parce que...

Parce que votre mère, Donna Rosalia s'est mariée enceinte.

Qui est votre père ? C'est le Marquis de Maqueda.

C'est impossible. Don Ruggero a subi cette petite mutilation en Afrique.

Avant de partir pour l'Afrique. Il était encore tout jeune.

Il mit enceinte Donna Rosalia,

qui fit ensuite avec Antonio Corrao un mariage de convenance.

Content ? Vous voyez comment la divine Providence résout tout.

Dites-moi.

Couvrez-vous ! Vous n'êtes pas ma sœur.

Vraiment ?

Mon père n'est pas mon père.

Mon père est le vôtre et le vôtre, le mien.

Ah, tour cruel du destin...

qui me prive d'un plaisir interdit.

On est mari et femme comme deux petits bourgeois.

Je voulais des émotions fortes.

- Je les trouverai ailleurs. - Fou !

Il est empoisonné.

Rassurez-vous, je ne mourrai pas.

- Et le poison ? - C'était une poudre parisienne.

Poudre parisienne ?

Un vulgaire aphrodisiaque.

Infâme ! Lâche ! Poltron !

Je veux mourir et vous mourrez aussi.

Faites attention !

- C'est exprès. - Vous allez mettre le feu !

C'est mon but, mettre le feu au monde !

Le monde prit vraiment feu et nous fûmes pris dans la fournaise.

Pour nous, vous serez le parfum de la bataille,

vous serez la virginité de la victoire.

Voici la mère,

celle qui vous a aidé à faire vos premier pas,

celle qui a séché votre première larme,

celle qui vous a consolé, conseillé pardonné... Celle

qui vous donne à la guerre, vous envoie au feu

et vous crie: "Va, mon fils, va et meurs."

Elle s'arrache à vous,

vous envoie au combat et vous dit "Va, mon fils.

"Impossible de ne pas gagner, de ne pas mourir."

Putain, c'est de mauvais augure. Touchons du bois.

Raimondo donna sa vie à la patrie.

Et moi, le peu que je pouvais.

De l'eau !

À boire !

À boire !

Vous !

On se tutoyait avant.

Oh, tu vas me donner à boire ?

J'ignorais que... Je vous croyais en...

Et pourtant, je suis là.

Ils lui ont donné une médaille, alors il est mort heureux.

Qui sait s'ils m'en donneront une aussi.

Parce que moi aussi, je suis en train de crever.

Même si j'en ai pas envie.

Infirmière ! Vous avez fini de roucouler ?

À boire !

Doucement.

Doucement...

Posez.

C'est bon.

Doucement, c'est un cas grave.

Ton mari...

la guerre l'a tué.

Moi, si je crève pas,

je dois en tuer deux autres.

Monseigneur... et toi.

À l'instant même où je retrouvai le seul homme de ma vie,

j'appris qu'il me haïssait.

PARIS 1920

La paix revint. Je voyageai.

Je tentais de me retrouver.

J'allai à Paris à la recherche de quelques bribes de mon passé.

Parmi les tombes de tant d’hommes illustres,

reposait aussi celui que j'aurais pu aimer

et que ma virginité avait effrayé.

Entrez !

Vous !

Oui, moi.

Comment avez-vous fait pour me retrouver ?

C'est une longue histoire.

On aura tout le temps d’en parler.

Mais...

Vous n'êtes pas venu me tuer ?

Non.

Pourquoi êtes-vous venu, alors ?

Allez savoir...

Ne rouvrez pas d’anciennes blessures.

Respectez le drapeau tricolore.

Je vois. Pardon, je me suis trompé.

Pourquoi ?

Vous n'avez pas changé.

Ne comprenez-vous pas la tempête qu'abrite mon cœur ?

Ècoute. Je vais t'expliquer.

Pour moi, la tempête, c'est quand il pleut dehors et qu'il y a du vent.

Alors qu'abriter, c'est mettre sous un abri.

Ce que je voulais faire avec toi

et que tu meurs d’envie de faire avec moi,

ça s'appelle "baiser".

Y a aussi d’autres façons de le dire. Chez vous en Sicile, on dit "foutre".

Non.

Calme-toi. Je m'en vais.

Non !

Vous vous moquez de moi.

D'abord, tutoie-moi.

- Tu... tu te moques. - Tu te saoules de mots.

Et l'amour, ça se fait pas avec des mots.

Amour, tu as dit amour. Alors, tu m'aimes ?

Sinon je serais pas revenu.

Dis-le-moi !

Je t'aime, bordel ! Et toi ?

Moi aussi je t'aime, je t'aime... Embrasse-moi.

Non ! Dans le tourbillon du péché, jamais !

Adaptation: Michel DEPIGNY

Sous-titrage: Eclair Vidéo

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