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Original subtitles

-Et voilĂ .

Voilà, mon petit vieux, tu as vu le phénomène.

Une coiffure de chien savant qu'il a l'air de porter

comme une pièce montée,

une bague grosse comme ça,

une chaîne de poule de luxe,

un mouchoir jaune à faire crier un cacatoès,

et avec ça, un mépris au coin des lèvres,

un air de pape offensé dès qu'on lui adresse la parole.

Tu as vu ça ? Mon fils, mon vieux.

Ça me ressemble, hein ?

Voilà la nouvelle génération.

Voilà comment ils ont été faits.

On se lève la peau 20 ans de sa vie à faire des boutons

pour essayer de bien élever ses enfants,

et parce qu'il lui est poussé 3 poils en dessous du nez,

à ta table, chez toi, une espèce de prince oriental

couvert de breloques

qui daigne de temps en temps relever la paupière

et laisser tomber un mot.

C'est la vie, mon petit vieux.

Tu as bien fait de rester garçon. Tu fumes ?

-Merci. Tu exagères beaucoup en ce qui concerne Charles.

-Mais son frère est pareil,

tout en appartenant à un type opposé, c'est autre chose.

Roger tient le milieu entre le mécano et les Quat'z'Arts.

C'est le peintre brut inventeur.

Personne n'existe, pour lui.

Si tu n'es pas Rimbaud ou ''Pissaco''...

Euh... Picasso, tu peux toujours crever.

Tu es un imbécile, une crotte de chien.

Picasso, voilĂ  le grand homme.

J'ai vu un tableau de cet oiseau-lĂ ,

j'ai failli tomber Ă  la renverse.

Complètement cinglé. Je me charge d'en faire autant.

Tu mets une paire de fesses en guise d'oreilles et hop,

le tour est joué, voilà.

C'est lui, le génie, et Roger est le type qui te dit froidement :

''Si on n'a pas de génie, on n'a rien à foutre sur terre.''

Tu entends ça ? À 1 7 ans, il t'envoie ça sans sourciller

dans le blanc de l'œil. Allez, hop ! À la balançoire.

Ça t'exécute père et mère en moins de deux.

-Hippo, tu fais ma joie.

-Ça te fait rire ? Eh ben, pas moi.

ll essaie de démarrer.

Enfin, Roger ne m'inquiète pas,

mais mon frisé commence à me courir.

-Franchement, je le trouve très gentil.

Si tu veux mon avis, je le crois très timide,

très sensible, aussi.

-Timide, lui ? ll a un culot du tonnerre.

ll s'énerve.

Monsieur prend des crises.

Tu vois ce gros joufflu devenir blanc comme un cierge

et partir en gloussant comme une femme avec sa voix de châtré.

Je tiens le gros lot, je te jure.

Saloperie de bagnole !

Pas la peine d'insister.

Allez, au garage, encore une fois.

Allez, pousse.

Nom de Dieu, j'ai encore oublié le frein.

Voyant qu'il n'y avait rien à tirer de lui pour ses études,

j'avais obtenu que Chassin le prenne dans sa boîte d'assurances.

Va te faire fiche. Un métier, tu penses ! Même pas question.

C'est indigne de lui. Monsieur veut s'occuper de chiffons,

faire des robes,

des robes pour ces dames.

Froufrous, quoi. Complètement cinglé.

Résultat, il est resté 15 jours dans son bureau et a foutu le camp,

sans explications, et depuis 48 heures,

le nommé Charles, dit Lolo,

ne promène plus ses ondulations oxygénées dans les assurances.

Alors je me suis dit :

''Henri est mon cousin,

''c'est le seul de mes parents ou amis

''qui soit dans une branche artistique,

''eh ben, je vais lui demander conseil.''

Je sais plus que faire de lui, moi.

Non ?

Allez ! Allez, un bon coup !

Hop !

Tu vas voir, personne va s'occuper de ma voiture.

Autrefois, il y avait le client,

aujourd'hui, le client, connaît pas, on s'en fout.

-Ça doit être le démarreur.

-On se demande pourquoi ça s'appelle ainsi.

Qu'est-ce que tu en penses, mon vieux ?

-Tu m'embarrasses un peu, je suis éditeur.

S'il était dessinateur... -Non, ça, c'est l'autre.

Lui, il tripote les chiffons. ll est dans le génie d'inspiration.

Dessiner, tu penses. Pas question.

-ll a la passion de la couture.

-ll habillerait une femme avec du papier Ă  cigarette.

En 2 temps, 3 mouvements, il te fait une robe.

Sa chambre est un atelier de couture plein de fanfreluches.

Et avec un goût que Thérèse dit extraordinaire.

J'y connais rien.

-Mais alors... -Alors quoi ?

-Pourquoi me parles-tu d'édition alors qu'il n'aime que ça ?

-Je vais pas prendre ces foutaises au sérieux.

-La couture... -Quoi, la couture ?

Tu trouves normal que j'aie un fils couturier ?

C'est pas un métier comme je le comprends.

C'est un milieu spécial, la mode.

Les dessinateurs, décorateurs,

sont 9 fois sur 1 0 des personnages un peu particuliers,

pour employer un langage correct.

ll part ou il part pas ?

Je ne tiens pas Ă  ce que mon fils devienne un de ces personnages.

-J'en connais beaucoup qui ne sont pas comme ça.

-Possible. -La question n'est pas lĂ .

Tu ne veux pas que ton fils devienne un de ces personnages,

mais il en est lui-mĂŞme autant qu'on peut en ĂŞtre.

-Comment, ''il en est'' ? -Tu le dis toi-mĂŞme Ă  chaque mot.

-Je lui casserais la gueule. -Mais tu le sais.

-Mais non. -Mais si, tu le sais.

Tu me parles de ses bagues, de ses bracelets,

de ses cheveux oxygénés, tu me parles de ses nerfs.

Tu le sais. -Je vais lui casser la gueule.

-Tu lui casseras rien du tout. -Mais pardon.

-Moi, je te dirais : regarde les choses comme elles sont.

Charles est né comme ça, personne n'y peut rien.

Charles est une femme, c'est évident.

C'était évident quand il avait 3 ans.

Tu veux le mettre dans les assurances.

-Mais il y a des femmes qui y travaillent.

-Oui, mais lui a le vrai goût des femmes.

ll aime les bijoux, les robes.

-On peut ĂŞtre un homme et les aimer. J'aime les robes.

-Non. -Quoi ?

-Toi, tu aimes les jupons. -Oui, enfin...

Alors ça, c'est du nouveau. -Quoi ?

-Mon fils est une folle. -Tu le savais.

-Non. -Tu refusais de l'avouer.

-Parfaitement, car j'appartiens Ă  une famille de gens normaux.

Si notre grand-père, qui était magistrat, vivait encore

et qu'on lui annonçait que Charles était couturier...

-Qu'aurait-il fait ? -ll serait tombé raide.

-Ça arrangeait tout. -Tu trouves ?

-Pour toi aussi, ça s'arrangera. Tu n'en mourras pas.

Regarde les choses en face.

-Je les trouve dégoûtantes, les choses, ignobles !

Révoltantes !

C'est dégueulasse.

Je le fous Ă  la porte ce soir mĂŞme, ce petit salopard,

avec ses grosses fesses et sa gueule de jean-foutre.

Allez, hop !

Je le vide Ă  coups de pied. ll va ĂŞtre comme tout le monde.

ll se racle la gorge.

Je lui montrerai la couleur de ma cravate, Ă  ce Brummell.

Allô ? Thérèse ? C'est moi. Viens tout de suite.

Au bureau, oui.

Non, il ne m'est rien arrivé,

mais je veux te voir, c'est urgent.

Je t'attends.

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Aboiements

-Tiens, il doit ĂŞtre dans l'atelier.

Asseyez-vous, je vais le chercher.

-Crois-moi, c'est la faillite.

-Vous êtes là, ma mère ? Vous avez foutrement bien fait.

-Toujours ce vocabulaire.

-J'emmerde le vocabulaire.

Mes enfants...

Mes enfants,

je vous annonce que nous comptons dans la famille

un spécimen que l'on n'y avait jamais rencontré jusqu'ici : Lolo.

Lolo, puisque c'est le nom dont vous le gratifiez,

autrement dit Charles, est un...

-Eh bien ?

-Je me résous à peine à prononcer ce mot.

-Là, tu m'étonnes.

-La signification du mot me gĂŞne.

-Vous m'affolez, Hippolyte.

-ll y a de quoi.

Donc Charles, autrement dit Lolo,

est un inverti.

Ça y est.

-Mais converti à quoi ? Pas au communisme, j'espère.

Je ne pense pas que ce serait son genre.

-''ln''. ''ln''. -Hein ?

Quoi, ''hein'' ? -lnverti.

-Ah, inverti !

Ah...

-Ça ne vous dit rien ? -C'est ennuyeux ?

ll a besoin d'une opération ? -Non.

Vous êtes délicieuse.

Charles n'a pas une maladie,

il n'est pas un homme,

s'il faut mettre les points sur les ''i''.

-Que racontez-vous, Hippo ? J'étais là quand il est né.

-Ça ne lui sert à rien d'être normalement constitué.

-Quoi ?

Ah, vous voulez dire que...

Décidément, je n'y étais pas du tout.

Je nageais complètement.

Enfin, évidemment.

-Quoi ? Quoi, évidemment ?

-Eh bien, évidemment, notre Lolo est un peu efféminé.

ll est évident qu'on ne peut pas le prendre pour un boxeur.

Ça, non.

On frappe Ă  la porte.

-Entrez. -Messieurs dames.

C'est Chauffard.

-Je n'ai pas le temps, en ce moment. Dans 5 minutes.

Je disais quoi ?

-Nous parlions de Lolo. -Ah oui.

Et vous n'aviez pas l'air plus choquée que ça,

ni surprise, ma mère.

-Surprise ?

Hippo, dès qu'il a eu 5 ou 6 ans, il fabriquait des robes ravissantes

à ses poupées.

En grandissant, il nous étonnait par la mémoire extraordinaire

des modèles et des tissus.

Nous l'avons vu devenir un homme

et s'habiller tout d'un coup avec cette recherche

un peu particulière, disons-le.

Vous trouvez drôle que je ne m'étonne pas quand vous dites ça.

Bien sûr qu'il est une femme, le pauvre petit.

-Bravo. Tout va très bien. Tout est parfait.

Toi aussi, ça te convient.

Tu trouves admirables

ses airs de danseuse et ses ongles vernis.

Tu trouves parfait d'avoir une folle pour fils.

Eh bien, je regrette, je ne suis pas d'accord, figurez-vous.

J'ai peut-ĂŞtre mon mot Ă  dire aussi, moi.

Et que mademoiselle ait ses nerfs ou non, je le dirai.

-C'est un peu tard.

-Quoi ? -Tu aurais pu y penser plus tĂ´t.

-Ça ne se passera pas comme ça. Ah, le bougre de salopard !

-Comme vous parlez gras, Hippolyte.

-Je n'ai de leçons à recevoir de personne.

Je passe la tĂŞte haute devant des gens au langage de marquise

et qui n'ont pas la conscience aussi nette que moi.

-Et que tu emmerdes. -Oui.

-Ă€ pied et Ă  cheval. -Exact.

-C'est un corps de garde.

-J'ai fait la guerre, moi, la vraie.

Et pas comme ces messieurs qui se la coulaient douce,

dans la bif, comme les copains,

avec des boîtes de singe au repas

et de la boue dans ses godasses.

-Tu n'avais qu'Ă  ĂŞtre officier.

-Non, madame. J'ai jamais cherché à prendre du galon.

-Si, puisque tu étais sergent-chef. -Ha !

C'étaient juste des sardines de sous-off.

-Alors je vois pas pourquoi tu as tenu absolument Ă  en rester lĂ .

-Parce que. -Tu ne pouvais pas faire autrement.

-Non, pas parce que je ne pouvais pas faire autrement.

Parce que, pour tout te dire,

j'avais horreur de ces gens-lĂ .

-Des officiers ? -Oui, et de l'armée en général.

Spécialement des officiers anglais,

avec leur thé, leur badine,

et cette façon de vous regarder du haut de leur grandeur.

Moi, j'étais le couillon de Français sur qui on frappait !

-Exprès. -Exprès, parfaitement.

On frappe Ă  la porte.

Quoi, encore ? -Chauffard.

Vous pouvez signer le chèque.

-Ah.

Je vais lui en donner, des bagues et des bracelets.

Je vais lui offrir une permanente,

et ce soir.

-Que vas-tu faire ? -Je vais le foutre Ă  la porte.

ll ira danser la danse du ventre, jouer des castagnettes oĂą il voudra,

mais pas chez moi !

-Simplement ? Le foutre Ă  la porte. -Oui.

Monsieur veut mener la grande vie,

s'imagine qu'en tortillant des morceaux de tissu,

hop, le coup de pouce du génie,

les cailles lui tomberont rĂ´ties.

-Et alors ? -ll verra ce que c'est que la vie.

ll verra qu'il n'est pas facile de la gagner,

ce que ces messieurs ne savent pas,

et quand il aura pris 2 ou 3 coups dans les gencives,

il comprendra peut-ĂŞtre que la maison avait du bon,

et que son imbécile de père

n'avait pas tort en lui inculquant des principes.

Alors il comprendra qu'un homme doit ĂŞtre un homme,

et pas une espèce de pantin oxygéné

toujours occupé de froufrous, fanfreluches

et autres âneries de ce genre,

sinon, je tirerai l'échelle.

-Ce qui veut dire ? -Ce qui veut dire que...

-Bon, et tout ça, si je comprends bien,

parce que tu as parlé avec Henri

et que tu as découvert ce que tu sais aussi bien que moi depuis toujours.

Tu découvres que Lolo n'est pas comme les autres donc tu le renvoies.

-C'est parce que je ne veux pas

d'un fils qui...

Sonnerie de téléphone

AllĂ´ !

Oui ?

Ah, c'est toi, vieille noix.

Oh.

Oh.

Mille excuses, chère madame.

Je me mets à vos pieds et vous présente...

Mais pas du tout.

J'ai un appareil détestable qui déforme la voix d'une façon...

Je vous présente mes respectueux hommages, chère madame.

Bien. Très bien, je vous remercie.

Je ne vois pas comment vous me dérangeriez.

C'est une joie, pour moi, de vous entendre.

J'écoute.

Dimanche prochain ?

Je suis très flatté que vous ayez songé à moi,

mais c'est une grande responsabilité que vous me confiez.

Ah, mais l'an dernier,

j'ai bénéficié de la valeur symbolique de l'objet à vendre,

mais on ne vend pas tous les ans la photographie dédicacée de...

Puisque vous me faites la grâce d'insister, je m'incline.

C'est un geste qui ne doit pas vous surprendre,

j'en suis persuadé.

Mais je vous en prie.

Mes fils ?

lls grandissent, oui.

Oui. Mes hommages, chère madame.

Mes respectueux hommages.

Éclats de rires

-lsabelle ? -Moi qui l'appelle ''vieille noix''.

J'avais cru que c'était Maurice. Elle a une voix d'homme.

Et pour cause. -Pourquoi ?

-Vous ne savez pas ? On l'appelle Barbe Bleue.

Elle m'a chargé de ses amitiés pour toi.

-Très honorée. -Elle est tout à fait charmante.

-Vous avez aussi été tout à fait charmant,

tout Ă  fait galant.

-Ça, tu passes du corps de garde au Grand Siècle comme personne.

-Qu'est-ce que tu veux dire ? -Ça.

Dès que tu sors de la famille, on dirait que tu parles à Louis XlV.

''Chère madame.''

-Alors lĂ , tu es formidable.

Je n'aurais pas appelé Louis XlV ''chère madame'',

et d'une...

-Très drôle.

-Je ne suis pas venue ici

pour parler de Louis XlV, alors j'y vais.

Ne vous disputez pas. -Pourquoi se disputer ?

Je suis calme et d'excellente humeur, ma mère.

-Quand vous voulez, vous avez un caractère en or.

Vous ĂŞtes charmant.

Ă€ tout Ă  l'heure, mes enfants.

-Moi aussi, je suis très calme,

et je voudrais justement profiter de ton calme Ă  toi

pour régler la question de tout à l'heure.

-Quelle question ?

-Comment, ''quelle question'' ?

Tu me fais venir, tu hurles,

tu veux mettre Lolo dehors, tu intermèdes au téléphone,

et quand je reprends la conversation, tu me demandes de quoi il s'agit ?

-Ah oui ? Ça suffit pour aujourd'hui.

-Quoi ?

-Nous en reparlerons plus tard.

-Tu as changé d'avis ?

-Non, je n'ai pas changé d'avis, j'ai changé d'humeur.

Maintenant, ma décision est prise,

je suis maître de moi et j'y pense plus, c'est tout.

-Moi, j'y pense encore.

-Ah non, tu ne vas pas me casser les oreilles.

-Mais si, justement.

Pourquoi tu détiendrais le monopole ?

J'ai 2 ou 3 choses Ă  te dire, et tu les entendras,

et calmement.

-Je t'écoute des deux oreilles.

-Tout d'abord, Lolo ne rentrera pas ce soir,

il est parti en week-end.

-Avec quelle permission ?

-La mienne.

J'ai jugé inutile de provoquer de ta part une scène

pour une autorisation normale.

-Parfaitement normale.

Et avec qui, ce week-end ?

-Son ami Robert, probablement.

lls sont toujours ensemble. -Robert.

Tu me dis ça dans les yeux.

-Je n'arrive justement pas Ă  rencontrer ton regard.

-Tu me ferais peur ? Ce serait le comble.

-Je te demande si tu ne sais pas depuis au moins 2 ans

que Lolo a un ami, Robert,

avec qu'il il est parti au moins 20 fois.

-Évidemment, je sais. -Alors ?

Tu trouves extraordinaire que je parle de Robert

et tu m'accuses de te dire qu'ils sont partis tous les deux.

En quoi est-ce une chose énorme de ma part ?

-Bon, puisque tout est bien, n'en parlons plus.

ll part avec Robert, je dois trouver ça normal.

-Je te répète qu'il y a 2 ans que tu trouves ça normal.

-Mais depuis 2 ans, je n'imaginais pas...

Je ne voulais pas penser...

Bon, je me tais.

-VoilĂ , tu ne voulais pas y penser,

ni Ă  ton autre fils, qui s'appelle Roger, qui a 1 7 ans,

et qui a besoin d'un peu d'argent.

Tu ne lui en donnes jamais,

tu n'es pas surpris qu'il ne demande pas.

Une blague, Ă  table, sur sa comtesse japonaise,

grand sujet de plaisanterie,

mais tu ne veux pas penser que Roger est entretenu par elle.

Tu vas sauter en l'air, maintenant.

-Roger ? L'amant de la comtesse ? Et entretenu ?

-Saute, explose. -C'est lui qui te l'a dit ?

-Non, il ne l'a pas dit.

Je le comprends, c'est tout.

Je ne me mets pas la tĂŞte dans le sable.

C'était inévitable.

-ll me semble que j'élève mes enfants, je paie leurs études.

-Oui, mais à 1 7 ans, on va au cinéma, on fume, on lit,

on veut connaître des femmes.

-Quelles femmes ? -Eh bien, justement.

Tu le sais mieux que moi.

Tu sais le danger qu'on court avec elles, sans assez d'argent.

-On n'en court pas autant ?

-Tu m'as bien comprise.

-Ma chère, réjouissons-nous, il couche avec la comtesse.

Le voilà préservé des filles de la rue.

Un petit pas de danse. -C'est ça, plaisante un peu.

-Entretenu par le Japon ! Elle est forte !

Tu pouvais pas m'en parler ? -Tu lances toujours des boutades.

La comtesse, tu penses...

Tu plaisantes sur tout ce qui peut être sérieux

et à jurer sur ce qui n'a pas d'intérêt.

-Je te remercie. -Je te le dis comme je pense.

À propos de Lolo, tu as eu le toupet de mettre en avant l'éducation.

-Parfaitement. -Je te répondrai que justement,

tu ne t'es pas occupé d'eux.

-Je... -Jamais !

Ne proteste pas ou je me mettrai vraiment en colère.

Et ma colère ne tombera pas au moindre coup de téléphone.

-Je... -Pour une fois, je hurlerai.

Et tu te tairas.

Jamais tu ne t'es chargé d'éducation,

jamais tu n'as vu un de leurs professeurs, c'est moi.

Tu as des principes et tu nous rebats les oreilles

avec ton grand-père, la magistrature, etc.

À table, tu ne parlais de tes études

que pour dire les blagues que tu faisais Ă  ces idiots

qu'on appelle les agrégés,

pour les imiter et pour déclarer :

''Je préfère crever la gueule ouverte qu'être des leurs.''

Tu imagines avec quel sérieux ils écoutaient leur professeur.

Tu ne parlais de ton service que pour fulminer sur ces salopards

qu'on appelle les militaires.

Et tu t'es révolté quand Lolo t'a dit qu'il n'irait pas dans une caserne.

Alors tu t'es indigné,

tu as parlé de la décadence de cette génération,

seulement lui a compris que ce que tu dis n'a aucun sens.

lls doivent écouter quand vous faites les pitres ?

OĂą est le professeur de morale ?

-Quand tu auras fini, tu me feras signe.

-Je pourrais t'en dire encore pendant longtemps.

J'aimerais mieux que Lolo soit un garçon comme les autres,

seulement voilĂ , il ne l'est pas.

C'est justement parce qu'il est fragile

que je ne te laisserai pas toucher Ă  un de ses cheveux.

VoilĂ  ce que je voulais te dire.

Le jour oĂą tu le mettras Ă  la porte, je le suivrai,

et je sais oĂą j'irai.

ll y a déjà longtemps que je le sais.

Voilà. Tu es fixé, j'espère.

ll y a déjà longtemps que j'aurais dû le faire.

C'est à cause des enfants que je suis restée.

Claquement de porte

-Attendez-moi, je ne serai pas long.

Yoko ?

OĂą es-tu, Yoko ?

-C'est vous ?

C'est toi ? Je suis tout apprêtée.

Nous allons au musée Charpentier.

-Écoute, Yoko, ça va mal, pour Lolo.

-Lolo ? -Robert l'a quitté.

Je te raconterai. -Robert l'a quitté ?

On frappe Ă  la porte.

-Oui ?

D'oĂą sors-tu, toi ?

-Dis, maman, ça va mal, pour Lolo.

-Que lui est-il arrivé ? -Je l'ai croisé par hasard.

-Mais quoi ? Quoi ?

-Tu sais, Robert, son ami, il l'a plaqué.

-Quoi ?

Mais ils avaient rendez-vous Ă  la gare des lnvalides.

-Oui. Un petit copain est venu remettre une lettre Ă  Lolo,

une lettre de Robert.

Tu sais ce qu'a fait ce salaud ?

ll est parti avec une femme.

-Une femme ?

-Quelles garces, les femmes, pour faire ça.

Tu parles d'une vache.

Mais Lolo, oĂą est-il ? Comment as-tu su ?

-ll était dans un état effrayant

et j'ai eu l'idée d'aller chez la comtesse.

C'est une amie.

Elle a pensé à prendre une chambre à l'hôtel Raphaël, qu'elle connaît.

LĂ , il pourra avoir sa crise tranquillement.

Si tu y allais, ça lui ferait du bien.

-Je viens. -Je t'attends en bas, dans une Rolls.

-Une Rolls ?

-Oui, la Rolls de la comtesse.

Elle me l'a prêtée, elle est partie en taxi.

-Bon, va, je me dépêche.

Maman, je ne coucherai pas ici.

Je ne peux pas t'expliquer, je suis pressée.

Ne t'inquiète pas.

Claquement de porte

-VoilĂ  ce qu'il faut avaler, faute de quoi, on est une brute.

Ça aussi, ma mère, vous allez le trouver drôle.

On a écrit à mon fils :

''ma grosse pomme'', ''ma lolotte'',

''ma grosse nouille'', ''ma lolotte bouclée'',

''ma lolotte''. ''Ma lolotte'', voilĂ .

ll s'appelle Charles, et on l'appelle Lolotte.

Vous ne riez pas, encore heureux.

Où est Thérèse ? -Elle est partie.

-Partie ? -Elle a pris son petit sac.

-Pourquoi ? -Je ne sais pas.

Elle m'a dit en courant : ''Je ne coucherai pas ici.''

-Elle ne couchera pas ici. -Elle m'a dit ça.

-Ça vous a suffi ? -Elle était pressée. Elle m'a dit :

''Je ne peux pas t'expliquer, ne t'inquiète pas.''

-Vous ignorez oĂą ? -Oui.

-Eh ben, parfait. VoilĂ  encore du nouveau.

Ma femme découche, et il faut que je...

Je vais vous dire oĂą elle est.

Chez son amant. Elle a un amant.

-Hippolyte... -Elle a un amant.

Elle me l'a dit tout à l'heure. Elle m'a fait une scène de rupture.

Elle m'a dit des choses dégueulasses,

et que quand elle s'en irait,

elle savait où aller, et qu'elle aurait déjà dû le faire.

Eh bien, ça y est, elle y est allée.

Elle avait un amant, nom de Dieu !

Ah !

Encore une chose que je devrais savoir,

encore une chose que je n'avais pas voulu voir !

Ma mère, regardez votre gendre, il en vaut la peine,

cocu, père d'une tante et d'un maquereau.

Vive la famille. J'ai assez ri.

Écoutez-moi bien,

jamais, ni votre fille, ni Lolo ne reviendront ici.

-Mais oui, Hippolyte. Mais oui.

-Jamais. -lls reviendront.

-Vous ne me connaissez pas. -Mais si, justement.

-Eh bien, pour commencer, je ne rentrerai pas ce soir non plus.

Je vais m'envoyer en l'air de mon côté.

Bonne nuit.

-Non, merci, Léonie.

-Nous voici dans l'ambiance parisienne de la Nuit de la couture.

Le Tout-Paris s'est donné ici rendez-vous,

académiciens, ministres, Légion d'honneur,

et celles qui partout les accompagnent.

Bonjour, monsieur. Madame.

Le commerce et l'industrie...

Brouhaha

-Chut...

-Chut.

-Après avoir retenu ces 3 robes pour la finale

et après avoir délibéré,

le jury haute couture a décidé d'attribuer

le titre de la plus belle robe de Paris, le Goncourt de la robe,

Ă  Amphitrite !

Acclamations

Amphitrite, de M. Charles Barjus.

-Bravo.

-M. Barjus ?

M. Barjus ?

On vient de me dire que M. Barjus n'est pas lĂ .

Je crois que M. le ministre a accepté de dire quelques mots.

M. le ministre.

-Mesdames, mesdemoiselles, messieurs,

je crois que voilĂ  le cas ou jamais,

de citer le vers célèbre :

''La valeur n'attend pas le nombre des années.''

On me dit que le lauréat de notre concours

n'a pas 1 9 ans.

-Bravo.

-Je voudrais être le père de ce jeune homme béni des fées.

-C'est un peu calme, ce soir.

C'est vrai qu'il est tĂ´t.

D'habitude, à cette heure-là, c'est bourré.

Encore hier soir, il y avait une ambiance extraordinaire.

Et puis on a une jolie clientèle,

toujours de bons programmes.

La semaine dernière, encore, on avait Jean Castel.

La petite aussi, c'est un numéro de strip-tease, mais fin.

C'est fin. Et elle est gentille.

Vous verrez, tout Ă  l'heure, elle est charmante.

Ah, je crois qu'elle a fini.

Bravo !

Bravo, bravo.

Nous applaudissons bien fort.

Mesdames, messieurs,

après ce numéro de grâce féminine,

j'ai le plaisir, pour les amateurs de la bonne chanson française,

de vous présenter la vedette méridionale,

Marie-Jeanne Casti.

Voici tout le soleil du Midi.

-Sur une musique d'Henri Sauguet, paroles de Sherban Sidery,

La Marchande d'anémones.

La nuit, la pluie arrive

Je cherchais un abri

Tu voulais un taxi

T'approchant, tu m'as dit

Anémone au cœur noir

Chaude fleur des trottoirs

Dans l'hĂ´tel, allons voir

Mais seulement ce soir

Qui veut mes belles anémones

Cent francs la botte

Allons, messieurs

Elles sont bien fraîches Bien fraîches

Raclement de gorge

Bien fraîches

HĂ´tel du Bon Plaisir

Dans la rue d'Aboukir

-Vous avez du feu ?

-Le service est compris

Rappelle-toi, mon ami

-Merci.

lci personne ne dort

-Un petit verre ?

ll fait chaud, vous savez bien ce que c'est.

-Et c'est leur décor

Souviens-toi, mon amant

-Encore un qui aime les femmes.

-De moi tu ne connaîtras

Que la caresse de mes bras

Mes baisers de mousmé

Mes baisers de mousmé

Et lorsqu'il partit soudain

Se battre en pays lointain

Personne n'entendit la plainte

De la petite mademoiselle Jacinthe

Excepté le cerisier

Excepté le cerisier

-Au revoir.

-Bonsoir, monsieur... Bonsoir, monsieur. Au plaisir.

Sonnerie

-Bonjour, Madame.

Madame a bien dormi ?

Ce sera une belle journée,

un beau dimanche de printemps.

C'est de la confiture de groseilles.

Claquement de porte

C'est Madame avec Lolo. M. Lolo a l'air tout malade.

-Léonie, préparez-moi un café très fort.

Bonjour, maman. Tu as bien dormi ?

-Oh non. Qu'est-il arrivé à Lolo ? ll est malade ? C'est un accident ?

-Non, il n'est pas malade et ça n'est pas un accident.

Je t'expliquerai plus tard.

Merci, Léonie.

Pour l'instant, il faut le laisser se reposer.

-Bonjour, Monsieur.

-Bonjour, Léonie.

Mme Grombert est levée ? -Non, mais réveillée.

Madame parlait avec elle, tout Ă  l'heure.

-Madame ? -Oui, Monsieur.

-Madame est lĂ  ? -Oui, Monsieur, avec Lolo.

ll est malade. -Lolo... ll est lĂ , lui aussi ?

-Oui, Monsieur. Madame vient de le coucher.

Monsieur est sorti tĂ´t, pour un dimanche.

-Non, j'arrive.

-J'ignorais que Monsieur avait voyagé cette nuit.

-Voyons. -Monsieur a déjeuné ?

-Oui, merci, j'ai déjeuné.

Madame est rentrée avec Charles ?

-Avec Lolo, oui. -Charles. ll est plus un enfant.

Et d'oĂą venaient-ils ?

-De voyage. -De voyage...

-lls n'ont pas dîné, hier soir. -Merci, Léonie.

-Je dis Ă  Madame que Monsieur est lĂ  ?

Elle est avec Mme Grombert. Elle vient de quitter Lolo.

Charles. Ça ne me vient pas, Monsieur.

-Quoi ? -Charles.

-C'est un homme, non ?

-Je ne sais pas, moi. -Comment ça !

-Ça ne me vient pas.

Sans doute que je l'ai connu trop petit.

-Entrez.

-Bonjour, ma mère. Thérèse n'est pas là ?

-Embrassez-moi, mon petit.

Vous me faites des tours pendables.

Où avez-vous passé la nuit ?

Nous étions inquiètes, Thérèse et moi.

-Thérèse, inquiète ? Quand ?

-Quand elle est rentrée,

d'autant plus qu'elle a ramené Lolo malade.

-Qu'a-t-il ? -Je sais pas.

Thérèse l'a veillé toute la nuit. -Veillé ? Où ça ?

-Pourquoi, ''où ça'' ? -Oui, où ?

-Je sais pas. -Ah bon ?

-Ne me bousculez pas, Hippolyte.

Vous m'avez laissée toute seule.

J'avais la tĂŞte pleine de soucis.

J'ai pas fermé l'œil, si vous voulez le savoir.

-Moi non plus, si vous voulez aussi le savoir.

-Ah non ? Pourquoi ? -Pourquoi ?

Vous êtes vraiment charmante, ma mère.

Vous étiez seule ? Mais Roger était là.

-Non. -ll est rentré ce matin ?

-Non, il n'est pas rentré.

-Et oĂą est-il ? -J'en sais rien, moi.

Qu'est-ce qui vous a pris de tous coucher dehors ? Que se passe-t-il ?

-J'espérais que vous me le diriez. -Comment le saurais-je ?

-Vous ignorez ce qu'a Charles, où Thérèse a dormi

ni comment elle a retrouvé son fils. Vous ne savez rien.

Ni ce qu'est devenu Roger. -Vous craignez un accident ?

ll faut les habituer Ă  nous dire oĂą ils vont.

C'est désagréable de ne pas savoir.

-Désormais, sur ce chapitre, vous parlerez à votre fille.

J'ai décidé de me désintéresser de la question.

Je n'élève pas mes enfants, je suis un clown,

dès que je leur fais une observation,

c'est comme si je chĂ´mais la grand-messe.

Que je parle ou non, c'est kif-kif. lci, on se fout de moi.

En plus, je me fais engueuler par ma femme.

-Thérèse vous aime.

-Alors fini les clowneries, je ferme la boutique.

Je ne suis pas un éducateur, je ris des choses sérieuses,

je m'emporte quand il ne faut pas.

C'est votre fille, qui parle le bon langage,

donc ne me posez plus de questions sur eux.

Voyez leur mère.

-Vous ĂŞtes nerveux, Hippolyte. Seriez-vous Ă  jeun ?

-J'ai pas besoin d'ĂŞtre Ă  jeun pour ĂŞtre nerveux.

J'ai mangé quatre croissants. Quatre.

Je vous remercie, ma mère, j'ai très bien déjeuné.

Thérèse n'a pas dit où elle allait,

et vous ne le soupçonnez pas.

Vous ne savez pas qui est son amant ?

-Quel amant ? -Le sien.

-Vous savez que Thérèse n'a pas d'amant.

-Je vous dis que oui, et je vous l'ai dit hier.

Et c'est Thérèse elle-même qui me l'a appris.

-C'est pour ça que vous avez découché.

-C'est pour ça que j'ai...

tourné dans Paris toute la nuit comme une toupie, oui.

Qui ?

Qui est-ce ? Vous devriez le savoir !

-Hippolyte, je ne veux pas en entendre plus.

Allez-vous-en, je vais faire ma toilette.

-Quand la machine Ă  emmerdements

s'arrêtera de tourner, ça me fera plaisir.

Bonjour.

-Bonjour.

-Si tu peux me donner quelques explications,

tu me feras plaisir.

Où avez-vous passé la nuit ?

Comment as-tu retrouvé Charles, qui était parti ?

-ll n'est pas parti. -Merci, j'avais compris.

-ll n'est pas parti en week-end,

mais son ami l'a quitté, voilà.

-Qu'est-ce que ça veut dire ?

-Ça veut dire : son ami l'a quitté.

Tu ne sais pas ce qu'est une rupture ?

Eh bien, voilĂ .

Depuis hier après-midi, je suis auprès d'une épave,

d'un pauvre petit qui pleure et qui souffre

tout ce qu'on peut souffrir.

Roger m'a prévenue, et je suis partie.

-Tu me dirais que la tour Eiffel et le Panthéon

ont changé de place cette nuit, je ne tomberais pas de plus haut.

-ll est dans un état fou, le pauvre.

-Ça y est, lui aussi, a décroché le cocotier.

ll inaugure le mal d'amour. Personne n'avait connu ça.

-Si tu l'avais veillé cette nuit, tu ne rirais pas.

-Formidable.

-Mais quoi, formidable ?

Lolo aimait, que veux-tu que je te dise ? ll aimait d'amour.

ll réagit comme n'importe qui dans ce cas.

-Comme une maîtresse plaquée, comme une femme.

-Et après ? Une seule chose compte : sa douleur.

L'état dans lequel il est.

-Tu ne vois que son état. -ll n'y a pas autre chose à voir.

-''ll aimait d'amour.''

Une mère vous dit ça dans les yeux

Ă  propos du petit ami Robert.

Ça vous fait suer des ronds de chapeau.

-Ce serait pareil, s'il souffrait pour une femme.

-ll ne serait pas dans l'état que tu dis.

Alors,

nous devons nous incliner et admettre qu'on n'y peut rien

et trouver ça normal, encore une fois.

Et en parler avec l'air sérieux et embêté

des parents dont la fille voit ses fiançailles rompues

alors qu'il s'agit d'une... Y a des trucs qui vous dépassent.

-Sans ce drame, tu ne serais pas plus content.

-Comment ? -S'il filait le parfait amour,

ça ne te plairait pas plus.

-Ce serait encore pire.

-Ben, alors ? Tu vois ?

Réjouis-toi que ça ait mal tourné.

Tu n'as aucune raison d'être en colère.

-Et qui est ce Robert ?

-Est-ce que je sais, moi ? Un ami Ă  lui.

On ne connaît pas tous les garçons avec qui ils sortent.

Je sais juste qu'il a quitté Lolo pour une femme.

-Pour une femme ? -Oui.

-ll m'a l'air d'un drĂ´le de coco. C'est du propre.

-Si tu étais son père, tu t'en réjouirais.

-J'aimerais connaître son père. ll doit être bien.

-Autant que toi. -Ça m'étonnerait.

C'est du joli monde.

ll y a des jours oĂą on voudrait ĂŞtre quelque chose

pour balayer tout ça, hop !

Place nette de cette saloperie ! Un peu d'air, bon Dieu.

-Tu parles du père ou du fils ? -Tous dans le même panier.

Je voudrais leur apprendre Ă  vivre. Ce serait pas long.

-Bon, mais pour le moment, assieds-toi, tu me feras plaisir.

Je n'ai pas dormi. Ça me fatigue, de te voir tourner.

-Eh ben, justement.

Parlons-en un peu, de cette nuit.

Où l'as-tu passée ?

-Ă€ l'hĂ´tel. -Ă€ l'hĂ´tel, tiens.

Quel hĂ´tel ?

-Avenue Kléber, où j'ai retrouvé Lolo.

-Et qu'est-ce qu'il y faisait, dans cet hĂ´tel ?

-Écoute, je voudrais bien ne pas subir un interrogatoire.

-Et je voudrais, sans te fatiguer davantage,

savoir chez qui tu as passé la nuit avec ton fils,

si ça ne te dérange pas.

-Je viens de te le dire. -Mais je ne marche pas.

-Tu ne crois pas ce que je te dis ?

-Non, figure-toi.

-Je te remercie. -Y a pas de quoi.

Hier, tu m'as dit que... On frappe.

Entrez !

-Le facteur vient d'apporter ce pneumatique pour M. Lolo.

Je veux dire M. Charles.

Est-ce que je dois le réveiller ?

-Non. Merci, Léonie.

-Tu ne l'ouvres pas ? -Non.

-Et si c'était Robert qui...

-Non. C'est une écriture de femme. -Justement.

OĂą vas-tu ? -Prendre un bain.

-Minute. Hier, tu m'as dit que si tu partais,

tu savais chez qui aller. -Oui.

-Tu l'as dit ? -Oui.

-Et au moment oĂą je vais enfin savoir chez qui tu irais,

tu vas prendre un bain.

-Pas maintenant, je t'en prie. -Quoi ?

Hier, tu me fais entendre que tu as un amant,

tu t'enfuies, un petit sac Ă  la main,

tu passes la nuit dehors, et quand je te demande oĂą,

j'ai pas de réponse !

Alors dis-moi que je suis en surnombre ici,

et qu'incapable d'être ni père ni mari,

je ferais mieux de m'en aller.

Dis-moi de partir.

Dis-moi que personne ne me supporte,

et que je suis cocu.

Dis-le-moi, que je suis cocu !

-Je voudrais bien, mais ce n'est pas vrai.

-Tu préfères ta version.

Hier... -Encore pour Lolo, Madame.

-Hier, tu mas dit : ''Quand je partirai, je saurai oĂą aller.''

Est-ce vrai...

Est-ce vrai ou non ? -Oui.

-Tu penses Ă  quelqu'un.

-Oui.

-À qui ? À ton amant ? -À celui qui pourrait l'être.

-C'est un ami Ă  moi, bien entendu. -Henri.

-Mon cousin, encore mieux.

Henri pourrait ĂŞtre ton amant ? Depuis quand ?

-Depuis que tu me l'as conseillé. -Moi, je t'ai conseillé

de le prendre comme amant ? Elle est raide.

-Tu m'as dit : ''ll serait parfait, il te fait la cour Ă  chaque fois.''

-ll te fait la cour ?

-C'est toi qui m'as ouvert les yeux, mais je savais qu'il me plaisait.

-Et tu l'as relancé. -Comme tu dis, le lendemain.

-Car j'ai jeté cette phrase en l'air.

-Tu y étais allé fort, ce soir-là. Je n'en pouvais plus.

-Et il est devenu ton amant ?

-ll m'a fallu de sérieuses raisons pour y résister, je te l'assure.

J'ai senti que dans ce cas-lĂ , je ne pourrais plus vivre ici

et je devrais t'abandonner les enfants.

Henri l'a compris.

ll m'a offert naturellement de venir loger chez lui

si tu me rendais l'existence trop odieuse.

-ll est pas pressé, lui. ll attend son heure.

ll attend le jour où tu te décideras !

Mais de quoi se mĂŞle-t-il ?

Je l'aurais vu, si je te rendais l'existence odieuse.

-Alors il ne me reste plus qu'à me demander si tu l'as fait exprès.

-Moi, je t'ai rendu l'existence odieuse ?

-Tu ne t'en es jamais aperçu, non ?

Pour moi comme pour tes fils, ce qui te gĂŞne, tu ne veux pas voir.

Oui, hier, j'avais décidé de me réfugier chez Henri.

Tu l'as échappé belle, et c'est à Lolo que tu le dois.

Je l'ai vu, et il n'en a plus été question.

Sans lui...

C'est facile de faire l'autruche puis de s'étonner

et tempĂŞter parce qu'on refusait de voir.

ll fallait voir, c'est tout.

-Ah, elle est forte ! C'est ma faute si...

J'ai fait exprès d'avoir un fils... -Je t'en supplie, tais-toi.

-Non, je ne me tairai pas !

Y suis-je pour quelque chose si Charles...

-Mais je n'y suis pour rien non plus.

C'est pourtant bien nous deux qui l'avons fait.

-Je commence Ă  me le demander, si tu permets.

-Tu n'as pas Ă  te creuser la tĂŞte, il est de toi, je te le garantis.

-Personne, dans ma famille, n'a eu des mœurs contre-nature !

Je te le garantis aussi !

Ça viendrait de ton oncle Alfred que j'en serais pas étonné.

ll m'a l'air d'un refoulé.

ll avait une manière de frétiller du croupion...

Mais Parbleu ! Mais c'est lui !

C'est lui, le salopard ! Je veux ! Personne, de mon côté...

-Non, ne crie pas, je t'en prie.

-Je crierai si je veux !

-Bon, je vais prendre mon bain. Crie tout seul.

-On peut plus l'ouvrir, dans cette maison.

Claquement de porte

Et voilĂ  !

VoilĂ , mes enfants.

Voilà, mes enfants. Votre mère doit avoir raison,

je suis peut-être un imbécile. Je m'emporte,

je parle comme un garde d'écurie.

Et je fais le malheur de mes proches.

Depuis 20 ans, je n'ai eu qu'un souci,

celui de gagner de quoi vous élever correctement,

toujours soucieux que vous puissiez me reprocher

la plus petite négligence.

J'ai toujours eu à me débattre seul.

J'avais pas beaucoup étudié, mais sitôt marié,

j'ai mis tout mon amour-propre Ă  tenir un rang convenable.

J'ai travaillé comme un nègre.

Chaque soir, je rentrais fatigué

et énervé par mes préoccupations de la journée.

Je ne maîtrisais sans doute pas mes nerfs.

ll paraît que je n'ai jamais su que vous rendre la vie odieuse,

et que votre mère était, près de moi,

la plus malheureuse des femmes.

Vous ne m'aimez pas.

Et elle ne m'aime plus.

ll paraît aussi que tout ça me crève les yeux

depuis longtemps, que je n'avais jamais voulu le voir.

Tout est clair.

Toi, Charles,

mon pauvre petit, tu n'y peux rien, au fond,

mais tu es d'une catégorie que je ne supporte pas.

Ça ne se discute pas, je ne peux pas, c'est plus fort que moi.

Le malheur veut que tu sois mon fils,

et que tout nous dresse l'un contre l'autre.

Je suis ton père, et nous ne sommes pas de la même famille.

Puisque ta mère parle de tragédie, tiens,

en voilĂ  une.

Je voudrais t'admettre comme tu es,

je voudrais aussi t'aimer,

et j'ai envie de te gifler chaque fois que tu passes à côté de moi.

Ce que tu souffres, en ce moment,

il se trouve que je le souffre moi aussi,

en mĂŞme temps.

J'ai aimé ta mère.

Je crois bien que je l'aime toujours, malgré mes colères.

Oui, je l'aime.

Elle est ma femme.

Mais en ce moment, mon petit,

je suis plus près de toi que...

Alors voilà, je remettrai à votre grand-mère

l'argent qu'elle m'a confié,

je remettrai en outre à votre mère des versements réguliers.

Je crois que vous ne manquerez de rien, ici.

Moi,

je m'en vais.

Je vivrai n'importe oĂą.

Ça m'est égal.

Et...

puisque je vous ai rendus si malheureux,

je vous demande pardon.

-Barjus, c'est ici ? -Quoi ?

-Barjus, c'est ici ?

-Oui.

-Alors, tu viens, ce soir ?

-Je sais pas. -Passe.

-Bonjour, papa.

-Bonjour, mon petit.

-Maman est lĂ -haut ? -Oui.

-Elle est rentrée. -Oui.

-Avec Lolo ?

-Avec ton frère, oui.

-Tu sortais ?

-Oui.

Mais Ă  propos, tu rentres, si je comprends bien ?

-C'est-Ă -dire... -Quoi ? Tu rentres ?

-Oui.

-Alors, rentrons.

C'est parce que ni ta mère ni moi n'avons couché ici

que tu as jugé bon d'en faire autant ?

Si j'avais été là, tu serais rentré.

-Forcément. -Forcément !

Tu savais que je l'apprendrai ce matin.

-Oui. -Alors ?

C'est idiot de ta part, tu trouves pas ?

-Si tu veux. -Alors tu es idiot.

Tu fais une chose en sachant que nous ne t'y autorisons pas,

et en sachant que nous l'apprendrons tous les deux.

C'est bien ça ?

Réponds. -Ben, oui.

-Si maintenant, je me fâchais,

tu reconnaîtrais que j'ai raison et que tu mérites une punition.

-Ben, quoi ? -Tu vas pas dire le contraire !

Bon.

Parlons d'autre chose.

Je ne veux pas me fâcher

et je ne veux pas te punir.

Je veux te parler calmement

de quelque chose d'important.

-Ă€ moi ? -Ă€ toi.

Tu es à un âge où on peut te parler, je pense.

Tu as prouvé cette nuit

que tu es peut-être idiot, mais que tu n'es plus un bébé.

Assieds-toi.

Roger, je ne te demande pas où tu as passé la nuit, je le sais.

Chez ta Tonkiki, hein ?

Je ne te demande mĂŞme pas de me dire oui. Je le sais.

Alors mon petit, voilĂ .

J'ai remarqué que tu ne me demandes jamais d'argent,

et tu n'en demandes pas non plus à ta mère,

pourtant, tu vas au cinéma en dehors des cours,

enfin, j'espère que c'est en dehors,

tu fumes, forcément, tu as des frais.

Alors oĂą prends-tu ton argent ? -C'est Yoko, qui m'en donne.

-Yoko ? -Enfin, la Japonaise.

-La Japonaise ? -Oui.

-Je ne m'attendais pas à cette désinvolture.

-Pourquoi ? -Ça porte un nom,

mĂŞme en japonais, de se faire entretenir par une vieille.

-Elle a 22 ans.

-22 ans ? -Oui.

Elle s'est mariée à New York à 1 6 ans.

Puis son mari s'est tué dans une course d'autos

et Yoko a hérité.

Un fric colossal. -Mais tu couches avec elle ?

-Bien sûr. -Et elle te paie.

-Je couche pas avec elle pour l'argent, elle me plaît.

Et elle me dit qu'elle m'aime.

-Elle t'aime...

-Elle dit qu'elle me trouve rigolo.

-Elle te donne de l'argent car tu es rigolo ?

-Parce que j'en ai pas. -Et tu acceptes ?

-Pourquoi pas ? Elle est pleine aux as.

Elle dit que ça la fâcherait si je refusais.

D'ailleurs, j'ai même pas essayé.

-Bon, eh bien, mon petit,

tu demanderas de l'argent à ta mère.

Elle te donnera ce qu'il te faudra,

et pour commencer, tiens, voilĂ  5 000 F.

-Tu es bien gentil, papa, mais que veux-tu que j'en fasse ?

-Tu peux t'acheter quelques cigarettes et des séances de cinéma.

-Ça ne sert à rien, je t'assure.

5 000 F peuvent faire plaisir à maman pour s'acheter du rouge à lèvres.

C'est pour ça que je veux rien.

C'est des économies pour toi.

-J'ai jamais demandé un sou !

-Je sais. -J'ai jamais demandé l'aumône.

Je n'accepterai pas qu'une Chinoise ou une Japonaise

alimente mon ménage.

-Elle, c'est par gentillesse, parce qu'elle s'en fout.

-Je me fous de sa gentillesse ! Je me fous qu'elle s'en foute !

-Tu as tort, papa. J'ai eu une idée, pour Lolo.

Demander Ă  Yoko d'investir dans un magasin.

-Un magasin de quoi ? -De couture.

Une boutique où il confectionnerait des modèles.

-T'imagines pas que ton frère va confectionner des kimonos,

qu'il va s'installer couturier ?

-ll fait des trucs épatants.

Yoko est d'accord. Pour Lolo, elle ferait tout.

Plusieurs millions, si c'est utile.

-Plusieurs millions...

-L'argent est fait pour s'en servir.

-Bon, eh ben, en attendant,

tiens, voilĂ  1 0 000 F.

Laisse ta comtesse tranquille. Cesse de la voir.

Ça dépend de toi, car sans vouloir te faire de peine,

elle n'a pas que toi dans sa vie.

-Bien sûr, elle n'a pas que moi.

-Ah bon, tu le sais ? -Bien sûr, je le sais.

Je peux pas l'occuper Ă  moi tout seul, mais je m'en fous.

-Tu t'en fous ? -Ça ne me gêne pas.

C'est moi qu'elle préfère. -Tu la crois ?

-Si elle le dit, c'est vrai.

ll le faut, tout ce qui me touche est sacré.

-Tout ce qui te touche ? -Oui.

Maman, Lolo, toi.

-Moi aussi, je suis sacré ? -Toi aussi.

Si besoin, elle te passerait du fric.

-Nom de Dieu, on va pas tous se faire entretenir par le Japon !

Tu t'es jamais demandé si elle était pas piquée, ta geisha ?

-Elle l'est, mais elle est gentille comme tout.

-Allez, prends ces 10 000 F et ne me parle plus d'elle, veux-tu ?

-Non, je t'assure, papa, ça me gêne.

-Ça te gêne quand c'est moi qui te...

Et venant d'elle, ça ne te gêne pas ?

-Bien sûr. Elle et moi, on s'aime, c'est pas pareil.

On entre.

-Ah, tu es lĂ , toi ?

Tu rentres maintenant ?

Et ne fais pas de bruit, ton frère dort.

Nous ne pouvons pas admettre ça.

-Tu me renverses. -Quoi ?

-Tu l'as giflé. -ll le méritait.

-PlutĂ´t une punition. -ll l'a eue.

-Elle est idiote. Moi, je le raisonnais.

-Avec de l'argent Ă  la main ? -Oui.

Tu m'avais convaincu hier, et tu le gifles. C'est idiot.

-Je suis énervée. Tu ne le comprends pas ?

-Eh ben, c'est idiot !

C'est bien, les garçons.

On se fâche, on est une brute. Elle se fâche, elle donne des gifles.

Moi, j'y renonce.

-Une gifle ? -C'est Roger qui l'a reçue.

-Vous avez bien fait.

Je vous approuve. ll s'en souviendra. Je vous félicite.

-Eh ben, décidément...

-J'ai eu 4 frères, je sais ce qu'il en est.

Mon père était un homme bon,

il n'empêche qu'il a giflé Alfred le jour de ses 19 ans.

-Qu'avait fait le brave Alfred ?

-ll s'était laissé aller à quelques bêtises avec la femme de chambre.

-Avec la femme de chambre ? Vous êtes sûre ?

-C'est loin, tout ça. J'avais 1 4 ans.

C'était à la campagne.

ll y avait un petit valet de ferme

qui devait ĂŞtre pour quelque chose dans cette histoire,

car mon père l'a renvoyé le jour même.

-Un valet de ferme. Je savais que ça venait de ce côté-là.

-Vous dites ? -Rien, ma mère.

Sonnerie de téléphone

AllĂ´ ?

De la part ?

Tiens, Henri.

lci, Hippo. Tu es sûr que c'est à moi que tu voulais parler ?

Je me comprends.

Je t'écoute.

OĂą donc ?

Drôle d'idée.

Et c'est très important ?

Bien, j'arrive.

-Barjus, c'est ici ?

-Oui.

Oui.

Sonnette

-Le lancez pas avant.

Laissez-le dans son action.

Mais sitôt la rivière franchie, montez-le.

Comment est-il, ce matin ?

Ah oui ?

Bon.

Je dois gagner, mĂŞme en rendant 6 kg.

Mais ne le ménagez pas, après la rivière des tribunes.

-Bonjour le restaurant au 3e étage. Tu me la copieras, mon vieux.

Qu'est-ce que je fous ici ?

-Je vais t'expliquer ça.

D'abord, tu es content ? -Content ?

-Tu fais encore la tĂŞte ? -De quoi parles-tu ?

-Du succès de ton fils. -Quel succès ?

-Tu ne sais rien ? -Quoi ?

-La gloire pour ton fils. -Lequel ?

-Charles. ll a remporté hier soir le 1er prix des mannequins de Paris.

-Le 1er prix ? -200 000 F.

-200 000 F ? -Oui.

-Charles ? -Charles.

-Première nouvelle.

Mais tu dis un prix de 100 000 F ou 200 000 F ?

-200 000. -De 200 000 ?

-Oui.

-Attends, Charles a remporté un prix de 200 000 F ?

-Oui ! -Je t'écoute.

Un prix de quoi ?

-Du concours des grands couturiers.

-ll n'est pas couturier.

-Les amateurs étaient admis, mais devaient passer une épreuve

pour accéder à la finale, et Charles l'avait réussie.

-ll a enlevé la finale aux plus grands ?

-Mais oui !

-C'est une rigolade.

-J'ai assisté à la soirée.

Si tu veux une preuve, regarde le Journal du dimanche.

-Le journal... -Et on l'a annoncé à la radio.

-La radio...

-Hier soir, on a cherché le triomphateur.

Son absence a doublé son succès.

Fouquet, le ministre, a pris la parole.

-ll était là ? -Oui, et il a même dit :

''J'aimerais être le père de ce garçon béni des dieux.''

-ll a du flair.

Mais qu'est-ce que le champ de course vient foutre lĂ -dedans ?

-Nous avons ici un rendez-vous. -Avec Fouquet ?

-Non, Marlatier. -Connais pas.

-Marlatier, les tissus.

-Ah, les tissus Marlatier, oui.

Quel rapport ? -ll est propriétaire.

-Du champ de course ? -Non, d'une écurie.

-Alors ? -Hier soir, Marlatier était avec moi

au gala de la couture,

et je crois que Charles, mon petit vieux,

a rencontré la chance de sa vie.

Tu vas voir. Je suis heureux pour toi et Thérèse.

-Oh, Thérèse...

Ă€ propos, tu te maries toujours pas, toi ?

-Quoi ? Pourquoi ''Ă  propos'' ?

-Pour rien. Ma belle-mère me demande ça à chaque fois,

et me demande si tu te maries bientĂ´t.

-Dis-lui que non.

-Tu n'as pas encore trouvé la femme idéale.

-C'est ça.

-Tu l'attends.

-Quoi ?

-J'ai dit : ''Tu l'attends.''

-VoilĂ .

-Eh ben, ne l'attends pas trop, va.

Henri rit.

-Sacré Hippo, va.

VoilĂ .

-Barjus. -Marlatier.

-Enchanté. -Asseyez-vous, je vous en prie.

Permettez-moi de vous féliciter d'avoir pour fils

un artiste de cette qualité.

-ll se fout de moi ? -Je suis pressé, je serai bref.

J'offre de monter une maison de couture

dont je confierai la direction Ă  votre fils.

Je financerai, il créera.

J'ai pensé à tout.

Parlons chiffres. Je mets dans l'affaire 1 50 millions.

-1 50 millions... -Je vous offre une participation.

Votre fils deviendra en quelque sorte un associé.

Que diriez-vous de 3,5 % ?

-3,5 % ? Mais ça fait plus de 5 millions.

Vous y allez fort. OĂą veux-tu que je les prenne ?

-On te pose la question. -J'y réponds sans hésiter.

Je suis pas la Banque de France.

-Tu chercheras. Certains aiment aider les débutants.

ll grommèle.

-Bon. Téléphonez-moi votre réponse demain matin,

9 h 1 5.

Je vous quitte, excusez-moi. Cet après-midi, je cours.

-ll est pressé comme un lavement. ll court, mais je marche pas.

Un prix de 200 000 F,

1 50 millions, 3,5 %,

9 h 1 5...

ll est complètement cinglé, celui-là.

Oh, quelle époque.

Je te fais rire, toi ?

-Tu me fais rire quand tu fais le lion.

-Thérèse et toi, vous me soufflez sous les moustaches.

Elle, l'autruche, toi, le lion. Foutez-moi un peu la paix,

avec votre ménagerie.

-C'est ici, Barjus ? -Oui, au 3e, Ă  droite.

-Oui, c'est pour moi.

-M. Charles Barjus ?

-Oui, c'est moi.

-Merci, monsieur.

On frappe Ă  la porte.

-Qu'est-ce que c'est ? -C'est moi, Monsieur.

Mais c'est fermé.

-Envoyez-moi Roger tout de suite.

J'ai Ă  lui parler.

Mon petit, j'ai appris une histoire Ă  tomber de la lune.

Ton frère aurait remporté un concours de mannequins.

-La plus belle robe de Paris ? -Oui, 200 000 F.

-1 00 000 F ? -200 000.

-200 000 ? -Oui.

Charles a remporté un prix de 200 000 F.

-Formidable. -Tu savais qu'il concourait ?

-Oui, il avait été reçu aux éliminatoires.

-Ah, tu étais au courant.

-On ne devait pas te le dire. -Bien.

-ll voulait te faire une surprise, et il a gagné.

Je vais le lui dire. -Attends.

Minute.

Tu as vu ça ?

-Oui. ll a travaillé des mois dans sa chambre.

-Elle te plaît ? Tu l'aimes ?

-Oui, elle est formidable.

-Tu trouves ? -Pas toi ?

Tu n'es pas content ?

-Content... Oui, je suis content.

Mais je le vois d'ici, ton frère.

ll s'imaginera que c'est arrivé et se prendra pour un pharaon.

-C'est arrivé. -Qu'est-ce qui est arrivé ?

-200 000 F, d'abord. C'est déjà ça.

Ça peut être formidable.

-Formidable... Vous n'avez que ce mot Ă  la bouche.

La connerie des gens qui payent 200 000 F, ça, c'est formidable.

Pour ton frère, je ne vois pas ce qu'il y a d'extraordinaire.

-Je te trouve difficile. -Je réfléchis.

Je me demande.

Je voudrais être sûr que ce qui arrive à ton frère

vaut vraiment la peine de se réjouir,

s'il va pas avoir la tête tournée car ce jury

lui a collé un 1 er grand prix.

-Tu refuses que je le dise Ă  Lolo ? -Attends une seconde.

Tu ne sais pas le plus beau.

Henri m'a fait venir Ă  l'hippodrome

pour me faire rencontrer une espèce d'énergumène...

-Monsieur, il y a dans l'entrée 2 messieurs.

lls envoient un camion de son Ă  Lolo.

-Un camion de son ?

Que ferait-il d'un camion de son ?

-Langlois, télévision française.

-Ah, la radio ! ll fallait le dire.

''Un camion de son''...

-M. Barjus ? -Oui, monsieur.

-Le bon ? -Comment ça ?

-Je veux dire, le couturier.

-Ah non, je suis son père.

-Votre fils est lĂ  ? -Oui.

-Je voudrais l'interviewer. -Oh, l'interviewer ?

En ce moment, ce sera peut-ĂŞtre un peu difficile.

-Monsieur, c'est l'émission De fil en aiguille, à 1 3 h.

-L'émission De fil en aiguille, effectivement, est à 1 3 h.

Eh bien, monsieur, je vais essayer d'intervenir.

-On doit enregistrer dans une demi-heure.

-Dans une demi-heure.

Je vais tâcher de m'arranger.

Monsieur ?

-Ne vous excusez pas, je comprends.

La radio d'abord, c'est bien normal.

Paris Matin. OĂą est Lolo ?

-Mais c'est merveilleux !

-Mais qui ĂŞtes-vous ?

-Madame est la grand-mère de Charles, monsieur,

de mon fils.

Et il joue La Dame aux camélias.

ll meurt d'amour dans son lit.

-200 000 F, mais c'est la fortune, Hippolyte !

-200 000. -Mais oui.

-Ah bon.

La fortune... On va pas tomber tous Ă  la renverse

sous prétexte qu'on lance 200 000 F en l'air

et que Charles les reçoit.

Je connais la chanson.

Dès qu'il y a pépettes, tout va bien.

Je vais me mettre Ă  faire le trottoir, vous serez contents.

-Hippolyte, vous ĂŞtes impayable.

-Mais c'est vrai ! -Je vous vois faire le trottoir.

Vous seriez tordant. -Bon, bon.

ll savait qu'il avait été reçu aux éliminatoires,

que le jury se prononçait hier soir. Ça l'intéressait ?

Monsieur, partait en week-end. Le concours, il s'en fichait.

Que voulez-vous faire avec ce zigoto ?

ll se fout même de ce qui l'intéresse.

Sonnerie de téléphone

-AllĂ´, oui ?

C'est pour vous.

-AllĂ´ ?

Oui, monsieur.

C'est moi-mĂŞme, monsieur.

Monsieur...

Ah oui.

Votre fils, monsieur ?

Non, monsieur,

il n'est pas avec le mien.

Je ne peux pas vous le dire, monsieur.

Mon fils est chez moi, monsieur.

Parfaitement.

Si vous m'autorisez, je crois que le vĂ´tre est en fugue galante.

Oui, monsieur.

Avec une femme, si vous voulez le savoir.

J'ignore comment vous l'avez élevé,

mais votre fils est un drĂ´le de coco.

Je vous salue bien, monsieur.

Celui-lĂ , pour une fois,

saura ce que je pense.

-Bien fait. -Je ne vous demande rien.

-Mais monsieur, la presse est libre.

-Que me raconte Roger ? -La vérité, ma chère.

-Qui est-ce ? -La gloire, ma chère.

On est lĂ  pour l'interviewer.

-Dans son état ? -Son état...

ll changera d'état, que veux-tu ?

Je vais lui tremper la tête dans l'eau froide, ça ira mieux.

ll peut tout de mĂŞme se montrer un peu. C'est vrai.

La maison devient une fourmilière à cause de lui.

lls nous suivent jusque dans nos chambres,

mais lui, on ne le voit pas.

On ne le voit jamais. C'est l'Arlésienne.

Eh ben, il se débrouillera pour se faire voir un peu

et il n'en mourra pas. Non, mais c'est vrai.

La radio se dérange,

on lui amène un camion de son à domicile,

il ne va pas répondre à ces gens :

''Laissez-moi, Robert m'a plaqué.''

-Bon. On va voir ça.

-Ah, mais c'est tout vu.

ll s'agit de l'émission

De fil en aiguille, ne l'oublions pas.

-Je vais aller le voir.

On va essayer de...

Tu n'es pas rentré, cette nuit, il paraît.

Allez, embrasse-moi et ne crie plus.

Et va te raser.

-Je crie pas pour le plaisir. -Je sais, je sais.

-En tout cas, dis-toi bien une chose,

je ne serai jamais cocu.

-On verra. -Quoi ?

-Allez, va. Va.

-Envoie-moi Roger, je te prie.

Ah, Ă  nous deux, mon petit.

Je devrais dire ''mon grand''.

Quel âge as-tu, maintenant ?

-1 7. -Eh oui, eh oui.

Déjà 1 7 ans. -Oui, parbleu.

-Tu veux une cigarette ? C'est dans mon veston.

-Non, merci, j'ai les miennes. -Tu peux en prendre. J'y tiens.

Assieds-toi, mon petit. J'ai Ă  te parler.

Ce que j'ai à te dire est évidemment assez bizarre.

Mais il y a des circonstances, dans la vie, oĂą l'homme,

enfin, les hommes,

toi, moi,

ou un homme,

un père de famille, par exemple, peut se voir contraint

par un ensemble de considérations à...

Disons le mot, Ă  envisager

une solution qui, au premier abord,

lui aurait paru, ou aurait pu lui paraître

inenvisageable. Tu me suis, n'est-ce pas ?

-Enfin, oui.

-Tu imagines bien, je suppose, que le... enfin,

la situation rêvée...

Tu imagines bien, dis-je, que je serais très heureux

qu'il me fût possible de procurer à ton frère

cette situation dont il rĂŞve.

Ta mère en serait très heureuse aussi,

la chère femme.

Ah, Ă  ce propos, Roger,

si, et je le crois...

Tiens, assieds-toi.

Si je peux te parler comme Ă  une grande personne,

tu dois me jurer que ça restera entre nous,

et que ni ta mère ni Lolo n'en sauront rien.

Je peux compter sur toi ? -Oui, papa.

-Eh ben, mon petit, voici...

VoilĂ ...

VoilĂ  ce qu'il se passe.

C'est, en un sens, assez inespéré,

et je crois qu'il ne faut pas faire l'autruche,

Oublions, si tu le veux bien, le côté des femmes.

Nous sommes lĂ , toi et moi.

Cette jeune étrangère, sympathique,

dont nous avons déjà parlé,

serait disposée, m'as-tu dit, à...

Parlons d'homme Ă  homme, mon petit.

Rasoir électrique

Vous, je vais vous virer

avec perte et fracas, mon ami.

On n'a plus de vie privée.

-Mais je prenais pas de photos. -Mais alors,

qu'est-ce que vous foutez ici ?

-Ça va venir, monsieur.

-Lolo !

Darling, it's you.

Kiss me, Lolo.

-Lolo?

No Lolo.

Lolo, me. -You?

-Then, you kiss me, darling.

-Le père.

-Oh, the father.

Wonderful. l'm Dorothy, The Little Bazar.

-Bazar ? Non, seulement les journalistes.

-La presse américaine.

-L'Amérique ?

Barjus.

Ne cherchez pas mes hommages, madame, ils sont Ă  vos pieds.

Malheureusement, nous sommes débordés.

Si vous le permettez, rendez-vous dans une heure.

Conférence de presse, cocktail...

Je vous en prie.

Non ! Restez.

Je vous en prie.

Goodbye.

Et maintenant, le cocktail. -Cocktail ?

-Oui. Achetez-moi 2 bouteilles de Cinzano.

Ma mère, cocktail pour l'Amérique dans une heure.

Quelques bijoux, et un peu de standing.

-Quoi ? -Votre collier de perles.

-Mon collier ? -Parfaitement.

-C'est moi qui m'envoie en l'air, aujourd'hui.

-Roger !

Roger !

Ta comtesse ici dans une demi-heure.

Tenue de cocktail.

Ah, Thérèse.

-Qu'y a-t-il ?

-La presse, la radio, l'Amérique, le Japon.

Cocktail. Et maintenant, tout le monde sur le pont.

Charles est prĂŞt ? -Je crains qu'il ne vienne pas.

-''Qu'il ne vienne pas'' ? Tu vas voir ça.

''Qu'il ne vienne pas''...

Charles !

Lolo ?

Sous-titrage : Eclair Media

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