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Le village était un village
du Bourbonnais.
Comme ce discret Bourbonnais
ne s'était pas taillé
un nom de guerre
comme l'Alsace ou la Lorraine,
on le prenait, par exemple,
pour la Bourgogne,
tout comme on prit jadis
le Pyrée pour un homme
et les pendentifs de ma tante
pour ceux de mon oncle.
Le village en avait pris
un coup dans la pipe.
Pour le dire tout net,
il n'y avait plus rien, au village.
Rien de rien.
Ou plutôt, si.
Il subsistait encore,
vaille que vaille,
au hameau des Gourdiflots,
deux exotiques.
Deux fossiles de la plus belle eau,
deux pauvres ch'tites créatures.
Le premier de ces derniers
des Mohicans,
ces fruits secs, tannés,
confis dans le vin rouge,
de ces insolites d'un autre temps
rejetés par l'électronique
et même par le moteur à explosion...
Le premier
de ces deux druides de la chopine
s'appelait Francis Chérasse,
dit "Le Bombé",
vu qu'il était un chouïa bossu,
sur les bords et aux entournures.
Le second était Claude Ratinier,
"Le Glaude",
comme on l'appelait.
Le Glaude avec un G.
- J'en veux pas, j'en veux pas.
- Mais c'est qu'une mouche !
- Non. Les mouches, ce serait
moins nuisible pour ce que j'ai.
- T'as quoi de nouveau ?
Bah quoi donc ?
- Ah, j'ai le diabète.
- Où t'as vu ça ?
- Dans le journal.
- Ils parlent de ton diabète ?
- Non, ils en parlent en général.
Mais y a du particulier
dans le général.
- Bah alors ?
- Ma tante Augustine
qu'avait du diabète partout,
on lui a enlevé un oeil...
Paf, elle est morte.
Mon cousin germain, Benoît,
tout petit et large comme ça...
Lui aussi a eu du diabète.
On lui a enlevé un oeil...
Paf, il est mort.
Alors, un et un, pour moi,
ça fait deux.
- Confidence pour confidence,
j'ai deux oncles
qui sont morts en 14.
- Ah bon ?
- Ca m'étonnerait
que ça m'arrive. Bois donc.
- Non, faut plus que je boive,
jamais !
Je vais au docteur.
- Ah bah, on a pas fini
d'en causer, tiens.
- Vous avez droit à une chopine.
- Par repas ?
- Ah non, par jour !
Que buviez-vous,
quotidiennement ?
- Je sais pas, cinq, six litres,
comme le Bombé.
- Vous êtes fou !
- J'aurais jamais dû lire ce journal.
C'est des menteries,
des âneries de député
pour embêter le monde.
- Bon, c'est pas tout ça, le père,
mais tu me retardes.
L'heure, c'est l'heure.
C'est l'heure du perniflard.
J'va m'en filer une larmichette...
si l'odeur te dérange pas
pour ton régime.
Eh, le Glaude !
Mon eau, sans me vanter...
C'est la meilleure du coin
pour la soupe
et pour le perniflard.
Y a là-dessous
une nappe phréatique
comme y a point
dans tout l'Allier.
Quand je pense
que tu as choisi l'eau du robinet,
ça me fait sortir de ma culotte.
- La Francine
la voulait sur l'évier !
Les femmes veulent
le confort moderne !
- Et même l'égalité !
Ils vont être mignons,
les gamins, si elles les fabriquent
seules à coups de seringue.
Elles vont sortir des hippocampes,
comme dans les mares.
Ou ben des diabétiques.
L'Glaude...
L'Glaude !
L'Glaude...
Mon eau...
elle a une température
de haute précision
pour l'perniflard.
Au degré près.
Glacé, ça te tranche l'ventre.
Mais là,
ça te descend dans les boyaux
comme la rosée sur les feuilles.
Regarde donc.
Regarde donc.
C'est si bon, mon Glaude.
Regarde !
- C'est encore
dans notre petit coin à nous,
loin des malfaisants,
qu'on est encore le mieux
pour attendre la mort.
- J'iras point à l'asile.
Je me foutrai dans mon puits,
comme les vrais puisatiers.
- C'est ça, et moi je me taperai
avec un sabot,
comme les vrais sabotiers ?
Allons ! Hop !
- Oh ! C'est point tenable !
Faut changer d'air !
Oh, oh !
Oh, maman, oh, bon d'la !
Il m'empoisonne.
Oh ! Oh, bon d'la !
Les chevaliers de la lune...
- Oh, celle-là, je l'ai tant tournée
avec la Francine !
Légère comme une libellule,
la pauvre ch'tite enfant.
Quand on dansait
pour la Saint Hyppolite,
pour la Saint Pierre...
Partout, y avait
que de la fête et du bal.
Maintenant,
y a plus de valse brune.
Y a plus que deux chevaliers,
cons comme la lune, sous la lune.
- Tu vas pas te mettre à pleurer,
vieux chimpanzé...
- Mais elle me manque,
ma Francine.
Les femmes, c'est des choses
qu'arrivent qu'aux vivants.
- Regarde...
C'est ben foutu, les étoiles.
- Il paraît qu'il y en a
des milles et des milles.
- Ecoute donc voir !
Klein, klein.
- Oh !
- Oh, nom de Dieu !
Allez.
- Allez, entre.
Qui t'amène ?
- L'Glaude !
Lève-toi, viens donc voir !
Y a une soucoupe dans ton champ !
- Qu'est-ce que t'as fait
comme malheur ?
Tu me l'as tué,
bon Dieu d'assassin !
T'as massacré mon meilleur ami !
Il dort !
Pourquoi t'es venu ici chez moi,
et pas ailleurs ?
Si tu me racontes pas,
je saurai jamais
de quoi tu réchappes,
vieille Denrée...
Il souffle.
*-C'est ben foutu, les étoiles.
*-Il paraît qu'il y en a des milles.
*-Ecoute donc voir...
- Mais, c'est moi et le Bombé !
Tu nous as écouté péter de là-haut ?
T'as cru quoi, qu'on t'appelait ?
C'est vrai ?
Si péter fait tomber les Martiens,
il va nous en arriver
des brouettes ! Cré nom de Diou !
Tu m'as foutu une sacrée soif,
avec tes excentricités ! Bon Diou !
Eh ben la Denrée,
on est en France, allez, cul sec !
T'aimes pas le pinard ?
Tant pis.
S'il y a que les pets ou les rots
qui te parlent,
on va pas causer souvent.
Le Bombé et moi,
on pète dehors.
On sait se tenir.
On a déjà été au restaurant.
Si ça se trouve,
t'as guère soif !
T'es fou de faim
et t'oses pas m'y demander !
C'est de la soupe aux choux,
de la vraie.
Faites avec mes choux,
une variété de printemps,
le bacalan hâtif.
Gamin, on attaque !
Là. Maintenant,
on va attendre un peu,
que ça prenne bien le bouillon.
Hmm ?
Je m'embête pas, avec toi.
Quand je pète,
tu rappliques d'on ne sait où,
et quand je fume,
tu tombes par terre.
Mmm !
La soupe aux choux,
ça parfume jusqu'au trognon.
Ca fait du bien partout,
ça tient au corps,
ça vous fait des gentillesses
dans la tête.
Je te dis, ça rend meilleur.
Et voilà, t'es calé
pour la route. Allez.
Tu veux en emmener là-haut ?
C'est très facile, viens.
Tu pourras faire des kilomètres
sans y foutre par terre.
Mmm !
- Mmm !
- Mmm !
- De la soupe aux choux.
De la soupe aux choux,
mon Blaise.
- Mmm !
- Mmm !
Non, ça va.
Je t'accompagne.
Allez.
Eh ben voilà, ma vieille Denrée.
Bon voyage.
Serre-moi la main.
Voilà, comme ça.
Reviens vite,
t'es un bon gars.
- L'Glaude ! Y a une soucoupe
dans ton champ !
Une soucoupe dans ton champ !
- Gueule pas comme ça !
- Y a une soucoupe, là,
dans ton champ !
Qu'est-ce que tu me chantes ?
Quelle soucoupe ?
- Volante ! Une soucoupe volante !
Tu connais pas ?
- Ca n'existe pas !
- Tu paries un litre ?
- Trois !
- Trois, ça va comme ça.
- J'avais envie de pisser.
Je me suis dit :
"Va donc pisser dehors."
Je sors et je vois une soucoupe,
là, dans ton champ.
J'ai couru te le dire.
- Où qu'elle est, ta soucoupe ?
Hein ? Tu me la montres ?
Hein ?
- Elle y est plus.
- T'as dû faire un cauchemar,
ça arrive.
De quoi t'as soupé ?
- Un pied de cochon.
Pff, y a pas plus lourd
pour l'estomac !
Ta soucoupe,
c'est le pied de cochon.
- Elle était blanche
comme du chrome.
Elle faisait ben
3 mètres de tour,
elle était ronde
comme un fromage de vache.
Elle était belle
comme un nichon.
Elle était là.
- Tu cherches quoi ?
T'as trouvé ?
Tu veux une pepelle ?
- Merde ! Elle était là,
je l'oublierai jamais !
Là, là, là !
- Mon Cicisse, tu bois trop.
- Fous-moi la paix !
- Tu finiras par voir des rats
se balader sur l'édredon.
- J'avais point bu
plus qu'à l'ordinaire !
- C'est pas tout ça,
moi, je me recouche.
Je vais pas passer ma vie
à galoper les Martiens !
- Merde !
- Oublie pas, tu me dois 3 litres !
Trois litres de pisse !
Trois litres de pisse, que t'auras !
- Cette nuit...
- Vers une heure du matin... - Oui ?
- Je ressentis un besoin pressant.
Je suis sortie de chez moi...
et j'ai vu une soucoupe volante.
- Oh !
Permettez.
Allô, oui ?
- Je suis le frère
de Mme Poulangeard.
Je vous demande
de ne prêter aucun crédit
à son histoire de soucoupe volante.
Elle est bredine jusqu'au trognon.
- Ah bon ?
Je vous remercie.
Nous allons prendre
votre déposition.
- Salut, mon gars.
Le chef est là ?
- Il est occupé.
- Y en a pas pour longtemps ?
- Non.
- Votre déposition ?
- Cette nuit, à 1 h,
j'ai été pris d'un besoin pressant.
- Ah oui ?
Et vous avez vu
une soucoupe volante ?
- Oui !
- Ah.
- Cette nuit, à 1 h, une habitante,
Mme Amélie Poulangeard...
- Oh ! - Qui ressentait une envie pressante,
est sortie
et a vu une soucoupe volante.
- Elle est bredine jusqu'à l'os !
- Justement.
Si une innocente voit une soucoupe,
il est évidemment
qu'à quelques mètres de là,
un poivrot patenté
va s'empresser d'en voir une aussi.
Allez, hein.
Vous pouvez disposer, M. Chérasse.
Nom de Dieu !
Oh, nom de Diou, alors !
- Alors, vous avez vu
une soucoupe volante ?
- Oh, oui, je l'ai vue !
- Elle était à rayures
ou à pois ?
- Elle était polie.
- Trop poli pour être honnête !
Elle était polie
comme le seau à champagne.
Foutez-moi la paix !
Tais-toi donc ! Oh, nom de Dieu !
- C'est pour toi, un beau géranium.
Hein ? Eh ben, à part ça,
rien de neuf.
Que veux-tu qu'il y ait de neuf ?
Quand ça va pas,
faut y faire aller.
Non, un Martien
est venu à la maison !
Pas du tout, j'avais pas bu !
Je te le jure !
Depuis ta mort,
j'ai pas bu un seul canon !
A un de ces matins,
et amuse-toi bien.
Amuse-toi.
Tu veux pas penser
à autre chose ?
- Non !
Ca te travaille, hein ?
Parfaitement !
J'ai l'air d'un con, à Jaligny.
- Tu l'avais déjà !
- Maintenant, ils ont des raisons.
- Tu veux que je leur dise
que je l'ai vue aussi ?
- C'est pas la peine.
- Viens boire.
- D'accord. Après, j'me pends.
- Tu vas pas te pendre ?
- Mieux vaut la mort
que le déshonneur.
- T'as pas le droit, Francis !
- C'est la 1re fois
que tu dis mon prénom.
- T'as de la famille, des voisins,
des amis. Je suis tout ça !
- Tu penses qu'à toi !
Je souffre le martyr,
tu t'en fous !
Tu veux conserver
ton bouffon, ton esclave !
Pour rigoler dans ma botte !
- Viens boire un canon !
- J'ai point soif !
J'veux qu'on me foute la paix !
- Le Bombé !
- Le Bombé !
Qu'est-ce que tu trafiques ?
Le Bombé !
Oh !
Tu pourrais répondre !
- Te fais pas de souci.
Tu me crois noir
comme un boulet de charbon
au bout d'un corde.
- Tu mériterais une calotte,
espèce de saltimbanque !
- Tu me battrais ?
- Parfaitement !
- Tu me battrais
comme les gendarmes ?
- Ils t'ont battu ?
- Comme plâtre.
- Oh !
- Ils battent tout le monde.
- Je savais pas.
- Je déprime pour ça.
- Oh, pff !
- Oui, ils n'ont pas hésité
à frapper un diminué physique !
- Oh !
J'en cause au maire !
- Fais point ça !
Je leur pardonne.
Ils savent point ce qu'ils font.
- Toi, tu te fous de moi.
Je vais te préparer ton...
ton petit noeud papillon !
Vas-y, pends-toi, c'est prêt.
Tu pourras gigoter, charogne,
c'est du solide !
- Pends-toi, toi !
Pas de sifflet. Je me pendrai
quand ça m'amusera.
- Ah, merci, mon ch'ti Guillaume !
- Allez, entre donc
boire quelque chose !
Tes collègues ont toujours
le feu au cul.
Toi, je t'ai vu sur le pot !
Prenons un pot,
pas du même.
- Vite fait.
Le Bombé a vu une soucoupe ?
- On se fout de lui partout !
- Y a un peu de ça.
- Maintenant, il veut se pendre !
- C'est pas ben bon, ça !
Bon, allez.
Des fois, y en a qui le font.
- T'as fini de me surveiller,
figure de peau de fesse ?
Tu vas me suivre aux cabinets ?
- Je m'en fous,
je venais regarder tes salades.
- Elles sont en bas.
- Moi, sur les miennes,
y avait des limaces comme ça.
- T'as qu'à te les bouffer !
Oh, l'Glaude ! A moi !
Je suis mort ! Ah !
Au secours, l'Glaude !
Nom de Dieu !
- Ah, je t'aide !
- Laisse-moi crever !
- Qu'est-ce qui t'arrive ?
- Glaude, ah !
Me suis détruit,
mais la corde a lâché.
Me suis cassé les reins
comme du cristal.
Ah, j'va mourir.
Ah ! Oh, j'ai mal au cul !
Oh, mon Dieu !
Oh, j'ai-t-y mal au cul, bon Dieu !
Je peux plus respirer...
Je peux plus...
J'aurais pu me tuer, hein ?
Appelle les pompiers.
- Pourquoi, t'as soif ?
Oh, j'ai si mal, mon Dieu ! Oh !
Dis donc...
Me suis pété la bosse ?
Me suis pété la bosse,
j'la sens plus !
- Non, elle est là,
tu seras pas défiguré.
- Je l'ai ? - Oui.
Tu vois que t'es pas
en mille morceaux.
- Oh putain, j'ai si mal !
- Aïe...
J'ai le cul en rondelles !
Oh, oh !
J'ai les fesses
qui me sont rentrées dans le ventre.
Oh !
- Attention...
- Oh non, oh non !
Non, point là, l'Glaude, point là !
Ca donne soif,
de se cravater le col.
Top, top !
Ca fait du bien.
Oh, mon Glaude...
C'est la première
et la dernière fois.
J'ai ma conscience pour moi,
je l'ai vue, cette soucoupe.
Avec mes yeux, je l'ai vue.
- On pète, Cicisse ?
On pète comme l'autre soir.
- T'as déjà pété avec le derrière
en compote ?
- Il faut qu'on pète !
- Mais pète donc, nom de Diou !
- J'en ai point le coeur.
J'ai pas le moral pour ça.
- Il faut qu'on pète !
Oh, mon pauvre Cicisse !
- Oh, Glaude !
Ouh la !
- Voilà. Oh, mon pauvre Cicisse.
Il fallait pas, il fallait pas.
Doucement.
- Je m'en va te biser.
Je m'en va te biser encore.
J'va te biser encore.
- Chut !
- J'attends depuis des nuits
que tu viennes
me faire la conversation,
avec tes bruits de dindon.
- Je suis là, M. Ratinier.
- Tu parles ?
- Vous m'avez appelé.
Je suis venu.
- Je t'ai appelé, si on veut !
A ce compte-là,
Chérasse t'a appelé aussi.
- Vous m'avez appelé
plus clairement.
- Nom de Diou !
On va se taper un canon.
Allez.
Comment t'as appris
notre langage ?
- En écoutant les gens
de chez vous.
Tous les jours,
tout le temps.
Je viens de la planète Oxo.
Une ch'tite planète
qu'est pas sur vos cartes.
- Comme je suis content
de te revoir, mon ch'ti gars !
- Moi aussi, M. Ratinier.
- Je pourrais être ton grand-père,
mais pas de monsieur. Fini !
- J'ai votre âge.
- Tu te fous de moi ?
- Non, j'ai 70 ans,
comme vous.
- Hein ?
- Sur Oxo, on ne bouge
presque pas jusqu'à la fin.
Ca sert à rien de changer.
C'est sûr, ça sert à rien.
Mais on ne nous demande pas
notre avis. Regarde.
Et ce qu'on a d'autre...
Regarde.
- Allez.
Allez, un petit canon.
C'est un coup de vin rouge.
- J'avais compris.
Le mot revient souvent ici.
- Ah bon ? - Non merci.
Pas de canon.
- Chez vous,
on doit pas rigoler souvent.
- On ne rigole pas.
- Aïe.
- Pas du tout.
Jamais !
- Nom de Diou !
- C'est mieux
qu'un coup de pied au cul.
- Ma soupe, s'il vous plaît.
Je suis pressé,
je suis en mission.
- On y va !
Sens-moi ça, si ça sent bon !
Ca sent le jardin, l'écurie,
les quatre saisons, la terre.
La terre, la terre, la Denrée !
Ca sent la terre après la "pleut".
Ici, on dit la pleut,
parce que c'est encore plus mouillé.
La terre après la pleut.
- Tu parles
comme un vrai "houmme".
- Un vrai houmme ?
- Tiens, goûte un peu.
- Mmm !
De mieux en mieux,
le Glaude.
- Oh !
Tu m'as appelé le Glaude !
Ca me fait plaisir.
Ca prouve que tu as chaud
dans la carcasse.
- Oui, le Glaude.
- A propos, là-haut,
comment ils l'ont trouvée,
ma soupe ?
- Elle a été jugée dangereuse.
- Dangereuse ?
Elle a jamais
fait crever personne !
C'est la première fois
que j'entends dire ça !
- Ne criez pas, le Glaude.
C'est parce qu'elle est bonne
qu'elle est dangereuse.
Je n'y comprends rien !
Rien alors rien du tout.
- Je vais vous expliquer.
Sur Oxo,
nous sommes 10 000.
Ni plus, ni moins.
Et nous vivons tous
jusqu'à 200 ans d'âge.
- Oh !
Nous ne mourrons pas
au sens où vous l'entendez.
Ce serait long à expliquer.
A part nous,
il n'y a aucune vie animale.
Aucune vie végétale.
Elle n'est pas impossible,
mais inutile.
Nous nous nourrissons
d'extraits minéraux.
Vous comprenez ?
- Vous sucez des cailloux ?
Nous formons une société parfaite.
Votre soupe ne doit présenter
aucun risque
de décadence
ou de ramollissement des énergies.
- Si elle est dangereuse,
faut pas y toucher !
Pourquoi elle vous turlupine ?
- Si nous le savions,
il n'y aurait pas d'enquête.
On ne parle plus
que de votre soupe, sur Oxo.
- C'est vrai ?
- Mais oui, le Glaude !
- C'est la photo
de la Francine et de moi,
le jour de nos noces.
J'étais dru comme un pinson.
Francine avait la cuisse rose.
Elle était bien jolie, ma Francine.
Tu trouves pas
qu'elle était mignonne ?
- Oui, le Glaude.
- Y a pas que du mauvais
dans ces outils-là.
Y a des fois où qu'on y voit
des ch'tis bouts de paradis.
Ca m'est arrivé avec la Francine.
Des ch'tis bouts...
Hop, c'est disparu.
Elle est morte,
la pauvre ch'tite enfant.
Dix ans...
Elle en avait à peine 60.
Je la regrette bien, la Denrée.
Viens.
Tiens voir.
J'y ai coupé une mèche
de ses cheveux sur la tête,
juste avant qu'on me l'enferme
dans le plumier.
- Quand je vous ai appelé le Glaude,
vous m'avez dit
que ça vous faisait... plaisir.
- Oui.
- C'est quoi, le plaisir ?
- Mais qu'est-ce que j'en sais ?
Quelle question !
Le plaisir, c'est...
C'est le plaisir.
C'est comme la soupe, le pinard,
tagada ta tsoin.
- Ca vous ferait plaisir
de revoir la Francine ?
- C'est pas bien
de rigoler avec ces choses-là !
Ca se respecte, les morts.
T'es marteau ?
Excusez-moi, le Glaude.
Ma soupe.
- Dis donc...
T'as encore 130 ans à vivre, toi ?
- Oui, le Glaude.
- Et vous ?
- Oh, moi, dix, à tout casser.
- C'est ch'ti.
- Ya.
- Votre soupe, j'aimerais bien
vous y la payer.
- Je voudrais bien y voir !
Tu me fais de la peine !
Parler d'argent !
Je peux encore
offrir la soupe à un invité !
- L'argent ?
- Oui, chez nous,
c'est des sous. Et il en faut.
- Des sous ?
- Tiens.
Tu sais ce que c'est ?
C'est un Louis d'or.
Mon parrain me l'a donné
pour mon certificat d'études
que j'ai pas eu.
- Moi non plus.
Le certificat pour la soucoupe.
Je l'ai eu la 4e fois.
- T'es comme moi, t'es pas fin.
- Oh non.
Vous pouvez me le prêter ?
- Nom de Diou, un ch'ti canon.
- Non.
- Un ch'ti canon.
- Non.
- Un demi ch'ti canon.
- Non, le Glaude.
- Oh !
Tu mourras bredin.
C'est un idiot.
- Oui, je parle comme vous,
vous m'avez appris.
- Vous avez bien des chefs,
dans votre fourmilière ?
- Nous avons un comité
de cinq Têtes renouvelables.
- Avec un verre dans le nez,
tu seras la tête
de toutes les Têtes.
Tu seras... pff.
La grosse ch'tête.
Avec tes histoires,
tu m'as tout détraqué,
j'en peux plus.
Allez.
- Allez.
- Je te raccompagne pas.
Laisse la grange ouverte.
- Au revoir, mon Glaude.
T'es un bon gars.
- Toi aussi, ma vieille Denrée.
Allez.
Oh !
Tu reviendras bientôt ?
- Oui, mon Glaude.
Oh, la Denrée !
N'oublie pas,
mon Louis s'appelle reviens !
- Oui !
- Cette nuit,
il était trois heures du matin...
- Alors, ça vient ?
C'est quelque chose !
Alors, vous l'avez ?
- Je disais
qu'il était trois heures du matin.
Un besoin pressant
se faisant sentir, je sors
en courant.
Et qu'est-ce que je vois ?
Une soucoupe volante !
Pas comme celle de l'autre fois.
Et puis un homme en est sorti
avec une boîte au lait à la main.
Le Glaude était là. Enfin,
M. Ratinier, comme vous dites.
Ils se sont embrassés, dites donc !
Et puis ils ont mangé
la soupe aux choux.
- Te v'la ressuscitée,
ma pauvre vieille.
Le Glaude !
Le Glaude !
Le Glaude !
- Y a quelqu'un ?
Qui c'est-y donc ?
- N'aie pas peur, c'est moi.
La Francine.
Ouvre-moi, il fait pas chaud.
- Oh !
C'est pas Dieu possible !
- Me v'la.
- Je vois.
- Ca te fait pas peur ?
- J'arrive pas à y croire
que tu causes et que t'es là.
- Faut pas chercher à comprendre.
On tomberait fous.
- Oh...
- Que t'es belle, ma Francine !
J'y avais oublié
comment t'étais belle !
- Te moque pas de moi,
à mon âge.
Ris pas de quelqu'un
qui revient d'où je viens.
Je me sens encore toute secouée.
- Tiens, la Francine.
Vois comme tu es jolie.
Oh, la Francine !
La Francine !
Le vinaigre !
Où est le vinaigre ?
Où est le vinaigre ?
Oh, la mère ! La mère !
C'est pas le moment
de tourner de l'oeil.
Ma ch'tite ! Ma ch'tite Francine !
Ca va-t'y mieux ?
Hein ?
Je suis là.
Le Glaude.
Le Glaude.
Tu me reconnais plus ?
- Si.
Mais qu'est-ce que t'es vieux !
- Regarde comme t'es belle.
Mais, tu vas pas pleurer !
- Je suis si heureuse !
- Je t'avais pas dit
que t'étais belle ?
- Je suis belle.
- Oui, t'es belle.
- Très belle.
- Très belle.
- C'est merveilleux d'avoir 20 ans.
- Ca doit pas être désagréable.
- Le Glaude !
Je vis ! J'ai faim ! J'ai faim !
- Cinq minutes.
- Merci, Glaude.
Retourne-toi.
Retourne-toi !
- Je t'ai déjà vu nue,
même à l'âge que t'as !
- Me contrarie pas,
retourne-toi, je t'y demande.
- Glaude, tu fais quoi ?
- Ben quoi,
je voudrais t'arranger.
- Essaie, et je te casse
le pot de chambre sur la tête.
- Mais t'es ma femme,
ça se fait d'arranger sa femme.
- Le pot de chambre
sur la tête !
- Oh, eh ben mes cadets,
eh ben mes petits frères,
ça commence bien.
Oh, dis donc.
- J'ai dû rêver
le retour de la Francine.
- Te voilà à la dernière mode.
- T'as raison. Un vrai épouvantail.
T'as encore cette sale bête ?
Faudra lui filer un coup de fusil.
A propos,
le Bombé est mort ou pas ?
- Non, il est malade. Si tu le vois,
tu lui diras que t'es ma nièce.
- J'ai rien à me mettre.
Donne des sous.
- Combien tu veux ?
- Une femme,
on la nourrit et on l'habille.
- Une femme, une femme...
- C'est ma retraite des vieux !
- La retraite des jeunes,
c'est encore moins.
- Où est mon vélo ?
Dis donc !
- Hum ?
- Où est mon vélo ?
- Je l'ai vendu.
- Tu l'as vendu ?
- On pédale pas,
dans les cercueils.
Débarrasse la table
et lave les bols. Et au lieu
d'aller vider des chopines,
lave par terre,
on voit même plus le carrelage !
- Me parle pas comme ça.
Je t'ai apporté des géraniums,
des pétunias...
- A partir de maintenant,
tu m'arrangeras plus,
tu me feras plus trimer.
Cette vie-là est passée
comme un éclair.
J'ai la chance d'en avoir
une deuxième,
alors je veux m'amuser,
et rire, et chanter.
- C'est grâce à moi
si tu es en vie aujourd'hui !
Sans moi, tu serais pas là.
Quand je pète,
la Denrée arrive dans sa soucoupe.
- T'as dû en vider,
des tonneaux de pinard,
en mon absence.
- Eh ben mes cadets,
eh ben mes petits frères,
ça commence bien.
- Où tu vas, toi ?
- A Jaligny.
- Monte, moi aussi, j'y vais.
- Merci.
Je trouverai des robes
à Jaligny ?
- Achète pas une robe.
Achète un jean et un T-shirt.
T'es pas d'ici, toi, hein ?
- Je suis de Moulins.
Je suis venue soigner mon oncle,
Glaude Ratinier.
- Ratinier ?
Mets-le à l'eau, il ira mieux.
Comment tu t'appelles ?
- Francine.
- Moi, c'est Catherine Lamouette.
Il fait beau, hein ?
Allez, tu viens ?
- Voilà le T-shirt.
- Merci.
- Et voilà le pantalon.
- Merci.
- T'as de beaux seins.
J'aimerais les mêmes.
Les miens à côté,
c'est Laurel et Hardy.
C'est super, comme ça !
Non, c'est beaucoup
trop serré !
- C'est très joli.
Ca rend les mecs dingues.
T'as été élevée dans les bois, toi.
Allez, voilà.
Tu vois, il te va bien,
ton T-shirt.
- Oh, Catherine !
- Viens, viens.
Je te présente Lulu, Robert.
Et Francine.
Eh ben Lulu,
remonte un étage au-dessus !
Méfie-toi,
c'est le plus canon de la bande.
- C'est quoi, cette tenue ?
T'as perdu la boule !
On voit trop tes deux nichons !
C'est au cimetière
qu'on t'a appris
ces mauvaises manières ?
Je te parle ! Oh !
Dévergondée !
Dis donc,
j'ai pas lavé par terre.
- Et ma monnaie ?
- Tiens.
- Oh ! Bon de Diou, bon de Diou !
Nom de Diou de bouse !
T'es tombée bredine
pour montrer comme ça ton cul !
- Je prends un bain de soleil.
- N'importe qui peut arriver !
- Y en a qui paient pour ça !
Tu veux que je me fasse payer ?
- Mais ça se fait pas, nom de Diou !
T'aurais mieux fait d'y rester,
sale bête !
- 24 h de vie,
et tu souhaites déjà ma mort !
Sache, avant de mourir,
que j'ai couché avec le Bombé.
- T'as couché avec le Bombé ?
- Ca t'amuse pas, hein ?
Moins que de me voir
dans ma tombe.
J'ai couché avec le Bombé.
- Tout à l'heure ?
- Pendant que t'étais prisonnier.
Tu me touches, t'es mort.
- J'ai jamais su.
- On allait pas t'y dire.
- Pourquoi vous y avez fait ?
- Je m'ennuyais.
Il s'ennuyait et...
t'étais si loin.
C'était pas grave.
- Mais, finalement,
t'étais qu'une...
- Même pas.
J'étais une femme seule.
Pardonne-moi.
- Non !
- Mais y a 40 ans de ça !
- Pour moi, c'est neuf.
Je suis cocu et y faudrait
que j'y prenne bien ?
- On est pas cocu des 40 ans après !
Ca a été fini
et je t'ai aimé comme avant.
Je t'y jure !
- Y a de quoi virer bredin.
- Faut pas.
Ca t'embête pas si je sors ?
- Où?
- Au bal avec Catherine Lamouette.
- La ch'tite Lamouette ?
- Pas si ch'tite, on a 20 ans.
- Je m'y habituerai jamais !
Amuse-toi bien,
rentre quand tu veux.
- Merci, Glaude.
- Je suis plus ton mari,
ni ton père...
- Oui, mais t'es bien brave.
Je file.
- Haut les mains, Judas !
- Qu'est-ce qui te prend ?
- Y me prend que je suis cocu !
Et par toi, vieille charogne !
- Comment ça, t'as point de femme !
- J'en ai eu une,
et tu me l'as arrangée
pendant que j'étais prisonnier !
- Jamais, je te le jure
sur la tête de ma mère !
- Ca, c'est pour le sanglier.
Ca, pour l'éléphant.
Je vais te faire passer la cafetière
au travers du mur !
- Non, t'as raison, le Glaude.
J'ai arrangé la Francine
quand t'étais pas là.
- Comment vous avez fait ?
- Ben comme tout le monde.
- Pas de détails !
Comment c'est arrivé ?
- Elle s'ennuyait, quoi.
Je m'ennuyais.
C'était l'hiver, t'étais point là.
Je lui coupais son bois,
elle m'apportait un bol de soupe,
On causait un peu...
On était point vieux,
c'est venu tout seul.
Mais on s'en voulait.
- Vous recommenciez ?
- Tant que ça pouvait !
Mais avec des remords partout.
Tu nous en as gâché, des soirées.
- Excuse-moi.
- Fusille-moi, le Glaude !
Je suis point digne de ton pardon.
Fusille-moi, ou je vais me pendre
et je vais pas me rater !
Fusille-moi, je suis qu'une ordure,
une merde de chien !
- On est pas cocu des 40 ans après !
- On va boire un canon ?
- On va boire un canon !
- En tout cas, mon Glaude,
j'vais te dire une chose.
J'ai eu qu'une femme
et c'était la tienne.
- J'ai pas voulu partir
sans te dire au revoir.
- Tu pars ?
- A Paris.
- A Paris ? T'es pas folle ?
- On y travaillera,
avec Robert.
- Ah. Tu sais au moins
si c'est un brave garçon ?
- J'y verrai à l'usage.
Sinon, j'en changerai.
Ca te fait pas trop de peine ?
- Fais à ton idée.
- Justement, on a plus les mêmes,
on s'engueulerait.
- J'ai aimé que toi, la Francine.
- Moi pareil, le Bombé,
je l'ai pas aimé.
- Je sais, maintenant.
Il faut que tu sois
heureuse tout plein.
- Tu m'en veux pas ?
- Pourquoi je t'en voudrais ?
- Faut que je t'embrasse.
- Je sens le pinard.
- Dis pas de bêtises.
- Je te souhaite tous les bonheurs,
ma Francine.
- Moi aussi, mon Glaude.
- La Denrée ! La Denrée !
Oh, mais je t'attendais pas !
Qu'est-ce que c'est que ça ?
- J'ai eu de l'avancement,
je suis Oxien de 1re classe !
- Grâce à vous.
- A moi ?
- A votre soupe.
On m'a donné la soucoupe
qui met 2 h au lieu de 3.
- Je t'y avais pas dit
que tu monterais en grade ?
Et qui te manquait
que de boire le canon
pour grimper sur tes Têtes ?
- Si t'as de l'ambition...
- Oh non.
- Si t'as de l'ambition,
tu y arriveras.
- Chez nous, les huiles
ne boivent que du pinard
mais pas de pinard de soldat.
Du vin bouché, cacheté,
qu'on pourrait pas s'y payer,
puisque c'est nous
qu'on leur paye.
Allez, allez !
Je me serais bien passé
que tu ressuscites ma pauvre femme.
Ca m'a causé bien du tintouin,
et pire, de la misère.
- Je pouvais pas y deviner.
- Je t'en veux pas.
Si elle est heureuse,
je te remercie pour elle.
- Mon Glaude...
Je vous rapporte votre Louis.
- Ma vieille Denrée !
- Mon vieux Glaude...
- Oh !
- Oh !
Mais y en a des millions
de milliards !
- C'est juste 2 mn de travail
d'apprenti chimiste.
- Aide-moi, aide-moi.
- Le Glaude !
- Oui ?
Après analyse,
nous avons déduit que votre soupe
était nommée plaisir.
- Ah ! Elle est plus empoisonnée ?
- Nous essayons le sourire.
Puisqu'il est la manifestation
extérieure du plaisir.
C'est un événement considérable,
une révolution !
- Le Glaude !
- Aïe !
- Il faut que
vous veniez chez nous
puisque vous plantez
les choux
à la mode de chez vous.
- Il est brelot ! Il est brelot !
Il est brelot, il est brelot,
il est brelot...
- Je suis pas brelot !
Oxo est une planète à oxygène
où vous pourrez vivre
jusqu'à 200 ans sans maladies !
Et quand vous serez là-haut,
il vous restera 130 ans à vivre
au lieu de 10 maximum.
- Il est brelot !
Je ne me vois pas vivre 130 ans
sans chopine,
sans tabac, en bouffant
des cailloux et des capsules !
Je préfère me traîner 10 ans
de ma cave bien fraîche
à mon jardin bien beau.
- Oxo, la Terre.
Oxo, la Terre.
La Terre, Oxo ?
- Tu t'es fait engueuler, hein ?
- Pas du tout.
Une escadrille déposera sur Oxo
tout ce dont vous aurez besoin
durant votre longue vie.
Y compris le tabac et le vin,
garantis sans fleurs ni dépôts.
- J'irai jamais dans ton patelin
de mes fesses.
Tu comprends ? Voilà.
Je vais pas quitter ma maison,
laisser tomber le Bombé.
T'es bredin à lier
avec de la ficelle de moissonneuse.
- M. Chérasse peut venir,
car vous ne pouvez pas
vous reproduire.
- Tu te fous de moi, non ?
Et notre chat,
on le laisserait crever seul,
sans une ch'tite caresse ?
- Il est en danger de mort ?
- Oui. Il a 13 ans. Il est en danger
de ne pas en avoir 14.
Si j'y faisais ça,
je me cracherais dessus
dans la glace.
- Vous pouvez l'emmener aussi.
Il vivra jusqu'à 200 ans,
comme vous et moi.
- T'es comme les femmes,
t'as toujours le dernier mot.
Tu me recroquevilles les artères.
On aurait mieux fait
de ne point péter,
au lieu de t'attirer
comme une mouche à merde.
- Vous pensez
ce que vous venez de dire ?
- Parfaitement !
- Il faut pas,
je vous aime bien, moi.
On me reproche sur Oxo
que c'est du malheur
d'aimer les gens.
- Ils racontent ça, tes sauvages ?
- Oui.
- Eh bien moi aussi,
je t'aime bien, la Denrée.
Et j'en ai point honte.
- C'est vrai que vous m'aimez bien ?
- Oui, ma vieille Denrée !
- Ah, nom de Diou
de nom de Diou !
Versez-moi un canon !
- Comment ?
- T'y comprends pas ?
Verse-moi un canon !
- Minute !
Le canon,
c'est pas seulement du pinard,
mais aussi de l'amitié.
- Hmm !
Nom de Diou !
- Aah !
- Le Glaude !
Chez moi, y a que des bredignots
au gouvernement !
Et je m'en va les remplacer tous
et les chasser à grands coups
de lattes dans l'oignon !
Qu'est qu't'en penses ?
T'es déjà fin rond,
et tu dois remonter là-haut
avant qu'il soit trop tard.
Allez. Attends, oh !
Ta boîte !
- Le comité des Têtes
m'a autorisé à te la laisser
pour pouvoir te parler
à tout moment.
- Je sais à peine
remonter une montre !
- T'auras pas à y toucher.
Quand on voudra se parler,
elle s'allumera.
- Mais quand le Bombé
va voir cet engin...
- Il ne la verra pas,
la boîte.
Elle sera invisible pour lui.
Elle n'est branchée que
sur tes ondes personnelles, à toi.
- Non ! Oh !
- Faut me biser, le Glaude.
- Allez, au revoir,
ma vieille Denrée.
- Tiens, monsieur le maire !
- Oh, mes enfants,
j'ai une nouvelle !
Une nouvelle ! Venez !
Oh, mes enfants !
- Bonjour.
La préfecture a autorisé
les travaux des Gourdiflots.
On va avoir notre parc de loisirs !
Les bulldozers attaquent demain.
L'expansion économique,
c'est la richesse de la commune !
Sers à boire à tout le monde !
A ta santé !
- Madame.
- Bonjour, Lucienne.
On s'entend plus causer !
On va se taper
un coup de perniflard.
Nom de Diou, le maire !
BONJOUR, M. LE MAIRE.
- Alors ?
On voulait pas voir
M. le maire, hein ?
Ah, les bandits !
Oh, mais vous
ne vous embêtez pas !
L'apéro
alors qu'il n'est même pas midi !
C'est donc par là
que passe la retraite
des vieux travailleurs ?
Bandits !
- Trinquez avec nous.
- Ma foi, c'est pas de refus.
- C'est pas tout ça.
Qu'est-ce qui vous amène ?
Pas les ennuis, au moins ?
- Non, des bonnes nouvelles.
- Oh !
- Attendez, attendez !
Il faut que
je vous explique la situation.
Vous savez peut-être pas...
mais il faut à la commune
une expansion économique.
Ce qui manque
dans les villages,
c'est l'expansion économique !
Une expansion économique
génératrice d'emplois !
C'est un truc qui
n'existait pas
dans votre jeunesse.
Chers concitoyens et amis,
écoutez bien.
Cela vous concerne.
Vous connaissez les lotissements ?
- On en a encore
plein les oreilles !
Pour faire suite à ces lotissements,
on va créer ici, chez vous,
un parc de loisirs !
Il y aura des restaurants,
des balançoires, tout pour rigoler.
Pour tout, il faudra payer.
Il faudra que ça sorte
toutes les 2 mn, les porte-monnaie !
Mitoyen à la cabane du Glaude,
un parking !
4000 voitures !
Et sur le terrain du Glaude,
10 000 chaises longues
et de la musique intelligente.
- Et à la place de ma baraque ?
- Le rocher aux singes !
- Foutez le camp, fumiez !
Foutez le camp !
J'avais prévenu
le conseil municipal
que vous nous emmerderiez
pour le plaisir d'emmerder !
Si vous n'étiez pas vieux,
je vous ferais exproprier !
Mais rigolez pas trop vite, bientôt,
on y arrivera !
Hé !
Les bulldozers
et les pelleteuses,
ça va vous ronfler aux oreilles !
- Dehors !
- Débris ! Vieux os !
Ah !
Vous serez heureux, le dimanche !
Quand les gens vous regarderont
et vous jetteront des cacahuètes
pour s'amuser ! Vieux débris !
Hé !
Je vous l'avais dit
que je vous ferai crever,
vieux fossiles !
Et quand vous serez au cimetière,
la commune,
débarrassée de ses poids morts,
va enfin ouvrir des ailes
à l'expansion économique !
Vieux fossiles !
Je vous ferai crever !
LES VIEUX CONS,
LES VIEUX CONS !
- Oh, Glaude,
j'en peux plus, j'en peux plus.
- Mais non, c'est fini, c'est fini.
Allez. Attends, un ch'ti canon.
Ca te dirait de vivre
jusqu'à 200 ans ?
- C'est quoi, cette connerie ?
Je te demande si ça te dirait
de vivre jusqu'à 200 ans.
- Pas ici, en tout cas.
- Justement, ce serait pas ici.
- Ca serait sur la Lune
que je ferais le baluchon de suite.
Y a qu'une chose
qui m'embêterait.
Ce serait de te laisser ici
à boire seul pendant 130 ans.
- On partirait ensemble
et avec le chat !
Lui aussi vivrait jusqu'à 200 ans ?
- Evidemment !
T'es d'accord ?
- Oui !
Oui ! Oui, bon d'la !
Qu'on foute le camp, bon d'la !
- Oxo, la Terre ! Oxo, la Terre !
Oxo, la Terre !
T'es là, la Denrée ?
*-Je suis là, le Glaude !
- La Denrée, y a du neuf !
Le Bombé veut bien partir !
Et le chat avec.
*-Et vous ?
- Si le chat et le Bombé
s'en vont, je les suis.
*-Enfin, enfin,
vous me faites plaisir, le Glaude !
- Cause au Bombé !
Trifouille tes ondes
pour qu'il t'entende
et voie la boîte !
*-Je rappelle dans 2 mn !
- Je vais le chercher !
- Assieds-toi, ça t'évitera
de tomber le cul par terre.
Regarde bien.
- Mais... Je vois rien.
J'entends rien.
- Tais-toi, n'emmerde pas
les autres. Regarde.
*-M. Chérasse ?
*-M. Chérasse ?
*Oxo, la Terre ?
*Oxo, la Terre ? Ici la Denrée,
vous êtes là, M. Chérasse ?
- Dis-y oui, bordel !
- Oui, c'est moi.
*-N'ayez pas peur, M. Chérasse.
- J'ai point peur.
*-Vous voulez vivre
200 ans, M. Chérasse ?
- Si c'est un effet de votre bonté...
*-Ah, je suis tellement content
de votre décision !
*Content, content !
*Je viendrai ce soir à minuit
pour votre départ. Le Glaude,
vous me présenterez M. Chérasse.
- Oui !
*-Y aura de la soupe ?
- On en fera.
*-Y aura un ch'ti canon à boire ?
- Y en aura même deux.
*-A tout à l'heure.
- Ben voilà.
- Qu'est-ce que t'en dis,
vieille noix ?
- J'en dis... J'en dis qu'il faut
boire un canon tout de suite !
Avant de me trouver mal !
A LA TIENNE, TIENNE, TIENNE
A LA TIENNE, MON GARS
- Je vais à la poste !
- Oh, tu vas revenir, hein ?
Tu vas pas me laisser seul ?
- Dans 1 mn !
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- Francine !
Un recommandé pour toi.
Va le ranger et reviens vite.
- Ma chère Francine,
je pars en voyage,
ce serait trop long à expliquer.
- "Voici trois, quatre sous
que je t'envoie,
"vu que j'en aurai pas besoin,
ce qui n'est pas ton cas."
- Mets-y à la caisse d'épargne
où ils feront des petits.
Montre-les pas à ton motocycliste,
c'est pas parce que tu me connais
que tu connais les hommes.
- "Faut t'en méfier
comme du choléra,
"tous des menteurs, voleurs
et compagnie."
- Je t'embrasse bien,
et t'y répète encore
d'être heureuse.
Ton vieux Glaude.
- Ah, la Denrée !
La Denrée !
Voilà, je te présente.
M. la Denrée, M. Chérasse.
Allez, monte.
Tenez, tenez.
C'est bon, voilà.
Sous-titrage : Vdm
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