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Original subtitles

- A.-S. Lapix : Bonsoir!

Je suis ravie de vous retrouver pour un nouveau "Grand Echiquier",

escortée par deux chefs d'orchestre!

Je vous invite à rejoindre votre pupitre...

Ce soir, on finit l'année en beauté, avec trois invités

plus lue en France mais qu'on a piquée à la Belgique, Amélie

Nothomb.

Et puis il y aura du jazz, des claquettes...

Générique...

Générique du "Grand Echiquier".

Applaudissements.

- A.-S. Lapix : Merci à l'orchestre du "Grand Echiquier"!

Bonsoir Muriel, bonsoir Philippe, bonsoir Amélie.

Je suis très heureuse de vous recevoir tous les trois.

Vous l'imaginez comment, ce "Grand Echiquier"?

Vous avez une idée de ce que vous avez envie de voir et d'entendre ce

soir?

- M. Robin : Je pense que ça va être formidable, surprenant,

drôle...

J'ai fait pas mal de choses, j'ai bourlingué!

Cet après-midi, je me suis régalée, j'ai suivi ces deux danseuses...

- A.-S. Lapix : Et vous avez même donné des cours de chant à

Philippe!

- M. Robin : Et des cours de musique aux chefs d'orchestre!

Et on a un peu travaillé sur l'écriture avec Amélie mais on doit

- A.-S. Lapix : Vous allez chanter tous les deux, surtout Philippe, il

faut le dire, c'est un peu votre métier.

- P. Jaroussky : J'ai la pression avec Muriel!

- A.-S. Lapix : Je crois que vous n'allez pas chanter, ce n'est pas

prévu...

- A. Nothomb : Heureusement non!

- A.-S. Lapix : Même si vous avez des goûts en musique extrêmement

éclectiques, qui vont de Schubert à Rihanna, et qui vont même jusqu'au

metal...

- A. Nothomb : En effet!

Mais en mêmes temps j'adore les contre-ténors et surtout Philippe.

- M. Robin : Non, mais cette idée de nous faire partir tous les trois

après en vacances, c'est très bien...

- A.-S. Lapix : On est vraiment ravis.

Vous avez quand même un point commun, c'est que vous avez une

carrière formidable.

Vous fêtez vos 31 ans de one-woman-show sur scène...

Avec des sketches qu'on connaît très bien et d'autres qu'on ne

connaît pas.

Ce qui fait plaisir à voir, c'est que vous êtes très épanouie et

heureuse sur scène...

- M. Robin : C'est vrai, je m'amuse comme jamais.

J'ai bien travaillé les autres années, j'ai beaucoup amusé les

gens.

Mais c'est vrai que là, mon plaisir, il est vraiment comme

jamais.

Du coup, c'est une vraie fête, ce spectacle.

- A.-S. Lapix : Vous, c'est 20 ans de carrière...

- P. Jaroussky : 21!

- A.-S. Lapix : Avec cette voix d'ange, cette voix étrange, vous le

dites vous-même...

- P. Jaroussky : Oui, je le dis moi-même.

C'est une voix qui a ses détracteurs, il y a des gens qui

n'aiment pas cette voix aiguë d'homme, on va dire.

Elle vient de la voix qu'on a enfant, on essaye de la préserver

et de la travailler.

- A.-S. Lapix : On aura la chance de l'entendre tout à l'heure.

C'est votre 28e roman, cette année, qui est paru...

- A. Nothomb : En effet.

Je suis en train d'écrire le 97e!

- A.-S. Lapix : Dont 28 qu'on a eu la chance de lire!

Cette fois, vous êtes entrée dans la tête de Jésus...

- A. Nothomb : C'est le héros de ma vie et ça fait simplement 50 ans

que j'ai envie d'écrire ce livre.

- A.-S. Lapix : Je vous le recommande, c'est un merveilleux

livre, on en reparlera.

Vous avez un point commun tous les trois, c'est votre statue...

Avec un "e", car vous êtes au musée Grevin!

- M. Robin : J'y serai en mars!

- A.-S. Lapix : On a hâte de le voir.

Je crois que vous avez des conseils à donner sur la lingerie

utilisée...

- A. Nothomb : C'était la veille de l'inauguration de ma statue au

Grevin.

Les gens m'ont appelée pour me demander quelle lingerie pour ma

statue, j'ai dit que ça n'avait aucune importance, mais ils m'ont

dit "détrompez-vous, nous avons une importante clientèle fétichiste qui

soulève les jupes des statues"!

Alors j'ai proposé une lingerie mirobolante pour ne pas les

décevoir!

- M. Robin : J'aimerais être en pantalon!

Mais je vais réfléchir à un petit soutiens-gorge affriolant...

- A.-S. Lapix : Alors on va commencer en fanfare et en beauté

avec le spectacle du moment, à Paris.

C'est la comédie musicale qui a fait connaître Barbra Streisand,

"Funny Girl".

On regarde...

...

Applaudissements.

- A.-S. Lapix : "Funny Girl", avec Christina Bianco!

Une magnifique chanteuse...

- P. Jaroussky : Très belle!

- A.-S. Lapix : Evidemment, on s'est amusé à faire des claquettes

pour la bande-annonce...

Philippe était très à l'aise!

- P. Jaroussky : C'est encore Muriel qui nous a expliqué comment

faire, comme d'habitude...

- M. Robin : Mais ce n'est pas du tout ce qu'on avait dit qu'on

dirait!

On devait dire que Philippe a foutu le spot en l'air!

En fait, vous étiez la plus merveilleuse, mais parce qu'il n'y

avait pas Amélie...

- A.-S. Lapix : En tout cas, vous êtes dans votre élément, c'est ce

que vous vouliez vraiment faire...

- M. Robin : Mais je fais quelque chose qui a trait au rythme, le

- A.-S. Lapix : Qu'est-ce qu'il y a de particulier dans la comédie

musicale?

Le mélange?

- M. Robin : J'aime quand ça peut aller jusqu'à m'arracher des

larmes.

Il y a quand même toujours derrière un être humain qui a ses fêlures,

ses chagrins...

Quelqu'un qui est chez lui, qui ne va peut-être pas très bien, et qui

revêt une veste qui brille pour faire des claquettes...

C'est de la lumière quoiqu'il arrive au milieu parfois de

Ca me bouleverse.

C'est ça, le spectacle!

Tout bêtement, on donne de la joie.

Il y a toujours quelqu'un à l'intérieur d'un artiste.

- A.-S. Lapix : Vous disiez qu'il y avait un peu de cela dans vos

spectacles...

Vous vous êtes même offert un quart d'heure de meneuse de revue dans un

de vos spectacles, avec des boys...

- M. Robin : Oui, je les ai choisis moi-même!

- A.-S. Lapix : C'est très physique...

- M. Robin : C'est physique, surtout que j'étais lourde à

l'époque, c'était très physique pour eux!

- A.-S. Lapix : Mais pour vous aussi, il y avait un

entraînement...

- M. Robin : Je sus, travailleuse, moi!

Mais ce sont eux qui font le boulot...

Elle est bien ronde!

- A.-S. Lapix : C'est l'image, ça déforme un peu...

Votre modèle absolu, c'est Liza Minnelli...

- M. Robin : Oui parce qu'elle est actrice aussi, comédienne, il y a

quelque chose de complet, avec les claquettes, le chant...

Et puis quelque chose aussi de fêlé...

Ce n'est pas facile d'être la fille de Judy Garland!

C'est bouleversant et très attachant.

Liza, est-ce qu'elle ne chante pas pour ne pas pleurer?

On balance ça aux autres et ça fait une circulation de joie qui fait

son petit travail, voilà!

- A.-S. Lapix : Vous, vous êtes sensible à cet univers, la comédie

musicale?

- A. Nothomb : J'adore ça.

Il n'y a rien de plus généreux que la comédie musicale.

C'est quelqu'un qui décide d'oublier ses chagrins, de venir

tout apporter aux autres, une espèce de féerie, j'adore!

- A.-S. Lapix : Vous en faites, d'une certaine manière...

- P. Jaroussky : L'opéra, ça peut être assez proche, on met des

costumes, on travaille longtemps, on a un mois et demi de

répétition...

J'encourage tous les gens à continuer à aller voir des

spectacles de Broadway, des spectacles d'opéra, parce que

tellement de gens investis pour une soirée de spectacle, c'est cela qui

crée aussi la magie, c'est que tout le monde a le même but, offrir du

bonheur au public.

- A.-S. Lapix : L'ancêtre de la comédie musicale, c'est l'opéra

ballet.

On va découvrir un spectacle événement qui vient d'être joué à

l'Opéra Bastille, il s'agit des "Indes galantes".

Pour la première fois, des danseurs de hip-hop étaient sur scène.

- M. Robin : On en a parlé dans la loge!

- A.-S. Lapix : Une chorégraphie de Bintou Dembélé.

Les danseurs, rien que pour nous, vont rejouer un extrait de ce

spectacle, avec le baryton Florian Sempey...

...

Applaudissements.

- A.-S. Lapix : Merci!

Merci beaucoup, bonsoir...

Bintou Dembélé, la chorégraphe.

Bravo Florian Sempey, le choeur de Namur, les danseurs...

Qu'est-ce que ça change de travailler sur du classique?

J'imagine que vous n'avez pas forcément l'habitude...

- B. Dembélé : On a l'habitude et ça fait trop longtemps qu'on danse

sur du classique, il faut qu'on revienne même à nos chants!

Ca fait longtemps qu'on a l'habitude de danser sur du

baroque, du classique, du jazz...

- A.-S. Lapix : Mais à l'Opéra Bastille, c'est une première!

- B. Dembélé : Non, il y a déjà eu des danseurs hip-hop, dans "La

Chauve-Souris"...

- A.-S. Lapix : Alors il faut que vous m'expliquiez un peu...

Il y a le "whacking", le "voguing"...

- B. Dembélé : On vous montre...

Et voilà de l'électro...

- A.-S. Lapix : C'est magnifique, c'est spectaculaire.

Quand on fait une chorégraphie, ça veut dire que c'est vous qui leur

montrez les mouvements ou chacun fait un peu ce qu'il veut mais avec

un certain ordre?

- B. Dembélé : J'ai une manière d'orchestrer à ma façon.

Il y a des mouvements que je leur montre, il y a des choses où je

compose avec leurs mouvements à eux...

C'est une manière de pouvoir respecter un petit peu l'histoire

de la rue.

On amène ça sur le plateau et c'est une manière de pouvoir raconter, se

la raconter, au niveau du public.

- A.-S. Lapix : Et les chanteurs sont sur scène avec les danseurs.

Ca vous plaît?

- Complètement, c'est entraînant...

Les mondes qui se rencontrent, c'est assez fascinant.

- Oui, ça a été un gros pari qu'on a fait à l'Opéra Bastille.

La mixité des arts, quand on est un artiste dans l'âme, c'est quelque

chose de formidable.

Il y a une énergie entre nous sur scène qui passe tout de suite au

public et c'est merveilleux.

On a envie de recommencer!

- A.-S. Lapix : On vous retrouve tout à l'heure, Florian, pour une

petite surprise.

"Les Indes galantes", au Centre Pompidou de Metz le 11 janvier.

Merci beaucoup!

C'est spectaculaire.

Alors le "krump"...

Ca vient de Los Angeles, dans les années 90, au moment des violences

raciales.

C'est une danse qui s'est développée chez les danseurs de

hip-hop noirs.

C'est un peu comme des "cris du corps"...

- M. Robin : Vous, j'aimerais savoir quel est votre "crew"!

C'est quoi ton crew?

T'as le crew du guerrier!

- P. Jaroussky : Oui!

- A.-S. Lapix : C'était formidable parce que je vous voyais chanter,

vous connaissez la partie baroque!

- P. Jaroussky : Oui, je suis tombé un peu par hasard sur la vidéo du

spectacle, sur cet extrait qui a fait un carton...

- A.-S. Lapix : Oui parce que d'abord c'était une vidéo, en fait.

Et finalement le directeur de l'opéra a dit "on y va", c'est

courageux...

- P. Jaroussky : Et j'espère que ça va amener un nouveau public à

l'opéra.

- A.-S. Lapix : On vous demande parfois de danser comme ça?

- P. Jaroussky : Oui, on m'a demandé de faire une chorégraphie

avec des danseurs, un peu à la Beyoncé.

Je reprenais le rôle d'une chanteuse qui faisait le moonwalk

et tout!

Et donc j'ai fait exprès de danser mal et c'est passé!

- A.-S. Lapix : Vous êtes très impliqué...

- P. Jaroussky : On demande de plus en plus aux chanteurs d'opéra

d'être finalement plus réels, de jouer comme dans la vie...

A l'opéra, on parle beaucoup de guerre, d'amour, de sexe.

On a aussi beaucoup de scènes au lit et il faut avoir l'air le plus

Souvent, on ne sait pas ce qu'on va faire quand on accepte un rôle, on

ne connaît pas toujours le metteur en scène...

- A.-S. Lapix : Vous acceptez tout ce que vous demandent les metteurs

en scène?

- P. Jaroussky : On m'a demandé des choses inacceptables mais je les ai

laissés penser que c'était inacceptable, C'est-à-dire que j'ai

accepté au début...

Je devais être totalement nu dans un opéra, on devait faire l'amour

dans un lit, et je devais sortir du lit tout nu...

Ils ont peut-être jugé que ma plastique n'était pas...

- A.-S. Lapix : Mais non!

Justement, le physique des chanteurs a beaucoup évolué...

Il y a une époque, on pensait que pour être chanteur il fallait être

très fort, pour avoir de la puissance.

Ce n'est plus tellement le cas...

- P. Jaroussky : Je crois qu'en fait c'est un peu un mythe.

Si vous regardez Maria Callas, dans les trois quarts de sa carrière,

c'était une femme très belle, très élégante...

C'est vrai peut-être que la tendance c'est d'essayer d'avoir

des chanteurs qui ont un peu "le physique du rôle", mais c'est quoi,

avoir le physique du rôle?

C'est ce qu'on s'imagine du rôle...

- A.-S. Lapix : On va retrouver un compositeur du XVIIIe siècle que

Avec une grande artiste israélo-américaine, Noa.

Elle était la voix d'Esmeralda dans la comédie musicale "Notre-Dame de

Paris".

Elle a chanté aux côtés de Sting, d'Andrea Bocelli...

Elle consacre son dernier album à Bach, on l'écoute...

...

Applaudissements.

- Noa : Merci beaucoup!

- A.-S. Lapix : Noa, venez nous rejoindre!

Bonsoir...

Vous saviez que c'était aussi jazzy, Bach?

C'est incroyable!

- P. Jaroussky : On sait tous que Bach, c'est jazzy!

C'est une musique d'une rythmique implacable, folle!

- A.-S. Lapix : Comment vous avez eu l'idée de faire un album comme

ça, rythmé avec de nouvelles paroles sur Bach?

- Noa : Bach est incroyable.

Et je célèbre 30 années de carrière!

C'est un cadeau pour nous de chanter Bach...

Pour nous, Bach, c'est pour protester et la France est un pays

pour protester...

C'est une manifestation contre le "trumpisme", contre les fake

news...

Nous voulons élever la musique, élever le public...

Et les paroles contemporaines...

Je suis désolée, j'ai du mal en français!

- A.-S. Lapix : C'est parfait!

C'est vous qui avez écrit les paroles...

- Noa : Oui, j'ai écrit les paroles.

Religion, l'amour, l'euthanasie aussi, et puis le conflit

israélo-palestinien.

- A.-S. Lapix : Vous êtes dans tous les concerts pour la paix, depuis

toujours.

Vous avez chanté plusieurs fois au Vatican, vous connaissez trois

papes!

C'est pas mal!

J'aime bien parce qu'Amélie est morte de rire!

Vous n'avez jamais rencontré un pape, vous...

- A. Nothomb : Non, pourtant je me donne les moyens, là!

- A.-S. Lapix : Oui, avec ce livre sur Jésus!

On voit quelques images avec votre fille, qui embarrasse le pape...

Il faut dire que celui-là c'est votre préféré, je crois, le pape

François...

- Noa : C'était lors d'un concert privé.

Il m'a demandé de lui faire un concert privé, rien que pour lui.

Normalement, les évêques sont entourés de beaucoup de gens...

Il m'a invitée pour un concert privé!

Et ma jeune fille était là aussi.

Francis, il est magnifique...

- A.-S. Lapix : Nous, ont dit François...

- Noa : Oui, c'est le pape François!

Il est gentleman, humble...

Je l'adore.

Pour moi, si nous devons avoir un leader religieux, il est parfait...

- A.-S. Lapix : Vous, vous n'avez jamais chanté au Vatican...

- P. Jaroussky : Trump lui plaît moins, je pense!

Moi je n'ai jamais chanté au Vatican, non.

- A.-S. Lapix : Je sais que votre amie Cecilia Bartoli, elle a chanté

à la chapelle Sixtine...

- P. Jaroussky : Oui, mais à la chapelle Sixtine normalement ne

chantent que des enfants ou des castrats.

- A.-S. Lapix : Vous ne prenez pas le risque!

- P. Jaroussky : Je voudrais juste ajouter que l'originalité c'est ça,

parce qu'il y a énormément de chanteurs qui ont chanté Bach avec

des onomatopées, la force du projet c'est d'avoir porté des textes sur

ces musiques-là.

Ca donne une force incroyable.

- M. Robin : Votre album est produit par Quincy Jones, c'est

sympa aussi.

- A.-S. Lapix : C'est "Letters to Bach", merci d'être venue.

Philippe, vous n'allez pas chanter dans la chapelle Sixtine mais sur

le plateau du "Grand Echiquier", et on va vous écouter religieusement!

Vous avez l'air surpris, mais si, tout cela est prévu!

Vous allez chanter du Haendel, cela signifie "Laissez-moi pleurer"...

...

Applaudissements.

- A.-S. Lapix : Philippe Jaroussky, avec l'orchestre du "Grand

Echiquier".

Merci!

Vous l'avez chanté des milliers de fois, c'est un tube, on ne s'en

lasse pas.

Vous fêtez vos 20 ans de carrière, d'ailleurs vous proposez un triple

En fait vous avez commencé au berceau...

Enfant, vous ne brailliez pas comme le faisaient tous les bébés mais

vous moduliez, d'après votre mère!

Et alors adolescent, vous avez connu Jimmy Somerville...

- P. Jaroussky : Oui, oui!

- A.-S. Lapix : Et c'est à peu près à l'adolescence que votre

professeur de musique de votre collège à Sartrouville détecte

- P. Jaroussky : En sixième, oui.

la flûte à bec...

Il nous faisait écrire des chansons et on courait à l'heure de musique.

Il a conseillé à mes parents de m'inscrire au conservatoire et j'ai

commencé par le violon.

- A.-S. Lapix : On va voir un extrait d'un spectacle, il vous

avait écrit une chanson, vous étiez adolescent...

- P. Jaroussky : C'était juste avant la mue!

- A.-S. Lapix : On écoute...

- Il regarde le monde avec ses yeux d'enfant...

- A.-S. Lapix : On vous reconnaît bien!

- M. Robin : Quand on a cette voix enfant, est-ce qu'on a peur de

rester là-haut?

- P. Jaroussky : Je n'ai pas été dans des maîtrises ou des chorales

d'enfants, alors je n'ai pas eu cette peur...

On ne m'a pas mis la pression.

Mais c'est vrai qu'il y a beaucoup d'enfants qui sont de vrais

professionnels à dix ans et qui ont peur de la mue, que la voix casse.

On peut noter cette magnifique mode du pantalon remonté jusque je ne

sais où!

- A.-S. Lapix : Une belle allure, effectivement!

- M. Robin : La longueur de manche est réussie, on sent la pince un

ce look, maintenant!

- A.-S. Lapix : Bien sûr, il y a un décalage!

Et donc, à cette époque, chez Colette, le nom du collège!

- P. Jaroussky : Mon premier concours de chant!

Et je chantais "Les Démons de minuit"...

Ils m'entraînent jusqu'à l'insomnie...

- A.-S. Lapix : Le public suit!

Sauf qu'à cet âge-là, vous êtes plutôt en classe de violon.

Vous êtes allé très loin...

- P. Jaroussky : C'était plus sévère!

vous avez des doigts palmés, que vous n'êtes pas fait pour le

violon, que votre corps avait déjà grandi et qu'il faut commencer tout

petit, le violon...

- P. Jaroussky : J'ai commencé à l'âge de 11 ans et je n'ai pas une

très grande indépendance des 3e et 4e doigts...

Ca a toujours été un problème pour moi aux instruments, des petits

problèmes techniques!

La voix m'a libéré de cela.

- A.-S. Lapix : Vous jouez quand même très bien du violon!

- P. Jaroussky : Là c'était la période un petit peu boulimique...

Et puis vous avec un violon et un invité prestigieux à côté de

vous...

On a reconnu Renaud Capuçon, qui était sur ce plateau il y a

quelques mois et qu'on embrasse.

- P. Jaroussky : Il m'avait fait l'amitié de jouer ce duo et il

m'avait avoué qu'il avait été peut-être plus stressé que moi...

- A.-S. Lapix : Vous avez trouvé donc votre instrument, votre voix,

assez tard, vers 18 ans...

- P. Jaroussky : Oui, c'est assez tard, mais ce n'est pas très tard

après la mue.

J'ai tout de suite voulu chanter dans cette voix aiguë, peut-être

parce que j'étais violoniste...

Et j'ai découvert tout ce répertoire baroque, Bach, Haendel,

Vivaldi...

Cela m'a plu tout de suite.

- A.-S. Lapix : Vous dites que vous avez à peine une octave, que vous

avez une voix petite...

Vous êtes modeste.

- P. Jaroussky : Je crois que justement, un chanteur, il ne doit

pas se résumer à des performances, à des acrobaties.

difficiles, il faut s'entraîner, mais c'est l'intelligence, la

musicalité...

J'ai toujours essayé de travailler pour me rapprocher au plus proche

des émotions d'un texte.

Et puis j'ai eu la chance aussi, quand j'ai commencé, il y a plus de

20 ans, c'était une voix encore assez rare.

Maintenant c'est une voix qui s'est plus développée, il y a plus de

contre-ténors.

C'est une voix qui est peut-être même plus acceptée.

Notamment dans la pop, je pense à Mika et d'autres.

Et dans le classique, effectivement, cette voix est

composée pour les castrats.

- A.-S. Lapix : Vous, vous avez commencé muette vos premières

années, vous en faisiez pas un bruit...

- A. Nothomb : J'ai commencé à l'état de plante!

- A.-S. Lapix : Vous l'avez écrit, vous avez raconté cette petite

enfance, vous avez des souvenirs très lointains...

- A. Nothomb : J'ai une seule caractéristique, c'est que je me

souviens particulièrement bien de mes années de bébé.

C'est ce que je raconte en effet dans l'un de mes livres.

- A.-S. Lapix : Vous avez grandi en Asie, mais vous êtes d'origine

belge.

On va recevoir quelques-uns de vos compatriotes, les danseurs du

Palais royal de Flandre.

A sa tête, un des chorégraphes les plus brillants de sa génération,

les plus éclectiques du moment, Sidi Larbi Cherkaoui.

Capable de chorégraphier des clips de Beyoncé...

On va découvrir un extrait d'une de ses dernières créations, "Memento

Mori"...

...

Applaudissements.

- A.-S. Lapix : Sublime tableau, merci aux danseurs du ballet royal

de Flandre.

Sidi Larbi Cherkaoui, on est vraiment émerveillés.

Vous dirigez le ballet royal de Flandre depuis 2015.

Vous pouvez nous expliquer le titre de ce ballet, "Memento Mori"?

- S.L. Cherkaoui : Un spectacle que j'ai créé il y a deux ans, d'abord

pour le ballet de Monte-Carlo.

C'est le ballet le plus abstrait que j'ai fait, car il fallait qu'on

se rappelle qu'on va mourir, et qu'est-ce qu'on laisse à la

prochaine génération?

J'avais envie de créer quelque chose qui soit doux, un peu comme

une fleur qui s'ouvre et qui s'en va, et en fait qu'on ne laisse rien

pour qu'on laisse l'espace à la prochaine génération, pour qu'ils

puissent être ce qu'ils veulent être...

- A.-S. Lapix : A 16 ans, je crois que vous ne parliez qu'en latin et

vous écriviez en grec...

- A. Nothomb : J'ai beaucoup changé!

- A.-S. Lapix : Qu'est-ce que ça peut donner d'ailleurs de parler en

latin comme ça, couramment?

Elle parle en latin.

- M. Robin : Ca se discute...

- A.-S. Lapix : Au même âge, vous avez appris la danse, en regardant

- S.L. Cherkaoui : Oui, j'ai d'abord été influencé par des

artistes pop.

Maintenant j'ai 43 ans, j'ai aussi compris à quel point les artistes

pop ont des références...

Il faut observer les chorégraphes des comédies musicales notamment.

- A.-S. Lapix : Alors vous avez appris le contemporain, le jazz, le

tango, le flamenco, le kung-fu!

Vous vouliez apprendre un peu près toutes les disciplines pour en

retenir la substantifique moelle, pour retenir chaque mouvement...

- S.L. Cherkaoui : En fait, quand j'étais jeune, j'étais plutôt assez

intellectuel.

J'avais vraiment une envie d'être dans le corps donc vers 15 ans,

j'ai dit "il faut que j'apprenne à bouger".

Ca m'a beaucoup aidé à trouver une manière de m'exprimer mieux.

Et j'avais envie de tout apprendre.

- A.-S. Lapix : A 23 ans déjà, tous les ballets voulaient vos

chorégraphies, vous étiez réclamé partout dans le monde...

le classique, qu'on puisse passer par le contemporain et d'autres

choses et venir vous chercher pour faire danser des danseurs de

ballet?

- S.L. Cherkaoui : La base pour chacun est différente.

On peut avoir une base qui est vraiment urbaine, qui vient de la

rue, il y a des bases folkloriques, il y a des bases comme le tango,

des bases classiques...

Toutes ces bases à mes yeux sont pareilles et on peut les échanger,

on peut apprendre à bouger comme les autres...

C'est un peu ma philosophie, on peut tous s'apprendre les langues

différentes de mouvements, on peut les intégrer, les digérer puis les

redonner.

- A.-S. Lapix : Et Beyoncé vous a appelé aussi, vous avez fait la

chorégraphie notamment du Louvre...

- S.L. Cherkaoui : C'est ça!

Elle est très sympa, très talentueuse, quand elle chante,

même quand elle fredonne, c'est très beau.

Et puis elle est très bosseuse, elle travaille, comme tout le

monde!

- A.-S. Lapix : Vous, vous avez une formation très académique, on ne le

sait pas forcément toujours, vous êtes passée par le conservatoire...

- M. Robin : Oui, il faut préciser: de Paris!

Je crois que ce qui m'intéressait, petite...

J'aimais bien attraper le pompon...

Alors concourt, tiens, c'est difficile, je vais y aller!

Pour être choisie!

Quand vous êtes la préférée...

Donc j'ai passé ce concours, sans trop savoir pourquoi, très

honnêtement, mais pour l'avoir.

Après, rester...

Je serais partie, je pense, si Michel Bouquet n'était pas arrivé

comme professeur pour remplacer le professeur que je devais avoir.

Michel Bouquet est arrivé et ça a été un coup de foudre...

- A.-S. Lapix : Sa première année d'enseignement...

- M. Robin : Oui, cet homme m'attirait, je sentais qu'il

fallait que je reste auprès de lui.

Je l'ai souvent dit mais c'est la première fois que j'étais aussi

près d'autant d'intelligence et de culture, donc je voulais juste

m'asseoir, écouter, regarder, ressentir...

Oui j'ai une formation classique, difficile parce que j'étais à

Paris, je ne connaissais personne, j'allais aux cours et en dehors de

cela j'étais dans un studio où je pleurais et je fumais des

cigarettes...

- A.-S. Lapix : On va regarder un extrait de vous, à la fin de la

première année...

- M. Robin : Au conservatoire?

- A.-S. Lapix : Non, non!

Regardez...

...

Vous aimiez jouer les classiques, Molière?

- M. Robin : Je ne me posais pas la question...

A l'époque, Molière, un peu à l'école...

Pour tout vous dire, au bac de français, je n'avais évidemment

rien travaillé.

On m'a dit: "pourquoi le personnage dit en arrivant "bon appétit

messieurs"?"...

déjeuner...

Pour dire mon niveau!

Alors Molière, un peu rien à faire.

Moi je vendais des chaussures...

Molière non, Quincy Jones, oui, Michel Legrand, oui!

- A.-S. Lapix : Michel Bouquet, lui, il croyait vraiment en vous,

il disait que vous étiez faite pour les premiers rôles.

Ca a un peu tardé, ça n'a pas toujours été exactement comme vous

l'espériez...

Il y a eu quelques grands rôles de femmes qui prenaient tout l'espace,

comme Marie Besnard, Jacqueline Sauvage...

Et vous avez fait un discours très particulier aux Etats-Unis...

Extraordinaire, ce discours!

- M. Robin : C'est une idée de Pierre Palmade.

- A.-S. Lapix : Vous avez souvent des idées ensemble!

Vous parlez de ces récompenses que la France ne vous a pas données...

Il y a une récompense chez les auteurs, c'est le Goncourt.

Vous êtes passée pas loin, à deux voix cette année.

Est-ce que ça vous agace?

Vous vous dites que vous n'aurez jamais le Goncourt?

- A. Nothomb : C'était déjà très bien d'être en finale.

Mais je pense vraiment que je n'aurai jamais le Goncourt!

Et maintenant j'en suis même sûre!

- A.-S. Lapix : Merci beaucoup, Sidi Larbi Cherkaoui, d'être venu

sur notre plateau.

Le ballet royal de Flandre, à Anvers puis à Gand, en février.

Amélie, on revient sur votre compositeur idéal, Schubert.

Pour cela, je rejoins le plateau et je rejoins notre chef

d'orchestre...

Bonsoir, je suis très heureuse de vous accueillir.

Il n'y a pas beaucoup de chefs femmes en France, quelle est la

proportion?

- Aujourd'hui je n'ai pas d'idée, ça a tellement évolué...

Mais il y a trois ans, c'était moins de 5%, en tout cas de chefs

qu'on voyait diriger.

- A.-S. Lapix : Vous avez déjà travaillé avec Philippe...

- Oui, on a fait beaucoup de musique ancienne ensemble.

- A.-S. Lapix : Alors vous êtes chef, vous êtes aussi violoniste,

vous enseignez le violon...

- Absolument, au conservatoire de Paris.

- A.-S. Lapix : Et je crois que vous êtes dans le disque d'un autre

chanteur...

- C'est vrai, je suis dans le dernier disque de Roberto Alagna,

je joue sur une plage avec lui, une oeuvre magnifique.

- A.-S. Lapix : Cette fois vous allez diriger l'orchestre pour la

"Sérénade" de Schubert.

Une "Sérénade" qu'on avait entendue au piano déjà...

- A la base c'est un lied de Schubert, son dernier, à 31 ans.

- A.-S. Lapix : Merci beaucoup, nous allons donc vous écouter et

nous allons découvrir également un extrait de "La Chute des anges", la

création d'une compagnie qui mêle théâtre, musique, danse...

...

Applaudissements.

- A.-S. Lapix : Merci beaucoup, le spectacle "La Chute des anges" se

joue les 8 et 9 janvier prochain à Paris avant une tournée dans toute

la France.

Amélie, vous dites que Schubert est vraiment le compositeur qui vous

émeut?

- A. Nothomb : Qu'est-ce qu'il y a de plus beau que ce que nous venons

d'entendre?

Pardon Philippe, je trouve tout ce que vous avez chanté tout à l'heure

très joli...

Je rêverais d'entendre cet air chanté par vous!

- P. Jaroussky : Quand on chante Schubert, on se sent un peu...

Un peu nu, je dirais.

On ne peut pas se cacher derrière des artifices.

Ca a été écrit par un ange, quoi!

- A.-S. Lapix : Vous avez même écrit un livre intitulé: "Le voyage

d'hiver".

Vous écoutez beaucoup de musique classique?

- A. Nothomb : J'écoute beaucoup de musique mais de façon très

analphabète.

travaillant...

Quand j'écris, j'écris de la musique à mon niveau et la moindre

autre musique éteindrait ma toute petite musique!

- A.-S. Lapix : Vous travaillez la nuit, dans le silence?

- A. Nothomb : J'appelle ça le matin, parfois à 3h du matin...

- A.-S. Lapix : Et vous écrivez tous les jours?

- A. Nothomb : Sans aucune exception.

Sinon, je deviens comme les Gremlins qu'on nourrit après

minuit...

- A.-S. Lapix : Pourquoi cette discipline?

- A. Nothomb : Ce n'est pas une superstition.

Je pense que j'ai trouvé le grand secret de l'inspiration.

Il consiste à ne jamais s'arrêter.

Si vous restez tout le temps dans le mouvement de la création, il y a

jamais un moment où rien ne vient.

- A.-S. Lapix : Vous écrivez mais vous ne réécrivez pas, car vous

savez déjà ce que vous allez écrire en vous mettant à votre plume?

- A. Nothomb : Oui.

Je suis extrêmement insomniaque, avant de me réveiller à 3h ou 4h du

matin, je radote mes phrases dans ma tête.

Quand je me lève, il n'y a plus qu'à les écrire.

Je pense qu'il faut forcément sacrifier quelque chose d'important

pour écrire.

Et moi, j'ai sacrifié le sommeil.

- A.-S. Lapix : Mais pas la gaieté, l'amusement?

- A. Nothomb : Le reste, je n'ai rien sacrifié!

- A.-S. Lapix : Et vous dansez?

- A. Nothomb : Uniquement toute seule et toute nue!

- A.-S. Lapix : Evidemment, je ne vais pas vous demander de vous

exécuter!

Vous avez déjà forcément dansé sur le MIA?

- A. Nothomb : Jamais devant vous.

- A.-S. Lapix : C'est impossible d'être passé à côté.

J'imagine que tout le monde connaît les paroles...

Tout le monde connaît les paroles de "Je danse le MIA".

Ils viennent de la planète Marseille, ils ont vendu près de 3

millions de disques...

Et le tout premier tube, c'était "Je danse le MIA" et ils nous

l'offrent ce soir dans une version symphonique, avec notre

orchestre...

- A cette époque-là, on avait 16 ans.

Il y avait de grands danseurs à l'époque...

Au début des années 80, je me souviens des soirées où l'ambiance

était chaude et les mecs rentraient Stan Smith aux pieds, le regard

froid.

Ils scrutaient la salle le trois-quart en cuir roulé autour du

bras, Ray-Ban sur la tête, survêtement Tacchini, pour les plus

classes les mocassins Nébuloni.

Dès qu'ils passaient Cameo Midnight Star, SOS Band Delegation ou

Shalamar, tout le monde se levait, des cercles se formaient, des

concours de danse un peu partout s'improvisaient.

Je te propose un voyage dans le temps, via planète Marseille...

Je danse le MIA.

- Hey DJ, mets-nous donc du funk, que je danse le MIA.

- Je danse le MIA.

- Fait pousser le Pioneer à fond, qu'on danse le MIA.

- Je danse le MIA.

- Ce soir les bagues brilleront, on danse le MIA.

- Je danse le MIA

- Hey DJ, mets-nous donc du funk, je danse le MIA.

- Je danse le MIA.

Jusqu'à ce que la soirée vacille, une bagarre au fond et tout le

monde s'éparpille.

On râlait que c'était nul, que ça craignait, le samedi d'après on

revenait tellement qu'on s'emmerdait.

J'entends encore le rire des filles qui assistaient au ballet des

Renault 12 sur le parking.

A l'intérieur, pour elles, c'était moins rose: oh cousine, tu danses

ou je t'explose?

Voilà comment tout s'aggravait en un quart-d'heure, le frère

rappliquait: "Ho, comment tu parles à ma soeur?

Viens avec moi, on va se filer tête à tête, je vais te fumer derrière

les cyprès".

Et tout s'arrangeait ou se réglait à la danse, l'un disait "fils, t'as

aucune chance".

Eh, les filles, mes chaussures brillent, hop un tour je vrille, je

te bousille, tu te rhabilles et moi, je danse le MIA...

Comme les voitures, c'était le défi, KUX 73 JM 120 mon petit, du

grand voyou à la plus grosse mauviette, la main sur le volant

avec la moquette.

Pare-soleil Pioneer sur le pare-brise arrière, Dédé et Valérie

écrit en gros: sur mon père!

La bonne époque où on sortait la douze sur magic touch, on lui

collait la bande rouge à la "Starsky et Hutch".

J'avais la nuque longue, Eric aussi, Malek coco, la coupe à la

Marley, Pascal était rasta des affros, sur François et Joe déjà à

la danse à côté d'eux, personne ne touchait une bille.

On dansait le MIA...

- Je danse le MIA.

- Hey DJ, mets-nous donc du funk, que je danse le MIA.

- Je danse le MIA.

- Fait pousser le Pioneer à fond qu'on danse le MIA.

- Je danse le MIA.

- Ce soir, les bagues brilleront, on danse le MIA.

- Je danse le MIA.

- Hey DJ, mets-nous donc du funk, je danse le MIA...

Je danse le MIA, pas de pacotille, chemise ouverte, chaîne en or qui

brille...

Des gestes lents ils prenaient leur temps pour enchaîner les passes

qu'ils avaient élaborées dans leur quartier, c'était vraiment trop

beau, un mec assurait tout le monde criait: "ah oui minot!"

La piste s'enflammait et tous les yeux convergeaient, les différents

s'effaçaient et les rires éclataient...

Beaucoup disaient que nos soirées étaient sauvages et qu'il fallait

rentrer avec une batte ou une hache, Foutaises, c'étaient les

ragots des jaloux...

Et quoi qu'on en dise, nous on s'amusait beaucoup.

Aujourd'hui, encore on peut entendre des filles dire "IAM, ils

dansent le MIA"...

- Je danse le MIA...

Je danse le MIA...

Applaudissements.

- A.-S. Lapix : Merci IAM!

Venez nous rejoindre, Akhenaton, Shurik'n...

C'est redoutable!

Amélie a dansé habillée pour la première fois de sa vie!

- Akhenaton : Merci de l'invitation.

- A.-S. Lapix : Merci d'être venus chanter avec notre orchestre

symphonique.

Vous n'en avez pas marre?

- Akhenaton : On a fait un break pendant 13 ou 14 ans...

On nous parlait tout le temps de ce morceau et puis, bizarrement, on a

eu de la chance dans le succès, "L'Ecole du Micro d'Argent" a eu

beaucoup plus de succès que l'album sur lequel se trouvait "Le MIA".

- A.-S. Lapix : Cet album a été disque d'or en quelques heures,

c'est incroyable, ça n'existe pas...

- Akhenaton : Ca existe encore un peu, mais avec le streaming, c'est

différent.

Mais on a la chance d'avoir des classiques festifs et des textes

plus engagés.

C'est toute la palette d'IAM qui est représentée dans nos disques et

- A.-S. Lapix : "Je danse le MIA", c'était assez gonflé parce que le

rap français, il n'y en avait pas tant que ça.

Et avec des expressions marseillaises!

- Shurik'n : On était les premiers surpris, on pensait que ça allait

s'adresser aux potes du quartier, voire de la ville...

On ne pensait pas que ça allait percuter chez autant de gens dans

le pays.

- Akhenaton : En fait, c'est un morceau écrit à l'époque du premier

album et on le jouait en tournée.

C'est un morceau qui est né sur scène.

On se disait que c'était très local.

La première fois, en 1990, on avait fait un festival en Suisse...

On s'est dit qu'on avait dépassé les frontières de la région

marseillaise!

On l'a gardé en live pendant deux ans et on l'a mis sur l'album qui a

suivi.

- A.-S. Lapix : Et vous l'avez joué quand vous avez fait la première

- Shurik'n : Non, il n'était pas encore là.

- A.-S. Lapix : Ca a boosté votre carrière?

- Akhenaton : La première partie de Madonna, oui, mais surtout la

première partie de James Brown.

- A.-S. Lapix : "L'Ecole du micro d'argent" arrive en 1997, disque

d'or en quelques heures...

Vendu à des millions d'exemplaires en France et à l'international.

Où on écoute IAM?

- Akhenaton : Beaucoup dans les pays francophones, en Suisse, en

Belgique, au Québec...

Mais aussi dans d'autres pays comme l'Allemagne.

Les Allemands sont très ouverts sur la musique en langue française...

Et beaucoup aussi dans les pays francophones en Afrique.

On a la chance de pouvoir y jouer de temps en temps, on aimerait y

aller davantage.

- A.-S. Lapix : Il y a plein de références dans cet album à "Star

Wars", on peut dire que vous avez misé sur le bon cheval.

Le public de cette saga se renouvelle tout le temps, le vôtre

aussi...

Dans vos albums aussi, il y a beaucoup de cordes, je l'ai

remarqué...

Ce n'est pas si compliqué de passer à la version symphonique!

Enfin, si, c'est compliqué, merci beaucoup Nicolas...

Etes-vous influencés par la musique classique?

- Akhenaton : On en a fait un peu.

On a enregistré quelques titres avec des orchestres...

Et au pied des pyramides en Egypte, en 2008, on a fait un concert avec

des musiciens traditionnels égyptiens et l'orchestre de l'Opéra

du Caire.

- Shurik'n : On était autant spectateurs qu'acteurs de ce

concert.

On était très émus.

- A.-S. Lapix : Parce que vous avez tous des noms égyptiens, sauf vous,

Shurik'n...

Vous, c'est japonais, et vous savez ce que ça veut dire, Amélie?

- Shurik'n : C'est une arme de jet au Japon.

- A.-S. Lapix : Je la montre, j'essaye de ne pas me faire mal...

On la connaît, en fait!

Et vous savez qui est "Yasuke"?

C'est le titre de votre album...

- Akhenaton : C'est un personnage historique qui a existé.

Il a été arraché aux côtes du Mozambique au XVIe siècle, il est

arrivé en tant qu'esclave au Japon et il est devenu samouraï.

C'est un destin fabuleux, inattendu, qui prouve que parfois

dans la vie des choses pré-établies peuvent changer.

- Shurik'n : Même avec le pire des départs.

- A.-S. Lapix : Vous chanterez ce titre tout à l'heure...

On va peut-être voir la pochette de l'album, c'est un radeau inspiré du

"Radeau de la Méduse"...

- Akhenaton : Oui, avec des personnages contemporains, mais là,

c'est nous, ce n'est pas la pochette!

En fait, c'est un peu la société, on a forcément des gens qu'on

n'aime pas et des gens qu'on aime profondément sur ce radeau.

On est forcé de naviguer avec eux.

On va des flots déchaînés à des flots plus calmes, il y a une

touche d'espoir.

Et on a représenté ce personnage historique devant, qui montre la

direction...

On a pensé à un jeune Malien, qui est mort en Méditerranée, avec son

Il ne rêvait que d'aller à l'école.

C'était pour représenter la société française et aussi les gens qui

viennent chez nous.

L'Histoire, c'est une route, et ceux qui grimpent dans un sens

peuvent grimper un jour dans l'autre.

- A.-S. Lapix : Vous savez qu'il y a des gens qui connaissent par

coeur les paroles des sketches de Muriel Robin?

C'est assez spectaculaire...

- S'il est noir, c'est qu'il a de bonnes raisons de l'être...

Mais dis-moi, il est noir...

- NOIR?

- A.-S. Lapix : C'est un sketch culte, toute la salle vous donne la

réplique...

Parfois, ils vous précèdent même!

- M. Robin : C'est surtout bouleversant.

J'ai fait ce spectacle mais jamais je n'aurais pensé...

Pierre Palmade était dans la salle le premier soir, et quand on s'est

retrouvés à la fin...

Tout le public parlait à ma place.

C'était un truc de fous!

Au moment de "L'Addition", ils voient la table, ils tapent des

pieds, j'ai l'impression d'être Mick Jagger!

C'est un truc de dingue.

Je leur laisse beaucoup de place pour le sketch du mariage, mais

régulièrement, je reprends la main...

- A.-S. Lapix : Vous en riez?

- M. Robin : Oui, c'est la fête, c'est ensemble.

Ces textes ne sont plus à moi, ils sont à eux.

Du coup, j'observe...

- A.-S. Lapix : Et vous penseriez à faire une suite?

- M. Robin : Oui, on y a songé, avec Pierre, écrire la suite de ces

sketches...

Mais je me demande ce que les personnages peuvent devenir.

Tous, la coiffeuse, Félicie, Patricia, la mère de Patricia, qui

était quand même un peu raciste, on peut le dire.

J'adorerais...

Ecoutez, c'est incroyable, Anne-Sophie...

D'ailleurs, Patricia me fait signe, elle veut me parler!

Patricia, ma chérie, je parlais de toi avec Anne-Sophie Lapix!

Cette jolie jeune femme qui présente...

Il y a 30 ans, tu te rappelles quand tu nous a présenté Félix?

D'ailleurs, ça n'a posé aucun problème!

Je connais beaucoup de familles qui auraient tiqué mais nous, ce n'est

pas le genre de la maison.

Dis-moi, qu'est-ce que tu veux m'annoncer, ton père va arriver

mais je veux savoir la première!

Tu vas te remarier?

Il n'est pas là, on s'en fout...

Patricia, il est blanc, blanc ou blanc un peu noir?

Qu'est-ce qu'on avait rigolé avec ça!

Moins, ton père...

Alors, je t'écoute?

C'est Claude, la fille du garagiste qui te l'a présenté?

Tu vas te marier avec Claude, qui t'a présenté la fille du

garagiste...

C'est pas ça?

Je t'écoute!

Tu vas te marier avec Claude, qui est la fille du garagiste, c'est

ça?

Deux secondes!

Je vais en prendre quatre!

Donc Claude est une fille?

Mais elle le sait?

Mais pas du tout!

30 ans après, c'est pas mieux...

Ca ne me gêne pas du trou...

Du tout!

Si c'est une fille, c'est qu'elle a de bonnes raisons de l'être!

Tu l'as rencontrée où?

Au garage, dans les bureaux?

Ah, elle est garagiste!

Je vois qui c'est.

Elle est souvent avec une combinaison bleue?

Et parfois elle est noire ici...

C'est pas grave, elle, elle peut l'enlever!

Toujours la petite cigarette au coin de la bouche, très souriante,

très sympa...

Je crois que c'est elle la dernière fois qui a décrassé ma culasse...

Je ne suis pas méfiée mais c'est pas grave.

Je me trompe mais elle a au moins 20 ans de plus que toi?

Non, je me trompe?

Deux ans de plus?

C'est ne rien...

De plus que moi?!

Deux secondes!

Et sinon, ma chérie, dans la vie, elle est normale?

Je veux dire, au mariage, on verra que c'est une fille?

Si ça ne se voit pas, on n'est peut-être pas obligés de le dire...

Je pense à ton père...

A mon avis, il ne reviendra plus!

Comment, Félix est invité?

Tant mieux!

Lui, il peut être de la couleur qu'il veut, je m'en fous

complètement!

Il vient avec Marie?

Il s'est remarié?, Il vient avec son mari?

C'est encore autre chose, ça bouge!

Alors, à ton père, pour le coup, je vais peut-être d'abord lui dire

Sur Claude, tout à fait!

La reine du turbo!

Pardon, autre chose?

Non, j'aimerais bien me remaquiller avant que ton père arrive...

Je t'écoute?

Pardon, des enfants?

Mais c'est normal que vous vouliez des enfants...

Et comment vous allez procéder?

GPA, GPS, RFA, SNCF?

Personnellement, moi, c'est SOS!

Il n'est plus tout jeune...

Je vais y aller doucement.

Je vais lui dire que tu as eu un accrochage en voiture, que tu as

déposé ta voiture au garage, ça va le mettre sur la piste.

S'il ne comprend pas, je lui dirai que c'est Claude qui va réparer la

voiture et puis s'il ne comprend pas, je lui dirai que tu es gouine!

Et c'est fini!

- A.-S. Lapix : Merci Muriel...

On en reprendrait bien un peu plus!

C'est un bonheur, ce sketch.

Il y a plein d'autres sketches, il y en a un que j'adore, c'est "les

onomatopées"...

C'est formidable, on se demande comment ça va tenir et ça monte en

puissance.

- M. Robin : Oui, les onomatopées ont vraiment un sens...

"Pof", ce n'est pas "pif" ou "paf"...

Si on commence à dire n'importe quoi, ça peut vite m'agacer.

- A.-S. Lapix : C'est un fabuleux sketch, on se laisse prendre au

jeu.

- P. Jaroussky : Peut-être que certains de mes jeunes talents qui

me connaissent comme professeur, parfois, pour faire passer quelque

chose en musique, on utilise des onomatopées...

- Akhenaton : Nous, ça nous arrive aussi...

Kheops fait partie du groupe et il aime beaucoup le scratch...

On le met à l'honneur.

- A.-S. Lapix : Muriel, on a dit tout à l'heure que votre passion,

c'était la musique et la comédie musicale.

C'est Michel Legrand qui a composé la musique des films de Jacques

Demy...

On va écouter la chanson de Delphine des "Demoiselles de

Rochefort"...

C'est Clara Luciani, une chanteuse que vous appréciez beaucoup, qui

reprend cette très belle version...

...

- Je ne sais rien de lui mais pourtant je le vois.

Son nom m'est familier et je connais sa voix.

Souvent dans mon sommeil, je croise son visage.

Je pourrais te parler de ses yeux, de ses mains.

Je pourrais te parler de lui jusqu'à demain.

Son amour, c'est ma vie, mais à quoi bon rêver?

L'illusion de l'amour n'est pas l'amour trouvé.

Est-il prêt, est-il loin, est-il à Rochefort?

Je le rencontrerai car je sais qu'il existe, bien plus que la

raison, le coeur est le plus fort.

A son ordre, à sa loi, personne n'y résiste et je n'y résisterai pas...

Applaudissements.

- A.-S. Lapix : Clara Luciani, venez nous rejoindre!

Merci beaucoup pour cette superbe chanson.

- M. Robin : Heureuse de te voir!

- A.-S. Lapix : Vous savez qu'elle est totalement fan de vous?

- C. Luciani : Je suis également fan!

- A.-S. Lapix : C'était merveilleux, cette interprétation.

Je ne fais pas référence à "La Grenade" mais en deux ans, vous

êtes passée de la galère au succès!

C'est un conte de fées?

- C. Luciani : Oui, c'est un rêve dont je ne veux pas me réveiller.

C'est pour ça que j'ai du mal à voir la tournée se terminer.

- A.-S. Lapix : C'est un tourbillon, vous arrivez à gérer

tout cela?

- C. Luciani : Je crois que je le gère plutôt bien.

Je me réjouis de la chance que j'ai.

- A.-S. Lapix : On parlait de votre amour pour Michel Legrand.

C'est un amour partagé...

Vous êtes très jeune!

- M. Robin : Les gens ne t'aiment pas du tout, je crois, et ils le

manifestent!

Il n'y a personne, pas un chat!

- A.-S. Lapix : Michel Legrand, c'est un amour de jeunesse?

- C. Luciani : Je pense que c'est le commencement de tout.

A l'école, j'avais huit ans et la maîtresse nous a emmenés voir "Les

Demoiselles de Rochefort" au cinéma.

Et je suis rentrée secouée, comms si j'avais senti que ma vie allait

prendre un autre chemin à cause de ce film.

Il m'a donné envie de chanter mais il m'a aussi forgé en tant que

femme.

Cela a forgé aussi beaucoup mon esthétique.

Et peut-être, plus malheureusement, ma vision de l'amour!

- A.-S. Lapix : Qu'est-ce que vous aimez chez Clara Luciani?

- M. Robin : Son timbre de voix, elle est différente.

C'est une voix qui attrape, ronde, chaude...

C'est unanime, de toute façon.

Qu'est-ce que vous aimez chez Clara?

- A.-S. Lapix : Sa voix, son élégance, sa douceur, son

intelligence...

Voilà, elle est habillée pour l'été!

On va retrouver un duo de chanteurs assez inattendu.

C'est Muriel Robin et Philippe Jaroussky...

Vous allez nous faire un cadeau magnifique...

- M. Robin : Amélie est très surprise!

- A.-S. Lapix : Vous allez rejoindre le piano qui vous

attend...

Pas n'importe quelles chansons, des chansons en anglais, des chansons

de Noël...

Et vous allez voir, ça vaut le détour!

"White Christmas"...

Elle chante avec une voix d'outre-tombe.

"Let it snow"...

"Last Christmas"...

Applaudissements.

- A.-S. Lapix : Magnifique duo!

Ils reprennent le refrain...

- A.-S. Lapix : Akhenaton, Shurik'n, les chants de Noël, ce

n'est pas votre truc?

- Akhenaton : On en a entendu beaucoup avec nos enfants...

Il y a un chant de Noël qui m'angoisse particulièrement, c'est

"Let it snow", ça me rappelle un certain voyage...

On était parti avec les enfants dans un célèbre endroit où il y a

beaucoup de manèges.

J'ai entendu cette chanson en boucle pendant 9 jours, et moi, je

déteste les manèges!

Mais il y a de très beaux chants de Noël.

Ca me rappelle aussi les colonies de vacances.

- A.-S. Lapix : Quelle est la tessiture de Muriel?

- P. Jaroussky : Contre contralto, je pense!

C'est une voix très rare...

- M. Robin : Une petite voix de canard, mais un joli canard!

Ce que je trouve formidable, c'est son humour.

Les gens qui font de la grande musique, on place un mur de verre

entre eux et nous.

Mais Philippe est drôle, il a de l'humour.

C'est pour cela qu'on a pu faire ça...

D'ailleurs, ça ne devait pas être ça, on a répété hier...

Mais je suis clown, je ne me refais pas!

- P. Jaroussky : On écoute d'autres choses, nous aussi...

J'écoute beaucoup de jazz.

J'ai besoin d'écouter Ella Fitzgerald...

- A.-S. Lapix : Amélie, vous, vous êtes soprano en écriture...

- A. Nothomb : Oui, mais peut-être pas dans "Soif"...

Ce n'est pas du tout un livre soprano.

- A.-S. Lapix : Dans ce livre, Jésus souffre beaucoup...

- A. Nothomb : C'est l'histoire de la Passion du Christ, la moitié du

livre se passe sur la croix, ce n'est pas a priori rigolo.

Je n'ai jamais compris pourquoi Jésus avait accepté la crucifixion.

C'est une question qui m'a hantée pendant un nombre phénoménal

d'années.

J'ai toujours su qu'un jour, j'écrirais un livre sur la

crucifixion.

Je voulais trouver la réponse à cette question...

Forcément, un tel livre ne pouvait être écrit qu'à la première

personne du singulier.

C'est Jésus sur la croix qui réfléchit, c'est son monologue

intérieur.

Il se rend compte qu'il a fait quelque chose d'irréparable et se

demande comment il va pouvoir se sortir de cette situation.

- A.-S. Lapix : Vous expliquez que la soif, c'est fondamental.

Il préfère s'assoiffer pour ne pas souffrir des autres souffrances?

- A. Nothomb : C'est une parole canonique, l'antépénultième parole

qu'il prononce sur la croix, c'est "j'ai soif".

C'est très important.

Quand on est en situation de soif, on est en situation de mysticisme.

Il faut cultiver sa soif, il n'y a rien de plus vertical.

Le moment où le légionnaire romain lui tend l'éponge imbibée d'eau et

de vinaigre, il boit une dernière gorgée, c'est un moment

parfaitement mystique.

- A.-S. Lapix : Pour vous, la plus belle déclaration d'amour, c'est

"tu es mon gobelet d'eau"?

- A. Nothomb : Toutes les histoires d'amour commencent par boire un

verre avec quelqu'un.

Peut-être que quelque chose de grand commence ce soir...

- A.-S. Lapix : C'est de l'eau, je précise!

- P. Jaroussky : Pas pour Amélie!

C'est du champagne...

- A.-S. Lapix : Merci de l'avoir dit...

Vous avez expliqué dans l'un de vos romans quel était l'art de boire du

champagne?

- A. Nothomb : Un très bon champagne ne se boit pas n'importe

comment ni avec n'importe qui.

Je prétends en effet que c'est un art.

Il faut trouver la personne parfaite.

Une boisson qui élève à ce point ne peut pas être bue avec une personne

vulgaire.

Il faut boire le champagne radicalement à jeun.

On est ivre beaucoup plus vite, mais l'ivresse du champagne est

quelque chose qu'il faut rechercher!

- M. Robin : Je vous adore!

- A.-S. Lapix : Je vous conseille tout de même la modération!

Merci beaucoup, Clara Luciani, d'être venue trinquer avec nous.

On peut écouter "Sainte-Victoire" en attendant votre prochain album.

Amélie, en hommage à la passion du champagne, on a voulu vous offrir

un air qui parle justement de champagne.

Et c'est le baryton Florian Sempey qui revient pour nous

l'interpréter...

...

Applaudissements.

- A.-S. Lapix : Merci Florian Sempey et merci à notre

orchestre...

Je vous en prie, venez vous asseoir.

C'est un superbe cadeau pour Amélie, même s'il s'agit de vin

plus que de champagne dans la chanson?

- F. Sempey : C'est du vin, mais quand on a soif, le vin est souvent

très bien aussi.

Ce qu'on ne sait pas de vous, c'est que vous êtes aussi un maître

reiki!

- A. Nothomb : Il s'agit de travailler sur les énergies à

distance?

- F. Sempey : Tout à fait, c'est un art japonais qui a été redécouvert

au début du XXe siècle.

C'est une technique de soins par imposition des mains.

C'est aussi une philosophie de vie qui permet de rester calme en

toutes circonstances.

Quoi qu'il se passe dans la vie, il faut garder une certaine confiance

ancrée.

- A.-S. Lapix : Je sais que vous êtes férus d'arts martiaux, vous

aussi?

Vous pratiquez beaucoup?

- Shurik'n : Oui, on s'intéresse aussi pas mal à ce genre de

discussions entre nous...

- A.-S. Lapix : Cela vous aide beaucoup pour votre voix?

voyageons énormément.

Etre déraciné de sa maison, de son chez soi, passer de pays en pays

Je ne vais pas dire: penser qu'on est chez soi partout, mais il faut

être dans un état d'esprit où on se dit que tout va bien, qu'on est au

bon endroit, au bon moment.

Et pour la voix, cela permet de garder son axe.

C'est un axe qui va dire: "tu vas tout faire pour être le meilleur".

- A.-S. Lapix : Philippe, vous pratiquez aussi des techniques de

méditation?

- P. Jaroussky : En quelque sorte.

On doit beaucoup travailler quand on chante l'opéra.

Dans les grandes salles, on n'a pas de micro, c'est une acoustique

naturelle.

Les chanteurs d'opéra ont tendance à vouloir forcer la voix, à sortir

de soi.

Mais la voix doit résonner le plus possible à l'intérieur de soi, pour

s'enrichir des émotions.

On doit beaucoup s'entraîner, travailler techniquement, mais

avoir également une réflexion profonde pour savoir comment on a

- F. Sempey : On sait que la voix lyrique n'est pas du tout naturelle

mais elle doit paraître évidente.

- A.-S. Lapix : A une époque, vous avez vu un coach vocal, je crois...

Vous souffriez parce que vous aviez moins de plaisir à chanter?

- P. Jaroussky : Oui, j'ai chanté assez vite dans des grandes salles

et je me suis fatigué.

C'est comme la soif...

Quand on commence à chanter en perdant le plaisir de chanter,

c'est un cercle vicieux très difficile à arrêter.

Je crois que beaucoup de chanteurs d'opéra d'ailleurs ont besoin de

s'arrêter de chanter parfois un an ou plus pour retrouver ce plaisir.

- A.-S. Lapix : Merci beaucoup, Florian Sempey, d'être venu sur

notre plateau.

Je précise qu'on vous retrouve très vite à l'Opéra Bastille, dans le

"Barbier de Séville" de Rossini, votre rôle fétiche.

On va accueillir maintenant un duo de pianistes.

Elles ne sont pas soeurs mais elles partagent la scène depuis

maintenant douze ans...

Elles nous interprètent à quatre mains une version du "Boléro" de

Ravel, une version électro...

Applaudissements.

- A.-S. Lapix : Merci, c'est le duo Jatékok.

Vous êtes en tournée à Bordeaux les 9, 10 et 11 janvier...

Merci encore à toutes les deux d'être venues sur notre plateau.

Akhenaton réagissait en se disant que le "Boléro" de Ravel en rap, on

y était!

- Akhenaton : J'ai fait une musique pour un dessin animé, c'est

l'histoire d'un gamin qui fait du rap et qui rencontre un grand

maître de piano.

On entend de plus en plus de musiques qui se croisent.

Les nouvelles générations sont beaucoup plus intéressantes.

Elles ont grandi avec des tas de musiques dans les oreilles, et ça

fusionne.

- A.-S. Lapix : Muriel, c'est un morceau important pour vous...

Vous jouiez les chefs d'orchestre chez vous et vous dirigiez le

boléro de Ravel?

- A. Nothomb : Elle n'a pas changé du tout!

- M. Robin : J'étais déjà un petit garçon, vous voyez!

Je suis sur la moto...

- A.-S. Lapix : Dans l'un de vos spectacles aussi, vous êtes chef

d'orchestre du "Boléro"?

- M. Robin : Oui, la musique est une amie.

La musique en fait est ma drogue.

Chez nous, on ne déjeune pas, on mange...

On mangeait le midi, à 12h10 c'était terminé, et jusqu'à 14h,

j'ai écouté de la musique, de la musique...

Je tapais sur un seau à glace pour me faire un instrument...

J'ai eu un choc quand j'ai entendu "Pierre et le Loup" en CM2.

- A.-S. Lapix : Vous, votre seconde carrière sera chef d'orchestre?

- M. Robin : Qu'est-ce que c'est que cette histoire?

On ne comprend pas bien ton parcours!

Le violon, voix en haut, la voix en bas, on ne comprend rien!

- A.-S. Lapix : Mais à un moment donné, il faudra s'arrêter?

plus vieux.

pas...

J'ai déjà un ensemble que je dirige un peu et j'ai mes premiers

Je vais diriger mon premier opéra dans trois ans à Paris.

- A.-S. Lapix : Je pense que vos fans vont être totalement

effondrés...

Vous en avez qui traversent l'Atlantique pour venir vous voir

plusieurs fois par an!

C'est une grande fidélité, c'est un point commun avec Amélie...

Vous passez du temps à répondre à leurs lettres, vous vous en faites

des amis?

- A. Nothomb : Tout à l'heure, dans le spectacle "Les Indes galantes",

il y avait un de mes correspondants, parmi les chanteurs

et danseurs!

- P. Jaroussky : J'ai un ami contre-ténor, j'ai fait un opéra

avec lui il y a 20 ans.

Il m'avait dit qu'il avait lu "Hygiène de l'assassin", un livre

clé dans votre littérature...

Il a pris son courage à deux mains, il lui a écrit en lui laissant son

numéro.

Et quelques jours après, il avait un message d'Amélie Nothomb sur son

répondeur...

- A. Nothomb : Et cela fait 22 ans que nous correspondons!

- A.-S. Lapix : Parfois, ça marche!

Venez, on va aller voir vos jeunes talents...

Parce que voulez être chef d'orchestre, vous l'êtes déjà mais

vous avez aussi ouvert une académie?

Pouvez-vous nous présenter ces différents talents et nous

expliquer les différences de voix?

- P. Jaroussky : On a à peu près tout les voix lyriques ce soir.

On a Adrien, qui est baryton basse...

S'il peut nous donner un exemple?

Ca, moi, je ne peux pas!

Léo, lui, est ténor...

Laurianne, elle, est contralto.

C'est la plus grave des voix de femmes...

- A.-S. Lapix : C'est vrai qu'il y a une petite ressemblance entre vos

deux voix.

- P. Jaroussky : Amandine est soprano, une soprano plutôt lyrique

avec un timbre très charnu.

Entre les deux, il y a normalement la mezzo-soprano...

Et Lisa est soprano mais plus léger, plus aiguë.

- A.-S. Lapix : Merci, c'est merveilleux.

Et vous allez chanter tous ensemble, vous et vos jeunes

talents.

On continue avec Ravel?

- P. Jaroussky : Oui, c'est la promotion Ravel cette année.

On a choisi un air a cappella, moins connu que le "Boléro".

Et puis une petite surprise à la fin!

"All I want for Christams is you"...

Applaudissements.

- A.-S. Lapix : Merci aux jeunes talents et merci Philippe pour ce

cadeau!

Et on ne sort pas des chants de Noël!

- Akhenaton : J'ai trouvé le premier titre particulièrement

émouvant, pas celui de Mariah Carey!

- P. Jaroussky : C'était en référence à la Première Guerre

mondiale.

- M. Robin : Pourquoi vous me prenez à témoin?

Vous êtes paumée?

- A.-S. Lapix : Vous avez ouvert votre académie il y a 2 ou 3 ans,

Philippe?

Comment vous sélectionnez vos élèves?

- P. Jaroussky : Je vous remercie de les avoir invités avec moi.

C'est une expérience formidable pour eux.

Je pense qu'ils s'en souviendront longtemps d'avoir chanté ici!

- A.-S. Lapix : Je crois que votre plus jeune élève a 12 ans et

qu'elle est dans le public?

- P. Jaroussky : Oui, là nous avions des jeunes talents qui se

Mais on a aussi de plus jeunes enfants auxquels on apprend la

musique.

Pour l'instant, c'est violon, piano et violoncelle...

Tout est entièrement gratuit.

C'est une très belle aventure de partage et d'échange.

Je suis très heureux de m'investir là-dedans.

On dit que la musique classique est réservée à une élite, mais je suis

convaincu que si on veut amener un nouveau public à la musique

classique, il faut aussi amener de nouveaux musiciens sur scène.

C'est un peu l'inconnu pour les parents.

Il faut acheter un instrument, il y a des cours de solfège, c'est très

chronophage aussi.

On accompagne toutes ces familles et ces enfants et je suis très

heureux.

On espère qu'on va agrandir dans les prochaines années...

- A.-S. Lapix : L'heure est venue de vous remercier d'être venus sur

notre plateau.

Mais ce n'est pas tout à fait fini, attendez...

Merci, Amélie.

Je rappelle que votre livre, "Soif", est en vente dans toutes

les librairies.

Muriel, on a rendez-vous à partir du 14 janvier dans tous les Zéniths

de France et je crois que ça commence à Toulouse, avec votre

spectacle "Et pof!".

Philippe, on retrouve les plus grands tubes de toute votre

carrière dans votre album "Passion Jaroussky".

Et il y a aussi votre livre d'entretiens.

Vous serez le 24 janvier au Théâtre des Champs-Elysées, avec Schubert.

IAM, je vais vous demander de rejoindre la scène pour interpréter

"Yasuke", titre éponyme de votre premier album.

Merci à Nicolas Guiraud d'avoir rassemblé ce merveilleux orchestre.

C'est toujours un bonheur de travailler avec vous.

Le "Grand Echiquier" aime aussi le rap et je précisé que IAM sera en

tournée partout en France, notamment à l'Olympia le 24 avril

et à Bercy le 20 novembre 2020.

La soirée continue en musique dans un instant sur France 2 avec un

concert de Christophe Maé au Cirque d'hiver.

Passez de très bonnes fêtes.

Tout de suite, IAM est dans la place!

Défier les tempêtes agglutinées sur un p'tit radeau, sur un p'tit

radeau, p'tit radeau...

- Sur la pointe des pieds, sans faire de vague, on a parfait nos

armes comme la brise sur la mer en été, le souffle de nos prières a

parlé aux arbres.

Les coeurs serrent, le jour s'est levé, encore un charrie son lot de

larmes, Du banc d'sable, on ne peut que s'élever.

Yasuke est mon nom...

- Ma route a traversé les flammes.

- Comme la tempête, on est venu de loin à l'horizon, anneaux brisés

aux pieds, dragon noir brodé sur l'oriflamme.

Notre destinée était ailleurs en ces contrées où on fixe le sol,

transis par la peur de l'échec, de la mort, du manque d'amour et les

miettes, à ma porte, c'est le banquet d'un jour, où l'innocence

travaille si dur au lieu d'jouer.

Avant l'armure, je n'avais que quelques loques trouées sur mon

dos.

La vie suspendue au peu d'eau dans mon seau, sur mon radeau, 200

femmes et hommes entassés par monceaux...

Katana forgé dans le bain amer de l'indicible, esclave moderne, la

faim, entraves invisibles...

Aujourd'hui quand on me voit, tout parait normal, on m'croise, la

ville dort calme, à l'aube quand je pars au dojo...

sombres où les corps se comptent sur les plages.

Sur cette rive, combien sont sur les marches?

Comme moi, dans cette mer combien ne rentrent pas?

Comme toi, mon ami, mon frère en paix reste, avec ton bulletin de

notes cousu sur la veste...

Yasuke...

Sur la pointe des pieds, sans faire de vague, on a parfait nos armes

comme la brise sur la mer en été, le souffle de nos prières a parlé

aux arbres, les coeurs serrent, le jour s'est levé, encore un, charrie

son lot de larmes, du banc d'sable, on ne peut que s'élever, Yasuke est

mon nom, ma route a traversé les flammes

- J'ai vu bien trop d'radeaux dans le port des condamnés éconduits par

Combien ont pris le risque?

Combien ont renoncé?

Moi j'ai réveillé Yasuke et depuis ce jour-là, je sais que tout est

possible, ouais, ouais, tout est possible, ils refusent de voir que

ce monde est bigarré et parce qu'ils sont aveugles, va falloir se

bagarrer.

Tout est possible, ouais, tout est possible, ouais, ouais, même si

parfois on se sent comme égaré il y a tant de raisons de croire qu'ici

rien n'est programmé.

Tout est possible, ouais, tout est possible, ouais, ouais, tout est

possible malgré ce qu'ils disent, tout est possible...

Avoir un idéal, foi en quelque chose...

Applaudissements.

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