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Original subtitles

"Les mots."

Par moi.

Première partie.

Le vieil homme attendait sous la pluie.

Il regardait...

Rory et Dora Jansen avancer jusqu'à leur limousine.

On aurait dit que les gouttes les évitaient.

Non, dis à maman de ne pas s'inquiéter.

D'accord ?

Elle a son appareil et ils feront des photos.

Il y aura plein de photographes.

On vous aime aussi.

Salut.

Mes parents sont tout excités.

Et ils t'aiment beaucoup.

T'es nerveux ?

Oui. C'est une soirée importante.

C'est un grand honneur.

T'es un peu nerveux. C'est normal.

Je suis un petit peu déboussolé.

C'est tellement inattendu.

Ça te perturbe.

Je ne pensais pas obtenir un tel succès.

Alors tu sais...

Oui.

Merci d'être là. Nous savons que vous êtes très pris.

Tout le plaisir est pour moi.

Votre livre est fabuleux.

Mais vous le savez. Vous avez lu les critiques.

"The Window Tears" nous a fait découvrir

l'un des plus passionnants et sensibles écrivains

arrivés dans le paysage littéraire depuis longtemps.

Nous avons le privilège d'avoir ce soir avec nous,

le lauréat du prix de l'association américaine

des arts et des lettres,

Monsieur Rory Jansen.

Merci.

J'ai raconté la vérité comme je l'imaginais.

Au travers d'un homme, d'une femme et de leur enfant.

Je n'ai jamais pensé que ce livre,

toucherait tant de personnes.

J'aimerais tant avoir une idée pour le prochain.

Je ne veux pas accaparer votre temps alors, je terminerai

en disant, que ce soir, tous les honneurs sont pour moi.

Rory Jansen avait tout ce dont il avait toujours rêvé,

mais quelque part,

le vieil homme attendait.

Et il allait

tout changer.

Juste après leurs études, ils s'installèrent à Brooklyn,

dans un loft situé dans une ancienne usine.

C'était cinq ans avant le livre

et toutes ses récompenses.

Rory savait déjà ce qu'il voulait dans la vie.

-Encore ? -Encore deux pas.

Là ?

Oui.

-Lâche-le. -Je le lâche.

Il l'adorait.

Dora ?

Il adorait New York.

Tu vas me lâcher.

Il aimait se battre pour payer son loyer.

Se battre pour se consacrer à son art.

Vivre comme les grands écrivains qu'il avait admirés.

On devrait accrocher des photos, là.

Je pense que ton bureau...

Il est bien là où il est.

Je verrais bien la salle de bain en rose.

Jamais de la vie.

Un jeune écrivain aux abois

se battant pour faire entendre sa voix.

Il aimait le vin bon marché.

C'est combien ?

Huit dollars.

Le jour, il n'avait rien à faire

à part errer dans les rues.

Il va si bien avec mes yeux.

Mais la nuit, quand toute la ville dormait,

il écrivait.

Merci mon amour.

Je fais une dernière relecture.

Et ensuite ?

J'irai voir un éditeur

que le professeur Waller m'a recommandé.

Et ensuite ?

On ira fêter ça.

Mais on n'a pas d'argent.

On ira fêter ça.

Je dois juste terminer ça.

Chérie !

Je dois terminer ça.

Je dois terminer ça.

D'accord.

Mais tu rates quelque chose.

J'ai fini !

S'il veut pas le faire, tant pis.

J'ai dit que j'allais essayer.

Oui, c'est sûr.

Il me faut une réponse mercredi. Après je passe mes commandes.

Ça bosse dur ?

J'essaie surtout de rattraper leurs conneries.

Je sais que t'es débordé alors, j'irai droit au but.

Viens dans mon bureau.

Combien ?

Juste de quoi tenir le mois.

Et ensuite ? Tu reviendras dans un mois ?

Un éditeur a dit que mon livre avait du potentiel...

-Il t'a donné de l'argent ? -Ça marche pas comme ça.

C'est pas comme quand tu fais un boulot et qu'ensuite on te paye.

Et je dois régler mes factures.

Non. Je dois régler tes factures.

C'est pas ça ?

Si je te le demande, c'est que j'en ai besoin.

Tu crois que j'aime faire ça ?

Tu crois que j'aime dire non ?

Et j'ai pas l'impression de t'aider.

Tu dois commencer à t'assumer.

A quinze ans, je bossais déjà.

Je faisais le ménage chez Alexander.

Il y a deux ans, on a décidé que je me consacrerais à l'écriture.

On en a parlé dans le salon.

Maman a dit que j'avais besoin de temps pour...

L'écriture devrait peut-être n'être qu'un hobby.

Le temps que tu retombes sur tes pieds.

Merci pour ton soutien.

- Et Dora ? - Comment ça, Dora ?

Il faut de l'argent pour se marier.

Désolé de te faire perdre ton temps.

Viens t'asseoir !

Assieds-toi !

Je ne suis pas venu parler mariage.

T'as quel âge ?

C'est la dernière fois.

Trouve un boulot qui subvienne à tes besoins.

C'est aussi ça, être un homme.

Je fais de mon mieux pour en être un.

Etre un homme,

c'est aussi, quelque soit la douleur,

savoir accepter ses propres limites.

Je te rembourserai.

D'accord.

Tu peux travailler ici.

Tu tiens à ce qu'on s'entretue ?

Sûr de ce qu'il avait à raconter, il continua à écrire.

Il envoya son travail partout,

mais tout ce qu'il obtint ne fut que rejet,

désintérêt et la pire de toutes les réponses :

le silence.

Finalement, le grand écrivain Rory Jansen

fut obligé de prendre un travail à plein temps.

Il fut engagé par l'un des plus grands éditeurs de New York,

avec l'espoir de s'y faire quelques relations.

Je me suis fait un tas de relations.

- T'écris ? - Oui.

J'ai refilé mon travail à plusieurs gars.

J'ai mis un peu de temps pour faire mon trou.

Ça m'a permis de développer mon style,

et de comprendre le marché.

Et toi, c'est quoi ton créneau ?

Le style jeune révolté.

J'ai été comme ça.

Mais je suis passé à la S.F.

Avec le temps, tu vas mûrir.

T'écris pas, ce soir ?

Je mate un film et ensuite je mangerai un truc.

D'accord.

Tranquillement,

la routine s'était installée dans leur vie.

Et un vendredi après-midi,

ils se marièrent à City Hall.

Et ils passèrent leur lune de miel

à Paris.

Bon, on y va ?

Ouais.

Deux minutes. D'accord ?

Pas encore un antiquaire !

Merci.

Klondike 474?

Regarde ça.

Génial !

Tu la trouves comment ?

Je la trouve vieille.

En la nettoyant, tu pourrais t'en servir pour le boulot.

- Tu crois ? - Elle a du style.

Je vais te la prendre.

Merci, Madame Jansen.

Ils rentrèrent à New York.

Leur lune de miel,

était terminée.

Le courrier et les colis, c'est pour les assistants.

Et alors, sans que rien ne le laisse présager,

Rory reçu le coup de fil qu'il attendait tant.

Merci.

Merci beaucoup.

L'éditeur était réputé pour son goût certain,

et son talent pour découvrir de jeunes auteurs.

C'est bon.

C'est très bon.

C'est un fabuleux travail d'écriture,

vous pouvez être fier de vous.

Merci beaucoup.

- J'ai travaillé très dur. - Ça se voit.

Vous êtes si jeune. C'est vraiment incroyable.

Oui...

Je dois vous dire que...

j'ai ressenti tant de sincérité dans votre travail.

Je suis très impressionné.

Je n'arrive pas à le croire.

Mais malheureusement, le monde de l'édition aujourd'hui,

dans ce contexte particulier,

m'interdit de pouvoir publier ce livre.

Ecoutez, Rory,

personne ne défendra un livre tel que celui là...

Ecrit par un auteur inconnu.

Il est difficile pour n'importe quel auteur,

d'être publié sans avoir de références.

Et ce livre est si intérieur.

Intérieur ? Ça veut dire quoi ?

C'est artistique.

Subtil.

C'est une oeuvre d'art.

Alors je dois oublier ce livre ?

J'ai passé trois ans à bosser dessus.

Je suis franc avec vous.

Je ne fais que vous exposer la réalité.

Soyez patient.

Je ne vous aurais pas fait venir si je ne croyais pas en vous.

Ça finira par marcher.

On voudrait partir deux semaines en septembre.

On pense louer un bateau.

On veut en louer un, mais un truc pas trop grand.

Ça serait sympa, mais début septembre

c'est pas l'idéal.

Fais-toi remplacer. Faut pas rater ça.

Ça va être génial.

Tu sors un poisson de l'océan,

et hop, ils te le cuisinent direct.

Nager, plonger...

Il ne pouvait pas s'empêcher de penser à cette histoire.

D'où venait ce récit ?

Qui l'avait écrit ?

Par ces mots, il s'était trouvé confronté

à la concrétisation de ce qu'il avait toujours voulu être,

et à la réalité de ce qu'il ne deviendrait jamais.

Rory, qu'est ce qui t'arrive ?

T'as l'air totalement ailleurs.

Fermez-la !

Rory, qu'est ce que t'as ?

S'il te plaît. C'est vraiment pas le moment.

Qu'est ce que t'as ?

Comment t'es arrivée là, bordel ?

Rory...

Quand je regarde ma vie et la tienne,

ou encore la sienne,

celle de mon père ou de tout le monde,

je ne sais pas comment ils sont arrivés là où ils sont !

Y'a rien à comprendre, c'est comme ça.

T'as le temps d'arriver à ce que tu veux.

Je te parle de ma putain de vie !

Elle a quoi, ta vie ?

Elle est merdique !

Totalement merdique !

Je suis censée le prendre comment ?

Je suis censée le prendre comment ?

Je ne suis pas celui que je croyais.

Je ne le suis pas.

Et je suis terrifié à l'idée que je ne le serai jamais.

Pardon.

Il ignorait pourquoi il faisait ça.

Il voulait juste sentir les mots passer dans ses doigts.

Dans son esprit.

Il retapa chaque mot tel qu'il était écrit.

Il ne changea pas un seul point, une seule virgule et ne corrigea pas

les fautes d'orthographe.

Il avait besoin de savoir l'effet que ça faisait,

de toucher à la grâce,

même l'espace d'un instant.

Rory, tu peux venir ?

Qu'est ce qu'il y a ?

Ça va pas ?

Qu'est ce qui se passe, bébé ?

Embrasse-moi.

Qu'est ce que t'as ?

- Oh, merde, alors ! - Quoi ?

- T'es enceinte ? - Non. Je veux que tu m'écoutes.

Aujourd'hui, j'ai bossé sur l'ordinateur.

Je te jure que je ne fouille jamais dans tes affaires.

Mais ton bouquin était ouvert...

J'ai d'abord lu une phrase puis une autre,

et je pouvais plus m'arrêter.

Ecoute-moi !

Tu es tout ce que tu as toujours voulu être.

Dora, c'est pas...

Pourquoi tu m'as caché ça ?

Je ne t'ai rien caché.

Ce que t'as écrit est tellement différent de ce que t'as fait avant.

Comme si t'avais arrêté de te cacher.

Tout est plus intense, plus vrai, plus honnête.

Il y a des aspects de toi que je connaissais

mais que tu n'avais jamais montrés.

De quoi tu parles ?

De quels aspects ?

C'est tout toi.

T'es entier, mon chéri.

Il faut que tu le montres.

Ecoute-moi, s'il te plaît.

Tu as toujours dit que ton rêve était d'être un grand écrivain.

Avec ça, Rory,

tu es un immense écrivain.

Oh, chéri...

Amène-le au travail

et montre-le à quelqu'un.

Et si c'est pas pour toi que tu le fais,

s'il te plaît, fais-le pour moi.

Excusez-moi, Monsieur Cutler.

- Rory, vous allez bien ? - Oui.

Parfait.

Vous avez une minute ?

Qu'est ce que vous voulez ?

Je suis ici depuis plus de deux ans

et j'ai jamais rien demandé.

J'ai l'impression que c'est ce que vous allez faire.

J'ai là, un roman qui...

Je sais que vous êtes sollicité en permanence mais...

Je veux juste avoir votre avis.

Ça m'aiderait vraiment.

Les jours passèrent.

Les semaines devinrent des mois.

Et quand l'automne arriva,

Rory était loin d'avoir oublié le livre.

Rory !

Je peux vous aider ?

Venez là une minute.

- Je suis en train... - Il se débrouillera.

Fermez la porte.

Vous savez ce que j'ai fait hier soir ?

Devant l'insistance de Déborah

et j'ai pourtant tout fait pour la décourager...

J'ai lu votre roman.

Mon roman ?

L'avez-vous fait lire à quelqu'un en dehors d'ici ?

Non, vous êtes le seul.

A part ma femme.

Elle en pense quoi ?

C'est elle qui a voulu que je vous le montre.

J'ai hâte de la rencontrer.

Et de la remercier.

Rory,

j'aimerais beaucoup

vous représenter,

vous, et votre travail.

Vous avez écrit

une oeuvre de fiction absolument remarquable.

Il n'y avait aucune épiphanie,

aucun signe de Dieu lui montrant la bonne direction

comme il y en avait dans les livres qu'il avait aimés.

Tout ce qu'il avait à faire, c'était signer le contrat.

Le livre remporta un succès critique et commercial total.

Il était devenu le chouchou du monde littéraire new yorkais.

Le lauréat du prix de l'association

des arts et des lettres,

Monsieur Rory Jansen.

Levons notre verre

à notre fils, le grand romancier.

A Rory !

Rory Jansen avait fait son choix.

Et c'est ainsi qu'il rencontra le vieil homme.

Voilà arrivée la fin de la première partie.

Merci.

Merci d'être venu.

Laissez-le un peu respirer !

C'est l'heure de sa pause.

Merci.

Si tu veux t'allonger ou te détendre un moment...

Tu sais où est ta loge.

J'ai lu que vous adoriez le vin.

T'as trente minutes. Alors pas de préliminaires.

Je suis vraiment désolé.

C'est pas grave. J'ai lu ses livres.

Vous avez dit vous appeler comment ?

J'ai rien dit. Mais c'est Daniella.

Superbe prénom.

Vous avez pas mieux que ces banalités ?

Voilà ce que je vous propose.

J'ai une petite loge à côté,

avec du très bon vin et des toasts.

J'aurai rien à signer

alors je trouverai peut-être quelque chose

d'intéressant à dire.

Ça vous tente ?

- Je vous suis. - Allons-y.

Oh, arrêtez !

Je dois reposer ma voix.

Quand je lis, ma gorge devient très sèche.

- Et j'ai pas encore fini. - Ne vous moquez pas de moi.

Je suis sérieux.

De toute façon, je sais tout sur vous.

Oh, rien que ça !

Absolument tout.

Vous savez quoi ?

Vous détestez les tomates.

Et je sais aussi...

"Kind of Blue" de Miles Davis est votre album de jazz préféré.

Vous aimez regarder les rediffusions de "Cheers".

Vous avez fait sept ans de latin

et vous avez triché à chaque examen.

Comment savez-vous ça ?

Vous l'avez dit dans Esquire.

Je devrais me mettre à lire mes interviews.

Que savez-vous d'autre ?

Vous êtes avec votre femme depuis votre entrée à la faculté.

Vous allez voir tous les matchs des Yankees à domicile.

Et je sais aussi, Clayton Hammond,

que vous êtes un génie.

- Vous avez quelques lacunes. - Comment ça ?

L'an dernier, j'ai raté deux matchs des Yankees.

Désolée.

Et ma femme et moi, nous sommes...

Séparés.

Je le savais.

Mais vous portez une alliance.

C'est vrai.

Dites-moi, Daniella,

comment avez-vous eu une invitation pour cette soirée ?

J'étudie à Columbia et j'ai supplié mon prof pour avoir la sienne.

Comme vous, j'ai remporté le prix Elman.

Monsieur Hammond ! Ils sont tout à vous.

Oui, Monsieur Hammond. Nous sommes tout à vous.

Voici la deuxième et dernière partie

des extraits de mon roman.

C'était un matin d'automne vif et clair.

Le vieil homme était habillé exactement comme la veille.

- Je vous appelle un taxi ? - Non, je vais prendre le bus.

Vous allez à Central Park ?

Vous allez bien ?

Ça peut aller. Et vous ?

Comme-ci comme-ça. Vous savez ce que c'est.

Oui.

Vous lisez quoi ?

"Demande à la poussière." John Fante.

Où l'avez-vous trouvé ? Personne ne connait ce type.

Vous l'avez lu ?

Je l'ai même connu.

Vous avez connu Fante ?

Je l'ai rencontré à Los Angeles.

Ça devait être en cinquante huit.

Il aurait mérité d'être beaucoup plus connu.

C'est bizarre.

C'est la vie.

Alors...

Qu'est ce que ça fait ?

Que fait quoi ?

Ça fait quoi d'être quelqu'un que tout le monde connait ?

Je n'y pense pas vraiment.

Je vous en prie.

On ne la fait pas à un vieux singe.

Ça fait du bien, hein ?

C'est agréable quand on apprécie votre travail.

Oui, je veux bien le croire.

On doit vous donner les meilleures tables au restaurant.

C'est vrai.

La vie a été généreuse avec vous.

A votre naissance, les Dieux ont souri et ils ont dit :

Regardez, celui-là sera écrivain !

Ses mots seront célébrés.

Ça n'a pas dû être si grandiose.

J'ai eu de la chance que mon livre plaise.

Je ne pourrais pas l'expliquer.

J'ai écrit deux livres qui n'auraient pas été publiés avant ça.

Maintenant vous êtes tranquille.

J'ai lu votre livre.

Et je dois dire qu'il m'a vraiment beaucoup plu.

Ça me touche beaucoup.

Je vous prie d'excuser un vieux fan, ça ne sera pas long.

Vous avez écrit sur Paris.

Juste après la guerre.

Quand j'ai lu votre histoire, c'était comme si j'y étais.

J'ai goûté à ce vin.

A la douceur de ce vin.

J'ai...

J'ai fait l'amour à cette fille.

Je me suis assis dans ce café et je me suis demandé,

ce que l'avenir me réservait.

Ou s'il avait quelque chose de prévu pour moi.

J'ai entendu

cet enfant pleurer dans la nuit.

Et j'ai ressenti le manque

propre à celui qui vit loin de chez lui.

Vous êtes un sacré écrivain, mon ami.

Merci.

Ça me touche vraiment énormément.

Il faut que je parte. Ma femme...

D'accord. Je sais...

Les artistes ont toujours du mal à parler de leur travail.

J'ai juste une petite chose à vous demander.

D'accord.

Je me demandais juste, si vous pouviez

me dédicacer votre roman.

Oh, bien sûr !

Vous avez un stylo ?

Un écrivain sans stylo...

C'est une journée consacrée à la lecture.

Oh, d'accord.

J'ai un stylo.

J'ai une histoire.

Une très bonne histoire.

Je pense que vous adorerez cette histoire.

Si je vous la racontais et que vous l'écriviez,

Vous pourriez peut-être

me donner un peu de considération.

Ça ne serait pas très juste.

Bonne journée.

Ça parle d'un homme qui écrit un livre et qui le perd.

Et du petit con qui le retrouve.

Vous êtes encore là ?

Vous voulez entendre mon histoire ?

Si vous avez le temps.

Alors...

1944.

Il y a ce garçon de dix huit ans qui est soldat dans l'armée.

Il n'a jamais eu à se battre.

On l'a...

envoyé à Paris, juste à la fin de la guerre.

Il est là,

ce gamin stupide, arborant un sourire crétin.

Il est là, à Paris.

Pour lui, c'est comme être à l'autre bout du monde.

C'était devenu une plaisanterie,

tant son unité était cantonnée à charrier les pires saloperies.

La plupart du temps ils devaient remettre en état

les égouts sabotés par les allemands.

C'était un travail terrible.

Quelque part, ce gamin était heureux.

Comme un porc dans la fange.

Les gars de son unité étaient différents

de tout ce qu'il avait connu dans son quartier.

Ils venaient de partout.

De petites villes dont il n'avait jamais entendu parler.

- Il a dû toucher une mine. - Il faut l'amener à la morgue.

Ce fut le seul cadavre qu'il vit durant son séjour dans l'armée.

Il y avait un gars totalement différent de lui.

Un intellectuel, un vrai rat de bibliothèque.

Et avec le temps,

il finit par devenir son meilleur ami.

Il lui prêta des livres.

Les premiers que le petit n'avaient jamais lus.

Pour la première fois,

il vit un monde beaucoup plus vaste

que celui dans lequel il était né.

Et il en voulut plus.

Il voulait devenir quelqu'un d'autre.

- Ecrivain ? - Oui, mais...

Il n'avait encore aucune idée de ce que ça voulait dire.

Et surtout aucune idée sur la façon de le devenir.

Il découvrit peu de temps après,

le sens de ce qu'elle avait dit.

Mais qui était-il pour douter du destin ?

Il avait retenu un mot de français.

Et elle connaissait un mot d'anglais.

C'était la relation idéale.

C'est quoi, "ice cream" ?

Quoi ?

Quoi ?

J'ai froid dans la tête.

- Oui, j'ai mal. - Essaie ça.

Prends ton doigt.

Sous ta langue. Ça va faire partir la douleur.

Ça part pas !

Attends un peu.

Alors ?

Ça marche.

Tu vois.

On recommence.

Et ensuite ?

Il a été libéré de l'armée.

Mais ce qui avait autrefois été tout son univers, lui parut soudain

minuscule.

Rien n'avait changé depuis son départ.

Sauf lui.

Il avait changé.

Et pour la première fois,

il essaya d'écrire.

Il essaya d'écrire sur Paris,

sur ce qu'il avait vu,

et ce qu'il avait ressenti.

Mais les mots ne voulaient pas venir.

Il savait quelle vie il voulait.

Et ce qu'il devait faire pour l'avoir.

Le jeune homme commença son apprentissage de l'écriture.

Il trouva un travail de journaliste

pour un petit hebdomadaire en anglais.

Il s'en créait une multitude pour les expatriés,

et ils engageaient n'importe qui

capable d'aligner trois mots corrects.

C'était la place idéale pour apprendre.

Deux semaines plus tard, il épousa Célia.

Deux kilos huit cent,

et les mêmes yeux que sa mère.

Ce furent les plus beaux instants de sa vie.

Mais il ne le savait pas encore.

Est-on jamais conscient de ces choses là ?

Elle pleurait beaucoup.

Tellement...

que certaines fois,

il pouvait à peine réfléchir. Alors écrire...

Monsieur ?

Elle était malade.

La femme ?

Ma fille !

Il n'y avait rien à faire.

Celia ne fut plus jamais la même.

Et lui non plus.

Même si...

il essayait de faire bonne figure.

Je reviens tout à l'heure.

Célia ?

Elle disait qu'elle était partie chez sa mère, à la campagne.

Qu'elle avait besoin de temps pour réfléchir.

Qu'elle avait besoin d'être seule.

Il ne se souvenait plus quand il avait dormi

ou mangé.

C'était comme si les mots jaillissaient de lui.

C'était un flux qu'il ne pouvait contrôler,

ni même savoir d'où il venait.

Les mots devenaient des phrases.

Les phrases des chapitres.

Et au bout de deux semaines,

il avait terminé.

Et ensuite ?

Il a dormi.

D'un sommeil sans rêves.

Quand il s'est réveillé,

il a rangé puis est parti retrouver sa femme.

Il trouvait qu'elle ressemblait à un enfant,

assise dans la chambre

où elle avait grandi.

Elle le supplia

de rentrer à Paris sans elle.

Quelques semaines plus tard, elle rentra à la maison.

Il était si heureux de la retrouver.

Merci.

Il voulait la garder.

Et la voir rire à nouveau.

Alors,

tu as lu mon histoire ?

Je suis pas encore prête.

Elle disait qu'elle voulait tourner la page.

C'est pas très important.

Elle le disait comme si il n'y avait rien de plus facile.

Elle est là, dans la valise.

Non.

Je comprends pas je l'avais dans le train.

- Quoi ? - Je l'avais dans le train.

Elle était dans une sacoche.

Ça n'aurait pas dû être si grave que ça.

Mais écrire cette histoire

l'avait en quelque sorte...

Comment pouvait-elle ne pas comprendre ?

Durant des années, il ne se pardonnera pas

d'avoir donné tant d'importance à ces stupides mots.

T'es pas la seule à avoir perdu notre fille.

Mais écoutez-moi !

Ils ont essayé de recoller les morceaux.

Mais on peut pas effacer le passé.

Quelque soit la force de notre désir.

Pour la première fois, il se mit à ressentir le mal du pays.

Très vite,

comme ce sentiment grandissait,

il rentra chez lui.

Il ne retourna jamais à Paris.

Et il ne revit jamais Celia.

Après avoir perdu son manuscrit,

il ne fut jamais capable

d'écrire une seule phrase

qu'il trouvait correcte.

Il avait peut-être peur de plonger encore si profondément en lui.

Peut-être avait-il perdu la foi. En tous cas, il abandonna.

Et après quelques temps,

il trouva une petite ville dans le nord,

et s'y installa.

Il y trouva

une sorte de paix.

Comment se remettre de ça ?

Attendez,

c'est pas encore fini.

Ça commence juste

à devenir intéressant.

Des années après que tout ceci se soit noyé dans le passé,

le jeune homme qui était devenu un vieux monsieur,

traînait dans une librairie.

La publicité disait que l'auteur de ce livre,

avait quelque chose de frais et nouveau à dire.

Je l'ai ouvert

et j'ai commencé à lire.

Votre livre.

Un jeune homme se tenait

à côté d'un lit d'enfant.

Son enfant était mourant.

Et il ne pouvait rien faire.

Ecoutez...

C'est un malentendu.

Oh non, mon ami.

Il n'y a aucun malentendu.

Vous ne vous en tirerez pas de cette façon là.

Ce sont mes mots.

Mon histoire.

Espèce de salaud !

C'est mon histoire et vous le savez.

Je ne sais pas

pourquoi vous l'avez fait.

Et honnêtement, je m'en fous.

J'ai juste pensé que vous deviez connaître l'histoire

cachée derrière votre histoire,

au cas où on vous le demanderait.

Voilà peut-être

le sujet de votre prochain livre.

Il resta sur ce banc,

étranger à ce qui se passait autour de lui.

Après plusieurs heures, le soleil commença à disparaître

et Rory Jansen se leva lentement

et prit le chemin de sa maison.

Merci.

Pour connaître la fin de l'histoire

il va falloir acheter mon bouquin.

Vous ne tirez aucune conclusion sur notre moralité.

Pouvez-vous m'en dire plus ?

Oui, j'évite de le faire.

Ce que je trouve génial dans l'art, et pour les artistes,

c'est de pouvoir poser un tas de questions

sans jamais apporter aucune réponse.

Excusez-moi.

Excusez-moi, puis-je voir vos papiers ?

Vous aviez l'air d'étouffer.

Non, je suis dans mon élément.

Vous voulez aller ailleurs ?

Je suis sensé être là-bas,

me faire prendre en photo, sourire,

et surtout récolter du fric en ces temps difficiles.

Oh, quel dommage !

- Vous m'avez convaincu. - J'ai cru ne jamais y arriver.

Barrons-nous de là !

Je veux voir où vous écrivez.

Croyez-moi, ça n'a rien d'excitant.

Oh, laissez-moi en juger par moi-même.

C'est vraiment...

Vide.

Vide, oui.

Mais c'est tout à fait comme je l'imaginais.

Vraiment ?

Vous m'imaginiez vivant ici depuis huit mois sans défaire mes cartons ?

C'est très élégant, ici.

Puis-je prendre votre veste ?

Bien sûr.

Je vous avais dit qu'il n'y avait rien d'excitant.

Vous plaisantez ?

Je pourrais faire une thèse sur cette vue.

Cette balle,

a été frappée par Babe Ruth.

C'est quand il jouait avec ces foutus Red Socks mais,

que voulez vous...

J'ai une bonne bouteille de bordeaux

qui n'attendait qu'une occasion comme celle-là.

Ce sera avec plaisir.

Venez.

Buvons-la ici.

A mon bureau ?

Oui. Si on peut.

On peut faire tout ce qu'on veut.

On est adulte.

Allez chercher le vin.

Votre verre.

Merci.

Alors...

A quoi buvons-nous ?

A votre nouveau livre.

Et si on buvait...

A votre livre.

Dites-moi un peu...

Que s'est-il passé ?

Après que Rory ait rencontré le vieil homme ?

J'ai une question.

Dites toujours.

Pourquoi une jeune femme aussi belle et intelligente que vous,

peut vouloir faire un métier aussi idiot que celui d'auteur ?

- Idiot ? - Les mots gâchent tout.

Je vous crois pas. Vous adorez les mots.

Je suis jeune,

provocatrice, impétueuse et américaine.

Distrayez-moi !

S'il vous plaît.

S'il vous plaît.

Fermez les yeux.

Et alors,

comme tant des grands clichés dans l'histoire de la civilisation,

Rory Jansen décida que la seule chose qui lui restait à faire,

c'était de boire.

Passant par tous les états,

d'abord survolté,

puis flirtant avec le coma éthylique,

une fois la niaque revenue,

il se mit à réfléchir.

Il s'abandonna à aller jusqu'au fond des choses,

pour la première fois de sa vie.

Et il en arriva à la conclusion

ou plus exactement

à ce mythe qu'il avait entendu tellement de fois,

que seule la vérité

pourrait le libérer.

J'ai parlé à la fille de l'agence.

On va pouvoir emménager

à partir du six.

C'est génial, non ?

- Il faut acheter des tapis et ... - Pourquoi tu m'aimes ?

- Dora... - T'as bu ?

J'ai besoin de savoir pourquoi tu m'aimes.

Très bien.

Je t'aime parce que t'as des yeux magnifiques.

Je t'aime parce que

t'es toujours sérieux, mais...

au fond de toi

t'es gentiment allumé.

Je t'aime, c'est tout.

Rory, qu'est ce qui t'arrive ?

Tu trouves vraiment mes yeux magnifiques ?

Je les trouve magnifiques, oui.

C'est pas les miens.

Si tu veux...

Je suis un imposteur.

Ecoute...

A quoi tu joues, là ?

- Qu'est ce que t'as ? - J'ai pas écrit ce bouquin.

Qu'est ce que tu ...

Mon roman.

Je l'ai volé.

Je l'ai trouvé.

J'ai même pas changé une virgule. En fait, je...

J'ignorais à qui je le volais,

mais...

je savais qu'il était pas de moi.

Je suis pas sûre de bien comprendre.

Alors tu...

Tu l'as pas écrit.

Rien n'est de moi.

Pas

un seul

mot.

Je comprends plus rien.

Le livre était là,

et...

Je crois que je voulais tellement...

que ce livre soit de moi.

Et puis, ton regard...

Ta façon de me regarder

en pensant qu'il était de moi.

Pendant un moment...

J'ai fini par me convaincre qu'il était de moi.

T'arrives à le croire ?

Je ne pourrais jamais rien écrire d'aussi bon.

Bon, alors...

Mais toi, d'ailleurs... Tu l'as dit toi même.

J'ai dit quoi ?

Aucune importance.

Qu'est ce que j'ai dit ?

T'aurais dû le savoir.

- D'ailleurs tu le savais. - J'aurais dû le savoir ?

T'as su en le lisant qu'il était pas de moi.

Tu te fous de moi ?

Tu faisais des recherches sur Paris.

On rentrait de notre lune de miel.

Oui, mais...

T'aurais dû le savoir.

Je te faisais confiance.

Non, tu voulais me croire.

Je te croyais.

Je te faisais confiance !

Dora ?

Touche pas à ça !

Tu m'as menti.

Quand tu...

Quand t'as lu ce roman et que tu l'as copié,

est ce que...

Est ce que t'as pensé à nous ?

T'as pensé au mal que tu nous ferais ?

Que tu te ferais ?

T'y as pensé une seconde ?

Il faut que je sorte.

Je suis désolée.

J'ai besoin de prendre l'air.

Vous avez fait une belle connerie.

Il faut...

réfléchir à tout ça.

Réfléchir à quoi ?

Vous avez fait la une des revues littéraires.

C'est pas moi, c'est le vieux.

Et l'autre livre,

il est de vous ?

Bien sûr, qu'il est de moi.

J'ai rien manigancé. Je l'ai fait comme ça.

Mais si vous avez publié ce que j'ai écrit,

c'est grâce à ce livre.

Vous ne le voulez pas.

Tout ce que vous prétendez vouloir,

vous ne le voulez pas.

Enlevez mon nom de ce livre.

Et vous pensez qu'il se passera quoi ?

Vous croyez qu'ils salueront vos remords ?

Les médias et la presse vont vous crucifier.

Et je serai sur une croix à côté de la vôtre.

Vous voulez payer ce type ? Lui donner votre avance ?

C'est une très bonne idée.

Lui donner les droits du film ?

Lui payer une maison, une bagnole, un bateau ?

Mais ne gâchez pas votre vie à cause d'une connerie.

Et ne pourrissez pas la mienne !

C'est pas la première fois qu'un auteur fait ça.

Je ne suis pas d'accord.

Vous n'êtes pas d'accord aujourd'hui.

Mais un jour, vous me remercierez.

Mon roman que vous avez vendu,

Il est aussi bon que celui-là ?

Dites-moi la vérité.

Merci.

Ce soir on dîne avec tes parents.

Ça me dit vraiment rien.

J'appellerai ta mère.

Tu vas être comme ça encore longtemps ?

Tu voudrais que je fasse quoi ?

Tu crois être le seul

à qui il est arrivé de faire une connerie ?

Tu vas laisser cette histoire te détruire ?

Nous détruire ?

Et si on avait un bébé ?

On a toujours voulu fonder une famille.

Je ne sais plus où j'en suis.

Je vais devenir dingue.

Je vais devenir dingue.

Mais non, ça va passer.

Tu sais que je suis là.

On peut pas essayer de passer à autre chose ?

Regarde-moi.

Tu veux bien essayer ?

Vous allez bien ?

C'est quoi comme plante ?

Plectranthus.

Ou lierre suédois.

C'est joli.

Vous êtes venu...

pour dire des banalités sur les plantes ?

Non.

Si vous êtes venu pour savoir

si je comptais vous attaquer,

détendez-vous et rentrez chez vous.

Allez retrouver votre belle grande vie.

Je veux juste régler ça.

Il n'y a rien à régler.

Rentrez chez vous,

et allez vivre la vie que vous vous êtes inventé.

Alors pourquoi êtes-vous venu me voir ?

C'était pas juste pour me torturer ?

Vous ne savez même pas qui je suis.

Vous ne savez pas comment ni pourquoi.

J'ai juste...

J'ai pensé que vous deviez savoir.

Vous pensiez

pouvoir me voler une partie de ma vie.

De la mienne ou d'une autre,

et vous l'approprier,

sans avoir à en payer le prix ?

Non, vous ne comprenez pas.

C'est pour ça que je suis là.

Rangez ça ou je vous vire d'ici avec mon pied au cul !

Je vous donnerai tout ce que j'ai gagné.

Je vais faire retirer mon nom et révéler toute la vérité.

Alors vous êtes encore plus idiot que je le croyais.

C'est quoi le problème ?

C'est quoi le problème ?

Le problème, c'est ma vie !

C'est ma femme, c'est mon enfant !

Le problème, ce sont les joies et les peines

qui ont engendrées ces mots.

Vous avez pris ces mots,

alors prenez aussi les peines.

Achetez-moi plutôt une plante

avec ce fric.

Tenez !

Un plectranthus, puisqu'il vous plaît tant.

Prenez la plante et votre argent

et débarrassez-moi le plancher !

Non, écoutez...

Je veux arranger les choses.

Vous ne pouvez rien arranger.

Les choses sont comme elles sont.

C'est clair ?

Et vous torturer n'y changera rien.

Poussez-vous, j'ai du travail.

Monsieur...

Monsieur !

S'il vous plaît !

Je l'ai vue une dernière fois.

Ah bon ?

Dans le New Jersey.

Un jour,

en partant travailler.

Durant toutes ces années,

chaque jour, j'ai pensé à elle.

La détruire,

c'est tout ce que j'avais su faire.

Et là...

Elle était là, devant moi.

Elle avait l'air heureux.

Alors...

Si je disais que la voir heureuse ne m'avait pas fait mal,

je mentirais, mais...

quelque part, ça m'a beaucoup aidé.

A passer à autre chose.

A vivre sans toujours

être poursuivi par mon passé.

Vous pensez que j'ai gâché ma vie en arrêtant d'écrire.

Parce que j'ai perdu un manuscrit.

Non, mais...

Vous aviez encore tellement à faire.

Croyez-moi, j'en ai fait bien assez.

J'ai fait le mieux que je pouvais.

Que demander de plus à quelqu'un ?

Non...

Ma tragédie, c'est que j'aimais les mots

encore plus que la femme

qui m'avait inspiré ces mots.

Vous voulez me faire plaisir ?

Je ferai ce que vous voudrez.

Partez, et ne regardez pas derrière vous.

Nous faisons tous des choix, dans la vie.

Le plus dur, c'est de vivre avec.

Et personne ne vous aidera à le faire.

Partez.

Monsieur !

J'adore votre livre.

Nous faisons tous des choix.

Et le plus dur,

c'est de vivre avec.

Enfin,

Rory Jansen savait ce qu'il avait à faire

pour vivre avec le sien.

The Window Tears.

Par Rory Jansen.

Et le vieil homme ?

Quelques semaines après que Rory soit allé le voir,

le vieil homme est mort.

Et son secret

s'en est allé avec lui.

Quoi qu'il ait à faire,

ou à perdre, il voulait l'enterrer.

C'était comme si en enfermant

le secret de la vie d'un homme, pour toujours,

il avait fait naître en lui, un secret plus profond

et plus sombre.

Et voilà !

C'est fini.

Ni morale, ni repentance,

ni enseignement magistral à en tirer,

si ce n'est la conviction que l'on peut commettre

une terrible erreur et continuer à vivre

et peut-être même vivre, encore mieux.

Comment fait-il pour dormir ?

Que s'est-il passé, après qu'il se soit dit tout ça ?

- Je vous l'ai dit. - Non, je veux la vérité.

Il a juste continué à vivre.

Il a écrit en faisant au mieux.

Il a eu beaucoup de succès.

C'est des conneries.

Arrêtez de vous défiler.

Dites-moi la vérité.

De quoi avez-vous peur ?

A vous de me le dire.

Quoi ?

Dites-moi ce que vous pensez.

Vous avez réussi à venir ici, à me faire parler.

Débordante d'assurance, remuant votre petit cul,

citant Shakespeare dans un battement de cils.

Dites-moi ce que vous pensez.

Dites-moi ce qui leur est arrivé.

Je...

Non, non, non.

Dites-moi ce qu'il est arrivé à Rory et Dora,

ou je vous fous dehors !

Il est foutu.

Continuez.

Il peut peut-être oublier.

Peut-être écrire, créer...

Mais il n'y croira plus jamais.

Il s'est volé la possibilité de savoir ce qu'il valait.

Pas mal.

Malgré sa tromperie, il n'arrive peut-être plus à écrire.

Encore mieux.

Son mariage est peut-être foutu parce que

se regarder avec sa femme, c'est regarder la vérité en face.

En public, il peut porter son masque

de confiance et de raffinement,

mais la nuit, il n'arrive pas à dormir.

Parce que dès qu'il ferme les yeux,

il voit le visage du vieil homme.

Peut-être,

qu'il voit son propre visage.

Le vieil homme n'étant qu'une histoire qu'il a inventé.

Ou peut-être qu'il se retrouve

dans ce superbe appartement New yorkais

avec une jeune femme beaucoup trop jeune pour lui,

et qu'il lui raconte des histoires à dormir debout.

Parce qu'elle pense,

pour des raisons qu'il ignore,

qu'il a quelque chose à lui donner.

Vous avez beaucoup de talent.

Mais il arrive un moment où il faut choisir

entre la vie et la fiction.

Les deux sont très proches

sans jamais réellement se toucher.

Ce sont deux choses vraiment très différentes.

Quoi ?

Qu'est ce qu'il y a ?

Vous ne voulez pas de moi ?

Vous n'êtes pas en train de me dépraver.

C'est moi qui le veux.

Je vous veux.

Je...

Vous devriez partir.

C'est vraiment ce que vous voulez ?

Clay ?

Qu'est ce que vous voulez ?

Je suis désolé.

Adaptation : Frédéric Alameunière

Sous-titrage : NDE Production

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