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Bonjour, Ivano.
La première rose rouge Est déjà éclose
Et apparaissent discrètes
Les délicates violettes
Déjà, la première hirondelle Est revenue
Dans le ciel limpide Elle commence à faire des tours
Annonçant le retour des beaux jours
Ouvrez les fenêtres Au nouveau soleil
Voici le printemps
Laissez entrer Un peu de cet air pur
Avec le parfum des jardins Et des prés fleuris
Ouvrez les fenêtres Aux nouveaux rêves
Jolies jeunes filles Au cœur amoureux
Vous rêvez sans doute Du rêve le plus précieux
En demain réside le bonheur
Dans le ciel Parmi les nuages d'argent
La lune vous attend déjà patiemment
Ouvrez les fenêtres Au nouveau soleil
Voici le printemps
Fête de l'amour
Arrête.
Je vais te cogner.
Ça suffit, maintenant.
Fils de pute !
Asseyez-vous.
Qu'est-ce que t'as dans le crâne ?
- Pourquoi ? - Tais-toi.
T'as encore cassé la chasse d'eau.
Je t'en foutrais !
Essaie de faire plus attention.
Mangez.
- Pousse-toi. - C'est à moi.
Pousse-toi.
Marcella, mange assise.
- Et toi ? - J'ai des choses à faire.
Moi aussi.
Vite, il faut que j'aille au travail.
Une minute.
Tu as fini tes devoirs ?
Tant pis pour toi, tu auras un coup de trique.
- Deux cancres. - J'ai rien fait !
Si j'allais à l'école, je serais douée.
Sergio y va, c'est un garçon,
et ça coûte 2 000 lires.
Tu as 2 000 lires, toi ?
Alors t'y vas pas.
Tu devrais me remercier,
grâce à moi, tu as un métier.
Contente-toi de rapporter de l'argent
et d'aider ton incapable de mère.
J'apporte de l'argent et j'aide maman.
Bien.
Mais c'est ton devoir.
Allez, on y va.
Dis-moi,
ce crétin de Giulio va finir par se déclarer ?
- Je sais pas. - Explique-moi.
C'est du sérieux ou du chiqué ?
Allez-y, il est tard.
Oui.
- Tiens, t'as rien mangé. - J'en ai pas besoin.
J'ai besoin de rien.
Tâche de faire un truc bien, aujourd'hui.
Au revoir, Ivano.
Delia, t'es où ?
J'arrive, papa.
Delia !
Tu lambines, ma parole !
Vous voulez m'affamer ?
Bonjour, M. Ottorino.
Attention !
MARDI 14 MAI
Où est mon fils ?
Bas les pattes, c'est pas le jour.
Comme tu y vas !
Quand on se mariait entre cousins, on avait pas ces soucis.
Mon fils a voulu épouser une étrangère, et voilà le résultat.
Il est où, Ivano ?
Parti au travail.
Sans me dire au revoir ?
Il ne le fait jamais, cet ingrat,
après tout ce que j'ai fait pour lui.
Je lui ai tout appris :
à lacer ses chaussures, à se raser.
Qui l'a emmené aux putes la première fois ?
- Vous, M. Ottorino. - Moi.
J'attends pas un "merci",
mais au moins un "au revoir".
Et dire que je lui ai donné la maison.
Elle a été saisie, vous l'avez perdue au jeu.
Et alors ?
C'est le geste qui compte.
Mais bon, je lui ai appris un métier.
Lequel ?
Pilleur de tombes.
Ce métier-là...
Quand il était gamin, on faisait un trou et on le jetait dedans.
Ivano remontait avec des vases, des statuettes.
Il avait du talent, un vrai chat.
Ça, c'est un beau métier.
Toujours les grands mots.
Les fascistes achetaient tout,
des gens respectables, élégants.
Ils aimaient mettre des antiquités dans leur salon.
Ça brassait de l'argent.
J'ai prêté à tellement de gens.
On vous a arrêté 5 fois, vous étiez toujours sur la paille.
N'importe quoi !
Mon épouse vivait comme une reine.
Votre épouse s'est jetée du 5e étage par désespoir.
Tu sais ton problème ?
C'est que tu parles trop. Va falloir apprendre à te taire.
T'es une brave fille, mais apprends à te taire,
à fermer ta bouche.
Les garçons, c'est pas bientôt fini ?
Quels crétins !
Si je préviens mon mari, vous allez le sentir passer.
Bonjour, Alvaro.
Bonjour, Delia.
Allez voir Ottorino, en cas de besoin.
Comptez sur moi, je m'en occupe.
Ce pauvre vieux.
Je l'aime beaucoup.
J'aurais aimé que ce soit mon père.
Remerciez Dieu.
IL RESTE ENCORE DEMAIN
Oui, merci.
Ma chère Delia, nous vous attendions.
Je vous accompagne à papa.
- Adelina, dépêchez-vous. - Bien, madame.
Allons-y, mesdemoiselles.
Voilà.
Je vous en prie, Delia.
Vite, il est tard.
Delia, je dois vous dire
que le remède fait déjà effet, je me sens bien mieux.
Oui, vous avez repris des couleurs. Avant, vous étiez jaune.
Et votre père, il va mieux ?
Non, c'est mon beau-père.
Pour aller mieux, il faudrait l'opérer du cerveau.
Avec les personnes âgées, la patience est de rigueur.
Voilà.
Vous avez une main de velours.
Merci, monsieur.
- Pour vous, c'est facile ? - Il suffit de choisir qui décide.
Non, qui en a la carrure.
Vous êtes le reflet d'une culture antique.
Il faut des nouveaux visages.
Ce sont les valeurs qui comptent.
Non, les objectifs communs
dans l'intérêt de la collectivité.
Chérie, tais-toi,
ne parle pas de choses qui te dépassent.
Va plutôt donner ses 20 lires à madame.
Bonjour.
Mais c'est 30 lires.
Tes certitudes nous ont trahis.
Bonjour.
Voilà.
COUPONS DE TISSU 300 LIRES
4 soutiens-gorges : 200 lires et 2 porte-jartelles : 60 lires.
Ça fait 260 lires.
Merci.
Mme Franca, si vous avez d'autres retouches, je suis là.
Tricots de laine, votre linge élimé, vos bas...
Pour qui vous me prenez ? Je jette mes bas filés.
Je vous envie. J'ai passé l'occupation avec des accrocs.
Au revoir.
Tu es en retard.
- Pardon. - Va à l'atelier.
Oui.
Nous sommes d'accord.
Au revoir et à jeudi.
- Merci. - Au revoir.
Jeune homme, observe, tu dois avoir les gestes sûrs.
Delia, montre-lui.
On a changé la baleine cassée de ce parapluie.
Tu prends la toile,
tu enfiles ça dedans
et tu insères les embouts un à un.
Tu as vu ? C'est simple.
Tu vois ?
Tu comprends quand je parle ?
La baleine et les embouts ?
Nous voilà bien.
Delia, tu pourrais l'aider !
C'est ma faute, maintenant.
Allez, petit, réveille-toi.
Faut que j'apprenne pour qu'il me paie plus que 40 lires.
Comment ça, 40 lires ?
Monsieur, je peux vous poser une question ?
Je travaille ici depuis 3 ans, j'étais là pendant les bombardements.
Pourquoi il gagne déjà plus que moi ?
C'est un homme, voyons.
Tu m'as fait peur !
Delia, enfin !
On aurait dit une bombe.
Pourquoi on peut pas prendre l'ascenseur ?
Pour peu qu'on croise des gens et que ça les gêne.
Ça les dérange pas qu'on fasse leur linge.
Je pensais qu'avec les Américains, il y aurait plus d'argent.
Mais on a perdu la guerre.
- On attend le Petit Père. - Ben voyons.
Maintenant qu'on va voter, ce sera pas la même chanson.
La chanson seulement.
30 pour la piqûre, 260 de Mme Franca,
30 de Fiacchini...
Je pense que c'est à toi.
Pose-moi. Mais t'es cinglé ?
J'étais sûre que c'était à toi
parce qu'il y a que des Noirs dessus.
Ta maman ?
Ils sont très mignons.
Désolée, mais je te comprends pas.
Je parle que le romain.
Du chocolat.
Pour moi ?
Merci.
Je le donnerai aux gamins.
Les gamins. Les enfants.
Merci.
Écoute, je dois y aller.
Moi, m'en aller.
Au revoir.
Merci, Mennallée.
Moi, William.
Au revoir, Mennallée.
Ils sont beaux, mes haricots,
ils fondent dans la bouche.
Les haricots ? C'est les blettes qu'il faut écouler.
Les blettes.
Les haricots tiendront une semaine, les blettes, ça ramollit.
Tu sais quoi ?
Embrasse-moi, comme ça, ça ramollira pas.
Arrête ça. Allez !
Travaille, esclave, je reviens.
Les blettes, elles sont belles, elles sont fraîches.
Elles ramollissent pas.
J'ai épousé un imbécile.
Dis-moi, l'Américain, il a dit son nom ?
Oui, il s'appelle Willian.
Willian.
Ils sont beaux, les Américains.
Ils ont plein de dents, vraiment plein.
- Plus que nous, je dirais. - Sûrement.
Il était grand ?
Un vrai colosse.
Grand comment ? Comme ça ?
Non, plus grand, au niveau de l'étal.
Quand même. Et ses mains, elles étaient comment ?
Je peux pas dire, je regardais sa tête.
Il était tellement gentil.
Voilà. Il te faudrait un gentil Américain,
plutôt que ta crapule de mari criminel.
Tu le connais, il est à cran. Il a fait deux guerres.
- Encore les deux guerres ? - Oh oui.
Ordure un jour, ordure toujours, crois-moi.
J'y vais, j'ai la vaisselle à faire.
Attends,
prends ça.
Tiens.
Merci, Marisa.
J'ai deux caissettes d'abricots gâtés,
je fais de la confiture ce soir.
Viens m'aider, tu prendras un bocal.
Ça me ferait plaisir.
- Je t'attends, alors. - Je verrai ce que dit Ivano.
Il dira quoi ? Qu'il est à cran après deux guerres.
- Il dira peut-être oui. - À la saint-glinglin.
Au revoir, Marisa.
Au revoir, Peppe.
Tu ne t'arrêtes jamais.
Pardon.
T'étais pareille quand t'étais petite, toujours pressée.
C'est toi qui étais pressé de partir.
Partons ensemble.
Bien sûr, change de sujet.
Je m'en mords les doigts depuis 30 ans.
J'ai été distrait un instant et il t'a volée.
Qu'est-ce qui te prend, aujourd'hui ?
Les affaires vont mal.
Soit je bosse à l'œil, soit je suis payé quand ça leur chante.
À ce rythme-là, je vais pas tenir.
Nino !
J'arrive.
Tu voudrais faire quoi ?
J'ai bien une idée, mais peut-être pas le courage.
J'arrive même pas à te le dire.
Alors écris-le.
C'est ça.
J'y vais.
T'es bouché ou quoi ?
Je prends racine, là.
Ça vient.
Au revoir, Delia.
Au revoir, Nino.
Sergio, où est ta sœur ?
Elle est là.
Mme Delia.
Ils font vraiment un joli couple.
Mais non, c'est juste un béguin.
Vous dites ça par superstition.
Ça fait un an qu'ils se fréquentent, mais toujours aucune bague.
Ne l'écoutez pas, elle est jalouse
parce que Marcella s'est trouvé un garçon bien, et riche avec ça.
Exact.
Son père a le plus beau bar du quartier.
Tout brille. Ça vaut le détour.
Pas étonnant, il l'a ouvert grâce au marché noir.
Ces chacals !
Tout le monde a fait du marché noir.
Vous vendiez pas l'huile de votre beau-frère ?
Elle a raison.
Mieux vaut être un chacal qu'un crève-la-faim.
Au moins, si Marcella l'épouse, elle finira pas comme vous.
Merci, Mme Giovanna.
Marcella, appelle les garçons et rentre,
ton père ne va pas tarder.
Laissez-moi vous aider, Mme Delia.
Excusez-moi d'en profiter, mais Marcella et moi,
on est proches depuis des mois.
Je me demandais si M. Ivano et vous aimeriez...
En fait...
Si vous aimeriez rencontrer mes parents.
Bien sûr !
- Venez déjeuner dimanche. - Non.
Comment ça ?
Pas chez nous, je t'en prie.
Ça nous ferait plaisir de vous recevoir.
Ce n'est pas possible.
Mon mari refusera, il est à cheval sur les traditions.
- La fiancée reçoit. - Et un restaurant ?
De mieux en mieux.
Ne t'inquiète pas, ma chérie,
ta maman s'occupe de tout.
À dimanche, alors.
À dimanche.
Merci.
Appelle les garçons.
Tu as vu ?
Allons chercher les garçons.
Delia, le facteur est passé.
Donnez ça à Ivano, j'y comprends rien.
Il vaut mieux pas.
C'est pas pour Ivano, c'est pour vous.
Comment ça, pour moi ?
Une lettre.
C'est pas possible.
Il y a votre nom dessus.
Merci.
Mme Ada !
Ne dites rien à Ivano,
vous savez comment il est.
Je m'occupe de mes affaires.
Vite, le pot de chambre !
J'arrive.
Lavez-vous les mains. Au pas de course, on va dîner.
Ma chérie d'amour.
Pourquoi tu les as invités ?
- J'ai honte. - Comment ça ?
Qu'est-ce que j'ai fait ?
T'as toujours un tablier et un torchon.
Bien sûr, j'arrête jamais.
Mais évidemment, je m'apprêterai pour l'occasion.
Franco et Sergio disent des gros mots.
Si tu savais comme ça m'énerve !
Ils écoutent ton père et ton grand-père et ils répètent.
Mais maintenant, ils sont grands,
on leur expliquera qu'on a des invités
et tu verras qu'ils...
Je les paierai.
5 lires chacun et ils se tiendront.
Et avec papa, on fait quoi ?
Tu le connais quand il a bu.
On éloignera le vin, il boira pas.
Et pépé Ottorino ?
Il blasphème le Seigneur.
Non, juste la Vierge.
J'en fais mon affaire.
Il mangera tôt, il s'assoupira et on l'enfermera.
On l'entendra pas.
Ton père est rentré.
Il doit pas te voir comme ça.
Delia, nettoie, c'est une porcherie.
Essuie-toi,
tu es tout sale.
T'as vu la chaîne de la chasse d'eau ? Je l'ai réparée.
Bien.
T'avise pas de la recasser.
On a une grande nouvelle.
Bande d'ordures, vous allez me faire mourir de soif.
Portez-lui le vin.
J'ai apporté son dîner, au tour de ce couillon.
Fils de pute, c'est toujours moi.
- Menteur. - Sac à merde !
Tu vas voir.
J'y vais.
Je m'en occupe.
- C'était quoi, la leçon du jour ? - Les Phéniciens. Chiant.
Tu dois tout étudier, même les oiseaux.
Ça, c'est les phénix.
Je crois que les Phéniciens, c'est comme des Turcs.
Marcella et moi, on voulait...
Ils t'ont payée à la blanchisserie ?
Et toi ? Donnez-moi votre mitraille.
280 lires ?
Ils t'ont fait l'aumône.
Ça paiera même pas l'électricité.
On n'est pas si mal que ça.
Marcella gagne presque 600 lires par semaine.
Avec tes 13 000, ça fait 15 400.
Moins 4 000 pour le loyer,
200 pour l'électricité, 80 pour le gaz, il reste 11 120.
Compte ta ferraille.
Marcella veut te parler.
Vas-y.
Giulio veut venir ici avec ses parents pour vous les présenter.
Ça, ça me fait plaisir !
Pas vrai, Delia ? Notre Marcella va se marier.
- Ma chérie d'amour. - Je prends son lit.
Approche, joie de ma vie.
Bientôt, il n'y aura plus de femme dans cette maison.
- Tu vas faire l'amour ? - Et dormir sans culotte ?
Arrêtez, vous deux.
Allez tous vous faire voir,
ma fille épouse un monsieur, pas un pouilleux comme vous.
Minables !
- Tous ! - Connard !
Je vais chez Marisa faire de la confiture.
Non. Donne une chemise, je sors.
Où ça ?
C'est pas tes oignons.
Avec toute cette joie, j'allais oublier.
Regardez ce que j'ai.
Du chocolat américain.
On fête ça avec le dessert.
Doucement, un à la fois.
Un à la fois.
Il sort d'où, ce chocolat ?
Des soldats en donnaient.
À qui ?
À ceux qui passaient par là.
Ils en donnent aux traînées,
à celles qui racolent dans la rue.
Voilà, à qui ils en donnent.
C'était une distribution.
Tais-toi.
T'as l'audace de le filer aux petits.
T'as pas honte ?
Ivano.
Personne, je te jure, personne
Même pas le destin Ne nous séparera
Parce que cet amour Don du ciel, vivra toujours
Personne, je te jure, personne
Ne m'apportera jamais
Au cours de ma vie La joie infinie
Que je ressens avec toi Juste avec toi
C'est toi, mon doux amour
Seulement toi Mon passé et avenir
Tout mon monde Commence avec toi
Finit avec toi
Personne, je te jure, personne
Même pas le destin Ne nous séparera
Parce que cet amour Illuminera l'éternité
C'est toi Mon doux amour
Seulement toi Mon passé et avenir
Tout mon monde Commence avec toi
Finit avec toi
Personne, je te jure, personne
Même le destin Ne pourra nous séparer
Parce que cet amour
Illuminera l'éternité
Va chercher un mouchoir.
Mon eau de Cologne.
Vas-y.
Tu vas jusqu'à le parfumer pour ses putes.
Qu'est-ce que tu racontes ?
Ce soir, il joue aux cartes avec des amis.
Ben voyons.
Il met de la brillantine pour ses amis.
Je préfère me tuer que finir comme toi.
Qu'est-ce que t'as dit ? Répète.
Pourquoi tu te laisses faire ?
Pourquoi tu pars pas ?
Et j'irais où ?
J'irais où ?
Tu vois que je t'aime encore.
Pardon pour hier,
mais je suis à cran.
Après tout...
Tu as fait deux guerres.
Ils ont quelles pâtes, aujourd'hui ?
Aucune idée. L'autre jour, c'était des pâtes courtes.
On a mangé du potage toute la semaine.
Des pâtes courtes ? J'espère pas.
Je peux pas leur servir de potage.
C'est ouvert.
Mon amie Mennallée...
Désolée, je peux pas te parler.
Moi, ami.
Ami, tu parles. Ça m'a pas réussi.
Laisse-moi tranquille, compris ?
De quel droit il me touche, celui-là ?
C'est plus la saison des artichauts,
ils ont trop de poils.
Alors, donnez-moi 300 grammes de chicorée.
Je savais qu'Ivano serait pas d'accord.
Il veut que tu voies personne.
Son mari est un geôlier, elle est en prison.
Un peu de persil, madame ?
Oui, du persil et un kilo de pommes de terre.
Il était à cran à cause de l'annonce de Marcella.
Quelle annonce ?
Je t'ai mis de côté deux bocaux de confiture.
Je pourrai faire une tarte pour dimanche
pour ses beaux-parents.
Marcella se fiance avec Giulio ?
On dirait bien.
- Peppe ! - C'est pas la peine.
T'as entendu ? Marcella se fiance.
- Félicitations. - Merci.
- Vous avez entendu ? - À elle aussi ?
Sa fille se fiance.
Félicitations.
Merci, madame, mais ce n'est pas sûr.
Ça porte malheur de le dire.
Allons fêter ça au bar.
- Et mes pommes de terre ? - Quand vous les aurez payées.
Peppe, occupe-t'en, on a des choses à faire.
Qu'est-ce qui pourrait arriver ? C'est juste un déjeuner.
Tu me diras,
il faut enfermer à la cave
ton fils de pute d'assassin de beau-père.
C'est important pour Marcella.
Imagine, j'en ai pas dormi de la nuit.
Arrête de te monter la tête.
Tu les nourris, il sort la bague,
vous levez vos verres, terminé.
T'inquiète pas.
Salvatore, sur ma note, tu sais où me trouver.
T'irais où ?
Tiens, prends-en une.
Prends, allez.
- Ça vient d'où ? - Un Américain me les a données.
Contre une livre de puntarelles.
Tu l'as bien roulé.
Ils ont jamais vu de puntarelles.
Dans le Wisconsin !
Le pauvre.
Il doit même pas savoir que ça se mange.
La vache.
Je dois t'avouer quelque chose.
Qu'est-ce que tu as fait ?
Depuis des mois, je vole un peu de l'argent que je gagne.
Comment ça, tu voles ? C'est ton argent.
Je le donne pas à Ivano, je le mets de côté.
Presque 8 000 lires.
C'est une petite fortune !
C'est pour la robe de mariée de Marcella.
Ivano veut qu'elle se marie dans ma vieille robe.
C'était déjà un chiffon, à l'époque.
Elle doit être la plus belle de toutes.
Tiens, mets-la de côté.
Tu la fumeras dimanche après les fiançailles.
T'as vu ? Ça reste dans...
Y a des petits bouts.
Faut pas les avaler.
Pourquoi tu pleures ?
Fais pas la fillette, va jouer.
Petit vaurien.
- Tout est prêt ? - Oui, merci.
Si vous avez besoin d'aide, n'hésitez pas.
- J'ai sorti ma belle nappe. - Merci, Mme Giovanna.
Je dépose ça et je la récupère.
- Rien ne presse. - Je la rendrai lavée.
Ne vous inquiétez pas.
Vous lui prêtez votre jolie nappe
pour briller devant ces canailles.
Eh oui, exactement.
Je prête ce que je veux à qui je veux, sans permission.
Ne faites pas attention, elle est aigrie.
Ça vous embête que Marcella se lie avec des gens bien.
Des gens bien ? C'est des vrais ploucs.
On sait d'où vient leur fortune.
Ils ont profité des autres, ces traîtres.
Faites attention.
Pourquoi ?
- Vous allez me griffer ? - Du calme.
- Si je vous touche, vous tombez. - J'aimerais bien voir ça.
Ne posez pas la main sur moi.
Qu'est-ce qui se passe ?
Ça vous tue, hein ?
Marcella est belle, et personne veut de votre fille.
Lavez votre bouche avant de parler d'elle.
- C'est vrai. - Voilà qu'elle s'y met.
Votre bouche est pleine de poison.
Arrêtez, ou je préviens vos maris.
C'est pas la peine.
Prévenez-les, nous aussi, on a des choses à dire.
Allez-y. Et moi, je raconterai que vos maudits rejetons
ont sali ma maison avec des sarbacanes.
C'est faux !
Tout le monde les a vus.
Ballon.
Rends-le-moi.
Arrête, connard.
Donne, je l'avais en premier.
Calmez-vous, si vous vous salissez, je vous tue.
Si je t'attrape, je te botte le cul.
Arrêtez.
- C'est ce fils de pute. - La ferme, mauviette.
Si vous dites encore un gros mot, je vous tue.
Ça a l'air trop bon.
Doucement.
Approche.
Enferme ton grand-père et rapporte-moi la clé.
Sans bruit. S'il se réveille, je te tue.
Allez.
T'es encore comme ça ?
Retire ton tablier et recoiffe-toi.
Je suis prête.
On voit que tu l'as rafistolé.
J'ai que ça.
Alors, remets ton tablier.
J'y vais.
- Bienvenue. - Bonjour, M. Ivano.
- Ça va ? - Oui, merci.
Santucci. Enchanté.
Je suis ravi. Moretti.
Voici Orietta, mon épouse.
Enchantée.
Je vous en prie, installez-vous.
Et Luisa, notre benjamine.
- Bonjour. - Enchantée.
C'est un plaisir. Installez-vous.
Arrête, connard.
C'est bon.
Étonnant avec des pâtes courtes.
Moi, je mets des rigatonis
et des boulettes de veau.
Vous, c'est plus léger.
Je vous donnerai l'adresse de mon boucher,
il est un peu cher, mais c'est du premier choix.
Merci.
Franco n'aime pas la viande avec les pâtes.
C'est quoi, ces conneries ?
Mange.
Madame, vous ne vous asseyez pas ?
Si.
Delia, va remplir la carafe.
Ce vin descend tout seul, pas vrai ?
Au déjeuner, je me limite à un verre.
Et cette jolie fille,
c'est quoi, son métier ?
Notre Luisa étudie.
- Quoi ? - Elle étudie.
Elle va bientôt passer son certificat,
elle n'a que des 20.
J'apporte les boulettes.
Je pourrais avoir du pain ?
Dans tous les cas, je n'ai pas encore choisi mon camp.
Papa, tu es presque convaincu.
Maman, de l'eau !
Après tout ce qu'on a traversé,
préférons le changement.
Et cette fois-ci, je peux m'exprimer.
Toi, t'exprimer ? Mange.
Le sel, s'il vous plaît.
Le sel ne se passe pas,
ça porte malheur.
Va chercher mes cigarettes.
Avec votre permission.
Je vous en offre une vraie.
Merci, M. Mario.
Chers invités,
c'est un plaisir de vous recevoir,
mais venons-en à l'objet de cette belle réunion de famille.
Il s'est réveillé.
Quelqu'un frappe à la porte ?
Non.
Elles sont bonnes, ces cigarettes.
Minables !
Putain de merde !
J'ai oublié d'enfermer pépé.
T'es qu'un crétin.
Si tu m'emmerdais pas toute la journée...
Il marche, maintenant ?
Plus depuis l'avant-guerre.
- Venez, papa. - Papa, mon cul !
Un repas digne de ce nom, et vous m'appelez pas ?
- Un peu de gratin de pâtes ? - Et comment !
Santucci Ottorino. Enchanté.
Moretti. Ravi.
Ce sont les parents de Giulio, pour Marcella.
Enchanté.
J'ai compris !
Vous avez le bar avec cet escroc de Cecio.
Il a vendu plus de gens aux Allemands que tu vendras jamais de cafés.
Reprenons.
Cette belle réunion de famille a une raison,
une promesse entre ces tourtereaux.
On revient pas sur une promesse.
Ta main.
- Levons nos verres à eux. - Félicitations !
- Félicitations. - Je peux avoir son lit ?
Non, c'est le mien.
Vire-les de là.
Delia !
C'est pas le moment.
Assis.
Soyez sages. Ma chérie...
Tous mes vœux.
Félicitations, tous mes vœux.
- Ma chérie ! - Montre-moi.
C'est du toc.
Elle me plaît beaucoup.
Quand tu accoucheras, demande un vrai caillou,
pas de la verroterie.
La verroterie, comme vous dites...
J'apporte le dessert.
Allez, portons un toast.
Du vin, papa.
Elle est magnifique.
- Prenez du vin avec de l'eau. - Le vin est bon.
- Allez. - Moi aussi, papa ?
Santé.
Félicitations à vous deux.
- Merci. - Merci à tous.
Bravo, Marcella.
Je suis heureux qu'elle te plaise.
Le plat de maman.
Eh bien, t'as pas fait semblant.
Ce sont des choses qui arrivent.
Vous devez faire attention.
Pardon. Ne vous occupez pas de moi, faites la fête.
Faites la fête.
Je vous aide.
Si, je viens.
Non, il y a des éclats.
Continuez sans moi,
allez.
Papa, si on prenait une glace au bar ?
- Une glace ! - On peut, papa ?
S'il te plaît.
Partez devant, on vous rejoint.
Delia, emmène papa dans sa chambre, il est fatigué.
- Au revoir. - Au plaisir.
Venez, papa.
- Mme Delia. - Pardon.
Ivano.
Même servir, c'est trop compliqué.
Bonjour.
Arrête !
Bonjour.
Giulio méritait mieux. Il n'a pas voulu entendre raison.
- Elle est mignonne. - Si tu le dis.
Une roublarde, cette repasseuse !
Elle a tiré le gros lot.
Après le mariage, elle arrêtera de travailler
et Giulio l'éduquera.
Ce qui m'écœure, c'est d'être lié à ces miséreux.
Des péquenauds.
Ignorants avec ça.
Bonjour, M. Mario.
Voilà les glaces.
Vous devez faire ça ici ?
Vous dérangez les clients, c'est mon bar.
La rue est à tout le monde. J'en ai pour une minute.
Espérons que Luisa choisira avec plus de bon sens.
Comment ça, choisir ?
C'est moi qui choisirai.
Ça y est.
Enfin.
Partez, maintenant.
Oui, mais ne vous énervez pas et tâchez de bien agir.
Vous allez pas commencer ?
Ça fait un an qu'on nous prend la tête.
Tu voulais me voir ?
Tu t'y prends mal avec Delia.
Elle l'a bien cherché.
Ma patience a des limites.
Mais tu régleras jamais rien comme ça.
Je sais, excuse-moi.
Approche.
Approche, mon fils, assieds-toi.
Écoute ton vieux père.
Arrête de la battre sans arrêt.
Sinon, elle va s'habituer.
Une fois de temps en temps,
une raclée, mais une bonne, et elle comprendra.
C'était ma méthode avec ta maman.
On se disputait ?
Et pourquoi ?
C'était ma cousine et la famille, c'est important.
Tu vas pas recommencer avec les cousines.
Depuis l'origine du monde, on se marie avec sa cousine,
c'est la seule chose sensée.
Si tu avais épousé ta cousine Adelaide...
Elle était laide comme le péché.
Mais elle serait restée à sa place
et j'aurais pas à endurer ce raffut incessant.
C'est vrai, je suis désolé.
Mais bon,
après tout, Delia est une bonne ménagère.
Son défaut, c'est qu'elle répond.
Elle doit apprendre à fermer sa bouche.
Ne me fais pas subir ses pleurs,
ça me fait de la peine.
Et c'est trop demander de faire la sieste en paix ?
Je me sens si coupable envers toi
Et toi aussi, envers moi
Nous n'osons pas Nous regarder dans les yeux
Parce que le remords
Nous pèse sur le cœur
Pardonnons-nous
Tout le passé Chaque péché
Pardonnons-nous
Recommençons enfin
À nous aimer comme avant
Quand nous ne formions qu'un
Rappelons-nous
Le premier jour Où je t'ai fait la cour
Rappelons-nous
Ce jour béni
Qui a changé notre vie
Avec un simple mot
Mais avec le temps, notre amour
Par jeu ou cruauté
A perdu de sa sincérité
Pardonnons-nous
Pardonnons-nous
Mon amour
Désolé si moi faire peur.
T'inquiète pas.
Je me suis cognée. Laisse-moi tranquille.
Je comprends rien.
Mais pourquoi il hurle, celui-là ?
Il manquait plus que ça.
Je croyais que tu plaisantais.
Si seulement. Cette fois, je dois partir.
Mon cousin dit que dans le Nord, il y a du travail bien payé.
C'est vrai,
tu dois partir.
Prends des chaussettes en laine, l'hiver est rude là-haut.
Tu t'en fiches que je parte.
C'est pas vrai, et tu le sais.
Alors penses-y.
Penses-y.
Delia,
maintenant, tu le sais.
Tu pars quand ?
Je finis de tout régler cette semaine
et je pars dimanche.
Je dois y aller.
Delia,
tu y penseras ?
Marcella nous a montré la bague, on est contents pour elle.
- Et pour vous. - Félicitations !
- Tous nos vœux. - Merci.
Ils sont beaux, on se croirait dans un film.
J'aurai au moins réussi ça.
Hier encore, elle était à mon sein
et la voilà la bague au doigt.
Surveillez M. Ottorino,
il a mis en gage ses dents en or.
Les pommes de terre !
Marcella, rentre vite !
Mince, qu'est-ce que j'ai fait ?
Pardon.
- J'ai oublié. - Aide-moi.
Dépêchons, ton père va arriver.
- Papa, pardon... - J'ai vraiment rien dans la tête !
Je les ai oubliées, pardon.
Non, maman.
Qu'est-ce que tu fais là ? Occupe-toi des garçons.
- Maman. - Vas-y !
Qu'est-ce que tu regardes ?
Ce soir, ce sera pain et lait. Remerciez votre idiote de mère.
Tu as vu ? Tout est arrangé.
Qu'est-ce qui est arrangé ?
Tu appelles ça arranger les choses ?
Au moins, il s'est défoulé et on a la paix.
Va chercher le pain.
T'as pas honte ?
T'es juste un paillasson.
Tu vaux rien, tu comptes pas.
- Appelez votre mari pour signer. - Je vais le faire.
Et votre mari ?
Y a pas d'homme ici, on fait comment ?
Soit ça te va, soit tu repars avec tes fermetures éclair.
Qu'est-ce qu'il leur prend à toutes ?
- Qu'est-ce qu'on avait dit ? - 200.
200 lires.
Merci.
Au revoir.
- Bonjour, Marisa. - Bonjour, Delia.
J'ai un service à te demander.
Dimanche,
après la messe,
je vais faire des piqûres dans ton immeuble.
D'accord.
C'est quoi, le service ?
C'est ça, le service.
Tu dois me couvrir.
Tu fabriques quoi ?
Je peux pas te le dire.
Tu as un amant !
Loué soit le Seigneur !
Tu es d'accord ?
Oui, j'ai compris.
Si Ivano demande, dimanche, tu fais des piqûres.
C'est ça.
J'en reviens pas.
Si tu pars...
Si tu pars,
te fais pas prendre, sinon il te tuera.
T'exagères.
J'exagère pas.
Tu peux me croire.
Au revoir, Marisa.
Au revoir, Delia.
Delia !
Allez, arrête.
- Elle nous voit pas. - Mais si.
T'es tellement belle.
Tu t'es maquillée ?
C'est nouveau ?
Ça te plaît pas ?
Beaucoup trop, même.
T'étais où, toute pomponnée ?
Au travail.
Je suis pas d'accord.
Ah non ?
Tu dois te maquiller juste pour moi.
Je l'ai fait pour être belle pour toi.
- C'est vrai ? - Oui.
Tu me fais mal !
- Juste pour moi. - Juste pour toi.
Tu te maquilleras pas demain pour aller au travail.
D'ailleurs, tu arrêteras de travailler.
- Qui t'a dit ça ? - Moi, je te le dis.
Tu es à moi.
Compris ? Tu es à moi seul.
À toi seul.
Arrête, elle va nous voir.
Marcella,
viens une minute.
Quoi ?
Assieds-toi.
Alors ?
Je réfléchissais.
Le mariage, c'est une belle chose.
Mais c'est pour toute la vie.
On revient pas en arrière.
Et donc ?
Tu veux me dire quoi ?
Giulio t'aime vraiment ?
Tu dois bien choisir ton mari.
Ça doit être le bon. Giulio, c'est le bon ?
Je sais pas. Dis-moi, toi.
Vu que tu as bien choisi.
Moi, j'y connaissais rien.
Pour toi, il n'est pas trop tard.
Pour toi non plus.
Ils se chargent de la maison et des alliances.
Ils disent qu'ils ont un bon photographe.
Nous, on a les fleurs, mais je pense qu'on peut s'en passer.
Demande au père Felice.
Si Dieu veut, il y aura un décès et tu récupéreras les fleurs.
Bonne idée.
Marcella prendra la robe de Delia.
Tu l'as remise en état ?
Elle doit avoir l'air neuve.
Pour la musique, j'ai pensé à Alvaro, il était chanteur.
C'est qui ?
Le type qui te tient compagnie tous les matins.
Ce va-nu-pieds ? Il porte la poisse.
Dieu nous en préserve.
J'en veux pas au mariage.
Vous pensez qu'ils s'aiment ?
Elle dit quoi ?
Elle l'ouvre pour rien dire.
T'as pas dû comprendre la situation.
On doit s'occuper de Marcella et de nous aussi.
Ça te débecte que ta fille devienne une dame ?
C'est ça, Delia ?
Mais bon, c'est des pouilleux endimanchés.
Si ça tenait qu'à moi,
je les enverrais paître, ces péquenauds grippe-sou.
Mais tant qu'ils ont le bar,
ce mariage nous arrange bien.
Elle s'en remet pas.
Pauvre Marcella.
Elle veut l'épouser quand même, mais Ivano refuse.
Je le comprends.
Il a pas tort, il peut pas envoyer sa fille à la rue.
- Ils iront où ? - Ils sont ruinés.
Ils repartent dans leur village.
Il paraît qu'il reste rien du bar, même pas une chaise.
Ils l'ont fait sauter au TNT.
Je me demande bien
qui a pu faire une méchanceté pareille.
Y a le choix !
La liste est longue.
On récolte ce qu'on sème.
- Vous n'avez pas honte ? - Non.
Ça suffit avec ces jérémiades.
Je suis bien gentil, mais ma patience a des limites.
Giulio m'aimait.
C'est pas l'amour qui va te nourrir.
Giulio a plus que ses yeux pour
pleurer, ils ont même repris la bague.
Ces misérables, ils auront l'air malins avec leur bout de verre !
C'était des bouseux,
ils redeviendront bouseux.
Dis-moi,
t'aimerais te promener pieds nus au village ?
Je préfère y aller.
Maman, dis quelque chose.
Tu fais jamais rien.
C'est toi qui le dis.
C'est la soirée des miracles Fais attention
Quelqu'un dans les ruelles de Rome
Fredonne une chanson
C'est la soirée Des chiens qui parlent entre eux
De la lune qui baisse dans le noir
Et les gens courent sur les places Pour aller voir
Cette soirée Si douce qu'on pourrait la boire
Qu'on passerait dans un stade Avec des milliers
Une soirée si étrange et sombre
Que la radio l'a annoncée
Elle la diffuse, même
Si noire à en salir les draps
C'est l'heure des miracles Qui me déroutent
Il me semble entendre Le bruit d'un bateau
Sur les vagues
La ville est en émoi
Avec ses places, ses jardins Et les gens dans les bars
Elle flotte et puis s'en va
Même sans courant
Elle avancera
Mais cette soirée vole
Les voiles sur les maisons Sont des milliers de draps
Il y a aussi les délinquants
Inutile d'avoir peur Il faut être prudents
Deux par deux
Les amoureux
Hissent leurs voiles Tels des pirates
Et au milieu de cette mer
J'essaierai de trouver Quelle étoile tu es
Parce que je me perdrais
Si je venais à comprendre Que tu n'es pas là ce soir
Vous êtes prêts ?
Marcella, viens.
Ne crie pas, je suis là.
- Ton père ? - Aux toilettes.
Venez là.
Qu'est-ce que t'as, maman ?
Le père Felice n'attend pas pour la messe.
Allez. Arrêtez, vous deux.
Allez.
Va voir si papa a tout ce qu'il faut.
Papa ?
Il vous faut quelque chose ?
Écoutez, ne me faites pas...
Magne-toi.
J'arrive.
Pas aujourd'hui.
On y va, ça presse.
Nous, on va à la messe.
Petit con !
Me voilà.
Allez, vous deux.
Ralentis.
- Pourquoi tu cours ? - On est en retard.
Et papa, ça va ? Il a besoin de quelque chose ?
Tout va bien, il a besoin de rien.
On se dépêche.
Je vais voir M. Ottorino.
M. Ottorino ?
C'est Alvaro. Vous avez besoin de quelque chose ?
M. Ottorino ?
Allez.
Et aujourd'hui, n'oubliez pas,
agissez selon votre conscience,
la conscience de notre Seigneur tout-puissant
qui toujours vous regarde
et vous juge.
Arrête avec cette tête d'enterrement.
Y a pas mort d'homme.
Vous avez trouvé un quatrième ?
Ils sont tous occupés. Tu as vu ? C'est désert ici.
Là-bas, c'est la cohue.
J'y suis allé ce matin, y avait une de ces queues.
On se voit après.
Y a quoi dedans ?
La seringue et le nécessaire pour désinfecter.
Je vais chez Marisa.
Vas-y.
M. Ottorino est mort !
Je l'ai trouvé comme ça.
À l'instant.
J'ai couru comme un guépard.
Papa, ça veut dire qu'on va récupérer sa chambre ?
Pourquoi Tu me l'as pris ?
- Arrête. - Pourquoi ?
Arrête ça. Lève-toi.
Ivano, ne fais pas ça.
Papa !
Pourquoi ?
Ivano, ça ne se fait pas.
Pourquoi, papa ?
Pourquoi Tu me l'as pris ?
Moi, je vais y aller.
Tu vas où, bordel ?
Laissez-moi seul.
Laissez-moi seul.
Rentrez chez vous.
On vous rejoint tous.
- Des biscuits. - Pas touche.
- C'est pas pour vous. - Donne-le-moi.
Il était encore chaud,
il venait juste d'expirer.
C'est comme s'il me souriait.
Il m'aimait
comme un fils.
On n'en fait plus des hommes comme lui.
Un saint.
On pourra avoir la chambre juste pour nous ?
Ne restez pas là.
Bois un peu d'eau.
Papa, comment je vais faire, maintenant ?
Il faut être fort.
Ivano, c'est qui, la vieille ?
Qu'est-ce que j'en sais ?
Ne te mets pas dans un état pareil.
Pépé était vieux, il a eu une belle vie.
Je m'en fiche de pépé, je pleure pour Giulio.
Quelle douleur !
Quelle douleur immense et infinie.
Un café ?
Avec deux cuillérées de sucre.
Si j'en avais...
Quelle douleur, quelle douleur immense.
Quelle douleur immense et infinie.
Oh, madame. Mon Dieu...
- Tout le monde l'aimait. - Tout le monde.
Il me souriait.
Merci.
J'ai toqué, toqué, il répondait pas.
"M. Ottorino ?"
Le silence.
Je toque deux fois :
"Si M. Ottorino répond pas, je vais aller voir."
Quand je suis entré, il était encore en vie.
Son regard m'implorait de l'aide.
Il parlait pas, mais ses yeux hurlaient.
Ça suffit.
Allez jouer dehors.
Dehors.
On est partis dès qu'on a su, mais c'est la pagaille.
Tout est bouché.
Pourquoi se précipiter ?
Ils peuvent y aller demain.
Je suis triste pour votre mari.
C'est comme ça. Un café ?
Avec plaisir.
- Mes condoléances. - Merci.
Ivano.
Je peux te parler ?
Quelle douleur immense et infinie.
Je dois aller chez Marisa.
Elle m'attend.
Va ouvrir.
Heureusement que tu es venue.
Quand on a su, on ne pouvait pas ne pas venir.
Peppe, Marisa.
Toutes nos condoléances.
Merci.
Comment c'est arrivé ?
Alvaro l'a trouvé.
Il m'a regardé et a réussi à me dire quatre mots :
"Je t'aime.
"Alvaro."
J'ai attendu longtemps,
mais quand on l'a appris,
Peppe a voulu venir.
C'est qui, la vieille ?
Qui sait ?
Madame, vous allez moisir sur place.
Levez-vous, allez vous reposer.
Buvez un peu, ou nos prochaines prières vous seront destinées.
Merci.
Heureusement que tu étais là.
Sinon, qu'est-ce que j'aurais raconté à Ivano ?
Il fallait qu'il choisisse aujourd'hui pour mourir.
Il l'a fait par méchanceté,
ce misérable.
Charogne infâme.
Crapule à cornes.
Vautour meurtrier.
Bouc maudit.
Dites une prière pour nous.
On en a déjà tellement dit.
Au revoir.
Allez, Delia,
c'est mieux comme ça, non ?
À quoi tu pensais ?
On sait qu'Ivano est une ordure,
mais pense aux enfants.
Pense à Marcella.
C'est à elle que je pense.
Il reste encore demain.
Madame, ça suffit.
Ça suffit, vraiment.
Tu m'as fait peur.
- Où tu vas ? - Faire des piqûres.
Chez les voisins de Marisa.
À cette heure-ci ?
Certainement pas.
Prépare le petit-déjeuner, vite.
Et papa, ça a été cette nuit ?
Oui, il a pas bougé.
Laisse-moi faire ces piqûres.
Ça nous fera plus d'argent pour l'enterrement.
On lui mettra de belles fleurs.
Il les mérite, non ?
Ne traîne pas.
Sale traîtresse.
Avec ça, tu vas à l'école. Maman
S'il vous plaît,
un à la fois, ne poussez pas.
Préparez vos papiers.
Ouvrez le passage
Faites place à demain
Car là, ce n'est pas possible
Aujourd'hui, je n'ouvre pas Parce que je fais grève
On descend dans la rue Avec toutes les banderoles
À tenir comme toujours
Le plus mauvais des rôles
Mais moi, tu sais Plus rien ne m'importe
Je chante aujourd'hui Avec tous les autres
Par conviction
Ou peut-être par décence
Que la participation Oui, c'est la liberté
C'est aussi résistance
Sans aucun bouclier
Pour me protéger
Ni arme pour résister
Ni casque pour me cacher
Ou saint à qui me vouer
Je n'ai que cette langue Dans ma bouche
Et un début de rêve que je touche
J'ai fait des erreurs souvent
Mais chaque fois J'ai payé comptant
Que les dames retirent leur rouge à lèvres
avant de fermer l'enveloppe.
Une marque de rouge à lèvres pourrait invalider le bulletin.
Sans aucun bouclier
Pour me protéger
Ni arme pour résister
Ni casque pour me cacher
Ou saint à qui me vouer
Je n'ai que cette langue avec moi
Et si tu me retires même ça
Je n'arrêterai pas, navré
Je chanterai
La bouche fermée
Regarde tous les gens qui sont là
Qui répondent avec moi
La bouche fermée
Regarde tous les gens qui sont là
Qui répondent avec moi
La bouche fermée
La bouche fermée
Les dimanche 2 et lundi 3 juin 1946 se tinrent les premières élections
où les femmes furent appelées à voter.
89 % d'entre elles se sont rendues aux urnes.
Sur 25 millions d'électeurs, 13 millions étaient des femmes.
"Serrons les bulletins de vote comme des billets doux"
IL RESTE ENCORE DEMAIN
Pour Lauretta
Adaptation : Céline Merlin
Sous-titrage DELUXE MEDIA Paris
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