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Silence, ou je fais évacuer la salle.
En ce deuxième jour, nous écouterons la plaidoirie de la défense.
Et le jugement sera rendu après en avoir délibéré.
Maître, vous avez la parole.
J'ai lu dans les journaux que cet homme était un monstre.
J'ai reçu des menaces de mort par lettres,
par téléphone,
par cette foule, dans la rue,
pour oser le défendre.
Mes amis, ma famille, m'ont désapprouvée.
Alors, je pose la première question :
pourquoi croyez-vous que je sois venue ?
Pour de l'argent ?
Il n'en a pas.
Vous le savez, il était magasinier dans une usine.
Pour la publicité ? Pour la presse ?
Vous savez que je n'en ai pas besoin.
Alors par sympathie ? Par pitié ?
Non.
Je suis comme vous tous : je ne l'aime pas.
Il a plongé plusieurs familles dans le désespoir.
Il a enlevé la vie à des femmes qui ne lui avaient rien fait.
Et il y a 20 ans, pour crime aussi,
la société lui a donné sa chance, l'a épargné
lui a laissé la vie, à lui,
qu'il a encore utilisée pour tuer.
Et c'est sans doute parce qu'il porte ça en lui.
Parce qu'il porte en lui cette chose horrible :
l'instinct criminel.
Parce qu'il ne peut pas s'en débarrasser.
Parce que cette bête le ronge.
La société se dit : "Poussons-les sous la guillotine."
Il a tué par impuissance devant son mal.
Et nous, la société, nous allons le tuer par impuissance aussi.
Impuissance à le guérir.
- Le guérir ? - Mais il est pas malade !
Les psychiatres l'ont dit !
Oui, je sais. C'est un monstre tout à fait normal.
Un monstre très, très équilibré.
Je ne cherche pas à minimiser ses crimes.
Ni à vous dire que la société est responsable.
Je vous parlerai pas de la loi. Elle est ce qu'elle est.
Mais je vous demande d'en finir avec ce marchandage de la mort.
On ne peut échanger une mort contre une vie.
Aucune mort ne rendra une vie.
Je pense à une salle d'hôpital,
lorsqu'on a dressé le paravent près du malade
qui n'a aucune chance de survivre.
Je pense à la garde de nuit qui lui tendra peut-être une main
à laquelle le mourant s'accrochera.
Dernier lien avec cette terre qu'il ne veut pas quitter.
Ce moment arrivera à chacun d'entre nous.
Nous aurons peur de la mort.
Vous aurez peur de la mort.
Depuis des milliers d'années, l'homme tente de repousser la mort.
Je suis fière aujourd'hui d'être la main,
la voix,
auxquelles cet homme s'accroche.
Fut-il plus monstrueux encore, je resterai son unique chance.
C'est ma fierté, je vous le répète, de n'être jamais partie civile.
De défendre, seulement de défendre,
celui qui n'a plus...
aucun être humain pour l'aider.
En dehors de son avocat.
- Elle les a encore eus. - Elle a pas sauvé sa tête ?
- Alors c'est perpète ? - Pas 20 ans ?
Si, messieurs-dames, 20 ans, tout ronds.
Tu le paieras cher !
On t'oubliera pas, salope !
- Maître Florence Nat ? - Oui ?
Vous permettez, je me présente : Lucien Lebesque.
Ah, c'est pas mal. Vous travaillez au canard ?
Non, je suis attaché à l'IGS.
Police des polices ? Qu'est-ce qui vous intéresse ?
Je vous avais entendue plaider pour Simon Risler.
Je voulais savoir si vous auriez plus de chance.
J'en ai eu. C'est gentil d'être venu.
Vous avez vu, ça s'est merveilleusement passé.
Il reste encore la sortie.
On va sortir. Je dois être à Paris ce soir.
On a repéré une petite porte sur l'arrière.
Quelle horreur, après un si beau résultat.
On peut toujours faire venir les journalistes.
Vous m'avez entendue plaider il y six mois,
aujourd'hui, et vous ne me connaissez pas.
Voyez comme c'est triste.
Qu'est-ce que vous voulez ?
Me tuer ?
Pardon.
Si par malheur, dans ce pays, les avocats perdaient leurs droits,
vous perdriez les vôtres en même temps.
- Robert est là ? - Il vous attend dans le bureau.
Ah ! Robert.
Bon, qu'est-ce qu'on fait ?
Les époux Goldstein, je crois, ou...
les assurances du Nord ?
Je vous parle.
- Vous avez quoi ? - La grâce de Risler est rejetée.
Le col,
vous le remettrez à mon avocate.
Vous le donnerez à mon frangin.
- Je voudrais communier. - Dieu vous attend
en Sa miséricorde.
Préparons-nous à célébrer cette eucharistie.
Reconnaissons que nous sommes tous pécheurs.
Nous ne sommes pas dignes.
Préparons-nous au royaume du Ciel.
Recueillons-nous dans la grâce du Seigneur.
Heureux les invités au repas du Seigneur,
voici l'Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde.
Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir,
mais dis seulement une parole et je serai guéri.
Que le corps et le sang du Christ me gardent pour la vie éternelle.
Simon Risler,
avez-vous une ultime révélation à faire ?
Si.
Je déclare
que l'inspecteur Reynolds est un menteur et un assassin.
Tu m'as entendu, monsieur le juge. Un assassin.
Abrégeons.
Monsieur le surveillant-chef, procédez à la levée d'écrou du condamné.
Et remettez-le entre les mains du bourreau.
Oui, monsieur le procureur.
C'est là ?
Bougez pas, sinon y a deux têtes aujourd'hui.
Doucement. Doucement, allez.
Avancez tous lentement.
Hein ?
Dehors, tout le monde.
Doucement.
Là.
Dis-leur que si quelqu'un donne l'alarme, je t'égorge.
Regarde. Regarde ce que t'as dessus. T'as vu ?
N'essayez rien. Ne tentez rien.
Obéissez-lui.
Tirez-vous !
Tirez-vous !
Dis-leur de se tirer.
Barre-toi.
Barre-toi, toi !
- Faites-le, je vous en prie. - Monte et mets en marche.
Calme. Calme.
Avance.
Faites ouvrir la porte.
On ne va pas le laisser fuir ?
- Vous n'aurez personne de vivant. - Il va faire une faute.
Maître, venez ici toute seule. Toute seule !
S'ils n'ouvrent pas la porte, dites-leur que je le fais.
Dites-leur que je l'égorge, s'ils me laissent pas sortir.
Je leur donne 30 secondes. Un, deux, trois,
quatre, cinq...
Si vous le laissez sortir, il lâchera son otage.
Croyez-moi, je le connais.
Il bluffe.
Il le laissera sortir même si on lui ouvre pas.
Vous remontez bien gentiment là-dessus ?
Seize...
Faites ouvrir.
Je vous couvre.
Ouvrez.
Mais il a même pas signé sa levée d'écrou.
Vingt-sept, vingt-huit,
- vingt-neuf... - Non !
Prévenez les gendarmeries ! Barrez la région !
Calmez-vous ! La vie du procureur en dépend.
Bon alors, qu'est-ce que je fais ? Je démonte ?
Ce rasoir était dissimulé dans votre chapelle ?
- Je ne sais pas. - C'est évident.
Il en avait pas dans sa cellule. Une explication ?
Cet homme devait mourir.
Et il est vivant.
- Je suis bouleversé. - Je vous convoquerai au palais.
Vous feriez mieux de vous occuper de la jeunesse dans les cités-dortoirs.
On vous offrira une guillotine en modèle réduit.
- Vous couperez vos cigares avec ! - Mes pieds...
Moi aussi, j'ai des pieds. On est comme eux, chacun pareil.
Y a pas de différence.
C'est intolérable.
Ici police. Parlez.
C'est...
C'est à propos du type. Je le connais.
Quel type ?
Vous savez, le type qui s'est évadé, Simon Risler.
Je le connais.
Qui êtes-vous ?
Il est chez nous en ce moment.
Vous comprenez...
Mon mari a eu beaucoup de mal à s'en sortir.
Il est devenu honnête.
Ça n'arrête pas si y a toujours des types qui viennent à la maison.
Mon mari sait pas dire non. Il est faible.
J'ai pris la décision de le faire pour lui,
pour qu'on s'en sorte parce que je veux pas qu'on ait d'ennuis.
L'adresse ?
Sortez de là.
Je n'ai aucun argent sur moi.
N'ayez pas peur, maître.
C'est moi.
Simon Risler.
Doucement, doucement.
Là. Là, allez-y, la tête.
Je vais appeler un médecin.
Mais non. Un médecin qui va appeler la police...
J'aime mieux crever dans la rue.
Alors il faudrait trouver un ami.
Un ami capable de vous soigner. C'est pas simple.
Bon...
Excusez-moi, mais...
j'ai plus personne.
Oui, des excuses, à 2 h du matin...
Bougez pas.
Ils peuvent pas coucher dans leur lit ?
T'as oublié ce que tu m'as dit hier ?
Alain à l'appareil.
Florence ? Florence Nat ?
Pas possible !
Depuis tout ce temps...
Tu m'as retrouvé comment ?
Ah, par ma sœur !
Oui, évidemment.
Une bonne heure et demie, si ma voiture démarre.
Là, il faut faire vite.
Tu prends de quoi soigner un blessé et...
Et merci.
Quelqu'un va venir.
J'ose pas vous donner à boire.
Non, il faut remuer le moins possible.
Vous ne bougez pas, comme ça.
Si...
Vous aurez qu'à dire que je vous ai menacée.
Simon ?
Simon ?
Merde !
Ça fait rien, mon vieux.
Casser tout, sauf votre pipe.
Alors ?
Un blessé chez toi ?
Il s'est déjà évanoui deux fois.
Blessé par balle, dans le dos et dans la cuisse,
au cours de son évasion.
Évasion ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
Je t'en prie, ne pose pas de questions.
Vois plutôt ce que tu peux faire. C'est grave, il peut mourir.
Pour soutenir le cœur.
J'ose pas extraire les balles.
Tu es chirurgien.
J'étais chirurgien.
Si tu le soignes pas, il pourra pas repartir.
Et il peut pas rester là non plus.
- Si tu le transportais ailleurs ? - Ailleurs ? Où ça ?
Bah, dans une clinique.
Ils appelleront la police. Je ne veux pas qu'on l'exécute.
Écoute, ça ne me regarde peut-être plus,
mais tu devrais réfléchir.
Un blessé devant ta porte... Tu aurais agi comme moi.
Mais qui est-ce ?
C'est Simon Risler, le condamné à mort évadé.
On en parle partout.
Chez nous, on est coupés du monde. On a ni radio ni télévision.
Très bien. Tu le soignes et il s'en va. C'est la seule solution.
T'appelles ça une solution, toi ?
Tu vas risquer ta situation, toute ta vie,
pour un condamné à mort ?
Tu es devenue folle ?
Heureusement qu'il s'est évadé. C'était une injustice.
Une erreur judiciaire, en plus ?
Non, pas complètement. Ça valait cinq ans.
Et j'ai perdu. Tu entends ? J'ai perdu.
- Tu aimes toujours pas ça. - Je veux gagner. On doit gagner !
Avec ça ?
Une main qui tremble ?
Celle-là est beaucoup plus profonde.
C'est une anesthésie locale. C'est tout ce que je peux faire.
Vous en faites pas, docteur. Ça ira.
On va la garder en souvenir.
Tiens.
Il est infect. Mais si tu veux un coup de cognac...
Ah, c'est vrai...
Ah, c'est du géranium.
Tu sais très bien que j'ai jamais su le faire.
Dis donc,
tu as gardé le même style.
Tu changes pas de gabarit.
J'avais oublié celui-là. Je sais pas où il traînait.
Je te jure.
Ouh là, il est 6 h du matin.
J'ai mes premiers clients à 9 h.
- On se prend un petit déjeuner ? - C'est une bonne idée, ça.
Un petit coup de géranium.
Et toi, ta vie ?
Ben je m'en suis tiré en ramassant les chiens perdus.
Le plus difficile,
c'est pour les loups.
En principe, ils n'ont besoin de personne.
En principe.
Ils passent facilement les frontières.
On cache pas facilement un homme à abattre.
La preuve : il est venu ici.
Il a un bon regard.
Et en regard, je commence à m'y connaître.
Un loup dans une ferme, tu crois que ça irait ?
On t'a pas seulement arrêté car tu t'éclatais au palace.
- Je sais pas, m'dame. - Mmh mmh.
Tu as reconnu avoir frappé un certain Moreil
d'un coup de clé à molette entre les deux yeux.
Ça, c'est les flics.
- C'est les flics qui ont frappé Moreil ? - Non.
Ils m'ont dit : "C'est comme dans la chanson de Renaud."
Moi, je la connais, sa chanson. Je m'éclate bien avec.
- Donc tu as frappé Moreil. - Je le connaissais même pas.
Non mais tu l'as frappé quand même.
C'était pas méchant, m'dame.
Pas méchant ? Il est encore à l'hôpital.
Tu verras quand tu seras confronté avec lui.
Tu verras son crâne défoncé.
Et puis en plus, il t'avait rien fait ?
Non, rien, m'dame.
Ce Cheyenne, c'est qui ?
C'est un mec super.
L'autre jour, il est entré avec sa môme à Notre-Dame.
Le dimanche, pendant la messe ?
Ouais. Vous y étiez, m'dame ?
Non, mais je devine.
Si on l'arrête pas, tu vas passer pour le chef.
Des fois, je commandais.
Et tu sais ce que ça va coûter ?
Cinq ans de prison, minimum.
Vous croyez, m'dame ?
Oui, je crois, monsieur.
Heureusement, tu as ta mère et ta sœur. Les copains, dans ces cas-là...
Tu n'as jamais essayé de travailler ?
Si, mais...
Fallait avoir les mêmes vêtements.
Des bleus, des gris...
Moi, je préfère mes loques.
Je comprends.
Dommage, ce qu'il y a dans ce dossier.
Tu ne trouves pas ?
Au cours des mauvais chemins, tu peux trouver la guillotine.
Je te dis ça à cause d'un condamné à mort dont je m'occupe.
- Au revoir. - Au revoir, m'dame.
Il paraît que ton père veut te voir. Et toi ?
Mon père ? Je le connais pas.
Comme ça, vous ferez connaissance.
Réfléchis.
Ça peut être formidable.
Puis tu me raconteras ça.
Ça me fout le trac, m'dame.
Je suis en retard, excuse-moi.
Comme d'habitude.
Une nouvelle affaire.
Un petit loubard inconscient.
Oh, je ne prendrai qu'un poisson grillé. Tu vas bien ?
Comme une femme plaquée.
Oh, c'est vrai ! J'ai oublié.
- Mais tu as des amis, des voyages... - Quel salaud, quand même !
Après 20 ans... Avec tout le mal que je me suis donné.
Tu l'as aidé ? Je ne savais pas.
Mais non, pour garder le visage lisse.
Il était d'une exigence.
Il fallait que je reste dorée, du 1er janvier au 31 décembre.
Et pour rester lisse, je devais ni rire ni même pleurer.
Ni surtout penser à quelque chose de grave.
Ça, le juge t'en tiendra sûrement compte.
En dessous de 20 000 francs par mois, mais je m'en sortirai pas !
Tu me les obtiendras bien, toi. T'es tellement forte.
Y en a qui vivent avec moins que ça, non ?
- Tu crois ? - À peu près, oui.
Lui, par exemple.
Euh, une dorade et une demi-muscadet.
Et le caviar, il vient de Livestock ?
Ne le faites pas venir. Je n'ai qu'une heure devant moi.
Le président de la 8e sera encore en retard.
Alors, cette évasion, un grand moment ?
- Pas pour tout le monde. - Il vous téléphonera.
Quelle pub ! Méfiez-vous des conférences de presse.
Vous savez bien que je ne suis pas méfiante.
- Ah ! - Voilà notre client.
- Bonjour, maître. En forme ? - Oui, ça va.
Laissez-moi vous regarder.
Ouh là là ! Et là ? Il faut en enlever un peu.
- Je vais en enlever un peu. - Oui, tenez.
Je voulais pas avoir l'air d'un paumé.
Un paumé, dans votre cas, c'est 18 mois.
Avec ça, c'est le double, même quelquefois le triple.
Je préfère le garder.
Ah ! Oh bah écoutez, on va fermer le col.
- Je retire aussi la gourmette ? - Tout, les bagues...
Vous n'oubliez pas : vous ne bougez pas, vous baissez les yeux.
Vous disparaissez. Allez, hop, ça, dans la poche.
C'est mieux qu'elle reste ici.
Chérie, va t'asseoir.
Le président de la 8e est un véritable puritain.
À ce point-là ? Eh ben dis donc.
Il est sans doute un peu tard.
Non.
Mais je suppose que vous passiez devant ma porte ?
On passe devant beaucoup de portes en ce moment.
L'inspecteur Reynolds a communiqué sa frousse à tous.
Il s'est fait muter à l'Antigang pour avoir Risler.
Où il est, Risler ? Blessé,
isolé...
Vous avez pensé à quelqu'un qu'il aimait bien.
Je me rends.
Écoutez, j'ai pas de mandat de perquisition et...
je suis venu seul.
Vous pouvez refuser de me laisser visiter.
Espérez-vous que je refuse ?
Non.
Mais il est très possible que vous soyez obligée de refuser.
Oh, moi, vous savez, les obligations...
Je vous connais depuis longtemps.
J'avais suivi le procès de Risler. Je vous l'ai déjà dit ?
Je vous avais convaincu de son innocence ?
Vous l'aviez défendu avec un tel amour.
Pour un résultat si désastreux.
Une telle poésie, même.
"Élevé dans les combats de rue,
"forgé dans la misérable tradition de certains taudis,
"voleur pour survivre...
"Je prends à mon compte son casier judiciaire de jeunesse
"qui est un peu le nôtre à tous."
C'était pas mal.
Bien assez pour lui ouvrir votre porte.
Hein ? Un beau garçon.
Le romantisme de la blessure.
- Une femme seule. - Qu'est-ce que vous en savez ?
On est pas très bien payés, chez nous, mais on sait beaucoup de choses.
Si je vous en disais plus, ils vous augmenteraient ?
Ils sont très durs.
La commode, celle des ventes. J'avais plus de place pour mes dossiers.
La causeuse, ma mère.
Le dernier cadeau de mon ex-mari.
- L'avocat ? - Ah non, ça, c'était le premier.
Mettez vos fiches à jour.
Ce vieux lit est dans ma famille au moins depuis deux siècles.
Vieilles souches bretonnes.
Père royaliste.
Bonnes fiches.
Le voilà.
Très conservateur, en effet.
La femme au foyer.
Il n'a jamais pu supporter le suffrage universel.
Ma mère n'a jamais osé lui dire que j'avais passé ma licence.
J'étais devenue la honte de la famille.
Ma chambre.
Un grand lit pour une femme seule.
Mmh mmh.
Côté famille, c'est terminé.
Ça, c'est pour l'humilité.
Vous pensez à tout.
Et ça ?
Ça, c'est une porte fermée.
C'est la chambre d'amis.
On la ferme à cause d'un merveilleux Chagall.
Ah bon ? Moi qui adore Chagall, cet enfant du perpétuel.
C'est une serrure simple.
Fallait qu'une porte soit fermée.
Ma femme de chambre vous l'ouvrira.
Vous savez, entre un flic et un cambrioleur,
souvent, la frontière est mince.
Si ça vous amuse...
Vous pourriez vraiment ?
Allez-y, ne changez rien à vos petites habitudes.
Même le Chagall était vrai.
Tout est vrai ici, sauf vos idées.
Des impressions, tout au plus.
Le frère de Risler, une partie de la vérité ne serait pas de ce côté ?
Il n'a jamais été arrêté.
Il est en fuite depuis le début, vous le savez bien.
Tu serais contre un peu de soleil ?
Non.
Maintenant que je peux en profiter.
Le petit déjeuner est servi.
Alain,
je crois que je vais partir.
Ma sœur m'a écrit une lettre.
Elle m'a trouvé du travail près de Bordeaux, à côté de chez elle.
Parce que ça va mieux maintenant.
Et quel boulot ?
Dans un garage, pour m'occuper du service des pneus.
Y a le service des pneus occasions et celui des pneus neufs.
Moi, je vais m'occuper... Je sais pas lequel encore.
Ça va mieux.
Te voilà reparti sur les chapeaux de roue.
Pour la Land Rover, si je trouve une occase,
je pourrais vous envoyer des pneus.
C'est une bonne idée, ça. D'accord.
Je vous les donnerai.
On dirait pas mais c'est vachement dur.
Eh oui.
Ils pourraient nous filer des engins motorisés.
Tu saurais pas t'en servir.
Tu veux que je te ramène ?
Je vais faire un tour.
C'est fini, oui ? Bande de cons, va !
C'est pas fini ?
Ça se pousse pas comme une 2 CV, ça.
Allez, magnez-vous un peu le cul, bon Dieu.
- Vas-y. - Allez.
Changer de vie, avec une chemise sans col ?
Qu'est-ce que ça peut te foutre ? On respire mieux.
Elle est pleine d'encoches.
Elle a été coupée par un dégueulasse.
Ça, tu peux le dire, oui. Un vrai dégueulasse.
- Eh merde ! - T'es pas content ? T'as qu'à bosser !
Tu peux pas faire gaffe ?
- Ça fait quatre fois aujourd'hui ! - Arrête !
Arrête.
- Non, arrête. - T'es cinglé !
- Allez, laisse ça. - Laisse tomber.
- Arrête, enfin ! - Mais enfin !
Vous êtes fous, non !
- Lâche ça ! - De quoi je me mêle ?
- Lâche ça ! - De quoi je me mêle ?
Arrête ! Fait chier !
Bon...
Allez, le spectacle est terminé, maintenant.
Allez, au boulot.
Avec mon vieux, on est restés un moment,
sans trop savoir quoi se dire.
Maintenant, il me parle.
Et toi, tu lui parles ?
Ouais.
Je lui ai dit que je lui en voulais pas d'avoir abandonné ma mère.
C'est normal, elle gueulait tout le temps.
Puis...
je lui ai dit que quand je serais sorti,
on pourrait faire du chemin ensemble.
Qu'est-ce qu'il a dit ?
Il a chialé.
Toi aussi, j'espère.
Moi aussi, m'dame.
Il a eu le culot de venir avec cette fille.
Bon, elle est peut-être plus jeune.
Mais beaucoup moins bien.
Écoute, elle est vulgaire, sale,
grosse et intéressée.
Boh, il en aura vite fait le tour.
- Alors... - Oui ?
Quelqu'un sur la 2. C'est le détective.
Ici Pradès.
Je m'y suis recollé et j'ai eu un coup de chance.
J'ai trouvé une trace sur l'Espagne.
- Ouais, un papier. - Venez avec.
Non, je le trimballe pas. J'ai eu des menaces.
On risque de me piéger si je viens chez vous.
Alors vous allez prendre votre voiture
et vous garer face au 16 avenue Mac-Mahon.
C'est un petit bistrot.
Et le papier, c'est quoi ?
Vous savez, Reynolds et son copain ?
Celui qui s'est fait descendre par les frères Risler.
Ils auraient investi plus de 300 millions en Espagne
par le biais d'une agence immobilière.
Formidable. Formidable !
J'arrive.
"16 avenue Mac-Mahon".
Excuse-moi. Ne m'attends pas, mais reviens quand tu veux.
Et bravo pour les jeans.
- Un rendez-vous d'amour ? - Presque.
Il est toujours seul. Il a téléphoné, il boit un jus.
Avec ce type, on a même plus le temps de se raser.
Deux Ricards terrasse, deux !
Dans le bar, y a pas un ou deux lascars de l'Antigang ?
Y a que nous deux sur ce coup-là.
Pas tout à fait.
Tiens, le voilà.
Tu le vois ?
Va sur Pradès !
Hein ?
De quoi ?
La papier ? Oui, où est-il ?
Où est-il ?
Où est-il, le papier ?
Où ?
Où est-il ?
Tant qu'on tient par sur ses jambes...
C'est ça que tu veux pas comprendre.
Lui, il est agrégé de philo.
Et moi, je suis architecte.
Et lui, là-bas, il a une licence d'économie.
Et toi, t'es un petit facho déguisé en cureton.
Ah, tu parles du corps... Et Dieu prendra la relève, c'est ça ?
Parle pas pour les autres. Parle pour toi.
Tu feras quoi avec tes jambes molles et ta cervelle embrumée ?
Tu dégueuleras sur tes plans ?
Tes balcons te tomberont dessus ?
Facile.
Facile.
Facile.
Mais tout est facile !
Montrer son cul, hein ? Facile !
Mentir, salir, interdire ?
Facile.
Se crever ? Ah, ça, très facile.
Mourir ? Facile, hein. Pour nous, pas pour toi.
T'es qu'une ordure ! Un voleur de rêve !
Ouais, tu nous as volés !
Tu nous as promis la paix, le repos.
Et moi, je dors plus...
Je suis pas venu vous chercher, je vous retiendrai pas.
Hé, partir.
Ce qu'on veut, c'est partir.
Ils nous suivront tous, tu verras.
Partir demain, t'as compris ? Demain.
D'accord, demain.
Je me barre, j'en ai marre !
Je passais dans le coin.
J'ai entendu bavarder.
Ben tu vois, on s'ennuie pas, ici.
Bon...
Je pense que pour ce soir, on peut faire un petit entracte.
Tu as besoin de quelque chose ?
Oui, c'est le voir.
Enfin, toi et lui.
Tu viens, ma petite ?
J'essaie de faire le point.
Vous ajoutez à cela qu'il existe un papier qui prouve
que Reynolds travaillait avec vous.
Non ? Et vous l'avez ?
Non, je ne l'ai pas.
C'est un flic privé, nommé Pradès, qui l'a.
Enfin... qui l'avait, parce qu'il vient de se faire descendre.
J'ai son adresse.
Je vais voir ce que font ces deux zigues.
- Des fois qu'ils nous foutent le feu... - J'y vais.
C'est peut-être mieux que ce soit toi.
Ils peuvent rester, s'ils veulent.
Voilà, vous y êtes.
- Merci pour le dérangement. - Y a pas de quoi.
- J'avais des colis à prendre - Vous ne perdez pas de temps.
Méfiez-vous, parce qu'il passe très vite.
Je parle pas du train, je parle du temps.
Très amusant.
Très drôle.
Votre villa 3 pièces à 179 000 francs en Normandie.
C'est le dernier programme avec...
De la Croix-Rouge, deux colis de vêtements ?
Oui, c'est ça.
On nous signale que François Risler, condamné à mort par contumace
et frère de Simon Risler, évadé le jour de son exécution,
vient d'être arrêté en Espagne dans un quartier du port de Barcelone.
Le ministère français de l'Intérieur a demandé...
Une petite signature.
Ils avaient tué l'inspecteur Maréchal de la police économique.
Merci.
Et grièvement blessé l'inspecteur Reynolds.
Voilà.
C'est tout ce que j'ai entendu.
Il sera extradé rapidement.
Sa peine sera pas obligatoirement confirmée.
Reynolds commettra bien une erreur un jour ou l'autre.
Si vous voulez, je m'occuperai de son dossier.
Et je vous donnerai de ses nouvelles.
Dans cette affaire, tu me dis la vérité ?
J'essaierai.
D'accord, on était des voleurs.
C'est vrai.
Mon frère et moi, on a toujours volé.
Tout gosses, sur les marchés, pour bouffer, et puis...
Puis après pour revendre.
Des bagnoles, des motos, des vélos, des télés...
Ça t'oblige à voler trop souvent.
Alors on a pensé à des stocks, dans l'industrie, tu vois.
Ils les faisaient même pas garder en province.
- Elle t'emmerde, mon histoire ? - Non.
Au contraire.
C'est marrant. Ça fait du bien de parler.
Un jour,
dans une tannerie, on a trouvé des papiers compromettants
sur la brigade des Finances.
Ils étaient mouillés avec l'industriel, tu vois.
C'est comme ça qu'on a rencontré ces deux flics,
Reynolds et machin...
Maréchal.
Alors nous, petits voleurs,
bah, on était rassurés de savoir qu'il y en avait des gros
et avec une carte de police.
Alors ils ont accepté le chantage.
Ils désignaient
les stocks illicites, nous, on fauchait.
Et l'industriel pouvait pas porter plainte.
On se retrouvait dans une distillerie abandonnée, dans la campagne.
J'ai pas pensé une seconde que ces deux fumiers
pourraient un jour arriver avant nous, se planquer...
François !
Bouge pas, je reviens te chercher.
François a son compte, mais l'autre est sorti.
Il va essayer de prendre sa voiture.
Passe de l'autre côté, et je te couvre.
J'ai tué que Maréchal, moi.
Reynolds s'en est tiré.
Mon frère aussi s'en est tiré.
Mmh.
Quant au flic survivant,
en sortant de l'hôpital, c'est devenu un héros national.
"Attaqué par des voyous dans l'exercice de ses fonctions."
Mais pourquoi ils ont essayé de te tuer ?
Bah, écoute,
ils avaient peur que je les balance.
Ou alors...
obéir à des ordres.
C'est beau ici, hein.
Dommage, je dois partir.
Tu en es bien sûr ?
Non.
Y a une chose dont je suis sûre.
Reynolds droit cracher, et il crachera.
J'oublierai jamais ce que t'as fait pour moi.
Reviens quand tu voudras, hein.
J'ai su que l'Antigang avait perquisitionné chez Pradès,
ce flic privé.
- Normal, monsieur le directeur. - Oui.
Mais ce qui ne l'est pas, en tout cas ce qui l'est moins,
c'est qu'ils n'ont pas ouvert le coffre.
Encore normal.
On risque d'y trouver la liste d'industriels
- mouillés avec les Finances. - Mmh mmh.
Si ça peut faire tourner des usines.
Ça évite le chômage.
Et un chômeur de plus,
ça n'arrange pas l'électoral.
Ce sera toujours à nous de couvrir les hautes sphères.
Un air frais y circule souvent.
Eh bien, souhaitons que notre couverture sera assez chaude.
Si j'éternue, je me retrouve en bas de l'échelle.
Je ne sors pas d'une grande école comme vous.
- Une pastille ? - N'oublions pas que l'avocate de Risler
connaît Pradès.
Je ne pense qu'à ça.
C'est d'Artagnan, cette bonne femme.
Elle veut en découdre.
J'en ai déjà touché un mot à monsieur de Richelieu.
Quand on dirige le parquet de Paris, on en voit, des choses.
Et j'en ai vu, croyez-moi.
Les murs de cette salle du conseil peuvent en témoigner.
Je n'en doute pas, monsieur le procureur.
La politique passe,
les fonctionnaires demeurent.
Je ne suis pas fonctionnaire.
Bah oui, mais justement...
Vous êtes plus fragile.
À notre époque, on peut découvrir n'importe quoi sur n'importe qui.
Des diapos, des feuilles d'impôts...
L'usurpateur de décoration,
le travail en Allemagne pendant la guerre...
Et cetera, et cetera.
Au milieu de ces calomnies, la mise à pied d'une avocate, c'est...
très peu de choses.
J'en serais évidemment navré.
Soyez plus clair, je vous prie.
Bah, la police se plaint d'ingérence dans ses enquêtes.
La défense des frères Risler a des limites que...
que vous êtes en train de dépasser.
Qu'on le prouve.
On a voulu couper une tête pour étouffer un scandale.
Non mais... faut pas lire le Code pénal comme un roman.
Puis faut pas non plus mésestimer mon avertissement.
C'est le premier, mais...
ce sera le dernier.
Regardez devant, conduisez. Pas de geste brusque.
Vous êtes idiot ? La police doit me suivre.
Non, j'ai bien regardé autour de chez vous.
- Si je m'arrête devant un commissariat ? - Ne jouons à rien.
Nos risques sont partagés.
Allez, parlons plutôt de mon frère.
Je le vois cet après-midi pour travailler à sa nouvelle instruction.
- Le même juge que moi ? - Le même.
Et aucune pièce nouvelle à verser au dossier.
Prenez ça. Vous avez dû payer Pradès, je vous rembourse.
Avec votre argent, faites-vous oublier,
le plus longtemps possible.
Votre frère sera à la prison centrale, et là, on verra.
Pour l'instant. Il est encore condamné à mort par contumace.
Aux assises, ça s'arrangera.
On dirait que vous les connaissez pas. J'ai pas confiance.
Hé, prenez ça.
Un revolver ?
C'est pas compliqué. Vous avez qu'à le scotcher sous la table du parloir.
Et un détenu viendra le prendre.
Y a aucun risque pour vous.
J'aurais dû vous laisser mourir dans le parking.
Là, vous avez pris des risques ! Pour le revolver, non.
Le mec qui le donnera à mon frère, c'est...
celui qui a glissé le rasoir sous le tapis de la chapelle.
Hier, j'ai donné un paquet d'argent à sa famille pour ça.
Et vous, vous risquez rien. Absolument rien.
Une fois que mon frère sera évadé,
vous entendrez plus jamais parler de nous.
Sauf si on arrive à la vérité.
Et si je refuse ?
Oh...
Vous êtes trop engagée pour refuser.
Et après, vous serez complètement débarrassée.
Je vous jure.
Complètement débarrassée.
- En panne ? - Non.
- Alors circulez. - Oui.
Bonjour, maître.
Je vous donnerai pas des nouvelles de votre frère. Vous en avez.
Mais je vais vous poser une question de confiance.
Avez-vous l'intention d'affronter vos juges ou de vous évader ?
- Vous appelez ça des juges ? - Oui.
Et moi, une avocate et ça, une table.
Avec mon frère, on a un léger doute sur la justice.
D'accord jusque-là.
Mais vous ne voulez pas piéger Reynolds ?
Sur Reynolds, y a une seule bonne carte à jouer : un Colt, ici.
Vous ne direz pas le contraire.
Je ne vous le dirai pas.
C'est pour vous, de la part de votre frère.
Pour l'instant, vous ne risquez pas qu'on vous coupe le vôtre.
Mais si vous vous évadez, vous continuerez à jouer du Colt.
Et vous pourriez peut-être entendre le bruit du ciseau à 4 h du matin,
avec peut-être moins de chance que votre frère.
Tout ça, c'est à voir.
Si vous aimez jouer à la roulette russe.
Fais voir ta gueule. On se connaît peut-être.
Les mains contre le mur.
Et on bouge plus.
Donne les menottes.
La clé de la porte !
Ça vous coûtera cher.
On est des mauvais payeurs.
Vous aggravez encore votre cas !
Si c'est encore possible.
Navré, maître.
Tant qu'on a sa tête sur ses épaules.
Vas-y. C'est la voiture, là !
Eh bien, vous voyez qu'on y arrive.
Vous donnez à François Risler la date de son instruction.
Avec un complice, il prévient l'extérieur,
et son frère, qui connaît l'emplacement du bureau du juge,
se présente,
les armes à la main. C'était tout simple.
Et monsieur le juge pourrait vous expliquer qu'un avocat a le droit
de prévenir son client du jour de son instruction. Non ?
Oui, évidemment.
Mais moins on leur en dit, mieux ça vaut.
On vous retrouve trop souvent sur notre chemin.
C'est mon travail.
Le conseil de l'ordre va statuer sur votre mise à pied.
- Ça me fera des vacances. - Ça ira plus loin.
Vous aurez d'autres explications à fournir.
Nous avions été gentils. On vous avait mis en garde.
Oui, je sais. Par monsieur le procureur général.
Vous vous y entendez bien à serrer le cou à la vérité.
Bon, je peux disposer ?
Oui, c'est moi. J'écoute. Risler ?
Vous êtes sûr que c'est lui ?
Ce n'est pas lui qui conduisait ?
Oui, je note.
"Lieutenant de gendarmerie Andreani".
Oui.
Une seconde, je vous passe la personne qui ira.
Inspecteur Lebesque, oui ?
Oui, vous me dites ?
François Risler est mort.
Accident de voiture.
Son frère a disparu.
Un accident ? Où ça ?
- Région de Nemours. - Mais qui a reconnu François Risler ?
Il avait son mandat de dépôt sur lui.
Ils parlent d'une ferme voisine
qui abrite des drogués en rééducation.
- Ils pensent que Risler blessé y serait. - Blessé ou pas...
J'ai rendez-vous là-bas. Vous venez ?
- C'est pas mon secteur. - Et vous, maître ?
C'est assez loin, et j'ai mes consultations.
Je peux donner un coup de fil à mon secrétaire ?
- Ils n'auront pas été loin. - Jusqu'où nous mènera cette affaire ?
Allô, Robert ? Florence Nat.
Je suis encore à l'IGS.
Oui, faites patienter les clients.
François Risler s'est tué en voiture.
Son frère ou un complice se cacherait dans une ferme, près de Nemours.
Dans un centre pour drogués.
Voilà, c'est tout.
Ah, vous avez pensé à l'assignation Vernier ?
- Oui, vous en faites pas. - Bien, à tout de suite.
Ouvrez cette porte !
Ramenez-les dans la cour !
- Monsieur. - C'est vous qui dirigez le centre ?
Oui.
Vous n'auriez pas hébergé quelqu'un ?
Je ne fais que ça.
Y a une heure environ, après un accident de la route.
Il est peut-être encore habillé en gendarme.
Non. Moi, personnellement, non.
Eux, ça m'étonnerait qu'ils hébergent un gendarme.
Vous avez vu quelqu'un y a une heure ?
Un accidenté.
Un gendarme.
Je vous l'avais dit. Faut les excuser.
C'est à cause de l'uniforme.
- Ils ont gardé certains complexes. - Nous savons.
Suffisamment de contribuables se plaignent de leur présence.
Les Français n'ont plus de cœur ?
Nous recherchons un homme très dangereux.
Ceux qui sont ici sont surtout dangereux pour eux-mêmes.
Vous permettez qu'on jette un coup d'œil ?
Si je permets, vraiment ?
Rends-toi, t'es fait !
Ça y est, on le tient, mon lieutenant !
On l'a trouvé sous une bâche.
Recel de malfaiteurs, hein ?
C'est Yves Sacquet, envoyé par l'hôpital Marmottan.
Il est inscrit.
Retirez-lui ces menottes. Ce serait moins ridicule.
Relâchez-le.
Et qu'il montre ses papiers.
Dans le bouquin, y a aussi les comptes de l'exploitation.
Vous verrez, on est pas une multinationale.
Nous vivons surtout de bonnes œuvres.
C'est ça, vos bonnes œuvres ?
- Un peu de haschich. - Et vous me dites ça, comme ça ?
Bah quoi ? Il était... Il traînait.
Je l'ai laissé exprès pour... comme exercice de volonté.
C'est interdit par la loi.
Où en êtes-vous ?
Il a dû s'éloigner en stop. On a fouillé les environs.
Une plaque tournante de la drogue.
Allez, on l'embarque à la brigade.
Et ceux-là,
- qu'est-ce que vous allez en faire ? - Le mieux
serait de donner la ferme à une honnête famille de paysans.
Et eux, qu'ils retournent en ville.
Un peu plus, un peu moins...
Attendez quelques jours avant de partir.
Ça risque de s'arranger.
Partir ? Où ça ?
Jamais vu ce type ?
C'est dans son intérêt.
On était tranquilles ici.
Pourquoi vous venez nous emmerder ?
Simon ! Ça y est, ils sont partis.
Dépêche-toi, ils peuvent revenir.
Viens. Tiens.
Brûlez tout ça.
- Tiens. - Brûlez-le.
Simon, je suis venue avec. Je te la donne.
Merci.
Je te dirai où je l'ai laissée.
Ça vous ennuie de regarder ce qu'ils vont faire de mon frère ?
Dans cette région, à travers champ, tu peux aller loin.
N'oublie pas,
- ta chemise préférée. - Oh, merde !
- Salut ! - Bonne chance !
Arrêtez de dire que vous avez tiré dans les jambes.
Mais c'est véritable ! C'est vrai !
Comment ? Tu lui as tiré dans la nuque.
Il courait les jambes à son cou.
J'y suis pour rien, moi.
D'accord.
Maître, si vous voulez bien me suivre.
Par ordre ministériel, je vous demande de vous laisser fouiller.
Ordre ministériel ?
- Mesure de sécurité générale. - Vous n'avez pas le droit,
sauf en présence d'un membre du conseil de l'ordre.
C'était prévu.
Un cognac.
Deux cognacs.
Moi, c'est pour oublier l'administration.
Elle est dans vos chaussures. Elle couche dans votre lit.
Et la bêtise ne s'oublie pas.
On va s'asseoir ?
Vous faites fouiller inutilement une avocate,
juste avant d'essayer de la faire radier.
Je vais vous apprendre un jeu formidable.
Vous connaissiez Pradès ?
Pradès ? Non.
Non ?
Vous venez de jouer pique.
Je coupe.
Atout cœur.
Et alors ?
Et alors j'ai pas le négatif.
Il est dans les hautes sphères.
Vous aviez rendez-vous avec lui.
Il détenait la vérité.
Et il en est mort.
Je la voulais, cette vérité.
Je me demande si on ne devrait pas la laisser dormir.
D'ailleurs, elle oblige tout le monde à mentir.
Même vous.
Parce que le système n'inspire pas confiance.
Tenez, par exemple, Alain Rivière,
- qui s'occupe de la ferme des drogués... - Oui ?
Je le connais depuis 20 ans.
Nous avons vécu ensemble.
Comme par hasard, les Risler ont un accident devant sa porte.
Je n'y peux rien, c'est la vie.
On pourrait aussi croire que vous avez donné son adresse à Risler
avant son évasion.
On ne peut pas s'entendre avec un système.
Alors qu'est-ce qu'on fait ?
On laisse la vérité dans son trou ?
Qui se cache derrière Reynolds ?
Beaucoup de monde.
Le scandale chassera le peu de moralité qui reste.
Il en reste ?
Aujourd'hui, je sais que Simon Risler est foutu.
À votre avis ?
Je ne peux plus rien faire. Alors j'arrête d'y penser.
J'essaye plutôt de faire libérer Alain Rivière.
C'est un type très bien.
Il va passer à la télé.
Et vous boirez un grand verre de honte pour l'avoir arrêté.
Merci, monsieur Elkabbach.
Alain s'est dévoué pour ces drogués.
S'il pouvait seulement s'appuyer contre un arbre.
Ou se rendre chez une amie.
Des ambitions modestes. C'est justement dans mes moyens.
Deux autres, s'il vous plaît.
Un sourire...
Quelle belle journée.
Le voilà !
Il a bonne mine, le salaud !
Le flic, il vient pas ?
Le flic n'aime pas la campagne.
Mais vous êtes...
Oui, on se connaît.
Allez, on retourne chez vous.
Et tu conduis avec naturel, allez.
Mmh !
Je t'ai pas attendu, j'ai une audience à 14 h.
- Tu sais qu'on a eu un poulain ? - Oh ?
Oui, oui. C'est marrant, ils étaient tous émus.
Depuis, ils sont tombés amoureux de la ferme.
Alors nous voguons en eaux calmes. Tu manges rien ?
Mais dis donc, ils ont fait un self maintenant, ici ?
C'est bien, c'est pratique... pour draguer.
On peut se mettre n'importe où.
Tu te souviens la première fois,
quand j'essayais d'attirer ton attention ?
Tu lisais.
"Vous avez l'air si passionnée par votre lecture,
"auriez-vous l'obligeance de me dire l'auteur ?"
C'était le Code civil. T'as fait une tête !
On venait de me retirer mon permis.
Si tu m'avais pris pour te défendre, ça ne te serait pas arrivé.
On est d'accord. À mon prochain feu rouge, je t'appelle.
Demain, je passe devant le conseil de discipline.
Et tu sais quoi ?
Je souhaite être radiée.
Alain...
Si on s'en allait, tous les deux, très loin ?
- Y a plein d'endroits. - Mmh mmh.
Je soignerais les gens.
Puis je me ferais payer en vivres, en vêtements.
Je ferais la cuisine.
Et je m'occuperais de toi tout le temps.
Allô ?
Allô ?
Vous avez décroché. Répondez.
Allô ?
Je suis chez Florence Nat ?
Je suis l'inspecteur Lebesque. C'est urgent, répondez.
Allô ?
- Allô ? - Florence Nat, j'écoute.
Risler est cerné dans une écluse.
Il a des otages.
Venez éviter le massacre.
Mais parce qu'il a une dette envers vous !
Vous ne réfléchissez pas, vous venez.
Il faut qu'il sorte de là, sinon on va devoir lui rentrer dedans.
Ils veulent attaquer à l'aube,
dans moins de deux heures.
Écoutez,
y a une voiture de police qui est devant votre porte.
Elle est là.
Elle vous conduira à l'héliport, et...
Vous serez ici dans une heure.
Je ne suis pas seule.
Vous venez avec le pape, si vous voulez ! Mais vous venez.
La mauvaise heure arrive.
Pas assez sombre pour l'intensificateur de lumière.
Pas assez clair pour la vision normale.
Un peu comme dans l'affaire Alvaro.
Mais vous l'aviez eu quand même.
Aujourd'hui, c'est plus flou.
Votre vue a baissé ?
Non.
Je parlais des ordres.
Je n'ai rien reçu de vraiment précis.
Vous êtes venu pour ça ?
Presque.
J'attends un élément nouveau.
Un élément de détente.
- Quoi de neuf ? - Rien. La fatigue jouera contre lui.
Risler !
Risler, tu m'entends ?
C'est moi, Lebesque.
Je vous entends.
Ils sont toujours vivants ?
Ouais.
Je veux les entendre. Je veux les voir.
Ça va !
Mais aidez-nous !
La suite dépend de vous.
Je ne sais rien de vos histoires.
"Je ne sais rien de vos histoires."
C'est la fin de Risler ?
Non, s'il vous plaît, pas maintenant.
Ce n'est pas le moment !
Laissez passer !
En arrière !
Monsieur le préfet, Me Florence Nat.
C'est vous, la grande idée de Lebesque ?
Et tous ces casques, c'est la vôtre ?
- Pour moi, au moins, tout est clair. - C'est réconfortant.
Laissez-moi passer !
Hé, là ! Écoutez-moi, faut faire quelque chose.
Vous êtes de Paris, peut-être du gouvernement.
Il faut les empêcher de donner l'assaut.
Moi, j'ai mon fils et sa femme
qui sont avec ce bandit !
Il les tuera sûrement.
Ils étaient juste là pour le week-end.
C'est terrible.
J'ai soif.
Risler ?
Risler, tu m'entends ?
C'est moi, Lebesque. Tu m'entends ?
Florence Nat est là.
Elle a du nouveau. Ça peut t'aider.
Ils vont donner l'assaut dans une heure.
Il faut qu'elle entre.
Qu'elle te parle.
Elle va venir devant la porte de gauche.
Elle y va.
Lève-toi.
Allez !
Vous êtes seule ?
Vous avez ma parole.
Il nous tuera si vous n'êtes pas seule.
- Vous ne risquez rien. - Ouvre.
Attention.
Notre ami s'est pas encore décidé à parler.
Vous êtes là.
Oui, et j'espère avoir plus de chances avec vous qu'aux assises.
Il peut se passer n'importe quoi, là-dedans.
Vous croyez vraiment que la vérité va sortir de là ?
La vérité ?
Ce sera jamais la même pour tout le monde.
Une certaine vérité est parfois néfaste.
Vous le savez mieux que personne.
On la cache au grand malade.
Le grand malade, pour vous, qui est-ce ?
Sans doute le grand public.
Je m'amuserais pas à répondre à cette question.
C'était pas une question.
Vous vous dites : "Si je parle, je suis foutu."
Mais c'est le contraire.
Si vous vous taisez, vous passerez pas la journée.
- Vous ne le laisserez pas faire ça. - Vous vous trompez encore, toujours.
Je suis pas venue pour lui dire de se rendre.
Je préfère qu'il vous abatte et qu'il se suicide,
plutôt que de monter sur l'échafaud.
Mais vous allez vivre, puisque c'est pas difficile de parler.
Je sais déjà que vous étiez l'associé des frères Risler.
Et que vous y avez gagné près de 3 millions lourds.
Tenez.
J'ai recueilli ses derniers mots,
sur vos placements en Espagne.
Alors, qu'est-ce que vous risquez ?
D'un côté la mort, dans moins d'une heure.
Ou l'aveu d'un trafic et d'une bataille.
Maréchal passera pour avoir tiré sur les Risler.
Vous avez été blessé. Un trafic avec deux voyous, c'est rien.
Vous êtes jeunes, tous les deux.
Vous serez vite libérés.
Vous vous aimerez encore.
Y a pas que ce trafic.
Si vous avez tué Pradès, il n'y a aucune preuve.
Alors n'en parlez pas.
Non.
C'est la société en Espagne.
Ça va faire tomber des hauts fonctionnaires
et pas mal d'industriels.
Mais toi, mon chéri, tu n'es pas responsable de tout ça.
Tu n'es pas compromis avec ces gens-là. Je le saurais.
Maître,
ils ont des tueurs, n'oubliez jamais ça.
Je m'en doute.
Vous en étiez devenu un.
J'ai pas tué le privé. C'est pas moi.
Tant mieux. Les tueurs ne vous auront pas.
La prison vous protégera.
Mais déchargez Risler,
pour qu'on puisse faire jouer la légitime défense.
Quant à l'argent, vous direz que Maréchal s'en occupait.
Florence, vous m'entendez ?
Le préfet veut que vous sortiez.
Ils vont donner l'assaut.
Bon, adieu, Reynolds. Je vous laisse avec Risler.
Non ! Attendez !
On ne veut pas mourir. Restez, aidez-nous.
Je dois faire quoi ?
Dire la vérité sur Risler aux journalistes et à l'INP.
Bon bah, je suis d'accord ! Qu'ils viennent tous !
Les journalistes, allez-y.
Je suis l'inspecteur principal Reynolds,
attaché à la brigade économique.
Je déclare avoir menti contre les frères Risler.
Avec l'inspecteur Maréchal,
nous leur donnions l'adresse des stocks qu'ils pouvaient revendre.
Cela a duré plusieurs années,
jusqu'au jour de l'accident.
- Mais quel accident ? - C'était pas un accident !
- Vous les attendiez ! - Qui a tiré le premier ?
Maréchal a tiré le premier.
Cette fois-ci, c'est gagné.
Avant de passer devant le conseil de l'ordre.
On va vous épargner ça.
Elle doit y tenir absolument.
Parfaitement. Je veux les clouer.
Ça se passe à l'étage au-dessus.
Je comprends pas pourquoi il passe ses week-ends ici.
Une crapule peut aimer ses parents.
La justice lui en tiendra compte.
C'est vrai que vous vouliez tuer les frères Risler ?
Je veux simplement vous dire que Simon Risler a tiré sur moi
en état de légitime défense.
Vous avez tiré le premier, alors ?
Mais il y avait aussi Maréchal.
Je ne veux rien ajouter de plus ici.
Vas-y.
Écris de ta main, je préfère.
Ça commence à aller mieux pour vous.
Ah oui.
On les a eus, Simon. On les a eus.
Laissez-moi.
Laissez-moi.
Une petite chance. Faut la couvrir.
Pour la deuxième fois.
Vite, à l'hélico.
Les jambes, et sous les reins.
Encore bravo.
C'est les autres qui ont tiré, hein ?
C'est eux ?
Les autres ? Pourquoi ?
Sans doute un tireur mal informé.
Ça lui coûtera cher.
Je crois pas, malheureusement.
Je vous laisse ces feuillets.
Rien de plus que ce qu'il a déjà déclaré à la presse.
Assez pour sauver Risler.
J'en suis très heureux pour lui.
N'est-ce pas ?
Bon, allez-y.
Les papiers, vous les avez ! C'est vous qui les avez !
Ordure ! Salaud ! C'était ma seule chance.
Vous êtes fous, vous ne savez pas ! Donnez-moi ça !
Plus vous ferez venir de gros gibiers, plus vous paraîtrez petit.
S'il dit tout, il pourra s'en tirer avec combien ?
Ça dépendra de son avocat.
Emmenez-le au fourgon.
Tu nous aideras !
Si tu m'aimes, tu parleras. Jure-le-moi !
Je te le jure.
Je veux parler, maintenant.
Tu pourras pendant l'instruction.
Non ! Il n'y a plus de temps. Tout peut arriver.
On ne contrôle plus rien. Parlez.
On vous écoute et on pourra témoigner.
Parlez avant qu'on ne cherche à vous faire taire.
Tout a commencé il y a dix ans.
Je venais de m'occuper de l'affaire Solner, les aciéries.
J'avais encore accès au dossier.
C'était un sale dossier.
Au début, je devais juste voler une pièce comptable !
Derrière l'affaire Solner, il y avait...
Non ! Non !
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