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Dans le secret des bibliothèques, derrière les reliures sévères et
précieuses, se cachent bien des mystères.
Les plus doux de ces mystères nous viennent des grands écrivains eux
Loin, bien loin de leurs œuvres officiellement reconnues, Nombre d
célèbres, sous leur nom ou un pseudonyme, se divertirent à écrire des
les jeux de l 'amour et de la beauté s 'épanouirent.
Ces récits, la série Rose est allée les découvrir pour vous, publics, sensibles
et avertis.
Nous allons pour vous tourner les pages de ces livres secrets dont les années n
'ont pas effacé le parfum.
La série Rose s 'ouvre.
À vous.
C 'est bien ce que je fais ? Ça va ? Oui, oui, oui.
Continuez, mademoiselle.
Mais moins vite.
Ne forcez pas la lue.
Et comme ça ? Ça vous plaît ?
C 'est bien ? Montez divine, mais taisez -vous.
Allez, allez.
Faites -moi voir.
Très bien, très bien.
Alors vous me présenterez un grand seigneur ? Je ne crois pas.
Pourquoi ? Parce qu 'il faut que vous travailliez encore.
C 'est bien ce que vous faites.
Mais pour le grand seigneur auquel je pense, il ne faut pas que ce soit bien.
Il faut que ce soit très, très, très, très, très bien.
L 'étiquette à Versailles exigeait que certains repas ou collations fussent
par le roi en sa seule compagnie.
Le même protocole, par contre, autorisait les courtisans et les
désireux de contempler leur souverain à table, à assister à la cérémonie.
Le roi Louis XV, comme ses prédécesseurs, se pliait de bonne grâce
ennuyeuse tradition.
surtout lorsqu 'il découvrait parmi l 'assistance le charmant visage d 'une
inconnue pénétrée d 'admiration.
Mais avant qu 'une nouvelle rencontre fût simplement envisagée entre le roi et
'objet de son intérêt, un gentilhomme, fort imbu de ses compétences en ces
matières, avait à charge d 'intervenir.
Monsieur ? Me feriez -vous l 'honneur, madame, d 'un entretien dans le
particulier ce soir chez moi ? Mais monsieur, je ne vous connais pas.
Je suis madame Charles -Hercule Joachim Binet, gentilhomme de la chambre du roi.
Très bien.
À dire la vérité, monsieur, cet entretien m 'effraie un peu.
Vous jouissez d 'une telle réputation.
Vous aurez trop prêté l 'oreille aux méchantes langues, fort nombreuses à la
cour. Mais alors, d 'où vient cette influence que l 'on dit si grande auprès
roi ? C 'est que sa majesté écoute volontiers mes conseils.
Et qu 'elle me fait l 'honneur de n 'avoir que rarement à s 'en plaindre.
Principalement quand il s 'agit des femmes.
Que dois -je comprendre ? Je vous ai fait peur.
Détendez -vous.
Détendez -vous.
Vous n 'aurez qu 'à vous louer de votre compréhension et de votre chaleur à mon
égard. Elles vous ouvriront des portes royales.
Si le roi m 'interroge, je dirai deux globes orgueilleux.
Ardine.
La cuisse est très bienvenue.
Le groupe appétissante.
Et là, c 'est soyeux.
Chaud. Très doux.
Approchez, M. Binet.
Plus tard.
Merci.
Alors, monsieur, quel jugement rapportez -vous de cette exploration dans ces
régions encore inconnues de moi ? Un jugement favorable, sire.
Pouvons -nous nous y rendre sans risque de déception ? Assurément, sire.
La fraîcheur de ces ballons, la fermeté de ces reliefs n 'ont d 'égal qu 'une
ardeur et un accueil tout à fait surprenants, eu égard à la jeunesse du
Très bien, très bien.
J 'ai cru déceler dans cette grande promenade des promesses qui ne demandent
'à s 'épanouir et des dons qui devraient combler toutes vos attentes, sire.
Peut -on s 'attendre à quelques initiatives hardies, à quelques talents
qui sauraient fouetter notre curiosité ? Sire, nous avons affaire à un sujet
exceptionnel. Si j 'osais, je dirais même que votre majesté fera la meilleure
rencontre historique.
Arrangez -moi au plus vite un premier rendez -vous.
Bien sûr.
Entrez.
Sire, vous êtes le premier et le plus beau gentilhomme de France.
Depuis notre rencontre, je n 'ai pensé qu 'à vous.
Et moi, Sire, je n 'ai rêvé que d 'être là, devant votre majesté.
Quel est votre nom ? Je suis née Jeanne Antoinette Poisson, Sire.
Poisson ? Pour vous servir.
à ma maîtresse.
Vous pourriez dire Sa Majesté, mademoiselle. Oui, oui. Qu 'est -ce qu
Sa Majesté ? Chut !
Laissez -moi voir.
Oh là là ! Qu 'est -ce qui se passe ? Le roi est ébloui.
Le roi contre elle ? Contre sa poitrine ? S 'il vous plaît.
Oh, c 'est beau.
Oh, est -ce que c 'est beau ? Ça me fait des choses.
Plein de choses partout.
Elle le servit si bien, cette nuit -là, que dans les jours qui suivirent, elle
devint marquise de Pompadour et propriétaire du ravissant hôtel d
offert sur la cassette particulière du roi.
Mais, mais, quelque temps plus tard, si la marquise grandissait en puissance, en
influence, une angoisse lancinante rongeait le cœur de M.
Binet. Vous allez répondre calmement et clairement à toutes mes questions, sans
rien me dissimuler.
Mais qu 'est -ce qui se passe ? Il se passe, mademoiselle.
En attendant, on pourrait peut -être un tout petit peu... Mademoiselle, l 'heure
n 'est pas à la bagatelle. Oh, juste une petite fois. Une toute petite fois.
Mais qu 'est -ce que vous avez ? J 'ai, mademoiselle, que votre maîtresse
néglige sa majesté.
Elle s 'occupe de ses châteaux, de ses bijoux, de ses atours, dont le roi la
couvre. Et en remerciement, elle se refuse à sa majesté, ou presque.
C 'est inadmissible pour une favorite.
Oui. Le roi va se lasser, c 'est sûr.
Et moi qui n 'ai personne à proposer.
C 'est quand même... Une chance inouïe d 'être la maîtresse du droit de France.
Non ? Comment ? Ça m 'aurait bien plu.
Oui, bon, revenons à Mme de Pompadour.
Vous n 'avez rien remarqué ? Eh ben... Eh bien quoi ?
Eh ben, ma maîtresse, elle n 'apprécie pas tellement.
Tellement quoi ? Eh ben, est -ce qu 'on va faire tous les deux ? Mademoiselle,
je vous ai déjà dit non. Allez, on y va.
Vous faites ça si bien.
Mademoiselle, je suis sensible à vos compliments.
Mais je vous ai déjà dit non. Vous me touchez comme une cuisson froide. Ça me
ferait du bien, ça me réchaufferait. Non, non et non.
Enfin, peut -être.
Ah, c 'est promis alors.
Alors, d 'après vous, la marquise de Pompadour n 'aimerait pas faire l 'amour
roi. Il n 'y a personne, elles ne font rien.
Rien ? Ça l 'ennuie. Ça l 'ennuie ? Alors que le roi, dites donc, il ne faut
lui en promettre.
C 'est une catastrophe.
Une catastrophe.
Qu 'est -ce que vous voulez ? C 'est la nature, on ne peut rien à ça.
Qu 'est -ce que vous faites ? Je me prépare, tiens.
Allez, venez.
Non, non.
Pas avant d 'avoir échafaudé un plan qui permette de corriger le dire.
C 'est une idée.
Qu 'est -ce que c 'est ? Je vais vous le dire.
Qu 'est -ce que c 'est que cette idée ? Il s 'agit de quoi ? Pas avant d 'avoir
fait ce que vous avez promis de faire.
S 'il vous plaît, laissez -moi.
J 'ai pas envie.
Comment ça ? Je sens bien que si, moi.
Juste une fois. Une toute petite fois.
C 'est chaque fois pour moi un bonheur extrême de vous voir plus belle encore,
plus épanouie, plus attirante.
Mon cher M. Binet, c 'est pour moi également une grande joie de vous voir.
Merci, madame.
Mais j 'imagine que vous n 'êtes pas venu de si bon matin pour me
sur ma bonne nuit.
Mais si, bien sûr.
Mais encore, Binet ? Eh bien, avez -vous vu le roi hier au soir, madame ? Mais
vous le savez bien.
J 'ai accompagné sa magistrée dans sa loge à la commande. Non, non, non.
Plus tard, je veux dire.
L 'avez -vous rejoint dans ses appartements ? Non.
J 'ai été victime d 'une cruelle migraine et j 'ai dû rentrer.
Mais que se passe -t -il enfin ? Hier, au petit lever, quelqu 'un a prononcé
votre nom. Et quoi ? Le roi aurait baillé.
Mais quelle horreur ! Il s 'agit sûrement d 'un malheureux hasard.
Quelques coteries à la cour, jalouses de votre position.
Parlons net, Binet. Vous avez le sentiment que Sa Majesté se détacherait
? Oui, madame. Je crains que le roi ne se dévraine.
Évidemment, c 'est incompréhensible devant tant de beauté, de grâce, d
Merci, Binet.
Reconquerez le roi, madame, je vous en supplie. Merci.
Et pas un mot à qui que ce soit.
Bien, madame.
Qu 'allez -vous faire, madame ? Je ne sais pas.
Je réfléchis.
Oui, celle -ci, c 'est bien.
Vous allez questionner sa majesté ? Oh non, surtout pas.
Vous allez la frioler ? Dans un certain sens, oui.
Je vais la frioler.
Dès sa première rencontre avec son royal amant, Madame de Pompadour mit en place
sa stratégie.
Elle fut plus délicieuse, plus drôle, plus envoûtante que jamais.
Le roi en fut bien sûr charmé. Mais comme Madame de Pompadour prodiguait ses
délices au plus dangereux séducteur de la cour plutôt qu 'à lui -même, le
souverain en conçut un début d 'étonnement.
Qu 'est -ce que vous faites là ? Je n 'y tiens plus.
Je veux savoir pourquoi votre maîtresse se conduit de cette façon avec sa
majesté. J 'en sais rien. Peut -être que le roi ne l 'intéresse plus du tout.
C 'est un désastre.
Et moi qui n 'ai toujours pas de remplaçante présentable. Mais où trouver
Au pied levé.
Hé ! Quoi ? Je suis là.
Je suis là, moi.
Oui, je vois.
Je suis là, moi, pour ce sort de personne.
Mais sans vouloir vous faire de la peine, vous. Mais prenez ma fille.
Pourquoi ça ? Pourquoi ça ? Mais à cause de votre naissance roturière, de votre
position subalterne dans le monde, pauvre innocente. Et ma maîtresse,
s 'appelait Poisson, son père qui escroquait le monde, et sa mère, il n 'y
les diligences qui ne sont pas passées dessus.
Moi, je ne connais que Madame de Pompadour, la marquise de Pompadour. Je
pas bien l 'amour, peut -être ? Si, il faut reconnaître le talent. Vous faites
très bien la beau.
Enfin, pas mal. Quoi ?
Mais parfois, vos dons vous entraînent trop loin. Vous avez tendance à épuiser
votre partenaire. D 'après ce que c 'est, c 'est ça qu 'il veut le roi. Il
très exigeant sur ce chapitre parce que le roi, il est infatigable. Il met
talent, ça peut très bien l 'intéresser.
Mademoiselle, cette conversation a assez duré.
Prisons -la.
Mais c 'est ça, débrouillez -vous, espèce de moviette, impuissant.
Je vais vous prouver le contraire.
Très bien, voyons ça.
Ne devait -elle pas revenir aujourd 'hui de son château de Crécy ? Assurément,
monsieur, mais la marquise a dû prolonger son séjour afin de voir
Fragonard terminer ses décorations.
Très bien, très bien. La marquise a dû commander des choses d 'un goût exquis.
Je n 'en doute pas.
La marquise a tellement le sens de ce qui embellit la vie.
Talent heureusement partagé, monsieur, par de nombreuses femmes au royaume de
France.
Eh bien, messieurs, allons !
Très bien.
Alors ? Des progrès, il faut le reconnaître.
Merci, monsieur.
Vous me présenterez... Non, non, non. J 'ai dit des progrès, c 'est tout.
Allez, vous pouvez vous rhabiller.
Qu 'est -ce que c 'est ? Comment ? Vous, madame.
Passez à côté dans ma garde -robe.
Madame. Disparissez.
Vous cherchez à me remplacer, M. Binet ? Je remplis simplement les devoirs de ma
charge, madame.
Ce qui n 'est pas le cas de tout le monde. Calmez -vous, M. Binet. Une
qui m 'épuise.
J 'y ruine ma santé et ma vie de famille.
Vous êtes marié, M. Binet ? Marié, oui.
Avec cinq enfants.
qui ne voient pas s 'asser leur père.
J 'ai besoin de votre aide, monsieur Binet. Oui, comment cela ? Pour glisser
adroitement quelques idées dans la tête de sa majesté.
Je regrette d 'avoir promis aux ambassadeurs de Venise d 'assister à ce
Je ne suis pas d 'humeur à me coutumer.
Merci.
Je sens que je vais m 'ennuyer.
Peut -être me faudrait -il une distraction inattendue, sans importance.
Auriez -vous une idée, Binet ? Je connais une jeune fille.
Très innocente. Une brune, une blonde.
Une brunette.
Mais que se passe -t -il ? Je vous sens tendu, nerveux.
Eh bien, voilà.
Un billet malveillant m 'est parvenu sur le comportement de Madame de Pompadour.
Comment cela ? Eh bien, la marquise de Pompadour, lorsqu 'elle se sentirait
des regards de votre majesté, abandonnerait cette réserve que toute
doit d 'avoir.
Et, oublions toute modestie, elle ferait des avances... À qui ?
Le billet ne le dit pas, sire.
Allez.
Monsieur Binet, vous allez exécuter mes ordres précisément.
Sachez, avant le début du bal, le costume dans lequel la marquise y
et venez m 'en avertir.
J 'observerai la marquise de Pompadour de mes propres yeux et jugerai de la
véracité de ses révélations.
Maintenant, allez.
Monsieur, ne craignez -vous pas que votre costume de phoebus ne vous fasse
reconnaître immédiatement de la marquise et ne vous permette pas de l 'observer
à loisir ? C 'est extrêmement bien vu.
Je vais, sans en avertir qui que ce soit, revêtir un costume et un masque
permettront de me fondre dans le plus total anonymat.
Sire ? Pas de sire ici.
La marquise est dans la grande galerie.
Mais je reconnais la marquise de Pompadour.
Laissez -moi seul.
Au
revoir,
beau masque.
J 'ai vu ton manège, beau Vénitien.
Tu me suis.
Je te plais.
Toi aussi, tu me plais.
J 'aime ta prestance, ta vigueur.
Tu ne parles pas notre langue.
Il n 'y a point besoin de mots.
Regarde comme mon cœur bat.
Laisse -moi poser ta main sur mon sein.
Sans mon lit.
Madame, comment osez -vous ? Osez quoi, sire ? Comment, madame ? Vous saviez que
c 'était moi ? Croyez -vous que je me conduirais ainsi avec un inconnu ? C
-à -dire ? Je ne puis croire que vous ayez si piètre opinion de moi.
Des choses m 'ont été rapportées. Sa majesté n 'a pu donner crédit à des
calomnies.
Naturellement, non.
Je dois cependant la vérité de dire au roi que je me suis... très mal conduite.
C 'est moi qui vais rapporter au roi ces bruits malveillants.
Vous, madame ? J 'implore mon pardon, Sire, mais j 'ai craint que depuis
temps votre majesté ne se détache pas de moi.
La violence de ma jalousie a dû effacer vos doutes, madame.
Oui, Sire, j 'ai honte d 'avoir douté.
Comment avez -vous pu croire que je me détachais de vous ? Sire, mon cœur aime
la personne du roi de toute la force de mon âme, mais la nature cruelle qui m 'a
faite a oublié...
Le plaisir du jeu amoureux m 'a privé des jouissances que les hommes donnent
femmes. J 'ai craint de perdre le cœur du roi en cessant de lui être agréable.
Je sais le prix que les hommes mettent à ces choses, mais le roi est au -dessus
des hommes et son cœur peut -être saura comprendre le mien qui est si plein de
lui.
Venez ici.
Laissez -moi ce soir organiser votre plaisir.
Si fort ! Vous êtes... Vous êtes si...
Assis en mai.
Votre majesté voudrait encore ? Mais peut -être êtes -vous lasse de
mes multiples assauts ? Ah non ! Ah non, pas du tout ! Pas du tout !
Vous êtes la plus charmante femme qu 'il y ait en France.
Acceptez, madame, que notre intimité subsiste.
Allongeons -nous l 'un près de l 'autre et partageons dorénavant notre sommeil.
Faites -nous.
Le roi Louis XV, dit le bien -aimé, fut en effet très aimé.
Il eut d 'innombrables aventures, plus ou moins brèves, jamais très sérieuses.
Mais l 'aimée de son cœur, la favorite, resta Madame de Pompadour jusqu 'à la
mort de la marquise, en 1764.
Elle était âgée de 42 ans.
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