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La nostalgie est dans mon cœur
Quand la nuit tombe, mon sourire meurt
J'ai donné mes souvenirs et mes songes
En échange je n'ai eu que des mensonges
La lumière baisse dans ma chambrette
Les pensées fusent, l‘espoir guette
Mon bien-aimé qui m'a quittée
En me faisant de tristes adieux
Fiorella, t'es géniale !
Fiorella !
Mazette !
T'es la meilleure !
Vas-y, mets le paquet ! Quelle voix ! Quelle sonorité !
Fiorella, t'es la plus grande ! T'es unique !
Tu casses la baraque !
Tu entends ça ?
Mina, Milva, lva, àla casse !
Y a pas photo !
Et tu as vu ce corps ? Les lèvres, par exemple,
ses pectoraux...
Et son cul ?
Là, on le voit pas, mais elle a un de ces culs !
Que de promesses emportées parle vent...
Elle est canon, les gars ! C'est fou.
Je me la ferais bien, debout, contre un mur.
- Vous vous la feriez ? - Pourquoi pas ?
Ça ne m'étonne pas.
Il ne bande plus, mais il se la ferait bien.
Je lui filerai un coup de main.
Fiorella,
t'es une force de la nature !
Mon café au lait !
C'est qui ?
Le mari de la chanteuse.
Fiorella, t'es canon !
C'est un triomphe, M. le directeur.
Trois rappels.
Un mec voulait la tringler.
Pardon, madame.
L'enthousiasme, c'est bien, mais faut pas pousser.
On fait quoi pour le contrat ?
On a un tas d'engagements.
On sera sur les rotules.
Vous n'êtes pas les seuls.
On débute à Rome,
on fait une télé, une émission spéciale,
on part en tournée en Vénétie, puis en Argentine.
Mais je trouverai bien un créneau pour refaire une soirée ici.
Vous verrez, on reviendra, on affichera complet comme ce soir.
- On en reparlera. - D‘accord, ça roule.
Il suffit de m’appeler et c'est bon.
Vous ne l‘avez pas accrochée ?
Cette photo vaut une fortune et vous ne l‘accrochez pas ?
Elle est même signée.
Elle est très réussie, cette photo.
Vous êtes réussis, tous les deux.
Merci. J’apporte le café au lait à Fiorella.
Chaud devant, le café au lait pour Mme Fiorella !
Un triomphe.
Pas tellement.
Tu aurais vu le public.
Les mecs disaient des trucs osés.
Comment va ta gorge ?
J'ai du mal à avaler.
Tant mieux, ça te fera maigrir.
L’important, c'est la voix.
C'est la deuxième fois que ça t‘arrive. Pourquoi ?
C'est la deuxième fois. Pourquoi ?
J'en sais rien.
Pourquoi cette extinction de voix ?
J'en sais rien.
Mets une écharpe pour protéger ta gorge.
Ma voix a besoin de repos.
T'es folle ? On doit travailler.
Moins ça va, plus il faut bosser. L’activité développe l’organe.
Afin d‘éviter une atrophie.
"Citoyens, demain soir au Trocadéro de Cafragna,
"Fiorella chantera son répertoire
“de chansons italiennes et internationales,
"variété et rock !
"Tous avec Fiorella au Trocadéro de Cafragna !"
Sacrées poupées !
- Viens. - Non...
C'est bon pour la gorge.
Tu n’as plus de voix ?
Plus de voix ?
Ne dis pas ça. Je t'en prie, ne plaisante pas avec ça.
Ouvre la bouche.
Elle est rouge. Dieu, ce qu'elle est rouge !
Fais-moi un do.
Un mi bémol.
Putain ! Avec toutes les parties du corps que tu as,
fallait que ça tombe sur la gorge ?
Refais-moi un do.
Papa, fais quelque chose !
Je fais la poussière des poupées.
Comment s'est passée l’opération ?
On l'a pas encore opérée.
C'est rien, un polype sur les cordes vocales.
Merci, professeur.
Je déconseille d'opérer.
Il faut con-seiller.
Dé-conseiller. Le cœur est fatigué, à cause d’une insuffisance rénale.
Plusieurs dysfonctionnements à surveiller...
Il faut attendre.
Attendre, mon cul. Vous plaisantez ?
C'est vous qui allez chanter à Brisighella ?
Et votre assistant ira au Pivert Vert ?
Arrêtez votre cirque. Regardez—moi ça.
Vous connaissez Fiorella ? Le pinson du val Padouan !
Certes.
Mais il faut également veiller
à ce que le pinson ne perde pas ses plumes.
Il faut opérer dans deux mois.
Non, dans deux minutes. Vite fait, bien fait.
Je suis le mari. J‘assume l'entière responsabilité.
Discutez pas, opérez !
Saint Blaise, veille sur les mains du chirurgien,
originaire de cette région,
veille sur elle et sauve—la.
La voix, au moins.
Photo dédicacée. Cadeau.
Tant que la galère vogue, laisse-[a voguer...
Tant que la galère vogue, arrête de ramer...
Mais non, arrête…
Ta voix est voilée !
Elle est cassée. Ce n'est plus la voix d‘avant.
C'est pas possible.
J‘avais dit à ce boucher de ne pas opérer.
Pourquoi il a voulu opérer ?
On va se faire lyncher à Brisighella.
On dit quoi à Lungo ?
De Dieu, de Dieu, de Dieu, de Dieu !
Pas de pitié pour notre métier.
Si un joueur de foot se blesse,
il joue mal, mais le public compatit et l’applaudit quand même.
Si un chanteur n‘a pas de voix,
c'est la merde assurée.
Merci.
Je m'excuse auprès du public,
mais je ne me suis pas encore remise de mon accident.
Donc, ma voix sera un peu faible.
Regardez—moi ça.
"Fiorella se brise les jambes pour sauver un enfant."
Sous-titre : "La chanteuse implore : Pas de publicité."
Elle a risqué sa vie pour le sauver.
Allez, Fiorella ! Tu as sauvé un enfant !
Comme Garibaldi !
Tu es l'Héroïque de Beethoven !
Tu es canon !
Bien que vicié par les effluves de la ville,
ici, l'air est pur, il sent l’herbe.
C'est la bougie d’allumage.
De la lavande sauvage !
Un bouquet dans le linge...
ça me rappelle ma mère préparant les armoires en novembre.
Pendant que moi et mes frères,
perchés sur le figuier du jardin,
on mangeait les dernières figues.
On dirait le figuier maudit par Jésus.
Après tout, les effluves de la Ville
sont un peu trop proches.
Gaetano, c'est grave ?
Je crains que oui.
On est dimanche. Les garages sont fermés.
Je peux appeler une dépanneuse.
Une inauguration en dépanneuse ne me semble pas très convenable.
- Que fait-on ? - Je nettoie la bougie.
Très bien. Vas-y.
A quelque chose malheur est bon.
Ici, il y a une paroisse.
Ils seront ravis de saluer Votre Eminence.
C'est fermé. Faisons le tour.
À MORT LES CURÉS
PLUS DE LOGEMENTS MOINS D'EGLISES
Silence ! Je peux en placer une ?
On ferait bien de...
On nous prend pour des cons !
Du calme ! Calmez-vous !
On se calme !
A chacun son tour de façon démocratique.
Qui a demandé la parole ?
On va à la Mairie et on squatte la statue de Marc-Aurèle !
Ce n'est plus du ressort de la Mairie.
C'est du ressort de qui ?
- La Mairie a délibéré. - Délibéré, mon cul !
Je propose plutôt de nommer...
Ferme-Ia un peu. Laisse-moi parier.
Je propose de nommer une commission qui rencontrera les Partis...
Au Parlement ?
Non, au cirque !
- Elle est bonne ! - Je demande la parole !
Je demande la parole !
- Il y a un mec habillé en rouge ! - Un mec en rouge !
enfin... Monseigneur...
Je ne sais pas comment vous appeler.
Excellence... Eminence...
Je ne sais vraiment pas.
Voici le collectif de la paroisse Saint-Mathieu.
Qu'est-ce qui nous vaut l'honneur de votre visite ?
Comment tu t‘appelles ?
Je suis l’abbé Paolo Arnoldi.
C'est donc toi.
J’ai déjà entendu parler de toi,
camarade Paolo.
Puis-je m‘asseoir parmi vous ?
Franco, apporte une chaise !
Asseyez-vous.
Je vous en prie.
Qui voulait parler ?
Je vous écoute. Qui avait demandé la parole ?
T’as peur de parler en présence de ce mec ?
Peur, moi ? Les locaux sont vétustes, donc inhabitables.
Vétustes, mon cul ! C'est du béton armé !
Ils veulent faire un hypermarché !
Occupons les locaux !
La police nous délogera vite fait.
On cassera tout !
On tapera plus fort que les flics.
Toi, l’invalide ?
Ta gueule, fasciste de merde ! Amène-toi !
Répéte, gros con !
C'est lui, le con !
Taisez-vous !
J’essaie de vous raisonner depuis un an !
Mais puisqu'on est pas d‘accord, comme d’habitude, votons !
Il a la manie du vote.
Voter quoi ? Cassons tout !
Vous votez, Eminence ?
Ce n'est pas vraiment mon rôle.
Son Eminence s'en lave les mains.
Vous avez vu, Eminence ?
Ces malheureux ont été abandonnés.
C'est un no man’s land, ici. Et ils ne sont pas les seuls.
Vous ne voulez pas nous donner votre avis ?
Si, au contraire...
Profondément mortifié et affligé,
je prends la parole pour m‘adresser à vous.
Modifié, car j‘arrive dans votre communauté
à cause d’une banale panne de voiture
et non guidé, comme il se doit, par ma mission pastorale.
Affligé, n'est-ce pas, de constater
dans quel profond dénuement se déroule votre vie quotidienne.
Dénuement, admettons—le, qui peut déboucher sur la Violence.
La violence aveugle, inutile et stupide.
Tout à l‘heure, j’ai entendu quelqu’un...
toi, dire...
"Aliens—y...
"Occupons...
"Cassons..."
Putain de taloche !
Oui, je t’ai... Non, attendez...
Je t‘ai brutalisé.
Mais ai-je changé ton état d'esprit ? T‘ai-je convaincu ?
Non. Je n’ai fait qu‘augmenter ta rancœur.
N'est-ce pas ? Ta colère.
Tu vois... Retourne à ta place.
Revenons à nos moutons, à votre communauté.
- On l‘accuse souvent... - Va mourir.
de négliger les valeurs de l'esprit
et de préférer outre mesure
les organismes sociaux,
l’amélioration des conditions matérielles...
Je ne vous accuse pas. Je ne vous accuse de rien.
Les saints ont su se transcender
dans la misère.
Je pense à saint François, le mendiant d‘Assise,
à saint Benoît de Norcia,
aux innombrables héros de la foi, qui ont su tout abandonner
pour être heureux dans la pauvreté.
C‘étaient des saints.
Nous, hélas, n'en sommes guère.
Nous sommes imparfaits.
Mais comment ne seriez-vous pas imparfaits,
vous qui courez après
un tout autre genre de bonheur,
le bonheur sur terre.
Pas le bonheur, la justice !
C'est ça, la justice !
Qu'est-ce qui se passe ?
Allez-vous-en !
Dehors !
Lajustice ! Oui, mes frères.
Mais laquelle ? Quel genre de justice ?
La justice d'un curé qui n'estime pas nécessaire
de porter avec dignité le froc ? Non.
La justice divine.
L‘habit ne fait pas le moine !
Ferme—Ia, laisse-le causer.
Bravo. Jésus a dit :
"Bienheureux les affamés de justice,
"car ils seront rassasiés."
Il a dit aussi : "Bienheureux les dociles,
"car la mansuétude se transformera en richesse."
Il l'a dit quand ?
T'occupe, il l'a dit. T’as pas vu le film de Zeffirelli ?
Lisons l’Evangile,
mes fils bien-aimés, et écoutons la parole du Christ.
"N'accumulez pas un trésor sur la terre,
"où les voleurs saccagent et pillent,
“mais amassez un trésor dans le royaume des cieux."
La vache, ce qu’il cause bien !
- Il ferait un bon pape. - C'est ça.
Aujourd’hui est un jour de joie,
pas pour vous, peut-être, mais pour moi.
Car je suis parmi vous, mes brebis bien-aimées.
Je souhaite que cette maison de Dieu,
qui n'est pas une tribune politique,
soit éclairée comme un palais
par un jour de fête.
Allumez tous vos lustres,
illuminez vos âmes
de lumière…
C'est beau !
On se croirait à Noël.
Ecoutons ensemble,
mes enfants, le son doux et séculaire des cloches,
àla gloire du Seigneur...
Vas-y, petit !
Rajoutons le son du Vieil orgue,
sa voix qui chante la foi, la charité, l'espoir,
Ia mansuétude... Oui, oui...
l'obéissance...
Et chantons ensemble, mes brebis, àla gloire du Seigneur...
Vous les avez encore possédés !
Gaetano est prêt,
on peut repartir.
Chantez plus fort !
Faites entendre vos voix jusqu'au Vatican !
ROULE DOUCEMENT ET PENSE A NOUS
Non, pas lui...
Mon cul, oui...
Elle est canon.
Attends...
Bonjour, c'est gentil...
Vous allez où ?
Bondano.
Dommage, je sors à l'embranchement de Ponzella.
Ça fait une trotte.
- Vous ne pourriez pas... - Bondano ?
Je suis attendu, ce soir.
Montez, ça vous fera un peu de route de gagnée.
Ensuite, on verra.
Installez—vous.
J’aime prendre les auto-stoppeurs.
Je veux dire, les auto-stoppeuses.
Voyez-vous, la présence féminine dans une voiture,
apporte toujours une note de gaieté.
Et rend la route plus agréable.
Comment font les filles
pour monter avec le premier venu ?
Vous ne lisez pas les journaux ?
Agressions, viols...
Vous m‘inspirez confiance.
Je vous remercie pour la confiance,
mais je n'en suis pas moins homme.
Même si je pourrais être votre père.
Vous avez quel âge, si ce n'est pas trop indiscret ?
J’ai oublié votre nom.
Je ne vous l’ai pas dit.
Piera.
Piera ?
Ca alors ! Comme ma voiture.
Regardez.
C'est le nom de la voiture ?
- Vous lui avez donné un nom ? - Je vous explique.
Pendant 12 ans, j’ai eu une secrétaire…
Enfin,
c'était un peu plus qu’une secrétaire.
Quel homme attentionné !
Romantique ?
Je suis plutôt un sentimental, si on veut.
Joli collier.
Vraiment très joli. Et ça, c'est quoi ?
C'est quoi, ça ?
Un bijou ethnique ?
Regardez, mademoiselle.
99 979 kilomètres !
Dans 21 kilomètres,
on fêtera 100 000 km tout ronds.
Quelle voiture !
Vous les fêterez seul.
L'embranchement pour Ponzella est dans 10 km.
Pourquoi vous faites du stop, alors ?
Une fille qui se fait prendre en stop
doit être prête à en payer le prix.
Vous comprenez ? Je serais prêt à vous accompagner,
si j‘avais une bonne raison de le faire.
Vous comprenez ?
Vous êtes représentant ?
Non, je suis dans le textile.
Je travaille à domicile,
avec un soin particulier pour les femmes.
Je suis un féministe convaincu.
C'est du travail au noir ?
Tout de suite les grands mots !
Vous pensez que j'exploite les gens ?
Sans moi, les gens que j'emploie seraient à la rue.
Personne n‘a envie de travailler !
Voilà le problème. Les jeunes n‘assurent pas la relève.
Vous ne savez que jouer de la guitare et vous shooter.
Moi, je travaille. Beaucoup de mes amis travaillent.
C'est bien. Les jeunes doivent travailler.
Au lieu d’aller poser des bombes.
Ils font ça, à votre avis ?
Ma pauvre petite,
ça t‘arrive de lire les journaux ?
Tu n’as pas entendu parler des braquages, des enlèvements,
des bandes armées : NAP,
Brigades Rouges ?
Il suffit d'ouvrir une page de journal...
Regarde, qu'est-ce qu’il y a d'écrit ?
"Evasion de la prison..." Je ne vois pas d’ici.
Qu'est-ce qu’il y a d‘autre ?
EVASION RATÉE DE TROIS DETENUES
Les 3 femmes sont sous les verrous
"Trois détenues s'évadent de la prison de femmes de Bovone."
Si les femmes s'évadent aussi, on est mal barré.
Plus moyen d'être tranquille...
Bovone.
C'est dans le coin, non ?
"Les trois détenues avaient un revolver,
“avec lequel la plus jeune a blessé un gardien de prison."
C'est du joli.
“Il s'agit de Marika Biataber, 39 ans,
"Assunta Scannapico, 36 ans,
"Piera Pozzillo, 20 ans..."
Vingt ans ! C’est...
Vous avez dit ?
Piera ?
Arrête-toi la.
- Regarde. - Quoi ?
100 000 tout ronds.
Moment fatidique.
Oui, vraiment fatidique.
On va fêter ça.
Il ne manquait plus que le verre du condamné.
Je ne bois pas.
- Bois. - Je ne peux pas.
- Bois. - Dieu du ciel !
Tu ne pouvais pas t'évader un autre jour ?
Demande—moi pourquoi j'étais au trou.
Bon, pourquoi t'étais au trou ?
C'est marqué.
J’ai tué le directeur d’une banque.
"Bouge pas ! C'est un braquage !" Sept coups de feu.
On retourne sur la route. Démarre.
Elle ne démarre plus.
Alors ?
Avec les chocs qu'elle a pris, elle ne veut plus démarrer.
Ouvre le capot.
C'est pas de ma faute.
Ouvre le capot.
Tirez le levier, s'il vous plaît.
Où est le trou dans ce truc ?
Alors ?
Je ne sais pas quoi faire.
Idiot...
Idiot !
Allez, féministe de merde, exploiteur de femmes,
va chercher un chiffon, magne-toi !
Je ne pouvais pas deviner que c'était une blague.
Je suis un honnête citoyen.
Je l’ai prise en stop pour lui rendre service.
Elle voulait peut-être m’intimider et voler ma marchandise.
C'est pas des blagues à faire, tout de même !
- Vous avez le port d‘armes ? - Mais oui.
Alors, tout va bien.
Je travaille, j’ai une famille.
Je paie même mes impôts.
Allez, montez.
Poussez pas, je monte.
Si j‘avais su que cette conne allait me foutre dans la merde !
Le père au téléphone.
Appel aux ravisseurs, 1/1ère !
Je suis assis
devant le téléphone
depuis deux jours interminables
et deux nuits interminables,
pour adresser un appel implorant, une supplique,
aux ravisseurs
afin qu'ils me communiquent leurs revendications,
qu'ils me disent tout ce que je dois faire.
Je vous en prie, appelez-moi.
Ma femme n'est pas en bonne santé,
elle a besoin de soins quotidiens.
Appelez—moi à n‘importe quelle heure.
J’ai prié les amis, la famille, l'entourage,
de ne pas m’appeler pour que la ligne reste libre.
Appelez-moi, qui que vous soyez.
Ecoutez...
la prière d'un mari désespéré.
Rendez—moi ma femme.
Au revoir.
Au revoir.
Salut, Jade. Excuse—moi auprès de tes amis,
mais ce soir, j’ai promis à maman d’aller chez la princesse Altoplati.
Il y a une réunion sur le schisme de Lefebvre.
Je ne sais pas où c'est, de toute façon, ça ne baise pas.
Dans le quartier de l’EUR, près du monument.
Tu en as pour longtemps ?
Je l‘ignore, chérie.
Si on me vire, je te rejoins au Graticola, sinon au Jaekie.
- Je t‘attends. - Salut, Jade.
Rue de la Thaïlande.
Rue de l'Indonésie.
Rue de la Birmanie.
A l'angle de la rue de la Nouvelle-Zélande.
Rue de l’Océanie.
Je fais le tour du monde et je reviens toujours à l’EUR.
Le point de ralliement.
Tout va bien.
Un homme. Je vais me renseigner.
Bonsoir, mon brave. Pourriez-vous me rendre service ?
Vous connaissez la rue du Cambodge ?
Je vais chez la princesse Altoplati.
Elle habite dos au monument de machin... Mussolini.
Dixit maman.
Vous êtes mal en point, mon brave.
Que s'est-il passé ? Une bombe ?
J’ai été renversé par une voiture. Au secours.
Vous appelez au secours ?
Que puis-je pour vous ? Je n’ai pas ma trousse First Aid.
La trousse de premiers soins. Je l’ai dans la Land Rover.
Je l'emmène avec moi en Afrique, lors de mes safaris.
On se prend de ces enculades avec les bêtes à cornes !
Les buffles, on s'en sort.
Les rhinocéros, on y reste.
Emmène-moi.
Où ça, mon brave ?
J’ai une réunion de famille. On parlera de papes.
Hôpital...
Vous avez dit hôpital ?
Volontiers, mais je ne les fréquente guère.
Je ne connais qu’une clinique privée à Genève.
J‘y vais de temps en temps pour me faire dégonf|er.
Vous voulez être autotransporté ?
Je vois, vous êtes déjà monté.
C'est fâcheux, mais je ne peux pas lui refuser la course.
Dites—moi où vous voulez aller,
dans ce quartier, je me sens un peu perdu.
- Votre chaussure. - Hôpital Saint Alphonse.
J’ai compris.
Sur cet îlot qui émerge de notre Tibre blond et crasseux.
Activons un peu.
Je dois retourner dans le quartier de la princesse Altoplati.
La vieille doit déjà être en train de brailler.
L‘hôpital…
Oui, mon cher. Vous êtes content ? Moi aussi.
Nous y sommes.
Bonsoir, chers amis.
J’ai véhiculé un blessé qui a besoin de vos soins.
Vous vous en occupez ?
On est complet, cher monsieur.
Un car de Hollandais a fini dans le fossé.
Dans le fossé ?
Mettez-Ie avec les touristes.
Il ne parle pas.
On le prendra pour un étranger.
La question n'est pas la.
On est bondé. Il n‘y a plus de place.
Certes, mais moi je l’ai trouvé sous le monument de Mussolini.
Il a voulu que je l‘emmène ici. A présent, je fais quoi ?
Emmenez-Ie dans un autre hôpital.
Il y a un service des urgences de l‘autre côté du pont.
Et c'est à moi de le faire ?
Vous avez un Véhicule.
Moi, j’ai un Véhicule.
Pardon, vous prenez ma Rolls blanche pour une ambulance ?
Je suis Giovanmaria Catalan Belmonte.
Ce monsieur perd beaucoup de sang,
il a sali le salon de ma Rolls.
Qu'en dites-vous ?
Emmenez-Ie à l'hôpital La Miséricorde,
de l‘autre côté du pont.
Très bien, si vous le dites.
Il a dit Miséricorde.
Chers amis, merci du renseignement.
J'espère trouver rapidement l'hôpital La Miséricorde.
Celui-ci est plein de touristes.
Ils prennent toujours les meilleures places.
De nos jours, c'est le bordel partout.
Quand on baise chez soi, on évite le marasme.
Dès qu’on sort, on fait de mauvaises rencontres.
Prenez un globe-trotter, il fait du stop,
tu l'emmènes, et il t'encule, ça c'est grave.
Moi, je sniffe.
J’ai toujours sniffé. Je ne me shoote pas.
"Tu ne te shootes pas ? Alors, tu n'es pas branché."
Je suis comme je suis.
Je bois. Je sniffe et je bois. Un cocktail en appelle un autre.
A propos, buvons un coup. Voilà, tenez.
Bien glacé dans la fiasque. Tenez.
Vous ne buvez pas ?
C'est pas les cocktails de Valerie,
ce cher Valerie, le barman du Jaekie.
De vraies bombes.
J‘utilise cette vieille Rolls
pour draguer.
Maman et mes amis disent : "C'est une chignole."
C'est pas une chignole, c'est un salon roulant.
J‘attrape ma proie, je la charge, je l'emmène dans un coin isolé,
et au contact de la nature,
je l'allonge sur ces fauteuils moelleux...
et je la saute ! Suivante !
Si vous n'étiez pas dans cet état et si vous étiez une femme,
je vous aurais déjà sauté dessus.
Quand je parle de ça, je ressens une forte excitation.
Touchez, par curiosité.
Allez-y, touchez.
Bof...
Voilà l'hôpital La Miséricorde.
Oui, La Miséricorde.
On est arrivé.
Attendez, ne bougez pas.
Qu'y a-t-il ?
Jésus et Marie soient loués, ma sœur.
J’ai secouru un blessé grave.
J'entre avec la Rolls ou je le laisse à l'extérieur ?
Il n‘y a pas de service des urgences.
Il n‘y en a pas ?
Je vois marqué "Urgences".
Jusqu’à 23 h.
Jusqu’à 23 h ?
Après 23 h, vous ne secourez plus ?
Vous avez entendu, mon cher ?
Une autre fois, faites-vous renverser à 22 h au plus tard.
A 23 h, ils ne secourent plus.
De grâce, ma sœur, je suis Giovanmaria Catalan Belmonte,
préposé au service du Saint-Siège.
Je dois déposer le blessé, car j’ai un R.-V. avec les miens
pour discuter du schisme de Lefebvre.
Je ne sais rien.
Je m‘occupe de tout. Je le prends, je le dépose dans le tour,
et demain, vous le trouverez.
Il n‘y a pas de tour, ici.
Emmenez-Ie à l'hôpital militaire.
C'est moi qui dois l'y emmener ?
Jésus et Marie soient toujours loués.
Vous avez vu ?
La petite nonne nous a expédiés vite fait.
Elle avait hâte de retrouver sa partouze
entre bonnes sœurs et infirmiers.
J‘y participerais volontiers.
J‘adore ce genre de partouzes.
Je ne sens plus mon bras.
Je ne sens plus ma jambe.
C'est le manque de mouvement.
Et l‘humidité.
J’ai connu ça lors du tour du monde en solitaire.
Maman disait : "Ne me casse pas les burnes.
"T'es qu’une lavette, t'es pas un homme, t'es un ivrogne."
Ça m'a mis en rogne, et un jour,
j’ai dit : "J'achète un bateau et je fais le tour du monde
"en solitaire."
J’ai réalisé cet exploit.
Je suis devenu navigateur solitaire.
Jour et nuit, entre ciel et mer, mer et ciel.
Au cœur de la nature, maître du monde.
Vous ne pouvez pas comprendre.
Seul, dans l’immensité de la mer,
en méditation profonde, au contact de la nature à l'état pur,
c'est la que tu comprends
que t'es un vrai con
de réaliser ces exploits qui ne servent à rien.
Je vous raconte ma vie,
mais j’ignore si cela vous intéresse.
Nous y sommes, mon cher.
Monsieur !
Vous allez où ?
On oscille entre deux extrêmes, Hérode et Ponce Pilate.
On fait tous les hôpitaux
avec un malheureux massacré par un chauffard.
Il a besoin de premiers soins.
Le blessé est dans l‘armée ?
Dans l‘armée ?
On va le lui demander.
Pardon, êtes-vous dans l‘armée ?
Il ne répond pas, il est tombé dans les pommes.
On parlait de la pluie et du beau temps.
Pourquoi doit-il être militaire ?
C'est un hôpital militaire. Réservé aux militaires.
Si j'en juge par son âge,
je pense qu’il a fait son service militaire.
Qui ne l'a pas fait ? On l'a tous fait.
Giovanmaria Catalan Belmonte,
sous—lieutenant de cavalerie Pinerolo.
Calzanighe.
J’ai laissé mon alezan à l'écurie.
A quoi bon faire du cheval ?
J‘a été muté aux services secrets de l’armée,
pour mes connaissances linguistiques.
Vous comprenez ?
J’ai eu cinq nurses de cinq langues différentes.
Cinq putes déchaînées,
qui m’ont initié à l'érotisme satanique.
Le 8 septembre, j’ai quitté l‘uniforme
pour franchir les lignes et rejoindre maman,
qui était la dame de compagnie de la reine d‘Italie
réfugiée à Bari, évidemment.
Quand je me suis présenté aux Anglais,
disons à l’ennemi, n'est-ce pas,
j’ai dit à l'officier : "Je vais voir maman."
Là-dessus, j’ai pris une de ces raclées !
La raclée de ma vie.
Ils disaient : "Pourquoi veux-tu franchir les lignes ?"
Et moi : "Je vais voir maman." Et une autre raclée !
J'étais devenu un bibendum.
Les Anglais ne conçoivent pas qu’un adulte
aille voir sa maman.
Leurs "mamas" les abandonnent comme des chiens et se défilent.
D'où l'expression "filer à l'anglaise".
Que fait-on avec le blessé ? On le porte à l’intérieur...
On n‘accueille que des militaires avec sauf—conduit.
Il a un sauf—conduit, puisque je l’ai conduit.
Je suis même en retard à ma réunion sur le schisme de Lefebvre.
Si je tarde, il va m'en cuire.
On n‘accepte pas les civils.
N'insistez pas, ce sont les ordres.
Hélas, mon cher, le moment est venu de se séparer.
Vous comprendrez
l’importance incontournable de mon rendez—vous.
Vous savez quoi ?
Je vous dépose la où je vous ai trouvé,
sous le monument de Mussolini.
Après tout, c'est peut-être mieux ainsi.
Vous auriez pu tomber sur un chirurgien en pétard,
dérangé en pleine partouze nocturne.
Il vous aurait ouvert, puis recousu
en oubliant le marteau à l’intérieur.
Venez, mon cher.
Vous savez quoi ? Vous allez beaucoup mieux.
Vous avez bonne mine.
Je vous salue et je vous remercie.
Grâce à vous, j’ai découvert un milieu qui m’était inconnu.
Les hôpitaux.
On rira comme des fous
quand je le raconterai dans les cercles.
Je te jure...
un hôpital où une nonne te refoule à 23 h,
car elle doit aller se défouler.
Un autre où deux videurs en blanc
t‘informent que l'hôpital regorge de paysans hollandais.
Un troisième qui n‘accepte que les anciens combattants.
Heureusement que j’ai retrouvé le monument de Mussolini !
Viens.
Attention !
On est sauvé.
Qu'est-ce que vous faites ? Traversez.
Filez.
Giovannino, remercie M. l’agent. Il a été gentil.
M. l'agent !
Je vous remercie.
Encore vous ? Je vous ai fait traverser. Circulez !
Merci d’avoir freiné.
Donne—moi la main, maman.
Tu as vu, maman ?
C'est Vilain.
Et leur accoutrement !
Super ! Prends-le. Vite.
C'est une pièce rare.
C'est beau !
Ce papier vaut peut-être une fortune.
Je vais le plier et le ranger.
Allons-y, on a beaucoup de choses à faire.
Quel bel escalier !
A Paris, il y en a aussi. Je t'y emmènerai.
J’ai des amis sculpteurs, musiciens, chauffeurs, serveurs...
Un beau collier t’irait très bien.
Avec une boucle d’oreille.
Ça ne coûte rien de se renseigner.
Monsieur !
Bonjour.
Ma mère aimerait avoir un collier et une boucle d’oreille.
Désolé, le magasin va fermer.
On repassera demain.
Viens, Giovannino.
Donne—moi la main.
Tu veux du vin ?
Une goutte, sinon j’ai la tête qui tourne.
Trinquons.
C'est bon.
L’addition, s'il vous plaît.
450 lires, madame.
C'est des tickets de bus !
On ne les accepte pas !
Ah bon ?
C'est la maison qui offre !
Il est très gentil.
Merci beaucoup. C’était très bon.
A bientôt.
J'espère que non !
A votre bon cœur ! Merci, vous êtes trop bon... Radin.
Donne—lui quelque chose.
Aide-moi, mon frère.
Merci, mon frère.
- C'est quoi, ça ? - Des capsules.
Tu te les carres dans le cul !
La vache, quelle raclée !
C'est pas pour de vrai.
Oui, mais quelle raclée !
Tu ne ris pas ?
Maman !
Où est ma maman ?
Où est-elle ? Maman !
Maman ! Où es-tu ?
Je suis la.
J’ai eu peur.
Pourquoi tu te caches ?
J’ai failli faire pipi dans ma culotte.
Je ne te quitte plus.
Tu entends le chant des oiseaux ?
C'est l'oiseau de la radio.
ou est-il ?
Il est la.
Giovannino, ne reste pas la.
Donne—moi la main.
Regarde la belle capsule de bière. Ramasse-Ia !
Elle est belle !
Je la prends.
Je la lave.
Attention !
Aliens—y.
Tu sais qui c'est?
Un baron hongrois, que j’ai connu à Paris sous le pont de Notre-Dame.
Salue-le.
Pourquoi le poing fermé ?
Je suis de gauche, tu le sais.
Quel beau caca !
Ramasse-le.
Tu fais quoi ?
T'es dégoûtant !
C'est interdit ?
Mais non, vas-y. Monsieur n'est pas méchant.
Quelle belle croquette !
Elle est fantastique !
J'en prends une autre.
Allons-nous-en.
C'est Byzance. On en a deux !
Faisons une chose drôle.
Cache—toi derrière le mur.
J’ai oublié ma petite maman.
Viens, maman.
Fais comme moi. Salue Ia sentinelle.
Tu as vu ? On a fait rire le petit soldat de plomb.
Arrête de mater ces demoiselles.
Aliens—y.
Elles sont belles.
Regarde, ils ont peint toutes les voitures en jaune.
Ne te laisse pas distraire. Fais attention.
Encore vous ! Vous ne voyez pas que le feu est rouge ?
Maman aussi voulait vous remercier pour ce matin.
Enfin chez nous !
Attention !
Tu vas tomber !
C'est sale par ici !
La Mairie ne nettoie jamais. ou est l'hygiène ?
- Le maire est un cocu ! - N'exagère pas.
- Il ne faut pas insulter la Mairie. - Pardon, la Mairie !
STATIONNEMENT INTERDIT
Pourvu que je n‘aie pas perdu la clé !
On changera la serrure.
- Allons dans le laboratoire. - Oui, maman.
Un peu de délicatesse. Ne mets pas de désordre.
Le caca.
Il est beau.
Ne lui donne pas tout le caca, c'est pas bon.
Les pauvres !
Il vaut mieux que je ferme.
Ils sont jaloux de notre géranium.
Bonsoir, mon amour.
C'est prêt ?
Voilà.
Rajoute de la sauce. Des pâtes à l’amatriciana !
J’ai fait des crêpes fourrées.
Je meurs de faim.
Salut, chéri.
Fais la bise à ton papa.
Mais c'est Pippo Franco !
Super
Il est trop fort.
Génial.
Je me trompe…
ou tu as mis
du parmesan au lieu du fromage de brebis ?
J‘avais pas de fromage de brebis.
Oui, mais l’amatriciana...
sans le fromage de brebis, c'est plus une amatriciana.
La prochaine fois, mets du fromage de brebis.
Ça te plaît ?
Tu aimes ton papa ?
Super
C'est pas mauvais,
mais c'est pas une amatriciana.
Vous cherchez des bossus ?
Plateau 3.
C'est un petit rôle, mais très intéressant.
Un de ces rôles qui marquent.
Je vous ouvre une porte,
mais si vous n'entrez pas, tant pis pour vous.
C'est pas ça.
C'est que le rôle...
Il nous semble scabreux.
Scabreux ?
Le nu est la chose la plus propre au monde.
Le nu, dénué de toute vulgarité,
est synonyme d'art, d’harmonie, de liberté.
Et pourquoi pas, disons-le, d’argent !
Mais... c'est du nu intégral?
Madame, il n‘y a pas de nu intégral ou de nu habillé.
On est soit nu, soit habillé.
Si j‘avais besoin d’une comédienne habillée,
je ne paierais pas 3 millions
pour 5 jours de tournage.
On avait dit 4.
D‘accord, 4 jours.
Non... 4 millions.
Si je ne m‘abuse.
3 ou 4, quelle importance ? C'est un détail.
Bon, si c'est 4 millions de lires...
La scène se passe sur la plage.
La mer rend tout
plus propre, plus harmonieux.
Elle se déshabille pour se baigner nue,
et voit au loin un homme qui Vient vers elle
avec un singe.
Un homme avec un singe ?
Justement, cet homme...
comment est-il ?
Il est nu.
- Et le singe aussi. - Voyez—vous...
c'est pas le nu en soi...
c'est la copulation.
Moi, personnellement,
ça me gêne, vous comprenez ?
Je suis un homme moderne, sans aucune inhibition,
mais...
- On s'est pas compris. - Probablement.
Il n‘y aura pas de copulation avec l’homme, mais avec le singe.
Avec le singe ?
Oui, mais entendons-nous bien, c'est pas King Kong,
mais un tout petit singe.
Alors ?
Si c'est un tout petit singe...
On a vu des coi‘ts
avec des chiens, des chevaux,
mais on est les premiers à le montrer avec un singe.
Bravo.
Qu'en penses—tu, Oriana ?
- Et toi ? - Non, toi d'abord.
Au fond, il n‘y a que 5 jours de tournage
et avec un tout petit singe...
C'est vrai.
Alors, on le signe, ce contrat ?
Ecoutez, je signe uniquement
pour faire plaisir à ma femme.
Elle y tient.
Si tu le fais pour moi, laissons tomber.
- Je signe où ? - Ici, à côté de votre mari.
Il y a toujours moyen de s'entendre, entre gens intelligents.
Tu vois, Rosalba,
ce monsieur fera de toi une vedette de cinéma.
Bonjour, chérie.
Je vous préviens, M. le producteur, j‘assisterai aux prises de vues.
Pas question de lâcher ma fille seule dans le milieu du cinéma !
Viens, mon ange...
On n’était pas sorti ensemble depuis longtemps, Franchino.
C'est chose faite. Tu es contente ?
Tu as acheté une nouvelle voiture ?
Je l’ai depuis 2 ans, maman.
Alors, on n’était pas sorti ensemble depuis 2 ans.
Une glace au café avec de Ia chantilly ?
J‘aimerais bien, mais après, je ne dormirai plus.
Tu te souviens quand je t'emmenais au square ?
Bien sûr que je me souviens.
Une fois, tu as disparu. J’ai pleuré à chaudes larmes.
Tu m‘as perdu de vue
parce que tu papotais avec tes copines.
Tu ne t'occupais pas de moi,
il y en avait que pour Sandro, le chouchou à sa maman.
Pour moi, vous étiez pareils, il n‘y avait pas de chouchou.
Pareils ? Tu parles...
Pourquoi tu regardes ta montre, tu as un rendez-vous ?
Je te consacre ma journée.
Mange ta glace.
Que d‘arbres !
Il y en a plein.
Normal, c'est un vrai paradis.
L‘air est pur.
C'est mieux que chez nous.
On est où ?
Tu m'emmènes où ?
Je t'emmène...
voir un bel endroit. On passait devant...
autant jeter un coup d'œil.
Ça ne coûte rien.
C'est quoi, ce coup d’œil ?
Regarde, tu verras.
On sait jamais, si un jour tu en as marre
de rester chez toi, tu pourras venir dans cet hôtel,
libre, tranquille, indépendante.
Descendons.
Coucou, je suis la.
Viens, maman.
Viens dans mes bras.
On vole, on voie… et on se pose.
Tu es contente ?
Et voilà !
Regarde, maman.
Tu as vu, ce parc ? Il est immense.
A perte de vue ! En ville, tu n’as pas cet horizon !
Ecoute...
Je suis bien avec toi.
- Et avec Patrizia. - Nous aussi.
Viens, maman, regarde ce palais.
Il y a des chambres magnifiques, avec des meubles d’époque.
Allons faire un tour.
Ici, c'est la chapelle.
Chapelle privée, comme dans les palais des nobles.
Maman, tu ne te signes pas devant la Madone ?
Ange et démon.
Ici, c'est l’infirmerie. Il y a 4 médecins
qui se relaient 24 h sur 24.
Quel service médical !
Je vais bien.
Je sais que tu vas bien.
Mais tu connais l’adage : Un médecin à domicile...
Bref, j’ai oublié.
Les chambres seules sont toutes prises.
On est mieux en compagnie.
Bonjour, madame.
Elle est muette. Une maladie nerveuse.
C'est vrai ?
La pauvre.
Peu importe, maman est sourde.
C'est ça. ..
Tu pouvais tomber sur une pipelette.
Là, tu peux parler.
Toute seule ?
Comme chez toi. Ça ne change pas.
C'est les W.-C. ?
Les W.-C. sont dans le couloir.
En commun.
C'est parfait.
Ça te fera bouger.
Tu ne bouges pas assez.
C'est bon pour la santé. A 50 ans, on est déjà rouillé.
Pas vrai, ma sœur ?
Viens, maman.
Tu aimes ? Tu veux chanter ?
Maman la connaît aussi.
C'est bien.
Elle a une belle voix.
La salle des loisirs, la salle à manger...
et la télévison.
- En couleur ? - Non.
On s’abîme moins la vue.
La 2e chaîne est en panne.
Déjà qu’on s’endort en regardant la première…
Là-bas, il y a la cuisine.
Ça sent bon. On mange bien, ici. Qu’y a-t-il au menu ?
Bouillon et fromage.
Elle a de Ia repartie.
Même trop.
Pardon, ma sœur, je ne crois pas aux rumeurs,
mais vous les battez ?
Quoi ? Vous plaisantez ?
Jamais de la vie !
Seulement s‘ils font des caprices.
Une claque, comme ça.
Doucement, avec vos paluches !
Elle se sent déjà chez elle.
Qu'est-ce que vous racontez de beau ?
Elle m'a demandé un jeton,
parce que sœur Liberata l'empêche de téléphoner.
Et toi, tu la crois ? Elle te fait marcher.
Demandons à sœur Liberata.
Sœur Liberata, je peux téléphoner ?
Bien sûr.
Tu vois. Il suffit de demander.
Attends-moi ici. Je reviens tout de suite.
- Je vous en prie. - Merci.
Allô, Patrizia ?
Vous voulez du café ?
Non, merci, ma sœur.
C'est la religieuse.
Oui, on est arrivé.
Comment c'est ?
C’est...
Comment c'est ?
Patrizia...
On les bat.
Ecoute, Patrizia...
J’ai envie de la ramener.
Monsieur...
Pardon, ma sœur.
Maman !
- Et maman ? - Ma maman est morte.
La voilà.
Maman, qu'est-ce que tu fais la ? Je t‘avais dit de ne pas bouger !
Pourquoi tu m‘as emmenée ici ?
Où ça?
- A l’hospice. - L‘hospice ?
Maman, tu as le chic pour me mettre en rogne !
Tu appelles ça un hospice ?
Ne te mets pas en colère.
C'est vite dit.
On le fait pour toi, pour ton bien, pour ton avenir.
Ici, tu seras choyée,
peu importe les frais ! Tu crois que c'est gratuit ?
Ne t'énerve pas, c'est pas bon pour ta santé.
Pourquoi tu t'énerves ?
Je ne suis pas énervé, je ris.
Ris aussi.
"On est trois porcelets, trois petits frères de lait,
”et personne ne nous séparera..."
Tu te souviens ?
Je me souviens.
Quand m'emmènerez-vous ici ?
Quand ?
Hélas, jeudi...
Patrizia et moi, on doit aller à Cetona.
Les Crocitti ont construit une maison de campagne et...
Ils sont sympathiques.
Pas du tout. Je ne sais même pas pourquoi on les fréquente.
Patrizia a pris un mois de vacances,
la bonne est allée se faire avorter en Abyssinie,
tu seras seule à la maison.
Comme d’habitude. C'est pas la première fois.
A chaque fois, on se fait du souci. Tu n'es plus une gamine.
Moi, je me sens responsable.
Le chouchou, lui, s'en fout !
Pour moi, vous étiez pareils.
Tu dis ça, mais c'est pas vrai.
Vous m‘y emmenez jeudi ?
Jeudi ? Comment veux—tu ?
On va pas faire des allers-retours pour rien.
On yest...
Mais je n’ai pas emmené mes affaires.
Tout est la, maman.
Regarde... Patrizia a tout prévu.
La grosse valise. Elle a dit : ”Au cas où maman voudrait rester."
Tout y est.
Tu l’as toujours sous-estimée. Traitée comme une étrangère.
J’aime bien Patrizia.
Elle t‘aime plus que sa propre mère.
Plus que sa "Mutti", sa mère allemande.
On est la, ma sœur, maman veut rester !
- Quand viendrez-vous me voir ? - Toujours.
Tous les jours ?
Sainte Vierge !
- Quels sont les jours de visite ? - Le dimanche.
- Le dimanche. - Demain, on est dimanche.
Demain ou aujourd‘hui, c'est pareil. Tu me diras quoi?
Tu ne te seras pas encore acclimatée. Dimanche prochain,
tu auras un tas de choses à raconter.
Ma sœur, voici la valise de maman.
Et voici le chèque. Une avance de 3 mois, comme convenu.
Avec votre cadeau.
- Au revoir, maman. - Au revoir, Franchino.
Au revoir, ma petite maman. Je resterais bien avec toi,
mais je dois rentrer à Rome.
Au revoir, ma belle.
- Passe le bonjour à Patrizia. - Ce sera fait.
Et aux enfants.
Aux enfants aussi. Ils t'embrassent, maman.
Je vous appellerai.
Quand tu veux. Demande à sœur Liberata.
- Pas vrai, ma sœur ? - Oui.
Adieu, Franchino.
Pourquoi adieu ? Maman !
Pourquoi adieu ?
Traitez-Ia comme une reine !
L’addition, s'il vous plaît !
Nous avons deux maccaroni, un potage,
deux agneaux au basilic,
une quenelle et une demie de vin.
- Bonsoir. - Monsieur l‘architecte.
- Il y a dela place pour 8 ? - Pour vous, toujours.
Rapprochons ces deux tables.
Je Viens souvent ici.
Rustique, mais authentique. On y mange divinement bien.
On retrouve les saveurs d‘autrefois.
La campagne en ville.
C'est magnifique, j’adore.
Je suis venu ici avec mon ami Indre Montanelli.
Avec Indre ?
Il écrira un article gastronomique.
Avec sa plume, il peut tout écrire.
Je n’ai rien lu.
J’irai deux jours à New York.
Vous aimez mon petit chien, Maître ?
Je vous écoute. Que désirez—vous, ce soir ?
En entrée, soupe de porc pour tout le monde.
- Spéciale soupe de porc ! - Et du vin maison.
C'est quoi, la soupe de porc ?
Un minestrone où il y a de tout, mais très raffiné.
Va te faire mettre.
Va te faire mettre !
Va mourir. Enfoiré de ta race !
Va te faire mettre.
Putain de poulpe.
Epargnez la marchandise.
- Tiens, prends ça. - T‘insistes, en plus.
Tu l'auras voulu.
Tu vas voir.
Enfoiré !
Va te faire mettre.
Je vais te réduire en bouillie.
Sale con !
Saloperies d'œufs !
Il remet ça.
Je vais l'embrocher...
La sauce est prête...
Prends ça !
Je te transformerai en bossu de Notre-Dame.
Je te pisse à la gueule.
Au secours !
- Que se passe-t-il ? - Je l‘ignore.
- Qu'y a-t-il ? - Le hachis.
Ils préparent le hachis et le font rissoler comme ma mère.
- Je vais t'étrangler. - Pas avec les saucisses !
Tu vas cracher tes amygdales.
Espèce d'enfoiré !
Je vais t'étriper.
Va te faire mettre.
Je t'encule et je te tourne comme un poulet sur la broche.
Tu sais ce que j'en fais de ta broche...
Va te faire mettre.
On arrête ?
On arrête.
Ils tuent un dindon fermier.
Tout à la commande, ici.
Je t‘arrache les testicules.
Tu te rends ? Tu te rends ?
Putain...
Viens...
Mets—toi sous le robinet.
Allez !
Ça brûle à mort !
Arrête ton cirque. Ça t‘apprendra
à te frotter à un mec comme moi.
Si on me casse les bonbons, je nique dix mecs comme toi !
Je ne vois plus rien.
Je ne vois plus rien.
Essuie-toi avec ce chiffon.
C'est quoi, ça ?
Va te faire mettre !
Tu remets ça ?
Allez vous faire foutre !
Connard !
C'est du joli.
Remets au moins ta perruque.
Mon Dieu, ma perruque !
- Où est ma perruque ? - Elle était dans le poulpe.
Putain de bordel...
Où est le poulpe ?
C’était quoi, la commande ?
Huit soupes de porc.
C'est crade.
Et hop !
C'est quoi, ça ?
T'es un affreux...
sale...
et méchant...
C'est moi, le méchant ?
Toi, tu es méchant.
Tu ne m’aimes pas.
Mais si, je t’aime.
Si tu m‘aimais autant que je t‘aime !
Va te faire mettre.
Moi, je ne t‘aime pas ?
Qui de nous deux aime le plus l‘autre ?
- Allez vous faire foutre ! - Les clients attendent.
Je dois rajouter la sauce.
Tu me mets ça n‘importe comment.
-Hé! -Quoi?
Tu pars comme ça ?
Et voilà !
Enfin ! J’ai une faim de loup.
La mienne, sans fromage.
Sans fromage.
Excellent. Je reviendrai.
C'est cher, mais ça le vaut.
C'est quoi ?
Le secret du chef.
Un vrai délice.
Succulent.
Il y a même du raisin.
Et le plat principal ?
Sole au jus maison,
poulpe à la bave du chef,
tripes lavasses,
cervelle à la sauce godasse, andouillette à l'étranglée...
D'où elle vient, cette mouche ?
Epinards à la perruque, croquettes à la sauce dégueu,
haricots rouges enfarinés, brandade de gâchis de morue.
On a tout, je vous fais un mélange ?
Je m'en charge, faites—moi confiance.
Vous parlez italien ?
Français ?
Anglais ?
D'où est-ce que tu Viens ?
Attends.
Attention ! Les passagers du vol
TWA 840 pour Athènes et Tel—A viv
sont priés de se rendre
porte 13 pour...
Rome. Un avion dela compagnie KEZ
a explosé après le décollage de l‘aéroport de Fiumicino,
en causant la mort des 86 passagers et de tout l’équipage.
On privilégie la piste de l‘attentat politique.
Dans l’avion se trouvait
le Premier ministre Yasser Kaskanian,
qui se rendait à Genève pour participer a la conférence
des chefs d'Etat du tiers-monde.
La bombe était cachée dans un tourne—disque. ..
Son chapeau melon.
Le petit chapeau melon
d'un grand comique.
Son compagnon de route inséparable.
Son étendard de mille batailles gagnées
sur les planches de la scène.
Nous tous, et avec nous, symboliquement, le grand public,
nous sommes réunis ici
pour pleurer le départ
d'un collègue et maître.
De celui qui a su, si généreusement, faire rire
une génération toute entière.
Formichella !
Adieu, Formichella !
Pendant 30 ans, j’ai été ton faire—valoir
dans des farces sublimes.
Moi, je proposais
et toi, tu réalisais.
Je te posais mille questions,
et toi, d’une seule réplique, que dis—je,
d'un seul battement de cils,
tu déchaînais des tornades de rire.
Des tornades de rire.
C'est pas vrai ?
A présent, c'est terminé.
Tu n'es plus.
Mais ton répertoire, qui reflète l'âme de Rome,
restera dans l‘histoire du théâtre.
Je me souviendrai toujours, Formichella,
du sketch du restaurant,
dans lequel je te demandais comme un idiot :
"Serveur ! Vous avez des poires au sucre ?"
Et toi, tu me répondais :
"J'en sais rien, je vais voir en cuisine."
Je m'en souviendrai toujours,
je t‘accompagnais à la guitare et tu chantais :
Je rêve de tes baisers ardents,
tes baiser mordants,
tes baisers emmerdants,
je t‘emmerde !
Je me souviens aussi du sketch
du coup de fil de l’amoureux,
quand je disais :
"Allô, qui est à l’appareil ?
”Allô ? C'est qui ?"
Et toi, tu répondais : "Mon cul !"
Les trois tics.
Fais les trois tics.
J'ai trois tics, je suis nerveux, je bégaie pour mon malheur.
Quand je chante, ça ne se sent pas, quand je parle, on n'entend que ça.
Le premier tic est un raclement, le second, un sifflement,
le troisième, un pet sonore.
Les trois me tourmentent autant.
C‘est ma très chère amie, Cu...
Cunigonde...
...qui m‘a recommandé
au directeur de la télé, pour faire le spi...
Ie speaker.
Je me suis mis dans la fi...
file d’attente.
Le moment venu, j'ai dit : "Directeur, c‘est Cu. ..
"Cunigonde qui m‘envoie. "
On m‘a viré.
Traduction : Giacinto Pizzuti
Soustitrage : Vdm
Une sélection René Chateau
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